mercredi 14 octobre 2026

LAZULI – UK TOUR 2026 – 14 et 15 octobre 2026

A L'ENVIE. Décidément bien plus addictif que ladite pierre, le quintuor enchanteur m'entraine encore, avec ma P'tite Fée, dans la déraison du musicotourisme sans frontières !

Car en effet, notre valeureux représentant du rock français et francophone sillonne (de nouveau) le Royaume-Uni (l'Angleterre et le Pays de Galles), arpenté sur cinq étapes qui débutent le 14 octobre à Southampton (Hampshire), se poursuit le 15 à Londres, puis le 16 à Fletching-Uckfield (East Sussex), le 17 à Chepstow (Monmouthshire, Pays de Galles), et se terminent le 18 à Birmingham (West-Midlands).

Ce n'était pourtant pas l'envie d'y retourner auparavant qui nous manquait ; c'est juste que les regrettables entraves à la libre circulation, entrées en vigueur le 1er janvier 2021, ont largement contribué à nous démotiver, en dépit des moult tentations. Notre dernier transit sous-manchois remonte à celui qui nous mena à Londres, en septembre 2019 (pour un ultime et mémorable concert de CAMEL). Toutefois, délaissant l'Eurostar, nous avions fait deux bonds aériens ; un, vers Manchester (en juin 2023 pour MAGMA/PROCUPINE TREE), puis un autre, vers Edinburgh (en mars 2024 pour OZRIC TENTACLES / GONG). Mais ensuite, l'accès à l'île ne s'est pas vraiment simplifié, avec l'instauration, le 25 février 2026, de l'autorisation de voyage électronique (ETA)…

Nonobstant ces complications politiques, cette abstinence avait assez duré. Il nous fallait, tôt ou tard revenir humer les parfums rock'n'roll sur ses terres d'origine ! Une fois les formalités accomplies, et les tickets acquis le 14 septembre (concerts et rails), il nous restait à patienter avant de nous rendre Outre-Manche, pour y vérifier la notoriété de nos troubadours favoris.


A L'HONNEUR. F https://lazuli-music.com  Ce talentueux quintuor existe depuis 1998 et pourtant seuls quelques médias confidentiels s'obstinent à promouvoir leur Activité. Vaille que vaille, les frangins gardois Dominique Leonetti (chant, guitare, depuis 1998), et Claude Leonetti (léode, depuis 1998), continuent leur œuvre contre vents et marées d'indifférence, et ils sont désormais entourés de Vincent Barnavol (batterie, percussions depuis 2010), Romain Thorel (claviers, cor d'harmonie, depuis 2010) et Arnaud Beyney (guitare, depuis 2020).

En dépit de ce coupable et incompréhensible mépris national, depuis le premier concert officiellement répertorié le 5 avril 2005 à l'Antirouille de Montpellier, LAZULI parcourt l'Europe (surtout), et la France (plus rarement). Pour notre part, avec ma P'tite Fée, nous avons rejoint ce sillage depuis quelques années pour assister à vingt-deux concerts enivrants, avec d'autant plus de bonheur que, paradoxalement, l'apathie culturelle française pour le quintuor nous incite à voyager avec lui ; l'Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas, la Suisse, la Norvège, le Danemark et épisodiquement en France !

L'album "Être et ne plus Être" paru le 30 janvier 2026 est, à mon sens, le chef d'œuvre de LAZULI, qui entraine son auditeur dans un tourbillon enivrant de notes harmonieuses et de mots délicieusement ciselés. Sa tournée promotionnelle a débuté le 10 mars 2026. Elle nous avait déjà fourni le nouveau prétexte d'une première escapade de trois dates entre les 12 et 14 mars 2026, dans le Benelux. Cette tournée britannique nous permet donc de revoir LAZULI, avant sa prestation en première partie du concert de MARILLION le 21 novembre !

En opposition à tout soupçon inquisiteur que je subodore, non nous ne sommes pas "fans" (d'ailleurs, je n'aime pas cette abréviation qui vient de "fanatique" ; un mot vulgaire et inapproprié dans l'univers de LAZULI) ; avec notre esprit critique, nous sommes juste de fervents admirateurs de ces Artistes qui nous paraissent injustement méconnus dans notre pauvre, pôôôvre france.


A L'AVENTURE. Aucun regret du mode de transport ; sur un trajet de cent cinquante minutes, l'Eurostar Paris-Londres constitue, moyennant 154 € (aller/retour), un confort appréciable et ponctuel. Puis, Londres n'étant qu'un rebond, nous constatons que le réseau ferré anglais s'est bien amélioré ces dernières décennies ; le SWR (South Western Railways) nous permet de rallier London-Waterloo à Southampton-Central en soixante-dix minutes, moyennant 18,15 € (aller/retour). The Star Hôtel nous accueillera dans un confort typiquement britannique moyennant 77 €. J'affiche ces tarifs à dessein afin de démontrer que le coût de notre musicotourisme n'est pas si exorbitant, en fait !

Je remets les pieds dans cette ville portuaire non sans une certaine émotion. J'y avais accosté une première fois, à l'été 1977 ; il y a plus de quarante-neuf ans, après une traversée de sept heures, depuis le Havre. Ce n'était qu'une étape avant de me rendre en vacances dans le vert comté du Somerset. Etape de nouveau empruntée deux ans plus tard. Je n'étais donc plus revenu à Southampton depuis quarante-sept années…

L'Angleterre n'étant pas particulièrement réputée pour sa gastronomie, nous nous restaurons copieusement dans un resto chinois, le Mi Rice Noodle Bar, (52 Commercial Rd, Southampton SO15 1GD, Royaume-Uni).

Le port de Southampton évoque surtout deux fameux bateaux ; le MAYFLOWER et le TITANIC. Si l'évocation du premier ne ravit pas les Amérindiens, le second n'évoque pas de meilleurs souvenirs aux Anglais ; car sur environ [!?] 2 200 personnes au total, [passagers et membres d'équipage confondus], seuls survécurent 711 au naufrage). Nous nous devions d'honorer ces malheureux en visitant le musée.

Après quelques pas dans la ville (nous la visiterons davantage demain matin) et un repos mérité, nous rejoignons donc la mythique salle de concert…


Le 14 octobre 2026 : SOUTHAMPTON, The 1865.

Nous sommes les premiers arrivés aux abords du bâtiment. Naturellement inquiets dans le calme de cette petite rue déserte, nous sommes rapidement rassurés en remarquant la fourgonnette du groupe, qui est discrètement garées sur le côté du bâtiment ! Puis, nous distinguons, au travers des hublots, les musiciens ainsi que Nellie et Alison, probablement les deux anglaises les plus lazuliphiles ! Nous percevons les mélodies familières de l'intérieur ; LAZULI procède à l'équilibrage sonore. Nous sommes donc soulagés d'être arrivés à bon port !

