jeudi 12 février 2026

IIIème MIDWINTER festival, 2026 – TivoliVredenburg Grote Zaal, à Utrecht (Pays-Bas) – le samedi 7 février 2026.

Depuis sa création, ce festival néerlandais ne nous déçoit pas. Sa programmation explore les vastes étendues du rock progressif, dans toutes ses nuances.

Sa première édition, en 2024, était déjà attractive, avec MEER (NL), TEMIC (N), LAZULI (F), SPOCK's BEARD (USA), et PAIN OF SALVATION (S). Celle de l'année suivante, ne l'était pas moins, avec LESOIR (NL), AVKRVST (N), RENDEZVOUS POINT (N), THE FLOWER KINGS (S), et RIVERSIDE (PL).

Pour cette troisième, avec LEPROUS (N) désigné en tête d'affiche, notre retour était immédiatement validé ! Puis l'ajout de GAZPACHO (N), n'a fait qu'accentuer encore davantage notre conviction ! De surcroit, PURE REASON REVOLUTION (GB) s'est engagé à venir, accompagné de Chloé Alper !! Enfin, le festival assume une de ses fonctions, celle de soutenir des talents moins reconnus ; GREEN CARNATION (N) et IHLO (GB) viennent justifier leur réputation élogieuse… Et ce que j'ai écouté en préalable attise mon attention au plus haut point !!

Nos tickets sont ainsi acquis depuis le 6 octobre 2025. Notons à cet égard que le prix demeure modique puisqu'identique aux deux précédentes années ! Fait notable par ces temps d'inflations !

Notre dernier concert de rock progressif, c'était MOSTLY AUTUMN, le 6 décembre 2025. Après deux mois de disette (et une actualité décidément morose), cet événement est particulièrement bienvenu ! Mon bonheur sera intensifié par la présence de ma P'tite Fée et de mes deux fistons.

La route (~ 470 km) est rendue d'autant plus pénible en ce vendredi, qu'aux nombreux poids lourds et autres encombrants (…), s'est ajouté une pluie incessante. Nous étions donc particulièrement soulagés d'arriver dans une maison située en bordure d'Utrecht, à une petite demi-heure en bus de notre objectif. L'hôte batave était aux petits soins pour nous quatre.


LE SITE. Le TivoliVredenburg, qui fut inauguré en 2014, est un vaste complexe culturel qui se décline en cinq salles de différentes tailles et configurations ; Grote Zaal (1 717), Ronda (capacité 2 000), Pandora (capacité 700), Hertz (543 chaises fixes) et Cloud Nine (capacité 400).

La "Grote Zaal" accueille notre festival. C'est un splendide auditorium qui offre une acoustique excellente. Il est de surcroit très fonctionnel, à l'esthétique soignée ; ce qui en fait sans doute un de mes favoris (peut-être même mon favori) en Europe. Techniciens et artistes semblent bénéficier d'un espace scénique confortable. La scène est astucieusement formatée ; Entre les prestations, les éléments peuvent s'escamoter lors de procédures rapides. Le dispositif d'éclairage et de sonorisation est parfaitement adapté à la salle.

L'espace est configuré en demi-cercle pour cet évènement. La salle affiche en théorie 1 717 places assises, disposées en gradins. Mais pour ce festival, le parterre est la fosse, et permet d'accueillir encore davantage d'auditeurs debout. La déclivité abrupte des gradins garantit un confort absolu pour chaque auditeur assis, quel que soit sa taille. Sur plusieurs niveaux, les coursives proposent des échoppes dédiées à la musique et à la restauration ; bien entendu les marchandises officielles du festival et celles des artistes y sont proposées.

Nous arrivons vers midi. Ouverture des portes à 13h. L'organisation de cette manifestation me rappelle délicieusement celles d'antan ; le placement est libre (assis en gradin ou debout en fosse) ; les premiers arrivés sont ainsi légitimement les mieux placés ! Fort de nos deux précédentes expériences en ces lieux, nous choisissons une place qui nous offre un confort à la fois visuel et acoustique excellent !

Le camp de base étant établi, je fais visiter les principaux points d'intérêts à mes deux crapules, et j'en profite pour faire quelques menues emplettes. Je nous procure le joli t-shirt officiel du festival (25€). A l'autre échoppe, je me procure le cd du dernier album de GAZPACHO (je me contentais du mp3 depuis trop longtemps), puis le celui de IHLO. Etonnement, GREEN CARNATION ne propose que des t-shirt, pas de cd…

Mais nous ne perdons pas trop de temps et retournons nous installer avant 13h30.

