Depuis un peu plus d'un an, des âmes bienveillantes
avaient attiré mon attention sur des vidéo musicales diffusées sur YouTube,
montrant ce surdoué des claviers. Evidemment impressionné par le personnage, il
est cependant difficile de suivre tous les artistes ; celui-là, comme d'autres,
avait vocation à poursuivre ses prestations à mon insu. J'avais bien vu vaguement
qu'il passait en Europe pour quelques dates, mais mon calendrier était déjà
bien chargé et j'avais donc délibérément négligé ce concert.
Toutefois, en discutant sur les réseaux sociaux j'ai
pressenti le danger de manquer une soirée présentée comme, je cite : "Le 1er concert en France du
"Jimi Hendrix de l'Orgue Hammond" !". Je me suis donc donner
pour objectif d'arriver à temps au New Morning ce dimanche soir, après mon
retour du Spirit of 66 par des routes encombrées, même si cela relevait de la gageure.
Malgré tout, je parviens à me présenter à l'entrée où patiente une petite quinzaine
de mélomanes sous une bruine glaciale de nuit hivernale. En dépit de la raison
de notre présence ici, nous ne pouvons ignorer l'excitation des rues alentour ;
notre public s'étoffera à l'issue de la finale de la coupe du monde de
football.
LE SITE : Situé
au 7-9 rue des Petites-Écuries, au cœur du 10ème arrondissement de
Paris,dans les locaux de l'ancienne
imprimerie du journal Le Parisien, le New Morning est en fait un club dont la
programmation est dédiée principalement au jazz. Il a été fondé en 1981 par
Eglal Farhi, une franco-égyptienne, journaliste enseignante, puis directrice du
club. Depuis le décès de cette dernière en 2010, il est dirigé par sa fille
Catherine Farhi. Des artistes de renom s'y sont produit tels que B. B. King,
Prince, Didier Lockwood, Chet Baker, Pat Metheny, Dizzy Gillespie… Pour ma
part, j'avais découvert ce bel auditorium le 14 mai 2014, à l'occasion d'un
concert atypique en ces lieux, celui du groupe de hard rock espagnol ELDORADO.
Cet établissement dispose d'une capacité de 500 places. (Ce soir, il restait de la place)
Lorsque les portes s'ouvrent enfin, je pensais naïvement
pouvoir me procurer un ticket d'entrée au guichet, mais non. Il m'est demandé
d'en commander un sur internet (26 €), de le télécharger puis de montrer le
code barre. Drôle d'époque décidément ; sans mon portable je ne pouvais tout
simplement pas participer au concert !… Le temps que j'accomplisse la
procédure, évidemment tous les autres me passent devant… Mais bon, ce n'est pas
bien grave car la configuration de l'auditorium offre de bonnes conditions
d'écoute et de positionnement. Une fois admis, j'aurais pu me placer au bord de
la scène, au pied du clavinet, mais je préfère rester un peu en retrait, en me
calant sur la gauche, du côté dudit pupitre.
ROSAWAY [19h45-20h35].
Ce duo français, mais anglophone, fondé en 2017 exprime une musique qualifiée d'électro-pop-jazz et
se compose, d'après les sites consultés, de musiciens anonymes officiant sous
les pseudonymes "Rachel" et
"SteF" ; une présentation
rapide en fin de prestation ne m'a pas permis d'entendre les patronymes. On
n'en saura pas davantage. (Ajout du 15/2/23 : je viens d'apprendre qu'il y a Rachel Ombredane)
Ils ont enregistré trois monoplages, "Walk" (2019), "Midnight" (2021), "Freedom" (2018) et deux mini albums
(4 titres) "Stranger"
(2019) et "Dreamer" (2020).
Une excellente sonorisation a permis au duo de
s'exprimer de manière audible. Les pupitres de micro, flûte et batterie furent
constamment perceptibles. Pour la petite partie de la scène qui leur était
dévolue, le duo dispose d'un éclairage tamisé, mélange de blanc chaud et blanc
froid, mais cependant suffisant pour distinguer les musiciens.
Le duo montre un certain gout pour la mise en scène ; les
deux acolytes se présentent dos à dos, lui, est coiffé d'un large chapeau rouge
écarlate et elle, dotée ma foi d'une jolie plastique, est en soutien-gorge.
Sur le plan musical, très vite, je perçois ce qui va
m'agacer. Comme beaucoup, j'apprécie mieux ce que je comprends. Or, je ne
comprends pas ce recours à une boite à sons ; à la rigueur je le tolèrerais
mieux pour des musiciens de trottoir ou de métro. Oui, je suis de la vieille
école ; ma conception d'un concert, c'est un musicien, un instrument, ou
l'inverse. Un instrument pour plusieurs musiciens, ou un musicien pour
plusieurs instruments. Remplacer ces deux éléments par une machine me parait
incongru et surtout sans âme.
Cependant, je parviens à surmonter cet écueil, et à apprécier
cette musique à la fois légère et dansante, alliant effectivement électro, pop,
et jazz avec une certaine élégance. "Rachel" dispose d'une belle voix
au timbre rappelant souvent le gospel ou la soul. Très à l'aise et expressive
avec sa flûte traversière elle dégage une personnalité captivante et intense.
Quant à "SteF", il occupe son poste de batteur avec une admirable
ferveur, une belle énergie. L'ensemble produit une ambiance entrainante.
Au final je suis donc assez séduit par la prestation, mais
compte tenu du concept j'aurais juste donné une obole dans leur panier en osier,
avant de me précipiter pour attraper mon métro.
Le public s'enthousiasme volontiers et accorde de
belles ovations. Quant à moi j'applaudis poliment pour leur talent individuel
indéniable.
Titres du
programme à déterminer.
LACHY
DOLEY [21h-22h40]
Lachlan R "Lachy"
Doley est né le 21 avril 1978 et a
grandi à Adélaïde (Australie). Chanteur et auteur-compositeur, il a débuté
musicalement avec Clayton, son frère ainé qui se chargeait de l'orgue Hammond,
pendant que lui se chargeait déjà du clavinet. Ils jouent longtemps ensemble,
puis en 2011, Lachy se lance dans un parcours en solo. Il fonde ensuite The Lachy Doley Group en s'entourant
d'un bassiste et d'un batteur, avec lequel il enregistre un album qui parait en
septembre 2013 sous son propre label.
A ce jour, son trio se compose du batteur Jackie Barnes et du bassiste Joel Burton.
Sa discographie est compliquée à déterminer (entre concert
semi-acoustique ou pas, et studio…) mais son album le plus récent est "Studios 301
Sessions",paru le 17
Septembre 2021, chez le label All the
Stops. Cette prestation s'intègre dans une tournée européenne comprenant
neuf concerts en douze jours, dans sept pays. Ils disposent pour seul chauffeur
et technicien de tournée, de Wouter Bakker.
L'acoustique de ce véritable écrin idéal pour les
musiciens, a permis de jouir d'une sonorisation parfaitement adaptée à
l'atmosphère voulue. Un éclairage tamisé, principalement blanc (chaud ou froid)
parfois légèrement irisé, à l'ambiance de club, a mis en valeur les musiciens
et leurs instruments avec sobriété mais efficacité. Seul le mur de fond était parfois
teinté. La scène n'est pas bien grande, surtout au regard de l'agitation
constante de Lachy, mais cela contribue sans doute au trio d'entretenir sa
complicité.
Sa prestation est parfaitement conforme à mes
impressions issues des visionnages de vidéos. Cet artiste vit totalement et
sincèrement sa musique ; on peut dire qu' "il a le blues dans la peau". Il n'en demeure pas moins extraverti
et charismatique ; il n'est pas du genre enfermé dans une mélancolie
inconsolable. Que nenni, il raconte sa vie, ses émotions. Il tape les mains qui
se tendent vers lui, il rit, il sautille vers ses acolytes, quand ce n'est pas
sur son siège. Intenable et très expressif, il se dresse debout aux accords les
plus énergiques, ou se colle au clavier comme pour approfondir sa tonalité
plaintive. Il se penche vers le public pour attiser son excitation, ou vers le
levier du clavinet pour accentuer les sonorités guitaristiques.
Jackie Barnes et Joel Burton font preuve de beaucoup
de complicité, les regards, les sourires en disent long sur l'ambiance au sein
du trio. Les deux soutiens montrent une grande efficacité, alliant finesse et
énergie selon les tempi.
Le meneur transmet sa passion avec bonheur. Ce mec est
tout simplement réjouissant, avec lui le blues n'est pas triste. Enfin, pas
définitivement. Son énergie débordante est communicative. Le public répond avec
enthousiasme et entretient ainsi la satisfaction du trio à jouer pour la
première fois dans cette salle parisienne.