La salle The 1865 (sise Brunswick Square, SO14 3AR Southampton) affiche une capacité d'accueil d'environ 225 personnes en configuration assis, (jusqu'à 800 en configuration debout). Mais en cette soirée de semaine, des tables bien espacées atténuent l'impression d'espace vide. Peu à peu les auditeurs arrivent. Les discussions sont enrichissantes ; j'apprends ainsi que, contrairement à ce que j'imaginais, les Anglais peinent, eux aussi, à remplir les salles pour écouter du rock progressif… Triste époque, décidément… Nonobstant, en commentant les affiches placardées au mur, un mélomane attise ma curiosité en me ciblant l'existence de "HENGE" un groupe anglais, réputé "space-rock", composé de musiciens visiblement habités, disons farfelus. J'apprendrai plus tard qu'ils passent à Paris en février ; à suivre…

Ouverture des portes : 19:00. L'accès est rendu compliqué à cause du dispositif imposé par DICE. Déjà que je hais leur concept de tickets virtuels, visibles uniquement durant une fenêtre de deux heures avant le spectacle, mais de surcroît la lecture de leur "QR code" pose un problème. Sans ticket aucun, ni avant, ni après, nous pénétrons finalement dans la salle, après avoir donné nos noms ; curieux Sésame n'est-il pas…

Bref, nous nous installons à une table en première rangée, avec un sentiment intense de vivre un certain privilège. Il nous en faut peu pour être heureux… Un bar propose un bel assortiment de bières, dont la barcelonaise Estrella qui nous hydrate délicatement ! Que du bonheur !!

L'acoustique de la salle se révèlera excellente. La scène est vaste et elle permet à LAZULI de déployer son écran mural.

Eliott LEONETTI [19:25-19:40]

Dominique présente la première partie avec l'aplomb d'un papa qui peine à masquer son émotion. C'est en effet son fils, Eliott qui a le redoutable privilège d'ouvrir la soirée ! Les admirateurs de LAZULI le connaissent bien ; depuis des années Eliott fait partie de l'équipe technique et se charge en particulier de l'échoppe des marchandises du groupe de son père. Lui-même musicien sur divers instruments, nous savions qu'il entretient une passion particulière pour la musique électronique. Peu à peu, il s'affirme dans cette voie. Si bien que cet été, il s'est produit sur quelques scènes, avec son père et son oncle. Désormais, ce soir il va devoir assumer seul les feux de la rampe !

Eliott est assis en tailleur, entouré des instruments qu'il a conçus. Il nous emmène dans son univers électronique, élaboré de sons bidouillés, triturés, produits avec maintes astuces ; une foison de fils multicolores relie des machines qui combinent séquenceur, boîte à rythmes, synthétiseurs, touches, boutons, ainsi qu'un thérémine. Cette musique, sans doute plus qu'une autre, a pour vocation de propulser son auditeur dans un monde onirique, chacun selon son ressenti, en fonction de ses expériences personnelles, de ses émotions. Pour ma part, je connais les influences majeures mais, personnellement, ces sonorités m'évoquent mon premier concert de Jean-Michel JARRE sur la place de la Concorde en été 1979 ! D'ailleurs, clin d'œil de l'histoire, quelques jours après j'embarquais pour Southampton !

Mission spatiale réussie, sa prestation nous a bel et bien fait voyager durant un peu moins de 17 minutes.

Le public ovationne le magicien, dont le regard mêle le soulagement et une fierté légitime. Mais sans tarder, il doit tout démonter pour laisser places aux artistes suivants !

JONES & SON [19h55-20h45]. https://www.facebook.com/profile.php?id=61556173043410

JONES & SON est (aussi) une belle histoire de famille. Le duo réunit John Dexter Jones, chanteur et auteur-compositeur britannique, une figure emblématique de JUMP, un groupe anglais de rock réputé progressif (qui mêle en fait du néo-prog, du rock éclectique et mélodique), et son fils Tal Jones, également connu sous le nom de Charlie "Tal" Jones.

Personnellement, je n'avais jamais relevé l'existence de ce duo (qui avait pourtant déjà soutenu la tournée anglaise de LAZULI en mars 2025), ni même de JUMP (qui a pourtant à son actif quatorze albums et, me dit-on, plus de mille-cinq-cent concerts, partageant la scène avec des pointures du genre telles que Marillion, Fish, IQ ou Mostly Autumn). John Dexter Jones, semble précédé d'une certaine notoriété en Grande-Bretagne, acquise au sein de JUMP, un groupe britannique formé en 1990 à High Wycombe, en Angleterre.

Je conseille humblement d'écouter, par curiosité, JUMP via Bandcamp ; "The Winds of Change", le premier album studio début 1991, ainsi que le plus récent "Breaking Point" quatorzième album studio paru le 16 novembre 2020. Plutôt séduit (sans être transcendé), je perçois des influences sympathiques de Marillion période Fish, de Golden Earring de Machiavel, mais aussi de Foreigner. Bon, j'ai lu certains commentaires exaltés les décrivant comme " des piliers du rock progressif résolument divertissants " (dixit une affiche) ; ce qui me semble excessif, mais cette musique se laisse écouter, c'est déjà bien.

https://jumprockuk.bandcamp.com/
https://www.youtube.com/@JumpRockTV/videos

Bref, le duo nous propose de revisiter JUMP dans une formule acoustique intimiste, où deux voix et une guitare privilégient la simplicité, les harmonies vocales et l'émotion. Une relecture plus dépouillée d'un univers musical construit au fil des décennies, mêlée à des compositions originales. Je note que le duo s'est produit dans différentes salles et lors de festivals au Royaume-Uni.

Ce pedigree ne me parait pas particulièrement effrayant ; j'aborde donc cette prestation avec sérénité. Sans surprise, la prestation est sympathique et distrayante. La complicité père-fils est palpable, et produit de belles émotions. La transmission d'un héritage musical dans un respect réciproque, l'écoute et la construction d'une identité commune. Le père se révèle dissert entre les chansons, et éloquent pendant ; alternant exubérance mesurée et sobriété toute britannique. Cependant, le fiston laisse transparaitre sa propre personnalité artistique ; une belle voix, une interprétation poignante, habitée.

Puisque je ne connais pas vraiment JUMP, je ne peux que me fier aux réactions du public qui semble apprécier l'expression plus dépouillée, plus intimiste, de titres connus.

Le duo recueille une belle ovation, ma foi bien méritée.

PROGRAMME

(à déterminer, mais probablement similaire au lendemain, où j'ai relevé la liste)


LAZULI [20h55-22h55]

Les lumières s'estompent, l'introduction ne laisse plus de doute sur le premier titre. Légitiment, c'est l'éponyme "Être et ne plus être" qui ouvre le bal des ondes. L'occasion de confirmer l'excellent travail d'Ali à la console son, dans ce p'tit écrin à l'excellente acoustique. Nous pressentons une soirée exceptionnelle.

