vendredi 17 juillet 2026

SCORPIONS – Palais Omnisport de Bercy (Paris 12) – vendredi 17 juillet 2026.

En dépit d'un contexte caniculaire annonciateur de lendemains inquiétants, je m'attarde sur quelques évanescences d'un passé glorieux qui ressurgit par la grâce de valeureux héros obstinés. Pour notre communauté de mélomanes, les années 80 auront été un tremplin extraordinaire, dont certains vénérables acteurs entretiennent encore la Mémoire. En tout cas la Nôtre, celles qui étaient et demeurent rebelles au dictat médiatique.

Après le retour d'IRON MAIDEN, voici donc celui de SCORPIONS, une Légende vivante depuis 1965 ! J'ai bien failli manquer l'accès à cette soirée, car le concert fut rapidement réputé complet. Cependant, durant le mois de mai, j'ai réussi in extremis à me saisir d'un des rares tickets inopinément remis en vente, pour la fosse. Après cette fenêtre éphémère, le guichet s'est vite refermé.

Certains s'amusent à rappeler que SCORPIONS a maintes fois annoncé la fin de son existence. Mais tant que les prestations me paraissent pertinentes, je maintiens mon estime pour ces vénérables teutons. En partie parce que sa persistance m'entretient dans une douce illusion d'un temps suspendu, mais aussi et surtout parce qu'il continue à exprimer sa Musique avec conviction et talent, tout simplement. Eh oui, ces papy-là font, eux aussi, de la résistance ! Ils sont acccro' et à crocs !!

EUX/EMOIS. La Musique de SCORPIONS, bourrée d'énergie et de mélodies entêtantes, m'a incité à me rendre à un premier concert le samedi 6 mars 1982 (tournée Blackout), qui m'avait durablement marqué (…). Ensuite, je confesse avoir un peu moins suivi car, en découvrant à rebours la discographie, j'avais réalisé la perte que constituait le regrettable départ d'Uli Jon Roth. Ainsi que le malheureux conflit fraternel entre Rudolph et Mickael. Néanmoins, j'ai continué à surveiller avec bienveillance leurs parutions et leurs apparitions ; ce soir, c'est ainsi mon douzième concert des venimeux arachnides.

/!\ Mais l'Histoire doit surtout retenir que le mercredi 29 février 1984, le Palais Omnisport de Paris-Bercy accueillait pour la première fois un mémorable concert de rock. MAMA's BOYS eut le privilège de chauffer cette nouvelle salle pour accueillir SCORPIONS en tête d'affiche!... Et j'y étais, bien sûr !

Hormis ses nombreuses contributions aux festivals, SCORPIONS a invité des artistes notables, tels que MAMA's BOYS (1984) donc, mais aussi CINDERELLA (1988), WINGER (1990), TESLA (1991), et EUROPE (2015) ! Plus anecdotiquement BADGE (1982), GUANO APES (2011), et SLYDIGS (2018). Ce soir, ce sera donc Adam "Bomb" Brenner, un Américain inconnu de mon répertoire.


Mon fils aîné m'accompagne, conscient de l'aspect historique de cette soirée, qui pourrait bien marquer l'ultime concert des Allemands à Paris. Nous nous plaçons tranquillement sur la droite, relativement près de la scène et de son avancée qui sépare la fosse en deux. Le public, intergénérationnel et majoritairement féminin, se montrera enthousiaste mais respectueux.

ADAM BOMB [19h50-20h25]. https://www.adambomb.com/

Adam "Bomb" Brenner semble avoir marqué quelques esprits, surtout outre-Atlantique, mais à mon insu. Né le 14 Août 1963 à Seattle, il y montra un talent remarquable à la guitare, à l’âge de 16 ans. Remarqué, il s'installa à New York ; ce qui lui permit d'accroitre, tout au long des années 1980, une certaine notoriété. Il a participé à des projets qui lui ont permis de fouler des scènes américaines et européennes.

En 2026, il revient en Europe à l'occasion d'une tournée, qu'il a intitulé "Bang Up Summer Tour", dans le cadre de laquelle il a été invité à assurer la première partie de Scorpions en France.

Adam "Bomb" Brenner (chant et guitare, depuis 1982) est entouré de Paul Del Bello (basse guitare, depuis 2006) et Leo "Kid Leo" Cakolli (batterie, depuis 2019). Pour l'anecdote, Adam raconte volontiers le recrutement de son batteur français : "Son groupe de lycée a fait la première partie de mon groupe à Lille en 2018. À l’été 2019, il a remplacé un autre batteur français qui m’avait laissé tomber alors que j’avais une tournée prévue, et Kid Leo est intervenu pour sauver la tournée. Peu après, il a pratiquement rejoint mon groupe à plein temps". On imagine l'invraisemblable aventure américaine vécue par le p'tit batteur ch'ti…

Bref, ce trio apparait sur une scène dont le décor clinquant, limite kitch, m'évoque celui de Rocky Horror Picture Show. Des enceintes constellées de pentagrammes lumineux, un pied de micro enguirlandé de lumières et, de surcroit, la guitare dudit Bomb tapissée de diodes électroluminescentes. Oulalaaah… Une attitude qui ne pouvait que générer une méfiance préalable…

Mais finalement, le type s'en sort honorablement, aidé d'une sonorisation bien équilibrée. Rien de très original, ni sidérant musicalement, mais c'est bien fait et ma foi entrainant. Il use et abuse des postures et clichés habituels du rock, mais chantés et joués avec la conviction d'un adulescent … Un p'tit solo de guitare fait de brèves allusions à d'autres soli emblématiques du rock ; on reconnait ceux d'Angus Young (Thunderstruck), d'Eddie Van Halen (Eruption) et de Jimi Hendrix (Star Spangled Banner). L'hymne américain précède astucieusement l'hymne français. Une démarche enjôleuse qui anime le public, d'autant plus lorsque le trio reprend l'emblématique "Antisocial" (TRUST), intégralement et en français ! Je salue ce choix honorable, car ANTHRAX chante ce titre dans sa version en anglais (encore il y a deux semaines à Lyon).

Les Américains recueillent ce faisant une belle ovation dont ils semblent se réjouir particulièrement. Ils saluent longuement l'auditoire et distribuent à foison baguettes de batterie et plectres. J'en ai saisi un, qui est tombé à mes pieds ; très joli, illustré double face !

Dans sa discographie, il pioché dans quatre albums parus entre 1985 et 2005, pour présenter sept titres.

PROGRAMME

  1. SST (Fatal Attraction, 1985)
  2. I Want My Heavy Metal (Fatal Attraction, 1985)
  3. Pure S.E.X. (Pure S.E.X., 1989)

Solo de batterie

  1. Je t'aime bébé (Get Animal 2, 2000)

Solo de guitare (Adam)

  1. Antisocial (reprise de TRUST)
  2. D.W.I On the Info-Superhighway (Get Animal 2, 2000)
  3. Rock Like Fuck (Rock Like Fuck, 2005).

Bon, honnêtement je ne conserverai pas un souvenir impérissable du monsieur, et je ne me ruinerai pas dans sa discographie, mais il a au moins le mérite notable de me paraitre sincère, et d'avoir animé une bonne première partie de soirée. Ce qui lui était demandé.

SCORPIONS [21h-22h40] https://www.the-scorpions.com/

La présente tournée est intitulée "Coming Home, over 60 years tour".

En effet, depuis l'an dernier on peut considérer que le groupe a passé soixante ans, puisque Rudolf Schenker, alors jeune guitariste âgé de 17 ans, forma à Hanovre, en 1965, un groupe amateur qu'il a nommé THE SCORPIONS. Ce n'est qu'en 1969 qu'il recrute l'actuel chanteur Klaus Meine. Dans la foulée, il engagea son p'tit frère Michael Schenker, mais celui-ci quittera le navire dès la fin 1972 (pour UFO). Le groupe devint professionnel en 1971 et en profita pour changer de nom, ce sera désormais laconiquement SCORPIONS. Un premier album "Lonesome Crow" est paru le 9 février 1972.