Parmi douze titres,
il interpréta trois reprises des
années 70, mais aussi deux titres
issus de "Make or Break" 2019), cinq de "Conviction"
(2015), un de "Lovelight" (2017) et un de "S.O.S.
(Singer Organ Soul " (2013).
PROGRAMME Stop Listening To The Blues (Conviction, 2015) Conviction (Conviction, 2015) Voodoo Child (J Hendrix, 1970) Give It (But You Just Can’t
Take It) (Make or Break, 2019) Only Cure for the blues is
the blues (Lovelight, 2017) Make It Up (Conviction, 2015) Use Me (Bill Withers) (Conviction, 2015) Frankly My Dear I Don’t Give
A Damn (Conviction, 2015) Enchainé avec Just kissed my baby (the Meters, 1974) A Woman (Make or Break, 2019) Still In Love (S.O.S. (Singer Organ Soul), 2013). RAPPEL : I’m a Man (Spencer Davis
Group, 1967).
Pour info, le
surlendemain au Spirit of 66 ils joueront : Gimme Some Lovin (Spencer Davis
Group, 1967), et Fortunate Son (Creedence Clearwater Revival, 1969) avec comme
invité leur roadie Wouter Bakker.
A l'échoppe (qui
était restée sans surveillance pendant toute la soirée !!), ce sont les
trois musiciens en personne qui se rendent disponibles pour proposer leurs
marchandises ; CD, t-shirt, poster. Disponibles aussi pour dédicacer leurs
albums (j'en prends deux) et discuter
de leur prestation ! Avec un peu de patience, ils posent volontiers pour un
portrait. Leur état d'esprit est d'une fraicheur admirable ! Je leur ai dit et
je le pense sincèrement : "Be back,
the sooner the better !".
A lire les réactions/remerciements des trois musiciens
sur leur page Facebook au moment de rentrer au pays, je pense qu'ils auront
conservé une excellente impression de leur accueil. On peut raisonnablement
estimer les revoir en 2023 !
C'était déjà pour découvrir MOSTLY AUTUMN que nous
avions découvert cette mythique salle, le Spirit of 66, ce vendredi 3 juin 2022.
Le calendrier des concerts de ce bel écrin nous a tentés bien souvent au cours
de l'année mais son éloignement de Paris (environ 400 km/4 heures de routes)
ralentit nos ardeurs, quand même. Oui, il nous arrive d'être raisonnables. Les
voisins de ce prestigieux établissement ont bien de la chance, épicétou.
A l'instar de CAMEL et de LAZULI, MOSTLY AUTUMN est de
nature à nous faire déplacer sur de longues distances puisque la probabilité de
les revoir à Paris reste faible à ce jour. En dépit de conditions hivernales sur
les routes (brouillard, verglas, neige), nous avons maintenu notre engagement
pris depuis le 8 octobre…
L'accueil particulièrement convivial, chaleureux, accueillant
du personnel de l'hôtel des Ardennes (ah, Maggi c'est un personnage !), et de la
friterie à proximité, nous a rapidement fait oublier ces aléas.
LE GROUPE, brève biographie
Mes récits de concert n'ont pas vocation à s'attarder excessivement
sur la biographie des artistes. Mais je rappelle ici volontiers le pedigree de MOSTLY
AUTUMN. Parce que ces musiciens méritent une attention particulière, compte
tenu des émotions que leur Musique me procure.
Ce groupe originaire de York, (North Yorkshire) s’est
formé en 1995 autour de Bryan Josh,
chanteur et guitariste et de la chanteuse Heather Findlay (qui mène maintenant une carrière solo depuis 2010). A la base, leurs
prestations consistaient principalement à reprendre des titres de Pink Floyd,
mais, au fil du temps et des changements d'effectifs, leur musique s'est forgé une
identité, en fusionnant diverses influences, notamment Pink Floyd donc, mais
aussi Fleetwood Mac, Genesis, Jethro Tull ou Camel. Les ingrédients subtilement
dosés se composent de superbes mélodies enveloppées de voix féminines sensuelles
et envoutantes, et transcendées de longs soli de guitares. Cet enchantement
musical mêle brillamment du rock à la fois puissant et mélodique avec des
thèmes folkloriques, traditionnels, celtiques.
Il me semble intéressant de rapporter ce que Bryan
raconte pour expliquer comment lui est venue l'idée du nom de son groupe :
"Le nom "Mostly Autumn"
est né en 1992, alors que Liam
(Davison)
et moi buvions dans un pub appelé The Newfield Inn à Dunnerdale, dans la région
des lacs. Je savais que je voulais donner au projet un nom ayant un rapport
avec l'automne et lorsque, de but en blanc, Liam a pointé du doigt un rail de
carte postale indiquant "Mostly Sheep", je n'ai vu que le mot
"mostly". Cela m'a frappé et c'est ainsi que le nom a été créé. J'ai
et j'ai toujours un grand amour pour la saison de l'automne. Outre les
changements de couleurs et les parfums frappants, je trouve que c'est une
période très provocante, très nostalgique et puissante avec sa beauté
époustouflante et un certain air de tristesse, mais avec un grand sentiment
d'optimisme. La période entre l'automne et Noël a toujours été l'une de mes
préférées." Je le comprends
d'autant plus que je préfère l'automne également…
Bryan a demandé à Iain Jennings de jouer pour MOSTLY AUTUMN au pub "The Northern Wall" à York en1997,
pour remplacer temporairement leur
claviériste qui ne pouvait pas venir. Iain se souvient n'avoir disposé que de
peu de temps pour répéter avant le concert, mais il apprécia vraiment la
musique car elle lui semblait différente de tout ce qu'il 'avait joué
auparavant. Une belle complicité durable est ainsi née.
Angela Gordon
rencontre Bryan Josh en1997, c'est le début de son aventure
avec MA. Elle suspend toutefois sa participation en 2007 pour une pause
maternelle, avant de revenir en 2016. Une multi-instrumentiste de talent,
capable d'alterner avec grâce et sensibilité les flûtes (traversière, picolo, fifre), les synthétiseurs, les percussions ou
les chœurs.
Avec la parution du premier opus "For All We
Shared..." en 1998, MA
démontre déjà de très belles compétences. Dès 1999, MA fut remarqué et honorés,
notamment en obtenant le trophée de meilleur nouveau groupeaccordé par la "Classic Rock Society".
Arrivé en mai
2000, Andy Smith fait partie du
groupe depuis leur troisième album. Mais en fait, c'est un ami de longue date,
alors qu'il était ingénieur du son et éclairagiste. Il avait donc eu tout le
temps de se familiariser avec l'univers de MA avant d'accepter de mettre ses
compétences à son service pour remplacer le bassiste parti pour raisons
familiales.
Chris Johnson
est un auteur compositeur, ingénieur du son et universitaire qui semble
s'épanouir pleinement au sein de MA depuis
2006, même s'il s'est aussi accordé une pause entre 2007 et 2014. Sa
sensibilité, autant à la guitare qu'au chant, constitue un apport magistral (écoutez
en particulier "Silver Glass"
et "Changing Lives").
Un soir de fin 2004, Bryan entend Olivia Sparnenn chanter sur une scène et lui
demande de faire les chœurs au sein de MA pour le lancement de l'album "Storms Over Still Waters", à
l'Astoria. Puis Iain lui demande à son tour des collaborations de son côté. Tant
et si bien qu'en2010, Olivia a accepté l'offre de Bryan
de prendre la relève de Heather Findlay en tant que chanteuse principale de
Mostly Autumn. L'entente est telle que, sur le plan personnel, Olivia a épousé
Bryan Josh en 2013, union dont est issue une fille, opportunément nommée
Autumn.
Le poste de batteur semble être le plus délicat pour
MA puisque Henry Rogers est le
neuvième batteur. Arrivé en 2018,
c'est ainsi le membre le plus récent. Recruté pour sa polyvalence et son
expérience dans des styles musicaux différents, il a déjà officié au service du
funk, de la soul, du progmetal.
Même si tous leurs enregistrements en studio rivalisent
de qualités, leurs prestations scéniques sont légitiment remarquées par leur
maitrise des atmosphères et par leur durée. Nous avons pu constater lors du
concert de juin que ce groupe dégage une aura particulière. Son histoire humaine
contribue sans doute à cette impression.
L'opus "White
Rainbow", paru fin 2018 (ou le 1er
mars 2019, selon les sources…) rend un hommage touchant à Liam Davison, longtemps
guitariste de MA et ami d’enfance de Brian Josh, disparu brutalement fin 2017. Selon
moi, c'est leur chef d'œuvre ; cet album transpire une émotion tellement
sincère qu'elle en est à la fois indescriptible et presque palpable. Un opus indispensable
dans la discothèque de tout mélomane.
