samedi 22 août 2026

DRULHE EN FETE – (Druhle, Aveyron) – le samedi 22 aout 2026

 

L'Organisation de l'évènement se définit ainsi : " Un festilage, le savant mélange entre un festival et une fête de village, qui se tient dans son stade municipal ". Je valide. Ce P'tit festival en Aveyron m'avait laissé une bonne impression l'an dernier. Pour autant, je ne prévoyais pas forcément un retour cette année.

D'abord, parce qu'après un premier semestre musical bien chargé, nous aspirions à quelques semaines de repos en famille. D'ailleurs, à ce titre nous avons renoncé à notre participation au festival de rock progressif Crescendo, que nous affectionnons pourtant (et qui se tient en même temps !).

Mais aussi, parce que la thématique musicale (disons "rock alternatif") demeure en marge de mes centres d'intérêt.

Nonobstant, l'édition 2026 de DRULHE EN FÊTE se déroule du 21 au 24 août, soit une période conforme à nos errances estivales en Occitanie. Puisque MATMATAH et CACHEMIRE sont prévus le même jour et qu'ils sont assez fédérateurs pour animer l'envie d'une partie de notre microcosme d'amis (quatre couples et mon fils), je me laisse finalement tenter par ce nouvel écart de conduite.


Le climat est clément. Nous pénétrons dans l'enclos un peu avant la première "activité scénique" (…).

ANTES & MADZES [19h30-20h30].
https://www.youtube.com/@AntesMadzes

Nous sommes dans l'Aveyron ; on peut admettre que l'Organisation ait légitiment convié une entité locale pour ouvrir les festivités. L'invité s'avère être un duo (Sylvain Antes et Rémi Massol) originaire de Rodez, mais dont le registre sort totalement de mon cadre prospectif. Pour la première fois, je me vois ainsi contraint de supporter les sonorités monocordes et insipides d'un style que l'on désigne par "rap" (horreur, malheur !). Sans surprise, les inflexions harmoniques et rythmiques ne varient pas, ou si peu que je m'agace et me lasse très vite. Avec mansuétude, je tends l'oreille pour écouter les propos marmonnés, mais très vite je constate une affligeante pauvreté lyrique. Ces gens parviennent pourtant à recueillir l'attention d'une partie d'un auditoire dont la majorité semble au moins aussi perplexe que moi.

Heureusement, les échoppes proposent de la bière désaltérante et, en dépit d'une sonorisation bien trop puissante pour si peu d'intérêt, nous parvenons à échanger quelques éléments de conversation.

Mettons cette stérile expression, ce supplice pour mélophile, sur le compte d'un apéro indigeste, dont l'empreinte sur ma mémoire sera négligeable.

MPL [21h00-22h00].
https://www.mplofficiel.fr/

La formation suivante ne relève pas vraiment le niveau (quoique). Il s'agit d'un groupe de musiciens délibérément fantaisistes, formé en 2012, composé de Cédric Bouteiller (chant), Julien Abitbol (guitare), Manuel Rouzier (guitare), Andreas Radwan (basse) et Arthur Dagallier (maître de cérémonie).

Il anime l'intérêt d'une partie bienveillante du public, en assurant la promotion d'un album paru à la mi-février 2026, intitulé opportunément "Bisou magique".

Bien que plus supportable et sympathique que leur prédécesseur, cette prestation n'en demeure pas moins insignifiante, consternante et finalement lassante.

Fermons le ban.


MATMATAH [22h30-23h50].
https://www.matmatah.com/biographie/

A l'origine de l'aventure, le duo formé en 1995 par Tristan "Stan" Nihouarn et Cédric "Sammy" Floc'h, est rejoint par le bassiste Éric Digaire et le batteur Jean-François "Fañch" Paillard. MATMATAH (référence à Matmata, un village troglodytique tunisien) nait ainsi à Brest, en Bretagne. Animé par un attrait pour le rock et le folk français teinté d'influences celtiques, le premier album, "La Ouache" est paru le 9 juin 1998.

C'est une période durant laquelle, je baignais allègrement dans le rock celtique (j'écoutais volontiers Gwenfol, Carré Manchot, Dan Ar Braz, Carlos Núñez). La musique de MATMATAH m'avait donc logiquement séduit. Sa promotion de l'album "La Cerise" paru le 5 mars 2007, m'a permis d'assister à son concert du jeudi 3 mai 2007, à La Cigale. Sa notoriété était à son comble, comme la salle. Cette chaude prestation m'avait séduit mais cependant l'ensemble qu'avait semblé un peu trop pop, par rapport aux autres artistes, que j'estimais davantage investis dans les sonorités celtiques.

Nonobstant, après 13 ans d'existence, le groupe se sépare en 1998. Le départ de "Sammy" semble être à l'origine du hiatus, durant lequel "Fañch" quittera également le groupe…

Pourtant, un des deux initiateurs ne voulait pas renoncer. Entre 2012 et 2015, Tristan "Stan" Nihouarn (chant, guitares, harmonica, oud, claviers, flûtes), et Éric Digaire (basse, chant, guitare, piano) ont peu à peu relancé la machine. Ils sont désormais entourés de Benoît "Scholl" Fournier (batterie, percussions, depuis 2002), Julien Carton (claviers, piano, chant, depuis 2017), et Léopold "Léo" Riou (guitare électrique, chant, depuis 2022).

Le cinquième album studio, "Plates Coutures" venait de paraitre le 3 mars 2017, lorsque j'ai revu MATMATAH le dimanche 25 juin 2017, à l'occasion du festival RETRO C TROP, au parc du Château de Tilloloy (80). Cette prestation ne m'avait pas vraiment laissé un souvenir impérissable, hormis quelques allusions à ses origines ; en oubliant sa singularité celtique MATMATAH me semblait se confondre avec une musique déjà maintes fois entendue.

Cependant, MATMATAH semble revenu à des bonnes orientations, démontrées avec la parution de "Miscellanées Bissextiles", le premier double album studio paru le 3 février 2023. Plus anecdotiquement, "L'Embardée", un album constitué de vingt reprises, est paru le 24 avril 2026.

Première bonne surprise, l'introduction est assurée par un trompettiste endiablé. Celui-ci prend place ensuite dans une rutilante section de cuivres (saxo basse, saxo alto, trombone et donc trompette). Voilà un choix de formation qui ne pouvait que m'enthousiasmer ! L'adaptation des titres s'en trouve transcendée. Le public ne s'y trompe pas et manifeste une exaltation particulièrement festive. On chante, on danse le drapeau breton virevolte allègrement dans la fosse. L'ambiance est rapidement à son comble ; il faut croire que la majorité s'impatientait de ressentir cette belle énergie !