Le groupe traversa, comme tant d'autres, les aléas de personnels instables. Mais le groupe DAWN ROAD accepta de se fondre dans SCORPIONS, ça tombait bien car son guitariste virtuose n'était autre que Ulrich Roth, alias Uli Jon Roth ! Entre 1973 et 1978 celui-ci contribuera grandement à l'essor du groupe. Son départ aurait pu être fatal, tant il marqua de son empreinte les quatre fabuleux albums studio de son ère. L'enregistrement en concert "Tokyo Tapes" clôt cette période fastueuse. Mais personne n’est indispensable visiblement, puisque surmontant ce nouvel écueil, le succès commercial n'a cessé de s'amplifier.

Le dix-neuvième album studio, "Rock Believer" est paru le 22 février 2022.

Actuellement le quintuor est composé de Rudolf Schenker (guitare rythmique, chœurs, depuis 1965), Klaus Meine (chant principal, depuis 1969), Matthias Jabs (guitare solo, chœurs, depuis 1978), Paweł Mąciwoda (basse, chœurs, depuis 2003), Micael Delaoglou, dit Mikkey Dee (batterie, depuis 2016).

Une scène lumineuse et vaste est surplombée d'un écran géant sur lequel alterneront des images des musiciens et du public ou encore d'illustrations thématiques. Deux autres écrans latéraux permettent aux auditeurs les plus éloignés de bien voir les musiciens filmés. L'éclairage est merveilleusement impressionnant avec des rampes orientables et multicolores de part et d'autres. De mon point d'écoute, chaque pupitre m'a semblé constamment perceptible, sans excès de puissance.

En venant à cette soirée, je connaissais d'avance le programme, les forces et les faiblesses. Point besoin d'être devin pour imaginer les titres jugés indispensables. Point besoin d'être docteur pour déplorer les effets du temps qui passe sur leur corps, autant que sur le nôtre. Je suis venu pour commémorer une Légende, et pour partager des émotions, avec ce qui reste d'énergie à échanger de chaque côté de la barrière. Partant de ce principe, j'ai ainsi passé une très bonne soirée à fredonner et acclamer. Et, critère probant, mon fils également.

C'est une évidence, Rudolph fêtera ses soixante-dix-huit ans le 31 aout ; il bouge toujours, mais nous ne le verrons plus jamais contribuer à une pyramide humaine, c'est clair. Son agilité s'en est allée. Pourtant, sa passion, son plaisir et son talent sont visiblement intacts ; c'est toujours lui qui crie en chœur ("Blackout"). Il assume sa part de soli avec vigueur et brio ! L'éternel adulescent se montre constamment impliqué et charismatique ; il s'amuse toujours, notamment en équipant sa guitare d'un dispositif fumigène (toujours sur le même titre depuis quelques années).

C'est une évidence, Klaus vient de fêter ses soixante-dix-huit ans le 25 mai ; cette réalité s'impose dès qu'on observe sa démarche. Ses gestes sont pesants et ralentis. Ses articulations semblent se rigidifier. Sur le plan vocal, il n'a plus la tessiture qui le distinguait autrefois, mais son timbre, même moins puissant, reste immédiatement reconnaissable. D'ailleurs, il ménage ses cordes avec quelques pauses astucieusement réparties dans le programme ("Make It Real", "Delicate Dance", "New Vision"). Tempérons notre amertume en nous rappelant que dès les années 80, Klaus avait dû suspendre son activité pour soigner ses cordes vocales. Et puis, ses limites ne sont pas préjudiciables ; il joue avec les tonalités, il change d'octave si nécessaire. Mais c'est clair, il est désormais plus à l'aise sur les balades, là où il peut poser sa voix avec plus d'assurance. Le bougre sait toujours siffler ("Wind of Changes"), sourire et s'émouvoir de la réaction affectueuse du public. Ce type est attachant, car on devine un sentimental, cela s'entend et cela se ressent ; cette particularité lui garantit une expression sincère et émouvante. Qualité essentiel pour un musicien.

L'air de rien Matthias a plus de soixante-dix ans, désormais. Eh oui… Heureusement, il continue de maitriser son art ; ses soli (Delicate Dance) et accords restent flamboyants. Mais sa fougue d'antan n'est plus, les gestes sont davantage mesurés. Pourtant, jouer de la guitare et recueillir les ovations demeurent de toute évidence son grand plaisir.

Reste les deux gamins de la bande (oui, là je flatte ma vanité, j'avoue !), les derniers arrivés, les plus jeunes.

Le Polonais Paweł Mąciwoda, né le 20 février 1967, semble un peu la force tranquille ; sans exubérance, il assure son rôle de moteur vrombissant avec une régularité imperturbable. Avec Mikkey Dee (New Vision), ils forment un duo solide pour soutenir l'énergie requise notamment sur des titres comme "Blackout" ! Ses accords vigoureux le rendent essentiel aux sonorités du groupe depuis 2003.

Quant à Mikkey Dee, je me garderai bien de narguer son âge, puisque c'est le mien ! Le Suédois, né le 31 octobre 1963, m'avait démontré sa force de frappe impressionnante lorsqu'il jouait au sein de MOTÖRHEAD (de 1992 à 2015). Autant dire que l'arrivée de ce Viking au sein de SCORPIONS ne pouvait qu'entretenir une certaine énergie. Le fait est que sa fougue est intacte et qu'il assume parfaitement son rôle de métronome. Posté sur son socle surélevé, sa démonstration en solo (durant lequel l'écran montrait un jackpot à la recherche du gain, avec un clin d'œil à Motörhead, avant de fixer le gain avec l'alignement d'icônes du scorpion) a mis tout le monde d'accord !

Enfin, pour clore le concert en beauté, une énorme structure gonflable à l'effigie d'un scorpion surplombe toute la scène.

Voilà de quoi ravir et galvaniser un public totalement conquis. Je retiendrai longtemps tous ces visages d'auditeurs filmés dans les premiers rangs ; tous genres et toutes générations confondus, communiant dans une même parenthèse de bonheur délibérément amnésique de l'actualité.

Le programme est donc sans surprise, le groupe (lui aussi) s'inscrit désormais dans une routine. Les plus fervents admirateurs de SCORPIONS, les "Crazy Corps" ne semblent plus rechercher l'audace, mais évoquer et rendre hommage à un passé commun. Pour ma part, je n'apprécie guère les titres hachés, passés à la moulinette d'une fusion qui n'a pas d'autre sens que l'évocation ; "Top of the Bill", "Steamrock Fever", "Speedy's Coming", et "Catch Your Train", des titres emblématiques de leur glorieuse période des années 70, sont ainsi gâchés.

Un florilège de seize titres (! en considérant que leur amalgame des 70's constituerait un seul morceau…) ont été choisis parmi six albums studio. A part le seul titre de l'album le plus récent "Rock Believer", SCORPIONS ignore ses productions des années 2000, qui me semblent pourtant honorables. L'album "Love at First Sting", paru en 1984, a retenu davantage leur attention puisqu'il est représenté avec six titres.