Le quatorzième album, le superbe "Graveyard Star" est paru le 24 septembre 2021.
Ce soir, autour de Bryan Josh (chant et guitares, depuis 1995), et Iain Jennings
(claviers, de 1995 à 2005, puis
depuis 2010), nous retrouvons Olivia Sparnenn-Josh
(chant principal depuis 2010, mais chœurs, percussions, flûte à bec, depuis 2004), Angela Gordon (flûtes, claviers, percussions, et chœurs, de 1999 à 2007, et depuis 2015), Chris Johnson (guitares rythmiques et
acoustiques, chant, claviers, de 2006 à 2007, et depuis 2014), Andy Smith (basse, depuis 2000) et de Henry Rogers (batterie, depuis 2018).
LE CONCERT [20h30/21h30
– 21h50/23h45]
Afin de se protéger du froid glacial (en dessous de
zéro), nous nous réfugions dans le tunnel d'accès d'où nous percevons avec
plaisir et admiration les derniers réglages préparatifs au concert ("Soundcheck", pour les anglicistes).
Même en répétition, ces artistes assurent admirablement. Ce petit apéritif
sonore accroit encore notre excitation. Peu après 19h les portes s'ouvrent
enfin.
En pénétrant dans la salle avec ma p'tite Fée, nous étions
tentés d'aller nous asseoir en balcon mais finalement nous optons pour un
retour au premier rang, afin de communier pleinement avec les musiciens. Certes,
ce n'est pas idéal pour le son, mais nous préférons partager leurs sourires,
leurs regards, et leur complicité. L'établissement dispose d'une capacité
d'accueil de 350 personnes, mais étonnamment la soirée n'affiche pas complet.
Le septuor prend place et la magie opère immédiatement avec le titre introductif "Tomorrow Dies". Olivia irradie la scène de son charisme, de son charme, de sa vivacité et de sa voix. Son timbre limpide, harmonieux et puissant est valorisé par les accords et soli de Bryan qui semble au mieux de sa forme ce soir. La complicité du couple se ressent pleinement ; les interventions sont dosées et exprimées avec charisme et engagement. A l'instar de leur prestation ici en juin, tout est interprété avec soin et poésie.
Les accords à la fois énergiques et sensibles de Chris aux guitares classiques et
électriques étoffent ceux de Bryan et apportent indéniablement un surcroît d'émotions
à l'ensemble. J'apprécie tout particulièrement les talents de Chris, notamment
lorsque qu'il chante de sa voix douce mais expressive (lors des fameux "Changing Lives" et "Silver Glass" donc, mais aussi en chœur). A l'instar de la
complicité entre les Josh, on peut distinguer aussi une belle complicité entre
Chris et Angela qui jouent d'ailleurs
ensemble en dehors du groupe. Cette multi-instrumentiste exprime de magnifiques
émotions, surtout aux flûtes (notamment la traversière), mais aussi aux chants
et aux chœurs, en appui à Olivia. Angela dispose également de son clavier pour
soutenir les riches et puissants accords d'Iain
dont le synthétiseur constitue un socle essentiel aux harmonies. Iain
m'impressionne toujours par son calme, son regard vigilant sur ces collaborateurs.
Andy est peut-être celui qui bouge le plus, après Olivia.
Il exprime ses lignes de basse stables et puissantes avec vivacité et
expressivité. Avec la batterie d'Henry,
ils constituent un plateau puissant et rythmé qui contribue largement à secouer
les nuques et les jambes !
Bref, ces sept ne font qu'un. Aucun ne semble tirer
les couvertures à lui, pas même Bryan dont les soli pourtant brillants semblent
couler de source dans ce flot de mélodies. Il laisse chacun des pupitres
s'exprimer et s'épanouir à tour de rôle. Ils sont visiblement heureux (au moins
sur scène) et jouent parfaitement leur rôle de troubadour des temps modernes.
Je ne peux m'empêcher de relater un court épisode de vie de couple anecdotique
mais qui en dit long sur leur état d'esprit ; Bryan ayant maladroitement
renversé une (de ses) Jupiler, Olivia s'est empressée d'éponger humblement le
sol à ses pieds. J'ai trouvé cela mignon tout plein. Autre anecdote ; Bryan
cherche un décapsuleur pour une (nouvelle) Jupiler ; je lui temps le mien (j'en
ai toujours un sur moi !), c'est Olivia qui vient me l'emprunter. J'aurai ainsi
accompli ma B.A. pour la journée !!
Cette petite scène, heureusement dépouillée d'artifice
ou de décor, aura permis toutefois de contenir les sept musiciens sans léser
leur expression. La sonorisation était sans doute parfaite pour les auditeurs
plus en retrait ; de notre position assumée nous ressentions davantage les
basses/batterie, au dépend parfois du chant. Mais rien de rédhibitoire à nos
sens d'admirateurs inconditionnels !
Je serais tenté de distinguer des moments forts dans
ce bouquet de toute beauté, mais à mon sens chaque titre est une invitation au
voyage. Les opus "Graveyard Star",
"White Rainbow" et "Sight of Day", "For All We Shared" sont légitimement
représentés avec trois extraits chacun.
Le public ne pouvait qu'être enthousiaste et
pleinement engagé dans ce tourbillon de notes enchanteresses et envoutantes.
En clôture de soirée, dans un admirable état d'esprit,
les sept artistes nous accordent un programme spécial pour fêter Noël comme il
se doit, coiffés des couvre-chefs adéquats.
Leur titre "For
Everyone at Christmastime" paru le 4 décembre 2020 s'impose avec évidence
et bonheur. Puis c'est l'opportune reprise de Greg Lake "I Believe in
Father Christmas" durant laquelle Olivia, tout sourire, secoue bruyamment
son manche à grelots, et Angela perce les harmonies de sa flute picolo. La magnifique
reprise de Chris De Burgh "A Spaceman Came Travelling" permet
une participation accrue du public. Je ne peux qu'approuver le recours au
répertoire festif de The Pogues
"Fairytale of New York" dont
l'interprétation laisse percer fifre et flute. Dans une ambiance conviviale et
chaleureuse, le public contribue volontiers à chanter avec le groupe ces airs réjouissants.
Cette magnifique soirée nous aura permis d'écouter vingt et un titres, dont trois du dernier opus "Graveyard Star" (2021), trois de issus de "White Rainbow" (2019), trois de "Sight of Day" (2017), trois
de leur superbe premier opus "For
All We Shared..." (1998), deux
de "Heart Full of Sky"
(2006), un titre de "The Last Bright Light", un de "The Spirit of Autumn Past" (1999), leur monoplage "For Everyone at Christmastime"
(2020), et une reprise issu de l'album
de Josh & Co. Limited "Transylvania
- Part 1 - The Count Demands It "(2016). Et pour clore spécialement
cette soirée de l'Avent, les trois
reprises citées.
PROGRAMME ACTE 1:
Tomorrow Dies (Sight of Day,
2017)
Spirit of Mankind (Graveyard
Star, 2021)
Nowhere to Hide (Close My Eyes) (For All We Shared…, 1998)
The Spirit of Autumn Past, Part 2 (The Spirit of Autumn Past, 1999)
The Last Climb (For All We
Shared…, 1998)
Gaze (Heart Full of Sky, 2006)
This Endless War (Graveyard
Star, 2021)
Back in These Arms (Graveyard
Star, 2021)
Mother Nature (The Last
Bright Light, 2001).
ACTE 2:
In for the Bite (Limited,
Transylvania - Part 1 - The Count Demands It, reprise de Josh & Co, 2016)
Into the Stars (White
Rainbow, 2019)
Western Skies (White Rainbow,
2019)
Changing Lives (Sight of Day,
2017)
Silver Glass (Heart Full of
Sky, 2006)
Heart, Body and Soul (Sight
of Day, 2017)
Heroes Never Die (For All We
Shared…, 1998)
White Rainbow (White Rainbow,
2019).
RAPPEL
For Everyone at Christmastime (monoplage, 2020)
I Believe in Father Christmas (reprise de Greg Lake)
A Spaceman Came Travelling (reprise de Chris de Burgh)
Fairytale of New York (reprise de The Pogues).
Le programme aura peu évolué par rapport à celui interprété
ici en juin ; des vingt et un titres, ils ont juste remplacé "Passengers", "Skin of Mankind", "The Harder That You Hurt" et "Forever and Beyond" par les quatre titres
de Noël. Mais compte tenu de la qualité, on ne se plaindra pas !