La nuit est tombée et les éclairages chaleureux vont accroitre les festivités. La sonorisation ne s'est équilibré qu'après quelques minutes, mais une fois acquise, elle a permis de capter les accords exaltants des quatre cuivres, dont l'apport est manifestement réussi ! Une audace convaincante ! Du coup, les sonorités bretonnes avaient parfois des échos latinos, comme sur "Lambé An Dro" par exemple qui clôt le concert, avant un rappel mérité.

Voilà ce que j'appelle une très belle surprise ! Cette prestation est à mon sens la meilleure de trois auxquelles j'ai assisté depuis dix-neuf ans. J'ignore si l'intégration des cuivres aurait vocation à perdurer, mais MATMATAH ferait bien d'y réfléchir sérieusement. Enfin, ce n'est que mon avis.

Le groupe revient en rappel pour reprendre "Putain, Putain" un titre du Belge Arno, qui me laisse perplexe. Un texte simpliste et une musique basique, répétitive voire binaire. Fort heureusement on n'en reste pas là ; Stan revient avec sa flûte pour interpréter "L'apologie", ce qui remet opportunément les pendules à l'heure débridée.

Bon, cette musique demeure en marge de ce que j'écoute habituellement désormais, mais elle aura eu le mérite de m'emporter dans une transe collective bienvenue après un début de soirée insipide… Difficile de satisfaire toutes les sensibilités ; ma p'tite Fée n'a malheureusement pas réussi à trouver la Porte de cet univers un peu trop celte à son goût.

PROGRAMME
1.             Retour à la Normale (Plates Coutures, 2017)
2.             Le Rhume des Foins (Miscellanées bissextiles, 2023)
3.             Au conditionnel (Archie Kramer, 2004)
4.             Nous y sommes (Plates Coutures, 2017)
5.             Derrière ton Dos (La Ouache, 1998)
6.             Brest-même (Miscellanées bissextiles, 2023)
7.             Emma (La Ouache, 1998)
8.             Crépuscule Dandy (La Cerise, 2007)
9.             Fière Allure (Miscellanées bissextiles, 2023)
10.         Le Festin de Bianca (La Cerise, 2007)
11.         Lambé An Dro (La Ouache, 1998).
RAPPEL :
12.         Putain, Putain (reprise de T.C. Matic/Arno Hintjens, 1983)
13.         L'apologie (La Ouache, 1998).

 

CACHEMIRE [00h30-01h45].
https://www.cachemiremusic.fr/
https://www.facebook.com/cachemiremusic/about?locale=fr_FR
https://www.youtube.com/@cachemirevideos/videos

Longtemps absent de mes répertoires, ce groupe français et francophone a pourtant le mérite de démontrer une fois de plus que notre belle langue se marie parfaitement au rock ! CACHEMIRE se place dignement dans le sillage d'augustes et vénérables prédécesseurs, tels que notamment Noir Désir, Téléphone, Trust, Stocks, Blasphème, Sortilège … Je n'achetais pas d'album et n'assistais pas à ses concerts, faute de profiter d'une occasion de le découvrir.

C'est sa prestation au Raismesfest, le dimanche 8 septembre 2024 qui m'a enfin permis de confirmer la pertinence de sa réputation. Ce jour-là nous étions nombreux à nous laisser porter par une ambiance de feu. Dans la foulée de cette heureuse découverte, avec ma P'tite Fée nous sommes allés les revoir à la Cigale, le samedi 31 janvier 2026 histoire de vérifier nos impressions. Autant dire que nous ne fûmes pas déçus, même si entre temps je réalisais que, la perfection n'étant pas de ce monde, le discours pouvait me paraitre un parfois un tantinet donneur de leçon voire démago (…). Ce n'est pas bien grave quand ça passe dans un flot harmonique, mais lorsque c'est scandé comme précepte sociétal, cela peut devenir agaçant. Un artiste de rock progressif peut me chanter en anglais que l'herbe est bleue et que le ciel est vert, que les éléphants sont rose à pois verts ; pas de souci je m'en bats les joues. Mais CACHEMIRE ne me fera pas prendre des vessies pour des lanternes. Fred Bastar a beau relativiser son texte en avant-propos, la démarche n'en demeure pas moins déplacée. Ce plaidoyer militant me rappelle que même Bernard Bonvoisin ne parvenait pas à me convaincre de son apologie sur Mesrine. Ils ne sont pas nos Gourous, juste des musiciens plus ou moins engagés. Je ne suis pas leur adepte, juste un mélomane indépendant d'esprit. Bref, évitons donc de nous attarder sur ces détails d'ordre lyriques, et profitons de cette belle énergie scénique !

Ce soir, nous retrouvons CACHEMIRE qui demeure composé de Frédéric "Fred Bastar" Batard au chant, Sébastien "Seb" Le Pallec à la basse (+chœurs), Farid "Farid" Shanny à la batterie, et Ronan "Ron" Gaudin à la guitare et Alessandra "Alice Animal" Giraudo (depuis 2025).

Toujours dans le contexte de sa tournée promotionnelle, le quintuor se présente vêtu de blanc. En jupe (avec panty, en dessous quand même hein ; 'faut pas déconner !) pour les hommes et en short pour la dame. Même les instruments, guitares et batterie) sont blancs ! Ces attributs seront du plus bel effet sous les éclairages. Les lumières dynamiques et rythmées ont contribué à valoriser l’énergie du concert et les différentes ambiances musicales. Grâce à une sonorisation très bien équilibrée, l'auditoire a pu retrouver les harmonies et partager le plaisir festif dans un réel confort auditif, puissant mais audible. En fond de scène apparaissait parfois l'allusion à la couverture du récent album. Alessandra et Frédéric venaient s'encadrer à tour de rôle dans un grand triangle lumineux placé devant la batterie.

Voilà pour la forme. Sur le plan musical rien à reprocher, ni sur l'interprétation d'une redoutable efficacité, ni sur le choix des titres (en dépit de ma réserve exprimée). C'est du rock brut mais mélodique, sans artifice. La discographie de CACHEMIRE est intelligemment représentée par le programme qui est d'une longueur équivalente à celui de la Cigale en janvier. En outre, il diffère sur le choix de plusieurs titres ; encore une qualité !

Je souligne que Frédéric est vraiment charismatique en plus de disposer d'un timbre convaincant. Cette fois, il s'est abstenu de se faire porter par la foule, mais en revanche il a invité trois enfants à venir sur scène. Les pauvres avaient plutôt l'air transis de terreur mais Fred est parvenu à les décrisper un tant soit peu. On imagine la satisfaction de leurs parents qui en garderont probablement davantage le souvenir que leurs protégés…

Le groupe recueille très légitiment une bruyante ovation du public, à laquelle je me joins volontiers.

