dimanche 18 décembre 2022

LACHY DOLEY – New Morning (Paris 10ème) – dimanche 18 décembre 2022

Depuis un peu plus d'un an, des âmes bienveillantes avaient attiré mon attention sur des vidéo musicales diffusées sur YouTube, montrant ce surdoué des claviers. Evidemment impressionné par le personnage, il est cependant difficile de suivre tous les artistes ; celui-là, comme d'autres, avait vocation à poursuivre ses prestations à mon insu. J'avais bien vu vaguement qu'il passait en Europe pour quelques dates, mais mon calendrier était déjà bien chargé et j'avais donc délibérément négligé ce concert.

Toutefois, en discutant sur les réseaux sociaux j'ai pressenti le danger de manquer une soirée présentée comme, je cite : "Le 1er concert en France du "Jimi Hendrix de l'Orgue Hammond" !". Je me suis donc donner pour objectif d'arriver à temps au New Morning ce dimanche soir, après mon retour du Spirit of 66 par des routes encombrées, même si cela relevait de la gageure. Malgré tout, je parviens à me présenter à l'entrée où patiente une petite quinzaine de mélomanes sous une bruine glaciale de nuit hivernale. En dépit de la raison de notre présence ici, nous ne pouvons ignorer l'excitation des rues alentour ; notre public s'étoffera à l'issue de la finale de la coupe du monde de football.

LE SITE : Situé au 7-9 rue des Petites-Écuries, au cœur du 10ème arrondissement de Paris, dans les locaux de l'ancienne imprimerie du journal Le Parisien, le New Morning est en fait un club dont la programmation est dédiée principalement au jazz. Il a été fondé en 1981 par Eglal Farhi, une franco-égyptienne, journaliste enseignante, puis directrice du club. Depuis le décès de cette dernière en 2010, il est dirigé par sa fille Catherine Farhi. Des artistes de renom s'y sont produit tels que B. B. King, Prince, Didier Lockwood, Chet Baker, Pat Metheny, Dizzy Gillespie… Pour ma part, j'avais découvert ce bel auditorium le 14 mai 2014, à l'occasion d'un concert atypique en ces lieux, celui du groupe de hard rock espagnol ELDORADO.

Cet établissement dispose d'une capacité de 500 places. (Ce soir, il restait de la place)

Lorsque les portes s'ouvrent enfin, je pensais naïvement pouvoir me procurer un ticket d'entrée au guichet, mais non. Il m'est demandé d'en commander un sur internet (26 €), de le télécharger puis de montrer le code barre. Drôle d'époque décidément ; sans mon portable je ne pouvais tout simplement pas participer au concert !… Le temps que j'accomplisse la procédure, évidemment tous les autres me passent devant… Mais bon, ce n'est pas bien grave car la configuration de l'auditorium offre de bonnes conditions d'écoute et de positionnement. Une fois admis, j'aurais pu me placer au bord de la scène, au pied du clavinet, mais je préfère rester un peu en retrait, en me calant sur la gauche, du côté dudit pupitre.

ROSAWAY [19h45-20h35].

Ce duo français, mais anglophone, fondé en 2017 exprime une musique qualifiée d'électro-pop-jazz et se compose, d'après les sites consultés, de musiciens anonymes officiant sous les pseudonymes "Rachel" et "SteF" ; une présentation rapide en fin de prestation ne m'a pas permis d'entendre les patronymes. On n'en saura pas davantage. (Ajout du 15/2/23 : je viens d'apprendre qu'il y a Rachel Ombredane)

Ils ont enregistré trois monoplages, "Walk" (2019), "Midnight" (2021), "Freedom" (2018) et deux mini albums (4 titres) "Stranger" (2019) et "Dreamer" (2020).

Une excellente sonorisation a permis au duo de s'exprimer de manière audible. Les pupitres de micro, flûte et batterie furent constamment perceptibles. Pour la petite partie de la scène qui leur était dévolue, le duo dispose d'un éclairage tamisé, mélange de blanc chaud et blanc froid, mais cependant suffisant pour distinguer les musiciens.

Le duo montre un certain gout pour la mise en scène ; les deux acolytes se présentent dos à dos, lui, est coiffé d'un large chapeau rouge écarlate et elle, dotée ma foi d'une jolie plastique, est en soutien-gorge.

Sur le plan musical, très vite, je perçois ce qui va m'agacer. Comme beaucoup, j'apprécie mieux ce que je comprends. Or, je ne comprends pas ce recours à une boite à sons ; à la rigueur je le tolèrerais mieux pour des musiciens de trottoir ou de métro. Oui, je suis de la vieille école ; ma conception d'un concert, c'est un musicien, un instrument, ou l'inverse. Un instrument pour plusieurs musiciens, ou un musicien pour plusieurs instruments. Remplacer ces deux éléments par une machine me parait incongru et surtout sans âme.

Cependant, je parviens à surmonter cet écueil, et à apprécier cette musique à la fois légère et dansante, alliant effectivement électro, pop, et jazz avec une certaine élégance. "Rachel" dispose d'une belle voix au timbre rappelant souvent le gospel ou la soul. Très à l'aise et expressive avec sa flûte traversière elle dégage une personnalité captivante et intense. Quant à "SteF", il occupe son poste de batteur avec une admirable ferveur, une belle énergie. L'ensemble produit une ambiance entrainante.

Au final je suis donc assez séduit par la prestation, mais compte tenu du concept j'aurais juste donné une obole dans leur panier en osier, avant de me précipiter pour attraper mon métro.

Le public s'enthousiasme volontiers et accorde de belles ovations. Quant à moi j'applaudis poliment pour leur talent individuel indéniable.

Titres du programme à déterminer.

LACHY DOLEY [21h-22h40]

Lachlan R "Lachy" Doley est né le 21 avril 1978 et a grandi à Adélaïde (Australie). Chanteur et auteur-compositeur, il a débuté musicalement avec Clayton, son frère ainé qui se chargeait de l'orgue Hammond, pendant que lui se chargeait déjà du clavinet. Ils jouent longtemps ensemble, puis en 2011, Lachy se lance dans un parcours en solo. Il fonde ensuite The Lachy Doley Group en s'entourant d'un bassiste et d'un batteur, avec lequel il enregistre un album qui parait en septembre 2013 sous son propre label.

A ce jour, son trio se compose du batteur Jackie Barnes et du bassiste Joel Burton.

Sa discographie est compliquée à déterminer (entre concert semi-acoustique ou pas, et studio…) mais son album le plus récent est "Studios 301 Sessions", paru le 17 Septembre 2021, chez le label All the Stops. Cette prestation s'intègre dans une tournée européenne comprenant neuf concerts en douze jours, dans sept pays. Ils disposent pour seul chauffeur et technicien de tournée, de Wouter Bakker.

L'acoustique de ce véritable écrin idéal pour les musiciens, a permis de jouir d'une sonorisation parfaitement adaptée à l'atmosphère voulue. Un éclairage tamisé, principalement blanc (chaud ou froid) parfois légèrement irisé, à l'ambiance de club, a mis en valeur les musiciens et leurs instruments avec sobriété mais efficacité. Seul le mur de fond était parfois teinté. La scène n'est pas bien grande, surtout au regard de l'agitation constante de Lachy, mais cela contribue sans doute au trio d'entretenir sa complicité.

Sa prestation est parfaitement conforme à mes impressions issues des visionnages de vidéos. Cet artiste vit totalement et sincèrement sa musique ; on peut dire qu' "il a le blues dans la peau". Il n'en demeure pas moins extraverti et charismatique ; il n'est pas du genre enfermé dans une mélancolie inconsolable. Que nenni, il raconte sa vie, ses émotions. Il tape les mains qui se tendent vers lui, il rit, il sautille vers ses acolytes, quand ce n'est pas sur son siège. Intenable et très expressif, il se dresse debout aux accords les plus énergiques, ou se colle au clavier comme pour approfondir sa tonalité plaintive. Il se penche vers le public pour attiser son excitation, ou vers le levier du clavinet pour accentuer les sonorités guitaristiques.

Jackie Barnes et Joel Burton font preuve de beaucoup de complicité, les regards, les sourires en disent long sur l'ambiance au sein du trio. Les deux soutiens montrent une grande efficacité, alliant finesse et énergie selon les tempi.

Le meneur transmet sa passion avec bonheur. Ce mec est tout simplement réjouissant, avec lui le blues n'est pas triste. Enfin, pas définitivement. Son énergie débordante est communicative. Le public répond avec enthousiasme et entretient ainsi la satisfaction du trio à jouer pour la première fois dans cette salle parisienne.

