vendredi 25 septembre 2026

IQ + ESTHESIS – ALHAMBRA (Paris 10) – vendredi 25 septembre 2026

Le style dit "néo-prog" est réputé la branche la plus accessible dans la grande famille du rock progressif. Toutefois, si IQ y est bien référencé, sa Musique se mérite ; elle nécessite une écoute particulièrement attentive et recueillie. Elle exprime souvent la mélancolie et le désespoir et cependant elle anime tellement une sensation de plénitude. Elle ne se chantonne pas, ou difficilement, car les intonations vocales mineures de Peter Nicholls, les soli de Mike Holmes sont d'une complexité admirable.

C'est la raison pour laquelle le retour d'IQ sur une scène parisienne, un an après leur précédente prestation au Casino de Paris (les 26 et 27 septembre2025) constitue une excellente surprise ! Rappelons qu'avant sa prestation mémorable au Café de la Danse le 21 septembre 2024, il s'était passé vingt-deux années d'absence ! Pourtant, Peter Nicholls a maintes fois montré une certaine francophilie (ce n'est pas rien de le souligner venant d'un Anglais !) ; durant les concerts, il tente toujours d'exposer en français (ou dans un franglais sympathique) ses chansons. Encore récemment, il a fait une promotion sur internet pour cette soirée, avec quelques mots en français.

Pour parfaire la soirée, l’organisateur AKAYAMA Productions a eu la bonne idée d'inviter ESTHESIS, qui va ainsi pouvoir enfin s'exprimer sur une grande scène parisienne (après celle de la péniche Antipode, il y a quatre ans).

L'Alhambra serait de nature à m'attirer plus souvent, surtout pour son acoustique. Mais le plus bel écrin pourra toujours exposer un caillou ; il ne fera croire à personne qu'il s'agit d'un un diamant. A l'instar de La Cigale, la programmation demeure désespérément peu attractive. Les artistes susceptibles de s'y produire ne manquent pourtant pas, mais le manque d'audace et d'investissement des organisateurs français demeure un sujet de consternation pour les mélomanes de notre microcosme...

Notre petit équipage d'aventuriers de l'espace sonore prend place au balcon, en placement libre (tiens, ça me rappelle une douce époque révolue !). Nous optons pour des fauteuils sur notre droite, en surplomb de la scène. Nous prenons toutefois la précaution de demeurer en retrait des inquiétantes enceintes suspendues. Mais celles-ci ne nuiront finalement pas à notre confort d'écoute ; d'ailleurs, le compteur de décibels de la salle (qui était visible sur notre flanc) n'excèdera pas 110 Db, une moyenne plus proche des 90.

De notre place, on constate que la salle peinera à se remplir. Ce qui anime de nouveau cet éternel sentiment paradoxal; d'un côté; un agacement de l'injuste manque de notoriété de IQ qui mériterait tellement une meilleure reconnaissance de son talent collectif, et d'un autre côté, la satisfaction de vivre un évènement privilégié entre mélophiles complices, dans une salle de taille raisonnable. Heureusement, une bonne part de notre microcosme est là ; certains venus depuis les Hauts-de-France, de Normandie, et d'Occitanie.

ESTHESIS [19h00-19h50] https://www.esthesismusic.com/

MINI BIO. Le projet d'Aurélien a pris forme dès 2013. La parution de son premier mini-album (35 mn), "Raising Hands" (2019) constitua déjà la démonstration d'un véritable potentiel. Depuis, son talent de composition et d'interprétation ne cesse d'évoluer. Les albums studio s'enchainent, les espoirs placés dans ce groupe français mais anglophone, ne se démentent pas ; "The Awakening" (2020), "Watching Worlds Collide" (2022), ont ainsi précédé un troisième opus, "Out Of Step" paru le 31 octobre 2025. La sphère culturelle française est toujours aussi peu inspirée pour promouvoir ses meilleurs talents, pourtant la notoriété d'ESTHESIS s'accroit. Moins par l'intermédiaire des médias (hormis quelques sites très spécialisés, connus dans notre microcosme) que grâce à une propagation confidentielle (mais passionnée), mais aussi grâce à des articles admiratifs parus dans la presse européenne spécialisée, notamment d'Outre-Manche.

Peu à peu ESTHESIS acquiert une expérience scénique qui accentue sa notoriété au sein de notre communauté de progueux. Pour ma part, je n'ai assisté à un premier concert d'ESTHESIS qu'à l'occasion du Festival CRESCENDO le 20 aout 2022. Au fil des prestations, nous avons pu admirer l'évolution ; le 3 juin 2023 CHEZ PAULETTE, puis le 16 juillet 2023 au Festival LORELEY, et enfin le 21 octobre 2023 au festival PROG EN BEAUCE. A chacune de ces étapes, j'ai admiré le cheminement du groupe qui m'a convaincu de sa capacité à séduire les scènes françaises et européennes. Je ne peux pas m'empêcher d'observer avec admiration le parcours d'Aurélien depuis l'époque préhistorique (avant 2013, donc !), durant laquelle, alors que nous assistions aux concerts de nos artistes préférés, je l'écoutais me confier ses honorables ambitions artistiques. J'ai connu tellement de musiciens tout aussi enthousiastes, que je n'imaginais pas sa réussite en quelques années !

Après quelques évolutions d'effectif de 2016 à 2020, la composition d'ESTHESIS semble stabilisée. Chacun contribue à emmener l'auditeur dans des contrées progressives, éthérées et puissantes. Aurélien Goude (claviers, chant) a maintenu son cap ; il est actuellement entouré de Marc Anguill (basse, depuis 2020), Arnaud Nicolau (batterie, depuis 2020), Mathilde Collet (chœurs, progressivement depuis 2020), puis de Remi Geyer (guitare, depuis 2023).

LE CONCERT. Aurélien se dresse au centre avec son clavier et son micro ; derrière lui trône la batterie, à sa gauche son bassiste, derrière lequel se dresse le micro de choriste (pour la suite), à sa droite son guitariste. En dépit de son statut d'invité, ESTHESIS a bénéficié globalement de bonnes conditions. Certes, la scène était partiellement encombrée du matériel des artistes suivants, mais l'espace fut cependant largement suffisant s'exprimer. Grâce à une sonorisation satisfaisante, en dépit de quelques segments de début qui furent rapidement équilibrés par la console, les pupitres furent audibles et respectueux des intervenants. L'un des trois écrans muraux a été cédé par IQ pour laisser paraitre le logo d'ESTHESIS.

D'entrée, avec le second volet de "Raising Hands" tiré du premier album studio, la prestation débute de manière convaincante. Le morceau est parfaitement en place et entraine son auditeur dans un premier tourbillon émotionnel. Aurélien mène les harmonies exprimées par son groupe avec une bienveillante autorité et une compétence évidente. Son clavier accompagne ou mène une Musique dont les influences progressives rappellent souvent un certain Monsieur Wilson, sans toutefois s'y complaire totalement.

