lundi 31 octobre 2022

BLUE ÖYSTER CULT – Le Trianon de Paris (Paris 18e) – lundi 31 octobre 2022.

Beaucoup de groupes du continent américain privilégient leurs tournées américaines, sans doute plus lucratives ou déjà assez éreintantes, sans avoir à aller plus loin. On peut ainsi déplorer ne jamais avoir vu des géants tels que Boston, Kansas, Triumph. On peut aussi se réjouir du parti-pris inverse de certains autres qui n'hésitent pas à sortir délibérément de leur cadre, tels que Dream Theater, Metallica. Reste les opportunistes, qui daignent en faire la démarche, mais avec parcimonie, tels que Aerosmith, Rush, Van Halen … BLUE ÖYSTER CULT fait partie de cette dernière catégorie. Autant dire qu'il ne faut pas manquer leurs (trop) rares visites !

Cependant, la trop longue litanie des concerts reportés à cause de la Pandémie continue ; ce concert était initialement prévu le mardi 2 juin 2020, il a d'abord été reporté au jeudi 20 mai 2021, puis au dimanche 17 octobre 2021 pour enfin être fixé à ce lundi 31 octobre 2022. Le concert étant complet, une seconde date a été ajoutée à Paris, mais la veille. Je m'en veux un peu de ne pas avoir opté pour celle-ci également…

Ces deux concerts parisiens s'inscrivent dans leur tournée pour leur 50ème anniversaire, mais aussi pour promouvoir leur quinzième album "The Symbol Remains" qui est paru le 09 octobre 2020, soit dix-neuf années après le précédent quand même ! Le 14 octobre, ils étaient encore aux USA et ils y retournent le 4 novembre ! Les douze dates européennes, dont deux parisiennes, ne sont donc qu'une parenthèse dans leurs incessantes tournées américaines. Par conséquent, une fois n'étant pas coutume, savourons notre privilège français !

Je pouvais d'autant moins me priver de ce concert que j'entretiens des scrupules d'avoir manqué parfois, trop souvent, leurs concerts. Je ne les ai vus que cinq fois ! J'ai tardé jusqu'au samedi 4 février1984 (Revölution by Night) pour me rendre à un premier concert. Puis, j'ai pu les revoir les jeudi 30 aout 1984, lundi 27 janvier 1986 (Club Ninja), et lundi 13 février 1989 (Imaginos). Mais il m'aura fallu attendre …plus de vingt-huit années plus tard, le samedi 24 juin 2017 pour les revoir à l'occasion du festival Retro C Trop. A ma décharge, ils semblent n'être passés à Paris que deux fois avant ma première (1975 et 1978), puis je les ne les ai manqués que trois fois ensuite (1992, 1995 et 2009).

BLUE ÖYSTER CULT, fondé en 1967 à New York, figure dans Mon Panthéon des groupes pionniers du Hard Rock. Donald "Buck Dharma" Roeser (guitare solo, chant), Eric Bloom (chant, guitare électrique), Allen Lanier (claviers, guitare) et la fratrie Bouchard à la section rythmique Joe (basse, voix) et Albert (batterie, voix) ont enregistré leur premier album éponyme dès 1972. Influencés notamment par Black Sabbath, The Stooges et bien d’autres, BÖC a construit sa notoriété en occupant les scènes inlassablement et composant des titres devenus indispensables en concert, tels que "(Don’t Fear) The Reaper" (1976), "Godzilla" (1977) et "Burnin’ for You" (1981).

Je ne m'étendrai pas sur la biographie du groupe, que tout mélomane curieux peut aisément consulter, mais il me parait intéressant de souligner qu'elle relate l'histoire d'une rencontre entre des étudiants new-yorkais et un poète Sandy Pearlman, devenu leur manager. Celui-ci serait à l'origine du nom "Blue Öyster Cult" tiré d'un de ses poèmes écrits dans les années 1960, intitulé "Imaginos". Thème d'ailleurs repris en 1988 pour l'opus éponyme. On comprend mieux le rapport avec l'enregistrement en concert intitulé "ETL, extraterrestrial Live", à l'aune de cette explication ; dans la poésie de Pearlman, le "Blue Öyster Cult" était un groupe d'extraterrestres qui s'étaient réunis secrètement pour guider l'histoire de la Terre. D'abord perplexe, le groupe avait fini par adopter cet intitulé pour préparer son premier album. On peut retenir aussi que le mystérieux logo résulte de diverses inspirations venant de la mythologie grecque (Chronos, Zeus, …), de symboles alchimiques (le plomb, le plus lourd des métaux), mais aussi de symboles astrologiques (Saturne).

Voilà pour mon contexte. C'est donc avec une certaine fébrilité que nous rejoignons la file d'attente qui ne tarde pas à être arrosée d'une copieuse pluie d'automne bien malvenue.

18:30 Ouverture des portes. Nous parvenons à nous positionner correctement en fosse, centré et relativement proche de la scène. Seules quelques têtes inopportunément hautes nous empêchèrent d'atteindre un confort de salon.

L'animation de la première partie de la soirée était dévolue à Gaëlle Buswel, comme celle de la veille, mais la Dame s'est déclarée indisponible, laissant ainsi à Sylvain Laforge, son complice de scène, le soin de la remplacer.

LUX [19:45-20:10].
https://lux-theband.com/

Ancien complice de Rita Mitsouko, le guitariste Sylvain Laforge, a fondé à Paris, en 2014, un duo avec la chanteuse new-yorkaise Angela Randall. "LUX the band" montre une affinité avec la tradition folk/rock anglo-saxonne.…

Un premier album, "Super 8", a été réédité avec des nouvelles chansons en juin 2019. Un second album était prévu cette année. Leur biographie revendique ainsi une étiquette "Velvet Rock" dont je ne comprends toujours pas très bien le sens à l'issue de leur prestation… Leur musique sonne tout ce qu'il y a de plus folk-rock dans les couloirs de nos métros parisiens.

Une prestation bien sympathique mais disons que les amateurs du BÖC ont par le passé été habitués à des invités d'un autre calibre. Je les ai vus avec le canadien Aldo Nova en 1984, Tokyo Blade en 86, et Patrick Rondat en 89, et surtout ils ont tourné avec Black Sabbath, Rush, Boston, Kiss, Uriah Heep et tant d'autres encore …

Mais notre microcosme musical est composé de gens bien élevés, le public applaudit respectueusement le binôme qui a au moins le mérite d'avoir relevé le défi inopiné de remplacer Gaëlle Buswel.