A noter que le lendemain au De Boerderij de
Zoetermeer, le public chanceux a eu droit à une reprise de "Comfortably Numb" de Pink Floyd.
C'est bien connu, les absents ont toujours tort…
Comme en juin, le concert terminé, les musiciens (tous, cette fois, y compris Bryan)
descendent dans la salle pour recueillir en toute simplicité et avec
bienveillance nos impressions bafouillées dans un anglais plus ou moins approximatif.
Je retrouve l'extrême amabilité d'Angela, et de Chris qui ont bien voulu
entendre nos compliments et qui nous ont très simplement communiqué leurs
activités parallèles. Olivia, radieuse et souriante reste elle aussi très
disponible ; Rien d'une star si ce n'est la beauté. Mais je découvre également
l'humilité et la gentillesse de son mari, Bryan qui nous laisse espérer une
réédition d'une partie de sa discographie, espérer aussi une prestation au
prochain Rock en Scène (le 13 mai
semble-t-il) ! Iain, Andy et Henry étaient aussi disponibles mais les
conversations ne m'ont pas laissé le temps de les approcher.
Je pourrais me lâcher à l'échoppe, mais je n'y trouve
pas les premiers albums que je continue d'attendre…
Tout à une fin, nous peinons cependant à quitter les
lieux.
Nous retrouvons nos chambres, la tête dans les étoiles.
QUATRE MILLE QUATRE CENT DEUX jours que
j'attendais ce moment ! 4402 jours depuis ce prestigieux concert du jeudi 14 octobre 2010 au Royal Albert Hall, à l'issue duquel je n'imaginais pas que ce devait être le dernier
avant longtemps ! Attente interminable, attente désespérée d'un mélomane
passionné par ce groupe devenu légendaire, reconnu comme une référence par
beaucoup d'artistes.
J'exempte
d'intervention ceux de mes amis qui moqueront mon engouement tardif pour
PORCUPINE TREE, même si en effet je confesse volontiers avoir attendu le samedi 30 avril 2005 pour assister à un
premier concert ! Je m'en veux tellement d'avoir ignoré son existence au moins dès
le 24 avril 1998, date où le groupe était en concert à deux pas de chez moi au
Théâtre Dunois dans le XIIIème arrondissement de Paris. D'avoir ignoré
aussi son passage au Divan du Monde (12/6/99), au Trabendo (11/3/03) ou encore
à la Maroquinerie (29/11/03) ! C'est une faute d'autant plus impardonnable, que
si je n'avais pas méprisé à cette époque deux autres vecteurs de curiosités, à
savoir Marillion et Dream Theater, j'aurais pu/dû découvrir Steven Wilson bien
avant 2003 !!! bouhouhouhou… je me hais ! Cela étant le Môssieur est tellement
actif, qu'il ne nous laisse que peu de temps aux lamentations ; en comptant ses
prestations avec PORCUPINE TREE, BLACKFIELD, et son propre groupe, je pourrais
me satisfaire de l'avoir vu, jusqu'à ce jour, vingt-cinq fois, dont neuf avec PORCUPINE
TREE. Ma seule lacune au tableau est de ne pas avoir encore pu assister à un
concert de NO-MAN.
BREF HISTORIQUE
Créant
seul le concept PORCUPINE TREE dès 1987,
Steven Wilson ne s'est entouré d'un
vrai groupe qu'à la fin de l'année 1993
en faisant appel au claviériste Richard Barbieri,
au bassiste Colin Edwin et au batteur Chris Maitland. Le groupe s'est d'abord
ancré dans le sillage d'influences plutôt psychédéliques, rock spatial et rock
expérimental. Puis il a évolué vers une direction davantage rock progressif,
avec zeste de pop …parcours un peu similaire à celui de Pink Floyd. Il a ainsi
peu à peu gagné en notoriété dans la sphère prog, notamment en Italie et aux
Pays-Bas. Sa composition est restée stable jusqu'en février 2002, lors du départ
de Chris, qui est remplacé par Gavin Harrison.
Ce changement, concomitant aux expériences parallèles de Steven, marque une
nouvelle évolution musicale vers des sonorités plus dure. L'album "In Absentia" (2002) en est une
éblouissante démonstration. C'est précisément à cette époque que j'ai connu et
admiré le groupe ; sa musique réunit tous les styles chers à mon âme, il crée
une alchimie magique entre le metal, le prog, le folk, le spatial psyché, voire
même le classique. Le titre "Gravity
Eyelids" me semble une sublime synthèse.
Mais
Steven est un personnage hyperactif, multiinstrumentiste, expert ès sons
instruit depuis l'âge de 10 ans par son auguste papa. Il entretient plusieurs collaborations
en parallèle, à commencer par NO-MAN (sa
collaboration ambiante et hip-hop avec Tim Bowness), mais aussi IEM (un délire électro), Bass Communion (un délire expérimental, drone ambiant), BLACKFIELD
(sa collaboration pop-rock avec Aviv
Geffen), et STORM COROSION (sa
collaboration ambiante lugubre avec Mike Äkerfeld). Sa compétence dans le
domaine du son est reconnue à un tel point que les plus grands lui confient le
remixage de leurs albums ; King Crimson, Yes, Jethro Tull, Caravan, notamment…
Il accompagne des artistes dans leur production : MARILLION, OPETH, ANATHEMA, EPHRAT,
Anja GARBAREK.
Infatigable
et insatiable, Steven lance, dès 2008, un nouveau projet en solo avec la
parution de son premier album "Insurgentes".
Ses opus suivants accroissent constamment sa notoriété "Grace For Drowning" (2011), "The Raven that Refused To Sing"
(2013), le chef d'œuvre "Hand.
Cannot. Erase" (2015), "To
the Bone" (2017) et "The
Future Bites" (2021). En contrepartie de ce succès il abandonne, dès
2010, son beau jouet PORCUPINE TREE qui, à mon sens en tous cas, était pourtant
en plein essor.
Au
fil des entretiens avec les journalistes et des tournées triomphales, les
admirateurs nostalgiques de l'Arbre au Porc-épic ont erré péniblement entre
espoirs déçus et désespoir relatif. Nous étions nombreux, partagés entre la
satisfaction de voir son talent reconnu et l'amertume de l'abandon de
l'aventure PORCUPINE TREE. Mon espoir était cependant nourri par l'observation
du nombre croissant de titres de PORCUPINE TREE que Steven reprenait au fil des
tournées ; aucun en 2012, un en 2013, puis deux en 2015, puis quatre,… pour
atteindre cinq titres durant les concerts des années 2016 à 2018 ! Preuve que
cela devait le travailler quand même !!
Nonobstant
ce bel élan, la Pandémie a contrarié la tournée promotionnelle de "The Future Bites", qui était prévue
pour l'automne 2021 ; elle est reportée à …2024.
Puisque
le Monsieur n'aime pas rester inactif, il a eu une la bonne idée de répondre ENFIN
à ses admirateurs… Nous n'osions plus l'espérer, mais à la surprise générale, il
a ressuscité notre Arbre favori et a annoncé dans la foulée un nouvel opus, suivi
d'une tournée ! Hallelujah !!!
C'est
ainsi qu'un onzième album studio "Closure/Continuation"
est paru le 24 juin 2022. Encore une
grosse réussite à mon sens, cet opus me semble se placer dans la continuité de
son prédécesseur "The Incident".
Les nostalgiques de la première période (1993/03) restent frustrés, mais en ce
qui me concerne cette orientation me convient parfaitement.
Les
tickets sont réservés dès le 2 novembre 2021. Je ne cache pas que mon impatience
teinté d'inquiétude n'a cessé de croitre depuis cette date !!
Nous
revenons au Zénith de Paris, dix jours après le concert de Marillion qui fut
déjà un très Grand moment d'émotions. Nonobstant, je subodore que ce soir sera
un cran encore au-dessus, ne fut-ce que pour l'aspect historique d'un retour
inespéré ! De surcroit, je suis accompagné de mes deux fils, Samuel et Julien,
et de ma p'tite Fée !!! Seul Samuel les a déjà vus, en 2009. Je me remémore
avec une tendre nostalgie ces déplacements en voiture dès 2003, durant lesquels
mes deux crapules étaient contraintes de subir mes écoutes répétées d'In
Absentia ! Il faut croire que ce bourrage de crânes a dû les marquer
durablement… père indigne (?). Mon aîné attendait l'ouverture des barrières dès
15h30, il est logiquement au premier rang en fosse, face à son idole. Son frère
ne restera avec nous que durant le premier acte avant de mieux partager les
émotions de la fosse ! Je ne peux pas lui en vouloir …
Trèves
de discussions apéritives entre mélomanes passionnés, nous pénétrons
l'auditorium pour nous asseoir à nos places réservées en carré or. Pour
comprendre ce qui suit, je dois rappeler ma nostalgie d'une époque où les placements étaient libres, quelle que
fut la salle. Pas de numéro, pas de carré or, pas de placeuses… Cette règle
favorisait les mélomanes les plus passionnés ; ceux qui arrivaient le plus tôt étaient
les mieux placés, épicétou. Mais ça, c'était avant. Depuis plusieurs années,
c'est le règne du pognon. Les gueux au pigeonnier. Même la fosse est désormais
parfois (pas aujourd'hui) subdivisée pour privilégier les plus fortunés. Un
scandale, auquel certains s'opposent courageusement ; pour les concerts des
Dropkick Murphys, le placement est libre.