L'éclairage est parfaitement dosé, à la fois coloré et lumineux. Pour parfaire encore les sensations, l'écran délivre les images correspondantes. Quant à la scène, elle laisse un vaste espace à tous les musiciens ; Dominique la sauterelle va pouvoir s'éclater !

Comme à son habitude lors des concerts européens, Domi a préparé ses p'tites feuilles de commentaires traduits dans la langue locale. Je me surprends à comprendre son anglais, malgré mon niveau médiocre ! Quoiqu'il en soit, dès qu'il se saisit de sa guitare style "requinto", on sait que ce sera l'insolent "Sourire" qui s'enchaine. Le ton est donné pour un concert qui alternera les atmosphères poétiques (L'homme sûr), romantiques (Chaque jour que le soleil fait), souriantes (Triste carnaval), recueillies (Au bord du précipice), nostalgique (Quel dommage), ou indignées (Matière première). Cette palette d'émotions sincères est parfaitement exprimée par des mélodies et des rythmes enivrants dont on ne se lasse pas. J'imagine que les auditeurs anglais ne captent pas davantage les textes que ce que je capte de ceux de Marillion, mais je veux croire qu'ils en saisissent les grandes lignes. Suffisamment en tous cas pour réaliser combien LAZULI constitue un ensemble, un concept artistique à part, appréciable tant sur le plan musical que philosophique. Heureusement, il ne s'agit pas d'une école de pensée avec ses dictats ; Domi sait qu'il s'adresse à un public tolérant et varié. Il s'agit juste de commentaires, de nature à porter une réflexion sur notre société, notre environnement.

La prestation musicale de cette soirée demeure conforme à l'admiration que nous vouons à chacun d'eux ; les frangins demeurent logiquement en accord parfait, les complices Romain et Arnaud continuent admirablement de mettre tout leur talent entretenu (dans leurs activités parallèles), au service de LAZULI. Quant à Vincent, de toute évidence il se régale à cadencer tout ce petit monde, à percuter tous les esprits !

Cette cohésion est ressentie par un public composé de purs mélophiles. Pour l'anecdote, à la fin du concert, parmi les auditeurs admiratifs, un couple anglais qui nous avait remarqué (les seuls spectateurs français de la salle, pensez donc !) nous interpelle pour en savoir davantage, avant de tenter de leur parler ; c'est une découverte pour eux, ce soir ! Preuve en est, si nécessaire, que même dans une petite ville de province anglaise, dans une salle a peine remplie (pour ne pas dire à moitié vide !) LAZULI parvient à séduire ! Ah, si seulement les média pouvait s'emparer de … et puis non. Gardons-les pour nous, épicétou.

Nous assumons les revoir pour la quatrième fois sur cette même tournée, et nous ne bouderons donc pas le florilège choisi, qui ne diffère pas du début de la tournée. Au fil des tournée, je m'impatiente juste d'entendre d'autres titres plus anciens (disons avant 2010) ; non pas qu'il faille comparer, juste se souvenir !

Dix-sept titres (sans compter le traditionnel final avec le marimba), quatre albums. Onze issus de "Être et ne plus Être", quatre de "11", un de "4603 Battements", et un de "Tant que l'Herbe est grasse". Les Neuf Mains autour d'un Marimba expriment d'abord l'air habituel. Ensuite, une improvisation inspirée de leur propre répertoire "les courants ascendants". De la contrainte horaire qu'imposent deux premières parties, il résulte l'éjection d'un titre, "Mon Body se meurt" ; il fallait probablement en sacrifier un, mais je n'aurais pas désigné celui-là… mais bon.

PROGRAMME
Être et ne plus être (Être et ne plus être, 2026)
Sourire (Être et ne plus être, 2026)
Qui d'autre que l'autre (11, 2023)
Une chanson cherokee (Être et ne plus être, 2026)
Les 4 mortes saisons (Être et ne plus Être, 2026)
L'eau qui dort (Être et ne plus être, 2026)
Le miroir aux alouettes (4603 Battements, 2011)
Quel dommage (Être et ne plus être, 2026)
Triste carnaval (11, 2023)
L'homme sûr (Être et ne plus être, 2026)
Matière première (Être et ne plus Être, 2026)
Parlons du temps (11, 2023)
Chaque jour que le soleil fait (Être et ne plus être, 2026)
Le Pleureur sous la Pluie (11, 2023)
Les courants ascendants (Tant que l'herbe est grasse, 2014)
L’Instant (Être et ne plus Être, 2026)
Au bord du précipice (Être et ne plus être, 2026).
RAPPEL :
9 mains autour d'un marimba.

Notre hôtel étant à moins de cinq minutes à pied, la bière n'étant pas mauvaise, nous prolongeons la soirée dans cette salle agréable, en compagnie notamment des musiciens et d'Ali le fidèle et efficace ingé'son.


Après une matinée touristique dans Southampton (…), notre retour à Londres me permet de retrouver mon p'tit Alhambra-hôtel que j'affectionnais depuis quelques décennies. Son attrait réside toujours dans sa proximité avec la gare Saint-Pancras, mais cependant son propriétaire a changé. Le Paki ne propose plus le même service. Si le cadre et les chambres demeurent propres et (relativement) confortables, en revanche il ne propose plus de petit-déjeuner. La contrepartie d'une nuitée modique, à Londres.

Le 15 octobre 2026 : LONDON, 229 The Venue.

Si le nom de cette salle (sise 229 Great Portland St, W1W 5PN London), ne brille pas par son originalité, en revanche, elle séduit par son aspect cocon. Son accès est étonnant ; une porte se dresse d'un espace piéton, et précède un escalier qui plonge dans un sous-sol tortueux. Puis on pénètre un antre douillet à l'éclairage tamisé. En fait, le complexe comprend deux salles distinctes ; la grande (que nous ne verrons pas) peut accueillir 620 personnes debout, et la petite (où nous demeurons) peut accueillir environ 150 personnes. Les deux pouvant être combinées.

Ouverture des portes : 19:00. Nos amis Véro et Xavier nous rejoignent. Nous sommes cinq Français, fixés au premier rang, ne laissant ainsi qu'un seul Anglais entre nous ! Mais le reste du public londonien ne semble pas nous en tenir rigueur.

Eliott LEONETTI [19:25-19:40]

La scène est à l'image de la fosse ; étroite. Les instruments sont imbriqués et laissent peu d'espace pour s'exprimer. Le pauvre Eliott doit se tenir debout cette fois, dressé devant ses outils. Pourtant, il retrouve ses repères et exprime de nouveau ses harmonies rythmées avec une concentration qui ne l'empêche pas quelques regards obliques vers le regard de son papa qui l'admire toujours dans l'ombre du coin de scène.

Les aléas techniques inhérents au genre ont pu tracasser Eliott, mais ils ont au moins le mérite de nous accorder quelques nuances avec la prestation de la veille. En tout état de cause, il termine sous l'ovation bruyante d'un public satisfait !

JONES & SON [20h-20h45].