BLUE ÖYSTER CULT [20:30-22h20]
http://www.blueoystercult.com/

L'extinction des feux, accompagnée d'une évocation de "Blade Runner" (Vangelis) dans les enceintes, annonce l'imminence du concert tant attendu !

Le quintuor entre en scène et attaque avec "Tattoo Vampire" que je confesse ne pas avoir reconnu immédiatement. Je ne m'attendais pas à ce titre en introduction, et pourtant avec le recul il me semblait s'imposer en cette période d'halloween, importante pour les ricains.

Je retrouve ainsi avec plaisir la même formation qu'au Retro C Trop en 2017. Donald ROESER alias "Buck Dharma" (guitare, chant depuis 1967, né le 12 novembre 1947 ; 74 ans) reste le seul membre fondateur du groupe, mais Eric BLOOM (chant, guitare, claviers depuis 1969, né le 1er décembre 1944 ; 77 ans) était déjà intégré au groupe pour le premier album. Ils sont entourés de Danny MIRANDA (basse, chœur de 1995 à 2004, puis depuis 2017), Richie CASTELLANO (guitare, claviers, chœurs, depuis 2007 – après avoir été basse de 2004 à 2007) et Jules RADINO (batterie depuis 2004).

Cette salle dispose d'une acoustique excellente, l'ingénieur du son m'a semblé à la hauteur de l'enjeu, par conséquent la sonorisation nous a permis de vivre un excellent concert.

Un éclairage à la fois lumineux et coloré a parfaitement entretenu les atmosphères à l'attention des regards et des objectifs de chasseurs d'images. Aucun fond de scène ; ni symbole, ni écran. Aucun artifice ni décor de scène, juste des musiciens et leurs accessoires. Rock'n'roooooooooll !

La prestation est quasi irréprochable avec des titres piochés dans la longue discographie, parfois de manière surprenante (Tattoo Vampire, The Vigil, Teen Archer, I Love the Night) parfois de manière plus conventionnelle (Burnin' for You, Then Came the Last Days of May, Godzilla, Don't Fear The Reaper), mais le titre qui m'aura surpris avec bonheur fut Black Blade.

Fait notable, la séquence initialement jouée au saxo dans "Shooting Shark", titre coécrit par Buck Dharma et Patti Smith, est ici remplacée par les guitares de Ritchie puis de Buck.

Un des points culminant fut sans doute l'interprétation de "Then Came the Last Days of May" avec ses étourdissants solos des guitares de Ritchie, puis de Buck ! Ce dernier n'a d'ailleurs pas cessé de nous démontrer, avec sa fameuse guitare-gruyère, qu'il a de beaux restes, notamment après "Godzilla". Vraiment, voir ces deux grands guitaristes rivaliser de soli fut un réel bonheur. Richie Castellano est un multiinstrumentiste particulièrement doué, talentueux et charismatique. Buck demeure une Référence, toujours aussi technique et sensible sur ses cordes.

Eric quant à lui n'est certes plus aussi fringant qu'autrefois, et sa voix peut paraitre parfois hésitante, mais il inspire toujours le respect. Pour le côté esthétique, dommage qu'il ne joue plus avec sa légendaire guitare aux formes du logo.

Le public exulte avec moi, mais pouvait-il en être autrement ?! Les ovations permettent un juste retour du groupe pour un rappel amplement mérité.

Autre qualité du groupe, et non des moindres, l'auditeur peut s'engager à les suivre sur plusieurs dates, le programme varie le plus souvent. Ces musiciens exploitent leur répertoire en modifiant les titres interprétés durant leur tournée, quand d'autres (je ne nommerai personne, non !) se contentent d'un programme figé pendant toute leur tournée ! Par rapport à la veille, la loterie des programmes variables d'un soir à l'autre nous a ainsi privé de NEUF TITRES : "Transmaniacon MC", "Harvest Moon", "E.T.I. (Extra Terrestrial Intelligence)", "Train True (Lennie's Song)", "Tainted Blood", "Dancin' in the Ruins", "Perfect Water", "Harvester of Eyes",  et surtout de "Cities on Flame With Rock and Roll". Je considère être en droit d'être frustré, quand on se rappelle avoir acheté nos billets avant les spectateurs d'hier… mais bon, passons!

Dix-sept titres, dont (seulement) deux de The Symbol Remains (2020), trois issus de Blue Öyster Cult (1972), trois de Spectres (1977), deux de Agents of Fortune (1976), deux de Secret Treaties (1974), un de The Revölution by Night (1983), un de Cultösaurus Erectus (1980), un de Fire of Unknown Origin (1981), un de Mirrors (1979), et un de Tyranny and Mutation (1973). Un heure cinquante de plaisir auditif absolu.

PROGRAMME
Bande son introductive : Blade Runner (Vangelis)
Tattoo Vampire (Agents of Fortune, 1976)
That Was Me (The Symbol Remains, 2020)
Golden Age of Leather (Spectres, 1977)
Burnin' for You (Fire of Unknown Origin, 1981)
Shooting Shark (The Revölution by Night, 1983)
The Vigil (Mirrors, 1979)
Cagey Cretins (Secret Treaties, 1974)
Box in My Head (The Symbol Remains, 2020)
Screams (Blue Öyster Cult, 1972)
She's as Beautiful as a Foot (Blue Öyster Cult, 1972)
Black Blade (Cultösaurus Erectus, 1980)
Then Came the Last Days of May (Blue Öyster Cult, 1972)
Godzilla (Spectres, 1977)
(Don't Fear) The Reaper (Agents of Fortune, 1976).
RAPPEL :
Teen Archer (Tyranny and Mutation, 1973)
I Love the Night (Spectres, 1972)
Dominance and Submission (Secret Treaties, 1974).

Il est permis de craindre de pas de ne pas les revoir de sitôt, le passage à l'échoppe s'imposait. J'ai été bien inspiré de m'y précipiter car, la tournée européenne touchant à sa fin, il ne restait que très peu de t-shirts. J'ai même dû me contenter d'une taille inférieure à mon habitude, et je m'estime heureux, car j'avais à peine le dos tourné que le stock fut épuisé !! ouf !






dimanche 23 octobre 2022

MARILLION – Zénith de Paris – dimanche 23 octobre 2022.

