samedi 26 septembre 2026

THE DEAR HUNTER– Petit Bain (Paris 13ème) – samedi 26 septembre 2026.

Voilà un groupe inclassable qui semble prendre un malin plaisir à entretenir l'envie par la rareté. Rareté des albums, qui deviennent insaisissables peu de temps après avoir été édités. Rareté de ses passages en Europe.

FRUSTRATIONS. Tellement rare, que j'aurais très bien pu ignorer son existence, si je n'avais pas été alerté en aout 2009 par une discussion sur un forum musical, qui était par ailleurs dédié à Porcupine Tree. Intrigué par tant d'éloges, j'avais téléchargé l'album "Act III, Life and Death" (2009). Dès la première écoute, je fus immédiatement séduit par ses sonorités très mélodieuses et rythmées. J'ai pourtant eu le tort de procrastiner ; cette pépite est désormais introuvable (je signifie à l'état neuf et à prix raisonnable, bien évidemment !). Les albums précédents et les suivants sont tout aussi fabuleux et tout aussi rares… Je suis parvenu cependant à acquérir "Act V : Hymns with The Devil in Confessional" (2016), "Migrant" (2013) et "Act IV : Rebirth In Reprise" (2014).

Le neuvième album studio, " Sunya ", qui est paru le 20 mars 2026, n'est pas davantage accessible puisque, absent de la vente en Europe, on peut acquérir le CD sur le site officiel, proposé à 11 €, mais le seul frais de port est à … 26,43 € !

Ma p'tite Fée et moi, étions déjà festivaliers habituels du Midsummer festival, lorsque THE DEAR HUNTER fut annoncé pour le samedi 24 juin 2023. J'étais alors assez naïf pour imaginer que j'allais enfin disposer d'une offre à une échoppe digne de ce nom, dotée de tous les objets du désir. Que nenni, de manière incompréhensible et consternante, rien ; aucun album, une échoppe quasi vide (juste un t-shirt ordinaire). De surcroît, les musiciens furent inaccessibles en dehors de la scène… Leur désintéressement pour le commerce de leur Art peut paraitre certes honorable, mais il me parait surtout très frustrant…

Comme pour attiser encore la convoitise, le présent concert était initialement prévu le 27 septembre 2025, avant d'être reporté. Un report ainsi excusé : " À nos chers amis et fans du Royaume-Uni et d'Europe, je suis au regret de vous annoncer que j'ai décidé de reporter notre prochaine tournée britannique et européenne à 2026. Nous avons la chance de pouvoir vous communiquer ces dates dès aujourd'hui. Les musiciens et moi-même sommes toujours ravis de pouvoir nous produire à l'étranger, mais pour diverses raisons, tant personnelles que professionnelles, j'ai dû prendre cette décision difficile.

La raison principale est que nous espérons vous présenter un certain nombre de choses très spéciales l'année prochaine, et bien que les progrès réalisés sur tous les projets aient été inspirants et gratifiants, je suis encore loin d'avoir atteint mes objectifs, et malheureusement, le seul moment opportun pour finaliser les choses se trouve pendant cette tournée à venir.

Je n'ai pas pris cette décision à la légère et je suis conscient de l'impact qu'elle aura sur les gens, leurs projets et l'argent qu'ils ont dépensé pour nous soutenir et nous rejoindre le mois prochain. Nous espérons que vous serez là l'année prochaine et que, lorsque nous pourrons enfin vous dévoiler le fruit de notre travail, vous penserez que cette décision en valait la peine."

Quoiqu'il en soit, à l'instar de l'année dernière, THE DEAR HUNTER était également attendus au BeProgMyFriend festival à Barcelone. En dépit d'une tentation réelle, j'y ai renoncé mais, dès le 21 avril je me suis procuré le Sésame pour ce soir et basta !… Je fus bien inspiré puisque le guichet fut rapidement fermé !


ATTENTE. Le concert de ce soir est annoncé complet depuis plusieurs semaines. Nous nous attendions donc à trouver une file imposante en arrivant. Fort heureusement, nous sommes arrivés alors que seul un couple, venu de Toulouse, attendait.

Nous nous lamentions avec eux sur la difficulté de suivre et soutenir le groupe, lorsque notre attente est opportunément ponctuée par l'apparition de Nick Crescenzo, le frangin du Patron. S'il pensait se détendre sur le quai, au calme avant l'arrivée du gros des troupes, bah c'est raté. Mais derrière un aspect bourru, le gars est en fait très sympathique et souriant. Même pour écouter mes revendications bassement matérielles ; il m'explique qu'ils sont à la recherche d'une maison de disque qui serait capable de mieux diffuser leur Musique… (ainsi soit-il …). Bref, après un portrait impératif, je retourne dans la file, heureux comme un gamin qui revient du sapin de Noël (oui, j'avoue il m'en faut peu).

La file d'attente qui s'étire finalement devant la péniche est impressionnante.


LE CONCERT. Dès l'ouverture, avec ma P'tite Fée, nous prenons place, de manière à disposer d'un point de vue idéal sur la scène. La proximité des enceintes ne sera absolument pas nuisible, l'ingénieur du son démontrera une excellente maitrise des équilibres et du volume.

Un regard sur le public nous impose une première observation ; de notre microcosme seul Alain, un ami mélomane est présent. La fosse est bondée d'un auditoire jeune (peu de têtes grises ou chauve !), très féminin et hétéroclite. Nous nous interrogeons sur l'origine de leur auguste intérêt ; il me semble peu probable qu'il émane de nos chers médias, davantage enclin à diffuser une infâme bouillie sonore. Plus probablement, il est permis d'imaginer que cette affluence résulte d'une propagation confidentielle particulièrement efficace. Il existe bien un monde parallèle au mien, décidément.