© Hervé "Not Only Prog"

Pour le deuxième titre, Mathilde apparait sous un halo, puis l'introduction annonce "The Frame", un titre que j'apprécie tout particulièrement, issu du plus récent album "Out Of Step". Les micros tardent un peu à s'équilibrer pour laisser percevoir les chœurs mais tout rentre heureusement dans l'ordre au couplet. Ce morceau constitue la première des quatre allusions à l'actualité du groupe. Mathilde sera opportunément présente sur certains titres pour optimiser les mélodies de sa fraicheur élégante. Une intervention particulièrement saisissante sur "The Storm".

Toujours aussi efficace, Marc Anguill impose ses accords puissants notamment sur "Amber", dont l'interprétation est particulièrement entrainante, grâce aussi aux cadences subtiles et puissantes d'Arnaud Nicolau. Remi Geyer entretient le sentiment d'une intégration réussie au sein du groupe, en délivrant ses soli qui sillonnent joliment les morceaux.

Le public s'enivre dans cette Musique et s'évade dans l'univers d'un rock progressif à la fois puissant et subtil. La complicité entre les musiciens valorise leurs talents ; on ne peut que souhaiter davantage d'opportunités de concerts pour encore parfaire les transitions.

Visiblement l'ensemble de la prestation aura incité de nouveau mélophiles à s'intéresser à ESTHESIS. Le public est conquis et ovationne chaleureusement le quintuor honoré.

ESTHESIS a choisi un florilège de sept titres pour présenter sa discographie, dont quatre issus de "Out Of Step" (2025).

PROGRAMME

  1. Raising Hands (Pt 2) (Raising Hands, 2019)
  2. The Frame (Out of Step, 2025)
  3. Fractured #1 (Out of Step, 2025)
  4. Out of Step (Out of Step, 2025)
  5. Amber (Watching Worlds Collide, 2022)
  6. The Storm (Out of Step, 2025)
  7. No Soul to Sell (The Awakening, 2020).


IQ [20h30-22h34] https://www.iq-hq.co.uk/

MINI BIO. Son ancêtre THE LENS (1976-1981) était déjà composé de Mike Holmes, Peter Nicholls et Martin Orford. De ce laboratoire naquit IQ, cofondé en 1981 par Mike Holmes et Martin Orford (parti en 2007). Depuis une quinzaine d'années, en dépit de quelques inexorables turbulences, ce quintet britannique, semble former un groupe stabilisé; le pilier Mike Holmes (guitares, claviers, chœur depuis 1981) est entouré de Tim Esau (basse, chœur de 1981 à 1989, et depuis 2011), Peter Nicholls (chant de 1982 à 1985, et depuis 1989), Paul Cook (de batterie de 1982 à 2005, et depuis 2009), Neil Durant (claviers depuis 2011).

A l'origine très influencé par d'augustes ainés tels que Genesis, IQ s'est vite émancipé et a largement contribué à façonner la galaxie dite du " néo-prog ". Au fil des albums et des scènes, IQ s'est distingué par son style singulier. Un son, et des harmonies sans concession, reconnaissables dès les premières mesures.

Après quarante-quatre années d'une activité ponctuée d'albums aux parutions espacées, "Dominion" n'est que son treizième album studio qui parait le 28 mars 2025. Ce concert s'inscrit dans une tournée anniversaire de onze dates qui a débuté le 13 février 2026 à Bury (UK) et qui se terminera le 19 décembre 2026 à Londres. On sait déjà que d'autres dates sont annoncées en 2027…

Dans sa catégorie, IQ figure dans mon Panthéon de ces artistes (MARILLION, PENDRAGON, MOSTLY AUTUMN, ARENA, entre autres) dont j'écoute les albums sans peine et inlassablement. Pourtant, je ne revois IQ que pour la sixième fois ce soir. Je m'en veux d'avoir manqué beaucoup de ses concerts auparavant, en particulier ses trois prestations au Théâtre Dunois (Paris 13e), tout près de chez moi à l'époque (5/11/94, 28/4/96, et 4/4/98) !

Bref, trêve d'analepses aussi inutiles que douloureuses, je ne cache pas mon plaisir de revoir ces Anglais avec une fréquence accrue …

LE CONCERT. Lors de sa double prestation des 26 et 27 septembre 2025 au Casino de Paris, IQ n'avait interprété que deux titres issus du fantastique album "Dominion" ; "Far from Here" et " Never Land ". Le morceau éponyme avait été interprété au Café de la Danse. Il me restait à entendre sur scène "The Unknown Door" que j'apprécie tout particulièrement… Un vœu heureusement comblé ce soir !

Le concert débute dans une atmosphère mystique aux sonorités d'un orgue d'église avec "Sacred Sound", un monument d'une dizaine de minutes, tiré de l'album superbe "Dark Matter" (2004). Un pur bonheur pour introduire cette grand'messe du rock progressif !

La sonorisation pour la soirée m'a paru parfaitement équilibrée, laissant idéalement épanouir le talent de chaque artiste ; les accords aériens de Neil Durant dont les claviers ont constamment magnifié les atmosphères, les soli étourdissants de Mike Holmes, pendant que la section rythmiques assurée par Tim Esau et Paul Cook ont élégamment soutenu l'ensemble. J'admire surtout la singularité de Peter Nicholls qui chante et mime sobrement des chansons émouvantes, avec une justesse surprenante dans ces tonalités mineure, et un timbre qui accentue ainsi l'émotion et un sentiment de compassion. Ses tentatives de communication avec le public sont pleines de bonnes volontés et de convivialité ; elles le rendent d'autant plus attachant. Comme souvent dans le rock progressif, un auditeur impatient, une oreille non avertie, pourrait mal percevoir les sonorités alors qu'elles sont d'une richesse extraordinaire. On pardonne quelques négligeables pistes préenregistrées (notamment le sifflet champêtre sur " Stronger Than Friction "), ces merveilleux musiciens assument parfaitement sur scène leurs pupitres. De notre balcon nous étions idéalement placés pour observer attentivement chaque intervention.

L'éclairage est relativement sombre, logique dans le cadre des atmosphères exprimées, mais l'orientation des projecteurs est judicieusement opérée et permet de bien distinguer les artistes. En fond de scène, trois écrans illustrent les séquences.