Leur quatrième album studio, "Suffit Juste d'Une Seconde" est paru le 10 octobre 2025. Il est logiquement promu ce soir, avec huit titres.

PROGRAMME
1.        Moi être Roi (Qui est la punk ?, 2018)
2.        Je (Dernier Essai, 2022)
3.        Ma Gueule (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025)
4.        Suis-moi Baby ! (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025)
5.        Mouscash (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025)
6.        La Nuit je mens (reprise d' Alain Bashung)
7.        Adam (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025)
8.        Seul (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025)
9.        La Veste (Qui est la punk ?, 2018)
10.    20 ans plus tard (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025)
11.    Pied au Plancher (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025)
12.    L'Animal (Photochope‐moi, 2015)
13.    Chanson pour Sépultures (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025).

Une bande son retentit la chanson "Hey Jude" des Beatles (comme à la Cigale). Il n'y aura pas de rappel (comme à la Cigale).





lundi 27 juillet 2026

SAVATAGE – Anfiteatro Degli Scavi (Pompéi) – le lundi 27 juillet 2026.

Fondé par les frères Jon et Criss Oliva en 1979 à Tarpon Springs, en Floride, le groupe s'appelait initialement AVATAR ! C'est peu avant la sortie de son premier album, "Sirens" (paru le 11 avril 1983), que ces Américains ont changé de nom pour SAVATAGE, Avatar étant déjà utilisé. Sa notoriété au sein de la communauté heavy metal aux Etats-Unis s'accroit particulièrement avec la parution de son quatrième album, "Hall of the Mountain King" (1987).

Le décès dans un accident de voiture de Criss Oliva (guitares, chœurs de 1978-93), puis celui du producteur et co-compositeur Paul O'Neill (1987-97), auraient pu clore l'aventure. D'autant plus que le groupe a dû, comme tant d'autres, surmonter les conséquences d'humeurs individuelles et de centres d'intérêts divergents. Entre périodes d'inactivité assumées (2002–2014) et de hiatus (2015–2023), la créativité de la formation SAVATAGE s'est mise en pause, chacun des musiciens errant à ses occupations…

Pour ma part, après quelques années d'écoutes aléatoires et distanciées, je suis tombé sous le charme de SAVATAGE en 1997. Quatre pépites m'ont particulièrement séduit : "Dead Winter Dead" (1995), "The Wake of Magellan" (1997), "Gutter Ballet" (1989), et "Edge of Thorn" (1993).

La parution du onzième album "Poets and Madmen", le 5 mars 2001 m'avait semblé moins inspiré. Mais j'ai tenu pourtant à me rendre au concert du 10 février 2002 à l'Elysée Montmartre, en dépit de l'absence du chanteur Zachary Stevens. Cette expérience-là ne m'avait pas laissé un souvenir inoubliable, et d'ailleurs c'était déjà le début de la fin mais je l'ignorais. Depuis cette date, je me contentais d'écouter les quatre albums suscités avec beaucoup de plaisir…

Honnêtement, je n'avais même pas prêté attention à la reformation en 2023 ; je n'y croyais plus.

Ma présence a cet évènement est totalement inopinée. Depuis l'automne dernier, avec des amis nous nous étions procuré nos tickets pour assister au concert de MARILLION à l'amphithéâtre de Pompéï, qui s'est inscrit dans le cadre du festival d'été BOP, BEATS OF POMPEII. J'avais ensuite appris que la programmation s'étendait sur plusieurs jours et que, parmi d'autres artistes, figurait également un concert d'OPETH prévu le 10 juillet ; ce qui constitue déjà une frustration... Ce n'est que quelques jours avant de prendre l'avion, que je réalise que le lendemain de notre objectif initial, se produit également SAVATAGE ! Sans doute inspiré par la proximité du Vésuve, mon cerveau s'est mis en ébullition. Contraint par les impératifs de la collectivité, j'aurais attendu le matin même pour acquérir mon ticket et celui de mon fils. Dans ces circonstances, j'ai évidemment dû me contenter d'un emplacement résiduel. Mais ma place en fosse se révèlera agréable ; avec mon fils nous avons acquis les sièges 23 et 25, au rang 34. Un confort visuel et acoustique qui va nous permettre de vivre un moment unique et mémorable. Quelques sièges sont demeurés vacants derrières nous ; les absents avaient (une fois de plus) tort...

Deux longues files d'attentes s'imposent à nous en arrivant ; La soirée a débuté avec quelques minutes de retard mais cependant l'introduction orchestrale avait débuté lorsque nous nous asseyons…

J'observe rapidement que l'évènement est filmé (louma, et caméras fixes et mobiles ont œuvré) et que nous pouvons raisonnablement espérer voir ce concert immortalisé par un DVD…

LE CONCERT [21h10-23h15]. En effet, un orchestre symphonique débute la soirée en interprétant, pour la première fois depuis 1996, l'ouverture grandiose de "Dead Winter Dead", enchainé avec l'introduction instrumentale de "Morphine Child". Cet apéritif promet un grand moment, d'autant plus que, dans ce site d'une acoustique parfaite, la sonorisation est excellente. Puis apparaissent les membres de SAVATAGE : Jon Oliva (guitare, chœurs depuis 1978), Johnny Lee Middleton (basse, chœurs, depuis 1986), Chris Caffery (guitare, claviers chœurs, depuis 1987), Zachary Stevens (chant de 1992 à 2000, de 2014 à 2015, et depuis 2023), Jeff Plate (batterie depuis 1994), et Al Pitrelli (guitare, chœurs depuis 1995). Pour la tournée, Paulo Cuevas (claviers et chœurs depuis 2023) et Shawn McNair  (claviers et chœurs depuis 2023) contribuent aux harmonies.

La probabilité que je puisse revoir SAVATAGE était faible, et je n'avais donc plus écouté les albums depuis un certain temps ; cependant je n'ai pas tardé à reconnaitre les titres qui me paraissaient essentiels. Mon souhait converge avec le programme. Pour mon plus grand bonheur, mes deux albums favoris furent abondamment évoqués ; "Dead Winter Dead" (1995) avec cinq titres, "The Wake of Magellan" (1997) avec quatre titres. De surcroit, j'ai été transporté par les deux titres issus de "Gutter Ballet" et trois de "Edge of Thorn" !

J'aurai ainsi attendu trois décennies pour voir enfin SAVATAGE dans des conditions idéales (leur prestation de 2002 m'ayant semblé anecdotique). Non seulement le groupe est au complet, mais de surcroit l'orchestre étoffe des compositions qui sont déjà de nature à emporter les esprits dans des contrées oniriques. Je suis absolument sidéré par la qualité d'interprétation de l'orchestre symphonique (Christmas Eve, notamment), mais aussi celle du septuor américain, pour la plupart multi-instrumentistes. Je retrouve ainsi toutes mes émotions ressenties auparavant dans mes salons.

