vendredi 25 septembre 2026

IQ + ESTHESIS – ALHAMBRA (Paris 10) – vendredi 25 septembre 2026

Le style dit "néo-prog" est réputé la branche la plus accessible dans la grande famille du rock progressif. Toutefois, si IQ y est bien référencé, sa Musique se mérite ; elle nécessite une écoute particulièrement attentive et recueillie. Elle exprime souvent la mélancolie et le désespoir et cependant elle anime tellement une sensation de plénitude. Elle ne se chantonne pas, ou difficilement, car les intonations vocales mineures de Peter Nicholls, les soli de Mike Holmes sont d'une complexité admirable.

C'est la raison pour laquelle le retour d'IQ sur une scène parisienne, un an après leur précédente prestation au Casino de Paris (les 26 et 27 septembre2025) constitue une excellente surprise ! Rappelons qu'avant sa prestation mémorable au Café de la Danse le 21 septembre 2024, il s'était passé vingt-deux années d'absence ! Pourtant, Peter Nicholls a maintes fois montré une certaine francophilie (ce n'est pas rien de le souligner venant d'un Anglais !) ; durant les concerts, il tente toujours d'exposer en français (ou dans un franglais sympathique) ses chansons. Encore récemment, il a fait une promotion sur internet pour cette soirée, avec quelques mots en français.

Pour parfaire la soirée, l’organisateur AKAYAMA Productions a eu la bonne idée d'inviter ESTHESIS, qui va ainsi pouvoir enfin s'exprimer sur une grande scène parisienne (après celle de la péniche Antipode, il y a quatre ans).

L'Alhambra serait de nature à m'attirer plus souvent, surtout pour son acoustique. Mais le plus bel écrin pourra toujours exposer un caillou ; il ne fera croire à personne qu'il s'agit d'un un diamant. A l'instar de La Cigale, la programmation demeure désespérément peu attractive. Les artistes susceptibles de s'y produire ne manquent pourtant pas, mais le manque d'audace et d'investissement des organisateurs français demeure un sujet de consternation pour les mélomanes de notre microcosme...

Notre petit équipage d'aventuriers de l'espace sonore prend place au balcon, en placement libre (tiens, ça me rappelle une douce époque révolue !). Nous optons pour des fauteuils sur notre droite, en surplomb de la scène. Nous prenons toutefois la précaution de demeurer en retrait des inquiétantes enceintes suspendues. Mais celles-ci ne nuiront finalement pas à notre confort d'écoute ; d'ailleurs, le compteur de décibels de la salle (qui était visible sur notre flanc) n'excèdera pas 110 Db, une moyenne plus proche des 90.

De notre place, on constate que la salle peinera à se remplir. Ce qui anime de nouveau cet éternel sentiment paradoxal; d'un côté; un agacement de l'injuste manque de notoriété de IQ qui mériterait tellement une meilleure reconnaissance de son talent collectif, et d'un autre côté, la satisfaction de vivre un évènement privilégié entre mélophiles complices, dans une salle de taille raisonnable. Heureusement, une bonne part de notre microcosme est là ; certains venus depuis les Hauts-de-France, de Normandie, et d'Occitanie.

ESTHESIS [19h00-19h50] https://www.esthesismusic.com/

MINI BIO. Le projet d'Aurélien a pris forme dès 2013. La parution de son premier mini-album (35 mn), "Raising Hands" (2019) constitua déjà la démonstration d'un véritable potentiel. Depuis, son talent de composition et d'interprétation ne cesse d'évoluer. Les albums studio s'enchainent, les espoirs placés dans ce groupe français mais anglophone, ne se démentent pas ; "The Awakening" (2020), "Watching Worlds Collide" (2022), ont ainsi précédé un troisième opus, "Out Of Step" paru le 31 octobre 2025. La sphère culturelle française est toujours aussi peu inspirée pour promouvoir ses meilleurs talents, pourtant la notoriété d'ESTHESIS s'accroit. Moins par l'intermédiaire des médias (hormis quelques sites très spécialisés, connus dans notre microcosme) que grâce à une propagation confidentielle (mais passionnée), mais aussi grâce à des articles admiratifs parus dans la presse européenne spécialisée, notamment d'Outre-Manche.