Les Britanniques REDWOOD était prévu pour ouvrir la soirée en 2025, mais le promoteur Take Me Out a désigner les Parisiens POWELS en remplacement. Moins exotique. Quoique…

POWELS [20h-20h30].

Le quatuor parisien a été fondé par Maxime Guiot et Matthieu Gadel. Son concept de base est de composer des bandes-son de films, sur le thème du surf … Il en décline un style musical qui pourrait être défini comme un mélange agréable et léger de rock californien, avec un zeste de psychédélique et de pop solaire. Un premier monoplage, opportunément intitulé " Malibu ", est paru fin 2025.

Maxime Guiot (chant, guitare rythmique), et Matthieu Gadel (guitare), sont entourés de Rafaël Valleran (batterie) et Matthias Roux (basse).

La sonorisation est à l'image de la musique exprimée ; légère, dansante et chantante, tout en douceur. D'ailleurs je m'étonne de voir un linge étalé sur la caisse claire, comme pour atténuer encore davantage les frappes. La basse Rickenbacker laisse entendre distinctement ses accords qui saccadent énergiquement ceux des guitares. Matthieu Gadel semble avoir été biberonné aux sonorités de Mark Knopfler, tant son jeu nous parait similaire.

Le temps imparti est court mais suffisant pour exprimer plusieurs compositions inédites, initialement créées pour des projets de vidéos censées inspirer des glissades ensoleillées sur les vagues.

Le public se dandine gentiment, les sourire et les acclamations montrent un plaisir partagé.

PROGRAMME
(à déterminer)



THE DEAR HUNTER [21h-22h35]
https://thedearhunter.com/

Petit rappel historique sur le groupe. A l'origine, en 2005 s'il s'agissait davantage d'un projet personnel de Casey Crescenzo, alors qu'il était encore membre de THE RECEIVING END OF SIRENS, à Providence, (Rhode Island, États-Unis). Il enregistre donc ses premières démonstrations qui seront réunies sous le titre "Dear Ms. Leading" ; un CD bien évidement introuvable (lui aussi). Le 2 février 2006, il joue une première fois ses titres en public, en ouverture de soirée pour son autre groupe. Cette étape marque le début de THE DEAR HUNTER qui prend forme en mai, avant d'enregistrer un premier véritable album en septembre, qu'il intitule " Act I: The Lake South, The River North ". Visiblement, avec un titre pareil, le Monsieur avait de la suite dans les idées ! Ce fut en réalité le premier volet d'un audacieux concept, relaté en cinq albums retraçant "la vie d'un garçon nommé Hunter, à l'aube du XXe siècle".

De nombreux autres projets ont abouti, à ce jour, à neuf albums studio et plusieurs mini-albums intermédiaires, allant même jusqu'à ré-instrumentaliser et réenregistrer certains d'entre eux. Avec l'aide du directeur de la photographie Justin DeLuna et l'auteur/acteur Dustin Reade, il a récemment réalisé un documentaire musical intitulé " North American Tour 2023 ". Apparemment insatiable et jamais à court d'idées, il a récemment annoncé travailler sur un nouveau concept de neuf albums inspiré "des sept couleurs de l'arc-en-ciel et des deux tons noir et blanc"…

Durant la présente tournée, THE DEAR HUNTER se présente en quintuor ; Casey Crescenzo (chant, talkbox, guitare, claviers), est entouré de son frère Nick Crescenzo (batterie), Maxwell Tousseau (guitare, depuis 2010), Robert Parr (guitare, depuis 2011), et Nick Sollecito (basse, depuis 2011).

L'actualité du groupe étant la parution récente de "Sunya", le programme débute énergiquement avec "Marauders" enchainé avec "The Bazaareteria". Immédiatement, les talents de multi-instrumentiste de Casey sont remarquables ; il alterne avec aisance et brio ses claviers, sa guitare, ou encore son "talkbox". Cette maitrise totale nous plonge dans un bain de pur bonheur.

Dès les premiers accords nous sommes rassurés sur l'acoustique, dont l'équilibre ne se démentira pas de la soirée. La voix est clairement distincte et chacun des protagonistes peut exprimer les mélodies attendues.

La complicité entre les musiciens semble authentique ; elle se traduit par une atmosphère à la fois joyeuse et agréable. Les textes sont aussi complexes que les structures musicales et pourtant THE DEAR HUNTER emporte toutes les humeurs de son auditoire, venu pour oublier un quotidien morose. Bien évidemment, toutes les subtilités du studio ne sont pas reproductibles sur scène, et Casey a estimé judicieux d'introduire de rares nappes préenregistrées, mais celle-ci sont négligeables. Il n'en abuse pas et, avec ses complices, il assume la majeure partie des harmonies, y compris les sonorités cuivrées que le clavier imite parfaitement. A cet égard, Robert Parr s'amuse souvent à émettre des sons atypiques qui m'ont surpris plus d'une fois.

Cette Musique me ravit les tympans par des sonorités éclectiques et hybrides, qui pour ma part me rappellent souvent celles exprimées par TOTO (pour les aspects funky et jazzy), par QUEEN (pour les chœurs puissants et les mélodies), ou encore par DREDG et par ECHOLYN. Avis aux amateurs desdits groupes car THE DEAR HUNTER s'exprime dans cette galaxie avec une originalité rafraichissante !

Nous avions déjà été conquis lors de leur exaltante mais trop courte prestation en plein air, dans l'enceinte de l'Openluchtheater du Midsummer festival, mais cette fois, dans ce cocon du Petit-Bain, nous avons été davantage en mesure d'apprécier pleinement ces Américains. En outre, ma personnalité décontractée et espiègle de Nick et Robert entretient une belle complicité …

Notre bonheur est manifestement partagé, au vu des sourires et les déhanchements qui animent la fosse. Je demeure heureusement étonné de voir le public chanter les paroles, faisant d'eux de bien plus fervents admirateurs que moi, en fait. Mes scrupules de ne pas entretenir ma mémoire et mon anglais refont surface.