PROGRAMME
Bande-son introductive et diaporama

  1. Coming Home (Love at First Sting, 1984)
  2. Gas in the Tank (Rock Believer, 2022)
  3. Make It Real (Animal Magnetism, 1980)
  4. The Zoo (Animal Magnetism, 1980)
  5. Coast to Coast (Lovedrive, 1979)
  6. Top of the Bill / Steamrock Fever / Speedy's Coming / Catch Your Train (amalgame des 70's)
  7. Bad Boys Running Wild (Love at First Sting, 1984)

Delicate Dance (solo de Matthias)

  1. Send Me an Angel (Crazy World, 1990)
  2. Wind of Change (Crazy World, 1990)
  3. Loving You Sunday Morning (Lovedrive, 1979)
  4. I'm Leaving You (Love at First Sting, 1984)

New Vision (solo de Pawel – puis solo de Mikkey)

  1. Tease Me Please Me (Crazy World, 1990)
  2. Big City Nights (Love at First Sting, 1984)
  3. Still Loving You (Love at First Sting, 1984).

RAPPEL :

  1. Blackout (Blackout, 1982)
  2. Rock You Like a Hurricane (Love at First Sting, 1984).

Un bilan de soirée relativement positif, en dépit d'un programme peu audacieux, parfois même méprisant pour leur époque que je préfère (70's). Nonobstant, leur sincérité alliée à leur talent a produit une très bonne prestation. Je leur maintiens toujours ma bienveillance et mon respect, eu égard à leur biographie et leur apport dans mon quotidien durant toutes ces décennies.

A mon grand regret, à l'instar d'IRON MAIDEN et de JUDAS PRIEST, je n'ai jamais pu approcher physiquement SCORPIONS afin de leur exprimer ma gratitude pour ces décennies musicales qui ont bercé mes étapes de vie. Sans doute ai-je manqué de pugnacité dans les années 80, à une époque où c'était encore envisageable…


lundi 22 juin 2026

IRON MAIDEN –22 juin 2026 à Nanterre (92) + 28 juin 2026 à Décines (69).

En dépit de promesses renouvelées m'engageant à ne plus remettre les pieds dans une enceinte sportive, arène ou stade, la notoriété de certains de mes artistes favoris m'impose de surmonter cette aversion. Bannir ces évènements est un luxe que seuls les gens dénués de passion musicale peuvent se permettre. C'est l'un de mes paradoxes ; l'ostracisme médiatique m'exaspère et pourtant je me remémore avec une certaine nostalgie l'époque où nous étions quelques centaines tout au plus, à nous impatienter sur le seuil du Bataclan…

Maintenant, je me plains des conséquences logiques du succès !... IRON MAIDEN fait partie des Légendes vivantes pour lesquels je ne peux pas me permettre d'être intransigeant et égoïste. Partageons donc, dans la médiocrité des distorsions sonores, mais partageons…

Chapitre I : La Défense Arena de Nanterre (92) le lundi 22 juin 2026

Je consens donc à revenir pour une cinquième fois dans cette "Défense-Arena" qui, à défaut d'offrir une acoustique de qualité, a au moins le mérite de rassembler les adeptes pour communier dans une Grand'messe à la gloire de notre Musique favorite… En fonction de mon emplacement ou de la compétence de l'ingénieur du son, j'y ai plus ou moins souffert d'une acoustique parfois catastrophique (Rammstein en 2019), parfois passable (Genesis en 2022 et Iron Maiden deux fois en 2025). Toutefois, ces aléas font figure d'incidents mineurs au regard de ce que nous vivrons ce soir ; le paroxysme sera atteint … J'y reviendrai dans le cours du récit.

Dans le cadre de sa tournée " Run For Your Lives ", IRON MAIDEN revient donc de nouveau sur le même site, moins d'une année après y avoir fait salle comble. Il faut croire que cet évènement avait laissé de bons souvenirs, puisque comme pour justifier ce retour, il est prévu de filmer le spectacle parisien ! Je considère cette démarche comme une juste reconnaissance pour un public fidèle ; ce nouveau rendez-vous là s'impose donc, je n'en ai que trop manqué  d'autres…

Car, sur quatre décennies, je confesse avoir manqué six concerts parisiens (plus ou moins) délibérément (allons, disons douze, en comptant les six dates doublées). En premier lieu, mon dédain pour KISS (à l'époque) m'a causé un regret que je rumine encore maintenant ; IRON MAIDEN était l'invité de leur soirée du 27 septembre 1980 à l'Hippodrome de Pantin, pour leur tout premier concert parisien !!... Ce n'est pas faute d'avoir été prévenu par mes potes du lycée. Mais à l'époque, je n'appréciais pas assez les maquillés pour investir dans cette soirée (grave erreur)… Puis, vil infidèle, j'ai péché pour quatre autres dates, durant une période creuse entre 1990 à 1995 ; les voir à l'Elysée Montmartre en 1993 devait valoir son pesant d'émotion ! Enfin, plus récemment, j'assume avoir choisi délibérément de manquer le concert du 26 juin à Bercy, au profit de la toute première prestation de Metallica au HELLFEST. Au rayon de mes frustrations, je pourrai ajouter, mais hors de Paris, mon second puissant remord, celui d'avoir très stupidement manqué le concert du 30 juin 2023 à Manchester, alors que j'étais sur place la veille (…).

En dépit de ces errements regrettables, j'assiste ainsi à Nanterre à mon vingt-sixième concert d'IRON MAIDEN, quarante-cinq années et trois mois après ce mémorable concert du samedi 21 mars 1981 au Bataclan, qui s'inscrivait dans sa tournée "Killers". Le groupe sévissait déjà depuis 1975 dans l'Est londonien, mais ce fut son premier concert en tête d'affiche à Paris !


Dès notre arrivée dans les coursives de l'arène, nous nous ruons à l'échoppe officielle. Les t-shirts sont désormais à des prix exorbitants (50 €), mais au diable l'avarice ! L'Evènement est important et le produit est magnifiquement attrayant ; il est ciblé sur les trois dates françaises, astucieusement illustrés des emblèmes de Clisson, Paris, et Lyon.

Nous sommes deux couples adulescents à prendre place dans l'enceinte ; nous sommes plutôt bien placés, avantagés par un filon que notre Guide a opportunément exploité (…). Assis en gradins à droite en regardant la scène, à peu près sur une perspective diagonale similaire à celle de l'an dernier, nous bénéficions d'une bonne visibilité.

EVERGREY [19h20-20h00]. https://evergrey.net/

Evergrey a été fondé en 1993 à Göteborg par le guitariste/chanteur Tom S. Englund et le guitariste Dan Bronell, dans un cadre musical "power metal". Le premier album, intitulé "The Dark Discovery" est paru le 16 mars 1998, il a été plutôt bien accueilli.

Actuellement, Tom S. Englund (chant, guitare, depuis 1993), est entouré de Rikard Zander (claviers, chœurs, depuis 2002), Johan Niemann (basse, chœurs, depuis 2010), Simen Sandnes (batterie, depuis 2024), Stephen Platt (guitare, depuis 2026, après sessions scéniques en 2025). Plus de trois décennies après, le groupe a évolué vers un metal plus diversifié, que certains osent même classifier "progmetal" (?).

C'est cependant leur quinzième album, "Architects Of A New Weave" qui est paru le 5 juin 2026, soit peu de jours avant de le présenter au public d'IRON MAIDEN.

Leur prestation du samedi 17 juin 2023, lors du HELLFEST, m'avait séduit, sans toutefois m'inciter à les suivre ensuite (la concurrence, sans doute). Je n'ai donc aucun album dans ma discothèque.

Leur espace est réduit par les éléments drapés de Maiden, la batterie est curieusement désaxée sur la droite de la scène. L'image de couverture d'une récente compilation (2023) est étendue en fond de scène. Hélas, le quintuor est handicapé par une sonorisation désavantageuse qui empêche d'apprécier la musique à sa juste valeur. Leur talent n'y peut rien, mais dans cette arène le son réverbère et on ne perçoit aucune profondeur susceptible de nous prendre aux tripes. La voix est claire, puissante et juste. Quelques mélodies et quelques soli ici et là, animent ma bienveillance. Aucun rejet donc, mais aucune passion non plus. Ils annoncent revenir à Paris en fin d'année ; peut-être une occasion de les apprécier dans de meilleures conditions que dans cette boite à échos.