Toutes les chansons d'IQ sont de nature à m'émerveiller, mais ce soir j'ai espéré et obtenu "The Unknown Door", le titre de vingt-deux minutes qui ouvre le dernier album paru, et qui est joué pour la cinquième fois sur une scène, mais pour la première fois en France. Enorme moment d'émotion pour moi, toutes ses subtilités ont été interprétées avec brio. Dès les mesures cuivrées pour l'introduction jouées par Neil, puis le relais de Mike qui a temporairement abandonné sa guitare pour soutenir l'ambiance sur un second clavier ! Puis Mike va s'asseoir pour mieux s'appliquer sur une guitare acoustique. Ensuite, l'ensemble harmonique du quintuor exprime la quintessence, la beauté musicale absolue telle qu'IQ est capable de produire ! Une alternance de séquences variées et bouleversantes telles que seul le rock progressif est susceptible de m'apporter. Un pur régal pour mélomane exigeant ! Enooooooooooooorme, je vous dis !!

© Hervé "Not Only Prog"

Bien entendu, hormis cette acmé émotionnelle personnelle, tout le concert fut un enchaînement de plaisirs auditifs ; en citer un, serait insulter tous les autres.

Grand autre moment d'émotion, sur scène cette fois, lorsqu'à l'occasion de "Never Land" Peter Nicholls rend hommage à Mark Westwood, un membre de l’équipe technique du groupe, un ami surtout, décédé en septembre 2026. L'émoi douloureux était perceptible par le public. Nouvelle preuve, s'il en fallait une, de la grande sensibilité de ces artistes.

Le public de ne s'y trompe pas, il ovationne dans une exaltation légitime.

Certes, le programme diffère peu des récents concerts parisiens, pourtant le plaisir demeure… IQ nous a accordé ce soir un excellent florilège tirés de neuf albums, avec treize titres magnifiques, dont trois issus de "Dominion", deux de "Frequency", deux de "Subterranea", un de "Dark Matter", un de "Ever", un de "Nomzamo", un de "Tales From The Lush Attic", un de "The Road Of Bones", un de "The Wake".

PROGRAMME

  1. Sacred Sound (Dark Matter, 2004)
  2. From the Outside In (The Road Of Bones, 2014)
  3. Far from Here (Dominion, 2025)
  4. No Love Lost (Nomzamo, 1987)
  5. Stronger Than Friction (Frequency, 2009)
  6. State of Mine (Subterranea, 1997)
  7. Through the Corridors (Oh Shit Me!) (Tales From The Lush Attic, 1983)
  8. The Unknown Door (Dominion, 2025)
  9. Subterranea (Subterranea, 1997)
  10. Leap of Faith (Ever, 1993)
  11. Closer (Frequency, 2009)
  12. Never Land (Dominion, 2025).

RAPPEL :

  1. The Wake (The Wake, 1985). 

La fin du concert laisse place aux inévitables échanges d'impressions entre mélomanes passionnés, qui se rejoignent dans l'exaltation et la sensation d'avoir vécu à nouveau un Grand moment de bonheur ensemble.

Nos conversations s'étendent vite à nos compliments adressés aux membres d'ESTHESIS, disponibles à son échoppe. Aurélien demeure évidement accessible et modeste, c'est toujours un plaisir de dialoguer avec lui, Mathilde et ses partenaires. A son image, Marc Anguill demeure d'une modestie et d'une amabilité qui fait de lui un interlocuteur franc et agréable. Idem pour Remi Geyer dont le recrutement s'avère une belle affaire autant humainement que musicalement. Il me parait toujours plus confortable de faire part de mes sentiments en français ; c'est moins compliqué, on peut exprimer les subtilités !

Et pourtant, je vais tâcher de retrouver quelques reliquats de mon anglais lorsque vont apparaitre les membres d'IQ ! Peter Nicholls m'apparait d'abord, détendu et disponible ; il accepte d'écouter mes propos émus et sans doute quelque peu confus, mais qui lui paraissent d'autant plus sincères qu'il m'accorde une accolade aussi inattendue qu'émouvante. Je n'aurais jamais imaginé ce personnage, d'apparence austère, aussi aimable et réceptif !

A peine remis de cet évènement je sors sur le trottoir, et au détour de chicanes entre les techniciens en plein chargement des caisses, je et ne tarde pas à rencontrer Mike Holmes et Tim Esau, qui se montrent tout aussi disponibles et souriants !

Je conserverai de ces rencontres les portraits qui me semblaient s'imposer, en dépit de mes scrupules à déranger ces artistes très sollicités.


samedi 22 août 2026

DRULHE EN FETE – (Druhle, Aveyron) – samedi 22 aout 2026

 

L'Organisation de l'évènement se définit ainsi : " Un festilage, le savant mélange entre un festival et une fête de village, qui se tient dans son stade municipal ". Je valide. Ce P'tit festival en Aveyron m'avait laissé une bonne impression l'an dernier. Pour autant, je ne prévoyais pas forcément un retour cette année.

D'abord, parce qu'après un premier semestre musical bien chargé, nous aspirions à quelques semaines de repos en famille. D'ailleurs, à ce titre nous avons renoncé à notre participation au festival de rock progressif Crescendo, que nous affectionnons pourtant (et qui se tient en même temps !).

Mais aussi, parce que la thématique musicale (disons "rock alternatif") demeure en marge de mes centres d'intérêt.

Nonobstant, l'édition 2026 de DRULHE EN FÊTE se déroule du 21 au 24 août, soit une période conforme à nos errances estivales en Occitanie. Puisque MATMATAH et CACHEMIRE sont prévus le même jour et qu'ils sont assez fédérateurs pour animer l'envie d'une partie de notre microcosme d'amis (quatre couples et mon fils), je me laisse finalement tenter par ce nouvel écart de conduite.


Le climat est clément. Nous pénétrons dans l'enclos un peu avant la première "activité scénique" (…).

ANTES & MADZES [19h30-20h30].
https://www.youtube.com/@AntesMadzes

Nous sommes dans l'Aveyron ; on peut admettre que l'Organisation ait légitiment convié une entité locale pour ouvrir les festivités. L'invité s'avère être un duo (Sylvain Antes et Rémi Massol) originaire de Rodez, mais dont le registre sort totalement de mon cadre prospectif. Pour la première fois, je me vois ainsi contraint de supporter les sonorités monocordes et insipides d'un style que l'on désigne par "rap" (horreur, malheur !). Sans surprise, les inflexions harmoniques et rythmiques ne varient pas, ou si peu que je m'agace et me lasse très vite. Avec mansuétude, je tends l'oreille pour écouter les propos marmonnés, mais très vite je constate une affligeante pauvreté lyrique. Ces gens parviennent pourtant à recueillir l'attention d'une partie d'un auditoire dont la majorité semble au moins aussi perplexe que moi.

Heureusement, les échoppes proposent de la bière désaltérante et, en dépit d'une sonorisation bien trop puissante pour si peu d'intérêt, nous parvenons à échanger quelques éléments de conversation.

Mettons cette stérile expression, ce supplice pour mélophile, sur le compte d'un apéro indigeste, dont l'empreinte sur ma mémoire sera négligeable.