A
priori, je m'agace donc d'être accueilli par une armée de placeuses dont je
pressens la main tendue, comme si le prix des places (et des consommations)
n'étaient pas déjà assez chères ! Mais de surcroit, la demoiselle nous explique
que nos trois places ont été réquisitionnées au profit de personnes
handicapées. Mon sang commence à bouillir, mais c'est ma p'tite Fée qui se
rebelle à juste titre. Non pas contre le principe de réserver un emplacement à
cet effet, bien entendu, mais pour le simple principe du respect de notre
contrat de réservation. En outre, un coup d'œil rapide et discret sur les
bénéficiaires nous fait fortement douter du motif … De fait, après moult
négociations et déplacement adéquates, (…) nous parvenons finalement à
récupérer Nos trois sièges. (du reste
nous observons que les occupants se sont levés sans aucune difficulté !). La
pagaille de leur mercantile organisation a ainsi touché toute la rangée,
d'autres spectateurs ont eu la même exigence que nous.
Notre
combat légitime nous a permis de jouir d'un emplacement idéal pour lequel nous
avions payé, premier rang du gradin central face à la scène, légèrement sur la
gauche.
LE CONCERT [20:15-21:25 /
21:45-22:50 / 22:52-23:12]
Alors
que les lumières de la salle sont encore allumées, nous percevons en bande son
introductive la tonalité continue du thème d'Even Less. L'excitation est ainsi
à son comble lorsque l'extinction des feux est immédiatement suivie de l'entrée
des artistes qui attaquent sur l'énergique "Blackest Eyes" ! Je vous fais grâce du détail de mon
excitation totale …
Steven
WILSON (chant, guitare, de 1987 à 2010, puis depuis 2021) est entouré de
Richard BARBIERI (claviers, de 1993 à 2010, puis depuis 2021),
et de Gavin HARRISON (batterie, percussions, de 2002 à 2010, puis
depuis 2021). Mais aussi de Randy McSTINE
(guitare, pour la tournée actuelle)
et Nate NAVARRO (bassiste, pour la tournée actuelle).
Dès
les premières séquences on savoure la qualité inouïe de la sonorisation ! Le
concert sera un pur régal auditif, tel que Steven est capable d'en fournir dans
notre salon !
La
scène est éclairée par un dispositif faussement discret ; un arc de projecteurs
surplombe le tout. Il est lumineux, et contribuera merveilleusement par ses
teintes et ses nuances, aux atmosphères requises.
En
fond de scène, un écran géant diffuse les images et mini-films illustrant les
thèmes abordés.
L'espace
scénique est large et permet à chaque pupitre de disposer de son espace vital.
Cela étant, le seul à bouger sera Steven.
Partant
de ce cadre, on pourra toujours me soupçonner de subjectivité, mais le fait est
que de l'avis général cette prestation s'avèrera vite être LE concert de
l'année, tout simplement. La maitrise est totale de bout en bout, le visuel, le
son, le choix des titres tout relève de la perfection. Et que l'on ne vienne
pas m'opposer que seul Dieu serait parfait ; n'est-il pas là devant nous, sur
la scène ?!
Sur
l’écran, on voit s'animer, sous différentes formes et couleurs, le personnage
de la couverture d'In Absentia. La suite ravit nos sens avec une succession de
titres étourdissants principalement issus de "Closure / Continuation", produisant des émotions
indescriptibles. Je souligne la version magnifique d'"Even Less" de 7 minutes version. "Last Chance to Evacuate Planet Earth Before It Is Recycled",
dont les accords de banjo sont joués sur des guitares acoustiques. Steven
soigne particulièrement le titre "Chimera's
Wreck", dont l'intro lui permet de bidouiller le son de sa guitare
comme il le faisait à ses débuts, et durant lequel l'alternance étourdissante des
ambiances est magnifiée par un film d'illustration somptueux ! J'ai ainsi
appris ici à apprécier ce titre, alors qu'il était loin d'être mon favori sur
le CD ! Bref, le programme ne laisse aucun répit à nos esprits bousculés mais je
souligne encore la puissance mélodique et émotionnelle de "Dignity".
Force
est de constater que Steven est au sommet de son art, sa voix est posée et
juste et je rassure les inquiets (sa
récente orientation en solo in quiète certains observateurs) il sait
toujours jouer de la guitare, et très bien ! Il semble détendu ; il dialogue
avec son public, s'amuse des t-shirts qu'il remarque dans la fosse, s'excuse de
nous avoir fait attendre tant d'années (il peut !…). Son épanouissement
personnel (professionnel et sentimental) ne semble pas nuire à son talent, ni à
son envie, ni à sa créativité. Richard reste le discret enchanteur créateur
d'ambiances ; et que Gavin confirme une fois de plus son immense talent, sa
force tranquille, sa haute technicité et sa sensibilité de frappes. Même si je
déplore, par principe l'absence de Colin Edwin et celle de John Welsey,
j'admets volontiers que Nate (moment de bravoure de la basse sur "Dignity") et Randy (ses soli et ses
chœurs sont toujours opportuns et de qualité) les remplacent dignement.
Un
p'tit entracte est bienvenu pour un premier partage d'émotions et pour se
ressourcer avant de profiter d'un second acte qui nous fera grimper très, très
haut !
Une
bande son introductive évoquant le titre "Sentimental" annonce un bel
hommage à l'album "Fear of a Blank
Planet" qui sera effectivement dignement honoré durant l'acte II. Notons
cependant le puissant "Herd Culling"
couronné par un "Happy Birthday"
entonné par les admirateurs les plus avertis, à l'attention de Steven né le 3
novembre 1967. L'époustouflant "Anesthetize"
est joué dans son intégralité, avec des belles interventions de McStine. Et que
dire du redoutable "Sleep Together"
qui une fois de plus a littéralement désarticulé mon pauvre cou et dévasté ma
crinière.
L'ivresse
du public est à son comble, bien évidemment.
L'attente
pour le rappel est bien trop longue à mon goût. Dans ce cadre, l'éthéré "Collapse the Light Into Earth"
vient calmer un peu les esprits ; seuls sont présents Steven et Richard.
Magique !
Avant
de clore cette soirée mémorable, Steven plaisante avec son public. Les plus
anciens admirateurs auront au passage mesuré combien le monsieur a pris de
l'assurance. Elle est loin l'époque où l'introverti se cachait derrière sa
frange de cheveux longs ! Revendicatif, il annonce ; Oui, le titre de clôture
sera un morceau emblématique de son choix, non soumis aux diktats médiatiques
auxquels sont soumis tant d'autres artistes. Non, ce ne sera pas un "Free Bird". C'est "Trains" qui fait chavirer
finalement un public absolument comblé. C'est au moins la septième fois qu'il
me ressort ce titre en concert, mais je ne m'en lasse pas !
En
un peu plus de deux heures et trente-cinq minutes, nous avons écouté vingt titres, dont les sept issus de Closure / Continuation (2022),
cinq issus d'In Absentia (2002), quatre issus de Fear of a Blank Planet (2007),
un issu de Deadwing (2005), un issu de Lightbulb Sun (2000), un issu de Recordings (2001) et un issu de Stupid Dream (1999).
Monsieur "plus" aurait volontiers apprécié des titres plus anciens ; en
plaçant le curseur sur les années 2000, Steven a oublié délibérément sa période
la plus éthérée. Choix artistique, donc respectable.