Les absents ont toujours tort, c'est bien connu. Cette soirée ne dérogera pas à la règle.

Au rayon des bonnes nouvelles, à croire les commentaires de Casey, il semblerait que nous soyons susceptibles de revoir THE DEAR HUNTER en France (on ne sait pas quand)… De surcroit, il proclame qu’un nouvel album serait prévu au cours de l'année 2027 !

Je suis particulièrement ravi par le florilège interprété ce soir ; ils ont choisi quatre de leurs albums pour en interpréter quatorze titres. Leur plus récente production, " Sunya " est valorisée avec cinq titres. Quatre morceaux sont issus de leur splendide album " Act IV " (2015),  trois de " Antimai " (2022) et deux de "Act V" (2016).

PROGRAMME
1.       Marauders (Sunya, 2026)
2.       The Bazaareteria (Sunya, 2026)
3.       Ring 7 - Industry (Antimai, 2022)
4.       Wait (Act IV : Rebirth in Reprise, 2015)
5.       The Most Cursed of Hands (Act V: Hymns with the Devil in Confessional, 2016)
6.       The Glass Desert II : Cliffs and Stormlands (Sunya, 2026)
7.       The Bitter Suite IV and V : The Congregation and the Sermon in the Silt (Act IV : Rebirth in Reprise, 2015)
8.       At the End of the Earth (Act IV : Rebirth in Reprise, 2015)
9.       Ring 5 - Middle Class (Antimai, 2022)
10.   Ring 4 - Patrol (Antimai, 2022)
11.   The Revival (Act V : Hymns with the Devil in Confessional, 2016)
12.   The Glass Desert III : The Plains (Sunya, 2026)
13.   Waves (Act IV : Rebirth in Reprise, 2015)
14.   Sunya (Sunya, 2026).

A l'échoppe, à défaut des CD vainement espérés, nous nous procurons chacun notre t-shirt de la tournée, moyennant 30€, histoire de les soutenir et de conserver un souvenir de cette magnifique soirée flottante… sur la Seine.








vendredi 25 septembre 2026

IQ + ESTHESIS – ALHAMBRA (Paris 10) – vendredi 25 septembre 2026

Le style dit "néo-prog" est réputé la branche la plus accessible dans la grande famille du rock progressif. Toutefois, si IQ y est bien référencé, sa Musique se mérite ; elle nécessite une écoute particulièrement attentive et recueillie. Elle exprime souvent la mélancolie et le désespoir et cependant elle anime tellement une sensation de plénitude. Elle ne se chantonne pas, ou difficilement, car les intonations vocales mineures de Peter Nicholls, les soli de Mike Holmes sont d'une complexité admirable.

C'est la raison pour laquelle le retour d'IQ sur une scène parisienne, un an après leur précédente prestation au Casino de Paris (les 26 et 27 septembre2025) constitue une excellente surprise ! Rappelons qu'avant sa prestation mémorable au Café de la Danse le 21 septembre 2024, il s'était passé vingt-deux années d'absence ! Pourtant, Peter Nicholls a maintes fois montré une certaine francophilie (ce n'est pas rien de le souligner venant d'un Anglais !) ; durant les concerts, il tente toujours d'exposer en français (ou dans un franglais sympathique) ses chansons. Encore récemment, il a fait une promotion sur internet pour cette soirée, avec quelques mots en français.

Pour parfaire la soirée, l’organisateur AKAYAMA Productions a eu la bonne idée d'inviter ESTHESIS, qui va ainsi pouvoir enfin s'exprimer sur une grande scène parisienne (après celle de la péniche Antipode, il y a quatre ans).

L'Alhambra serait de nature à m'attirer plus souvent, surtout pour son acoustique. Mais le plus bel écrin pourra toujours exposer un caillou ; il ne fera croire à personne qu'il s'agit d'un un diamant. A l'instar de La Cigale, la programmation demeure désespérément peu attractive. Les artistes susceptibles de s'y produire ne manquent pourtant pas, mais le manque d'audace et d'investissement des organisateurs français demeure un sujet de consternation pour les mélomanes de notre microcosme...

Notre petit équipage d'aventuriers de l'espace sonore prend place au balcon, en placement libre (tiens, ça me rappelle une douce époque révolue !). Nous optons pour des fauteuils sur notre droite, en surplomb de la scène. Nous prenons toutefois la précaution de demeurer en retrait des inquiétantes enceintes suspendues. Mais celles-ci ne nuiront finalement pas à notre confort d'écoute ; d'ailleurs, le compteur de décibels de la salle (qui était visible sur notre flanc) n'excèdera pas 110 Db, une moyenne plus proche des 90.

De notre place, on constate que la salle peinera à se remplir. Ce qui anime de nouveau cet éternel sentiment paradoxal; d'un côté; un agacement de l'injuste manque de notoriété de IQ qui mériterait tellement une meilleure reconnaissance de son talent collectif, et d'un autre côté, la satisfaction de vivre un évènement privilégié entre mélophiles complices, dans une salle de taille raisonnable. Heureusement, une bonne part de notre microcosme est là ; certains venus depuis les Hauts-de-France, de Normandie, et d'Occitanie.