MPL [21h00-22h00].
https://www.mplofficiel.fr/

La formation suivante ne relève pas vraiment le niveau (quoique). Il s'agit d'un groupe de musiciens délibérément fantaisistes, formé en 2012, composé de Cédric Bouteiller (chant), Julien Abitbol (guitare), Manuel Rouzier (guitare), Andreas Radwan (basse) et Arthur Dagallier (maître de cérémonie).

Il anime l'intérêt d'une partie bienveillante du public, en assurant la promotion d'un album paru à la mi-février 2026, intitulé opportunément "Bisou magique".

Bien que plus supportable et sympathique que leur prédécesseur, cette prestation n'en demeure pas moins insignifiante, consternante et finalement lassante.

Fermons le ban.


MATMATAH [22h30-23h50].
https://www.matmatah.com/biographie/

A l'origine de l'aventure, le duo formé en 1995 par Tristan "Stan" Nihouarn et Cédric "Sammy" Floc'h, est rejoint par le bassiste Éric Digaire et le batteur Jean-François "Fañch" Paillard. MATMATAH (référence à Matmata, un village troglodytique tunisien) nait ainsi à Brest, en Bretagne. Animé par un attrait pour le rock et le folk français teinté d'influences celtiques, le premier album, "La Ouache" est paru le 9 juin 1998.

C'est une période durant laquelle, je baignais allègrement dans le rock celtique (j'écoutais volontiers Gwenfol, Carré Manchot, Dan Ar Braz, Carlos Núñez). La musique de MATMATAH m'avait donc logiquement séduit. Sa promotion de l'album "La Cerise" paru le 5 mars 2007, m'a permis d'assister à son concert du jeudi 3 mai 2007, à La Cigale. Sa notoriété était à son comble, comme la salle. Cette chaude prestation m'avait séduit mais cependant l'ensemble qu'avait semblé un peu trop pop, par rapport aux autres artistes, que j'estimais davantage investis dans les sonorités celtiques.

Nonobstant, après 13 ans d'existence, le groupe se sépare en 2008. Le départ de "Sammy" semble être à l'origine du hiatus, durant lequel "Fañch" quittera également le groupe…

Pourtant, un des deux initiateurs ne voulait pas renoncer. Entre 2012 et 2015, Tristan "Stan" Nihouarn (chant, guitares, harmonica, oud, claviers, flûtes), et Éric Digaire (basse, chant, guitare, piano) ont peu à peu relancé la machine. Ils sont désormais entourés de Benoît "Scholl" Fournier (batterie, percussions, depuis 2002), Julien Carton (claviers, piano, chant, depuis 2017), et Léopold "Léo" Riou (guitare électrique, chant, depuis 2022).

Le cinquième album studio, "Plates Coutures" venait de paraitre le 3 mars 2017, lorsque j'ai revu MATMATAH le dimanche 25 juin 2017, à l'occasion du festival RETRO C TROP, au parc du Château de Tilloloy (80). Cette prestation ne m'avait pas vraiment laissé un souvenir impérissable, hormis quelques allusions à ses origines ; en oubliant sa singularité celtique MATMATAH me semblait se confondre avec une musique déjà maintes fois entendue.

Cependant, MATMATAH semble revenu à des bonnes orientations, démontrées avec la parution de "Miscellanées Bissextiles", le premier double album studio paru le 3 février 2023. Plus anecdotiquement, "L'Embardée", un album constitué de vingt reprises, est paru le 24 avril 2026.

Première bonne surprise de la soirée, l'introduction est assurée par un trompettiste endiablé. Celui-ci prend place ensuite dans une rutilante section de cuivres (saxo basse, saxo alto, trombone et donc trompette). Voilà un choix de formation qui ne pouvait que m'enthousiasmer ! L'adaptation des titres s'en trouve transcendée. Le public ne s'y trompe pas et manifeste une exaltation particulièrement festive. On chante, on danse le drapeau breton virevolte allègrement dans la fosse. L'ambiance est rapidement à son comble ; il faut croire que la majorité s'impatientait de ressentir cette belle énergie !

La nuit est tombée et les éclairages chaleureux vont accroitre les festivités. La sonorisation ne s'est équilibrée qu'après quelques minutes, mais une fois acquise, elle a permis de capter les accords exaltants des quatre cuivres, dont l'apport est manifestement bénéfique ! Une audace convaincante ! Du coup, les sonorités bretonnes avaient parfois des échos latinos, comme sur "Lambé An Dro" par exemple qui clôt le concert, avant un rappel mérité.

Voilà ce que j'appelle une très belle surprise ! Cette prestation est à mon sens la meilleure de trois auxquelles j'ai assisté depuis dix-neuf ans. J'ignore si l'intégration des cuivres aurait vocation à perdurer, mais MATMATAH ferait bien d'y réfléchir sérieusement. Enfin, ce n'est que mon avis.

Le groupe revient en rappel pour reprendre "Putain, Putain" un titre du Belge Arno, qui me laisse perplexe. Un texte simpliste et une musique basique, répétitive voire binaire. Fort heureusement on n'en reste pas là ; Stan revient avec sa flûte pour interpréter "L'apologie", ce qui remet opportunément les pendules à l'heure débridée.

Bon, cette musique demeure en marge de ce que j'écoute habituellement désormais, mais elle aura eu le mérite de m'emporter dans une transe collective bienvenue après un début de soirée insipide… Difficile de satisfaire toutes les sensibilités ; ma p'tite Fée n'a malheureusement pas réussi à trouver la Porte de cet univers un peu trop celte à son goût.

PROGRAMME
1.             Retour à la Normale (Plates Coutures, 2017)
2.             Le Rhume des Foins (Miscellanées bissextiles, 2023)
3.             Au conditionnel (Archie Kramer, 2004)
4.             Nous y sommes (Plates Coutures, 2017)
5.             Derrière ton Dos (La Ouache, 1998)
6.             Brest-même (Miscellanées bissextiles, 2023)
7.             Emma (La Ouache, 1998)
8.             Crépuscule Dandy (La Cerise, 2007)
9.             Fière Allure (Miscellanées bissextiles, 2023)
10.         Le Festin de Bianca (La Cerise, 2007)
11.         Lambé An Dro (La Ouache, 1998).
RAPPEL :
12.         Putain, Putain (reprise de T.C. Matic/Arno Hintjens, 1983)
13.         L'apologie (La Ouache, 1998).

 

CACHEMIRE [00h30-01h45].
https://www.cachemiremusic.fr/
https://www.facebook.com/cachemiremusic/about?locale=fr_FR
https://www.youtube.com/@cachemirevideos/videos

Longtemps absent de mes répertoires, ce groupe français et francophone a pourtant le mérite de démontrer une fois de plus que notre belle langue se marie parfaitement au rock ! CACHEMIRE se place dignement dans le sillage d'augustes et vénérables prédécesseurs, tels que notamment Noir Désir, Téléphone, Trust, Stocks, Blasphème, Sortilège … Je n'achetais pas d'album de CACHEMIRE et n'assistais pas à ses concerts, faute de profiter d'une occasion de le découvrir.