Le duo prend place dans le faible espace disponible ; l'exubérance des deux hommes est mesurée et ils parviennent donc à se maintenir dans l'ombre de leur pied de micro, sans trop de difficulté.

Sa prestation est similaire à la veille, avec des variantes que je ne suis pas en mesure de déterminer précisément puisque je ne connais pas l'historique. Toutefois, cette seconde prestation achève de nous séduire ; les deux musiciens montrent tant de ferveur et de conviction que même sans comprendre tous les textes, les mélodies énergiques parviennent à captiver l'auditeur.

Nonobstant, le public se montre ici aussi enthousiaste et réceptif aux commentaires, au chant et à la musique de duo, qui sera applaudit chaleureusement.

PROGRAMME (sur la foi de la liste photographiée)
Rise (On Impulse, 2001)
Old Gods (Over the Top, 2016)
The Heroes (Braking Point, 2020)
Superstar (inédit JONES & SON)
Kingstone Corner Blues (The Beachcomber, 2010)
The Black Pilgrim (The Black Pilgrim, 2013)
Down Three Times (The Beachcomber, 2010)
L.I.A.M. (inédit JONES & SON)
Free at Last (A Man Was Made, 2004).

LAZULI [20h55-22h50]

La superficie restreint l'espace de chaque musicien, il interdit tout écran mural, il réduit aussi la densité d'éclairage. L'acoustique de la salle est très correcte ; je ressens cependant le besoin de protections auditives afin de modérer la disproportion du volume avec la taille de la salle, phénomène sans doute accentué par ma proximité avec les enceintes. Sur un plan technique, il aura fallu quelques réglages sur la console de Claude pour affiner le son, mais rien d'insupportable heureusement.

Domi demeure intenable, en dépit du faible espace dont il dispose, il parvient toutefois à sautiller dès que les frappes de Vincent imposent des rythmes dansants !

Globalement la prestation ne diffère pas de la veille ; la contrainte horaire demeure et impose une nouvelle fois l'éjection du titre "Mon Body se meurt". Quel dommage, si j'ose dire…

L'auditoire londonien exulte ; les articles lus sur la Toile le lendemain montrent que cette joie n'était pas feinte.

Le programme est identique à la veille.


Des deux concerts, j'ai préféré celui de Southampton, question de confort. Mais les deux furent de formidables moments d'évasion ! Vivement un vingt-cinquième concert ce 21 novembre, à Paris !

Nous aurions volontiers suivi LAZULI les deux jours suivants (surtout au fameux Trading Boundaries de Fletching-Uckfield, puis à Chepstow). Mais un malheureux conflit de dates nous imposait un retour à Paris. (Cela dit, a posteriori, nous ne le regretterons plus car Claude y a connu des soucis avec sa Léode, et de surcroit, notre autre rendez-vous musical aura été un régal !)

Maintenant que nous disposons de l'ETA (sans vouloir insulter les Basques), nous comptons bien cibler davantage le Royaume-Uni. D'ailleurs, RUSH constitue d'ores et déjà une autre cible londonienne d'ores et déjà verrouillée, en mars 2027. Dans le viseur, MOSTLY AUTUMN pourrait prochainement nous pousser à visiter la médiévale York !


samedi 26 septembre 2026

THE DEAR HUNTER– Petit Bain (Paris 13ème) – samedi 26 septembre 2026.

Voilà un groupe inclassable qui semble prendre un malin plaisir à entretenir l'envie par la rareté. Rareté des albums, qui deviennent insaisissables peu de temps après avoir été édités. Rareté de ses passages en Europe.

FRUSTRATIONS. Tellement rare, que j'aurais très bien pu ignorer son existence, si je n'avais pas été alerté en aout 2009 par une discussion sur un forum musical, qui était par ailleurs dédié à Porcupine Tree. Intrigué par tant d'éloges, j'avais téléchargé l'album "Act III, Life and Death" (2009). Dès la première écoute, je fus immédiatement séduit par ses sonorités très mélodieuses et rythmées. J'ai pourtant eu le tort de procrastiner ; cette pépite est désormais introuvable (je signifie à l'état neuf et à prix raisonnable, bien évidemment !). Les albums précédents et les suivants sont tout aussi fabuleux et tout aussi rares… Je suis parvenu cependant à acquérir "Act V : Hymns with The Devil in Confessional" (2016), "Migrant" (2013) et "Act IV : Rebirth In Reprise" (2014).

Le neuvième album studio, " Sunya ", qui est paru le 20 mars 2026, n'est pas davantage accessible puisque, absent de la vente en Europe, on peut acquérir le CD sur le site officiel, proposé à 11 €, mais le seul frais de port est à … 26,43 € !

Ma p'tite Fée et moi, étions déjà festivaliers habituels du Midsummer festival, lorsque THE DEAR HUNTER fut annoncé pour le samedi 24 juin 2023. J'étais alors assez naïf pour imaginer que j'allais enfin disposer d'une offre à une échoppe digne de ce nom, dotée de tous les objets du désir. Que nenni, de manière incompréhensible et consternante, rien ; aucun album, une échoppe quasi vide (juste un t-shirt ordinaire). De surcroît, les musiciens furent inaccessibles en dehors de la scène… Leur désintéressement pour le commerce de leur Art peut paraitre certes honorable, mais il me parait surtout très frustrant…

Comme pour attiser encore la convoitise, le présent concert était initialement prévu le 27 septembre 2025, avant d'être reporté. Un report ainsi excusé : " À nos chers amis et fans du Royaume-Uni et d'Europe, je suis au regret de vous annoncer que j'ai décidé de reporter notre prochaine tournée britannique et européenne à 2026. Nous avons la chance de pouvoir vous communiquer ces dates dès aujourd'hui. Les musiciens et moi-même sommes toujours ravis de pouvoir nous produire à l'étranger, mais pour diverses raisons, tant personnelles que professionnelles, j'ai dû prendre cette décision difficile.

La raison principale est que nous espérons vous présenter un certain nombre de choses très spéciales l'année prochaine, et bien que les progrès réalisés sur tous les projets aient été inspirants et gratifiants, je suis encore loin d'avoir atteint mes objectifs, et malheureusement, le seul moment opportun pour finaliser les choses se trouve pendant cette tournée à venir.

Je n'ai pas pris cette décision à la légère et je suis conscient de l'impact qu'elle aura sur les gens, leurs projets et l'argent qu'ils ont dépensé pour nous soutenir et nous rejoindre le mois prochain. Nous espérons que vous serez là l'année prochaine et que, lorsque nous pourrons enfin vous dévoiler le fruit de notre travail, vous penserez que cette décision en valait la peine."

Quoiqu'il en soit, à l'instar de l'année dernière, THE DEAR HUNTER était également attendus au BeProgMyFriend festival à Barcelone. En dépit d'une tentation réelle, j'y ai renoncé mais, dès le 21 avril je me suis procuré le Sésame pour ce soir et basta !… Je fus bien inspiré puisque le guichet fut rapidement fermé !