La voix de Zachary Stevens est puissante, son timbre est juste et nuancé. Des séquences a capella absolument splendides ont démontré son talent indéniable. Seul durant "Not What You See", son chant accompagné par l'orchestre fut un summum ! Je mesure à ces instants ce qui m'avait manqué lors du concert de 2002. En outre, les chœurs complices valorisent les mélodies avec des polyphonies étourdissantes (notamment "The Wake of Magellan", "The Hourglass").

Les guitares rivalisent de soli magnifiques (The Storm, notamment), toujours au profit de mélodies chantantes et entêtantes. La batterie, la basse et les claviers achèvent d'accentuer les sensations. Les poils sur les avant-bras sont fréquemment hérissés. Durant des titres comme "This Is the Time" les parties puissamment mélodiques des chants et des guitares m'ont détaché de l'enveloppe corporelle. Je vis alors pleinement ce que je viens chercher aux concerts. La beauté musicale à l'état pure est exprimée ici à la perfection. Les larmes étaient au bord des yeux ! Enorme.

Conscient de l'importance de l'évènement, le groupe n'a pas manqué d'interpréter des morceaux symphoniques, qui s'imposaient en ces circonstances et qui n'avaient plus été joués depuis longtemps ("Christmas Eve", depuis 2015 et "Not What You See" depuis 1999).

Dans ce site extraordinaire, les mélomanes exultent d'un bonheur absolu et expriment évidemment leur joie par des ovations appuyées.

Ce concert nous a accordé de très grands moments. L'hommage à Criss Oliva fut particulièrement émouvant ; sa voix enregistrée résonne sur "Believe" accompagné au piano par son frère Jon Oliva, avant que le reste du groupe rejoigne ensuite la scène. Autre séquence émotion, l'interprétation de l'Adagio en sol mineur, un morceau emblématique la musique néo-baroque italienne, joué par Johnny Lee Middleton avec l'orchestre.

Bref, je ne regrette pas ma décision de revenir dans ce lieu mythique, dès le lendemain d'un autre concert historique lui aussi, dans un autre style. Il n'y a pas de comparaison possible mais les deux m'ont apporté un bonheur total et un souvenir inoubliable. Je regrette seulement de ne pas avoir été capable de convaincre ma P'tite Fée qui était épuisée par un tourisme accablé par la canicule… 

L'œuvre de SAVATAGE est évoquée avec dix albums (1983-2001) ; seul l'album "Fight for the Rock" (1986) est écarté. Pendant plus de deux heures, vingt-cinq titres, dont une reprise du répertoire classique, ont transporté un public comblé. 

PROGRAMME

  1. Overture (Dead Winter Dead, 1995)
  2. Morphine Child (Introduction instrumentale) (Poets and Madmen, 2001)
  3. Dead Winter Dead (Dead Winter Dead, 1995)
  4. Jesus Saves (Streets: A Rock Opera, 1991)
  5. The Wake of Magellan (The Wake of Magellan, 1997)
  6. Miles Away (Edge of Thorn, 1993)
  7. Sirens (Sirens, 1983)
  8. Another Way (The Wake of Magellan, 1997)
  9. This Is the Time (1990) (Dead Winter Dead, 1995)
  10. Unusual (Power of the Night, 1985)
  11. Chance (Handful of Rain, 1994)
  12. Adagio in G Minor (joué par Johnny Lee Middleton avec l'orchestre)
  13. The Storm (The Wake of Magellan, 1997)
  14. Christmas Eve (Sarajevo 12/24) (Dead Winter Dead, 1995)
  15. Not What You See (Dead Winter Dead, 1995)
  16. Handful of Rain (Handful of Rain, 1994)
  17. Lights Out (Edge of Thorn, 1993)
  18. Tonight He Grins Again (Streets: A Rock Opera, 1991)
  19. The Hourglass (The Wake of Magellan, 1997)
  20. Believe (Streets: A Rock Opera, 1991)
  21. Gutter Ballet (Gutter Ballet, 1989)
  22. Edge of Thorns (Edge of Thorn, 1993).

RAPPEL :

  1. Temptation Revelation (Gutter Ballet, 1989)
  2. Power of the Night (Power of the Night, 1985)
  3. Hall of the Mountain King (Hall of the Mountain King, 1987).

Je relève parmi les avis postérieurs que le concert, selon la liste de la scène, "Agony and Ecstasy" (Streets: A Rock Opera) devait être interprété sans l'orchestre après "The Storm", mais a finalement été supprimé. On ne saura sans doute pas pourquoi. Petite frustration sur laquelle il serait indécent que je m'attarde, compte tenu de l'abondance d'émotions vécues ; j'ose toutefois espérer qu'il ne s'agissait pas de respecter un stupide couvre-feu dans ce lieu isolé.

En tout état de cause, je mesure mon privilège et la chance dont j'ai bénéficié en étant au bon endroit au bon moment ; j'ai bien failli manquer un concert extraordinaire. Un faisceau de circonstances m'a amené dans ce lieu improbable (un site archéologique marqué par la souffrance de milliers de victimes de Dame Nature) pour participer à un second évènement exceptionnel, après celui de la veille avec MARILLION. En visionnant les deux DVD qui, je l'espère, ne manqueront pas de paraitre je pourrai dire "nous y étions".

Pompéï constituait une des 19 étapes de la tournée européenne de SAVATAGE, prévue entre le 4 juin et le 15 aout. Celle-ci comprenait des prestations en festival ou en arènes. Mais ce soir était la seule date avec un orchestre symphonique. Al Pitrelli et Jon Oliva qui se sont chargés des transcriptions musicales et partitions pour les pupitres !

En contrepartie il était impossible d'étendre un écran comme sur certaines autres dates.





dimanche 26 juillet 2026

MARILLION – Anfiteatro Degli Scavi (Pompéi) – le dimanche 26 juillet 2026.

Depuis ses débuts à Aylesbury (Royaume-Uni), MARILLION ne cesse d'entretenir une histoire passionnée et passionnante avec ses fidèles admirateurs. Cet évènement exceptionnel va une nouvelle fois le démontrer. Nous sommes ravis de retrouver  Steve Rothery (guitares depuis 1979), Pete Trewavas (basse, depuis 1981), Mark Kelly (claviers, depuis 1981), Ian Mosley (batterie, depuis 1984) et Steve Hogarth (chant, depuis 1989). Andy Gangadeen se joint au quintuor pour ajouter ses percussions. Cet évènement est moins pour promouvoir un album que pour satisfaire une envie réciproque de partager un grand moment ensemble ! Le vingtième album "An Hour Before It's Dark" est paru le 4 mars 2022, soit (déjà) plus de quatre années ; Le vingtième-et-unième est en cours…

L'annonce du concert de MARILLION dans l'Amphithéâtre de Pompéi avait occasionné une effervescence particulière au sein de la communauté des admirateurs. Pensez donc ; il s'agit d'assister à une prestation du groupe anglais sur un site historique. Historique avant tout en raison de sa richesse archéologique bien sûr, mais aussi pour des raisons musicales. Tous les mélomanes savent que PINK FLOYD y a filmé un concert, court et sans public, mais d'anthologie, début octobre 1971.