C'est sa prestation au Raismesfest, le dimanche 8 septembre 2024 qui m'a enfin permis de confirmer la pertinence de sa réputation. Ce jour-là nous étions nombreux à nous laisser porter par une ambiance de feu. Dans la foulée de cette heureuse découverte, avec ma P'tite Fée nous sommes allés les revoir à la Cigale, le samedi 31 janvier 2026 histoire de vérifier nos impressions. Autant dire que nous ne fûmes pas déçus, même si entre temps je réalisais que, la perfection n'étant pas de ce monde, le discours pouvait me paraitre parfois un tantinet donneur de leçon voire démago (…). Ce n'est pas bien grave quand ça passe dans un flot harmonique, mais lorsque c'est scandé comme précepte sociétal, cela peut devenir agaçant. Un artiste de rock progressif peut me chanter en anglais que l'herbe est bleue et que le ciel est vert, que les éléphants sont rose à pois verts ; pas de souci je m'en bats les joues. Mais CACHEMIRE ne me fera pas prendre des vessies pour des lanternes. Fred Bastar a beau relativiser son texte en avant-propos, la démarche n'en demeure pas moins déplacée. Ce plaidoyer militant me rappelle que même Bernard Bonvoisin ne parvenait pas à me convaincre de son apologie sur Mesrine. Ils ne sont pas nos Gourous, juste des musiciens plus ou moins engagés. Je ne suis pas leur adepte, juste un mélomane indépendant d'esprit. Bref, évitons donc de nous attarder sur ces détails d'ordre lyriques, et profitons de cette belle énergie scénique !

Ce soir, nous retrouvons CACHEMIRE qui demeure composé de Frédéric "Fred Bastar" Batard au chant, Sébastien "Seb" Le Pallec à la basse (+chœurs), Farid "Farid" Shanny à la batterie, et Ronan "Ron" Gaudin à la guitare et Alessandra "Alice Animal" Giraudo (depuis 2025).

Toujours dans le contexte de sa tournée promotionnelle, le quintuor se présente vêtu de blanc. En jupe (avec panty, en dessous quand même hein ; 'faut pas déconner !) pour les hommes et en short pour la dame. Même les instruments, guitares et batterie) sont blancs ! Ces attributs seront du plus bel effet sous les éclairages. Les lumières dynamiques et rythmées ont contribué à valoriser l’énergie du concert et les différentes ambiances musicales. Grâce à une sonorisation très bien équilibrée, l'auditoire a pu retrouver les harmonies et partager le plaisir festif dans un réel confort auditif, puissant mais audible. En fond de scène apparaissait parfois l'allusion à la couverture du récent album. Alessandra et Frédéric venaient s'encadrer à tour de rôle dans un grand triangle lumineux placé devant la batterie.

Voilà pour la forme. Sur le plan musical rien à reprocher, ni sur l'interprétation d'une redoutable efficacité, ni sur le choix des titres (en dépit de ma réserve exprimée). C'est du rock brut mais mélodique, sans artifice. La discographie de CACHEMIRE est intelligemment représentée par le programme qui est d'une longueur équivalente à celui de la Cigale en janvier. En outre, il diffère sur le choix de plusieurs titres ; encore une qualité !

Je souligne que Frédéric est vraiment charismatique en plus de disposer d'un timbre convaincant. Cette fois, il s'est abstenu de se faire porter par la foule, mais en revanche il a invité trois enfants à venir sur scène. Les pauvres avaient plutôt l'air transis de terreur mais Fred est parvenu à les décrisper un tant soit peu. On imagine la satisfaction de leurs parents qui en garderont probablement davantage le souvenir que leurs protégés…

Le groupe recueille très légitiment une bruyante ovation du public, à laquelle je me joins volontiers.

Leur quatrième album studio, "Suffit Juste d'Une Seconde" est paru le 10 octobre 2025. Il est logiquement promu ce soir, avec huit titres.

PROGRAMME
1.        Moi être Roi (Qui est la punk ?, 2018)
2.        Je (Dernier Essai, 2022)
3.        Ma Gueule (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025)
4.        Suis-moi Baby ! (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025)
5.        Mouscash (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025)
6.        La Nuit je mens (reprise d' Alain Bashung)
7.        Adam (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025)
8.        Seul (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025)
9.        La Veste (Qui est la punk ?, 2018)
10.    20 ans plus tard (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025)
11.    Pied au Plancher (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025)
12.    L'Animal (Photochope‐moi, 2015)
13.    Chanson pour Sépultures (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025).

Une bande son retentit la chanson "Hey Jude" des Beatles (comme à la Cigale). Il n'y aura pas de rappel (comme à la Cigale).





lundi 27 juillet 2026

SAVATAGE – Anfiteatro Degli Scavi (Pompéi) – lundi 27 juillet 2026.

Fondé par les frères Jon et Criss Oliva en 1979 à Tarpon Springs, en Floride, le groupe s'appelait initialement AVATAR ! C'est peu avant la sortie de son premier album, "Sirens" (paru le 11 avril 1983), que ces Américains ont changé de nom pour SAVATAGE, Avatar étant déjà utilisé. Sa notoriété au sein de la communauté heavy metal aux Etats-Unis s'accroit particulièrement avec la parution de son quatrième album, "Hall of the Mountain King" (1987).

Le décès dans un accident de voiture de Criss Oliva (guitares, chœurs de 1978-93), puis celui du producteur et co-compositeur Paul O'Neill (1987-97), auraient pu clore l'aventure. D'autant plus que le groupe a dû, comme tant d'autres, surmonter les conséquences d'humeurs individuelles et de centres d'intérêts divergents. Entre périodes d'inactivité assumées (2002–2014) et de hiatus (2015–2023), la créativité de la formation SAVATAGE s'est mise en pause, chacun des musiciens errant à ses occupations…

Pour ma part, après quelques années d'écoutes aléatoires et distanciées, je suis tombé sous le charme de SAVATAGE en 1997. Quatre pépites m'ont particulièrement séduit : "Dead Winter Dead" (1995), "The Wake of Magellan" (1997), "Gutter Ballet" (1989), et "Edge of Thorn" (1993).

La parution du onzième album "Poets and Madmen", le 5 mars 2001 m'avait semblé moins inspiré. Mais j'ai tenu pourtant à me rendre au concert du 10 février 2002 à l'Elysée Montmartre, en dépit de l'absence du chanteur Zachary Stevens. Cette expérience-là ne m'avait pas laissé un souvenir inoubliable, et d'ailleurs c'était déjà le début de la fin mais je l'ignorais. Depuis cette date, je me contentais d'écouter les quatre albums suscités avec beaucoup de plaisir…

Honnêtement, je n'avais même pas prêté attention à la reformation en 2023 ; je n'y croyais plus.