ATTENTE. Le concert de ce soir est annoncé complet depuis plusieurs semaines. Nous nous attendions donc à trouver une file imposante en arrivant. Fort heureusement, nous sommes arrivés alors que seul un couple, venu de Toulouse, attendait.

Nous nous lamentions avec eux sur la difficulté de suivre et soutenir le groupe, lorsque notre attente est opportunément ponctuée par l'apparition de Nick Crescenzo, le frangin du Patron. S'il pensait se détendre sur le quai, au calme avant l'arrivée du gros des troupes, bah c'est raté. Mais derrière un aspect bourru, le gars est en fait très sympathique et souriant. Même pour écouter mes revendications bassement matérielles ; il m'explique qu'ils sont à la recherche d'une maison de disque qui serait capable de mieux diffuser leur Musique… (ainsi soit-il …). Bref, après un portrait impératif, je retourne dans la file, heureux comme un gamin qui revient du sapin de Noël (oui, j'avoue il m'en faut peu).

La file d'attente qui s'étire finalement devant la péniche est impressionnante.


LE CONCERT. Dès l'ouverture, avec ma P'tite Fée, nous prenons place, de manière à disposer d'un point de vue idéal sur la scène. La proximité des enceintes ne sera absolument pas nuisible, l'ingénieur du son démontrera une excellente maitrise des équilibres et du volume.

Un regard sur le public nous impose une première observation ; de notre microcosme seul Alain, un ami mélomane est présent. La fosse est bondée d'un auditoire jeune (peu de têtes grises ou chauve !), très féminin et hétéroclite. Nous nous interrogeons sur l'origine de leur auguste intérêt ; il me semble peu probable qu'il émane de nos chers médias, davantage enclin à diffuser une infâme bouillie sonore. Plus probablement, il est permis d'imaginer que cette affluence résulte d'une propagation confidentielle particulièrement efficace. Il existe bien un monde parallèle au mien, décidément.

Les Britanniques REDWOOD était prévu pour ouvrir la soirée en 2025, mais le promoteur Take Me Out a désigner les Parisiens POWELS en remplacement. Moins exotique. Quoique…

POWELS [20h-20h30].

Le quatuor parisien a été fondé par Maxime Guiot et Matthieu Gadel. Son concept de base est de composer des bandes-son de films, sur le thème du surf … Il en décline un style musical qui pourrait être défini comme un mélange agréable et léger de rock californien, avec un zeste de psychédélique et de pop solaire. Un premier monoplage, opportunément intitulé " Malibu ", est paru fin 2025.

Maxime Guiot (chant, guitare rythmique), et Matthieu Gadel (guitare), sont entourés de Rafaël Valleran (batterie) et Matthias Roux (basse).

La sonorisation est à l'image de la musique exprimée ; légère, dansante et chantante, tout en douceur. D'ailleurs je m'étonne de voir un linge étalé sur la caisse claire, comme pour atténuer encore davantage les frappes. La basse Rickenbacker laisse entendre distinctement ses accords qui saccadent énergiquement ceux des guitares. Matthieu Gadel semble avoir été biberonné aux sonorités de Mark Knopfler, tant son jeu nous parait similaire.

Le temps imparti est court mais suffisant pour exprimer plusieurs compositions inédites, initialement créées pour des projets de vidéos censées inspirer des glissades ensoleillées sur les vagues.

Le public se dandine gentiment, les sourire et les acclamations montrent un plaisir partagé.

PROGRAMME
(à déterminer)



THE DEAR HUNTER [21h-22h35]
https://thedearhunter.com/

Petit rappel historique sur le groupe. A l'origine, en 2005 s'il s'agissait davantage d'un projet personnel de Casey Crescenzo, alors qu'il était encore membre de THE RECEIVING END OF SIRENS, à Providence, (Rhode Island, États-Unis). Il enregistre donc ses premières démonstrations qui seront réunies sous le titre "Dear Ms. Leading" ; un CD bien évidement introuvable (lui aussi). Le 2 février 2006, il joue une première fois ses titres en public, en ouverture de soirée pour son autre groupe. Cette étape marque le début de THE DEAR HUNTER qui prend forme en mai, avant d'enregistrer un premier véritable album en septembre, qu'il intitule " Act I: The Lake South, The River North ". Visiblement, avec un titre pareil, le Monsieur avait de la suite dans les idées ! Ce fut en réalité le premier volet d'un audacieux concept, relaté en cinq albums retraçant "la vie d'un garçon nommé Hunter, à l'aube du XXe siècle".

De nombreux autres projets ont abouti, à ce jour, à neuf albums studio et plusieurs mini-albums intermédiaires, allant même jusqu'à ré-instrumentaliser et réenregistrer certains d'entre eux. Avec l'aide du directeur de la photographie Justin DeLuna et l'auteur/acteur Dustin Reade, il a récemment réalisé un documentaire musical intitulé " North American Tour 2023 ". Apparemment insatiable et jamais à court d'idées, il a récemment annoncé travailler sur un nouveau concept de neuf albums inspiré "des sept couleurs de l'arc-en-ciel et des deux tons noir et blanc"…

Durant la présente tournée, THE DEAR HUNTER se présente en quintuor ; Casey Crescenzo (chant, talkbox, guitare, claviers), est entouré de son frère Nick Crescenzo (batterie), Maxwell Tousseau (guitare, depuis 2010), Robert Parr (guitare, depuis 2011), et Nick Sollecito (basse, depuis 2011).

L'actualité du groupe étant la parution récente de "Sunya", le programme débute énergiquement avec "Marauders" enchainé avec "The Bazaareteria". Immédiatement, les talents de multi-instrumentiste de Casey sont remarquables ; il alterne avec aisance et brio ses claviers, sa guitare, ou encore son "talkbox". Cette maitrise totale nous plonge dans un bain de pur bonheur.

Dès les premiers accords nous sommes rassurés sur l'acoustique, dont l'équilibre ne se démentira pas de la soirée. La voix est clairement distincte et chacun des protagonistes peut exprimer les mélodies attendues.

La complicité entre les musiciens semble authentique ; elle se traduit par une atmosphère à la fois joyeuse et agréable. Les textes sont aussi complexes que les structures musicales et pourtant THE DEAR HUNTER emporte toutes les humeurs de son auditoire, venu pour oublier un quotidien morose. Bien évidemment, toutes les subtilités du studio ne sont pas reproductibles sur scène, et Casey a estimé judicieux d'introduire de rares nappes préenregistrées, mais celle-ci sont négligeables. Il n'en abuse pas et, avec ses complices, il assume la majeure partie des harmonies, y compris les sonorités cuivrées que le clavier imite parfaitement. A cet égard, Robert Parr s'amuse souvent à émettre des sons atypiques qui m'ont surpris plus d'une fois.