L'auditoire accorde une attention encourageante au quintuor. Après trois quart d'heures d'une musique globalement agréable, sa sortie est ovationnée ; les musiciens semblent contents, c'est le principal !

Ignorant ses huit premiers albums (1998/2011), EVERGREY a ciblé cinq albums (2014/2026) avec neuf titres, dont quatre issus de "Architects of the New Weave".

PROGRAMME
1.      Falling From the Sun (Theories of Emptiness, 2024)
2.      Where August Mourn (Escape of the Phoenix, 2021)
3.      Heaven (Architects of the New Weave, 2026)
4.      Eternal Nocturnal (Escape of the Phoenix, 2021)
5.      Call Out the Dark (A Heartless Portrait: The Orphean Testament, 2022)
6.       King of Errors (Hymns for the Broken, 2014)
7.      Architects of the New Weave (Architects of the New Weave, 2026)
8.      Leaving the Emptiness (Architects of the New Weave, 2026)
9.       OXYGEN! (Architects of the New Weave, 2026).

Pendant l'entracte, une voix sentencieuse retendit dans l'enceinte pour rappeler que les portables sont proscrits, surtout en fosse. Il s'agit de montrer une ambiance saine et sincèrement tournée vers le spectacle, sans mini écrans interposés. Je n'ai pas entendu cette prescription, trop occupé à discuter passionnément avec des amis de plusieurs décennies dans les coursives !

IRON MAIDEN [21h/21h42 - 22h40/23h30]

Une petite dizaine de minute avant le début du concert, la traditionnelle bande-son introductive "Doctor, Doctor" de UFO, provoque toujours un émoi particulier, qui mêle curieusement nostalgie et excitation impatiente. Chacun vit se préalable à sa façon, moi c'est un catalogue d'images des cinq dernières décennies passées qui défilent. Le cœur bat la chamade, les larmes perlent aux yeux, c'est puissant. Puis, une seconde bande-son délivre le majestueux "The Ides of March" ; la tension monte encore d'un cran.

La ferveur impatiente est à son comble lorsqu'une ultime et courte bande-son débute le premier arpège acoustique de "Murders in the Rue Morgue" !

Dans une dantesque acclamation, la folie s'empare de chacun, la canicule est oubliée, la chaleur est recrée sans autre état d'âme que la volonté de libérer sa joie ! Le sextuor apparait mené par le toujours fougueux fondateur, le bassiste Stephen Percy Harris, né le 12 mars 1956 (70 ans). Celui-ci demeure fidèlement accompagné depuis 1976 par le guitariste David Michael Murray, né le 23 décembre 1956 (69 ans). Un peu moins fidèles mais finalement toujours au poste, nous retrouvons Adrian Frederick Smith, né le 27 février 1957 (69 ans), guitariste de 1980 à 1990 et depuis 1999, et Paul Bruce Dickinson, né le 7 août 1958 (67 ans), chanteur de 1981 à 1993, et depuis 1999. Le départ d'Adrian avait nécessité, en 1990, le recrutement de Janick Robert Gers, né le 27 janvier 1957 (69 ans). Au retour du premier, en 1999, il a été convenu de maintenir le second ; le groupe abandonna ainsi le concept du quintuor. Après Clive Burr (batteur de 1979 à 1982), puis Nicko McBrain (batteur de 1982 à 2024), c'est désormais Simon Dawson (le batteur de BRITISH LION) qui occupe ce poste Ô combien essentiel à l'entrain collectif.

Il n'est point besoin d'être devin pour connaitre le programme, car il est identique tout au long de la tournée, identique à celui de l'an dernier ici même. Mais peu s'en plaindront. Le son me semble potable, mais cela reste celui d'une arène. Heureusement, l'auditeur perçoit chaque pupitre. On admire ainsi la voix de Bruce qui est à son meilleur niveau. On frémit au son de la basse de Steve qui exprime puissamment et distinctement le galop si représentatif, qui est amplifié par une batterie puissante mais pas assourdissante. Les accords et soli de guitares sont incisifs. Quant à la mise en scène, elle demeure somptueuse ; le décor est lumineux et astucieusement adapté aux thèmes abordés.

Pas de répit, les titres s'enchainent ; "Wrathchild" est vite suivi de "Killers" durant lequel le turbulent Eddie apparait une première fois. Puis le sublime et intemporel "Phantom of the Opera" continue de me remuer depuis ma première écoute !

De notre positionnement en surplomb de la gigantesque fosse, j'admire cette foule effervescente, telle une assemblée de Diables dans un Bénitier ! Les bras se lèvent, les voix scandent et chantent à l'unisson. C'est puissant, cette ferveur sans retenue continue de m'émouvoir ! Soyons fiers, camarades ; l'Elite culturelle voudrait nous réduire au silence, mais ce ne sera pas ce soir ! Avē Maiden !

Les autres titres maintiennent l'(h)ardeur ; Bruce, le conteur nous emporte avec les mélodies entêtantes de "Infinite Dreams", un morceau dont le seul reproche serait la présence superflue d'un son de clavier. Le colossal et emblématique "Powerslave" est un encore très grand moment, musical autant que visuel. Les effets d'optiques sont oniriques et captivants ! Enorme ! L'enthousiasme est étourdissant, c'est un bonheur total, l'esprit s'égare, le corps semble en apesanteur.

Le fougueux Steve tricote toujours aussi allégrement sa basse et son apparence entretient la fiction d'un temps figé ; il paraît toujours aussi jeune, en état d'esprit et physiquement (même s'il est permis d'imaginer qu'il se colore les cheveux !). Bruce déborde d'énergie et son charisme brille de mille feux. Il revêt selon les titres des habits appropriés et harangue sans cesse l'auditoire. A part Janick "l'affligeante moulinette" Gers (…), les autres musiciens sont plus sobres et se concentrent sur des accords à la fois techniques et mélodieux. Simon Dawson mérite le respect, il tente de remplacer l'irremplaçable Nicko.

Bref, tout cela promet une soirée à nouveau mémorable…

Mémorable, elle le sera assurément mais pas pour les raisons attendues… En effet, le sort en décidera autrement. Est-ce le sort, ou plutôt la négligence du propriétaire de la salle ? Avec humour certains soupçonneraient volontiers une intervention malicieuse d'Eddie… Lorsque débute le titre "2 Minutes to Midnight", on ne se doute de rien encore ; comme la plupart d'entre nous, j'avais les doigts dans la prise, et la tête dans le sac à poussières.

Mais soudain, entre deux secousses sismiques, vers 20h40, je m'étonne d'une extinction totale. L'obscurité et le silence complet interrompent subitement la fête … très vite, l'auditoire égaré, éberlué, stupéfait réagit et gronde sa légitime impatience… L'improbable s'est produit dans ce temple évènementiel ; une invraisemblable et inadmissible coupure de courant ! Dans les premières minutes qui suivent, une voix prétend justifier la situation par une "panne de quartier". Perplexes, nous faisons un lien improbable avec les fortes chaleurs… Mais le temps s'égrène. Peu à peu, nous nous inquiétons du reste de la soirée, puis de la probable suppression de l'enregistrement. Près d'une heure se gâchent ainsi… Je note qu'à une époque où les racailles ne manquent pas de tout casser pour le moindre prétexte, ici le Peuple Métal patiente, reste digne et calme …

Vers 21h40, Bruce réapparait, visiblement en colère. Dans un français excellent et explicite, il dénonce la mauvaise foi de la première annonce. "Je préfère Bercy ! " conclut-il. Je ne peux qu'acquiescer. En fait, il s'agirait d'une panne de l'installation électrique de la salle. Une salle probablement louée pour un montant exorbitant (sans doute plus de 70 000 €). Une salle équipée pour l'enregistrement onéreux d'un DVD. Une salle dont le gérant n'a pas été capable de garantir la fiabilité de son dispositif technique. C'est tout simplement scandaleux.