 

Encore un reliquat de la pandémie, cet événement était prévu le dimanche 17 octobre 2021, et la Convention bisannuelle était prévue en mars 2022 ; tous les deux ont été reportés d'un an, mettant ainsi notre patience à rude épreuve. Autant dire qu'avec la parution du splendide album "An Hour Before It's Dark", notre fébrilité avait encore monté d'un cran, cette date automnale était particulièrement attendue !

Rédiger un récit sur mes impressions à l'issue d'un concert de MARILLION demeure un exercice redoutable pour moi. Je crains toujours de me vautrer dans le pathétique au dépends d'un partage d'impressions le plus factuel, à défaut d'objectif possible. Le fait est que ce groupe, à l'instar de quelques autres, est capable de provoquer en moi des vagues émotives irrépressibles. Leur Musique est l'une des prescriptions qui soulage le mieux mes tracas du quotidien. Elle illustre parfaitement le concept de musicothérapie que je prône depuis toujours.

Ô, je sais bien que ceux qui me connaissent de longue date pourront m'opposer mon dédain initial durant les années 80 pour ce groupe avec lequel je ne me suis finalement réconcilié que dans les années 2000 (eh oui…), par la grâce de Monsieur Steven Wilson. Vieux motard que jamais, ce soir n'est ainsi que la quinzième fois que j'assiste pieusement à leur concert.

Avec ma p'tite Fée et mon fils, nous parvenons à nous positionner très correctement en fosse, en centre gauche, à une dizaine de rangs de la scène. Nous remarquons la présence du guitariste d'OVERHEAD, Jaakko Kettunen et de sa ravissante épouse que nous avions quitté moins de vingt-quatre heure auparavant. Une nouvelle occasion pour lui renouveler notre respect admiratif !

Le Zénith est dans son format réduit et pourtant il est à peine rempli. Certes, les admirateurs français ont eu cette fois l'opportunité de se répartir sur six dates réparties dans l'Hexagone. Mais quand même, il est bien navrant de devoir compter sur le renfort d'une brigade d'admirateurs allemands (arborant fièrement leur t-shirt "Web Germany, Die offizielle deutsche Marillion Gemeinschaft") pour tenter de combler les trous. On peine alors à se souvenir de l'époque où MARILLION remplissait le POP-Bercy … Mais on va estimer que la plupart des plus sincères dévots franciliens sont ici… Pauvre, pôôôôvre france.

18h30 : UN DUO IDYLLIQUE

Cette fois, mon "angoisse de la feuille blanche" est soulagée avec l'opportunité de débuter mon récit par un conte de Fée des temps modernes. Dans le cadre très particulier du microcosme MARILLION, le romantisme à toute sa place, car il est favorisé par leur musique et l'émotion qu'elle procure. Et ce soir, nous en aurons de nouveau une belle démonstration.

Il était une fois, une jolie violoniste bruxelloise qui faisait partie d'IN PRAISE OF FOLLY, un quatuor de cordes recruté par MARILLION pour les accompagner en concert. Maia Frankowski s'épanouit pleinement en accompagnant les anglais lorsqu'elle rencontre son prince charmant, l'artiste folk britannique Harry Pane… Ils ont été réunis par un beau coup du sort ; le couple s'est rencontré sur scène lors d'une tournée européenne. Leur première collaboration, le monoplage "Time", est sorti en 2020 sous le nom de "Harry Pane feat. Maïa Frankowski". Ils créent ainsi le duo JUNE ROAD, un mélange indie folk exprimant de riches harmonies vocales, à la guitare et au violon. Leur biographie nous décrit "une alchimie entretenue par une passion commune pour les voyages". Le duo est désormais basé à Bruxelles où leur écriture et leur relation s'épanouissent. Bref, dans la pure tradition de sincérité, limite candeur, typiquement belge, la jolie princesse a même clamé à notre assemblée que leur Amour sera sacré par le mariage ! C'est bô, l'Amoûr !

Les parrains de cette belle union ont eu la bonne idée de recruter le couple de tourtereaux pour ouvrir leurs soirées du 16 octobre au 9 novembre.

Nous avons déjà eu l'occasion d'assister à deux concert d'Harry Pane, à chaque fois à l'invitation de MARILLION ; le premier lors de la Convention le 26 mars 2017, puis une deuxième fois à Pleyel le 9 décembre 2019. Prétendre qu'il m'avait laissé un souvenir impérissable serait un abus de langage, m'enfin son entrain et son grain de voix ont toujours permis de passer un bon moment. Quant à sa protégée, nous l'avons écoutée à chaque fois qu'IN PRAISE OF FOLLY accompagnait MARILLION ; depuis le 26 mars 2017, depuis que cette formation musicale nous était apparue déguisée en costumes (18e s) pour interpréter les titres de l'album ".com".

Bon, c'est pas le tout, mais ça donne quoi au final ?! Eh bien c'est ma foi très, très bien fait ! Le violon endiablé et les accords très rythmés à la guitare sèche forment une belle unité entrainante. Je ne connais pas leurs références, mais leur état d'esprit et leur expression musicale nous a plu. Des mélodies énergiques et/ou douces ont contribué agréablement à nous faire patienter avant la Grand' Messe. Je ne traverserais pas l'Europe pour aller les voir, mais disons que je passerais bien une soirée en leur compagnie (enfin, pour être honnête surtout celle de la belle Maia) dans un bar.

19h30 : UN QUINTETTE MAGIQUE

L'entrée sur scène de Steve Rothery (guitares, depuis 1979), Mark Kelly (claviers, depuis 1981), Pete Trewavas (basse, chœurs, depuis 1981), Ian Mosley (batterie, depuis 1984), et Steve Hogarth (chant, clavier, guitare et percussion, depuis 1988) restera toujours un moment d'intense émotion qui dénonce une réelle communion d'esprit entre les artistes et leur public. Ce soir, un sixième membre est présent sur scène ; le percussionniste Luis Jardine. Son pedigree montre sa participation aux enregistrements parallèles de H, ainsi qu'au dernier album de MARILLION.