Peu à peu ESTHESIS acquiert une expérience scénique qui accentue sa notoriété au sein de notre communauté de progueux. Pour ma part, je n'ai assisté à un premier concert d'ESTHESIS qu'à l'occasion du Festival CRESCENDO le 20 aout 2022. Au fil des prestations, nous avons pu admirer l'évolution ; le 3 juin 2023 CHEZ PAULETTE, puis le 16 juillet 2023 au Festival LORELEY, et enfin le 21 octobre 2023 au festival PROG EN BEAUCE. A chacune de ces étapes, j'ai admiré le cheminement du groupe qui m'a convaincu de sa capacité à séduire les scènes françaises et européennes. Je ne peux pas m'empêcher d'observer avec admiration le parcours d'Aurélien depuis l'époque préhistorique (avant 2013, donc !), durant laquelle, alors que nous assistions aux concerts de nos artistes préférés, je l'écoutais me confier ses honorables ambitions artistiques. J'ai connu tellement de musiciens tout aussi enthousiastes, que je n'imaginais pas sa réussite en quelques années !

Après quelques évolutions d'effectif de 2016 à 2020, la composition d'ESTHESIS semble stabilisée. Chacun contribue à emmener l'auditeur dans des contrées progressives, éthérées et puissantes. Aurélien Goude (claviers, chant) a maintenu son cap ; il est actuellement entouré de Marc Anguill (basse, depuis 2020), Arnaud Nicolau (batterie, depuis 2020), Mathilde Collet (chœurs, progressivement depuis 2020), puis de Remi Geyer (guitare, depuis 2023).

LE CONCERT. Aurélien se dresse au centre avec son clavier et son micro ; derrière lui trône la batterie, à sa gauche son bassiste, derrière lequel se dresse le micro de choriste (pour la suite), à sa droite son guitariste. En dépit de son statut d'invité, ESTHESIS a bénéficié globalement de bonnes conditions. Certes, la scène était partiellement encombrée du matériel des artistes suivants, mais l'espace fut cependant largement suffisant s'exprimer. Grâce à une sonorisation satisfaisante, en dépit de quelques segments de début qui furent rapidement équilibrés par la console, les pupitres furent audibles et respectueux des intervenants. L'un des trois écrans muraux a été cédé par IQ pour laisser paraitre le logo d'ESTHESIS.

D'entrée, avec le second volet de "Raising Hands" tiré du premier album studio, la prestation débute de manière convaincante. Le morceau est parfaitement en place et entraine son auditeur dans un premier tourbillon émotionnel. Aurélien mène les harmonies exprimées par son groupe avec une bienveillante autorité et une compétence évidente. Son clavier accompagne ou mène une Musique dont les influences progressives rappellent souvent un certain Monsieur Wilson, sans toutefois s'y complaire totalement.

© Hervé "Not Only Prog"

Pour le deuxième titre, Mathilde apparait sous un halo, puis l'introduction annonce "The Frame", un titre que j'apprécie tout particulièrement, issu du plus récent album "Out Of Step". Les micros tardent un peu à s'équilibrer pour laisser percevoir les chœurs mais tout rentre heureusement dans l'ordre au couplet. Ce morceau constitue la première des quatre allusions à l'actualité du groupe. Mathilde sera opportunément présente sur certains titres pour optimiser les mélodies de sa fraicheur élégante. Une intervention particulièrement saisissante sur "The Storm".

Toujours aussi efficace, Marc Anguill impose ses accords puissants notamment sur "Amber", dont l'interprétation est particulièrement entrainante, grâce aussi aux cadences subtiles et puissantes d'Arnaud Nicolau. Remi Geyer entretient le sentiment d'une intégration réussie au sein du groupe, en délivrant ses soli qui sillonnent joliment les morceaux.

Le public s'enivre dans cette Musique et s'évade dans l'univers d'un rock progressif à la fois puissant et subtil. La complicité entre les musiciens valorise leurs talents ; on ne peut que souhaiter davantage d'opportunités de concerts pour encore parfaire les transitions.

Visiblement l'ensemble de la prestation aura incité de nouveau mélophiles à s'intéresser à ESTHESIS. Le public est conquis et ovationne chaleureusement le quintuor honoré.

ESTHESIS a choisi un florilège de sept titres pour présenter sa discographie, dont quatre issus de "Out Of Step" (2025).

PROGRAMME

  1. Raising Hands (Pt 2) (Raising Hands, 2019)
  2. The Frame (Out of Step, 2025)
  3. Fractured #1 (Out of Step, 2025)
  4. Out of Step (Out of Step, 2025)
  5. Amber (Watching Worlds Collide, 2022)
  6. The Storm (Out of Step, 2025)
  7. No Soul to Sell (The Awakening, 2020).