PROGRAMME ACTE 1 Bande son introductive
: Tonalité longue tirée d'Even Less Blackest Eyes (In Absentia, 2002) Harridan (Closure / Continuation, 2022) Of the New
Day (Closure / Continuation, 2022) Rats Return
(Closure / Continuation, 2022) Even Less (Stupid Dream, 1999) Drown With
Me (In Absentia, 2002) Dignity (Closure / Continuation, 2022) The Sound
of Muzak (In Absentia, 2002) Last Chance
to Evacuate Planet Earth Before It Is Recycled (Lightbulb Sun, 2000) Chimera's Wreck (Closure
/ Continuation, 2022). Bande son finale : Turiya (Alice Coltrane). ACTE 2 Bande son introductive
: Sentimental Fear of a Blank Planet (Fear of a
Blank Planet, 2007) Buying New
Soul (Recordings, 2001) Walk the
Plank (Closure / Continuation, 2022) Sentimental
(Fear of a Blank Planet, 2007) Herd Culling
(Closure / Continuation, 2022) Anesthetize
(Fear of a Blank Planet, 2007) Sleep
Together (Fear of a Blank Planet, 2007). RAPPEL : Collapse
the Light Into Earth (In Absentia, 2002) Halo (Deadwing, 2005) Trains (In Absentia, 2002).
Pour marquer
l'évènement, un arrêt à l'échoppe s'impose. En ce qui me concerne se sera un
nouveau t-shirt.
Je m'étais
abstenu de boire quoique ce soit ce soir de peur de manquer un tant soit peu de
ce concert, car je fais partie du redoutable GPV (Gang des P'tites Vessies). La
soif m'emporte donc avec quelques autres à trainer dans un bar au-delà des
horaires de circulation des métros… Heureusement, les Noctiliens roulent encore
pour nous rapprocher au mieux de chez nous !
Que du bonheur on vous dit !...
Nous avons déjà des scrupules de ne pas avoir opté pour d'autres dates de la présentes tournée... Lors de la
rédaction du présent récit, nous savons déjà qu'une première date de festival
est fixée ; ce sera le Sounds of the City à Castlefield Bowl Manchester, (UK) le
29 juin 2023. … Ça cogite déjà … Et si PORCUPINE TREE venait au Night of the
Prog de Loreley ? hein ? Hein ?
Hiver 2019, Winfried Völklein annonce les premiers
groupes prévus au festival Night of the Prog de Loreley. Parmi ceux-ci, un
groupe norvégien : THE WINDMILL. Totalement
inconnu de mon répertoire, je me suis donc tourné vers notre microcosme de
mélomanes passionnés pour assouvir ma curiosité habituelle. Ces recherches
aboutirent très rapidement à me convaincre de l'intérêt d'assister à leur concert
en juillet. Celui-ci a confirmé tout leur talent ; moi et ma p'tite Fée avions
été totalement subjugué (le mot n'est pas
excessif !) par ces vikings romantiques.
Cette remarquable prestation nous avait laissé une
envie irrépressible de les revoir en concert. Hélas, ils font partie de ces artistes
talentueux qui peinent à se faire connaitre.
Autant dire que l'annonce d'un concert de ces
norvégiens chez eux, à Oslo, a immédiatement réactivé notre désir latent de
visiter la Scandinavie, destination de rêve pour nous. De surcroit, THE
WINDMILL partage l'affiche avec les britanniques ARENA, que nous affectionnons
fortement. Le doute n'était plus possible. En dépit de l'éloignement, en dépit
de la réputation onéreuse du pays, nous nous engageâmes ainsi pour un court
séjour au pays des Vikings !
Mais c'était sans compter avec cette maudite pandémie.
D'abord prévue le 17 octobre 2020,
la soirée fut reportée en octobre 2021, puis à ce samedi 15 octobre 2022. Passons sur les tracas logistiques engendrés par
ces reports successifs (…), mais pour sa part THE WINDMILL a eu la courtoisie de nous renvoyer deux nouveaux
tickets par courrier postal ; aucun des autres concerts reportés n'ont fait
l'objet d'autant d'égard ! A défaut de les voir sur scène, nous avions pu les
rencontrer en spectateurs lors du NOTP auquel ils sont régulièrement présents. Nouvelle
occasion d'apprécier leur humilité, leur accessibilité, leur amabilité ; c'est
un vrai bonheur de leur offrir notre admiration. Ces traits de caractère seront
une nouvelle fois confirmés ce soir.
Je ne m'étendrai pas ici sur le volet touristique du
séjour, qui s'imposait de toute évidence. Je souligne juste la qualité de vie
supérieure dans la capitale norvégienne, illustrée notamment par son réseau de
transports en commun (RUTER) particulièrement pratique et fonctionnel. Avec un forfait
journalier à 11,70 € (117 kr), nous avions accès à toutes les lignes de tramway,
de bus et surtout de bateau-bus de la ville et du port ! Du jeudi 13 au
dimanche 16 je n'ai observé aucun encombrement, ni de pollution ; la plupart
des véhicules (bateaux, voitures, bus) sont à propulsion électrique. Je n'avais
encore jamais vu autant de Tesla ! Même un mélomane américain (venu pour les mêmes raisons que nous)
s'en est étonné ! Les rues sont calmes, rassurantes et propres à part quelques
malheureux tags qui paraissent encore plus incongrus qu'ailleurs…
LE SITE
Après avoir déménagé entre plusieurs sites différents
à Oslo, le choix de nouveaux locaux s'est porté depuis 2008 sur le vénérable
cinéma de Soria Moria (construit en 1928),
situé dans le quartier Torshov au Vogts gate, 64. Le bâtiment s'inscrit dans la
plus pure tradition architecturale de la ville nordique avec sa façade
relativement austère mais imposante. Ici, le Cosmopolite a eu l'opportunité de
s'étendre sur trois étages et, après une période de rénovation, a rouvert le 24
octobre 2008. Depuis lors, plusieurs concerts sont organisés chaque semaine
tant sur la grande scène du Cosmopolite, que sur la scène du club de
Belleville.
L'accès au Cosmopolite Scene est d'autant plus aisé
qu'il est situé à deux stations de tram et/ou de bus de notre lieu
d'hébergement. Conforme à l'intitulé du lieu, les affiches lumineuse qui
défilent sur l'écran publicitaire révèlent une programmation très …
cosmopolite, voire exotique. Cette affichage délibérément orienté "multiculturel" m'aurait moins agacé
sans l'absence de mention de NOTRE soirée … Ce n'est qu'en nous approchant, que
nous remarquons une ridicule affichette, imprimée à la sauvette, scotchée sur
la porte vitrée. Nul n'est prophète en son pays, pas même en Norvège ! Seule la
présence du car de tournée d'ARENA trahit une présence réjouissante.
Au passage on aura noté une fois de plus le caractère
pragmatique de l'organisation norvégienne ; un large espace de stationnement
est réservé aux artistes. Clive Nolan aura pu comparer, non sans une certaine
émotion, cet accessibilité à celle de La Maroquinerie (Cf. concert de Pendragon le 3 mars 2020)…
LE
CONCERT
Arrivé avec une heure d'avance, nous ne sommes
précédés que d'un mélomane. En l'abordant, je m'aperçois qu'il s'agit d'un plus
gros malade que nous !! Certes, nous avons voyagé 1400 km pour assister à
un concert de THE WINDMILL, mais lui c'est un américain qui vient de Chicago
tout spécialement pour assister à la prestation de Damian Wilson ! Je suis
toujours rassuré de trouver pire que moi dans la déraison ! Entre passionnés nous échangeons nos goûts ; il me
conseille l'écoute de l'album récemment paru d'un groupe australienTOEHIDER, "I
have little to no memory of these memories". (Enorme claque a posteriori).
Justement, voilà qu'apparait l'exubérant Damian Wilson,
désireux d'ouvrir la porte vitrée qui nous sépare, pour venir discuter avec ses
admirateurs. Particulièrement expansif, il réclame impatiemment la clé pour
sortir et étreindre chaleureusement les volontaires. Une fois parmi nous, il se
lâche en effusions et marques de gratitude puis il se lance dans un discours exalté
démontrant son impatience de chanter ce soir.
La trentaine de spectateurs présents à ce moment-là
s'amuse des facéties du personnage atypique, avant d'être autorisés à pénétrer
dans le bâtiment. Dans le petit hall d'accueil sont installées les échoppes.
Mais je m'y rendrai à la fin, nous ne tardons pas à nous engouffrer dans
l'auditorium qui se révèle spacieux et doté d'un bar au fond, face à la scène. Après
un petit doute sur le choix d'emplacement, nous optons pour la proximité avec
les artistes, même si la console de sonorisation est peu éloignée de la scène. Nous
n'avons aucun mal à nous positionner au premier rang, en plein centre. Pas de
fosse aux photographes, nous sommes donc collés à la scène à hauteur de hanche.
Juste parfait !