Evidemment, le 11 novembre 2025, la mise en vente des tickets fut quelque peu anxiogène ; la ruée prévisible sur le site de vente généra quelques crispations (doux euphémisme). Le samedi fut vite complet à nos dépends, en dépit d'une stratégie collective. Finalement, nous avons pu obtenir nos places pour un second jour, le dimanche fut opportunément ajouté, compte tenu de l'engouement constaté. Entre soulagement pour les plus chanceux, et la déception pour d'autres, nous avons saisi les emplacements avec opportunisme. La sagesse aurait dû exiger une démarche apaisée, en imaginant ce qui n'a pas manqué de se passer ensuite. Dans les jours et semaines suivantes des tickets ont été remis en vente, soit par l'organisation soit par des spectateurs ayant changé leur projet… Bref, une fois toutes ces émotions surmontées, il nous restait à attendre 257 jours…


L'arrivée sur le site est forcément impressionnante. Tous les mélomanes présents aux abords montraient des signes d'émotions presque palpables… Chacun aura eu son ressenti. Moi, c'est le poids de l'Histoire et le souvenir de la population martyre qui m'étreint, en premier lieu. Puis les mines réjouies et les t-shirts me rappellent que nous allons vivre sans doute un moment exceptionnel….

Un tunnel donne accès à l'amphithéâtre dans lequel sont alignées les rangées de sièges numérotés, qui font face bien entendu à la scène qui est d'abord protégée contre une pluie probable ; en effet l'orage menace, la chaleur se fait de plus en plus accablante, la pluie menace. Nous redoutons le pire, tout en essayant de le bannir. Ces tonnelles seront opportunément ôtées avant le spectacle. La pluie fera une agaçante quoique brève apparition en cours du concert, juste de quoi angoisser la population mais surtout Mark Kelly et Andy Gangadeen pour leur matériel respectif.

Conscients de notre privilège (acquis de haute lutte rappelons-le !), avec ma p'tite Fée nous prenons place en secteur "Poltronissima Gold", au rang sept, place 29 et 31. Ni trop près, ni trop loin ! Mon fils est positionné en "Gradinata Numerata", rang 9 et place 3, soit un peu en diagonale et en surplomb de la fosse. Nous sommes cinq couples, plus mon fils, mais ce microcosme de Français est dispersé par le hasard des acquisitions. Tant pis ; les impressions collectées n'en seront que plus objectives. Le cadre d'exception et notre emplacement nous rend particulièrement émerveillés… Le site est plein comme un œuf, pour le second jour consécutif.

Je tente de mémoriser le maximum d'observations. Je suis rassuré sur la captation de l'évènement ; je distingue deux caméras sur chaque côté, une caméra à l'épaule sur la scène et une Louma. Ma p'tite Fée me fait remarquer la présence d'un drone dans le ciel ; le groupe confirmera avoir filmé des plans vus du ciel. Nous sommes déjà tous impatients de visionner le DVD qui ne manquera pas de nous être proposé.


LE CONCERT [21h10-23h35]

Un léger retard précède l'extinction des feux et l'ovation d'un public déjà exalté.

La magie opère immédiatement. L'acoustique du lieu s'avère absolument parfaite, la sonorisation est excellemment adaptée. Le dispositif d'éclairage produira des effets somptueux. Nous retrouvons l'organisation scénique habituelle du groupe ; le percussionniste récemment recruté est casé entre le piédestal de la batterie et celui du clavier.

Les premiers accords graves, organiques de "Splintering Heart" font inévitablement tressaillir les corps, les poils de bras s'hérissent de plaisir.

Les grincheux blasés pourront encore se plaindre du programme qui certes demeure identique à la plupart des précédents (surtout pour les conventionnistes), mais au diable le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse ! Pourquoi s'impatienter de titres inédits qui ne seraient pas encore finalisés ?! Soyons patients et d'ailleurs "Ribbons and Lace", le seul nouveau titre dévoilé ce soir, laisse entrevoir de belles partitions !

Nous avons vécu des moments émouvants dès la première partie de soirée avec les six musiciens alchimistes, particulièrement efficaces et impliqués. Les huit titres furent une pompe aspirante d'émotions intenses, animée par les soli d'un Steve Rothery étourdissant, par une voix d'un Steve Hogarth toujours aussi charismatique, et des accords d'un Pete Trewavas toujours aussi régulier et perspicace. Mark m'a paru très anxieux pour la préservation de son instrument mais il a évidemment assuré son rôle sans faillir. Quant à Ian j'ai capté un ou deux roulements décalés mais rien de dramatique, nos cœurs battaient à la bonne cadence !

La seconde partie fut une apothéose, avec l'intégration de la chorale italienne FLOWING CHORDS, composée de huit choristes (trois hommes et cinq femmes). Je suis ravi de revoir cette formation déjà présente à la dernière Convention. Tous sont particulièrement charismatiques et éloquents, visiblement ravis d'être là. Je suis très attaché aux belles voix en général, et là je fus comblé. Les titres traditionnels sont magnifiés avec une profondeur inouïe par ces voix puissantes et nuancées. Lors du final de la Convention, elle avait accompagné quatre titres ; cette fois, nous aurons la chance d'écouter onze titres ; "Care IV" ayant été étonnamment écartée, cette fois. Je ne peux pas m'empêcher de m'interroger sur leur cheminement vers l'univers MARILLION, savoir s'ils connaissaient le groupe auparavant, ou s'ils ont appris à l'aimer par opportunisme. Dans tous les cas ils m'ont tous paru impliqués et fiers de contribuer à une page de l'Histoire musicale.

La voix expressive et nuancée de Steve Hogarth durant "The Space" me procure toujours les mêmes frissons, mais avec ces choristes en appui, c'est simplement étourdissant de bonheur. Déjà la version studio de "The Crow and …" est émouvante, mais alors là c'est encore plus puissant ! "Easter" est transcendé dans cette version. Bref, tous les titres ainsi interprétés nous portent à un summum émotionnel. Les mélomanes attachés à l'album "Brave" auront été comblés par un final de trois titres réinterprétés avec une texture polyphonique saisissante.

