Depuis sa création, ce festival néerlandais ne nous déçoit pas. Sa programmation explore les vastes étendues du rock progressif, dans toutes ses nuances.
Sa première édition, en 2024, était déjà attractive, avec MEER
(NL), TEMIC (N), LAZULI (F), SPOCK's BEARD (USA), et PAIN OF SALVATION (S).
Celle de l'année suivante, ne l'était pas moins, avec LESOIR (NL), AVKRVST (N),
RENDEZVOUS POINT (N), THE FLOWER KINGS (S), et RIVERSIDE (PL).
Pour cette troisième, avec LEPROUS (N) désigné
en tête d'affiche, notre retour était immédiatement validé ! Puis l'ajout de GAZPACHO (N), n'a fait qu'accentuer
encore davantage notre conviction ! De surcroit, PURE REASON REVOLUTION (GB) s'est engagé à venir, accompagné de
Chloé Alper !! Enfin, le festival assume une de ses fonctions, celle de
soutenir des talents moins reconnus ; GREEN CARNATION (N) et IHLO
(GB) viennent justifier leur réputation élogieuse… Et ce que j'ai écouté en
préalable attise mon attention au plus haut point !!
Nos tickets sont ainsi acquis depuis le 6 octobre
2025. Notons à cet égard que le prix demeure modique puisqu'identique aux
deux précédentes années ! Fait notable par ces temps d'inflations !
Notre dernier concert de rock progressif, c'était
MOSTLY AUTUMN, le 6 décembre 2025. Après deux mois de disette (et une actualité décidément morose), cet
événement est particulièrement bienvenu ! Mon bonheur sera intensifié par la
présence de ma P'tite Fée et de mes deux fistons.
La route (~ 470 km) est rendue d'autant plus pénible
en ce vendredi, qu'aux nombreux poids lourds et autres encombrants (…), s'est
ajouté une pluie incessante. Nous étions donc particulièrement soulagés
d'arriver dans une maison située en bordure d'Utrecht, à une petite demi-heure
en bus de notre objectif. L'hôte batave était aux petits soins pour nous
quatre.
LE SITE. Le TivoliVredenburg,
qui fut inauguré en 2014, est un
vaste complexe culturel qui se décline en cinq salles de différentes tailles et
configurations ; Grote Zaal (1 717), Ronda (capacité 2 000), Pandora
(capacité 700), Hertz (543 chaises fixes) et Cloud Nine (capacité
400).
La "Grote Zaal"
accueille notre festival. C'est un splendide auditorium qui offre une acoustique
excellente. Il est de surcroit très fonctionnel, à l'esthétique soignée ; ce
qui en fait sans doute un de mes favoris (peut-être même mon favori) en
Europe. Techniciens et artistes semblent bénéficier d'un espace scénique
confortable. La scène est astucieusement formatée ; Entre les prestations, les
éléments peuvent s'escamoter lors de procédures rapides. Le dispositif d'éclairage
et de sonorisation est parfaitement adapté à la salle.
L'espace est configuré en demi-cercle
pour cet évènement. La salle affiche en théorie 1 717 places assises,
disposées en gradins. Mais pour ce festival, le parterre est la fosse, et permet d'accueillir encore davantage d'auditeurs debout. La déclivité abrupte
des gradins garantit un confort absolu pour chaque auditeur assis, quel que
soit sa taille. Sur plusieurs niveaux, les coursives proposent des échoppes
dédiées à la musique et à la restauration ; bien entendu les marchandises
officielles du festival et celles des artistes y sont proposées.
Nous arrivons vers midi. Ouverture des portes à 13h. L'organisation de cette manifestation me rappelle délicieusement celles
d'antan ; le placement est libre (assis en gradin ou debout en fosse) ;
les premiers arrivés sont ainsi légitimement les mieux placés ! Fort de nos
deux précédentes expériences en ces lieux, nous choisissons une place qui nous
offre un confort à la fois visuel et acoustique excellent !
Le camp de base étant
établi, je fais visiter les principaux points d'intérêts à mes deux crapules,
et j'en profite pour faire quelques menues emplettes. Je nous procure le joli t-shirt
officiel du festival (25€). A l'autre échoppe, je me procure le cd du dernier
album de GAZPACHO (je me contentais du mp3 depuis trop longtemps), puis le celui de IHLO. Etonnement,
GREEN CARNATION ne propose que des t-shirt, pas de cd…
Mais nous ne perdons pas
trop de temps et retournons nous installer avant 13h30.