ESTHESIS [19h00-19h50] https://www.esthesismusic.com/

MINI BIO. Le projet d'Aurélien a pris forme dès 2013. La parution de son premier mini-album (35 mn), "Raising Hands" (2019) constitua déjà la démonstration d'un véritable potentiel. Depuis, son talent de composition et d'interprétation ne cesse d'évoluer. Les albums studio s'enchainent, les espoirs placés dans ce groupe français mais anglophone, ne se démentent pas ; "The Awakening" (2020), "Watching Worlds Collide" (2022), ont ainsi précédé un troisième opus, "Out Of Step" paru le 31 octobre 2025. La sphère culturelle française est toujours aussi peu inspirée pour promouvoir ses meilleurs talents, pourtant la notoriété d'ESTHESIS s'accroit. Moins par l'intermédiaire des médias (hormis quelques sites très spécialisés, connus dans notre microcosme) que grâce à une propagation confidentielle (mais passionnée), mais aussi grâce à des articles admiratifs parus dans la presse européenne spécialisée, notamment d'Outre-Manche.

Peu à peu ESTHESIS acquiert une expérience scénique qui accentue sa notoriété au sein de notre communauté de progueux. Pour ma part, je n'ai assisté à un premier concert d'ESTHESIS qu'à l'occasion du Festival CRESCENDO le 20 aout 2022. Au fil des prestations, nous avons pu admirer l'évolution ; le 3 juin 2023 CHEZ PAULETTE, puis le 16 juillet 2023 au Festival LORELEY, et enfin le 21 octobre 2023 au festival PROG EN BEAUCE. A chacune de ces étapes, j'ai admiré le cheminement du groupe qui m'a convaincu de sa capacité à séduire les scènes françaises et européennes. Je ne peux pas m'empêcher d'observer avec admiration le parcours d'Aurélien depuis l'époque préhistorique (avant 2013, donc !), durant laquelle, alors que nous assistions aux concerts de nos artistes préférés, je l'écoutais me confier ses honorables ambitions artistiques. J'ai connu tellement de musiciens tout aussi enthousiastes, que je n'imaginais pas sa réussite en quelques années !

Après quelques évolutions d'effectif de 2016 à 2020, la composition d'ESTHESIS semble stabilisée. Chacun contribue à emmener l'auditeur dans des contrées progressives, éthérées et puissantes. Aurélien Goude (claviers, chant) a maintenu son cap ; il est actuellement entouré de Marc Anguill (basse, depuis 2020), Arnaud Nicolau (batterie, depuis 2020), Mathilde Collet (chœurs, progressivement depuis 2020), puis de Remi Geyer (guitare, depuis 2023).

LE CONCERT. Aurélien se dresse au centre avec son clavier et son micro ; derrière lui trône la batterie, à sa gauche son bassiste, derrière lequel se dresse le micro de choriste (pour la suite), à sa droite son guitariste. En dépit de son statut d'invité, ESTHESIS a bénéficié globalement de bonnes conditions. Certes, la scène était partiellement encombrée du matériel des artistes suivants, mais l'espace fut cependant largement suffisant s'exprimer. Grâce à une sonorisation satisfaisante, en dépit de quelques segments de début qui furent rapidement équilibrés par la console, les pupitres furent audibles et respectueux des intervenants. L'un des trois écrans muraux a été cédé par IQ pour laisser paraitre le logo d'ESTHESIS.

D'entrée, avec le second volet de "Raising Hands" tiré du premier album studio, la prestation débute de manière convaincante. Le morceau est parfaitement en place et entraine son auditeur dans un premier tourbillon émotionnel. Aurélien mène les harmonies exprimées par son groupe avec une bienveillante autorité et une compétence évidente. Son clavier accompagne ou mène une Musique dont les influences progressives rappellent souvent un certain Monsieur Wilson, sans toutefois s'y complaire totalement.

© Hervé "Not Only Prog"

Pour le deuxième titre, Mathilde apparait sous un halo, puis l'introduction annonce "The Frame", un titre que j'apprécie tout particulièrement, issu du plus récent album "Out Of Step". Les micros tardent un peu à s'équilibrer pour laisser percevoir les chœurs mais tout rentre heureusement dans l'ordre au couplet. Ce morceau constitue la première des quatre allusions à l'actualité du groupe. Mathilde sera opportunément présente sur certains titres pour optimiser les mélodies de sa fraicheur élégante. Une intervention particulièrement saisissante sur "The Storm".

Toujours aussi efficace, Marc Anguill impose ses accords puissants notamment sur "Amber", dont l'interprétation est particulièrement entrainante, grâce aussi aux cadences subtiles et puissantes d'Arnaud Nicolau. Remi Geyer entretient le sentiment d'une intégration réussie au sein du groupe, en délivrant ses soli qui sillonnent joliment les morceaux.

Le public s'enivre dans cette Musique et s'évade dans l'univers d'un rock progressif à la fois puissant et subtil. La complicité entre les musiciens valorise leurs talents ; on ne peut que souhaiter davantage d'opportunités de concerts pour encore parfaire les transitions.

Visiblement l'ensemble de la prestation aura incité de nouveau mélophiles à s'intéresser à ESTHESIS. Le public est conquis et ovationne chaleureusement le quintuor honoré.

ESTHESIS a choisi un florilège de sept titres pour présenter sa discographie, dont quatre issus de "Out Of Step" (2025).

PROGRAMME

  1. Raising Hands (Pt 2) (Raising Hands, 2019)
  2. The Frame (Out of Step, 2025)
  3. Fractured #1 (Out of Step, 2025)
  4. Out of Step (Out of Step, 2025)
  5. Amber (Watching Worlds Collide, 2022)
  6. The Storm (Out of Step, 2025)
  7. No Soul to Sell (The Awakening, 2020).