La présentatrice du festival remercie les festivaliers venus d'une trentaine de pays, dont une majorité de Néerlandais, mais aussi une belle part de Français et de Belges. Elle reviendra entre chaque prestation pour présenter les artistes. Respect.

Pour le premier concert, IHLO, nous restons à notre camp de base en gradin, et je vérifie ainsi le confort prévu.


IHLO [13h30-14h30].
https://ihlo.co.uk
https://ihlo.bandcamp.com/

Ne connaissant pas ce groupe, je m'étais renseigné et j'avais relevé : "Le groupe de metal progressif anglais IHLO combine le rock progressif mélodique avec l'électronique et la pop dans des morceaux très variés. À recommander aux amateurs de Threshold, Dream Theater, Haken et Leprous !"

Ainsi alerté en préalable, j'ai écouté ce progmetal alternant atmosphères mélancoliques et puissantes, avec un intérêt favorable. Même si la comparaison avec ses influences évidentes, montre une marge de progression.

IHLO est actuellement composé d'Andy Robison (chant et synthés, depuis 2016), Phil Monro (guitare électrique, chœur, depuis 2016), Clark McMenemy (batterie, depuis 2017). Le trio de base a constitué un quintuor, en s'entourant de Rob Mair (guitare, chœur, depuis 2019) et Max Brayson (basse, depuis 2025). Ce soir, sur le titre final, "Legacy", un musicien a été invité ; Romain Jeuniaux (guitare, chœur, membre des groupes belges Omnerod ; de Epidemian ; et Ubiquity).

Le premier album "Union" est paru le 31 mai 2019. Leur deuxième album, "Legacy" est paru le 29 août 2025.

De notre position, la sonorisation m'a semblé relativement correcte, en tous cas elle a permis d'entendre distinctement les intervenants. Le dispositif d'éclairage est conforme à celui d'une ouverture de soirée, soit peu lumineux. Pas d'affichage en fond de scène. Quant à l'espace, il semble que le traitement des groupes diffère ; à l'instar de PRR, IHLO doit éviter le fond, encombré de matériels bâchés.

L'ouverture d'un festival impose souvent aux musiciens de jouer devant un public relativement clairsemé, et dont l'esprit n'est pas encore immergé. De ce redoutable exercice, IHLO s'en sort bien.

Je m'étais familiarisé avec les deux albums que j'avais téléchargés, ce qui m'a facilité l'appréciation. J'ai adhéré favorablement dans l'ensemble. La voix d'Andy Robison est d'une tessiture remarquable. Le seul bémol, selon moi c'est qu'effectivement ils ont l'audace de s'aventurer sur des Terres déjà conquises par de prestigieux et talentueux ainés… 

La concurrence est rude, mais on va dire qu'ils ont du potentiel indéniablement !

A l'aune des ovations du public, les Anglais peuvent se retirer avec le sentiment d'un devoir dûment accompli.

Le programme évoque deux albums, dont sont extraits : six titres issus de "Legacy" et deux de "Union".

PROGRAMME
Bande son introductive : Legacy

  1. Haar (Legacy, 2025)
  2. Replica (Legacy, 2025)
  3. Source (Legacy, 2025)
  4. Wraith (Legacy, 2025)
  5. Starseeker (Union, 2019)
  6. Cenotaph (Legacy, 2025)
  7. Union (Union, 2019)
  8. Legacy (Legacy, 2025).

 

Un premier entracte permet une séance de dédicaces avec Gazpacho (14h30-15h15). C'est ma P'tite Fée qui s'y rend pour leur répéter tout le bien qu'elle pense d'eux, avec un texte traduit à l'avance. Jan-Henrik la reconnait désormais, et s'est montré ravi de la revoir bientôt à Paris… Nous avons ainsi notre album dédicacé, et ils savent que nous les reverrons très bientôt sur plusieurs dates …

Pour assister à la prestation de Green Carnation, je me positionne au premier rang de la fosse, légèrement excentré sur la droite, soit entre le bassiste Stein Roger Sordal et le guitariste Tchort. Je tenais à vérifier de près ce que ces gaillards pouvaient produire. Ma P'tite Fée vient m'y rejoindre. Cet emplacement se révèlera judicieux pour un excellent confort visuel et auditif. Le chasseur d'images s'est régalé !