La présentatrice du
festival remercie les festivaliers venus d'une trentaine de pays, dont une
majorité de Néerlandais, mais aussi une belle part de Français et de Belges. Elle
reviendra entre chaque prestation pour présenter les artistes. Respect.
Pour le premier concert,
IHLO, nous restons à notre camp de base en gradin, et je vérifie ainsi le confort
prévu.
IHLO [13h30-14h30].
https://ihlo.bandcamp.com/
Ne connaissant pas ce groupe, je m'étais renseigné et j'avais
relevé : "Le groupe de metal
progressif anglais IHLO combine le rock progressif mélodique avec
l'électronique et la pop dans des morceaux très variés. À recommander aux
amateurs de Threshold, Dream Theater, Haken et Leprous !"
Ainsi alerté en préalable, j'ai écouté ce progmetal
alternant atmosphères mélancoliques et puissantes, avec un intérêt favorable.
Même si la comparaison avec ses influences évidentes, montre une marge de
progression.
IHLO est actuellement composé d'Andy Robison
(chant et synthés, depuis 2016),
Phil Monro (guitare électrique, chœur,
depuis 2016), Clark McMenemy (batterie, depuis 2017). Le trio de base a constitué un quintuor,
en s'entourant de Rob Mair (guitare,
chœur, depuis 2019) et Max Brayson (basse, depuis 2025). Ce soir, sur le titre final,
"Legacy", un
musicien a été invité ; Romain Jeuniaux (guitare, chœur, membre des
groupes belges Omnerod ; de Epidemian ; et Ubiquity).
Le premier album "Union" est paru le 31 mai 2019. Leur deuxième album, "Legacy"
est paru le 29 août 2025.
De notre position, la sonorisation m'a semblé relativement
correcte, en tous cas elle a permis d'entendre distinctement les intervenants.
Le dispositif d'éclairage est conforme à celui d'une ouverture de soirée, soit peu
lumineux. Pas d'affichage en fond de scène. Quant à l'espace, il semble que le traitement des groupes
diffère ; à l'instar de PRR, IHLO doit éviter le fond, encombré de
matériels bâchés.
L'ouverture d'un festival impose souvent aux musiciens
de jouer devant un public relativement clairsemé, et dont l'esprit n'est pas
encore immergé. De ce redoutable exercice, IHLO s'en sort bien.
Je m'étais familiarisé avec les deux albums que j'avais téléchargés, ce qui m'a facilité l'appréciation. J'ai adhéré favorablement dans l'ensemble. La voix d'Andy Robison est d'une tessiture remarquable. Le seul bémol, selon moi c'est qu'effectivement ils ont l'audace de s'aventurer sur des Terres déjà conquises par de prestigieux et talentueux ainés…
La
concurrence est rude, mais on va dire qu'ils ont du potentiel indéniablement !
A l'aune des ovations du public, les Anglais peuvent
se retirer avec le sentiment d'un devoir dûment accompli.
Le programme évoque deux albums, dont sont extraits : six titres issus de "Legacy" et deux de "Union".
PROGRAMME
Bande son introductive : Legacy
- Haar (Legacy, 2025)
- Replica (Legacy, 2025)
- Source (Legacy, 2025)
- Wraith (Legacy, 2025)
- Starseeker (Union, 2019)
- Cenotaph (Legacy, 2025)
- Union (Union, 2019)
- Legacy (Legacy, 2025).
Un premier entracte permet une séance de dédicaces avec
Gazpacho (14h30-15h15). C'est ma P'tite Fée qui s'y rend pour leur répéter
tout le bien qu'elle pense d'eux, avec un texte traduit à l'avance. Jan-Henrik
la reconnait désormais, et s'est montré ravi de la revoir bientôt à Paris… Nous
avons ainsi notre album dédicacé, et ils savent que nous les reverrons très
bientôt sur plusieurs dates …
Pour assister à la prestation de Green Carnation, je
me positionne au premier rang de la fosse, légèrement excentré sur la droite,
soit entre le bassiste Stein Roger Sordal et le guitariste Tchort. Je
tenais à vérifier de près ce que ces gaillards pouvaient produire. Ma P'tite
Fée vient m'y rejoindre. Cet emplacement se révèlera judicieux pour un
excellent confort visuel et auditif. Le chasseur d'images s'est régalé !