IQ [20h30-22h34] https://www.iq-hq.co.uk/

MINI BIO. Son ancêtre THE LENS (1976-1981) était déjà composé de Mike Holmes, Peter Nicholls et Martin Orford. De ce laboratoire naquit IQ, cofondé en 1981 par Mike Holmes et Martin Orford (parti en 2007). Depuis une quinzaine d'années, en dépit de quelques inexorables turbulences, ce quintet britannique, semble former un groupe stabilisé; le pilier Mike Holmes (guitares, claviers, chœur depuis 1981) est entouré de Tim Esau (basse, chœur de 1981 à 1989, et depuis 2011), Peter Nicholls (chant de 1982 à 1985, et depuis 1989), Paul Cook (de batterie de 1982 à 2005, et depuis 2009), Neil Durant (claviers depuis 2011).

A l'origine très influencé par d'augustes ainés tels que Genesis, IQ s'est vite émancipé et a largement contribué à façonner la galaxie dite du " néo-prog ". Au fil des albums et des scènes, IQ s'est distingué par son style singulier. Un son, et des harmonies sans concession, reconnaissables dès les premières mesures.

Après quarante-quatre années d'une activité ponctuée d'albums aux parutions espacées, "Dominion" n'est que son treizième album studio qui parait le 28 mars 2025. Ce concert s'inscrit dans une tournée anniversaire de onze dates qui a débuté le 13 février 2026 à Bury (UK) et qui se terminera le 19 décembre 2026 à Londres. On sait déjà que d'autres dates sont annoncées en 2027…

Dans sa catégorie, IQ figure dans mon Panthéon de ces artistes (MARILLION, PENDRAGON, MOSTLY AUTUMN, ARENA, entre autres) dont j'écoute les albums sans peine et inlassablement. Pourtant, je ne revois IQ que pour la sixième fois ce soir. Je m'en veux d'avoir manqué beaucoup de ses concerts auparavant, en particulier ses trois prestations au Théâtre Dunois (Paris 13e), tout près de chez moi à l'époque (5/11/94, 28/4/96, et 4/4/98) !

Bref, trêve d'analepses aussi inutiles que douloureuses, je ne cache pas mon plaisir de revoir ces Anglais avec une fréquence accrue …

LE CONCERT. Lors de sa double prestation des 26 et 27 septembre 2025 au Casino de Paris, IQ n'avait interprété que deux titres issus du fantastique album "Dominion" ; "Far from Here" et " Never Land ". Le morceau éponyme avait été interprété au Café de la Danse. Il me restait à entendre sur scène "The Unknown Door" que j'apprécie tout particulièrement… Un vœu heureusement comblé ce soir !

Le concert débute dans une atmosphère mystique aux sonorités d'un orgue d'église avec "Sacred Sound", un monument d'une dizaine de minutes, tiré de l'album superbe "Dark Matter" (2004). Un pur bonheur pour introduire cette grand'messe du rock progressif !

La sonorisation pour la soirée m'a paru parfaitement équilibrée, laissant idéalement épanouir le talent de chaque artiste ; les accords aériens de Neil Durant dont les claviers ont constamment magnifié les atmosphères, les soli étourdissants de Mike Holmes, pendant que la section rythmiques assurée par Tim Esau et Paul Cook ont élégamment soutenu l'ensemble. J'admire surtout la singularité de Peter Nicholls qui chante et mime sobrement des chansons émouvantes, avec une justesse surprenante dans ces tonalités mineure, et un timbre qui accentue ainsi l'émotion et un sentiment de compassion. Ses tentatives de communication avec le public sont pleines de bonnes volontés et de convivialité ; elles le rendent d'autant plus attachant. Comme souvent dans le rock progressif, un auditeur impatient, une oreille non avertie, pourrait mal percevoir les sonorités alors qu'elles sont d'une richesse extraordinaire. On pardonne quelques négligeables pistes préenregistrées (notamment le sifflet champêtre sur " Stronger Than Friction "), ces merveilleux musiciens assument parfaitement sur scène leurs pupitres. De notre balcon nous étions idéalement placés pour observer attentivement chaque intervention.

L'éclairage est relativement sombre, logique dans le cadre des atmosphères exprimées, mais l'orientation des projecteurs est judicieusement opérée et permet de bien distinguer les artistes. En fond de scène, trois écrans illustrent les séquences.

Toutes les chansons d'IQ sont de nature à m'émerveiller, mais ce soir j'ai espéré et obtenu "The Unknown Door", le titre de vingt-deux minutes qui ouvre le dernier album paru, et qui est joué pour la cinquième fois sur une scène, mais pour la première fois en France. Enorme moment d'émotion pour moi, toutes ses subtilités ont été interprétées avec brio. Dès les mesures cuivrées pour l'introduction jouées par Neil, puis le relais de Mike qui a temporairement abandonné sa guitare pour soutenir l'ambiance sur un second clavier ! Puis Mike va s'asseoir pour mieux s'appliquer sur une guitare acoustique. Ensuite, l'ensemble harmonique du quintuor exprime la quintessence, la beauté musicale absolue telle qu'IQ est capable de produire ! Une alternance de séquences variées et bouleversantes telles que seul le rock progressif est susceptible de m'apporter. Un pur régal pour mélomane exigeant ! Enooooooooooooorme, je vous dis !!

© Hervé "Not Only Prog"

Bien entendu, hormis cette acmé émotionnelle personnelle, tout le concert fut un enchaînement de plaisirs auditifs ; en citer un, serait insulter tous les autres.

Grand autre moment d'émotion, sur scène cette fois, lorsqu'à l'occasion de "Never Land" Peter Nicholls rend hommage à Mark Westwood, un membre de l’équipe technique du groupe, un ami surtout, décédé en septembre 2026. L'émoi douloureux était perceptible par le public. Nouvelle preuve, s'il en fallait une, de la grande sensibilité de ces artistes.

Le public de ne s'y trompe pas, il ovationne dans une exaltation légitime.