Parmi douze titres, il interpréta trois reprises des années 70, mais aussi deux titres issus de "Make or Break" 2019), cinq de "Conviction" (2015), un de "Lovelight" (2017) et un de "S.O.S. (Singer Organ Soul " (2013).

PROGRAMME
Stop Listening To The Blues (Conviction, 2015)
Conviction (Conviction, 2015)
Voodoo Child (J Hendrix, 1970)
Give It (But You Just Can’t Take It) (Make or Break, 2019)
Only Cure for the blues is the blues (Lovelight, 2017)
Make It Up (Conviction, 2015)
Use Me (Bill Withers) (Conviction, 2015)
Frankly My Dear I Don’t Give A Damn (Conviction, 2015)
Enchainé avec Just kissed my baby (the Meters, 1974)
A Woman (Make or Break, 2019)
Still In Love (S.O.S. (Singer Organ Soul), 2013).
RAPPEL :
I’m a Man (Spencer Davis Group, 1967).

Pour info, le surlendemain au Spirit of 66 ils joueront : Gimme Some Lovin (Spencer Davis Group, 1967), et Fortunate Son (Creedence Clearwater Revival, 1969) avec comme invité leur roadie Wouter Bakker.

A l'échoppe (qui était restée sans surveillance pendant toute la soirée !!), ce sont les trois musiciens en personne qui se rendent disponibles pour proposer leurs marchandises ; CD, t-shirt, poster. Disponibles aussi pour dédicacer leurs albums (j'en prends deux) et discuter de leur prestation ! Avec un peu de patience, ils posent volontiers pour un portrait. Leur état d'esprit est d'une fraicheur admirable ! Je leur ai dit et je le pense sincèrement : "Be back, the sooner the better !".

A lire les réactions/remerciements des trois musiciens sur leur page Facebook au moment de rentrer au pays, je pense qu'ils auront conservé une excellente impression de leur accueil. On peut raisonnablement estimer les revoir en 2023 !

 

vendredi 16 décembre 2022

MOSTLY AUTUMN – Spirit of 66 (Verviers, Belgique) – vendredi 16 décembre 2022

LE CONTEXTE

C'était déjà pour découvrir MOSTLY AUTUMN que nous avions découvert cette mythique salle, le Spirit of 66, ce vendredi 3 juin 2022. Le calendrier des concerts de ce bel écrin nous a tentés bien souvent au cours de l'année mais son éloignement de Paris (environ 400 km/4 heures de routes) ralentit nos ardeurs, quand même. Oui, il nous arrive d'être raisonnables. Les voisins de ce prestigieux établissement ont bien de la chance, épicétou.

A l'instar de CAMEL et de LAZULI, MOSTLY AUTUMN est de nature à nous faire déplacer sur de longues distances puisque la probabilité de les revoir à Paris reste faible à ce jour. En dépit de conditions hivernales sur les routes (brouillard, verglas, neige), nous avons maintenu notre engagement pris depuis le 8 octobre…

L'accueil particulièrement convivial, chaleureux, accueillant du personnel de l'hôtel des Ardennes (ah, Maggi c'est un personnage !), et de la friterie à proximité, nous a rapidement fait oublier ces aléas.

LE GROUPE, brève biographie

Mes récits de concert n'ont pas vocation à s'attarder excessivement sur la biographie des artistes. Mais je rappelle ici volontiers le pedigree de MOSTLY AUTUMN. Parce que ces musiciens méritent une attention particulière, compte tenu des émotions que leur Musique me procure.

Ce groupe originaire de York, (North Yorkshire) s’est formé en 1995 autour de Bryan Josh, chanteur et guitariste et de la chanteuse Heather Findlay (qui mène maintenant une carrière solo depuis 2010). A la base, leurs prestations consistaient principalement à reprendre des titres de Pink Floyd, mais, au fil du temps et des changements d'effectifs, leur musique s'est forgé une identité, en fusionnant diverses influences, notamment Pink Floyd donc, mais aussi Fleetwood Mac, Genesis, Jethro Tull ou Camel. Les ingrédients subtilement dosés se composent de superbes mélodies enveloppées de voix féminines sensuelles et envoutantes, et transcendées de longs soli de guitares. Cet enchantement musical mêle brillamment du rock à la fois puissant et mélodique avec des thèmes folkloriques, traditionnels, celtiques.

Il me semble intéressant de rapporter ce que Bryan raconte pour expliquer comment lui est venue l'idée du nom de son groupe : "Le nom "Mostly Autumn" est né en 1992, alors que Liam (Davison) et moi buvions dans un pub appelé The Newfield Inn à Dunnerdale, dans la région des lacs. Je savais que je voulais donner au projet un nom ayant un rapport avec l'automne et lorsque, de but en blanc, Liam a pointé du doigt un rail de carte postale indiquant "Mostly Sheep", je n'ai vu que le mot "mostly". Cela m'a frappé et c'est ainsi que le nom a été créé. J'ai et j'ai toujours un grand amour pour la saison de l'automne. Outre les changements de couleurs et les parfums frappants, je trouve que c'est une période très provocante, très nostalgique et puissante avec sa beauté époustouflante et un certain air de tristesse, mais avec un grand sentiment d'optimisme. La période entre l'automne et Noël a toujours été l'une de mes préférées." Je le comprends d'autant plus que je préfère l'automne également…

Bryan a demandé à Iain Jennings de jouer pour MOSTLY AUTUMN au pub "The Northern Wall" à York en 1997, pour remplacer temporairement leur claviériste qui ne pouvait pas venir. Iain se souvient n'avoir disposé que de peu de temps pour répéter avant le concert, mais il apprécia vraiment la musique car elle lui semblait différente de tout ce qu'il 'avait joué auparavant. Une belle complicité durable est ainsi née.

Angela Gordon rencontre Bryan Josh en 1997, c'est le début de son aventure avec MA. Elle suspend toutefois sa participation en 2007 pour une pause maternelle, avant de revenir en 2016. Une multi-instrumentiste de talent, capable d'alterner avec grâce et sensibilité les flûtes (traversière, picolo, fifre), les synthétiseurs, les percussions ou les chœurs.

Avec la parution du premier opus "For All We Shared..." en 1998, MA démontre déjà de très belles compétences. Dès 1999, MA fut remarqué et honorés, notamment en obtenant le trophée de meilleur nouveau groupe accordé par la "Classic Rock Society".

Arrivé en mai 2000, Andy Smith fait partie du groupe depuis leur troisième album. Mais en fait, c'est un ami de longue date, alors qu'il était ingénieur du son et éclairagiste. Il avait donc eu tout le temps de se familiariser avec l'univers de MA avant d'accepter de mettre ses compétences à son service pour remplacer le bassiste parti pour raisons familiales.

Chris Johnson est un auteur compositeur, ingénieur du son et universitaire qui semble s'épanouir pleinement au sein de MA depuis 2006, même s'il s'est aussi accordé une pause entre 2007 et 2014. Sa sensibilité, autant à la guitare qu'au chant, constitue un apport magistral (écoutez en particulier "Silver Glass" et "Changing Lives").

Un soir de fin 2004, Bryan entend Olivia Sparnenn chanter sur une scène et lui demande de faire les chœurs au sein de MA pour le lancement de l'album "Storms Over Still Waters", à l'Astoria. Puis Iain lui demande à son tour des collaborations de son côté. Tant et si bien qu'en 2010, Olivia a accepté l'offre de Bryan de prendre la relève de Heather Findlay en tant que chanteuse principale de Mostly Autumn. L'entente est telle que, sur le plan personnel, Olivia a épousé Bryan Josh en 2013, union dont est issue une fille, opportunément nommée Autumn.

Le poste de batteur semble être le plus délicat pour MA puisque Henry Rogers est le neuvième batteur. Arrivé en 2018, c'est ainsi le membre le plus récent. Recruté pour sa polyvalence et son expérience dans des styles musicaux différents, il a déjà officié au service du funk, de la soul, du progmetal.

Même si tous leurs enregistrements en studio rivalisent de qualités, leurs prestations scéniques sont légitiment remarquées par leur maitrise des atmosphères et par leur durée. Nous avons pu constater lors du concert de juin que ce groupe dégage une aura particulière. Son histoire humaine contribue sans doute à cette impression.