"An Hour Before It's Dark" paru le 4 mars 2022 pourrait être considéré comme le vingtième opus, mais ce serait en considérant que l'acoustique "Less is More" et que l'orchestré "With Friends…" seraient des albums à part entière, et qu'en revanche les deux volumes "Happiness Is the Road" ne formeraient qu'un opus, ce qui me semble discutable… Bref, quoi qu'il en soit c'est par ce somptueux album que débute mon quinzième concert.

Nous avons pu sans difficulté conserver notre emplacement, nous sommes en présence d'un public respectueux et unanime pour communier (j'ignore volontairement l'intrusion d'un ou deux parasites discourtois qui sont en retard sans l'assumer ; ils sont fort heureusement bien moins nombreux ici qu'ailleurs, tel est le sens de mon propos !). De là, nous pourrons observer Pete, placé devant Ian, sur notre gauche, et H sur notre droite. Steve est positionné devant Mark, sur la droite. 

Une acoustique et une sonorisation excellentes nous permettent de retrouver immédiatement la Porte vers l'Univers magique !


L'intégralité de l'album défile et ne fait que confirmer tout le bien que nous en pensions depuis notre salon. Quelle magnifique Création ! Un recueil à la fois sombre, lumineux, poétique aérien, dynamique et émouvant. Toute une palette d'émotions exprimées avec conviction par ce grand comédien qu'est Steve Hogarth. Ce chanteur au timbre si sensible et expressif est vraiment doté d'un charisme exceptionnel.

"The Crow and the Nightingale" était et restera je pense mon titre préféré de l'album. Il a su une nouvelle fois tirer les larmes de mes yeux, déjà embués par ce qui précédait ! L'usage de bandes-son a habituellement le don de m'agacer, néanmoins cette fois j'admets volontiers que les sonorités bouleversantes du Choir Noir aurait manqué à l'ambiance du titre… La ferveur de l'auditoire a encore monté d'un cran !

Steve Rothery, l'immense guitariste, digne fils spirituel des D. Gilmour, A. Latimer et autre M. Knopfler, reste une source d'admiration infinie. Son inquiétant embonpoint ne semble pas gêner ses sensibles touchers qui transcendent les harmonies du groupe. Ces soli admirables accentuent les sentiments déjà puissamment exprimés par la musique.

Pete Trewavas, m'a semblé bénéficier d'un son particulièrement efficace qui m'a permis d'admirer une nouvelle fois son jeu, ses accords comme cet ostinato introductif entêtant sur "Murder Machines". Ces chœurs généreux en soutien à H accentuent son statut de pilier fiable.

Mark Kelly, le garant des ambiances aérées et des atmosphères somptueuses nous faire vivre ses superbes progressions de textures sonores, notamment sur "The Crow and the Nightingale" (eh oui, encore ce titre !).

Ian Mosley ne revendique ni originalité, ni exubérance ; il met à profit toute sa longue expérience pour garantir les rythmes requis et il le fait avec tact et précision.

 


Ces cinq artistes conjuguent leurs talents avec une force, une authenticité et une sincérité qui leur confère le rang de maîtres de la scène néoprog. Le chant habité de H, la délicatesse des interventions de Steve Rothery alliée à celle de Mark Kelly, et la base basse/batterie astucieusement dosée mais suffisamment puissante pour assurer le voyage de l'auditeur ; tout est équilibre, source de plaisir auditif et d'évasion spirituelle. L'apport des percussions de Luis Jardine a encore ajouté une touche d'épices très agréable à l'ensemble. Agréable, mais pas indispensable à mon sens ; s'il devait y avoir un choix à faire, j'opterais pour le retour de l'orchestre. Mais je concède volontiers que le coût de revient n'est pas le même !

Faire plaisir, rendre les gens heureux semble l'objectif absolu de MARILLION ; très attentionnés pour leurs admirateurs (je peux en témoigner avec une certaine émotion, depuis les Conventions !), ils le sont aussi pour leur proches. Aujourd'hui c'est l'anniversaire de Nial HOGARTH, fils de Steve et accessoirement assistant technique ; il est prié de venir, une fois n'est pas coutume, sur le devant de la scène pour accepter un opportun gâteau piqué de ses bougies. Evidemment, le public toujours aussi spontané, solidaire et émotif entonne LA chanson adéquate !

Il n'y a pas d'entracte avant une deuxième partie de soirée durant laquelle MARILLION interprète cinq titres d'une période comprise entre de 1994 à 2007, dont trois sont issus de "Brave" (1994), un de "Somewhere Else" (2007) et un de "Afraid of Sunlight" (1995). Le poignant "The Great Escape" clôt le concert avant les rappels évidemment attendus.

L'enthousiasme du public est total, bien évidement. Il est vrai qu'il serait difficile de trouver un titre qui déçoive l'auditeur en concert…

Le groupe ne tarde pas à revenir pour nous accorder les quatre séquences du fabuleux "The New Kings", titre issu de "F E A R" (2016). Alors que depuis le début il était engoncé dans un costume oppressant, H revient vêtu d'autre costume… qui nous parait toujours aussi inadapté à sa mobilité et à la température scénique !

Un second rappel achève d'exalter les plus anciens adeptes avec "Sugar Mice" ! H est vêtu d'une veste plus légère cette fois !! Je suis toujours ému/frustré de voir mes co-mélomanes chanter les paroles, en particulier le refrain, à l'invitation de H qui leur tend son micro. Je ne devrais plus me contenter de lire (et d'essayer) de comprendre les textes, il me faudrait aussi les retenir (hypocrite vœu pieu !) …

21h30 : Les musiciens, souriants et reconnaissants, quittent la scène avec une intense ovation, après avoir délivré deux heures de bonheur intense. Les lumières se rallument pour nous ramener brutalement à la réalité de cette fin de soirée.

A peine le temps de partager nos émotions que déjà les videurs nous indiquent la sortie.