Ma présence a cet évènement est totalement inopinée. Depuis l'automne dernier, avec des amis nous nous étions procuré nos tickets pour assister au concert de MARILLION à l'amphithéâtre de Pompéï, qui s'est inscrit dans le cadre du festival d'été BOP, BEATS OF POMPEII. J'avais ensuite appris que la programmation s'étendait sur plusieurs jours et que, parmi d'autres artistes, figurait également un concert d'OPETH prévu le 10 juillet ; ce qui constitue déjà une frustration... Ce n'est que quelques jours avant de prendre l'avion, que je réalise que le lendemain de notre objectif initial, se produit également SAVATAGE ! Sans doute inspiré par la proximité du Vésuve, mon cerveau s'est mis en ébullition. Contraint par les impératifs de la collectivité, j'aurais attendu le matin même pour acquérir mon ticket et celui de mon fils. Dans ces circonstances, j'ai évidemment dû me contenter d'un emplacement résiduel. Mais ma place en fosse se révèlera agréable ; avec mon fils nous avons acquis les sièges 23 et 25, au rang 34. Un confort visuel et acoustique qui va nous permettre de vivre un moment unique et mémorable. Quelques sièges sont demeurés vacants derrières nous ; les absents avaient (une fois de plus) tort...

Deux longues files d'attentes s'imposent à nous en arrivant ; La soirée a débuté avec quelques minutes de retard mais cependant l'introduction orchestrale avait débuté lorsque nous nous asseyons…

J'observe rapidement que l'évènement est filmé (louma, et caméras fixes et mobiles ont œuvré) et que nous pouvons raisonnablement espérer voir ce concert immortalisé par un DVD…

LE CONCERT [21h10-23h15]. En effet, un orchestre symphonique débute la soirée en interprétant, pour la première fois depuis 1996, l'ouverture grandiose de "Dead Winter Dead", enchainé avec l'introduction instrumentale de "Morphine Child". Cet apéritif promet un grand moment, d'autant plus que, dans ce site d'une acoustique parfaite, la sonorisation est excellente. Puis apparaissent les membres de SAVATAGE : Jon Oliva (guitare, chœurs depuis 1978), Johnny Lee Middleton (basse, chœurs, depuis 1986), Chris Caffery (guitare, claviers chœurs, depuis 1987), Zachary Stevens (chant de 1992 à 2000, de 2014 à 2015, et depuis 2023), Jeff Plate (batterie depuis 1994), et Al Pitrelli (guitare, chœurs depuis 1995). Pour la tournée, Paulo Cuevas (claviers et chœurs depuis 2023) et Shawn McNair  (claviers et chœurs depuis 2023) contribuent aux harmonies.

La probabilité que je puisse revoir SAVATAGE était faible, et je n'avais donc plus écouté les albums depuis un certain temps ; cependant je n'ai pas tardé à reconnaitre les titres qui me paraissaient essentiels. Mon souhait converge avec le programme. Pour mon plus grand bonheur, mes deux albums favoris furent abondamment évoqués ; "Dead Winter Dead" (1995) avec cinq titres, "The Wake of Magellan" (1997) avec quatre titres. De surcroit, j'ai été transporté par les deux titres issus de "Gutter Ballet" et trois de "Edge of Thorn" !

J'aurai ainsi attendu trois décennies pour voir enfin SAVATAGE dans des conditions idéales (leur prestation de 2002 m'ayant semblé anecdotique). Non seulement le groupe est au complet, mais de surcroit l'orchestre étoffe des compositions qui sont déjà de nature à emporter les esprits dans des contrées oniriques. Je suis absolument sidéré par la qualité d'interprétation de l'orchestre symphonique (Christmas Eve, notamment), mais aussi celle du septuor américain, pour la plupart multi-instrumentistes. Je retrouve ainsi toutes mes émotions ressenties auparavant dans mes salons.

La voix de Zachary Stevens est puissante, son timbre est juste et nuancé. Des séquences a capella absolument splendides ont démontré son talent indéniable. Seul durant "Not What You See", son chant accompagné par l'orchestre fut un summum ! Je mesure à ces instants ce qui m'avait manqué lors du concert de 2002. En outre, les chœurs complices valorisent les mélodies avec des polyphonies étourdissantes (notamment "The Wake of Magellan", "The Hourglass").

Les guitares rivalisent de soli magnifiques (The Storm, notamment), toujours au profit de mélodies chantantes et entêtantes. La batterie, la basse et les claviers achèvent d'accentuer les sensations. Les poils sur les avant-bras sont fréquemment hérissés. Durant des titres comme "This Is the Time" les parties puissamment mélodiques des chants et des guitares m'ont détaché de l'enveloppe corporelle. Je vis alors pleinement ce que je viens chercher aux concerts. La beauté musicale à l'état pure est exprimée ici à la perfection. Les larmes étaient au bord des yeux ! Enorme.

Conscient de l'importance de l'évènement, le groupe n'a pas manqué d'interpréter des morceaux symphoniques, qui s'imposaient en ces circonstances et qui n'avaient plus été joués depuis longtemps ("Christmas Eve", depuis 2015 et "Not What You See" depuis 1999).

Dans ce site extraordinaire, les mélomanes exultent d'un bonheur absolu et expriment évidemment leur joie par des ovations appuyées.

Ce concert nous a accordé de très grands moments. L'hommage à Criss Oliva fut particulièrement émouvant ; sa voix enregistrée résonne sur "Believe" accompagné au piano par son frère Jon Oliva, avant que le reste du groupe rejoigne ensuite la scène. Autre séquence émotion, l'interprétation de l'Adagio en sol mineur, un morceau emblématique la musique néo-baroque italienne, joué par Johnny Lee Middleton avec l'orchestre.

Bref, je ne regrette pas ma décision de revenir dans ce lieu mythique, dès le lendemain d'un autre concert historique lui aussi, dans un autre style. Il n'y a pas de comparaison possible mais les deux m'ont apporté un bonheur total et un souvenir inoubliable. Je regrette seulement de ne pas avoir été capable de convaincre ma P'tite Fée qui était épuisée par un tourisme accablé par la canicule… 

L'œuvre de SAVATAGE est évoquée avec dix albums (1983-2001) ; seul l'album "Fight for the Rock" (1986) est écarté. Pendant plus de deux heures, vingt-cinq titres, dont une reprise du répertoire classique, ont transporté un public comblé. 