Lors des derniers préparatifs de la scène, Morten L. Clason
et Arnfinn Isaksen nous repèrent et viennent immédiatement nous saluer
chaleureusement ; notre dernière accolade remontait à juillet dernier au
Loreley. Nous ne nous lassons pas de leur gentillesse.
THE
WINDMILL [20h-21h].
The Windmill est un groupe norvégien apparenté à la
catégorie rock progressif symphonique, créé à l'automne 2001. Leur Histoire raconte que le claviériste Jean
Robert Viita en se promenant un jour en Allemagne dans les années 90,
remarquait un parc éolien dont les rotors des moulins à vent semblaient tourner
en cadence avec "Moonmadness"
de Camel que diffusait son autoradio. C'est de là que serait née l'idée de baptiser
son projet "THE WINDMILL". Projet occasionnel et marginal à la base, les
premières années ont été caractérisées par des répétitions sporadiques, juste
pour le plaisir. Mais, ses protagonistes, pourtant impliqués dans d'autres
groupes à l'époque, ont fini par se convaincre de s'impliquer davantage … À
l'automne 2005, il a été décidé de commencer l'enregistrement de ce qui allait
devenir le premier album, délibérément intitulé "To be continued..." qui n'est paru qu'en… 2010. Les répétitions
régulières se sont alors intensifiées, le groupe a commencé à prendre forme en
tant que groupe à part entière. Un concert à Oslo en avril 2007, en première
partie de Panzerpappas'est avéré être un
succès et a encouragé de nouveaux efforts, autant en salle de répétition et qu'en
studio. L'Histoire était en route …
Le second opus "The Continuation" est paru le 3 mars 2013 ; très
astucieusement le premier titre éponyme débute sur le même thème musical que le dernier titre "To be continued"
de l'opus précédent. C'est ce qui s'appelle avoir de la suite dans les idées…
Un troisième album studio "Tribus" est paru le 15 novembre 2018. Acclamé par les
chroniqueurs, cet opus permet au groupe de s'engager sur des concerts l'année
suivante… Dont ce fameux festival Night of the Prog, Loreley, à Sankt
Goarshausen en Allemagne, le dimanche 21
juillet 2019 à l'occasion duquel j'ai pu les voir pour la première fois. Ce
fut une révélation, même si dès l'annonce de leur participation j'avais en
préalable pris connaissance de leur discographie.
De nouvelles compositions sont en cours depuis début
2020 pour le quatrième album, mais la pandémie a pesé sur le processus.
THE WINDMILL se compose actuellement de Morten L. Clason (chant, flûtes, saxophones, guitare,
claviers, depuis 2001), Jean Robert Viita
(claviers, et chant, depuis 2001), Arnfinn Isaksen
(basse, depuis 2001), Erik Borgen (chant,
guitare, depuis 2003), Stig André Clason
(guitare, depuis 2010) et Kristoffer Utby
(batterie, percussions et choeur, depuis 2018).
Je devine déjà le lecteur doutant de mon objectivité
sur mon évaluation, compte-tenu de ce qui précède. En effet, je confesse aborder
la soirée avec un a priori favorable. Ces très talentueux musiciens n'ont pas
une grande expérience de la scène et ils ne se cachent pas derrières des
artifices sonores ou visuels ; pas de bande-sons, pas de fumigènes, pas de
flammes infernales, juste des musiciens, leur(s) instrument(s) au service de la
Musique. De ce fait, oui je leur accorde délibérément un droit à
l'imperfection. Droit dont ils n'ont pas abusé, loin de là !
Mes récits demeurent purement subjectifs, ils n'ont
jamais eu la prétention de faire une étude musicologique sur le niveau
technique des artistes ; je me permets juste de souligner mon admiration pour
tel ou tel, en fonction d'un talent qui me semble remarquable. Avec THE
WINDMILL, je continue à me cadrer dans cet état d'esprit. Ces troubadours
contemporains assument pleinement leur fonction de médecins de l'âme. Et Dieu
sait combien la musicothérapie est plus que jamais nécessaire dans ce monde en
folie ! Leur prestation nous a accordé la parenthèse poétique dont nous avions
besoin. Nous retrouvons sur scène toutes les qualités mélodiques admirées sur
les enregistrements, l'harmonie entre les pupitres, les accords de guitares, de
basse, de claviers et les rythmes entrainants ; tout concorde pour emmener
l'auditeur dans un monde enchanté. Comme me l'a récemment évoqué un ami, la
formule de Beaudelaire "La musique
creuse le ciel" a rarement été autant bien illustrée.
L'acoustique de la salle est excellente, et la sonorisation
l'est tout autant. Les protections auditives ne sont pas vraiment nécessaires. L'éclairage
est lumineux, excellent pour les prises de vues. Peu de nuances de couleurs ;
elles seront davantage attribuées à ARENA. Un vaste écran fluorescent montre le
logo THE WINDMILL. La scène reste relativement spacieuse pour le sextuor. Bref,
les ingrédients matériels sont réunis pour passer une bonne soirée. Nous sommes
confiants, mais impatients de vivre enfin l'événement tant attendu !!!
Le multi-instrumentiste Morten L. Clason a attiré tout particulièrement mon attention pour son
aptitude à jouer de tant d'instruments avec sensibilité, émotion et talent ; flûtes,
saxophones, guitares, sans omettre le chant pour suppléer Erik. Quant à Erik Borgen, avec son chant à la voix douce,
chaude et calme, son jeu de guitare, il constitue un point d'ancrage essentiel
du groupe. L'intonation de sa voix captive son auditeur, Erik nous raconte une histoire
avec sensibilité. En alternance avec Erik, Stig André Clason intervient consciencieusement sur les soli, et les
combinaisons d'accords de guitare. Positionné derrière lui, à la batterie,
Kristoffer Utby (son complice au sein de The Infringement),
martèle avec force et délicatesse les percussions et les rythmes balancés, tout
en participant aux chœurs. L'imperturbable Arnfinn Isaksen assure solidement ses ostinatos et accords de basse avec la
régularité et la justesse appropriée. Enfin et surtout, Jean Robert Viita en maître omniprésent de
cérémonie, assure les bases mélodiques de l'ensemble, fort de nappes et
d'accords aux sonorités 70's. L'ensemble produit un pur régal auditif.
THE WINDMILL aurait pu interpréter n'importe quels
titresdes trois opus parus à ce jour, cela nous aurait ravis ; ils ont choisi de débuter avec deux
titres issus de "The Continuation"
("Not Alone" et "The Masque"). Entre les deux, Jean-Robert
a pris le temps de remercier le couple français venu les voir à Oslo. Cette marque
d'empathie fait plaisir à entendre, quand même !
Puis à notre grande satisfaction, nous aurons eu le
privilège de découvrir l'ébauche d'un nouveau titre d'une vingtaine de minutes.
Intitulé "Fear", sa
deuxième interprétation scénique reste en évolution mais est très prometteuse ;
nous avons déjà hâte d'écouter sa version studio ! On y retrouve les
ingrédients mélodiques et instrumentaux familiers, sans redondance.
Puis c'est le splendide "The Tree" la pièce maitresse issue de "Tribus". Un titre épique que
j'affectionne particulièrement (je le porte en t-shirt ce soir !) car, à
l'instar de "The Gamer", il
me semble valoriser l'éclectisme musical de ce groupe lors de séquences jazzy
et rock interprétées avec des interventions délicieuses aux saxophones, aux flûtes,
notamment.
Bref, je pourrais me perdre dans de vaines
descriptions de mon ressenti sans jamais convaincre, mais cette musique
s'écoute, se perçoit, se vit. Ils auront ainsi opté pour des titres de longues
durées, ce qui n'est pas pour me déplaire en tant qu'amateur de rock progressif…
Alors que se dessine la fin de cette première partie
de soirée, avec seulement quatre
titres, le concert nous a déjà paru bien trop court, et pourtant il aura duré une
heure ! Quoiqu'il en soit, en dépit de notre vigoureuse et très enthousiaste acclamation,
ils doivent céder la place aux anglais. Je réaliserai lors de la seconde partie
de soirée qu'une grande partie du public était là pour ARENA. Mais la
prestation de THE WINDMILL a cependant recueilli les belles ovations méritées.
Nous réalisons alors que nous devrons attendre
longtemps avant de les revoir… Nous continuerons à mettre notre activisme au
service de leur venue dans nos contrées, mais je nous sens prêt à bien d'autres
excès pour aller les revoir ! En attendant, ils peuvent compter sur notre prosélytisme
zélé, ce récit dithyrambique n'en est que le prolongement. Mes chers amis, vous
n'avez pas fini de les entendre en notre compagnie ; dans notre voiture ou dans
notre salon, vous n'y échapperez pas !