IQ [20h30-22h34] https://www.iq-hq.co.uk/

MINI BIO. Son ancêtre THE LENS (1976-1981) était déjà composé de Mike Holmes, Peter Nicholls et Martin Orford. De ce laboratoire naquit IQ, cofondé en 1981 par Mike Holmes et Martin Orford (parti en 2007). Depuis une quinzaine d'années, en dépit de quelques inexorables turbulences, ce quintet britannique, semble former un groupe stabilisé; le pilier Mike Holmes (guitares, claviers, chœur depuis 1981) est entouré de Tim Esau (basse, chœur de 1981 à 1989, et depuis 2011), Peter Nicholls (chant de 1982 à 1985, et depuis 1989), Paul Cook (de batterie de 1982 à 2005, et depuis 2009), Neil Durant (claviers depuis 2011).

A l'origine très influencé par d'augustes ainés tels que Genesis, IQ s'est vite émancipé et a largement contribué à façonner la galaxie dite du " néo-prog ". Au fil des albums et des scènes, IQ s'est distingué par son style singulier. Un son, et des harmonies sans concession, reconnaissables dès les premières mesures.

Après quarante-quatre années d'une activité ponctuée d'albums aux parutions espacées, "Dominion" n'est que son treizième album studio qui parait le 28 mars 2025. Ce concert s'inscrit dans une tournée anniversaire de onze dates qui a débuté le 13 février 2026 à Bury (UK) et qui se terminera le 19 décembre 2026 à Londres. On sait déjà que d'autres dates sont annoncées en 2027…

Dans sa catégorie, IQ figure dans mon Panthéon de ces artistes (MARILLION, PENDRAGON, MOSTLY AUTUMN, ARENA, entre autres) dont j'écoute les albums sans peine et inlassablement. Pourtant, je ne revois IQ que pour la sixième fois ce soir. Je m'en veux d'avoir manqué beaucoup de ses concerts auparavant, en particulier ses trois prestations au Théâtre Dunois (Paris 13e), tout près de chez moi à l'époque (5/11/94, 28/4/96, et 4/4/98) !

Bref, trêve d'analepses aussi inutiles que douloureuses, je ne cache pas mon plaisir de revoir ces Anglais avec une fréquence accrue …

LE CONCERT. Lors de sa double prestation des 26 et 27 septembre 2025 au Casino de Paris, IQ n'avait interprété que deux titres issus du fantastique album "Dominion" ; "Far from Here" et " Never Land ". Le morceau éponyme avait été interprété au Café de la Danse. Il me restait à entendre sur scène "The Unknown Door" que j'apprécie tout particulièrement… Un vœu heureusement comblé ce soir !

Le concert débute dans une atmosphère mystique aux sonorités d'un orgue d'église avec "Sacred Sound", un monument d'une dizaine de minutes, tiré de l'album superbe "Dark Matter" (2004). Un pur bonheur pour introduire cette grand'messe du rock progressif !

La sonorisation pour la soirée m'a paru parfaitement équilibrée, laissant idéalement épanouir le talent de chaque artiste ; les accords aériens de Neil Durant dont les claviers ont constamment magnifié les atmosphères, les soli étourdissants de Mike Holmes, pendant que la section rythmiques assurée par Tim Esau et Paul Cook ont élégamment soutenu l'ensemble. J'admire surtout la singularité de Peter Nicholls qui chante et mime sobrement des chansons émouvantes, avec une justesse surprenante dans ces tonalités mineure, et un timbre qui accentue ainsi l'émotion et un sentiment de compassion. Ses tentatives de communication avec le public sont pleines de bonnes volontés et de convivialité ; elles le rendent d'autant plus attachant. Comme souvent dans le rock progressif, un auditeur impatient, une oreille non avertie, pourrait mal percevoir les sonorités alors qu'elles sont d'une richesse extraordinaire. On pardonne quelques négligeables pistes préenregistrées (notamment le sifflet champêtre sur " Stronger Than Friction "), ces merveilleux musiciens assument parfaitement sur scène leurs pupitres. De notre balcon nous étions idéalement placés pour observer attentivement chaque intervention.

L'éclairage est relativement sombre, logique dans le cadre des atmosphères exprimées, mais l'orientation des projecteurs est judicieusement opérée et permet de bien distinguer les artistes. En fond de scène, trois écrans illustrent les séquences.