PROGRAMME :
ACTE I : An Hour Before It's Dark (2022)
Be Hard On Yourself (I) The Tear in the Big Picture
Be Hard On Yourself (II) Lust for Luxury
Be Hard On Yourself (III) You Can Learn
Reprogram the Gene (I) Invincible
Reprogram the Gene (II) Trouble-Free Life
Reprogram the Gene (III) A Cure for Us?
Only a Kiss
Murder Machines
The Crow and the Nightingale (Choir Noir, choeur enregistré)
Sierra Leone (I) Chance in a Million
Sierra Leone (II) The White Sand
Sierra Leone (III) The Diamond
Sierra Leone (IV) The Blue Warm Air
Sierra Leone (V) More Than Treasure
Care (I) Maintenance Drugs (h on cowbell)
Care (II) An Hour Before It's Dark
Care (III) Every Cell
Care (IV) Angels on Earth.
ACTE II :
Somewhere Else (Somewhere Else, 2007)
Wave (Brave, 1994)
Mad (Brave, 1994)
Afraid of Sunlight (Afraid of Sunlight, 1995)
The Great Escape (Brave, 1994).
RAPPEL :
The New Kings: I. Fuck Everyone and Run (Fuck Everyone and Run (F E A R), 2016)
The New Kings: II. Russia's Locked Doors
The New Kings: III. A Scary Sky
The New Kings: IV. Why Is Nothing Ever True ?
RAPPEL 2:
Sugar Mice (Clutching at Straws, 1987).


Je jette un coup d'œil à l'échoppe, mais je reste sage. Dans environ 150 jours, nous aurons l'occasion de nous ruiner à l'échoppe de la Convention !

L'atterrissage est lent. Nous sommes une quinzaine à convenir de nous retrouver autour d'une table de bistrot, histoire de prolonger cette parenthèse de bonheur dans un monde de brutes.

samedi 15 octobre 2022

ARENA – THE WINDMILL – Cosmopolite Scene (Oslo, Norvège) – samedi 15 octobre 2022

Hiver 2019, Winfried Völklein annonce les premiers groupes prévus au festival Night of the Prog de Loreley. Parmi ceux-ci, un groupe norvégien : THE WINDMILL. Totalement inconnu de mon répertoire, je me suis donc tourné vers notre microcosme de mélomanes passionnés pour assouvir ma curiosité habituelle. Ces recherches aboutirent très rapidement à me convaincre de l'intérêt d'assister à leur concert en juillet. Celui-ci a confirmé tout leur talent ; moi et ma p'tite Fée avions été totalement subjugué (le mot n'est pas excessif !) par ces vikings romantiques.

Cette remarquable prestation nous avait laissé une envie irrépressible de les revoir en concert. Hélas, ils font partie de ces artistes talentueux qui peinent à se faire connaitre.

Autant dire que l'annonce d'un concert de ces norvégiens chez eux, à Oslo, a immédiatement réactivé notre désir latent de visiter la Scandinavie, destination de rêve pour nous. De surcroit, THE WINDMILL partage l'affiche avec les britanniques ARENA, que nous affectionnons fortement. Le doute n'était plus possible. En dépit de l'éloignement, en dépit de la réputation onéreuse du pays, nous nous engageâmes ainsi pour un court séjour au pays des Vikings !

Mais c'était sans compter avec cette maudite pandémie. D'abord prévue le 17 octobre 2020, la soirée fut reportée en octobre 2021, puis à ce samedi 15 octobre 2022. Passons sur les tracas logistiques engendrés par ces reports successifs (…), mais pour sa part THE WINDMILL a eu la courtoisie de nous renvoyer deux nouveaux tickets par courrier postal ; aucun des autres concerts reportés n'ont fait l'objet d'autant d'égard ! A défaut de les voir sur scène, nous avions pu les rencontrer en spectateurs lors du NOTP auquel ils sont régulièrement présents. Nouvelle occasion d'apprécier leur humilité, leur accessibilité, leur amabilité ; c'est un vrai bonheur de leur offrir notre admiration. Ces traits de caractère seront une nouvelle fois confirmés ce soir.

Je ne m'étendrai pas ici sur le volet touristique du séjour, qui s'imposait de toute évidence. Je souligne juste la qualité de vie supérieure dans la capitale norvégienne, illustrée notamment par son réseau de transports en commun (RUTER) particulièrement pratique et fonctionnel. Avec un forfait journalier à 11,70 € (117 kr), nous avions accès à toutes les lignes de tramway, de bus et surtout de bateau-bus de la ville et du port ! Du jeudi 13 au dimanche 16 je n'ai observé aucun encombrement, ni de pollution ; la plupart des véhicules (bateaux, voitures, bus) sont à propulsion électrique. Je n'avais encore jamais vu autant de Tesla ! Même un mélomane américain (venu pour les mêmes raisons que nous) s'en est étonné ! Les rues sont calmes, rassurantes et propres à part quelques malheureux tags qui paraissent encore plus incongrus qu'ailleurs…

LE SITE

Après avoir déménagé entre plusieurs sites différents à Oslo, le choix de nouveaux locaux s'est porté depuis 2008 sur le vénérable cinéma de Soria Moria (construit en 1928), situé dans le quartier Torshov au Vogts gate, 64. Le bâtiment s'inscrit dans la plus pure tradition architecturale de la ville nordique avec sa façade relativement austère mais imposante. Ici, le Cosmopolite a eu l'opportunité de s'étendre sur trois étages et, après une période de rénovation, a rouvert le 24 octobre 2008. Depuis lors, plusieurs concerts sont organisés chaque semaine tant sur la grande scène du Cosmopolite, que sur la scène du club de Belleville.

L'accès au Cosmopolite Scene est d'autant plus aisé qu'il est situé à deux stations de tram et/ou de bus de notre lieu d'hébergement. Conforme à l'intitulé du lieu, les affiches lumineuse qui défilent sur l'écran publicitaire révèlent une programmation très … cosmopolite, voire exotique. Cette affichage délibérément orienté "multiculturel" m'aurait moins agacé sans l'absence de mention de NOTRE soirée … Ce n'est qu'en nous approchant, que nous remarquons une ridicule affichette, imprimée à la sauvette, scotchée sur la porte vitrée. Nul n'est prophète en son pays, pas même en Norvège ! Seule la présence du car de tournée d'ARENA trahit une présence réjouissante.