Les musiciens quittent la scène avec le sourire et le
sentiment du devoir bien accompli.
PROGRAMME Not Alone (The Continuation, 2013) The Masque (The Continuation, 2013) Fear (Opus en cours, 2023) The Tree (Tribus, 2018).
ARENA [21h30-23h15]
Arena est un groupe de rock britannique apparenté au
style néo-progressif. Il fut fondé en 1995 par le claviériste Clive Nolan (Pendragon,
Shadowland), et le batteur Mick Pointer (Marillion de 1979 à 1983).
J'ai assisté à trois concert d'ARENA, durant l'ère du
chanteur Paul Manzi ; le 24 avril 2015
au Divan du Monde (Paris 18), le 11 mai
2018 à La Maroquinerie (Paris 20), puis le
15 juillet 2018 au Loreley (Night of the Prog, Sankt Goarshausen, Allemagne).
Manzi a estimé que ses projets personnels priment sur ceux d'ARENA et a donc
annoncé son départ en pleine pandémie, le 13 juillet 2020, après dix années de
collaboration. Dès le lendemain, son remplaçant était indiqué. Je ne
connaissais Damian Wilson que vaguement, par ses participations au sein d'Ayreon.
ARENA se compose donc désormais de Clive Nolan (claviers et chœurs, depuis 1995),
Mick Pointer (batterie, depuis 1995),
John Mitchell (guitares chœurs,
depuis 1997), Kylan Amos (basse,
depuis 2014), et Damian Wilson
(chant, depuis 2020).
A peine recruté le nouveau chanteur est entrée en
studio pour enregistrer "The Theory of Molecular Inheritance" dont la date officielle de parution est prévue
le 21 octobre 2022, mais qui est
déjà en prévente ce soir. Déjà écouté deux ou trois fois en préalable, il me
semble très réussi.
A l'instar de la première partie de soirée, la sonorisation
m'a semblé excellente. L'éclairage (à tout seigneur tout honneur) dispose de davantage
de densité et de couleurs, et a permis de belles nuances d'atmosphères. De
beaux clichés, aussi. En fond de scène, l'écran diffuse des images illustrant
les différentes chansons. Le quintette prend moins de place que leur
prédécesseur et la scène parait ainsi plus spacieuse ; ce qui n'est pas un
détail pour l'itinérant Damian Wilson !
Le groupe semble décidément très attaché à son opus
"The Visitor" paru en 1998,
car une grande part des chansons en sont issues (à l'instar des concerts de
2015 et 2018). En comparaison, le dernier opus "The Theory of Molecular Inheritance" se contente de trois
espaces, tout comme "The Seventh
Degree of Separation". Le reste de la programmation est un subtil
équilibre revisitant le parcours musical du groupe depuis ses débuts.
La prestation d'ARENA m'a semblé accroitre la ferveur
du public. Décontractés devant la scène pour savourer THE WINDMILL, il aura
fallu batailler dur pour y rester. Et croyez-moi, chez les Vikings ce ne sont
pas forcément les mâles les plus agités !!! Il faut dire que le comportement du
nouveau chanteur est de nature à exciter les esprits de féminins. Elles sont d'autant
plus exaltées qu'il est démonstratif, expansif. Pendant le titre de rappel "Solomon", il fend la foule pour
venir chanter au milieu. Damian s'est durant le titre suivant jeté sur la foule du haut de la scène mais
… même les vikings n'ont pas pu le soutenir !! Mais son charisme ne se limite pas à la
gestuelle, le monsieur est aussi doté d'un organe impressionnant (calmez-vous mesdames, je parle de la voix),
émettant un chant au timbre puissant et émouvant.
Mais John Mitchell,
(avec l'aval d'un hochement de tête de
Clive Nolan) a su maitriser l'enthousiasme débordant de Damian qui
s'engageait dans des bavardages estimés un peu longuets à son goût ; il lance
ainsi "et si on chantait ?".
Il faut dire que le John n'est pas du genre à rire aux éclats, toujours austère
et concentré sur son (magnifique) jeu de guitare. Le plus souvent perchés dans
les aigus, ses soli puissants constituent une des marques de fabrique des compositions
depuis 1997. J'ai redécouvert le talent de Kylan Amos, dont le travail à la basse m'a paru excellent, alternant
accords chaloupés, et tricots de notes courantes. Le bassiste, toujours
souriant, semble constamment s'éclater ; impliqué et efficace il n'a d'ailleurs
pas manqué d'attirer l'admiration d'Arnfinn qui était venu se glisser parmi
nous. Ici aussi le maître de cérémonie est le claviériste ; avec l'autre
cofondateur le batteur Mick Pointer,
Clive Nolan dirige et surveille
l'exécution, depuis le fond de la scène. Choriste intermittent, ses nappes et
accords de synthé accompagnent et articulent magnifiquement les compositions sans
défaillir. On ressent bien qu'ARENA c'est son groupe, alors que dans PENDRAGON
il semble davantage au service du guitariste Nick Barrett.
Très bon concert donc. Nous avons hâte de les revoir
au festival Prog en Beauce ce 22 octobre ; nous aurons sans doute l'esprit davantage
disponible à leur attention que ce soir. A l'issue d'un vol en haute altitude,
la Terre parait toujours un peu trop basse ! La charge émotionnelle procurée
par les norvégiens fut telle que nous avons un peu tardé à nous investir dans
la seconde partie de soirée ! Objectivement et avec le recul nous avons
conscience d'avoir vécu deux excellents concerts.
ARENA a interprété
dix-sept titres, dont quatre de The Visitor, (1998), trois de The Theory of Molecular Inheritance, (2022), trois de The Seventh Degree
of Separation, (2011), un de Songs From the Lion’s Cage, (1995),
un de Pride, (1996), un de Immortal ?, (2000), un de Contagion, (2003), un de Pepper's Ghost, (2005),un de The Unquiet Sky, (2015), un de Double Vision, (2018).
A la semaine prochaine, les gars ! Bravo !!
PROGRAMME Enigma
Variations: Nimrod (Edward Elgar song) Time Capsule (The Theory of
Molecular Inheritance, 2022) Rapture (The Seventh Degree of
Separation, 2011) Bedlam Fayre (Pepper's Ghost, 2005) How Did It Come to This? (The
Unquiet Sky, 2015) The Butterfly Man (Immortal ?,
2000) Paradise of Thieves (Double Vision,
2018) The Equation (The Science of Magic) (The
Theory of Molecular Inheritance, 2022) A Crack in the Ice (The Visitor,
1998) Salamander (Contagion, 2003) A State of Grace (The Visitor,
1998) The Ghost Walks (The Seventh
Degree of Separation, 2011) (Instrumental) Life Goes On (The Theory of
Molecular Inheritance, 2022) (Don't Forget to) Breathe (The
Visitor, 1998) The Tinder Box (The Seventh Degree
of Separation, 2011) The Visitor (The Visitor, 1998). RAPPEL : Solomon (Songs From the Lion’s
Cage, 1995) Crying for Help VII (Pride, 1996).
Mais où est donc Sandrine ?
Les lumières se rallument, la soirée touche à sa fin.
Nous sommes encore abasourdis par tant d'émotions, lorsqu' Arnfinn Isaksen s'approche
de nous, avec gentillesse et modestie. Il tenait à nous remercier
chaleureusement d'avoir fait le déplacement pour venir les soutenir. Il
semblait réellement étonné de notre démarche. Cette empathie exprimée avant
tant de sincérité nous touche profondément. Pendant de longues minutes, nous
échangeons nos amabilités, tant bien que mal exprimées avec mon anglais approximatif.
Mais l'émotion réciproque facilite la compréhension mutuelle.
Nous nous rendons ensuite à l'échoppe où je me procure
le CD "The Theory of Molecular
Inheritance" d'Arena avant de le faire dédicacer par Mick Pointer,
John Mitchell et Damian Wilson. Les autres (Clive et Kylan) n'étant pas
disponible à cet instant. Rien de nouveau à l'échoppe de THE WINDMILL, je possède déjà la discographie et le tshirt !
Nous rencontrons de nouveau Arnfinn, Morten et Kristoffer
pour de nouvelles effusions et portraits. Hélas, nous souhaitions également
saluer Jean-Robert, Stig-André et Erik, mais en vain.
Il est temps de partir. Dehors, il pleut, il fait
froid, c'est la nuit. Tout un symbole. Après une météo clémente durant le
séjour, elle nous rappelle à la dure réalité du temps qui passe inexorablement.
L'objectif accompli, un étrange mélange de joie et de mélancolie nous étreint
dans le tramway (30) qui nous remmène à l'appartement.