GREEN
CARNATION [15h15- 16h15].
https://greencarnationsom.bandcamp.com/album/a-dark-poem-part-ii-sanguis
Ne connaissant pas ce groupe, je m'étais renseigné et
j'avais relevé : "Le groupe
norvégien fondé en 1990 peut être
qualifié d'éclectique : leur son mêle doom, prog rock, gothique et post-metal. Parmi
leur discographie entre 2000 et 2006, les mélophiles distinguent leur
chef-d'œuvre "Light of Day, Day of Darkness" (2001). Mais, ce
n'est qu'après un hiatus de dix années que le groupe a fait son retour sur la
scène metal internationale. Puis, son sixième album "Leaves of Yesteryear"
parait en 2020. Nonobstant, trente-cinq années après sa création, le groupe est
plus créatif que jamais : ce concert sera consacré à son nouvel album".
Le septième album studio, présenté comme
étant le premier volet d'une trilogie, intitulé "A Dark Poem, Pt. I: The
Shores Of Melancholia", est paru le 5 septembre 2025. La suite, "A Dark Poem, Part II:
Sanguis" est déjà attendu pour le 8
avril 2026.
F Avec de tels indices, je me suis lancé dans une
enquête musicale approfondie, notamment sur Youtube
et sur Bandcamp. Cette musique m'a
séduit rapidement par ses mélodies puissantes et nuancées ! J'ai donc hâte de
vérifier leur capacité à confirmer ces premières excellentes impressions.
Le fondateur de GREEN
CARNATION, Terje Vik "Tchort"
Schei (guitares, 1990-91, 1998-2007,
et depuis 2014), est entouré de Kjetil Nordhus
(chant, 2001-2007, et depuis 2014), Stein
Roger Sordal (basse et chœurs, 2001-2007, et depuis 2014), Bjørn Harstad (guitares, 2001-2003, 2006, 2016-2017, et depuis 2019). Ce noyau relativement
stable, est actuellement complété par Jonathan Alejandro Perez (batterie, et depuis 2016), et Endre Kirkesola (claviers et chœurs, depuis 2025). Sur la scène cependant,
nous voyons un septuor, mais je n'identifie pas qui est le troisième guitariste…
Fort heureusement, la sonorisation de la section
basse/batterie m'a paru bien équilibrée, ce qui m'a laissé ainsi percevoir les
autres pupitres. Ma relative proximité avec l'enceinte de la basse, ne fut pas
pénalisant. Le chant, les chœurs (du bassiste et du claviériste), et le clavier,
ont pu ainsi exprimer toutes les harmonies attendues. Un éclairage assez
lumineux et coloré, a correctement valorisé les musiciens. Sur le mur du fond
de scène étaient diffusées des images fixes en rapport avec les albums. Le
septuor dispose de l'espace scénique
dans toute sa profondeur ; le clavier et la batterie sont légèrement en
retrait.
Cette prestation a été conforme à mon pressentiment ;
ces Vikings maitrisent un son puissant et mélodique. Les soli de guitares, et de
clavier expriment un metal progressif qui rappelle parfois ARENA, THERION,
voire même les confins d'un hardrock 70's, avec des sonorités souvent proches
de DEEP PURPLE, RAINBOW.
Cependant, j'imagine volontiers que les oreilles des
plus progueux ont dû saigner durant "The Slave That You Are", un
titre dont la brutalité était délibérément inspirée du death-metal. J'ai
moi-même dû surpasser un moment de saisissement. Mais tout cela est bien
maitrisé et cohérent.
L'acclamation dans la salle autorise à penser que le
public est majoritairement conquis.
Assurément une très belle découverte, pour nous quatre
en tous cas ; notre microcosme est unanime !
Le programme distingue deux albums, dont sont extraits : six titres issus de "A Dark Poem, Pt. I: The Shores Of Melancholia", et un de "A Dark Poem, Pt. II, Sanguis". Il convient de souligner que, compte
tenu de la rareté des prestations du groupe, l'interprétation des six titres du
Pt I constituait une première européenne (joués une fois
aux Etats-Unis, l'an dernier), et l'interprétation du titre issu de Pt.
II constituait tout simplement une première mondiale !
PROGRAMME
- As Silence Took You (A Dark
Poem, Pt. I: The Shores Of
Melancholia, 2025)
- In Your Paradise (A Dark
Poem, Pt. I: The Shores Of
Melancholia, 2025)
- Me, My Enemy (A Dark Poem, Pt. I: The Shores Of Melancholia,
2025)
- The Shores of Melancholia (A
Dark Poem, Pt. I: The Shores Of
Melancholia, 2025)
- Too Close to the Flame (A
Dark Poem, Pt. I: The Shores Of
Melancholia, 2025)
- The Slave That You Are (A
Dark Poem, Pt. I: The Shores Of
Melancholia, 2025)
- Sanguis (A Dark Poem, Pt. II: Sanguis, 2026).