Cette Musique me ravit les tympans par des sonorités éclectiques et hybrides, qui pour ma part me rappellent souvent celles exprimées par TOTO (pour les aspects funky et jazzy), par QUEEN (pour les chœurs puissants et les mélodies), ou encore par DREDG et par ECHOLYN. Avis aux amateurs desdits groupes car THE DEAR HUNTER s'exprime dans cette galaxie avec une originalité rafraichissante !

Nous avions déjà été conquis lors de leur exaltante mais trop courte prestation en plein air, dans l'enceinte de l'Openluchtheater du Midsummer festival, mais cette fois, dans ce cocon du Petit-Bain, nous avons été davantage en mesure d'apprécier pleinement ces Américains. En outre, la personnalité décontractée et espiègle de Nick et Robert entretient une belle complicité …

Notre bonheur est manifestement partagé, au vu des sourires et des déhanchements qui animent la fosse. Je demeure heureusement étonné de voir le public chanter les paroles, faisant d'eux de bien plus fervents admirateurs que moi, en fait. Mes scrupules de ne pas entretenir ma mémoire et mon anglais refont surface.

Les absents ont toujours tort, c'est bien connu. Cette soirée ne dérogera pas à la règle.

Au rayon des bonnes nouvelles, à croire les commentaires de Casey, il semblerait que nous soyons susceptibles de revoir THE DEAR HUNTER en France (on ne sait pas quand)… De surcroit, il proclame qu’un nouvel album serait prévu au cours de l'année 2027 !

Je suis particulièrement ravi par le florilège interprété ce soir ; ils ont choisi quatre de leurs albums pour en interpréter quatorze titres. Leur plus récente production, " Sunya " est valorisée avec cinq titres. Quatre morceaux sont issus de leur splendide album " Act IV " (2015),  trois de " Antimai " (2022) et deux de "Act V" (2016).

PROGRAMME
1.       Marauders (Sunya, 2026)
2.       The Bazaareteria (Sunya, 2026)
3.       Ring 7 - Industry (Antimai, 2022)
4.       Wait (Act IV : Rebirth in Reprise, 2015)
5.       The Most Cursed of Hands (Act V: Hymns with the Devil in Confessional, 2016)
6.       The Glass Desert II : Cliffs and Stormlands (Sunya, 2026)
7.       The Bitter Suite IV and V : The Congregation and the Sermon in the Silt (Act IV : Rebirth in Reprise, 2015)
8.       At the End of the Earth (Act IV : Rebirth in Reprise, 2015)
9.       Ring 5 - Middle Class (Antimai, 2022)
10.   Ring 4 - Patrol (Antimai, 2022)
11.   The Revival (Act V : Hymns with the Devil in Confessional, 2016)
12.   The Glass Desert III : The Plains (Sunya, 2026)
13.   Waves (Act IV : Rebirth in Reprise, 2015)
14.   Sunya (Sunya, 2026).

A l'échoppe, à défaut des CD vainement espérés, nous nous procurons chacun notre t-shirt de la tournée, moyennant 30€, histoire de les soutenir et de conserver un souvenir de cette magnifique soirée flottante… sur la Seine.








vendredi 25 septembre 2026

IQ + ESTHESIS – ALHAMBRA (Paris 10) – vendredi 25 septembre 2026

Le style dit "néo-prog" est réputé la branche la plus accessible dans la grande famille du rock progressif. Toutefois, si IQ y est bien référencé, sa Musique se mérite ; elle nécessite une écoute particulièrement attentive et recueillie. Elle exprime souvent la mélancolie et le désespoir et cependant elle anime une intense sensation de plénitude. Elle ne se chantonne pas, ou difficilement, car les intonations vocales mineures de Peter Nicholls, et les soli de Mike Holmes sont d'une complexité admirable.

C'est la raison pour laquelle le retour d'IQ sur une scène parisienne, un an après leur précédente prestation au Casino de Paris (les 26 et 27 septembre2025) constitue une excellente surprise ! Rappelons qu'avant sa prestation mémorable au Café de la Danse le 21 septembre 2024, il s'était passé vingt-deux années d'absence ! Pourtant, Peter Nicholls a maintes fois montré une certaine francophilie (ce n'est pas rien de le souligner venant d'un Anglais !) ; durant les concerts, il tente toujours d'exposer en français (ou dans un franglais sympathique) ses chansons. Encore récemment, il a fait une promotion sur internet pour cette soirée, avec quelques mots en français.

Pour parfaire la soirée, l’organisateur AKAYAMA Productions a eu la bonne idée d'inviter ESTHESIS, qui va ainsi pouvoir enfin s'exprimer sur une grande scène parisienne (après celle de la péniche Antipode, il y a quatre ans).

L'Alhambra serait de nature à m'attirer plus souvent, surtout pour son acoustique. Mais le plus bel écrin pourra toujours exposer un caillou ; il ne fera croire à personne qu'il s'agit d'un diamant. A l'instar de La Cigale, la programmation demeure désespérément peu attractive. Les artistes susceptibles de s'y produire ne manquent pourtant pas, mais le manque d'audace et d'investissement des organisateurs français demeure un sujet de consternation pour les mélomanes de notre microcosme...

Notre petit équipage d'aventuriers de l'espace sonore prend place au balcon, en placement libre (tiens, ça me rappelle une douce époque révolue !). Nous optons pour des fauteuils sur notre droite, en surplomb de la scène. Nous prenons toutefois la précaution de demeurer en retrait des inquiétantes enceintes suspendues. Mais celles-ci ne nuiront finalement pas à notre confort d'écoute ; d'ailleurs, le compteur de décibels de la salle (qui était visible sur notre flanc) n'excèdera pas 110 Db, une moyenne plus proche des 90.

De notre place, on constate que la salle peinera à se remplir. Ce qui anime de nouveau cet éternel sentiment paradoxal; d'un côté; un agacement de l'injuste manque de notoriété de IQ qui mériterait une meilleure reconnaissance de son talent collectif, et d'un autre côté, la satisfaction de vivre un évènement privilégié entre mélophiles complices, dans une salle de taille raisonnable. Heureusement, une bonne part de notre microcosme est là ; certains venus depuis les Hauts-de-France, de Normandie, et d'Occitanie.

ESTHESIS [19h00-19h50] https://www.esthesismusic.com/

MINI BIO. Le projet d'Aurélien a pris forme dès 2013. La parution de son premier mini-album (35 mn), "Raising Hands" (2019) constitua déjà la démonstration d'un véritable potentiel. Depuis, son talent de composition et d'interprétation ne cesse d'évoluer. Les albums studio s'enchainent, les espoirs placés dans ce groupe français mais anglophone, ne se démentent pas ; "The Awakening" (2020), "Watching Worlds Collide" (2022), ont ainsi précédé un troisième opus, "Out Of Step" paru le 31 octobre 2025. La sphère culturelle française est toujours aussi peu inspirée pour promouvoir ses meilleurs talents, pourtant la notoriété d'ESTHESIS s'accroit. Moins par l'intermédiaire des médias (hormis quelques sites très spécialisés, connus dans notre microcosme) que grâce à une propagation confidentielle (mais passionnée), mais aussi grâce à des articles admiratifs parus dans la presse européenne spécialisée, notamment d'Outre-Manche.