Certes, le programme diffère peu des récents concerts parisiens, pourtant le plaisir demeure… IQ nous a accordé ce soir un excellent florilège tirés de neuf albums, avec treize titres magnifiques, dont trois issus de "Dominion", deux de "Frequency", deux de "Subterranea", un de "Dark Matter", un de "Ever", un de "Nomzamo", un de "Tales From The Lush Attic", un de "The Road Of Bones", un de "The Wake".

PROGRAMME

  1. Sacred Sound (Dark Matter, 2004)
  2. From the Outside In (The Road Of Bones, 2014)
  3. Far from Here (Dominion, 2025)
  4. No Love Lost (Nomzamo, 1987)
  5. Stronger Than Friction (Frequency, 2009)
  6. State of Mine (Subterranea, 1997)
  7. Through the Corridors (Oh Shit Me!) (Tales From The Lush Attic, 1983)
  8. The Unknown Door (Dominion, 2025)
  9. Subterranea (Subterranea, 1997)
  10. Leap of Faith (Ever, 1993)
  11. Closer (Frequency, 2009)
  12. Never Land (Dominion, 2025).

RAPPEL :

  1. The Wake (The Wake, 1985). 

La fin du concert laisse place aux inévitables échanges d'impressions entre mélomanes passionnés, qui se rejoignent dans l'exaltation et la sensation d'avoir vécu à nouveau un Grand moment de bonheur ensemble.

Nos conversations s'étendent vite à nos compliments adressés aux membres d'ESTHESIS, disponibles à son échoppe. Aurélien demeure évidement accessible et modeste, c'est toujours un plaisir de dialoguer avec lui, Mathilde et ses partenaires. A son image, Marc Anguill demeure d'une modestie et d'une amabilité qui fait de lui un interlocuteur franc et agréable. Idem pour Remi Geyer dont le recrutement s'avère une belle affaire autant humainement que musicalement. Il me parait toujours plus confortable de faire part de mes sentiments en français ; c'est moins compliqué, on peut exprimer les subtilités !

Et pourtant, je vais tâcher de retrouver quelques reliquats de mon anglais lorsque vont apparaitre les membres d'IQ ! Peter Nicholls m'apparait d'abord, détendu et disponible ; il accepte d'écouter mes propos émus et sans doute quelque peu confus, mais qui lui paraissent d'autant plus sincères qu'il m'accorde une accolade aussi inattendue qu'émouvante. Je n'aurais jamais imaginé ce personnage, d'apparence austère, aussi aimable et réceptif !

A peine remis de cet évènement je sors sur le trottoir, et au détour de chicanes entre les techniciens en plein chargement des caisses, je et ne tarde pas à rencontrer Mike Holmes et Tim Esau, qui se montrent tout aussi disponibles et souriants !

Je conserverai de ces rencontres les portraits qui me semblaient s'imposer, en dépit de mes scrupules à déranger ces artistes très sollicités.


samedi 22 août 2026

DRULHE EN FETE – (Druhle, Aveyron) – samedi 22 aout 2026

 

L'Organisation de l'évènement se définit ainsi : " Un festilage, le savant mélange entre un festival et une fête de village, qui se tient dans son stade municipal ". Je valide. Ce P'tit festival en Aveyron m'avait laissé une bonne impression l'an dernier. Pour autant, je ne prévoyais pas forcément un retour cette année.

D'abord, parce qu'après un premier semestre musical bien chargé, nous aspirions à quelques semaines de repos en famille. D'ailleurs, à ce titre nous avons renoncé à notre participation au festival de rock progressif Crescendo, que nous affectionnons pourtant (et qui se tient en même temps !).

Mais aussi, parce que la thématique musicale (disons "rock alternatif") demeure en marge de mes centres d'intérêt.

Nonobstant, l'édition 2026 de DRULHE EN FÊTE se déroule du 21 au 24 août, soit une période conforme à nos errances estivales en Occitanie. Puisque MATMATAH et CACHEMIRE sont prévus le même jour et qu'ils sont assez fédérateurs pour animer l'envie d'une partie de notre microcosme d'amis (quatre couples et mon fils), je me laisse finalement tenter par ce nouvel écart de conduite.


Le climat est clément. Nous pénétrons dans l'enclos un peu avant la première "activité scénique" (…).

ANTES & MADZES [19h30-20h30].
https://www.youtube.com/@AntesMadzes

Nous sommes dans l'Aveyron ; on peut admettre que l'Organisation ait légitiment convié une entité locale pour ouvrir les festivités. L'invité s'avère être un duo (Sylvain Antes et Rémi Massol) originaire de Rodez, mais dont le registre sort totalement de mon cadre prospectif. Pour la première fois, je me vois ainsi contraint de supporter les sonorités monocordes et insipides d'un style que l'on désigne par "rap" (horreur, malheur !). Sans surprise, les inflexions harmoniques et rythmiques ne varient pas, ou si peu que je m'agace et me lasse très vite. Avec mansuétude, je tends l'oreille pour écouter les propos marmonnés, mais très vite je constate une affligeante pauvreté lyrique. Ces gens parviennent pourtant à recueillir l'attention d'une partie d'un auditoire dont la majorité semble au moins aussi perplexe que moi.

Heureusement, les échoppes proposent de la bière désaltérante et, en dépit d'une sonorisation bien trop puissante pour si peu d'intérêt, nous parvenons à échanger quelques éléments de conversation.

Mettons cette stérile expression, ce supplice pour mélophile, sur le compte d'un apéro indigeste, dont l'empreinte sur ma mémoire sera négligeable.

MPL [21h00-22h00].
https://www.mplofficiel.fr/

La formation suivante ne relève pas vraiment le niveau (quoique). Il s'agit d'un groupe de musiciens délibérément fantaisistes, formé en 2012, composé de Cédric Bouteiller (chant), Julien Abitbol (guitare), Manuel Rouzier (guitare), Andreas Radwan (basse) et Arthur Dagallier (maître de cérémonie).