L'opus "White Rainbow", paru fin 2018 (ou le 1er mars 2019, selon les sources…) rend un hommage touchant à Liam Davison, longtemps guitariste de MA et ami d’enfance de Brian Josh, disparu brutalement fin 2017. Selon moi, c'est leur chef d'œuvre ; cet album transpire une émotion tellement sincère qu'elle en est à la fois indescriptible et presque palpable. Un opus indispensable dans la discothèque de tout mélomane.

Le quatorzième album, le superbe "Graveyard Star" est paru le 24 septembre 2021.

Ce soir, autour de Bryan Josh (chant et guitares, depuis 1995), et Iain Jennings (claviers, de 1995 à 2005, puis depuis 2010), nous retrouvons Olivia Sparnenn-Josh (chant principal depuis 2010, mais chœurs, percussions, flûte à bec, depuis 2004), Angela Gordon (flûtes, claviers, percussions, et chœurs, de 1999 à 2007, et depuis 2015), Chris Johnson (guitares rythmiques et acoustiques, chant, claviers, de 2006 à 2007, et depuis 2014), Andy Smith (basse, depuis 2000) et de Henry Rogers (batterie, depuis 2018).

LE CONCERT [20h30/21h30 – 21h50 /23h45]

Afin de se protéger du froid glacial (en dessous de zéro), nous nous réfugions dans le tunnel d'accès d'où nous percevons avec plaisir et admiration les derniers réglages préparatifs au concert ("Soundcheck", pour les anglicistes). Même en répétition, ces artistes assurent admirablement. Ce petit apéritif sonore accroit encore notre excitation. Peu après 19h les portes s'ouvrent enfin.

En pénétrant dans la salle avec ma p'tite Fée, nous étions tentés d'aller nous asseoir en balcon mais finalement nous optons pour un retour au premier rang, afin de communier pleinement avec les musiciens. Certes, ce n'est pas idéal pour le son, mais nous préférons partager leurs sourires, leurs regards, et leur complicité. L'établissement dispose d'une capacité d'accueil de 350 personnes, mais étonnamment la soirée n'affiche pas complet.

Le septuor prend place et la magie opère immédiatement avec le titre introductif "Tomorrow Dies". Olivia irradie la scène de son charisme, de son charme, de sa vivacité et de sa voix. Son timbre limpide, harmonieux et puissant est valorisé par les accords et soli de Bryan qui semble au mieux de sa forme ce soir. La complicité du couple se ressent pleinement ; les interventions sont dosées et exprimées avec charisme et engagement. A l'instar de leur prestation ici en juin, tout est interprété avec soin et poésie.


Les accords à la fois énergiques et sensibles de Chris aux guitares classiques et électriques étoffent ceux de Bryan et apportent indéniablement un surcroît d'émotions à l'ensemble. J'apprécie tout particulièrement les talents de Chris, notamment lorsque qu'il chante de sa voix douce mais expressive (lors des fameux "Changing Lives" et "Silver Glass" donc, mais aussi en chœur). A l'instar de la complicité entre les Josh, on peut distinguer aussi une belle complicité entre Chris et Angela qui jouent d'ailleurs ensemble en dehors du groupe. Cette multi-instrumentiste exprime de magnifiques émotions, surtout aux flûtes (notamment la traversière), mais aussi aux chants et aux chœurs, en appui à Olivia. Angela dispose également de son clavier pour soutenir les riches et puissants accords d'Iain dont le synthétiseur constitue un socle essentiel aux harmonies. Iain m'impressionne toujours par son calme, son regard vigilant sur ces collaborateurs.

Andy est peut-être celui qui bouge le plus, après Olivia. Il exprime ses lignes de basse stables et puissantes avec vivacité et expressivité. Avec la batterie d'Henry, ils constituent un plateau puissant et rythmé qui contribue largement à secouer les nuques et les jambes !

Bref, ces sept ne font qu'un. Aucun ne semble tirer les couvertures à lui, pas même Bryan dont les soli pourtant brillants semblent couler de source dans ce flot de mélodies. Il laisse chacun des pupitres s'exprimer et s'épanouir à tour de rôle. Ils sont visiblement heureux (au moins sur scène) et jouent parfaitement leur rôle de troubadour des temps modernes. Je ne peux m'empêcher de relater un court épisode de vie de couple anecdotique mais qui en dit long sur leur état d'esprit ; Bryan ayant maladroitement renversé une (de ses) Jupiler, Olivia s'est empressée d'éponger humblement le sol à ses pieds. J'ai trouvé cela mignon tout plein. Autre anecdote ; Bryan cherche un décapsuleur pour une (nouvelle) Jupiler ; je lui temps le mien (j'en ai toujours un sur moi !), c'est Olivia qui vient me l'emprunter. J'aurai ainsi accompli ma B.A. pour la journée !!

Cette petite scène, heureusement dépouillée d'artifice ou de décor, aura permis toutefois de contenir les sept musiciens sans léser leur expression. La sonorisation était sans doute parfaite pour les auditeurs plus en retrait ; de notre position assumée nous ressentions davantage les basses/batterie, au dépend parfois du chant. Mais rien de rédhibitoire à nos sens d'admirateurs inconditionnels !

Je serais tenté de distinguer des moments forts dans ce bouquet de toute beauté, mais à mon sens chaque titre est une invitation au voyage. Les opus "Graveyard Star", "White Rainbow" et "Sight of Day", "For All We Shared" sont légitimement représentés avec trois extraits chacun.

Le public ne pouvait qu'être enthousiaste et pleinement engagé dans ce tourbillon de notes enchanteresses et envoutantes.

En clôture de soirée, dans un admirable état d'esprit, les sept artistes nous accordent un programme spécial pour fêter Noël comme il se doit, coiffés des couvre-chefs adéquats.

Leur titre "For Everyone at Christmastime" paru le 4 décembre 2020 s'impose avec évidence et bonheur. Puis c'est l'opportune reprise de Greg Lake "I Believe in Father Christmas" durant laquelle Olivia, tout sourire, secoue bruyamment son manche à grelots, et Angela perce les harmonies de sa flute picolo. La magnifique reprise de Chris De Burgh "A Spaceman Came Travelling" permet une participation accrue du public. Je ne peux qu'approuver le recours au répertoire festif de The Pogues "Fairytale of New York" dont l'interprétation laisse percer fifre et flute. Dans une ambiance conviviale et chaleureuse, le public contribue volontiers à chanter avec le groupe ces airs réjouissants.

Cette magnifique soirée nous aura permis d'écouter vingt et un titres, dont trois du dernier opus "Graveyard Star" (2021), trois de issus de "White Rainbow" (2019), trois de "Sight of Day" (2017), trois de leur superbe premier opus "For All We Shared..." (1998), deux de "Heart Full of Sky" (2006), un titre de "The Last Bright Light", un de "The Spirit of Autumn Past" (1999), leur monoplage "For Everyone at Christmastime" (2020), et une reprise issu de l'album de Josh & Co. Limited "Transylvania - Part 1 - The Count Demands It "(2016). Et pour clore spécialement cette soirée de l'Avent, les trois reprises citées.

PROGRAMME
 
ACTE 1:

  1. Tomorrow Dies (Sight of Day, 2017)
  2. Spirit of Mankind (Graveyard Star, 2021)
  3. Nowhere to Hide (Close My Eyes) (For All We Shared…, 1998)
  4. The Spirit of Autumn Past, Part 2 (The Spirit of Autumn Past, 1999)
  5. The Last Climb (For All We Shared…, 1998)
  6. Gaze (Heart Full of Sky, 2006)
  7. This Endless War (Graveyard Star, 2021)
  8. Back in These Arms (Graveyard Star, 2021)
  9. Mother Nature (The Last Bright Light, 2001).

ACTE 2:

  1. In for the Bite (Limited, Transylvania - Part 1 - The Count Demands It, reprise de Josh & Co, 2016)
  2. Into the Stars (White Rainbow, 2019)
  3. Western Skies (White Rainbow, 2019)
  4. Changing Lives (Sight of Day, 2017)
  5. Silver Glass (Heart Full of Sky, 2006)
  6. Heart, Body and Soul (Sight of Day, 2017)
  7. Heroes Never Die (For All We Shared…, 1998)
  8. White Rainbow (White Rainbow, 2019).

RAPPEL

  1. For Everyone at Christmastime (monoplage, 2020)
  2. I Believe in Father Christmas (reprise de Greg Lake)
  3. A Spaceman Came Travelling (reprise de Chris de Burgh)
  4. Fairytale of New York (reprise de The Pogues).