Peu à peu ESTHESIS acquiert une expérience scénique qui accentue sa notoriété au sein de notre communauté de progueux. Pour ma part, je n'ai assisté à un premier concert d'ESTHESIS qu'à l'occasion du Festival CRESCENDO le 20 aout 2022. Au fil des prestations, nous avons pu admirer l'évolution ; le 3 juin 2023 CHEZ PAULETTE, puis le 16 juillet 2023 au Festival LORELEY, et enfin le 21 octobre 2023 au festival PROG EN BEAUCE. A chacune de ces étapes, j'ai admiré le cheminement du groupe qui m'a convaincu de sa capacité à séduire les scènes françaises et européennes. Je ne peux pas m'empêcher d'observer avec admiration le parcours d'Aurélien depuis l'époque préhistorique (avant 2013, donc !), durant laquelle, alors que nous assistions aux concerts de nos artistes préférés, je l'écoutais me confier ses honorables ambitions artistiques. J'ai connu tellement de musiciens tout aussi enthousiastes, que je n'imaginais pas sa réussite en quelques années !

Après quelques évolutions d'effectif de 2016 à 2020, la composition d'ESTHESIS semble stabilisée. Chacun contribue à emmener l'auditeur dans des contrées progressives, éthérées et puissantes. Aurélien Goude (claviers, chant) a maintenu son cap ; il est actuellement entouré de Marc Anguill (basse, depuis 2020), Arnaud Nicolau (batterie, depuis 2020), Mathilde Collet (chœurs, progressivement depuis 2020), puis de Remi Geyer (guitare, depuis 2023).

LE CONCERT. Aurélien se dresse au centre avec son clavier et son micro ; derrière lui trône la batterie, à sa gauche son bassiste, derrière lequel se dresse le micro de choriste (pour la suite), à sa droite son guitariste. En dépit de son statut d'invité, ESTHESIS a bénéficié globalement de bonnes conditions. Certes, la scène était partiellement encombrée du matériel des artistes suivants, mais l'espace fut cependant largement suffisant pour s'exprimer. Grâce à une sonorisation satisfaisante, en dépit de quelques segments de début qui furent rapidement équilibrés par la console, les pupitres furent audibles et respectueux des intervenants. L'un des trois écrans muraux a été cédé par IQ pour laisser paraitre le logo d'ESTHESIS.

D'entrée, avec le second volet de "Raising Hands" tiré du premier album studio, la prestation débute de manière convaincante. Le morceau est parfaitement en place et entraine son auditeur dans un premier tourbillon émotionnel. Aurélien mène les harmonies exprimées par son groupe avec une bienveillante autorité et une compétence évidente. Son clavier accompagne ou mène une Musique dont les influences progressives rappellent souvent un certain Monsieur Wilson, sans toutefois s'y complaire totalement.

© Hervé "Not Only Prog"

Pour le deuxième titre, Mathilde apparait sous un halo, puis l'introduction annonce "The Frame", un titre que j'apprécie tout particulièrement, issu du plus récent album "Out Of Step". Les micros tardent un peu à s'équilibrer pour laisser percevoir les chœurs mais tout rentre heureusement dans l'ordre au couplet. Ce morceau constitue la première des quatre allusions à l'actualité du groupe. Mathilde sera opportunément présente sur certains titres pour optimiser les mélodies de sa fraicheur élégante. Une intervention particulièrement saisissante sur "The Storm".

Toujours aussi efficace, Marc Anguill impose ses accords puissants notamment sur "Amber", dont l'interprétation est particulièrement entrainante, grâce aussi aux cadences subtiles et puissantes d'Arnaud Nicolau. Remi Geyer entretient le sentiment d'une intégration réussie au sein du groupe, en délivrant ses soli qui sillonnent joliment les morceaux.

Le public s'enivre dans cette Musique et s'évade dans l'univers d'un rock progressif à la fois puissant et subtil. La complicité entre les musiciens valorise leurs talents ; on ne peut que souhaiter davantage d'opportunités de concerts pour encore parfaire les transitions.

Visiblement l'ensemble de la prestation aura incité de nouveau mélophiles à s'intéresser à ESTHESIS. Le public est conquis et ovationne chaleureusement le quintuor honoré.

ESTHESIS a choisi un florilège de sept titres pour présenter sa discographie, dont quatre issus de "Out Of Step" (2025).

PROGRAMME

  1. Raising Hands (Pt 2) (Raising Hands, 2019)
  2. The Frame (Out of Step, 2025)
  3. Fractured #1 (Out of Step, 2025)
  4. Out of Step (Out of Step, 2025)
  5. Amber (Watching Worlds Collide, 2022)
  6. The Storm (Out of Step, 2025)
  7. No Soul to Sell (The Awakening, 2020).


IQ [20h30-22h34] https://www.iq-hq.co.uk/

MINI BIO. Son ancêtre THE LENS (1976-1981) était déjà composé de Mike Holmes, Peter Nicholls et Martin Orford. De ce laboratoire naquit IQ, cofondé en 1981 par Mike Holmes et Martin Orford (parti en 2007). Depuis une quinzaine d'années, en dépit de quelques inexorables turbulences, ce quintet britannique, semble former un groupe stabilisé; le pilier Mike Holmes (guitares, claviers, chœur depuis 1981) est entouré de Tim Esau (basse, chœur de 1981 à 1989, et depuis 2011), Peter Nicholls (chant de 1982 à 1985, et depuis 1989), Paul Cook (de batterie de 1982 à 2005, et depuis 2009), Neil Durant (claviers depuis 2011).

A l'origine très influencé par d'augustes ainés tels que Genesis, IQ s'est vite émancipé et a largement contribué à façonner la galaxie dite du " néo-prog ". Au fil des albums et des scènes, IQ s'est distingué par son style singulier. Un son, et des harmonies sans concession, reconnaissables dès les premières mesures.

Après quarante-quatre années d'une activité ponctuée d'albums aux parutions espacées, "Dominion" n'est que son treizième album studio qui parait le 28 mars 2025. Ce concert s'inscrit dans une tournée anniversaire de onze dates qui a débuté le 13 février 2026 à Bury (UK) et qui se terminera le 19 décembre 2026 à Londres. On sait déjà que d'autres dates sont annoncées en 2027…

Dans sa catégorie, IQ figure dans mon Panthéon de ces artistes (MARILLION, PENDRAGON, MOSTLY AUTUMN, ARENA, entre autres) dont j'écoute les albums sans peine et inlassablement. Pourtant, je ne revois IQ que pour la sixième fois ce soir. Je m'en veux d'avoir manqué beaucoup de ses concerts auparavant, en particulier ses trois prestations au Théâtre Dunois (Paris 13e), tout près de chez moi à l'époque (5/11/94, 28/4/96, et 4/4/98) !