Quant aux auditeurs, composé de cinquante nationalités nous dit-on, il suffit de les entendre chanter les paroles pour comprendre leur ardeur à suivre ce groupe britannique si attachant. La plupart affiche un compteur impressionnant de participation aux apparitions du groupe. L'un d'entre eux arborait un t-shirt personnalisé pour son 150ème concert ! Pour ma part, plus modestement ce n'est que mon vingt-cinquième concert depuis mon premier tardif du 16 février 2009. Mais celui-ci pourrait bien être le plus bouleversant et mémorable de tous, tant par la qualité de jeux et l'émotion exprimée par les musiciens, que par la ferveur du public qui trahissait une osmose sensationnelle entre les artistes et les mélomanes. Un grand moment exaltant où les larmes n'étaient jamais loin. Elles se confondaient avec la sueur d'une chaleur à la limite du supportable pour un Ch'timi.

Les absents délibérés ont eu torts de s'abstenir, et les absents contraints pourront toutefois se régaler à n'en point douter, d'images somptueuses, à la Gloire de nos héros. Le dispositif d'enregistrement nous promet un film étourdissant. Un rêve éveillé que nous ne sommes pas près d'oublier, mais dont le DVD garantira chaque seconde, chaque émotion.

Le florilège de douze albums a permis d'entendre vingt-deux titres dont un inédit à paraitre dans le prochain album.

PROGRAMME

ACTE 1 :

  1. Splintering Heart (Holidays in Eden, 1991)
  2. You're Gone (Marbles, 2004)
  3. Fantastic Place (Marbles, 2004)
  4. Hotel Hobbies (Clutching at Straws, 1987)
  5. Sugar Mice (Clutching at Straws, 1987)
  6. Ribbons and Lace (à paraitre, 2026)
  7. Seasons End (Seasons End, 1989)
  8. Care (I) Maintenance Drugs (An Hour Before It's Dark, 2022)
  • Care (II) An Hour Before It's Dark (An Hour Before It's Dark, 2022)
  • Care (III) Every Cell (An Hour Before It's Dark, 2022)
  • Care (IV) Angels on Earth (An Hour Before It's Dark, 2022).

ACTE 2 : avec le FLOWING CHORDS

Brève pause entre "Care" et "The Space" pour installer les micros destinés à la chorale

  1. The Space... (Seasons End, 1989)
  2. The Crow and the Nightingale  (An Hour Before It's Dark, 2022)
  3. Easter  (Seasons End, 1989)
  4. Lucky Man (Sounds That Can’t Be Made, 2012)
  5. Out of This World  (Afraid of Sunlight, 1995)
  6. Living in F E A R (F.E.A.R., 2016)
  7. Go! (marillion.com, 1999)
  8. Man of a Thousand Faces (This Strange Engine, 1997).

RAPPEL :

  1. Wave (Brave, 1994)
  2. Mad (Brave, 1994)
  3. The Great Escape (Brave, 1994).

Cet ultime titre achève de nous déchirer l'âme avant de nous abandonner dans le silence de Pompéï.

Lorsque le moment est venu de quitter ces lieux mythiques, nous peinons à redescendre de notre nuage. Les mots nous manquent pour partager les émotions vécues. D'ailleurs, ils me manquent à l'instant où je rédige le présent récit. Seule la vidéo pourra au moins partiellement évoquer le vécu.



vendredi 17 juillet 2026

SCORPIONS – Palais Omnisport de Bercy (Paris 12) – vendredi 17 juillet 2026.

En dépit d'un contexte caniculaire annonciateur de lendemains inquiétants, je m'attarde sur quelques évanescences d'un passé glorieux qui ressurgit par la grâce de valeureux héros obstinés. Pour notre communauté de mélomanes, les années 80 auront été un tremplin extraordinaire, dont certains vénérables acteurs entretiennent encore la Mémoire. En tout cas la Nôtre, celles qui étaient et demeurent rebelles au dictat médiatique.

Après le retour d'IRON MAIDEN, voici donc celui de SCORPIONS, une Légende vivante depuis 1965 ! J'ai bien failli manquer l'accès à cette soirée, car le concert fut rapidement réputé complet. Cependant, durant le mois de mai, j'ai réussi in extremis à me saisir d'un des rares tickets inopinément remis en vente, pour la fosse. Après cette fenêtre éphémère, le guichet s'est vite refermé.

Certains s'amusent à rappeler que SCORPIONS a maintes fois annoncé la fin de son existence. Mais tant que les prestations me paraissent pertinentes, je maintiens mon estime pour ces vénérables teutons. En partie parce que sa persistance m'entretient dans une douce illusion d'un temps suspendu, mais aussi et surtout parce qu'il continue à exprimer sa Musique avec conviction et talent, tout simplement. Eh oui, ces papy-là font, eux aussi, de la résistance ! Ils sont acccro' et à crocs !!

EUX/EMOIS. La Musique de SCORPIONS, bourrée d'énergie et de mélodies entêtantes, m'a incité à me rendre à un premier concert le samedi 6 mars 1982 (tournée Blackout), qui m'avait durablement marqué (…). Ensuite, je confesse avoir un peu moins suivi car, en découvrant à rebours la discographie, j'avais réalisé la perte que constituait le regrettable départ d'Uli Jon Roth. Ainsi que le malheureux conflit fraternel entre Rudolph et Mickael. Néanmoins, j'ai continué à surveiller avec bienveillance leurs parutions et leurs apparitions ; ce soir, c'est ainsi mon douzième concert des venimeux arachnides.

/!\ Mais l'Histoire doit surtout retenir que le mercredi 29 février 1984, le Palais Omnisport de Paris-Bercy accueillait pour la première fois un mémorable concert de rock. MAMA's BOYS eut le privilège de chauffer cette nouvelle salle pour accueillir SCORPIONS en tête d'affiche!... Et j'y étais, bien sûr !

Hormis ses nombreuses contributions aux festivals, SCORPIONS a invité des artistes notables, tels que MAMA's BOYS (1984) donc, mais aussi CINDERELLA (1988), WINGER (1990), TESLA (1991), et EUROPE (2015) ! Plus anecdotiquement BADGE (1982), GUANO APES (2011), et SLYDIGS (2018). Ce soir, ce sera donc Adam "Bomb" Brenner, un Américain inconnu de mon répertoire.


Mon fils aîné m'accompagne, conscient de l'aspect historique de cette soirée, qui pourrait bien marquer l'ultime concert des Allemands à Paris. Nous nous plaçons tranquillement sur la droite, relativement près de la scène et de son avancée qui sépare la fosse en deux. Le public, intergénérationnel et majoritairement féminin, se montrera enthousiaste mais respectueux.