Le programme aura peu évolué par rapport à celui interprété ici en juin ; des vingt et un titres, ils ont juste remplacé "Passengers", "Skin of Mankind", "The Harder That You Hurt" et "Forever and Beyond" par les quatre titres de Noël. Mais compte tenu de la qualité, on ne se plaindra pas !

A noter que le lendemain au De Boerderij de Zoetermeer, le public chanceux a eu droit à une reprise de "Comfortably Numb" de Pink Floyd. C'est bien connu, les absents ont toujours tort…

Comme en juin, le concert terminé, les musiciens (tous, cette fois, y compris Bryan) descendent dans la salle pour recueillir en toute simplicité et avec bienveillance nos impressions bafouillées dans un anglais plus ou moins approximatif. Je retrouve l'extrême amabilité d'Angela, et de Chris qui ont bien voulu entendre nos compliments et qui nous ont très simplement communiqué leurs activités parallèles. Olivia, radieuse et souriante reste elle aussi très disponible ; Rien d'une star si ce n'est la beauté. Mais je découvre également l'humilité et la gentillesse de son mari, Bryan qui nous laisse espérer une réédition d'une partie de sa discographie, espérer aussi une prestation au prochain Rock en Scène (le 13 mai semble-t-il) ! Iain, Andy et Henry étaient aussi disponibles mais les conversations ne m'ont pas laissé le temps de les approcher.

Je pourrais me lâcher à l'échoppe, mais je n'y trouve pas les premiers albums que je continue d'attendre…

Tout à une fin, nous peinons cependant à quitter les lieux.

Nous retrouvons nos chambres, la tête dans les étoiles.

mercredi 2 novembre 2022

PORCUPINE TREE – LE ZENITH DE PARIS – le mercredi 2 novembre 2022

https://porcupinetree.com/

ETATS D'ÂME

QUATRE MILLE QUATRE CENT DEUX jours que j'attendais ce moment ! 4402 jours depuis ce prestigieux concert du jeudi 14 octobre 2010 au Royal Albert Hall, à l'issue duquel je n'imaginais pas que ce devait être le dernier avant longtemps ! Attente interminable, attente désespérée d'un mélomane passionné par ce groupe devenu légendaire, reconnu comme une référence par beaucoup d'artistes.

J'exempte d'intervention ceux de mes amis qui moqueront mon engouement tardif pour PORCUPINE TREE, même si en effet je confesse volontiers avoir attendu le samedi 30 avril 2005 pour assister à un premier concert ! Je m'en veux tellement d'avoir ignoré son existence au moins dès le 24 avril 1998, date où le groupe était en concert à deux pas de chez moi au Théâtre Dunois dans le XIIIème arrondissement de Paris. D'avoir ignoré aussi son passage au Divan du Monde (12/6/99), au Trabendo (11/3/03) ou encore à la Maroquinerie (29/11/03) ! C'est une faute d'autant plus impardonnable, que si je n'avais pas méprisé à cette époque deux autres vecteurs de curiosités, à savoir Marillion et Dream Theater, j'aurais pu/dû découvrir Steven Wilson bien avant 2003 !!! bouhouhouhou… je me hais ! Cela étant le Môssieur est tellement actif, qu'il ne nous laisse que peu de temps aux lamentations ; en comptant ses prestations avec PORCUPINE TREE, BLACKFIELD, et son propre groupe, je pourrais me satisfaire de l'avoir vu, jusqu'à ce jour, vingt-cinq fois, dont neuf avec PORCUPINE TREE. Ma seule lacune au tableau est de ne pas avoir encore pu assister à un concert de NO-MAN.

BREF HISTORIQUE

Créant seul le concept PORCUPINE TREE dès 1987, Steven Wilson ne s'est entouré d'un vrai groupe qu'à la fin de l'année 1993 en faisant appel au claviériste Richard Barbieri, au bassiste Colin Edwin et au batteur Chris Maitland. Le groupe s'est d'abord ancré dans le sillage d'influences plutôt psychédéliques, rock spatial et rock expérimental. Puis il a évolué vers une direction davantage rock progressif, avec zeste de pop …parcours un peu similaire à celui de Pink Floyd. Il a ainsi peu à peu gagné en notoriété dans la sphère prog, notamment en Italie et aux Pays-Bas. Sa composition est restée stable jusqu'en février 2002, lors du départ de Chris, qui est remplacé par Gavin Harrison. Ce changement, concomitant aux expériences parallèles de Steven, marque une nouvelle évolution musicale vers des sonorités plus dure. L'album "In Absentia" (2002) en est une éblouissante démonstration. C'est précisément à cette époque que j'ai connu et admiré le groupe ; sa musique réunit tous les styles chers à mon âme, il crée une alchimie magique entre le metal, le prog, le folk, le spatial psyché, voire même le classique. Le titre "Gravity Eyelids" me semble une sublime synthèse.

Mais Steven est un personnage hyperactif, multiinstrumentiste, expert ès sons instruit depuis l'âge de 10 ans par son auguste papa. Il entretient plusieurs collaborations en parallèle, à commencer par NO-MAN (sa collaboration ambiante et hip-hop avec Tim Bowness), mais aussi IEM (un délire électro), Bass Communion (un délire expérimental, drone ambiant), BLACKFIELD (sa collaboration pop-rock avec Aviv Geffen), et STORM COROSION (sa collaboration ambiante lugubre avec Mike Äkerfeld). Sa compétence dans le domaine du son est reconnue à un tel point que les plus grands lui confient le remixage de leurs albums ; King Crimson, Yes, Jethro Tull, Caravan, notamment… Il accompagne des artistes dans leur production : MARILLION, OPETH, ANATHEMA, EPHRAT, Anja GARBAREK.

Infatigable et insatiable, Steven lance, dès 2008, un nouveau projet en solo avec la parution de son premier album "Insurgentes". Ses opus suivants accroissent constamment sa notoriété "Grace For Drowning" (2011), "The Raven that Refused To Sing" (2013), le chef d'œuvre "Hand. Cannot. Erase" (2015), "To the Bone" (2017) et "The Future Bites" (2021). En contrepartie de ce succès il abandonne, dès 2010, son beau jouet PORCUPINE TREE qui, à mon sens en tous cas, était pourtant en plein essor.

Au fil des entretiens avec les journalistes et des tournées triomphales, les admirateurs nostalgiques de l'Arbre au Porc-épic ont erré péniblement entre espoirs déçus et désespoir relatif. Nous étions nombreux, partagés entre la satisfaction de voir son talent reconnu et l'amertume de l'abandon de l'aventure PORCUPINE TREE. Mon espoir était cependant nourri par l'observation du nombre croissant de titres de PORCUPINE TREE que Steven reprenait au fil des tournées ; aucun en 2012, un en 2013, puis deux en 2015, puis quatre,… pour atteindre cinq titres durant les concerts des années 2016 à 2018 ! Preuve que cela devait le travailler quand même !!

Nonobstant ce bel élan, la Pandémie a contrarié la tournée promotionnelle de "The Future Bites", qui était prévue pour l'automne 2021 ; elle est reportée à …2024.

Puisque le Monsieur n'aime pas rester inactif, il a eu une la bonne idée de répondre ENFIN à ses admirateurs… Nous n'osions plus l'espérer, mais à la surprise générale, il a ressuscité notre Arbre favori et a annoncé dans la foulée un nouvel opus, suivi d'une tournée ! Hallelujah !!!

C'est ainsi qu'un onzième album studio "Closure/Continuation" est paru le 24 juin 2022. Encore une grosse réussite à mon sens, cet opus me semble se placer dans la continuité de son prédécesseur "The Incident". Les nostalgiques de la première période (1993/03) restent frustrés, mais en ce qui me concerne cette orientation me convient parfaitement.

Les tickets sont réservés dès le 2 novembre 2021. Je ne cache pas que mon impatience teinté d'inquiétude n'a cessé de croitre depuis cette date !!