Il anime l'intérêt d'une partie bienveillante du public, en assurant la promotion d'un album paru à la mi-février 2026, intitulé opportunément "Bisou magique".

Bien que plus supportable et sympathique que leur prédécesseur, cette prestation n'en demeure pas moins insignifiante, consternante et finalement lassante.

Fermons le ban.


MATMATAH [22h30-23h50].
https://www.matmatah.com/biographie/

A l'origine de l'aventure, le duo formé en 1995 par Tristan "Stan" Nihouarn et Cédric "Sammy" Floc'h, est rejoint par le bassiste Éric Digaire et le batteur Jean-François "Fañch" Paillard. MATMATAH (référence à Matmata, un village troglodytique tunisien) nait ainsi à Brest, en Bretagne. Animé par un attrait pour le rock et le folk français teinté d'influences celtiques, le premier album, "La Ouache" est paru le 9 juin 1998.

C'est une période durant laquelle, je baignais allègrement dans le rock celtique (j'écoutais volontiers Gwenfol, Carré Manchot, Dan Ar Braz, Carlos Núñez). La musique de MATMATAH m'avait donc logiquement séduit. Sa promotion de l'album "La Cerise" paru le 5 mars 2007, m'a permis d'assister à son concert du jeudi 3 mai 2007, à La Cigale. Sa notoriété était à son comble, comme la salle. Cette chaude prestation m'avait séduit mais cependant l'ensemble qu'avait semblé un peu trop pop, par rapport aux autres artistes, que j'estimais davantage investis dans les sonorités celtiques.

Nonobstant, après 13 ans d'existence, le groupe se sépare en 2008. Le départ de "Sammy" semble être à l'origine du hiatus, durant lequel "Fañch" quittera également le groupe…

Pourtant, un des deux initiateurs ne voulait pas renoncer. Entre 2012 et 2015, Tristan "Stan" Nihouarn (chant, guitares, harmonica, oud, claviers, flûtes), et Éric Digaire (basse, chant, guitare, piano) ont peu à peu relancé la machine. Ils sont désormais entourés de Benoît "Scholl" Fournier (batterie, percussions, depuis 2002), Julien Carton (claviers, piano, chant, depuis 2017), et Léopold "Léo" Riou (guitare électrique, chant, depuis 2022).

Le cinquième album studio, "Plates Coutures" venait de paraitre le 3 mars 2017, lorsque j'ai revu MATMATAH le dimanche 25 juin 2017, à l'occasion du festival RETRO C TROP, au parc du Château de Tilloloy (80). Cette prestation ne m'avait pas vraiment laissé un souvenir impérissable, hormis quelques allusions à ses origines ; en oubliant sa singularité celtique MATMATAH me semblait se confondre avec une musique déjà maintes fois entendue.

Cependant, MATMATAH semble revenu à des bonnes orientations, démontrées avec la parution de "Miscellanées Bissextiles", le premier double album studio paru le 3 février 2023. Plus anecdotiquement, "L'Embardée", un album constitué de vingt reprises, est paru le 24 avril 2026.

Première bonne surprise de la soirée, l'introduction est assurée par un trompettiste endiablé. Celui-ci prend place ensuite dans une rutilante section de cuivres (saxo basse, saxo alto, trombone et donc trompette). Voilà un choix de formation qui ne pouvait que m'enthousiasmer ! L'adaptation des titres s'en trouve transcendée. Le public ne s'y trompe pas et manifeste une exaltation particulièrement festive. On chante, on danse le drapeau breton virevolte allègrement dans la fosse. L'ambiance est rapidement à son comble ; il faut croire que la majorité s'impatientait de ressentir cette belle énergie !

La nuit est tombée et les éclairages chaleureux vont accroitre les festivités. La sonorisation ne s'est équilibrée qu'après quelques minutes, mais une fois acquise, elle a permis de capter les accords exaltants des quatre cuivres, dont l'apport est manifestement bénéfique ! Une audace convaincante ! Du coup, les sonorités bretonnes avaient parfois des échos latinos, comme sur "Lambé An Dro" par exemple qui clôt le concert, avant un rappel mérité.

Voilà ce que j'appelle une très belle surprise ! Cette prestation est à mon sens la meilleure de trois auxquelles j'ai assisté depuis dix-neuf ans. J'ignore si l'intégration des cuivres aurait vocation à perdurer, mais MATMATAH ferait bien d'y réfléchir sérieusement. Enfin, ce n'est que mon avis.

Le groupe revient en rappel pour reprendre "Putain, Putain" un titre du Belge Arno, qui me laisse perplexe. Un texte simpliste et une musique basique, répétitive voire binaire. Fort heureusement on n'en reste pas là ; Stan revient avec sa flûte pour interpréter "L'apologie", ce qui remet opportunément les pendules à l'heure débridée.

Bon, cette musique demeure en marge de ce que j'écoute habituellement désormais, mais elle aura eu le mérite de m'emporter dans une transe collective bienvenue après un début de soirée insipide… Difficile de satisfaire toutes les sensibilités ; ma p'tite Fée n'a malheureusement pas réussi à trouver la Porte de cet univers un peu trop celte à son goût.

PROGRAMME
1.             Retour à la Normale (Plates Coutures, 2017)
2.             Le Rhume des Foins (Miscellanées bissextiles, 2023)
3.             Au conditionnel (Archie Kramer, 2004)
4.             Nous y sommes (Plates Coutures, 2017)
5.             Derrière ton Dos (La Ouache, 1998)
6.             Brest-même (Miscellanées bissextiles, 2023)
7.             Emma (La Ouache, 1998)
8.             Crépuscule Dandy (La Cerise, 2007)
9.             Fière Allure (Miscellanées bissextiles, 2023)
10.         Le Festin de Bianca (La Cerise, 2007)
11.         Lambé An Dro (La Ouache, 1998).
RAPPEL :
12.         Putain, Putain (reprise de T.C. Matic/Arno Hintjens, 1983)
13.         L'apologie (La Ouache, 1998).