ADAM BOMB [19h50-20h25]. https://www.adambomb.com/

Adam "Bomb" Brenner semble avoir marqué quelques esprits, surtout outre-Atlantique, mais à mon insu. Né le 14 Août 1963 à Seattle, il y montra un talent remarquable à la guitare, à l’âge de 16 ans. Remarqué, il s'installa à New York ; ce qui lui permit d'accroitre, tout au long des années 1980, une certaine notoriété. Il a participé à des projets qui lui ont permis de fouler des scènes américaines et européennes.

En 2026, il revient en Europe à l'occasion d'une tournée, qu'il a intitulé "Bang Up Summer Tour", dans le cadre de laquelle il a été invité à assurer la première partie de Scorpions en France.

Adam "Bomb" Brenner (chant et guitare, depuis 1982) est entouré de Paul Del Bello (basse guitare, depuis 2006) et Leo "Kid Leo" Cakolli (batterie, depuis 2019). Pour l'anecdote, Adam raconte volontiers le recrutement de son batteur français : "Son groupe de lycée a fait la première partie de mon groupe à Lille en 2018. À l’été 2019, il a remplacé un autre batteur français qui m’avait laissé tomber alors que j’avais une tournée prévue, et Kid Leo est intervenu pour sauver la tournée. Peu après, il a pratiquement rejoint mon groupe à plein temps". On imagine l'invraisemblable aventure américaine vécue par le p'tit batteur ch'ti…

Bref, ce trio apparait sur une scène dont le décor clinquant, limite kitch, m'évoque celui de Rocky Horror Picture Show. Des enceintes constellées de pentagrammes lumineux, un pied de micro enguirlandé de lumières et, de surcroit, la guitare dudit Bomb tapissée de diodes électroluminescentes. Oulalaaah… Une attitude qui ne pouvait que générer une méfiance préalable…

Mais finalement, le type s'en sort honorablement, aidé d'une sonorisation bien équilibrée. Rien de très original, ni sidérant musicalement, mais c'est bien fait et ma foi entrainant. Il use et abuse des postures et clichés habituels du rock, mais chantés et joués avec la conviction d'un adulescent … Un p'tit solo de guitare fait de brèves allusions à d'autres soli emblématiques du rock ; on reconnait ceux d'Angus Young (Thunderstruck), d'Eddie Van Halen (Eruption) et de Jimi Hendrix (Star Spangled Banner). L'hymne américain précède astucieusement l'hymne français. Une démarche enjôleuse qui anime le public, d'autant plus lorsque le trio reprend l'emblématique "Antisocial" (TRUST), intégralement et en français ! Je salue ce choix honorable, car ANTHRAX chante ce titre dans sa version en anglais (encore il y a deux semaines à Lyon).

Les Américains recueillent ce faisant une belle ovation dont ils semblent se réjouir particulièrement. Ils saluent longuement l'auditoire et distribuent à foison baguettes de batterie et plectres. J'en ai saisi un, qui est tombé à mes pieds ; très joli, illustré double face !

Dans sa discographie, il pioché dans quatre albums parus entre 1985 et 2005, pour présenter sept titres.

PROGRAMME

  1. SST (Fatal Attraction, 1985)
  2. I Want My Heavy Metal (Fatal Attraction, 1985)
  3. Pure S.E.X. (Pure S.E.X., 1989)

Solo de batterie

  1. Je t'aime bébé (Get Animal 2, 2000)

Solo de guitare (Adam)

  1. Antisocial (reprise de TRUST)
  2. D.W.I On the Info-Superhighway (Get Animal 2, 2000)
  3. Rock Like Fuck (Rock Like Fuck, 2005).

Bon, honnêtement je ne conserverai pas un souvenir impérissable du monsieur, et je ne me ruinerai pas dans sa discographie, mais il a au moins le mérite notable de me paraitre sincère, et d'avoir animé une bonne première partie de soirée. Ce qui lui était demandé.

SCORPIONS [21h-22h40] https://www.the-scorpions.com/

La présente tournée est intitulée "Coming Home, over 60 years tour".

En effet, depuis l'an dernier on peut considérer que le groupe a passé soixante ans, puisque Rudolf Schenker, alors jeune guitariste âgé de 17 ans, forma à Hanovre, en 1965, un groupe amateur qu'il a nommé THE SCORPIONS. Ce n'est qu'en 1969 qu'il recrute l'actuel chanteur Klaus Meine. Dans la foulée, il engagea son p'tit frère Michael Schenker, mais celui-ci quittera le navire dès la fin 1972 (pour UFO). Le groupe devint professionnel en 1971 et en profita pour changer de nom, ce sera désormais laconiquement SCORPIONS. Un premier album "Lonesome Crow" est paru le 9 février 1972.

Le groupe traversa, comme tant d'autres, les aléas de personnels instables. Mais le groupe DAWN ROAD accepta de se fondre dans SCORPIONS, ça tombait bien car son guitariste virtuose n'était autre que Ulrich Roth, alias Uli Jon Roth ! Entre 1973 et 1978 celui-ci contribuera grandement à l'essor du groupe. Son départ aurait pu être fatal, tant il marqua de son empreinte les quatre fabuleux albums studio de son ère. L'enregistrement en concert "Tokyo Tapes" clôt cette période fastueuse. Mais personne n’est indispensable visiblement, puisque surmontant ce nouvel écueil, le succès commercial n'a cessé de s'amplifier.

Le dix-neuvième album studio, "Rock Believer" est paru le 22 février 2022.

Actuellement le quintuor est composé de Rudolf Schenker (guitare rythmique, chœurs, depuis 1965), Klaus Meine (chant principal, depuis 1969), Matthias Jabs (guitare solo, chœurs, depuis 1978), Paweł Mąciwoda (basse, chœurs, depuis 2003), Micael Delaoglou, dit Mikkey Dee (batterie, depuis 2016).

Une scène lumineuse et vaste est surplombée d'un écran géant sur lequel alterneront des images des musiciens et du public ou encore d'illustrations thématiques. Deux autres écrans latéraux permettent aux auditeurs les plus éloignés de bien voir les musiciens filmés. L'éclairage est merveilleusement impressionnant avec des rampes orientables et multicolores de part et d'autres. De mon point d'écoute, chaque pupitre m'a semblé constamment perceptible, sans excès de puissance.

En venant à cette soirée, je connaissais d'avance le programme, les forces et les faiblesses. Point besoin d'être devin pour imaginer les titres jugés indispensables. Point besoin d'être docteur pour déplorer les effets du temps qui passe sur leur corps, autant que sur le nôtre. Je suis venu pour commémorer une Légende, et pour partager des émotions, avec ce qui reste d'énergie à échanger de chaque côté de la barrière. Partant de ce principe, j'ai ainsi passé une très bonne soirée à fredonner et acclamer. Et, critère probant, mon fils également.