Nous revenons au Zénith de Paris, dix jours après le concert de Marillion qui fut déjà un très Grand moment d'émotions. Nonobstant, je subodore que ce soir sera un cran encore au-dessus, ne fut-ce que pour l'aspect historique d'un retour inespéré ! De surcroit, je suis accompagné de mes deux fils, Samuel et Julien, et de ma p'tite Fée !!! Seul Samuel les a déjà vus, en 2009. Je me remémore avec une tendre nostalgie ces déplacements en voiture dès 2003, durant lesquels mes deux crapules étaient contraintes de subir mes écoutes répétées d'In Absentia ! Il faut croire que ce bourrage de crânes a dû les marquer durablement… père indigne (?). Mon aîné attendait l'ouverture des barrières dès 15h30, il est logiquement au premier rang en fosse, face à son idole. Son frère ne restera avec nous que durant le premier acte avant de mieux partager les émotions de la fosse ! Je ne peux pas lui en vouloir …

Trèves de discussions apéritives entre mélomanes passionnés, nous pénétrons l'auditorium pour nous asseoir à nos places réservées en carré or. Pour comprendre ce qui suit, je dois rappeler ma nostalgie d'une époque où les placements étaient libres, quelle que fut la salle. Pas de numéro, pas de carré or, pas de placeuses… Cette règle favorisait les mélomanes les plus passionnés ; ceux qui arrivaient le plus tôt étaient les mieux placés, épicétou. Mais ça, c'était avant. Depuis plusieurs années, c'est le règne du pognon. Les gueux au pigeonnier. Même la fosse est désormais parfois (pas aujourd'hui) subdivisée pour privilégier les plus fortunés. Un scandale, auquel certains s'opposent courageusement ; pour les concerts des Dropkick Murphys, le placement est libre.

A priori, je m'agace donc d'être accueilli par une armée de placeuses dont je pressens la main tendue, comme si le prix des places (et des consommations) n'étaient pas déjà assez chères ! Mais de surcroit, la demoiselle nous explique que nos trois places ont été réquisitionnées au profit de personnes handicapées. Mon sang commence à bouillir, mais c'est ma p'tite Fée qui se rebelle à juste titre. Non pas contre le principe de réserver un emplacement à cet effet, bien entendu, mais pour le simple principe du respect de notre contrat de réservation. En outre, un coup d'œil rapide et discret sur les bénéficiaires nous fait fortement douter du motif … De fait, après moult négociations et déplacement adéquates, (…) nous parvenons finalement à récupérer Nos trois sièges. (du reste nous observons que les occupants se sont levés sans aucune difficulté !). La pagaille de leur mercantile organisation a ainsi touché toute la rangée, d'autres spectateurs ont eu la même exigence que nous.

Notre combat légitime nous a permis de jouir d'un emplacement idéal pour lequel nous avions payé, premier rang du gradin central face à la scène, légèrement sur la gauche.

LE CONCERT [20:15-21:25 / 21:45-22:50 / 22:52-23:12]

Alors que les lumières de la salle sont encore allumées, nous percevons en bande son introductive la tonalité continue du thème d'Even Less. L'excitation est ainsi à son comble lorsque l'extinction des feux est immédiatement suivie de l'entrée des artistes qui attaquent sur l'énergique "Blackest Eyes" ! Je vous fais grâce du détail de mon excitation totale …

Steven WILSON (chant, guitare, de 1987 à 2010, puis depuis 2021) est entouré de Richard BARBIERI (claviers, de 1993 à 2010, puis depuis 2021), et de Gavin HARRISON (batterie, percussions, de 2002 à 2010, puis depuis 2021). Mais aussi de Randy McSTINE (guitare, pour la tournée actuelle) et Nate NAVARRO (bassiste, pour la tournée actuelle).

Dès les premières séquences on savoure la qualité inouïe de la sonorisation ! Le concert sera un pur régal auditif, tel que Steven est capable d'en fournir dans notre salon !

La scène est éclairée par un dispositif faussement discret ; un arc de projecteurs surplombe le tout. Il est lumineux, et contribuera merveilleusement par ses teintes et ses nuances, aux atmosphères requises.


En fond de scène, un écran géant diffuse les images et mini-films illustrant les thèmes abordés.

L'espace scénique est large et permet à chaque pupitre de disposer de son espace vital. Cela étant, le seul à bouger sera Steven.

Partant de ce cadre, on pourra toujours me soupçonner de subjectivité, mais le fait est que de l'avis général cette prestation s'avèrera vite être LE concert de l'année, tout simplement. La maitrise est totale de bout en bout, le visuel, le son, le choix des titres tout relève de la perfection. Et que l'on ne vienne pas m'opposer que seul Dieu serait parfait ; n'est-il pas là devant nous, sur la scène ?!

Sur l’écran, on voit s'animer, sous différentes formes et couleurs, le personnage de la couverture d'In Absentia. La suite ravit nos sens avec une succession de titres étourdissants principalement issus de "Closure / Continuation", produisant des émotions indescriptibles. Je souligne la version magnifique d'"Even Less" de 7 minutes version. "Last Chance to Evacuate Planet Earth Before It Is Recycled", dont les accords de banjo sont joués sur des guitares acoustiques. Steven soigne particulièrement le titre "Chimera's Wreck", dont l'intro lui permet de bidouiller le son de sa guitare comme il le faisait à ses débuts, et durant lequel l'alternance étourdissante des ambiances est magnifiée par un film d'illustration somptueux ! J'ai ainsi appris ici à apprécier ce titre, alors qu'il était loin d'être mon favori sur le CD ! Bref, le programme ne laisse aucun répit à nos esprits bousculés mais je souligne encore la puissance mélodique et émotionnelle de "Dignity".

Force est de constater que Steven est au sommet de son art, sa voix est posée et juste et je rassure les inquiets (sa récente orientation en solo in quiète certains observateurs) il sait toujours jouer de la guitare, et très bien ! Il semble détendu ; il dialogue avec son public, s'amuse des t-shirts qu'il remarque dans la fosse, s'excuse de nous avoir fait attendre tant d'années (il peut !…). Son épanouissement personnel (professionnel et sentimental) ne semble pas nuire à son talent, ni à son envie, ni à sa créativité. Richard reste le discret enchanteur créateur d'ambiances ; et que Gavin confirme une fois de plus son immense talent, sa force tranquille, sa haute technicité et sa sensibilité de frappes. Même si je déplore, par principe l'absence de Colin Edwin et celle de John Welsey, j'admets volontiers que Nate (moment de bravoure de la basse sur "Dignity") et Randy (ses soli et ses chœurs sont toujours opportuns et de qualité) les remplacent dignement.

Un p'tit entracte est bienvenu pour un premier partage d'émotions et pour se ressourcer avant de profiter d'un second acte qui nous fera grimper très, très haut !

Une bande son introductive évoquant le titre "Sentimental" annonce un bel hommage à l'album "Fear of a Blank Planet" qui sera effectivement dignement honoré durant l'acte II. Notons cependant le puissant "Herd Culling" couronné par un "Happy Birthday" entonné par les admirateurs les plus avertis, à l'attention de Steven né le 3 novembre 1967. L'époustouflant "Anesthetize" est joué dans son intégralité, avec des belles interventions de McStine. Et que dire du redoutable "Sleep Together" qui une fois de plus a littéralement désarticulé mon pauvre cou et dévasté ma crinière.


L'ivresse du public est à son comble, bien évidemment.

L'attente pour le rappel est bien trop longue à mon goût. Dans ce cadre, l'éthéré "Collapse the Light Into Earth" vient calmer un peu les esprits ; seuls sont présents Steven et Richard. Magique !

Avant de clore cette soirée mémorable, Steven plaisante avec son public. Les plus anciens admirateurs auront au passage mesuré combien le monsieur a pris de l'assurance. Elle est loin l'époque où l'introverti se cachait derrière sa frange de cheveux longs ! Revendicatif, il annonce ; Oui, le titre de clôture sera un morceau emblématique de son choix, non soumis aux diktats médiatiques auxquels sont soumis tant d'autres artistes. Non, ce ne sera pas un "Free Bird". C'est "Trains" qui fait chavirer finalement un public absolument comblé. C'est au moins la septième fois qu'il me ressort ce titre en concert, mais je ne m'en lasse pas !

En un peu plus de deux heures et trente-cinq minutes, nous avons écouté vingt titres, dont les sept issus de Closure / Continuation (2022), cinq issus d'In Absentia (2002), quatre issus de Fear of a Blank Planet (2007), un issu de Deadwing (2005), un issu de Lightbulb Sun (2000), un issu de Recordings (2001) et un issu de Stupid Dream (1999). Monsieur "plus" aurait volontiers apprécié des titres plus anciens ; en plaçant le curseur sur les années 2000, Steven a oublié délibérément sa période la plus éthérée. Choix artistique, donc respectable.