Toutes les chansons d'IQ sont de nature à m'émerveiller, mais ce soir j'ai espéré et obtenu "The Unknown Door", le titre de vingt-deux minutes qui ouvre le dernier album paru, et qui est joué pour la cinquième fois sur une scène, mais pour la première fois en France. Enorme moment d'émotion pour moi, toutes ses subtilités ont été interprétées avec brio. Dès les mesures cuivrées pour l'introduction jouées par Neil, puis le relais de Mike qui a temporairement abandonné sa guitare pour soutenir l'ambiance sur un second clavier ! Puis Mike va s'asseoir pour mieux s'appliquer sur une guitare acoustique. Ensuite, l'ensemble harmonique du quintuor exprime la quintessence, la beauté musicale absolue telle qu'IQ est capable de produire ! Une alternance de séquences variées et bouleversantes telles que seul le rock progressif est susceptible de m'apporter. Un pur régal pour mélomane exigeant ! Enooooooooooooorme, je vous dis !!

© Hervé "Not Only Prog"

Bien entendu, hormis cette acmé émotionnelle personnelle, tout le concert fut un enchaînement de plaisirs auditifs ; en citer un, serait insulter tous les autres.

Grand autre moment d'émotion, sur scène cette fois, lorsqu'à l'occasion de "Never Land" Peter Nicholls rend hommage à Mark Westwood, un membre de l’équipe technique du groupe, un ami surtout, décédé en septembre 2026. L'émoi douloureux était perceptible par le public. Nouvelle preuve, s'il en fallait une, de la grande sensibilité de ces artistes.

Le public de ne s'y trompe pas, il ovationne dans une exaltation légitime.

Certes, le programme diffère peu des récents concerts parisiens, pourtant le plaisir demeure… IQ nous a accordé ce soir un excellent florilège tirés de neuf albums, avec treize titres magnifiques, dont trois issus de "Dominion", deux de "Frequency", deux de "Subterranea", un de "Dark Matter", un de "Ever", un de "Nomzamo", un de "Tales From The Lush Attic", un de "The Road Of Bones", un de "The Wake".

PROGRAMME

  1. Sacred Sound (Dark Matter, 2004)
  2. From the Outside In (The Road Of Bones, 2014)
  3. Far from Here (Dominion, 2025)
  4. No Love Lost (Nomzamo, 1987)
  5. Stronger Than Friction (Frequency, 2009)
  6. State of Mine (Subterranea, 1997)
  7. Through the Corridors (Oh Shit Me!) (Tales From The Lush Attic, 1983)
  8. The Unknown Door (Dominion, 2025)
  9. Subterranea (Subterranea, 1997)
  10. Leap of Faith (Ever, 1993)
  11. Closer (Frequency, 2009)
  12. Never Land (Dominion, 2025).

RAPPEL :

  1. The Wake (The Wake, 1985). 

La fin du concert laisse place aux inévitables échanges d'impressions entre mélomanes passionnés, qui se rejoignent dans l'exaltation et la sensation d'avoir vécu à nouveau un Grand moment de bonheur ensemble.

Nos conversations s'étendent vite à nos compliments adressés aux membres d'ESTHESIS, disponibles à son échoppe. Aurélien demeure évidement accessible et modeste, c'est toujours un plaisir de dialoguer avec lui, Mathilde et ses partenaires. A son image, Marc Anguill demeure d'une modestie et d'une amabilité qui fait de lui un interlocuteur franc et agréable. Idem pour Remi Geyer dont le recrutement s'avère une belle affaire autant humainement que musicalement. Il me parait toujours plus confortable de faire part de mes sentiments en français ; c'est moins compliqué, on peut exprimer les subtilités !

Et pourtant, je vais tâcher de retrouver quelques reliquats de mon anglais lorsque vont apparaitre les membres d'IQ ! Peter Nicholls m'apparait d'abord, détendu et disponible ; il accepte d'écouter mes propos émus et sans doute quelque peu confus, mais qui lui paraissent d'autant plus sincères qu'il m'accorde une accolade aussi inattendue qu'émouvante. Je n'aurais jamais imaginé ce personnage, d'apparence austère, aussi aimable et réceptif !

A peine remis de cet évènement je sors sur le trottoir, et au détour de chicanes entre les techniciens en plein chargement des caisses, je et ne tarde pas à rencontrer Mike Holmes et Tim Esau, qui se montrent tout aussi disponibles et souriants !

Je conserverai de ces rencontres les portraits qui me semblaient s'imposer, en dépit de mes scrupules à déranger ces artistes très sollicités.


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