PROGRAMME

  1. Overture (Dead Winter Dead, 1995)
  2. Morphine Child (Introduction instrumentale) (Poets and Madmen, 2001)
  3. Dead Winter Dead (Dead Winter Dead, 1995)
  4. Jesus Saves (Streets: A Rock Opera, 1991)
  5. The Wake of Magellan (The Wake of Magellan, 1997)
  6. Miles Away (Edge of Thorn, 1993)
  7. Sirens (Sirens, 1983)
  8. Another Way (The Wake of Magellan, 1997)
  9. This Is the Time (1990) (Dead Winter Dead, 1995)
  10. Unusual (Power of the Night, 1985)
  11. Chance (Handful of Rain, 1994)
  12. Adagio in G Minor (joué par Johnny Lee Middleton avec l'orchestre)
  13. The Storm (The Wake of Magellan, 1997)
  14. Christmas Eve (Sarajevo 12/24) (Dead Winter Dead, 1995)
  15. Not What You See (Dead Winter Dead, 1995)
  16. Handful of Rain (Handful of Rain, 1994)
  17. Lights Out (Edge of Thorn, 1993)
  18. Tonight He Grins Again (Streets: A Rock Opera, 1991)
  19. The Hourglass (The Wake of Magellan, 1997)
  20. Believe (Streets: A Rock Opera, 1991)
  21. Gutter Ballet (Gutter Ballet, 1989)
  22. Edge of Thorns (Edge of Thorn, 1993).

RAPPEL :

  1. Temptation Revelation (Gutter Ballet, 1989)
  2. Power of the Night (Power of the Night, 1985)
  3. Hall of the Mountain King (Hall of the Mountain King, 1987).

Je relève parmi les avis postérieurs que le concert, selon la liste de la scène, "Agony and Ecstasy" (Streets: A Rock Opera) devait être interprété sans l'orchestre après "The Storm", mais a finalement été supprimé. On ne saura sans doute pas pourquoi. Petite frustration sur laquelle il serait indécent que je m'attarde, compte tenu de l'abondance d'émotions vécues ; j'ose toutefois espérer qu'il ne s'agissait pas de respecter un stupide couvre-feu dans ce lieu isolé.

En tout état de cause, je mesure mon privilège et la chance dont j'ai bénéficié en étant au bon endroit au bon moment ; j'ai bien failli manquer un concert extraordinaire. Un faisceau de circonstances m'a amené dans ce lieu improbable (un site archéologique marqué par la souffrance de milliers de victimes de Dame Nature) pour participer à un second évènement exceptionnel, après celui de la veille avec MARILLION. En visionnant les deux DVD qui, je l'espère, ne manqueront pas de paraitre je pourrai dire "nous y étions".

Pompéï constituait une des 19 étapes de la tournée européenne de SAVATAGE, prévue entre le 4 juin et le 15 aout. Celle-ci comprenait des prestations en festival ou en arènes. Mais ce soir était la seule date avec un orchestre symphonique. Al Pitrelli et Jon Oliva qui se sont chargés des transcriptions musicales et partitions pour les pupitres !

En contrepartie il était impossible d'étendre un écran comme sur certaines autres dates.





dimanche 26 juillet 2026

MARILLION – Anfiteatro Degli Scavi (Pompéi) – dimanche 26 juillet 2026.

Depuis ses débuts à Aylesbury (Royaume-Uni), MARILLION ne cesse d'entretenir une histoire passionnée et passionnante avec ses fidèles admirateurs. Cet évènement exceptionnel va une nouvelle fois le démontrer. Nous sommes ravis de retrouver  Steve Rothery (guitares depuis 1979), Pete Trewavas (basse, depuis 1981), Mark Kelly (claviers, depuis 1981), Ian Mosley (batterie, depuis 1984) et Steve Hogarth (chant, depuis 1989). Andy Gangadeen se joint au quintuor pour ajouter ses percussions. Cet évènement est moins pour promouvoir un album que pour satisfaire une envie réciproque de partager un grand moment ensemble ! Le vingtième album "An Hour Before It's Dark" est paru le 4 mars 2022, soit (déjà) plus de quatre années ; Le vingtième-et-unième est en cours…

L'annonce du concert de MARILLION dans l'Amphithéâtre de Pompéi avait occasionné une effervescence particulière au sein de la communauté des admirateurs. Pensez donc ; il s'agit d'assister à une prestation du groupe anglais sur un site historique. Historique avant tout en raison de sa richesse archéologique bien sûr, mais aussi pour des raisons musicales. Tous les mélomanes savent que PINK FLOYD y a filmé un concert, court et sans public, mais d'anthologie, début octobre 1971.

Evidemment, le 11 novembre 2025, la mise en vente des tickets fut quelque peu anxiogène ; la ruée prévisible sur le site de vente généra quelques crispations (doux euphémisme). Le samedi fut vite complet à nos dépends, en dépit d'une stratégie collective. Finalement, nous avons pu obtenir nos places pour un second jour, le dimanche fut opportunément ajouté, compte tenu de l'engouement constaté. Entre soulagement pour les plus chanceux, et la déception pour d'autres, nous avons saisi les emplacements avec opportunisme. La sagesse aurait dû exiger une démarche apaisée, en imaginant ce qui n'a pas manqué de se passer ensuite. Dans les jours et semaines suivantes des tickets ont été remis en vente, soit par l'organisation soit par des spectateurs ayant changé leur projet… Bref, une fois toutes ces émotions surmontées, il nous restait à attendre 257 jours…


L'arrivée sur le site est forcément impressionnante. Tous les mélomanes présents aux abords montraient des signes d'émotions presque palpables… Chacun aura eu son ressenti. Moi, c'est le poids de l'Histoire et le souvenir de la population martyre qui m'étreint, en premier lieu. Puis les mines réjouies et les t-shirts me rappellent que nous allons vivre sans doute un moment exceptionnel….

Un tunnel donne accès à l'amphithéâtre dans lequel sont alignées les rangées de sièges numérotés, qui font face bien entendu à la scène qui est d'abord protégée contre une pluie probable ; en effet l'orage menace, la chaleur se fait de plus en plus accablante, la pluie menace. Nous redoutons le pire, tout en essayant de le bannir. Ces tonnelles seront opportunément ôtées avant le spectacle. La pluie fera une agaçante quoique brève apparition en cours du concert, juste de quoi angoisser la population mais surtout Mark Kelly et Andy Gangadeen pour leur matériel respectif.

Conscients de notre privilège (acquis de haute lutte rappelons-le !), avec ma p'tite Fée nous prenons place en secteur "Poltronissima Gold", au rang sept, place 29 et 31. Ni trop près, ni trop loin ! Mon fils est positionné en "Gradinata Numerata", rang 9 et place 3, soit un peu en diagonale et en surplomb de la fosse. Nous sommes cinq couples, plus mon fils, mais ce microcosme de Français est dispersé par le hasard des acquisitions. Tant pis ; les impressions collectées n'en seront que plus objectives. Le cadre d'exception et notre emplacement nous rend particulièrement émerveillés… Le site est plein comme un œuf, pour le second jour consécutif.