PROGRAMME
ACTE 1
Bande son introductive : Tonalité longue tirée d'Even Less
Blackest Eyes (In Absentia, 2002)
Harridan (Closure / Continuation, 2022)
Of the New Day (Closure / Continuation, 2022)
Rats Return (Closure / Continuation, 2022)
Even Less (Stupid Dream, 1999)
Drown With Me (In Absentia, 2002)
Dignity (Closure / Continuation, 2022)
The Sound of Muzak (In Absentia, 2002)
Last Chance to Evacuate Planet Earth Before It Is Recycled (Lightbulb Sun, 2000)
Chimera's Wreck (Closure / Continuation, 2022).
Bande son finale : Turiya (Alice Coltrane).
ACTE 2
Bande son introductive : Sentimental
Fear of a Blank Planet (Fear of a Blank Planet, 2007)
Buying New Soul (Recordings, 2001)
Walk the Plank (Closure / Continuation, 2022)
Sentimental (Fear of a Blank Planet, 2007)
Herd Culling (Closure / Continuation, 2022)
Anesthetize (Fear of a Blank Planet, 2007)
Sleep Together (Fear of a Blank Planet, 2007).
RAPPEL :
Collapse the Light Into Earth (In Absentia, 2002)
Halo (Deadwing, 2005)
Trains (In Absentia, 2002).

Pour marquer l'évènement, un arrêt à l'échoppe s'impose. En ce qui me concerne se sera un nouveau t-shirt.

Le bonheur est dans la salle...          ©Marco

Je m'étais abstenu de boire quoique ce soit ce soir de peur de manquer un tant soit peu de ce concert, car je fais partie du redoutable GPV (Gang des P'tites Vessies). La soif m'emporte donc avec quelques autres à trainer dans un bar au-delà des horaires de circulation des métros… Heureusement, les Noctiliens roulent encore pour nous rapprocher au mieux de chez nous !

Que du bonheur on vous dit !...

Nous avons déjà des scrupules de ne pas avoir opté pour d'autres dates de la présentes tournée... Lors de la rédaction du présent récit, nous savons déjà qu'une première date de festival est fixée ; ce sera le Sounds of the City à Castlefield Bowl Manchester, (UK) le 29 juin 2023. … Ça cogite déjà … Et si PORCUPINE TREE venait au Night of the Prog de Loreley ? hein ? Hein ? 

samedi 15 octobre 2022

ARENA – THE WINDMILL – Cosmopolite Scene (Oslo, Norvège) – samedi 15 octobre 2022

Hiver 2019, Winfried Völklein annonce les premiers groupes prévus au festival Night of the Prog de Loreley. Parmi ceux-ci, un groupe norvégien : THE WINDMILL. Totalement inconnu de mon répertoire, je me suis donc tourné vers notre microcosme de mélomanes passionnés pour assouvir ma curiosité habituelle. Ces recherches aboutirent très rapidement à me convaincre de l'intérêt d'assister à leur concert en juillet. Celui-ci a confirmé tout leur talent ; moi et ma p'tite Fée avions été totalement subjugué (le mot n'est pas excessif !) par ces vikings romantiques.

Cette remarquable prestation nous avait laissé une envie irrépressible de les revoir en concert. Hélas, ils font partie de ces artistes talentueux qui peinent à se faire connaitre.

Autant dire que l'annonce d'un concert de ces norvégiens chez eux, à Oslo, a immédiatement réactivé notre désir latent de visiter la Scandinavie, destination de rêve pour nous. De surcroit, THE WINDMILL partage l'affiche avec les britanniques ARENA, que nous affectionnons fortement. Le doute n'était plus possible. En dépit de l'éloignement, en dépit de la réputation onéreuse du pays, nous nous engageâmes ainsi pour un court séjour au pays des Vikings !

Mais c'était sans compter avec cette maudite pandémie. D'abord prévue le 17 octobre 2020, la soirée fut reportée en octobre 2021, puis à ce samedi 15 octobre 2022. Passons sur les tracas logistiques engendrés par ces reports successifs (…), mais pour sa part THE WINDMILL a eu la courtoisie de nous renvoyer deux nouveaux tickets par courrier postal ; aucun des autres concerts reportés n'ont fait l'objet d'autant d'égard ! A défaut de les voir sur scène, nous avions pu les rencontrer en spectateurs lors du NOTP auquel ils sont régulièrement présents. Nouvelle occasion d'apprécier leur humilité, leur accessibilité, leur amabilité ; c'est un vrai bonheur de leur offrir notre admiration. Ces traits de caractère seront une nouvelle fois confirmés ce soir.

Je ne m'étendrai pas ici sur le volet touristique du séjour, qui s'imposait de toute évidence. Je souligne juste la qualité de vie supérieure dans la capitale norvégienne, illustrée notamment par son réseau de transports en commun (RUTER) particulièrement pratique et fonctionnel. Avec un forfait journalier à 11,70 € (117 kr), nous avions accès à toutes les lignes de tramway, de bus et surtout de bateau-bus de la ville et du port ! Du jeudi 13 au dimanche 16 je n'ai observé aucun encombrement, ni de pollution ; la plupart des véhicules (bateaux, voitures, bus) sont à propulsion électrique. Je n'avais encore jamais vu autant de Tesla ! Même un mélomane américain (venu pour les mêmes raisons que nous) s'en est étonné ! Les rues sont calmes, rassurantes et propres à part quelques malheureux tags qui paraissent encore plus incongrus qu'ailleurs…

LE SITE

Après avoir déménagé entre plusieurs sites différents à Oslo, le choix de nouveaux locaux s'est porté depuis 2008 sur le vénérable cinéma de Soria Moria (construit en 1928), situé dans le quartier Torshov au Vogts gate, 64. Le bâtiment s'inscrit dans la plus pure tradition architecturale de la ville nordique avec sa façade relativement austère mais imposante. Ici, le Cosmopolite a eu l'opportunité de s'étendre sur trois étages et, après une période de rénovation, a rouvert le 24 octobre 2008. Depuis lors, plusieurs concerts sont organisés chaque semaine tant sur la grande scène du Cosmopolite, que sur la scène du club de Belleville.

L'accès au Cosmopolite Scene est d'autant plus aisé qu'il est situé à deux stations de tram et/ou de bus de notre lieu d'hébergement. Conforme à l'intitulé du lieu, les affiches lumineuse qui défilent sur l'écran publicitaire révèlent une programmation très … cosmopolite, voire exotique. Cette affichage délibérément orienté "multiculturel" m'aurait moins agacé sans l'absence de mention de NOTRE soirée … Ce n'est qu'en nous approchant, que nous remarquons une ridicule affichette, imprimée à la sauvette, scotchée sur la porte vitrée. Nul n'est prophète en son pays, pas même en Norvège ! Seule la présence du car de tournée d'ARENA trahit une présence réjouissante.

Au passage on aura noté une fois de plus le caractère pragmatique de l'organisation norvégienne ; un large espace de stationnement est réservé aux artistes. Clive Nolan aura pu comparer, non sans une certaine émotion, cet accessibilité à celle de La Maroquinerie (Cf. concert de Pendragon le 3 mars 2020)…

LE CONCERT

Arrivé avec une heure d'avance, nous ne sommes précédés que d'un mélomane. En l'abordant, je m'aperçois qu'il s'agit d'un plus gros malade que nous !! Certes, nous avons voyagé 1400 km pour assister à un concert de THE WINDMILL, mais lui c'est un américain qui vient de Chicago tout spécialement pour assister à la prestation de Damian Wilson ! Je suis toujours rassuré de trouver pire que moi dans la déraison ! Entre passionnés nous échangeons nos goûts ; il me conseille l'écoute de l'album récemment paru d'un groupe australien TOEHIDER, "I have little to no memory of these memories". (Enorme claque a posteriori).

Justement, voilà qu'apparait l'exubérant Damian Wilson, désireux d'ouvrir la porte vitrée qui nous sépare, pour venir discuter avec ses admirateurs. Particulièrement expansif, il réclame impatiemment la clé pour sortir et étreindre chaleureusement les volontaires. Une fois parmi nous, il se lâche en effusions et marques de gratitude puis il se lance dans un discours exalté démontrant son impatience de chanter ce soir.

La trentaine de spectateurs présents à ce moment-là s'amuse des facéties du personnage atypique, avant d'être autorisés à pénétrer dans le bâtiment. Dans le petit hall d'accueil sont installées les échoppes. Mais je m'y rendrai à la fin, nous ne tardons pas à nous engouffrer dans l'auditorium qui se révèle spacieux et doté d'un bar au fond, face à la scène. Après un petit doute sur le choix d'emplacement, nous optons pour la proximité avec les artistes, même si la console de sonorisation est peu éloignée de la scène. Nous n'avons aucun mal à nous positionner au premier rang, en plein centre. Pas de fosse aux photographes, nous sommes donc collés à la scène à hauteur de hanche. Juste parfait !