Bruce est sincère comme toujours ; il présente des excuses qui devraient davantage être exprimées par le gérant de l'arène. Il nous prévient que le concert sera écourté en raison d'un couvre-feu municipal imposé à 23h30 (au lieu de 23h apparemment), afin de ne pas laisser les spectateurs dans les rues, sans transport.

Nonobstant, en ce qui me concerne en tous cas, l'entrain est brisé. Heureusement, d'autres surmontent la déception et la fosse est restée bouillonnante !

Le programme reprend son cours sur le titre suivant initialement prévu. Un de mes titres préférés, le somptueux "Rime of the Ancient Mariner" a beau être excellemment interprété (aâââh ! ce crescendo à 9 mn !!), tout comme le reste du programme, mon humeur n'y est plus. Malgré l'abnégation redoublée des musiciens, et leur professionnalisme, j'ai peiné jusqu'à la fin à m'impliquer autrement que par quelques battements de jambes, j'avais plutôt envie de pleurer de rage. Irrésistiblement, cet immense gâchis m'a pourri le reste de la soirée.

Mais "Run to the Hills" reste très entrainant, je ne boude pas mon plaisir. Puis, arrive le tour de ce titre majestueux, "Seventh Son of a Seventh", dont je persiste à considérer que la séquence centrale, qui se veut onirique me semble polluée par ce dispensable son de clavier qui vient de nulle part. Mon côté progueux devrait l'accepter mais à mon humble avis, IRON MAIDEN ne devrait pas utiliser ce type de bande sonore qui dénature son caractère. Dans le même ordre d'idée, j'estime qu'il aurait dû demeurer un quintuor. Mais bon, le morceau est tellement fabuleux, ça passe globalement très bien.

Avec l'épique "The Trooper", les Anglais ne manquent pas d'accroitre encore l'enthousiasme par son rythme particulièrement entrainant. Eddie revient haranguer les protagonistes et Bruce brandit son union-jack et brièvement notre tricolore.

Puis, le splendide "Hallowed Be Thy Name" maintient une forte émotion, par son récit poignant et sa mise en scène particulièrement saisissante, usant d'hologramme et de trompe l'œil. Le titre éponyme et emblématique "Iron Maiden" achève d'épuiser les énergies.

Mais bien sûr, on pressent avec amertume que le concert sera amputé du rappel…Sont ainsi passés à la trappe "Aces High", "Fear of the Dark" et "Wasted Years", dont chacun connait le potentiel d'ambiance que ces titres peuvent générer… Et de fait, le groupe salue le public et Bruce essaie de le consoler (toujours en français). Il nous invite à assister à leur prestation complète à Lyon. Les plus fêlés (comme moi) ne manqueront pas de suivre la prescription du docteur Dickinson.

Le florilège réduit à six albums (a lieu de huit prévus) évoque la glorieuse période de 1980 à 1988. Nous aurons écouté ainsi quatorze titres (a lieu de dix-sept prévus), dont deux de "Iron Maiden" (1980), trois de "Killers" (1981), trois de "The Number of the Beast" (1982), une de "Piece of Mind" (1983), trois issus de "Powerslave" (1984), deux de "Seventh Son of a Seventh Son" (1988).

PROGRAMME

Bandes-sons introductives : Doctor (UFO) / The Ides of March.

  1. Murders in the Rue Morgue (Killers, 1981)
  2. Wrathchild (Killers, 1981)
  3. Killers (Killers, 1981)
  4. Phantom of the Opera (Iron Maiden, 1980)
  5. The Number of the Beast (The Number of the Beast, 1982)
  6. Infinite Dreams (Seventh Son of a Seventh Son, 1988)
  7. Powerslave (Powerslave, 1984)
  8. 2 Minutes to Midnight (Powerslave, 1984)
  9. Rime of the Ancient Mariner (Powerslave, 1984)
  10. Run to the Hills (The Number of the Beast, 1982)
  11. Seventh Son of a Seventh Son (Seventh Son of a Seventh Son, 1988)
  12. The Trooper (Piece of Mind, 1983)
  13. Hallowed Be Thy Name (The Number of the Beast, 1982)
  14. Iron Maiden (Iron Maiden, 1980).

Je peine à me lever à la fin du concert. Pas seulement à cause de la chaleur accablante qui nous attend dehors, mais surtout abasourdi par le coup du sort qui nous a privé d'une perfection qui semblait garantie… En d'autres circonstances, on pourrait prétendre que ce serait un soir à oublier, mais non. Nous tâcherons surtout de retenir un moment de communion avec ces adorables artistes, avec lesquels nous sommes unis pour le meilleur et pour le pire ; c'est ça, l'Amour !

Dans les heures qui suivent le groupe publie sur son site officiel un long message de compassion et d'explications. Je souligne avec étonnement qu'un film demeure prévu, ce qui me laisse perplexe sur la légitimité d'une telle réalisation. Les titres impactés seraient tirés du spectacle prévu à l'Eddfest de Knebworth, le 11 juillet. Soyons positifs ; le bon aspect de la chose serait de conserver, malgré tout, une trace des trois quarts de cette soirée qui, quoi qu'il en soit, aura été mémorable …

On apprend par ailleurs que cette arène changera de nom dès ce 1er juillet. Ce sera désormais, il fallait oser cette provocation ; la "Plenitude arena" !!! Dans sa profession de foi insolente on peut notamment lire ; "Acteur européen présent dans plus de quinze pays, Plenitude s’impose aujourd’hui comme l’un des leaders de la transition énergétique, avec un modèle intégré couvrant la production d’énergies renouvelables, la fourniture d’électricité et de gaz, l’efficacité énergétique et la mobilité électrique". Eh bé… ils vont avoir du boulot pour rehausser le niveau laissé par leur prédécesseur…

Allons cette fois c'est promis, juré ; je ne reviendrai plus ! Mais... sacré nom d'au-delà, j'ai déjà un ticket d'entrée pour le 19 février 2027 ! Encore une dérogation imparable…


Chapitre II : Groupama Stadium de Décines (69)le dimanche 28 juin 2026

Ma conscience (en ai-je seulement une ?!) m'interpelle " Nan, mais t'as pas honte ?!! ". Je pourrais hypocritement me défausser de mon obligation d'honnêteté, en me justifiant par l'incitation machiavélique de mon fils aîné, sans lequel je ne me serais pas décidé à venir à Lyon… Mais je l'avoue ce serait, indécent, il faut que j'assume. En fait, la tentation était latente. Le prix modique d'un emplacement en fosse, ainsi que le prix non moins modique du voyage aller-retour en Flixbus, m'ont finalement convaincu de me rendre à une vingt-septième prestation de la Vierge de Fer !

La notoriété d'IRON MAIDEN à Lyon n'étant pas inférieure à celle de Paris, c'est encore dans un vaste équipement sportif qu'environ 35 000 admirateurs vont devoir s'agglutiner, sous un soleil de plomb de surcroît !

Nonobstant, le groupe désigné pour chauffer (un peu plus encore) le chaudron est différent de Nanterre, ce qui constitue une motivation supplémentaire, s'il en fallait une.

Avec mon fils, nous nous fondons dans la fosse. En spectateur certes exalté mais averti, je nous place prudemment juste en face de la scène, ni trop près, ni trop loin, et à l'ombre de surcroit (ce qui est loin d'être un détail par cette canicule accablante ! 38°C, qu'un léger zéphyr parvient à tempérer autant que faire se peut).