GREEN CARNATION [15h15- 16h15].
https://greencarnationsom.bandcamp.com/
https://greencarnationsom.bandcamp.com/album/a-dark-poem-part-ii-sanguis

Ne connaissant pas ce groupe, je m'étais renseigné et j'avais relevé : "Le groupe norvégien fondé en 1990 peut être qualifié d'éclectique : leur son mêle doom, prog rock, gothique et post-metal. Parmi leur discographie entre 2000 et 2006, les mélophiles distinguent leur chef-d'œuvre "Light of Day, Day of Darkness" (2001). Mais, ce n'est qu'après un hiatus de dix années que le groupe a fait son retour sur la scène metal internationale. Puis, son sixième album "Leaves of Yesteryear" parait en 2020. Nonobstant, trente-cinq années après sa création, le groupe est plus créatif que jamais : ce concert sera consacré à son nouvel album".

Le septième album studio, présenté comme étant le premier volet d'une trilogie, intitulé "A Dark Poem, Pt. I: The Shores Of Melancholia", est paru le 5 septembre 2025. La suite, "A Dark Poem, Part II: Sanguis" est déjà attendu pour le 8 avril 2026.

F Avec de tels indices, je me suis lancé dans une enquête musicale approfondie, notamment sur Youtube et sur Bandcamp. Cette musique m'a séduit rapidement par ses mélodies puissantes et nuancées ! J'ai donc hâte de vérifier leur capacité à confirmer ces premières excellentes impressions.

Le fondateur de GREEN CARNATION, Terje Vik "Tchort" Schei (guitares, 1990-91, 1998-2007, et depuis 2014), est entouré de Kjetil Nordhus (chant, 2001-2007, et depuis 2014), Stein Roger Sordal (basse et chœurs, 2001-2007, et depuis 2014), Bjørn Harstad (guitares, 2001-2003, 2006, 2016-2017, et depuis 2019). Ce noyau relativement stable, est actuellement complété par Jonathan Alejandro Perez (batterie, et depuis 2016), et Endre Kirkesola (claviers et chœurs, depuis 2025). Sur la scène cependant, nous voyons un septuor, mais je n'identifie pas qui est le troisième guitariste…

Fort heureusement, la sonorisation de la section basse/batterie m'a paru bien équilibrée, ce qui m'a laissé ainsi percevoir les autres pupitres. Ma relative proximité avec l'enceinte de la basse, ne fut pas pénalisant. Le chant, les chœurs (du bassiste et du claviériste), et le clavier, ont pu ainsi exprimer toutes les harmonies attendues. Un éclairage assez lumineux et coloré, a correctement valorisé les musiciens. Sur le mur du fond de scène étaient diffusées des images fixes en rapport avec les albums. Le septuor dispose de l'espace scénique dans toute sa profondeur ; le clavier et la batterie sont légèrement en retrait.

Cette prestation a été conforme à mon pressentiment ; ces Vikings maitrisent un son puissant et mélodique. Les soli de guitares, et de clavier expriment un metal progressif qui rappelle parfois ARENA, THERION, voire même les confins d'un hardrock 70's, avec des sonorités souvent proches de DEEP PURPLE, RAINBOW.

Cependant, j'imagine volontiers que les oreilles des plus progueux ont dû saigner durant "The Slave That You Are", un titre dont la brutalité était délibérément inspirée du death-metal. J'ai moi-même dû surpasser un moment de saisissement. Mais tout cela est bien maitrisé et cohérent.

L'acclamation dans la salle autorise à penser que le public est majoritairement conquis.

Assurément une très belle découverte, pour nous quatre en tous cas ; notre microcosme est unanime !

Le programme distingue deux albums, dont sont extraits : six titres issus de "A Dark Poem, Pt. I: The Shores Of Melancholia", et un de "A Dark Poem, Pt. II, Sanguis". Il convient de souligner que, compte tenu de la rareté des prestations du groupe, l'interprétation des six titres du Pt I constituait une première européenne (joués une fois aux Etats-Unis, l'an dernier), et l'interprétation du titre issu de Pt. II constituait tout simplement une première mondiale !

PROGRAMME

  1. As Silence Took You (A Dark Poem, Pt. I: The Shores Of Melancholia, 2025)
  2. In Your Paradise (A Dark Poem, Pt. I: The Shores Of Melancholia, 2025)
  3. Me, My Enemy (A Dark Poem, Pt. I: The Shores Of Melancholia, 2025)
  4. The Shores of Melancholia (A Dark Poem, Pt. I: The Shores Of Melancholia, 2025)
  5. Too Close to the Flame (A Dark Poem, Pt. I: The Shores Of Melancholia, 2025)
  6. The Slave That You Are (A Dark Poem, Pt. I: The Shores Of Melancholia, 2025)
  7. Sanguis (A Dark Poem, Pt. II: Sanguis, 2026).