Lors des derniers préparatifs de la scène, Morten L. Clason et Arnfinn Isaksen nous repèrent et viennent immédiatement nous saluer chaleureusement ; notre dernière accolade remontait à juillet dernier au Loreley. Nous ne nous lassons pas de leur gentillesse.

THE WINDMILL [20h-21h].

The Windmill est un groupe norvégien apparenté à la catégorie rock progressif symphonique, créé à l'automne 2001. Leur Histoire raconte que le claviériste Jean Robert Viita en se promenant un jour en Allemagne dans les années 90, remarquait un parc éolien dont les rotors des moulins à vent semblaient tourner en cadence avec "Moonmadness" de Camel que diffusait son autoradio. C'est de là que serait née l'idée de baptiser son projet "THE WINDMILL". Projet occasionnel et marginal à la base, les premières années ont été caractérisées par des répétitions sporadiques, juste pour le plaisir. Mais, ses protagonistes, pourtant impliqués dans d'autres groupes à l'époque, ont fini par se convaincre de s'impliquer davantage … À l'automne 2005, il a été décidé de commencer l'enregistrement de ce qui allait devenir le premier album, délibérément intitulé "To be continued..." qui n'est paru qu'en… 2010. Les répétitions régulières se sont alors intensifiées, le groupe a commencé à prendre forme en tant que groupe à part entière. Un concert à Oslo en avril 2007, en première partie de Panzerpappa s'est avéré être un succès et a encouragé de nouveaux efforts, autant en salle de répétition et qu'en studio. L'Histoire était en route …

Le second opus "The Continuation" est paru le 3 mars 2013 ; très astucieusement le premier titre éponyme débute sur le même thème musical que le dernier titre "To be continued" de l'opus précédent. C'est ce qui s'appelle avoir de la suite dans les idées…

Un troisième album studio "Tribus" est paru le 15 novembre 2018. Acclamé par les chroniqueurs, cet opus permet au groupe de s'engager sur des concerts l'année suivante… Dont ce fameux festival Night of the Prog, Loreley, à Sankt Goarshausen en Allemagne, le dimanche 21 juillet 2019 à l'occasion duquel j'ai pu les voir pour la première fois. Ce fut une révélation, même si dès l'annonce de leur participation j'avais en préalable pris connaissance de leur discographie.

De nouvelles compositions sont en cours depuis début 2020 pour le quatrième album, mais la pandémie a pesé sur le processus.

THE WINDMILL se compose actuellement de Morten L. Clason (chant, flûtes, saxophones, guitare, claviers, depuis 2001), Jean Robert Viita (claviers, et chant, depuis 2001), Arnfinn Isaksen (basse, depuis 2001), Erik Borgen (chant, guitare, depuis 2003), Stig André Clason (guitare, depuis 2010) et Kristoffer Utby (batterie, percussions et choeur, depuis 2018).

Je devine déjà le lecteur doutant de mon objectivité sur mon évaluation, compte-tenu de ce qui précède. En effet, je confesse aborder la soirée avec un a priori favorable. Ces très talentueux musiciens n'ont pas une grande expérience de la scène et ils ne se cachent pas derrières des artifices sonores ou visuels ; pas de bande-sons, pas de fumigènes, pas de flammes infernales, juste des musiciens, leur(s) instrument(s) au service de la Musique. De ce fait, oui je leur accorde délibérément un droit à l'imperfection. Droit dont ils n'ont pas abusé, loin de là !

Mes récits demeurent purement subjectifs, ils n'ont jamais eu la prétention de faire une étude musicologique sur le niveau technique des artistes ; je me permets juste de souligner mon admiration pour tel ou tel, en fonction d'un talent qui me semble remarquable. Avec THE WINDMILL, je continue à me cadrer dans cet état d'esprit. Ces troubadours contemporains assument pleinement leur fonction de médecins de l'âme. Et Dieu sait combien la musicothérapie est plus que jamais nécessaire dans ce monde en folie ! Leur prestation nous a accordé la parenthèse poétique dont nous avions besoin. Nous retrouvons sur scène toutes les qualités mélodiques admirées sur les enregistrements, l'harmonie entre les pupitres, les accords de guitares, de basse, de claviers et les rythmes entrainants ; tout concorde pour emmener l'auditeur dans un monde enchanté. Comme me l'a récemment évoqué un ami, la formule de Beaudelaire "La musique creuse le ciel" a rarement été autant bien illustrée.

L'acoustique de la salle est excellente, et la sonorisation l'est tout autant. Les protections auditives ne sont pas vraiment nécessaires. L'éclairage est lumineux, excellent pour les prises de vues. Peu de nuances de couleurs ; elles seront davantage attribuées à ARENA. Un vaste écran fluorescent montre le logo THE WINDMILL. La scène reste relativement spacieuse pour le sextuor. Bref, les ingrédients matériels sont réunis pour passer une bonne soirée. Nous sommes confiants, mais impatients de vivre enfin l'événement tant attendu !!!

Le multi-instrumentiste Morten L. Clason a attiré tout particulièrement mon attention pour son aptitude à jouer de tant d'instruments avec sensibilité, émotion et talent ; flûtes, saxophones, guitares, sans omettre le chant pour suppléer Erik. Quant à Erik Borgen, avec son chant à la voix douce, chaude et calme, son jeu de guitare, il constitue un point d'ancrage essentiel du groupe. L'intonation de sa voix captive son auditeur, Erik nous raconte une histoire avec sensibilité. En alternance avec Erik, Stig André Clason intervient consciencieusement sur les soli, et les combinaisons d'accords de guitare. Positionné derrière lui, à la batterie, Kristoffer Utby (son complice au sein de The Infringement), martèle avec force et délicatesse les percussions et les rythmes balancés, tout en participant aux chœurs. L'imperturbable Arnfinn Isaksen assure solidement ses ostinatos et accords de basse avec la régularité et la justesse appropriée. Enfin et surtout, Jean Robert Viita en maître omniprésent de cérémonie, assure les bases mélodiques de l'ensemble, fort de nappes et d'accords aux sonorités 70's. L'ensemble produit un pur régal auditif.

THE WINDMILL aurait pu interpréter n'importe quels titres des trois opus parus à ce jour, cela nous aurait  ravis ; ils ont choisi de débuter avec deux titres issus de "The Continuation" ("Not Alone" et "The Masque"). Entre les deux, Jean-Robert a pris le temps de remercier le couple français venu les voir à Oslo. Cette marque d'empathie fait plaisir à entendre, quand même !

Puis à notre grande satisfaction, nous aurons eu le privilège de découvrir l'ébauche d'un nouveau titre d'une vingtaine de minutes. Intitulé "Fear", sa deuxième interprétation scénique reste en évolution mais est très prometteuse ; nous avons déjà hâte d'écouter sa version studio ! On y retrouve les ingrédients mélodiques et instrumentaux familiers, sans redondance.

Puis c'est le splendide "The Tree" la pièce maitresse issue de "Tribus". Un titre épique que j'affectionne particulièrement (je le porte en t-shirt ce soir !) car, à l'instar de "The Gamer", il me semble valoriser l'éclectisme musical de ce groupe lors de séquences jazzy et rock interprétées avec des interventions délicieuses aux saxophones, aux flûtes, notamment.

Bref, je pourrais me perdre dans de vaines descriptions de mon ressenti sans jamais convaincre, mais cette musique s'écoute, se perçoit, se vit. Ils auront ainsi opté pour des titres de longues durées, ce qui n'est pas pour me déplaire en tant qu'amateur de rock progressif…

Alors que se dessine la fin de cette première partie de soirée, avec seulement quatre titres, le concert nous a déjà paru bien trop court, et pourtant il aura duré une heure ! Quoiqu'il en soit, en dépit de notre vigoureuse et très enthousiaste acclamation, ils doivent céder la place aux anglais. Je réaliserai lors de la seconde partie de soirée qu'une grande partie du public était là pour ARENA. Mais la prestation de THE WINDMILL a cependant recueilli les belles ovations méritées.

Nous réalisons alors que nous devrons attendre longtemps avant de les revoir… Nous continuerons à mettre notre activisme au service de leur venue dans nos contrées, mais je nous sens prêt à bien d'autres excès pour aller les revoir ! En attendant, ils peuvent compter sur notre prosélytisme zélé, ce récit dithyrambique n'en est que le prolongement. Mes chers amis, vous n'avez pas fini de les entendre en notre compagnie ; dans notre voiture ou dans notre salon, vous n'y échapperez pas !