 

CACHEMIRE [00h30-01h45].
https://www.cachemiremusic.fr/
https://www.facebook.com/cachemiremusic/about?locale=fr_FR
https://www.youtube.com/@cachemirevideos/videos

Longtemps absent de mes répertoires, ce groupe français et francophone a pourtant le mérite de démontrer une fois de plus que notre belle langue se marie parfaitement au rock ! CACHEMIRE se place dignement dans le sillage d'augustes et vénérables prédécesseurs, tels que notamment Noir Désir, Téléphone, Trust, Stocks, Blasphème, Sortilège … Je n'achetais pas d'album de CACHEMIRE et n'assistais pas à ses concerts, faute de profiter d'une occasion de le découvrir.

C'est sa prestation au Raismesfest, le dimanche 8 septembre 2024 qui m'a enfin permis de confirmer la pertinence de sa réputation. Ce jour-là nous étions nombreux à nous laisser porter par une ambiance de feu. Dans la foulée de cette heureuse découverte, avec ma P'tite Fée nous sommes allés les revoir à la Cigale, le samedi 31 janvier 2026 histoire de vérifier nos impressions. Autant dire que nous ne fûmes pas déçus, même si entre temps je réalisais que, la perfection n'étant pas de ce monde, le discours pouvait me paraitre parfois un tantinet donneur de leçon voire démago (…). Ce n'est pas bien grave quand ça passe dans un flot harmonique, mais lorsque c'est scandé comme précepte sociétal, cela peut devenir agaçant. Un artiste de rock progressif peut me chanter en anglais que l'herbe est bleue et que le ciel est vert, que les éléphants sont rose à pois verts ; pas de souci je m'en bats les joues. Mais CACHEMIRE ne me fera pas prendre des vessies pour des lanternes. Fred Bastar a beau relativiser son texte en avant-propos, la démarche n'en demeure pas moins déplacée. Ce plaidoyer militant me rappelle que même Bernard Bonvoisin ne parvenait pas à me convaincre de son apologie sur Mesrine. Ils ne sont pas nos Gourous, juste des musiciens plus ou moins engagés. Je ne suis pas leur adepte, juste un mélomane indépendant d'esprit. Bref, évitons donc de nous attarder sur ces détails d'ordre lyriques, et profitons de cette belle énergie scénique !

Ce soir, nous retrouvons CACHEMIRE qui demeure composé de Frédéric "Fred Bastar" Batard au chant, Sébastien "Seb" Le Pallec à la basse (+chœurs), Farid "Farid" Shanny à la batterie, et Ronan "Ron" Gaudin à la guitare et Alessandra "Alice Animal" Giraudo (depuis 2025).

Toujours dans le contexte de sa tournée promotionnelle, le quintuor se présente vêtu de blanc. En jupe (avec panty, en dessous quand même hein ; 'faut pas déconner !) pour les hommes et en short pour la dame. Même les instruments, guitares et batterie) sont blancs ! Ces attributs seront du plus bel effet sous les éclairages. Les lumières dynamiques et rythmées ont contribué à valoriser l’énergie du concert et les différentes ambiances musicales. Grâce à une sonorisation très bien équilibrée, l'auditoire a pu retrouver les harmonies et partager le plaisir festif dans un réel confort auditif, puissant mais audible. En fond de scène apparaissait parfois l'allusion à la couverture du récent album. Alessandra et Frédéric venaient s'encadrer à tour de rôle dans un grand triangle lumineux placé devant la batterie.

Voilà pour la forme. Sur le plan musical rien à reprocher, ni sur l'interprétation d'une redoutable efficacité, ni sur le choix des titres (en dépit de ma réserve exprimée). C'est du rock brut mais mélodique, sans artifice. La discographie de CACHEMIRE est intelligemment représentée par le programme qui est d'une longueur équivalente à celui de la Cigale en janvier. En outre, il diffère sur le choix de plusieurs titres ; encore une qualité !

Je souligne que Frédéric est vraiment charismatique en plus de disposer d'un timbre convaincant. Cette fois, il s'est abstenu de se faire porter par la foule, mais en revanche il a invité trois enfants à venir sur scène. Les pauvres avaient plutôt l'air transis de terreur mais Fred est parvenu à les décrisper un tant soit peu. On imagine la satisfaction de leurs parents qui en garderont probablement davantage le souvenir que leurs protégés…

Le groupe recueille très légitiment une bruyante ovation du public, à laquelle je me joins volontiers.

Leur quatrième album studio, "Suffit Juste d'Une Seconde" est paru le 10 octobre 2025. Il est logiquement promu ce soir, avec huit titres.

PROGRAMME
1.        Moi être Roi (Qui est la punk ?, 2018)
2.        Je (Dernier Essai, 2022)
3.        Ma Gueule (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025)
4.        Suis-moi Baby ! (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025)
5.        Mouscash (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025)
6.        La Nuit je mens (reprise d' Alain Bashung)
7.        Adam (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025)
8.        Seul (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025)
9.        La Veste (Qui est la punk ?, 2018)
10.    20 ans plus tard (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025)
11.    Pied au Plancher (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025)
12.    L'Animal (Photochope‐moi, 2015)
13.    Chanson pour Sépultures (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025).

Une bande son retentit la chanson "Hey Jude" des Beatles (comme à la Cigale). Il n'y aura pas de rappel (comme à la Cigale).