J'ai tardé à reprendre mes esprits, omettant de me
rendre pendant l'entracte, à la séance de dédicaces avec Leprous (16h15-17h).
Visiblement, la file d'attente monstrueuse s'était formé avant la fin du
concert de GREEN CARNATION. J'ai donc abandonné une fois de plus l'espoir de
les approcher ; Depuis quinze années, je ne suis jamais parvenu à les féliciter
en personne !... (un jour, je les aurai ! )
Pour les plus motivés et disponibles, il y avait un
aussi intermède proposé dans les coursives, avec Marcel Singor [15h15- 16h15], qui fut
guitariste de Kayak de 2017 à 2025.
Je retourne à notre camp de base pour assister confortablement
à la prestation de Pure Reason Revolution. Je les ai déjà vus maintes fois de
près et puis je préfère me préserver pour le reste de la soirée.
PURE REASON REVOLUTION [17h00- 18h15].
Pour rappel, ces anglais, se sont rencontrés à
l'Université de Westminster et ont fondé PURE REASON REVOLUTION en 2003. Après plusieurs changements de
formation, PRR finit hélas par se séparer en novembre 2011.
Heureusement, j'avais eu auparavant l'occasion de
repérer leur existence via un forum de discussions musicales de l'époque
(Chemical Harvest). J'ai assisté à un premier concert au Café de la Danse
le 27 février 2007, alors qu'ils étaient invités de Blackfield.
Cette prestation m'avait confirmé leur maitrise des harmonies enivrantes et
rythmées, des mélanges de rock progressif et de sonorités subtilement électro.
Leur réunion inespérée à l'occasion du Midsummer
festival le 22 juin 2019 à Valkenburg avait fait naître de nouveaux espoirs. Le
public progueux, pourtant réputé calme et posé, avait fini debout, surexcité et
applaudissant à tout rompre ; la prestation étourdissante de PRR venait tout
simplement de voler la vedette à IQ !
Pourtant, après la Pandémie et la parution de "Above Cirrus" (6 mai 2022), Chloë Alper (chant, basse, claviers) a hélas
choisi de prioriser "JAMES", un autre groupe de pop britannique, jugé
sans doute plus lucratif. Elle est remplacée par Annicke Shireen, (chant, claviers, ex-membre de Heilung).
Mais pour quelques dates, dont aujourd'hui, le trio
historique Jon Courtney (guitare,
chant, claviers, depuis 2003) et
Greg Jong chant, guitare (de 2003 à 2005, 2011, et depuis 2021) et
Chloë Alper (chant, basse, clavier,
de 2003 à 2022, et en 2026) est
reconstitué ! Annicke Shireen (chant
/ claviers, depuis 2022) est là aussi bien sûr, ainsi que Ravi Kesavaram (batterie). La cofondatrice
Chloë Alper est donc de retour,
après avoir quitté le groupe il y a cinq ans. Ce retour (temporaire semble-t-il) semble justifié par le vingtième
anniversaire de "The Dark Third",
puisqu'il est paru le 10 avril 2006.
Je m'impatiente de revoir une huitième fois ces
anglais, dont je ne me lasse pas.
Alors que les autres musiciens sont en place pour le
début du concert, Chloë se fait désirer ; je la distingue pourtant à la console
latérale de contrôle, avant qu'elle finisse par bondir à son micro.
J'étais a priori inquiet sur le partage des rôles des
deux filles. Mon inquiétude venait d'être accentuée par la lecture de
commentaires nuancés, peu enthousiastes sur la prestation parisienne de Chloë la
veille (6 février, au Nouveau Casino). Finalement, au fil du programme,
j'ai constaté les avantages et les inconvénients d'arbitrages sans doute
négociés pour la répartition des pupitres. Jusqu'en 2019, Chloë avait un rôle
prépondérant, elle assumait les claviers, la basse et le chant.
Pour ma part, son engagement, sa vivacité et sa voix
m'ont paru intacte, voire décuplée. Telle une sauterelle, Chloë n'a pas cessé
de bondir tout en chantant avec enthousiasme. Ce sont désormais quatre voix qui
excellent dans de merveilleuses polyphonies, les chants masculins et féminins
étoffent encore davantage les mélodies.
En revanche, on ressent quand même que Chloë se tient
en retrait de ses pupitres d'origine ; elle a abandonné totalement les claviers
à Anneke et à Jon.
Pour cette musique aux sonorités très électro, une
bonne sonorisation s'imposait. De notre point d'écoute, le niveau sonore nous a
d'abord paru trop puissant ; les protections auditives s'imposèrent très vite.