Bref, trêve d'analepses aussi inutiles que douloureuses, je ne cache pas mon plaisir de revoir ces Anglais avec une fréquence accrue …

LE CONCERT. Lors de sa double prestation des 26 et 27 septembre 2025 au Casino de Paris, IQ n'avait interprété que deux titres issus du fantastique album "Dominion" ; "Far from Here" et " Never Land ". Le morceau éponyme avait été interprété au Café de la Danse. Il me restait à entendre sur scène "The Unknown Door" que j'apprécie tout particulièrement… Un vœu heureusement comblé ce soir !

Le concert débute dans une atmosphère mystique aux sonorités d'un orgue d'église avec "Sacred Sound", un monument d'une dizaine de minutes, tiré de l'album superbe "Dark Matter" (2004). Un pur bonheur pour introduire cette grand'messe du rock progressif !

La sonorisation pour la soirée m'a paru parfaitement équilibrée, laissant idéalement épanouir le talent de chaque artiste ; les accords aériens de Neil Durant dont les claviers ont constamment magnifié les atmosphères, les soli étourdissants de Mike Holmes, pendant que la section rythmiques assurée par Tim Esau et Paul Cook ont élégamment soutenu l'ensemble. J'admire surtout la singularité de Peter Nicholls qui chante et mime sobrement des chansons émouvantes, avec une justesse surprenante dans ces tonalités mineure, et un timbre qui accentue ainsi l'émotion et un sentiment de compassion. Ses tentatives de communication avec le public sont pleines de bonnes volontés et de convivialité ; elles le rendent d'autant plus attachant. Comme souvent dans le rock progressif, un auditeur impatient, une oreille non avertie, pourrait mal percevoir les sonorités alors qu'elles sont d'une richesse extraordinaire. On pardonne quelques négligeables pistes préenregistrées (notamment le sifflet champêtre sur " Stronger Than Friction "), ces merveilleux musiciens assument parfaitement sur scène leurs pupitres. De notre balcon nous étions idéalement placés pour observer attentivement chaque intervention.

L'éclairage est relativement sombre, logique dans le cadre des atmosphères exprimées, mais l'orientation des projecteurs est judicieusement opérée et permet de bien distinguer les artistes. En fond de scène, trois écrans illustrent les séquences.

Toutes les chansons d'IQ sont de nature à m'émerveiller, mais ce soir j'ai espéré et obtenu "The Unknown Door", le titre de vingt-deux minutes qui ouvre le dernier album paru, et qui est joué pour la cinquième fois sur une scène, mais pour la première fois en France. Enorme moment d'émotion pour moi, toutes ses subtilités ont été interprétées avec brio. Dès les mesures cuivrées pour l'introduction jouées par Neil, puis le relais de Mike qui a temporairement abandonné sa guitare pour soutenir l'ambiance sur un second clavier ! Puis Mike va s'asseoir pour mieux s'appliquer sur une guitare acoustique. Ensuite, l'ensemble harmonique du quintuor exprime la quintessence, la beauté musicale absolue telle qu'IQ est capable de produire ! Une alternance de séquences variées et bouleversantes telles que seul le rock progressif est susceptible de m'apporter. Un pur régal pour mélomane exigeant ! Enooooooooooooorme, je vous dis !!

© Hervé "Not Only Prog"

Bien entendu, hormis cette acmé émotionnelle personnelle, tout le concert fut un enchaînement de plaisirs auditifs ; en citer un, serait insulter tous les autres.

Grand autre moment d'émotion, sur scène cette fois, lorsqu'à l'occasion de "Never Land" Peter Nicholls rend hommage à Mark Westwood, un membre de l’équipe technique du groupe, un ami surtout, décédé en septembre 2026. L'émoi douloureux était perceptible par le public. Nouvelle preuve, s'il en fallait une, de la grande sensibilité de ces artistes.

Le public de ne s'y trompe pas, il ovationne dans une exaltation légitime.

Certes, le programme diffère peu des récents concerts parisiens, pourtant le plaisir demeure… IQ nous a accordé ce soir un excellent florilège tirés de neuf albums, avec treize titres magnifiques, dont trois issus de "Dominion", deux de "Frequency", deux de "Subterranea", un de "Dark Matter", un de "Ever", un de "Nomzamo", un de "Tales From The Lush Attic", un de "The Road Of Bones", un de "The Wake".

PROGRAMME

  1. Sacred Sound (Dark Matter, 2004)
  2. From the Outside In (The Road Of Bones, 2014)
  3. Far from Here (Dominion, 2025)
  4. No Love Lost (Nomzamo, 1987)
  5. Stronger Than Friction (Frequency, 2009)
  6. State of Mine (Subterranea, 1997)
  7. Through the Corridors (Oh Shit Me!) (Tales From The Lush Attic, 1983)
  8. The Unknown Door (Dominion, 2025)
  9. Subterranea (Subterranea, 1997)
  10. Leap of Faith (Ever, 1993)
  11. Closer (Frequency, 2009)
  12. Never Land (Dominion, 2025).

RAPPEL :

  1. The Wake (The Wake, 1985). 

La fin du concert laisse place aux inévitables échanges d'impressions entre mélomanes passionnés, qui se rejoignent dans l'exaltation et la sensation d'avoir vécu à nouveau un Grand moment de bonheur ensemble.

Nos conversations s'étendent vite à nos compliments adressés aux membres d'ESTHESIS, disponibles à son échoppe. Aurélien demeure évidement accessible et modeste, c'est toujours un plaisir de dialoguer avec lui, Mathilde et ses partenaires. A son image, Marc Anguill demeure d'une modestie et d'une amabilité qui fait de lui un interlocuteur franc et agréable. Idem pour Remi Geyer dont le recrutement s'avère une belle affaire autant humainement que musicalement. Il me parait toujours plus confortable de faire part de mes sentiments en français ; c'est moins compliqué, on peut exprimer les subtilités !

Et pourtant, je vais tâcher de retrouver quelques reliquats de mon anglais lorsque vont apparaitre les membres d'IQ ! Peter Nicholls m'apparait d'abord, détendu et disponible ; il accepte d'écouter mes propos émus et sans doute quelque peu confus, mais qui lui paraissent d'autant plus sincères qu'il m'accorde une accolade aussi inattendue qu'émouvante. Je n'aurais jamais imaginé ce personnage, d'apparence austère, aussi aimable et réceptif !

A peine remis de cet évènement je sors sur le trottoir, et au détour de chicanes entre les techniciens en plein chargement des caisses, je ne tarde pas à rencontrer Mike Holmes et Tim Esau, qui se montrent tout aussi disponibles et souriants !

Je conserverai de ces rencontres les portraits qui me semblaient s'imposer, en dépit de mes scrupules à déranger ces artistes très sollicités.