ANTHRAX [19h20-20h00]. https://www.anthrax.com/

Fondé par les guitaristes Scott Ian Rosenfeld, dit "Scott Ian" et Dan Lilker à New York (Queens), le 18 juillet 1981, ANTHRAX est répertorié dans la mouvance "thrash metal". En dépit de quelques nuances au fil de la discographie, le son du groupe est vite reconnaissable.

La biographie de ce quintuor était déjà agitée de tensions et d'antagonismes, lorsque j'ai entendu parler de lui à l'époque. Il m'a rincé une première fois au Zénith de Paris le jeudi 5 février 1987 (tournée "Among the Living"), alors qu'il était invité de Metallica. Sans être un fervent admirateur, je dispose de quelques albums dans ma discothèque, notamment "State Of Euphoria" un de mes derniers vinyles acquis en 1988 ! ANTHRAX n'a pas connu le succès de METALLICA, mais peut toutefois se vanter d'avoir malgré tout bien survécu, à l'instar de SLAYER, MEGADETH, TESTAMENT, alors que d'autres non moins valeureux ont davantage peiné, tels que ANVIL…

Le douzième album studio "Cursum Perficio" (2026) doit paraitre le 18 septembre 2026. Certains semblent interpréter la locution "cours parfait" par "Ici s'achève mon voyage". De là à imaginer une fin de carrière pour ANTHRAX…

L'air de rien, ce soir, je retrouve ainsi une formation assez similaire à celle que j'avais découvert en 1987 ; Scott Ian (guitare rythmique, chœurs, depuis 1981), Frank Bello (basse, chœurs, de 1984 à 2004, et depuis 2005), et Joey Belladonna (chant principal, de 1984 à 1992, de 2005 à 2007, depuis 2010). Seul Daniel Alan Spitz (soliste de 1983 à 1995 et de 2005 à 2007) est désormais remplacé par Jonathan Donais (guitare solo, chœurs, depuis 2013). Je ne distingue pas Charlie Benante (batterie, depuis 1983), j'apprendrai par la suite qu'il s'est blessé la main droite, ce qui le rend indisponible entre le 20 juin et le 4 juillet ; il a donc temporairement cédé sa place à Darby Todd [batteur de Devin Townsend, et de The Darkness]. Je revois ainsi ces Américains pour la septième fois.

Une bande son enflamment les (h)ardeurs ; c'est "Les Sectes" chanté par Trust ! Cette chanson n'a pas vieilli, elle transmet une énergie folle. Puis, en réf(v)érence aux Blues Brothers, on entend un titre créé par Otis Redding. Puis les fous furieux entrent en scène.

La sonorisation m'a paru un peu confuse au début ; j'ai peiné à reconnaitre le premier titre. Mais ensuite, un relatif équilibre s'est établi pour laisser percevoir un vent de nostalgie ; puisque hormis leur nouvelle chanson, toutes étaient ciblées sur les années 80. En fond de scène, est dressé un drap qui évoque leur prochain album ; on distingue le dessin d'un démoniaque prestidigitateur occupé à la découpe d'une créature dévouée.

En dépit d'une section rythmique (basse / batterie) quelque peu obsédante, j'ai perçu de bons soli de guitare, et le timbre du chant de Joey me convient. La passion semble intacte, les Américains nous livrent une prestation énergique qui emporte l'adhésion d'une large partie du public.

Je reconnais qu'au fil des années ANTHRAX a marqué notre génération, même s'il ne figure pas parmi mes groupes favoris. Je scande volontiers leurs refrains.

Un des temps forts, fut la reprise en anglais du titre français emblématique des 80's ; "Antisocial", composé par notre Groupe National, j'ai nommé TRUST. Honnêtement, cette version traduite m'a toujours agacé. Mon esprit cocardier sans doute, mais je ne comprends pas pourquoi nos groupes s'échinent à chanter les reprises dans leur langue et pas eux… Mais bon, je me plie volontiers à cet écart de conduite, qui d'ailleurs ne semble gêner que moi.

L'autre montée d'adrénaline intervient avec le dernier titre "Indians", excellente manière de quitter la scène.

Cette première partie de soirée fut donc une bonne entrée en matière, qui nous a permis d'oublier, un tant soit peu, la canicule pendant trois petits quarts d'heure. ANTHRAX conserve mon estime.

Les sept morceaux sont issus de cinq albums, dont un de "Cursus Perficio", à paraitre.

PROGRAMME

Bandes-sons introductives : Les Sectes (Trust) / I Can't Turn You Loose (Otis Redding)

  1. Caught in a Mosh (Among the Living, 1987)
  2. Got the Time (Persistence of Time 1990 ; reprise de Joe Jackson)
  3. Madhouse (Spreading the Disease, 1985)
  4. It's for the Kids (Cursum Perficio, 2026)
  5. Antisocial (reprise de TRUST, Répression, 1980)
  6. Medusa (Spreading the Disease, 1985)
  7. Indians (Among the Living, 1987).

Bande-son finale : Long Live Rock 'n' Roll (Rainbow)

Quelques mélomanes se retirent des premiers rangs après avoir vu ANTHRAX. Ce surprenant mouvement provoque mon rapprochement de la scène, mais je prends soin de demeurer à bonne distance quand même ; je suis courageux et passionné mais pas téméraire (le souvenir du Hellfest 2023 m'a durablement marqué !)…

Echaudé par le coup du sort qui a frappé la prestation parisienne, je surveille le ciel par crainte qu'un orage vienne tout gâcher de nouveau… Certes, le phénomène présenterait l'avantage de rafraichir l'atmosphère, mais en revanche les Autorités y trouveraient un prétexte pour nous retirer le dessert de la table ! La crainte était justifiée puisque le panneau d'informations du stade nous indique que le concert d'IRON MAIDEN est avancé à 20h30. Puis nous apprenons en outre que l'autre évènement musicale qui devait se tenir au stade Gerlan est carrément supprimé ! Le suspens fut pesant, même si je ne pouvais pas imaginer une annulation…

IRON MAIDEN [20h35-22h45].

Les deux bandes-son attendues nous rassurent, et suscitent une ferveur soulagée et impatiente !

Bon, mon statut de simple commentateur m'épargne de relater les détails qui s'imposent à un journaliste spécialisé, et donc je ne m'attarde pas sur d'autres considérations qu'émotionnelles. Et d'ailleurs, chacun sait que la prestation millimétrée est similaire aux précédentes et à celle de demain (à Anvers, Belgique) ! Après cinq décennies passées à arpenter les scènes et les studios, ces Anglais ne s'aventurent plus trop hors des sentiers battus ; les concerts s'apparentent désormais davantage à une solennelle et joyeuse commémoration, à une communion fervente, qu'à une fantaisie d'improvisations.

Seule une coupure de courant peut interrompre le cours des évènements... La fin de "2 Minutes to Midnight" fut vécue comme une victoire ! La sonorisation m'a paru parfaitement équilibrée durant tout le concert. Aucune comparaison avec mon traumatisme vécu ici dans les gradins durant le concert de RAMMSTEIN. Je confirme ce qui m'avait été rapporté, on entend bien mieux dans la fosse. Le souci, c'est le physique ; un concert debout devient éprouvant avec les années, a fortiori accablé par la chaleur et sollicité par l'entrain malgré tout… Je finirai sur les rotules mais heureux.

La plupart du spectacle s'est déroulé à la lumière du jour ; l'éclairage n'a donc pris de l'importance qu'au fil de la soirée. La mise en scène demeure somptueuse. Le régal est donc auditif et visuel.