Cependant, une fois protégés nous distinguions bien les pupitres, notamment les
voix qui sont essentielles dans les harmonies de PRR. L'éclairage m'a paru un
peu sombre, minimaliste. Etonnement, alors que l'espace est habituellement
débarrassé, PRR occupe un segment avancé de la scène, car du matériel bâché
pour le groupe suivant occupe le fond. Seul la batterie est en retrait ; les
quatre micros sont alignés, dont celui des deux claviers (Anneke sur notre gauche et Jon sur notre droite).
Sur le plan musical, cette prestation fut très bien
exécutée, chacun a fait son boulot.
Principalement axé sur "The Dark Third",
les séquences douces et mélancoliques alternent avec des périodes festives et
dansantes.
Alors que Green Carnation venait de transgresser les
rails du prog avec du deathmetal, cette fois c'est Jon qui propose une
teuf délibérément électro avec un surprenant "Fight Fire". Il
en faut pour tous les goûts, dit-on… Mais quand même, le concept de rock progressif
n'en finit plus d'être étiré (doux euphémisme).
En tous cas, le public valide.
Le programme évoque quatre albums, dont sont extraits : neuf titres issus de
"The Dark Third", un
de "Eupnea", un de
"Amor Vincit Omnia", un
de "Hammer and Anvil".
PROGRAMME
The Dark Third
1.
Aeropause (The Dark Third,
2006)
Durant l'entracte suivant, c'est Kristoffer Gildenlöw [18h20-19h00]
qui nous propose quelques partitions. Mais il me fallait partager le temps avec
la séance de dédicaces avec Green Carnation (18h15-19h), …qui n'avait
rien à signer ! C'est consternant, mais les bougres proposaient aucun album
disponible à leur échoppe !!! Pourtant fort sympathiques, ils ont volontiers
discuté et posé pour un portrait. J'ai exprimé le vœu de les voir un jour à
Paris, mais je pense qu'on en est très loin…
Bref, je ne m'attarde pas, car je souhaitais me placer
en fosse avec ma P'tite Fée pour la prestation de GAZPACHO. Elle n'a pas tardé
à se placer aux pieds de Jan-Henrik. Pour ma part,
j'avais mal estimé l'affluence, et j'ai dû me contenter d'une place un peu
excentrée (non loin de celle pour Green Carnation). Pas grave, puisque le
confort demeure excellent. Et puis cet emplacement me permettra d'observer de
près le jeu Jon-Arne.
GAZPACHO [19h15- 20h30].
L'histoire de ce groupe présente un autre aspect
positif non négligeable ; sa stabilité. Le trio fondateur maintient le cap depuis
le début. Autour de Jan-Henrik Ohme
(chant, depuis 1996), Jon-Arne Vilbo (guitares, depuis 1996), et Thomas Andersen (claviers, depuis 1996),
se sont fidélisés Mikael Krømer
(violon, guitares, mandoline, depuis 2001),
Kristian "Fido" Torp
(basse, depuis 2005), ainsi que
Robert Johansen (batterie, 2004–2009, et depuis 2017).
Ce groupe norvégien hante mon esprit depuis aussi
longtemps que PRR, soit une vingtaine d'années. C'est dans le même forum de
discussions musicales (Chemical Harvest) que je lisais déjà des commentaires
dithyrambiques. Sauf, que je n'ai pas immédiatement trouvé la Porte.
J'ai attendu le 30 juin 2018 avant de les voir une
première fois sur scène, ce fut à Barcelone lors du BeProg festival. Et je ne
suis tombé définitivement dans la Soupe, que doucement, un peu au rythme de
leur musique profondément mélancolique, atmosphérique, cinématographique et
mystérieuse. Ensuite, à l'instar de beaucoup de leurs morceaux, mon intérêt a
évolué crescendo. A tel point, qu'ils sont entrés dans le cercle très restreint
des groupes dont la Musique est capable de me faire pleurer (encore récemment à
l'écoute du triptyque "Tick Tock").
A l'instar de Pendragon, GAZPACHO ne vit pas de sa
musique. Ils sont soumis à leurs obligations professionnelles, et l'organisation
de leurs tournées est un dilemme permanent. Leurs prestations sont donc
relativement rares, surtout dans nos contrées malentendantes. Ce n'est ainsi
que la quatrième fois que je les vois ce soir. Mais ce ne sera pas la
dernière, car avec ma P'tite Fée, nous avons programmé de les suivre sur
quelques dates ce printemps (le 29 mars à Zoetermeer, Pays-Bas, le 30 mars à
Verviers, Belgique, et probablement le 3 avril à Paris) !