C'est une évidence, Rudolph fêtera ses soixante-dix-huit ans le 31 aout ; il bouge toujours, mais nous ne le verrons plus jamais contribuer à une pyramide humaine, c'est clair. Son agilité s'en est allée. Pourtant, sa passion, son plaisir et son talent sont visiblement intacts ; c'est toujours lui qui crie en chœur ("Blackout"). Il assume sa part de soli avec vigueur et brio ! L'éternel adulescent se montre constamment impliqué et charismatique ; il s'amuse toujours, notamment en équipant sa guitare d'un dispositif fumigène (toujours sur le même titre depuis quelques années).

C'est une évidence, Klaus vient de fêter ses soixante-dix-huit ans le 25 mai ; cette réalité s'impose dès qu'on observe sa démarche. Ses gestes sont pesants et ralentis. Ses articulations semblent se rigidifier. Sur le plan vocal, il n'a plus la tessiture qui le distinguait autrefois, mais son timbre, même moins puissant, reste immédiatement reconnaissable. D'ailleurs, il ménage ses cordes avec quelques pauses astucieusement réparties dans le programme ("Make It Real", "Delicate Dance", "New Vision"). Tempérons notre amertume en nous rappelant que dès les années 80, Klaus avait dû suspendre son activité pour soigner ses cordes vocales. Et puis, ses limites ne sont pas préjudiciables ; il joue avec les tonalités, il change d'octave si nécessaire. Mais c'est clair, il est désormais plus à l'aise sur les balades, là où il peut poser sa voix avec plus d'assurance. Le bougre sait toujours siffler ("Wind of Changes"), sourire et s'émouvoir de la réaction affectueuse du public. Ce type est attachant, car on devine un sentimental, cela s'entend et cela se ressent ; cette particularité lui garantit une expression sincère et émouvante. Qualité essentiel pour un musicien.

L'air de rien Matthias a plus de soixante-dix ans, désormais. Eh oui… Heureusement, il continue de maitriser son art ; ses soli (Delicate Dance) et accords restent flamboyants. Mais sa fougue d'antan n'est plus, les gestes sont davantage mesurés. Pourtant, jouer de la guitare et recueillir les ovations demeurent de toute évidence son grand plaisir.

Reste les deux gamins de la bande (oui, là je flatte ma vanité, j'avoue !), les derniers arrivés, les plus jeunes.

Le Polonais Paweł Mąciwoda, né le 20 février 1967, semble un peu la force tranquille ; sans exubérance, il assure son rôle de moteur vrombissant avec une régularité imperturbable. Avec Mikkey Dee (New Vision), ils forment un duo solide pour soutenir l'énergie requise notamment sur des titres comme "Blackout" ! Ses accords vigoureux le rendent essentiel aux sonorités du groupe depuis 2003.

Quant à Mikkey Dee, je me garderai bien de narguer son âge, puisque c'est le mien ! Le Suédois, né le 31 octobre 1963, m'avait démontré sa force de frappe impressionnante lorsqu'il jouait au sein de MOTÖRHEAD (de 1992 à 2015). Autant dire que l'arrivée de ce Viking au sein de SCORPIONS ne pouvait qu'entretenir une certaine énergie. Le fait est que sa fougue est intacte et qu'il assume parfaitement son rôle de métronome. Posté sur son socle surélevé, sa démonstration en solo (durant lequel l'écran montrait un jackpot à la recherche du gain, avec un clin d'œil à Motörhead, avant de fixer le gain avec l'alignement d'icônes du scorpion) a mis tout le monde d'accord !

Enfin, pour clore le concert en beauté, une énorme structure gonflable à l'effigie d'un scorpion surplombe toute la scène.

Voilà de quoi ravir et galvaniser un public totalement conquis. Je retiendrai longtemps tous ces visages d'auditeurs filmés dans les premiers rangs ; tous genres et toutes générations confondus, communiant dans une même parenthèse de bonheur délibérément amnésique de l'actualité.

Le programme est donc sans surprise, le groupe (lui aussi) s'inscrit désormais dans une routine. Les plus fervents admirateurs de SCORPIONS, les "Crazy Corps" ne semblent plus rechercher l'audace, mais évoquer et rendre hommage à un passé commun. Pour ma part, je n'apprécie guère les titres hachés, passés à la moulinette d'une fusion qui n'a pas d'autre sens que l'évocation ; "Top of the Bill", "Steamrock Fever", "Speedy's Coming", et "Catch Your Train", des titres emblématiques de leur glorieuse période des années 70, sont ainsi gâchés.

Un florilège de seize titres (! en considérant que leur amalgame des 70's constituerait un seul morceau…) ont été choisis parmi six albums studio. A part le seul titre de l'album le plus récent "Rock Believer", SCORPIONS ignore ses productions des années 2000, qui me semblent pourtant honorables. L'album "Love at First Sting", paru en 1984, a retenu davantage leur attention puisqu'il est représenté avec six titres.

PROGRAMME
Bande-son introductive et diaporama

  1. Coming Home (Love at First Sting, 1984)
  2. Gas in the Tank (Rock Believer, 2022)
  3. Make It Real (Animal Magnetism, 1980)
  4. The Zoo (Animal Magnetism, 1980)
  5. Coast to Coast (Lovedrive, 1979)
  6. Top of the Bill / Steamrock Fever / Speedy's Coming / Catch Your Train (amalgame des 70's)
  7. Bad Boys Running Wild (Love at First Sting, 1984)

Delicate Dance (solo de Matthias)

  1. Send Me an Angel (Crazy World, 1990)
  2. Wind of Change (Crazy World, 1990)
  3. Loving You Sunday Morning (Lovedrive, 1979)
  4. I'm Leaving You (Love at First Sting, 1984)

New Vision (solo de Pawel – puis solo de Mikkey)

  1. Tease Me Please Me (Crazy World, 1990)
  2. Big City Nights (Love at First Sting, 1984)
  3. Still Loving You (Love at First Sting, 1984).

RAPPEL :

  1. Blackout (Blackout, 1982)
  2. Rock You Like a Hurricane (Love at First Sting, 1984).

Un bilan de soirée relativement positif, en dépit d'un programme peu audacieux, parfois même méprisant pour leur époque que je préfère (70's). Nonobstant, leur sincérité alliée à leur talent a produit une très bonne prestation. Je leur maintiens toujours ma bienveillance et mon respect, eu égard à leur biographie et leur apport dans mon quotidien durant toutes ces décennies.

A mon grand regret, à l'instar d'IRON MAIDEN et de JUDAS PRIEST, je n'ai jamais pu approcher physiquement SCORPIONS afin de leur exprimer ma gratitude pour ces décennies musicales qui ont bercé mes étapes de vie. Sans doute ai-je manqué de pugnacité dans les années 80, à une époque où c'était encore envisageable…