Je ne regrette absolument pas mon déplacement. D'abord parce que je ne me lasse pas de voir et de revoir IRON MAIDEN, bien sûr. Mais aussi parce que cette fois, au prix d'une station debout épuisante, j'ai pu assister au spectacle en étant parfaitement positionné, en conditions acoustique et visuelle idéales. Et puis, rien que pour revivre ces sensations intenses durant "Rime of the Ancient Mariner", cela valait le coût !

Aussi objectivement que peut l'exprimer un admirateur, je me dois de rapporter une impression qui a été confirmée lors de discussions ultérieures. Les musiciens étaient probablement éprouvés par la chaleur, ce qui justifie à mon sens quelques accords inexacts. Mais sans grande importance, je ne suis pas sûr que beaucoup d'oreilles les aient perçus. J. Gers ne risquait pas de faire de fautes puisque son rôle demeure davantage porté sur la ventilation.

En revanche, Bruce demeure au sommet de sa forme, autant sur un plan vocal que physique. Quel charisme ! Steve Harris demeure également généreux dans l'engagement. En le regardant, j'avais l'impression de le revoir tel qu'il fut, quatre décennies auparavant ; agréable illusion qu'il entretient probablement d'une manière ou d'une autre...

Il faut dire cette énergie est générée par une communion intense et sincère avec le public. D'ailleurs à cet égard, le public parisien a été franchement lésé (la semaine dernière) par la privation des trois titres de rappel ; quelle formidable ambiance sur ces chansons particulièrement enthousiasmantes ! Entendre quelques dizaines de milliers de chœurs sur "Fear of the Dark", vaut son pesant d'émotions !

Cependant, après plus de deux heures d'un bonheur soutenu, il était temps d'en finir ; j'étais à court d'énergie.

Les Lyonnais ont ainsi bénéficié du programme conforme au reste de la tournée. Le florilège explore donc huit albums avec ainsi dix-sept titres, dont quatre issus de "Powerslave" (1984), trois de "Killers" (1981), trois de "The Number of the Beast" (1982), deux de "Iron Maiden" (1980), deux de "Seventh Son of a Seventh Son" (1988), une de " Fear of the Dark" (1992), une de "Piece of Mind" (1983), une de "Somewhere in Time" (1986).

PROGRAMME
Bandes-sons introductives : Doctor (UFO) / The Ides of March.

  1. Murders in the Rue Morgue (Killers, 1981)
  2. Wrathchild (Killers, 1981)
  3. Killers (Killers, 1981)
  4. Phantom of the Opera (Iron Maiden, 1980)
  5. The Number of the Beast (The Number of the Beast, 1982)
  6. Infinite Dreams (Seventh Son of a Seventh Son, 1988)
  7. Powerslave (Powerslave, 1984)
  8. 2 Minutes to Midnight (Powerslave, 1984)
  9. Rime of the Ancient Mariner (Powerslave, 1984)
  10. Run to the Hills (The Number of the Beast, 1982)
  11. Seventh Son of a Seventh Son (Seventh Son of a Seventh Son, 1988)
  12. The Trooper (Piece of Mind, 1983)
  13. Hallowed Be Thy Name (The Number of the Beast, 1982)
  14. Iron Maiden (Iron Maiden, 1980).

RAPPEL :
Bande son introductive : discours de Churchill

  1. Aces High (Powerslave, 1984)
  2. Fear of the Dark (Fear of the Dark, 1992)
  3. Wasted Years (Somewhere in Time, 1986).

Bande son finale : thème des Monty Python, "Always Look on the Bright Side of Life".


Un orage semble menacer notre sortie du stade ; ça gronde, les éclairs sillonnent et illuminent le ciel lyonnais, un vent violent qui achève de saouler les esprits. Mais pas de pluie (quelques grosses gouttes, juste avant d'arriver à l'hébergement). Malgré tout, nous parvenons à retrouver nos amis venus du Sud Daniel et Viviane, eux aussi ravis de cette soirée mémorable. Nous avons pris le temps d'un portrait collectif pour commémorer l'Evènement ; il se révèle particulièrement éloquent sur notre état (épuisement, satisfaction) !

S'en suit pour nous une pénible attente d'une navette qui doit nous ramener au centre-ville. Nous sommes tous heureux mais éreintés.

Et dire que IRON MAIDEN joue encore dès demain à Anvers ; quelle santé !


samedi 30 mai 2026

GAZPACHO – John Dee (Oslo, Norvège) – samedi 30 mai 2026

 

Peu de groupes enivrent nos sens comme GAZPACHO. Pourtant, je dois honnêtement confesser que cet intérêt a mûri de longues années, avant de céder totalement à son charme. Mais désormais, avec ma P'tite Fée nous sommes prêt à tous les excès (enfin presque !).

POUR MEMOIRE. GAZPACHO, fondé en 1996 à Oslo, termine ce soir la promotion de son douzième album, "Magic 8-Ball" qui est paru le 31 octobre 2025. Le trio fondateur maintient une honorable stabilité. Autour de Jan-Henrik Ohme (chant, depuis 1996), Jon-Arne Vilbo (guitares, depuis 1996), et Thomas Andersen (claviers, depuis 1996), les autres démontrent une honorable fidélité ; Mikael Krømer (violon, guitares, mandoline, depuis 2001), Kristian Torp (basse, depuis 2005), ainsi que Robert Johansen (batterie, de 2004 à 2009, et depuis 2017).

Depuis le 7 février 2026, nous participons au parcours du sextuor norvégien qui assure la promotion de son récent album "Magic 8-Ball". Notre musico-tourisme nous a ainsi menés aux Pays-Bas (à deux reprises), en Belgique et en France. Dans notre grande sagesse, ces quatre prestations nous ont convaincu d'assister à la dixième et ultime étape de cette tournée européenne. Assister à sa prestation devant son public, ne pouvait que générer une déraisonnable pulsion. Dans l'absence totale de mûre réflexion, dès le 2 avril, nous nous sommes engagés avec d'autant plus d'entrain que le cout du ticket de concert est modique (36,45 €).

Ce soir à Oslo, nous assistons ainsi à notre cinquième concert de cette série d'évènements itinérants, soit une bonne moitié des dates inscrites au dos de notre t-shirt. Nous n'en avions pas fait autant pour LAZULI, ni pour Steven WILSON (et pourtant...) !

Si l'actualité internationale quelque peu agitée (…) n'est pas étrangère à notre envie d'évasion, elle a également perturbé notre attente avec un risque non négligeable d'annulation de notre vol. Après quelques semaines de suspense, lorsque nous posons enfin nos pieds sur le sol norvégien pour la quatrième fois, nous sommes particulièrement ravis, et soulagés !

De surcroit, après la canicule française, nous nous attendions à une météo maussade annoncée ; mais en fait, le climat s'est montré clément, un temps très agréable (21°) et très ensoleillé. Tout va bien !


La salle de concert John Dee, d'une capacité de 500 personnes, située au sous-sol du Rockefeller Center, en plein cœur d'Oslo, a ouvert ses portes en 1997. Elle partage ses murs avec le Rockefeller Center (capacité 1300), qui est gérée avec une autre salle, le Sentrum Scene (capacité 1750), située juste en face dans la rue.

Nous trouvons sans trop de peine le bâtiment "Rockfeller" qui abrite la salle John Dee. L'entrée semble d'autant plus insignifiante que lorsque nous arrivons vers 18h personne n'attend ! On en profite pour s'attabler à la terrasse du bistrot d'en face, sous un radieux soleil, et déguster une "Aass", une désaltérante bière locale. Les musiciens de GAZPACHO passent sur le trottoir d'en face et nous saluent poliment avec une sobriété norvégienne que nous respectons.