Leur douzième
album, "Magic 8-Ball" est
paru le 31 octobre 2025. Ceux qui
s'intéressent aux textes anglophones nous rapportent qu'ils y explorent le
thème du destin.
Mais pour ce soir, pas de chance, l'avion que devait emprunter Kristian Torp fut bloqué à
l'aéroport par un froid excessif. Il a dû renoncer à rejoindre ses camarades.
In extremis, une bande-son de son pupitre a été élaborée pour cette prestation.
Jan-Henrik raconte à l'auditoire
ces mésaventures avant d'inviter Jon-Arne à brandir son portable, pour nous faire partager à distance le cri de désespoir
de Kristian ! Comble de malchance, il nous relate que cet empêchement les a en
outre privés d'oreillettes, avant qu'une âme bienveillante du festival leur en
prête !!
Une absence qui nous rappelle
celle du bassiste Nate Navarro, qui avait obligé Porcupine Tree à continuer sa
tournée avec une bande-son ! Je n'apprécie guère écouter une musique
préenregistrée lors d'un concert, mais c'est clair, je préfère encore cela à
une annulation. Pour me rassurer, j'ai prêté une attention toute particulière à
surveiller l'exécution des autres pupitres…
Quoi qu'il en soit, la sonorisation s'est avérée
parfaitement adaptée aux atmosphères éthérées. Le dispositif d'éclairage fut,
lui aussi, dosé délicatement. Sur le mur du fond de scène sont diffusées les
images fixes et mouvantes illustrant les textes. Leur espace scénique est correct (surtout avec un bassiste en moins
!) ; le clavier en retrait sur notre droite, Jon-Arne est posté devant
lui, un peu décalé. La batterie est excentrée au fond à notre gauche, devant
lui c'est Mikael.
Les gestes de Jan-Henrik Ohme trahissent une grande sensibilité, qui s'entend également dans
le timbre de sa voix douce et émouvante. Elle maitrise les tonalités mineures
qui expriment une profonde mélancolie. Son prompteur le rassure sans doute,
mais de toute évidence il vit ses textes avec une ferveur mystique. Avez-vous
déjà tenté de suivre la ligne mélodique du chant ? Elle est d'une très grande
complexité, même si j'imagine que comprendre le sens des textes doit aider à
l'expression des nuances.
L'autre pièce maitresse du groupe, Jon-Arne Vilbo pose ses accords avec une délicatesse saisissante. Quand d'autres
guitaristes démontrent leur talent, tout aussi louable, dans la vélocité, lui
il démontre sa maitrise dans la retenue et la recherche constante des nuances.
C'est beau, c'est émouvant.
Davantage encore dans la sobriété, on observe et
entend le claviériste Thomas Andersen, par qui arrivent de belles nappes oniriques
et des accords qui accentuent les émotions. Ainsi que Mikael Krømer qui alterne ses accompagnements à la guitare, avec ses interventions au
violon électrique. Le tout délicatement contrebalancé par les frappes précises de
Robert Johansen.
Je ne serai pas assez insolent pour commenter la
prestation irréprochable de Kristian "Fido" Torp !
Cette prestation de GAZPACHO rappelle avec brio la
vocation prétendue pour ce festival de rock revendiqué progressif. Le reste erre
davantage dans les sphères métalliques ou électro. A ce titre, le concert de
GAZPACHO nous a accordé un havre de paix et de pur bonheur bienvenu.
Dans la fosse, j'étais bien entouré, avec des Mélophiles
qui connaissaient les paroles, ou écoutaient religieusement la Musique. Ce
cocon douillet a cependant tranché avec la ferveur des
acclamations qui visiblement ont ému les
musiciens avant de quitter la scène…
Le programme évoque cinq albums, dont sont extraits : les quatre titres issus de
"Magic 8-Ball" sont
interprétés pour la première fois sur une scène. Nous avons eu la très bonne
surprise d'entendre les trois volets du titres éponyme de "Tick Tock ", un de "Soyuz",
un de "Night", un
de "March of Ghosts". Je
note a posteriori que le merveilleux "Winter Is Never" a
malheureusement été retiré du programme en raison de "contraintes de
temps" ?!
PROGRAMME
- We Are Strangers (Magic
8-Ball, 2025)
- Soyuz One (Soyuz, 2018)
- Golem (March of Ghosts, 2012)
- Gingerbread Men (Magic 8-Ball, 2025)
- 8-Ball (Magic 8-Ball, 2025)
- Upside Down (Night, 2007)
- Sky King (Magic 8-Ball, 2025)
- Tick Tock, Part 1 (Tick Tock,
2009)
- Tick Tock, Part 2 (Tick Tock,
2009)
- Tick Tock, Part 3 (Tick Tock,
2009).