 

J'ai tardé à reprendre mes esprits, omettant de me rendre pendant l'entracte, à la séance de dédicaces avec Leprous (16h15-17h). Visiblement, la file d'attente monstrueuse s'était formé avant la fin du concert de GREEN CARNATION. J'ai donc abandonné une fois de plus l'espoir de les approcher ; Depuis quinze années, je ne suis jamais parvenu à les féliciter en personne !... (un jour, je les aurai ! )

Pour les plus motivés et disponibles, il y avait un aussi intermède proposé dans les coursives, avec Marcel Singor [15h15- 16h15], qui fut guitariste de Kayak de 2017 à 2025.

Je retourne à notre camp de base pour assister confortablement à la prestation de Pure Reason Revolution. Je les ai déjà vus maintes fois de près et puis je préfère me préserver pour le reste de la soirée.


PURE REASON REVOLUTION [17h00- 18h15].
https://www.purereasonrevolutionofficial.com/

Pour rappel, ces anglais, se sont rencontrés à l'Université de Westminster et ont fondé PURE REASON REVOLUTION en 2003. Après plusieurs changements de formation, PRR finit hélas par se séparer en novembre 2011.

Heureusement, j'avais eu auparavant l'occasion de repérer leur existence via un forum de discussions musicales de l'époque (Chemical Harvest). J'ai assisté à un premier concert au Café de la Danse le 27 février 2007, alors qu'ils étaient invités de Blackfield. Cette prestation m'avait confirmé leur maitrise des harmonies enivrantes et rythmées, des mélanges de rock progressif et de sonorités subtilement électro.

Leur réunion inespérée à l'occasion du Midsummer festival le 22 juin 2019 à Valkenburg avait fait naître de nouveaux espoirs. Le public progueux, pourtant réputé calme et posé, avait fini debout, surexcité et applaudissant à tout rompre ; la prestation étourdissante de PRR venait tout simplement de voler la vedette à IQ !

Pourtant, après la Pandémie et la parution de "Above Cirrus" (6 mai 2022), Chloë Alper (chant, basse, claviers) a hélas choisi de prioriser "JAMES", un autre groupe de pop britannique, jugé sans doute plus lucratif. Elle est remplacée par Annicke Shireen, (chant, claviers, ex-membre de Heilung).

Mais pour quelques dates, dont aujourd'hui, le trio historique Jon Courtney (guitare, chant, claviers, depuis 2003) et Greg Jong chant, guitare (de 2003 à 2005, 2011, et depuis 2021) et Chloë Alper (chant, basse, clavier, de 2003 à 2022, et en 2026) est reconstitué ! Annicke Shireen (chant / claviers, depuis 2022) est là aussi bien sûr, ainsi que Ravi Kesavaram (batterie). La cofondatrice Chloë Alper est donc de retour, après avoir quitté le groupe il y a cinq ans. Ce retour (temporaire semble-t-il) semble justifié par le vingtième anniversaire de "The Dark Third", puisqu'il est paru le 10 avril 2006.

Je m'impatiente de revoir une huitième fois ces anglais, dont je ne me lasse pas.

Alors que les autres musiciens sont en place pour le début du concert, Chloë se fait désirer ; je la distingue pourtant à la console latérale de contrôle, avant qu'elle finisse par bondir à son micro.

J'étais a priori inquiet sur le partage des rôles des deux filles. Mon inquiétude venait d'être accentuée par la lecture de commentaires nuancés, peu enthousiastes sur la prestation parisienne de Chloë la veille (6 février, au Nouveau Casino). Finalement, au fil du programme, j'ai constaté les avantages et les inconvénients d'arbitrages sans doute négociés pour la répartition des pupitres. Jusqu'en 2019, Chloë avait un rôle prépondérant, elle assumait les claviers, la basse et le chant.

Pour ma part, son engagement, sa vivacité et sa voix m'ont paru intacte, voire décuplée. Telle une sauterelle, Chloë n'a pas cessé de bondir tout en chantant avec enthousiasme. Ce sont désormais quatre voix qui excellent dans de merveilleuses polyphonies, les chants masculins et féminins étoffent encore davantage les mélodies.

En revanche, on ressent quand même que Chloë se tient en retrait de ses pupitres d'origine ; elle a abandonné totalement les claviers à Anneke et à Jon.