Au passage on aura noté une fois de plus le caractère pragmatique de l'organisation norvégienne ; un large espace de stationnement est réservé aux artistes. Clive Nolan aura pu comparer, non sans une certaine émotion, cet accessibilité à celle de La Maroquinerie (Cf. concert de Pendragon le 3 mars 2020)…

LE CONCERT

Arrivé avec une heure d'avance, nous ne sommes précédés que d'un mélomane. En l'abordant, je m'aperçois qu'il s'agit d'un plus gros malade que nous !! Certes, nous avons voyagé 1400 km pour assister à un concert de THE WINDMILL, mais lui c'est un américain qui vient de Chicago tout spécialement pour assister à la prestation de Damian Wilson ! Je suis toujours rassuré de trouver pire que moi dans la déraison ! Entre passionnés nous échangeons nos goûts ; il me conseille l'écoute de l'album récemment paru d'un groupe australien TOEHIDER, "I have little to no memory of these memories". (Enorme claque a posteriori).

Justement, voilà qu'apparait l'exubérant Damian Wilson, désireux d'ouvrir la porte vitrée qui nous sépare, pour venir discuter avec ses admirateurs. Particulièrement expansif, il réclame impatiemment la clé pour sortir et étreindre chaleureusement les volontaires. Une fois parmi nous, il se lâche en effusions et marques de gratitude puis il se lance dans un discours exalté démontrant son impatience de chanter ce soir.

La trentaine de spectateurs présents à ce moment-là s'amuse des facéties du personnage atypique, avant d'être autorisés à pénétrer dans le bâtiment. Dans le petit hall d'accueil sont installées les échoppes. Mais je m'y rendrai à la fin, nous ne tardons pas à nous engouffrer dans l'auditorium qui se révèle spacieux et doté d'un bar au fond, face à la scène. Après un petit doute sur le choix d'emplacement, nous optons pour la proximité avec les artistes, même si la console de sonorisation est peu éloignée de la scène. Nous n'avons aucun mal à nous positionner au premier rang, en plein centre. Pas de fosse aux photographes, nous sommes donc collés à la scène à hauteur de hanche. Juste parfait !

Lors des derniers préparatifs de la scène, Morten L. Clason et Arnfinn Isaksen nous repèrent et viennent immédiatement nous saluer chaleureusement ; notre dernière accolade remontait à juillet dernier au Loreley. Nous ne nous lassons pas de leur gentillesse.

THE WINDMILL [20h-21h].

The Windmill est un groupe norvégien apparenté à la catégorie rock progressif symphonique, créé à l'automne 2001. Leur Histoire raconte que le claviériste Jean Robert Viita en se promenant un jour en Allemagne dans les années 90, remarquait un parc éolien dont les rotors des moulins à vent semblaient tourner en cadence avec "Moonmadness" de Camel que diffusait son autoradio. C'est de là que serait née l'idée de baptiser son projet "THE WINDMILL". Projet occasionnel et marginal à la base, les premières années ont été caractérisées par des répétitions sporadiques, juste pour le plaisir. Mais, ses protagonistes, pourtant impliqués dans d'autres groupes à l'époque, ont fini par se convaincre de s'impliquer davantage … À l'automne 2005, il a été décidé de commencer l'enregistrement de ce qui allait devenir le premier album, délibérément intitulé "To be continued..." qui n'est paru qu'en… 2010. Les répétitions régulières se sont alors intensifiées, le groupe a commencé à prendre forme en tant que groupe à part entière. Un concert à Oslo en avril 2007, en première partie de Panzerpappa s'est avéré être un succès et a encouragé de nouveaux efforts, autant en salle de répétition et qu'en studio. L'Histoire était en route …

Le second opus "The Continuation" est paru le 3 mars 2013 ; très astucieusement le premier titre éponyme débute sur le même thème musical que le dernier titre "To be continued" de l'opus précédent. C'est ce qui s'appelle avoir de la suite dans les idées…

Un troisième album studio "Tribus" est paru le 15 novembre 2018. Acclamé par les chroniqueurs, cet opus permet au groupe de s'engager sur des concerts l'année suivante… Dont ce fameux festival Night of the Prog, Loreley, à Sankt Goarshausen en Allemagne, le dimanche 21 juillet 2019 à l'occasion duquel j'ai pu les voir pour la première fois. Ce fut une révélation, même si dès l'annonce de leur participation j'avais en préalable pris connaissance de leur discographie.

De nouvelles compositions sont en cours depuis début 2020 pour le quatrième album, mais la pandémie a pesé sur le processus.

THE WINDMILL se compose actuellement de Morten L. Clason (chant, flûtes, saxophones, guitare, claviers, depuis 2001), Jean Robert Viita (claviers, et chant, depuis 2001), Arnfinn Isaksen (basse, depuis 2001), Erik Borgen (chant, guitare, depuis 2003), Stig André Clason (guitare, depuis 2010) et Kristoffer Utby (batterie, percussions et choeur, depuis 2018).

Je devine déjà le lecteur doutant de mon objectivité sur mon évaluation, compte-tenu de ce qui précède. En effet, je confesse aborder la soirée avec un a priori favorable. Ces très talentueux musiciens n'ont pas une grande expérience de la scène et ils ne se cachent pas derrières des artifices sonores ou visuels ; pas de bande-sons, pas de fumigènes, pas de flammes infernales, juste des musiciens, leur(s) instrument(s) au service de la Musique. De ce fait, oui je leur accorde délibérément un droit à l'imperfection. Droit dont ils n'ont pas abusé, loin de là !

Mes récits demeurent purement subjectifs, ils n'ont jamais eu la prétention de faire une étude musicologique sur le niveau technique des artistes ; je me permets juste de souligner mon admiration pour tel ou tel, en fonction d'un talent qui me semble remarquable. Avec THE WINDMILL, je continue à me cadrer dans cet état d'esprit. Ces troubadours contemporains assument pleinement leur fonction de médecins de l'âme. Et Dieu sait combien la musicothérapie est plus que jamais nécessaire dans ce monde en folie ! Leur prestation nous a accordé la parenthèse poétique dont nous avions besoin. Nous retrouvons sur scène toutes les qualités mélodiques admirées sur les enregistrements, l'harmonie entre les pupitres, les accords de guitares, de basse, de claviers et les rythmes entrainants ; tout concorde pour emmener l'auditeur dans un monde enchanté. Comme me l'a récemment évoqué un ami, la formule de Beaudelaire "La musique creuse le ciel" a rarement été autant bien illustrée.