Là encore, cette surdose émotionnelle m'a bouleversé
au point de peiner à reprendre mes esprits ; oui je sais je suis un grand
émotif, que voulez-vous… Pendant l'entracte, je ne me suis pas inséré dans la
file de la séance de dédicaces avec Pure Reason Revolution (20h30-21h10). Je
n'avais rien à leur faire signer, et puis franchement je n'avais pas trop envie
de discuter avec Chloë sur son choix (parfaitement respectable, mais
décevant) de quitter le groupe ; j'aurais pu être désagréable… Je préfère
siroter une mousse, au calme.
Pour le concert suivant, les coursives et les bars se
vident mystérieusement. Je réalise alors que bien avant l'heure dite, la fosse
est pleine comme un œuf, et les escaliers encombrés de divers parasites et
crustacés. Dans l'obscurité, je parviens à fendre les masses, au prix de quelques
giclées de bières, et à retrouver ma place en gradin, juste avant le début du
concert ; ouf !
LEPROUS [21h10- 22h55].
LEPROUS, originaire de Notodden, a été fondé en 2001 par Einar Solberg (chant, claviers depuis 2001)
et Tor Oddmund Suhrke (guitares,
chœurs depuis 2001), alors âgés respectivement de 16 et 15 ans. Les deux
fondateurs demeurent à ce jour entourés de Baard Kolstad (batterie depuis 2014), Simen Børven (basse, chœurs depuis 2015), et Robin Ognedal (guitares, chœurs depuis 2017).
Ces Vikings sont, pour moi, un des groupes les plus
intéressants de la scène actuelle. Autant sur le plan vocal qu'instrumental,
ils excellent dans l'audace, et la maitrise absolue de leur art d'alterner les
atmosphères éthérées ou tourmentées. Depuis 25 ans, le groupe norvégien virevolte
avec virtuosité sur la frontière entre le métal progressif et le rock progressif.
Leur évolution les a menés d'un métal puissant et intense, vers un son plus
ample, subtil et mélodique, sans renier leurs origines. Et pourtant leur
musique est reconnaissable rapidement ; des rythmes syncopés et des mélodies
teintées de mélancolie ou de colère contenue. Je suis ravi et impatient de les
revoir une quatorzième fois, depuis
le 3 novembre 2010, alors qu'ils étaient invités de THERION, à l'Elysée
Montmartre !
L'album, "Melodies
Of Atonement" paru le 30 aout 2024
est réputé constituer leur huitième,
mais c'est sans compter "Aeolia",
considéré comme un album de démonstration paru le 2 avril 2006. Pourtant, s'il est
certes atypique, il contient déjà les ingrédients d'une musique reconnaissable,
ce qui en fait un album à part entière selon moi.
Avec LEPROUS nous ne sommes jamais déçus, c'est ascenseur
émotionnel garanti. Dès que leur Musique parvient dans nos cages à miel, on
a le sentiment de mettre les deux doigts dans la prise, on sait que cela va
secouer les crinières, les neurones, et les muscles.
Sur le mur de fond de scène ; pas d'autre image que
celle de leur album le plus récent.
Un éclairage très dense, très lumineux et trépident
contribue à envouter l'auditoire dont distingue les corps et les têtes se
balancer aux rythmes impitoyablement frappés par ce fou furieux Baard Kolstad ! Doté d'une sonorisation époustouflante, à la fois puissante et
limpide, les musiciens expriment leur art avec une énergie dantesque et
désarticulée.
La batterie et les claviers se partagent le fond de la
scène. Les cordes occupent le devant et doivent partager l'espace avec Einar
pour leurs gesticulations légendaires !
Avec ma P'tite Fée, nous nous rappelons avec émotion
combien ces valeureux Vikings avaient dû souffrir sur le minuscule espace du
kiosque qui leur avait été magnanimement
concédé au BeProg de Barcelone, le 11 juillet 2015 !!! Eux aussi, ils ont
galéré… Leur succès est désormais amplement mérité, mais je ne souhaite pas
pour autant les voir dans une arène ou un stade (argh !).
Le programme me semble être un florilège de leur
discographie, une succession de titres inespérés et toujours aussi renversants.
J'évite de citer les titres qui m'ont ému car de fait, il n'y avait rien à
écarter !!
Toutefois, je me dois honnêtement de citer deux
moments particulièrement intenses.