A l'ouverture des portes, à 19 heures, nous sommes dans une maigre file d'attente. J'imagine que compte du tenu du climat local, les Norvégiens ne sont pas naturellement enclins à attendre longtemps dehors ; et de fait, il s'avèrera que la salle se remplira quelques minutes avant le concert… Nous n'avons donc aucune difficulté à nous positionner à la barrière, au pied de la scène, en son centre gauche en la regardant. A côté de nous, un couple est venu d'Autriche aussi pour ce concert (plus tard, j'apprendrais qu'un Brésilien présent postule également au titre des mélophiles-voyageurs les plus passionnés).

La configuration de la salle surprend ; elle est en largeur. La fosse est surmontée d'un trottoir de quelques centimètres, le bar est sur le côté droit en entrant, alors que l'échoppe occupe un coin, au fond de la salle. Quant à la scène, sa largeur se conjugue avec sa profondeur pour laisser un très bel espace aux six musiciens.


Il n'y pas d'artiste invité, pour ouvrir la soirée.

LE CONCERT [20h30-22h30]

Très vite, nous retrouvons cette atmosphère si délicieuse qui anime notre flamme, grâce à une acoustique excellente, et une sonorisation parfaitement maitrisée. Même si notre emplacement nous impose le son de la batterie située en face de nous. Le dispositif d'éclairage est relativement sobre mais varié et il met parfaitement en valeur les musiciens, dans une ambiance aux couleurs douces et apaisées. Cela étant dit, l'idée de projeter les images du fond d'écran depuis le plafond de la fosse, ne m'a pas vraiment paru judicieux ; au lieu d'être diffusées sur le drap mural, les images venaient se disperser sur les musiciens …

Notre emplacement nous permet d'observer de près et d'admirer tout particulièrement le jeu de Mikael Krømer, de Robert Johansen et bien sûr de Jan-Henrik Ohme.



De Mikael émane un personnage sensible, posé, et maitrisé. Il alterne les instruments, violon et guitares, avec brio et délicatesse. Bien entendu, le mérite est moins dans le respect de ses participations qu'il connait par cœur, que dans la sensibilité de son expression musicale. Sa concentration pendant ses exercices tranche avec ses larges sourires qu'il consent sous les ovations méritées. Détail amusant, après chaque intervention il dépose son violon à ses pieds avec un soin presque maniaque, obsessionnel, pour l'aligner à son socle de commandes.

Je demeure impressionné par la stature de Robert, entouré de son dispositif de percussions. Son allure de bucheron tranche avec la juste mesure de ses frappes, et son calme apparent. Assis sur son tabouret, il semble répéter dans sa tête l'expression de toutes les nuances attendues. Je l'ai observé plus souvent qu'à son tour durant le concert. J'admire sa délicatesse avec laquelle il caresse les toms et les cymbales, avec le bout de ses doigts ou les feutres de ses mailloches. Les olives de ses baguettes frappent les caisses, tantôt en douceur pour respecter la mélancolie, tantôt avec une violence saisissante pour exprimer le désespoir et la révolte. Avec ses pédales qui actionnent sa grosse caisse et son charleston; il achève d'amplifier un efficace kaléidoscope d'émotions.

Le pilier Kristian, discret et humble, positionné entre les pupitres de la batterie et des claviers, est parfaitement synchronisé avec ses complices par son jeu très délicat. Ses caresses sur les cordes expriment avec parcimonie les douces ambiances ; ses interventions ne sont jamais assourdissantes et sont pourtant essentielles.

Je suis un peu frustré de ne pas pouvoir distinguer la dextérité du clavier ; Thomas dont le jeu accompagne les mélodies oniriques avec une faculté à émouvoir qui est particulièrement éloquente.

La finesse et l'habileté des accords et soli de Jon-Arne accentuent encore la beauté des chansons. Lui aussi très appliqué dans ses interventions, son sourire timide dissimule son plaisir évident de contribuer aux ambiances.

J'aborde délibérément le cas de Jan-Henrik en dernier. Non pas par omission ou par mépris, mais au contraire parce que sa présence, son chant, son expression, constituent un enchantement constant, polarisant pendant tout le concert. J'admire beaucoup les chanteurs qui allient leur talent vocal à leur charisme. Celui de Jan-Henrik est particulièrement émouvant. Le geste est mesuré et sobre mais paradoxalement il est puissamment expressif. Tout comme le timbre de sa voix dont les vibratos développent une sensibilité bouleversante. Au début de la soirée il s'exprime en norvégien, entretenant une agréable sensation dépaysante. Mais, détectant des étrangers dans la fosse, il présente les chansons en anglais.

Nos précédentes expériences de communion avec le public norvégien nous avaient un peu agacés. Mais pas ce soir. Aucun (ou peu de) bavardage dans l'assemblée. Respect total. Durant le titre "Bravo", le refrain fut même chanté.

Finalement, cette soirée constitue notre meilleur souvenir des cinq concerts ! Ambiance, son, prestation, tout fut excellent.

Starling

Nous n'avions pas l'outrecuidance d'espérer un programme différent du reste de la tournée. Mais, finalement nous avons été gratifiés d'un titre supplémentaire ! La phase introductive est absente, et les dix-sept titres ont permis de vivre intensément deux bonnes heures de musique. A l'instar de Zoetermeer (mais aussi de Londres), la chanson "Bravo" est bien ajoutée au rappel. La particularité de ce soir tient dans l'ajout de "Fireworker", inséré en milieu de soirée, et qui n'avait pas été chantée sur les dates précédentes de cette année (nous avions entendu ce titre en 2022 au Petit-Bain et en 2023 au Prog en Beauce).

Ce florilège de leur discographie pioche dans huit albums ; six titres sont issus de "Tick Tock" (2009), cinq de "Magic 8-Ball" (2025), un de "Fireworker" (2020), un de "March of Ghosts" (2012), un de "Missa Atropos" (2010), un de "Night" (2007), un de "Soyuz" (2018), et un de "Bravo" (2003).

PROGRAMME

  1. We Are Strangers (Magic 8-Ball, 2025)
  2. Soyuz One (Soyuz, 2018)
  3. Golem (March of Ghosts, 2012)
  4. Gingerbread Men (Magic 8-Ball, 2025)
  5. 8-Ball (Magic 8-Ball, 2025)
  6. The Walk, Part 1 (Tick Tock, 2009)
  7. The Walk, Part 2 (Tick Tock, 2009)
  8. Fireworker  (Fireworker, 2020)
  9. Starling (Magic 8-Ball, 2025)
  10. Upside Down (Night, 2007)
  11. Sky King (Magic 8-Ball, 2025)
  12. Tick Tock, Part 1 (Tick Tock, 2009)
  13. Tick Tock, Part 2 (Tick Tock, 2009)
  14. Tick Tock, Part 3 (Tick Tock, 2009).

RAPPEL :

  1. Defense Mechanism (Missa Atropos, 2010)
  2. Winter Is Never (Tick Tock, 2009)
  3. Bravo (Bravo, 2003). 


Un bilan de cette folle fantaisie … Non, je ne regrette rien de cette déraison. Après tout, notre plaisir ne nuit à personne. Cette tournée nous a permis de voyager au pays des Bataves et des Vikings, mais aussi de parfaire encore notre connaissance de la discographie de GAZPACHO ("Bravo") et notre admiration pour ces artistes et leurs chansons.

Toutes ces émotions donnent soif ; je déguste une bonne bière Ringnes. Les musiciens sont accessibles pour discuter ; nous saluons Jan-Henrik, Robert et Mikael qui se montrent sensible à notre déplacement et nos félicitations. J'aimerais pouvoir davantage leur exprimer notre admiration avec un meilleur anglais, mais à quoi bon. Ils ont visiblement passé un bon moment. Nous aussi. Fin de l'histoire…

Lorsque nous sortons de la salle, nous observons qu'il fait encore jour à 23 heures ; nous sommes en Scandinavie, un autre monde.

Bravo