Les musiciens quittent la scène avec le sourire et le sentiment du devoir bien accompli.

PROGRAMME
Not Alone (The Continuation, 2013)
The Masque (The Continuation, 2013)
Fear (Opus en cours, 2023)
The Tree (Tribus, 2018).



ARENA [21h30-23h15]

Arena est un groupe de rock britannique apparenté au style néo-progressif. Il fut fondé en 1995 par le claviériste Clive Nolan (Pendragon, Shadowland), et le batteur Mick Pointer (Marillion de 1979 à 1983).

J'ai assisté à trois concert d'ARENA, durant l'ère du chanteur Paul Manzi ; le 24 avril 2015 au Divan du Monde (Paris 18), le 11 mai 2018 à La Maroquinerie (Paris 20), puis le 15 juillet 2018 au Loreley (Night of the Prog, Sankt Goarshausen, Allemagne). Manzi a estimé que ses projets personnels priment sur ceux d'ARENA et a donc annoncé son départ en pleine pandémie, le 13 juillet 2020, après dix années de collaboration. Dès le lendemain, son remplaçant était indiqué. Je ne connaissais Damian Wilson que vaguement, par ses participations au sein d'Ayreon.

ARENA se compose donc désormais de Clive Nolan (claviers et chœurs, depuis 1995), Mick Pointer (batterie, depuis 1995), John Mitchell (guitares chœurs, depuis 1997), Kylan Amos (basse, depuis 2014), et Damian Wilson (chant, depuis 2020).

A peine recruté le nouveau chanteur est entrée en studio pour enregistrer "The Theory of Molecular Inheritance" dont la date officielle de parution est prévue le 21 octobre 2022, mais qui est déjà en prévente ce soir. Déjà écouté deux ou trois fois en préalable, il me semble très réussi.

A l'instar de la première partie de soirée, la sonorisation m'a semblé excellente. L'éclairage (à tout seigneur tout honneur) dispose de davantage de densité et de couleurs, et a permis de belles nuances d'atmosphères. De beaux clichés, aussi. En fond de scène, l'écran diffuse des images illustrant les différentes chansons. Le quintette prend moins de place que leur prédécesseur et la scène parait ainsi plus spacieuse ; ce qui n'est pas un détail pour l'itinérant Damian Wilson !

Le groupe semble décidément très attaché à son opus "The Visitor" paru en 1998, car une grande part des chansons en sont issues (à l'instar des concerts de 2015 et 2018). En comparaison, le dernier opus "The Theory of Molecular Inheritance" se contente de trois espaces, tout comme "The Seventh Degree of Separation". Le reste de la programmation est un subtil équilibre revisitant le parcours musical du groupe depuis ses débuts.

La prestation d'ARENA m'a semblé accroitre la ferveur du public. Décontractés devant la scène pour savourer THE WINDMILL, il aura fallu batailler dur pour y rester. Et croyez-moi, chez les Vikings ce ne sont pas forcément les mâles les plus agités !!! Il faut dire que le comportement du nouveau chanteur est de nature à exciter les esprits de féminins. Elles sont d'autant plus exaltées qu'il est démonstratif, expansif. Pendant le titre de rappel "Solomon", il fend la foule pour venir chanter au milieu. Damian s'est durant le titre suivant jeté sur la foule du haut de la scène mais … même les vikings n'ont pas pu le soutenir !! Mais son charisme ne se limite pas à la gestuelle, le monsieur est aussi doté d'un organe impressionnant (calmez-vous mesdames, je parle de la voix), émettant un chant au timbre puissant et émouvant.

Mais John Mitchell, (avec l'aval d'un hochement de tête de Clive Nolan) a su maitriser l'enthousiasme débordant de Damian qui s'engageait dans des bavardages estimés un peu longuets à son goût ; il lance ainsi "et si on chantait ?". Il faut dire que le John n'est pas du genre à rire aux éclats, toujours austère et concentré sur son (magnifique) jeu de guitare. Le plus souvent perchés dans les aigus, ses soli puissants constituent une des marques de fabrique des compositions depuis 1997. J'ai redécouvert le talent de Kylan Amos, dont le travail à la basse m'a paru excellent, alternant accords chaloupés, et tricots de notes courantes. Le bassiste, toujours souriant, semble constamment s'éclater ; impliqué et efficace il n'a d'ailleurs pas manqué d'attirer l'admiration d'Arnfinn qui était venu se glisser parmi nous. Ici aussi le maître de cérémonie est le claviériste ; avec l'autre cofondateur le batteur Mick Pointer, Clive Nolan dirige et surveille l'exécution, depuis le fond de la scène. Choriste intermittent, ses nappes et accords de synthé accompagnent et articulent magnifiquement les compositions sans défaillir. On ressent bien qu'ARENA c'est son groupe, alors que dans PENDRAGON il semble davantage au service du guitariste Nick Barrett.




Très bon concert donc. Nous avons hâte de les revoir au festival Prog en Beauce ce 22 octobre ; nous aurons sans doute l'esprit davantage disponible à leur attention que ce soir. A l'issue d'un vol en haute altitude, la Terre parait toujours un peu trop basse ! La charge émotionnelle procurée par les norvégiens fut telle que nous avons un peu tardé à nous investir dans la seconde partie de soirée ! Objectivement et avec le recul nous avons conscience d'avoir vécu deux excellents concerts.

ARENA a interprété dix-sept titres, dont quatre de The Visitor, (1998), trois de The Theory of Molecular Inheritance, (2022), trois de The Seventh Degree of Separation, (2011), un de Songs From the Lion’s Cage, (1995), un de Pride, (1996), un de Immortal ?, (2000), un de Contagion, (2003), un de Pepper's Ghost, (2005), un de The Unquiet Sky, (2015), un de Double Vision, (2018).

A la semaine prochaine, les gars ! Bravo !!

PROGRAMME
Enigma Variations: Nimrod (Edward Elgar song)
Time Capsule (The Theory of Molecular Inheritance, 2022)
Rapture (The Seventh Degree of Separation, 2011)
Bedlam Fayre (Pepper's Ghost, 2005)
How Did It Come to This? (The Unquiet Sky, 2015)
The Butterfly Man (Immortal ?, 2000)
Paradise of Thieves (Double Vision, 2018)
The Equation (The Science of Magic) (The Theory of Molecular Inheritance, 2022)
A Crack in the Ice (The Visitor, 1998)
Salamander (Contagion, 2003)
A State of Grace (The Visitor, 1998)
The Ghost Walks (The Seventh Degree of Separation, 2011) (Instrumental)
Life Goes On (The Theory of Molecular Inheritance, 2022)
(Don't Forget to) Breathe (The Visitor, 1998)
The Tinder Box (The Seventh Degree of Separation, 2011)
The Visitor (The Visitor, 1998).
RAPPEL :
Solomon (Songs From the Lion’s Cage, 1995)
Crying for Help VII (Pride, 1996).

Mais où est donc Sandrine ?


Les lumières se rallument, la soirée touche à sa fin. Nous sommes encore abasourdis par tant d'émotions, lorsqu' Arnfinn Isaksen s'approche de nous, avec gentillesse et modestie. Il tenait à nous remercier chaleureusement d'avoir fait le déplacement pour venir les soutenir. Il semblait réellement étonné de notre démarche. Cette empathie exprimée avant tant de sincérité nous touche profondément. Pendant de longues minutes, nous échangeons nos amabilités, tant bien que mal exprimées avec mon anglais approximatif. Mais l'émotion réciproque facilite la compréhension mutuelle.

Nous nous rendons ensuite à l'échoppe où je me procure le CD "The Theory of Molecular Inheritance" d'Arena avant de le faire dédicacer par Mick Pointer, John Mitchell et Damian Wilson. Les autres (Clive et Kylan) n'étant pas disponible à cet instant. Rien de nouveau à l'échoppe de THE WINDMILL, je possède déjà la discographie et le tshirt !

Nous rencontrons de nouveau Arnfinn, Morten et Kristoffer pour de nouvelles effusions et portraits. Hélas, nous souhaitions également saluer Jean-Robert, Stig-André et Erik, mais en vain.

Il est temps de partir. Dehors, il pleut, il fait froid, c'est la nuit. Tout un symbole. Après une météo clémente durant le séjour, elle nous rappelle à la dure réalité du temps qui passe inexorablement. L'objectif accompli, un étrange mélange de joie et de mélancolie nous étreint dans le tramway (30) qui nous remmène à l'appartement.