Pour le premier, on doit remonter à quelques mois en
arrière. Leprous n'est pas coutumier des reprises. Cependant, ils ont été
conviés à un défi télévisé par Musora, qui a été filmé et publié en aout
2025. Il s'agissait de les enfermer dans un studio et de leur faire écouter un
titre d'une chanson qu'ils étaient tenus d'adapter à leur manière. Ils écoutent
ainsi "Take on Me" de Aha. En un quart d'heure, on
assiste à leur travail, à leur capacité d'analyse et d'adaptation. De cet évènement
a été extraite la chanson dans sa version finale. Je n'imaginais même pas une
interprétation sur scène, jusqu'à ces derniers jours, où j'ai remarqué cette
reprise sur quelques dates de la tournée… Mais pas toutes ! Autant dire que
leur choix de ce soir a fait monter la pression encore au-delà ; le public jubile et chante à poitrine
déployée ! Quelle ambiance !!!
Le deuxième moment hors norme, j'ai eu la sensation de
me mettre vraiment en danger, au-delà du raisonnable ; c'est durant le
crescendo final de "Distant Bells". Ce titre démoniaque
a le don de nous rendre dingue moi et ma P'tite Fée. Le calme du départ, la
retenue, la mélancolie, suivis de la rage absolue chantée de façon déchirante
par Einar au sommet de son talent ; tout cela a gravement endolori nos nuques
et traumatisé mes cordes vocales…
Impossible de suivre Einar Solberg, dans sa
tessiture hallucinante. On peut juste l'imiter, changer d'octave … ou rester
bouche bée. Impressionnant par les talents multiinstrumentistes, le charisme,
la voix et la carrure, ce chanteur est pour moi le meilleur du circuit actuel,
tout simplement !
Quant à ses complices multiinstrumentistes, ils
maitrisent à la perfection leur partition, pourtant très technique et gavée de
contretemps. Leur chorégraphie, que l'on sent sincère et sans retenue,
impressionne !
Allez, je me laisse aller à évoquer un autre titre
étourdissant lui aussi, "Like a
Sunken Ship", dont l'intro original m'a un peu perdu au début, pour
ensuite m'emporter dans l'ivresse du navire. Ensuite, Einar a fait mine de faire voter
le public pour les dixième et onzième titre ; peu importe la sincérité du
procédé, de toutes façons, tout ce qui était soumis au choix était validé pour
moi : en extrait de "Bilateral","Forced Entry" a été choisi au
dépend de "Acquired Taste",
"Mb. Indifferentia" et
"Restless". Puis, en extrait
de "The Congregation", "Slave" a éliminé "Rewind" "The Flood" et "Third
Law". Il n'y a pas mauvais morceau. Epicétou.
Le malheureux qui n'aurait pas encore trouvé la Porte,
pourrait trouver mon propos excessivement laudatif et dithyrambique et pourtant
ce que j'exprime ici est à peine représentatif de mes émotions, que j'assume
totalement.
Le public exulte, mon microcosme familial aussi ; le
rappel est réclamé à cor et à cri. C'est la Gloire pour LEPROUS !
Le programme évoque six albums, dont sont extraits : quatre titres issus de "Melodies Of Atonement" (2024), quatre de "Pitfalls", deux de "Malina", deux de "The Congregation", un de
"Aphelion", un de
"Bilateral", et une reprise.
PROGRAMME
- Silently Walking Alone (Melodies
Of Atonement, 2024)
- Illuminate (Malina, 2017)
- Nighttime Disguise (Aphelion,
2021)
- My Specter (Melodies Of
Atonement, 2024)
- Below (Pitfalls, 2019)
- Take On Me (reprise d' A-ha,
1985)
- Alleviate (Pitfalls, 2019)
- The Price (The Congregation,
2015)
- Like a Sunken Ship (Melodies
Of Atonement, 2024)
- Forced Entry (Bilateral,
2011)
- Slave (The Congregation,
2015)
- Distant Bells (Pitfalls,
2019)
- From the Flame (Malina, 2017).
RAPPEL:
- Atonement (Melodies Of
Atonement, 2024)
- The Sky Is Red (segment final seulement) (Pitfalls, 2019).
Bande-son finale : "Your Blood" de Nothing But Thieves
Encore sonné par tant d'émotions, nous devons admettre
de fermer cette parenthèse. Les écrans nous indiquent déjà la prochaine édition
; elle se tiendra le samedi 30 janvier 2017. Je ne doute pas Rob
Palmen saura nous concocter encore une belle affiche !
Le lendemain, dimanche on reprend la route sous un
beau soleil, et peu de circulation, que demander d'autre, sinon y revenir.