Je tente de mémoriser le maximum d'observations. Je suis rassuré sur la captation de l'évènement ; je distingue deux caméras sur chaque côté, une caméra à l'épaule sur la scène et une Louma. Ma p'tite Fée me fait remarquer la présence d'un drone dans le ciel ; le groupe confirmera avoir filmé des plans vus du ciel. Nous sommes déjà tous impatients de visionner le DVD qui ne manquera pas de nous être proposé.


LE CONCERT [21h10-23h35]

Un léger retard précède l'extinction des feux et l'ovation d'un public déjà exalté.

La magie opère immédiatement. L'acoustique du lieu s'avère absolument parfaite, la sonorisation est excellemment adaptée. Le dispositif d'éclairage produira des effets somptueux. Nous retrouvons l'organisation scénique habituelle du groupe ; le percussionniste récemment recruté est casé entre le piédestal de la batterie et celui du clavier.

Les premiers accords graves, organiques de "Splintering Heart" font inévitablement tressaillir les corps, les poils de bras s'hérissent de plaisir.

Les grincheux blasés pourront encore se plaindre du programme qui certes demeure identique à la plupart des précédents (surtout pour les conventionnistes), mais au diable le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse ! Pourquoi s'impatienter de titres inédits qui ne seraient pas encore finalisés ?! Soyons patients et d'ailleurs "Ribbons and Lace", le seul nouveau titre dévoilé ce soir, laisse entrevoir de belles partitions !

Nous avons vécu des moments émouvants dès la première partie de soirée avec les six musiciens alchimistes, particulièrement efficaces et impliqués. Les huit titres furent une pompe aspirante d'émotions intenses, animée par les soli d'un Steve Rothery étourdissant, par une voix d'un Steve Hogarth toujours aussi charismatique, et des accords d'un Pete Trewavas toujours aussi régulier et perspicace. Mark m'a paru très anxieux pour la préservation de son instrument mais il a évidemment assuré son rôle sans faillir. Quant à Ian j'ai capté un ou deux roulements décalés mais rien de dramatique, nos cœurs battaient à la bonne cadence !

La seconde partie fut une apothéose, avec l'intégration de la chorale italienne FLOWING CHORDS, composée de huit choristes (trois hommes et cinq femmes). Je suis ravi de revoir cette formation déjà présente à la dernière Convention. Tous sont particulièrement charismatiques et éloquents, visiblement ravis d'être là. Je suis très attaché aux belles voix en général, et là je fus comblé. Les titres traditionnels sont magnifiés avec une profondeur inouïe par ces voix puissantes et nuancées. Lors du final de la Convention, elle avait accompagné quatre titres ; cette fois, nous aurons la chance d'écouter onze titres ; "Care IV" ayant été étonnamment écartée, cette fois. Je ne peux pas m'empêcher de m'interroger sur leur cheminement vers l'univers MARILLION, savoir s'ils connaissaient le groupe auparavant, ou s'ils ont appris à l'aimer par opportunisme. Dans tous les cas ils m'ont tous paru impliqués et fiers de contribuer à une page de l'Histoire musicale.

La voix expressive et nuancée de Steve Hogarth durant "The Space" me procure toujours les mêmes frissons, mais avec ces choristes en appui, c'est simplement étourdissant de bonheur. Déjà la version studio de "The Crow and …" est émouvante, mais alors là c'est encore plus puissant ! "Easter" est transcendé dans cette version. Bref, tous les titres ainsi interprétés nous portent à un summum émotionnel. Les mélomanes attachés à l'album "Brave" auront été comblés par un final de trois titres réinterprétés avec une texture polyphonique saisissante.

Quant aux auditeurs, composé de cinquante nationalités nous dit-on, il suffit de les entendre chanter les paroles pour comprendre leur ardeur à suivre ce groupe britannique si attachant. La plupart affiche un compteur impressionnant de participation aux apparitions du groupe. L'un d'entre eux arborait un t-shirt personnalisé pour son 150ème concert ! Pour ma part, plus modestement ce n'est que mon vingt-cinquième concert depuis mon premier tardif du 16 février 2009. Mais celui-ci pourrait bien être le plus bouleversant et mémorable de tous, tant par la qualité de jeux et l'émotion exprimée par les musiciens, que par la ferveur du public qui trahissait une osmose sensationnelle entre les artistes et les mélomanes. Un grand moment exaltant où les larmes n'étaient jamais loin. Elles se confondaient avec la sueur d'une chaleur à la limite du supportable pour un Ch'timi.

Les absents délibérés ont eu torts de s'abstenir, et les absents contraints pourront toutefois se régaler à n'en point douter, d'images somptueuses, à la Gloire de nos héros. Le dispositif d'enregistrement nous promet un film étourdissant. Un rêve éveillé que nous ne sommes pas près d'oublier, mais dont le DVD garantira chaque seconde, chaque émotion.

Le florilège de douze albums a permis d'entendre vingt-deux titres dont un inédit à paraitre dans le prochain album.

PROGRAMME

ACTE 1 :

  1. Splintering Heart (Holidays in Eden, 1991)
  2. You're Gone (Marbles, 2004)
  3. Fantastic Place (Marbles, 2004)
  4. Hotel Hobbies (Clutching at Straws, 1987)
  5. Sugar Mice (Clutching at Straws, 1987)
  6. Ribbons and Lace (à paraitre, 2026)
  7. Seasons End (Seasons End, 1989)
  8. Care (I) Maintenance Drugs (An Hour Before It's Dark, 2022)
  • Care (II) An Hour Before It's Dark (An Hour Before It's Dark, 2022)
  • Care (III) Every Cell (An Hour Before It's Dark, 2022)
  • Care (IV) Angels on Earth (An Hour Before It's Dark, 2022).

ACTE 2 : avec le FLOWING CHORDS

Brève pause entre "Care" et "The Space" pour installer les micros destinés à la chorale

  1. The Space... (Seasons End, 1989)
  2. The Crow and the Nightingale  (An Hour Before It's Dark, 2022)
  3. Easter  (Seasons End, 1989)
  4. Lucky Man (Sounds That Can’t Be Made, 2012)
  5. Out of This World  (Afraid of Sunlight, 1995)
  6. Living in F E A R (F.E.A.R., 2016)
  7. Go! (marillion.com, 1999)
  8. Man of a Thousand Faces (This Strange Engine, 1997).

RAPPEL :

  1. Wave (Brave, 1994)
  2. Mad (Brave, 1994)
  3. The Great Escape (Brave, 1994).

Cet ultime titre achève de nous déchirer l'âme avant de nous abandonner dans le silence de Pompéï.

Lorsque le moment est venu de quitter ces lieux mythiques, nous peinons à redescendre de notre nuage. Les mots nous manquent pour partager les émotions vécues. D'ailleurs, ils me manquent à l'instant où je rédige le présent récit. Seule la vidéo pourra au moins partiellement évoquer le vécu.