L'acoustique de la salle est excellente, et la sonorisation l'est tout autant. Les protections auditives ne sont pas vraiment nécessaires. L'éclairage est lumineux, excellent pour les prises de vues. Peu de nuances de couleurs ; elles seront davantage attribuées à ARENA. Un vaste écran fluorescent montre le logo THE WINDMILL. La scène reste relativement spacieuse pour le sextuor. Bref, les ingrédients matériels sont réunis pour passer une bonne soirée. Nous sommes confiants, mais impatients de vivre enfin l'événement tant attendu !!!

Le multi-instrumentiste Morten L. Clason a attiré tout particulièrement mon attention pour son aptitude à jouer de tant d'instruments avec sensibilité, émotion et talent ; flûtes, saxophones, guitares, sans omettre le chant pour suppléer Erik. Quant à Erik Borgen, avec son chant à la voix douce, chaude et calme, son jeu de guitare, il constitue un point d'ancrage essentiel du groupe. L'intonation de sa voix captive son auditeur, Erik nous raconte une histoire avec sensibilité. En alternance avec Erik, Stig André Clason intervient consciencieusement sur les soli, et les combinaisons d'accords de guitare. Positionné derrière lui, à la batterie, Kristoffer Utby (son complice au sein de The Infringement), martèle avec force et délicatesse les percussions et les rythmes balancés, tout en participant aux chœurs. L'imperturbable Arnfinn Isaksen assure solidement ses ostinatos et accords de basse avec la régularité et la justesse appropriée. Enfin et surtout, Jean Robert Viita en maître omniprésent de cérémonie, assure les bases mélodiques de l'ensemble, fort de nappes et d'accords aux sonorités 70's. L'ensemble produit un pur régal auditif.

THE WINDMILL aurait pu interpréter n'importe quels titres des trois opus parus à ce jour, cela nous aurait  ravis ; ils ont choisi de débuter avec deux titres issus de "The Continuation" ("Not Alone" et "The Masque"). Entre les deux, Jean-Robert a pris le temps de remercier le couple français venu les voir à Oslo. Cette marque d'empathie fait plaisir à entendre, quand même !

Puis à notre grande satisfaction, nous aurons eu le privilège de découvrir l'ébauche d'un nouveau titre d'une vingtaine de minutes. Intitulé "Fear", sa deuxième interprétation scénique reste en évolution mais est très prometteuse ; nous avons déjà hâte d'écouter sa version studio ! On y retrouve les ingrédients mélodiques et instrumentaux familiers, sans redondance.

Puis c'est le splendide "The Tree" la pièce maitresse issue de "Tribus". Un titre épique que j'affectionne particulièrement (je le porte en t-shirt ce soir !) car, à l'instar de "The Gamer", il me semble valoriser l'éclectisme musical de ce groupe lors de séquences jazzy et rock interprétées avec des interventions délicieuses aux saxophones, aux flûtes, notamment.

Bref, je pourrais me perdre dans de vaines descriptions de mon ressenti sans jamais convaincre, mais cette musique s'écoute, se perçoit, se vit. Ils auront ainsi opté pour des titres de longues durées, ce qui n'est pas pour me déplaire en tant qu'amateur de rock progressif…

Alors que se dessine la fin de cette première partie de soirée, avec seulement quatre titres, le concert nous a déjà paru bien trop court, et pourtant il aura duré une heure ! Quoiqu'il en soit, en dépit de notre vigoureuse et très enthousiaste acclamation, ils doivent céder la place aux anglais. Je réaliserai lors de la seconde partie de soirée qu'une grande partie du public était là pour ARENA. Mais la prestation de THE WINDMILL a cependant recueilli les belles ovations méritées.

Nous réalisons alors que nous devrons attendre longtemps avant de les revoir… Nous continuerons à mettre notre activisme au service de leur venue dans nos contrées, mais je nous sens prêt à bien d'autres excès pour aller les revoir ! En attendant, ils peuvent compter sur notre prosélytisme zélé, ce récit dithyrambique n'en est que le prolongement. Mes chers amis, vous n'avez pas fini de les entendre en notre compagnie ; dans notre voiture ou dans notre salon, vous n'y échapperez pas !

Les musiciens quittent la scène avec le sourire et le sentiment du devoir bien accompli.

PROGRAMME
Not Alone (The Continuation, 2013)
The Masque (The Continuation, 2013)
Fear (Opus en cours, 2023)
The Tree (Tribus, 2018).



ARENA [21h30-23h15]

Arena est un groupe de rock britannique apparenté au style néo-progressif. Il fut fondé en 1995 par le claviériste Clive Nolan (Pendragon, Shadowland), et le batteur Mick Pointer (Marillion de 1979 à 1983).

J'ai assisté à trois concert d'ARENA, durant l'ère du chanteur Paul Manzi ; le 24 avril 2015 au Divan du Monde (Paris 18), le 11 mai 2018 à La Maroquinerie (Paris 20), puis le 15 juillet 2018 au Loreley (Night of the Prog, Sankt Goarshausen, Allemagne). Manzi a estimé que ses projets personnels priment sur ceux d'ARENA et a donc annoncé son départ en pleine pandémie, le 13 juillet 2020, après dix années de collaboration. Dès le lendemain, son remplaçant était indiqué. Je ne connaissais Damian Wilson que vaguement, par ses participations au sein d'Ayreon.

ARENA se compose donc désormais de Clive Nolan (claviers et chœurs, depuis 1995), Mick Pointer (batterie, depuis 1995), John Mitchell (guitares chœurs, depuis 1997), Kylan Amos (basse, depuis 2014), et Damian Wilson (chant, depuis 2020).

A peine recruté le nouveau chanteur est entrée en studio pour enregistrer "The Theory of Molecular Inheritance" dont la date officielle de parution est prévue le 21 octobre 2022, mais qui est déjà en prévente ce soir. Déjà écouté deux ou trois fois en préalable, il me semble très réussi.

A l'instar de la première partie de soirée, la sonorisation m'a semblé excellente. L'éclairage (à tout seigneur tout honneur) dispose de davantage de densité et de couleurs, et a permis de belles nuances d'atmosphères. De beaux clichés, aussi. En fond de scène, l'écran diffuse des images illustrant les différentes chansons. Le quintette prend moins de place que leur prédécesseur et la scène parait ainsi plus spacieuse ; ce qui n'est pas un détail pour l'itinérant Damian Wilson !

Le groupe semble décidément très attaché à son opus "The Visitor" paru en 1998, car une grande part des chansons en sont issues (à l'instar des concerts de 2015 et 2018). En comparaison, le dernier opus "The Theory of Molecular Inheritance" se contente de trois espaces, tout comme "The Seventh Degree of Separation". Le reste de la programmation est un subtil équilibre revisitant le parcours musical du groupe depuis ses débuts.

La prestation d'ARENA m'a semblé accroitre la ferveur du public. Décontractés devant la scène pour savourer THE WINDMILL, il aura fallu batailler dur pour y rester. Et croyez-moi, chez les Vikings ce ne sont pas forcément les mâles les plus agités !!! Il faut dire que le comportement du nouveau chanteur est de nature à exciter les esprits de féminins. Elles sont d'autant plus exaltées qu'il est démonstratif, expansif. Pendant le titre de rappel "Solomon", il fend la foule pour venir chanter au milieu. Damian s'est durant le titre suivant jeté sur la foule du haut de la scène mais … même les vikings n'ont pas pu le soutenir !! Mais son charisme ne se limite pas à la gestuelle, le monsieur est aussi doté d'un organe impressionnant (calmez-vous mesdames, je parle de la voix), émettant un chant au timbre puissant et émouvant.

Mais John Mitchell, (avec l'aval d'un hochement de tête de Clive Nolan) a su maitriser l'enthousiasme débordant de Damian qui s'engageait dans des bavardages estimés un peu longuets à son goût ; il lance ainsi "et si on chantait ?". Il faut dire que le John n'est pas du genre à rire aux éclats, toujours austère et concentré sur son (magnifique) jeu de guitare. Le plus souvent perchés dans les aigus, ses soli puissants constituent une des marques de fabrique des compositions depuis 1997. J'ai redécouvert le talent de Kylan Amos, dont le travail à la basse m'a paru excellent, alternant accords chaloupés, et tricots de notes courantes. Le bassiste, toujours souriant, semble constamment s'éclater ; impliqué et efficace il n'a d'ailleurs pas manqué d'attirer l'admiration d'Arnfinn qui était venu se glisser parmi nous. Ici aussi le maître de cérémonie est le claviériste ; avec l'autre cofondateur le batteur Mick Pointer, Clive Nolan dirige et surveille l'exécution, depuis le fond de la scène. Choriste intermittent, ses nappes et accords de synthé accompagnent et articulent magnifiquement les compositions sans défaillir. On ressent bien qu'ARENA c'est son groupe, alors que dans PENDRAGON il semble davantage au service du guitariste Nick Barrett.




Très bon concert donc. Nous avons hâte de les revoir au festival Prog en Beauce ce 22 octobre ; nous aurons sans doute l'esprit davantage disponible à leur attention que ce soir. A l'issue d'un vol en haute altitude, la Terre parait toujours un peu trop basse ! La charge émotionnelle procurée par les norvégiens fut telle que nous avons un peu tardé à nous investir dans la seconde partie de soirée ! Objectivement et avec le recul nous avons conscience d'avoir vécu deux excellents concerts.

ARENA a interprété dix-sept titres, dont quatre de The Visitor, (1998), trois de The Theory of Molecular Inheritance, (2022), trois de The Seventh Degree of Separation, (2011), un de Songs From the Lion’s Cage, (1995), un de Pride, (1996), un de Immortal ?, (2000), un de Contagion, (2003), un de Pepper's Ghost, (2005), un de The Unquiet Sky, (2015), un de Double Vision, (2018).

A la semaine prochaine, les gars ! Bravo !!

PROGRAMME
Enigma Variations: Nimrod (Edward Elgar song)
Time Capsule (The Theory of Molecular Inheritance, 2022)
Rapture (The Seventh Degree of Separation, 2011)
Bedlam Fayre (Pepper's Ghost, 2005)
How Did It Come to This? (The Unquiet Sky, 2015)
The Butterfly Man (Immortal ?, 2000)
Paradise of Thieves (Double Vision, 2018)
The Equation (The Science of Magic) (The Theory of Molecular Inheritance, 2022)
A Crack in the Ice (The Visitor, 1998)
Salamander (Contagion, 2003)
A State of Grace (The Visitor, 1998)
The Ghost Walks (The Seventh Degree of Separation, 2011) (Instrumental)
Life Goes On (The Theory of Molecular Inheritance, 2022)
(Don't Forget to) Breathe (The Visitor, 1998)
The Tinder Box (The Seventh Degree of Separation, 2011)
The Visitor (The Visitor, 1998).
RAPPEL :
Solomon (Songs From the Lion’s Cage, 1995)
Crying for Help VII (Pride, 1996).

Mais où est donc Sandrine ?


Les lumières se rallument, la soirée touche à sa fin. Nous sommes encore abasourdis par tant d'émotions, lorsqu' Arnfinn Isaksen s'approche de nous, avec gentillesse et modestie. Il tenait à nous remercier chaleureusement d'avoir fait le déplacement pour venir les soutenir. Il semblait réellement étonné de notre démarche. Cette empathie exprimée avant tant de sincérité nous touche profondément. Pendant de longues minutes, nous échangeons nos amabilités, tant bien que mal exprimées avec mon anglais approximatif. Mais l'émotion réciproque facilite la compréhension mutuelle.

Nous nous rendons ensuite à l'échoppe où je me procure le CD "The Theory of Molecular Inheritance" d'Arena avant de le faire dédicacer par Mick Pointer, John Mitchell et Damian Wilson. Les autres (Clive et Kylan) n'étant pas disponible à cet instant. Rien de nouveau à l'échoppe de THE WINDMILL, je possède déjà la discographie et le tshirt !

Nous rencontrons de nouveau Arnfinn, Morten et Kristoffer pour de nouvelles effusions et portraits. Hélas, nous souhaitions également saluer Jean-Robert, Stig-André et Erik, mais en vain.

Il est temps de partir. Dehors, il pleut, il fait froid, c'est la nuit. Tout un symbole. Après une météo clémente durant le séjour, elle nous rappelle à la dure réalité du temps qui passe inexorablement. L'objectif accompli, un étrange mélange de joie et de mélancolie nous étreint dans le tramway (30) qui nous remmène à l'appartement.