Pour cette musique aux sonorités très électro, une bonne sonorisation s'imposait. De notre point d'écoute, le niveau sonore nous a d'abord paru trop puissant ; les protections auditives s'imposèrent très vite. Cependant, une fois protégés nous distinguions bien les pupitres, notamment les voix qui sont essentielles dans les harmonies de PRR. L'éclairage m'a paru un peu sombre, minimaliste. Etonnement, alors que l'espace est habituellement débarrassé, PRR occupe un segment avancé de la scène, car du matériel bâché pour le groupe suivant occupe le fond. Seul la batterie est en retrait ; les quatre micros sont alignés, dont celui des deux claviers (Anneke sur notre gauche et Jon sur notre droite).

Sur le plan musical, cette prestation fut très bien exécutée, chacun a fait son boulot.

Principalement axé sur "The Dark Third", les séquences douces et mélancoliques alternent avec des périodes festives et dansantes.

Alors que Green Carnation venait de transgresser les rails du prog avec du deathmetal, cette fois c'est Jon qui propose une teuf délibérément électro avec un surprenant "Fight Fire". Il en faut pour tous les goûts, dit-on… Mais quand même, le concept de rock progressif n'en finit plus d'être étiré (doux euphémisme).

En tous cas, le public valide.

Le programme évoque quatre albums, dont sont extraits : neuf titres issus de "The Dark Third", un de "Eupnea", un de "Amor Vincit Omnia", un de "Hammer and Anvil".

PROGRAMME

The Dark Third
1.      Aeropause (The Dark Third, 2006)
2.      Goshen's Remains (The Dark Third, 2006)
3.      Apprentice of the Universe (The Dark Third, 2006)
4.      The Bright Ambassadors of Morning (The Dark Third, 2006)
5.      Nimos & Tambos (The Dark Third, 2006)
6.      Voices in Winter / In the Realms of the Divine (The Dark Third, 2006)
7.      Bullitts Dominæ (The Dark Third, 2006)
8.      Arrival / The Intention Craft (The Dark Third, 2006)
9.      He Tried to Show Them Magic! / Ambassadors Return (The Dark Third, 2006).
10.  Ghosts & Typhoons (Eupnea, 2020)
11.  Deus Ex Machina (Amor Vincit Omnia, 2009)
12.  Fight Fire (Hammer and Anvil, 2010).

 

Durant l'entracte suivant, c'est Kristoffer Gildenlöw [18h20-19h00] qui nous propose quelques partitions. Mais il me fallait partager le temps avec la séance de dédicaces avec Green Carnation (18h15-19h), …qui n'avait rien à signer ! C'est consternant, mais les bougres proposaient aucun album disponible à leur échoppe !!! Pourtant fort sympathiques, ils ont volontiers discuté et posé pour un portrait. J'ai exprimé le vœu de les voir un jour à Paris, mais je pense qu'on en est très loin…

Bref, je ne m'attarde pas, car je souhaitais me placer en fosse avec ma P'tite Fée pour la prestation de GAZPACHO. Elle n'a pas tardé à se placer aux pieds de Jan-Henrik. Pour ma part, j'avais mal estimé l'affluence, et j'ai dû me contenter d'une place un peu excentrée (non loin de celle pour Green Carnation). Pas grave, puisque le confort demeure excellent. Et puis cet emplacement me permettra d'observer de près le jeu Jon-Arne.


GAZPACHO [19h15- 20h30].
https://gazpachoworld.com/

L'histoire de ce groupe présente un autre aspect positif non négligeable ; sa stabilité. Le trio fondateur maintient le cap depuis le début. Autour de Jan-Henrik Ohme (chant, depuis 1996), Jon-Arne Vilbo (guitares, depuis 1996), et Thomas Andersen (claviers, depuis 1996), se sont fidélisés Mikael Krømer (violon, guitares, mandoline, depuis 2001), Kristian "Fido" Torp (basse, depuis 2005), ainsi que Robert Johansen (batterie, 2004–2009, et depuis 2017).

Ce groupe norvégien hante mon esprit depuis aussi longtemps que PRR, soit une vingtaine d'années. C'est dans le même forum de discussions musicales (Chemical Harvest) que je lisais déjà des commentaires dithyrambiques. Sauf, que je n'ai pas immédiatement trouvé la Porte.

J'ai attendu le 30 juin 2018 avant de les voir une première fois sur scène, ce fut à Barcelone lors du BeProg festival. Et je ne suis tombé définitivement dans la Soupe, que doucement, un peu au rythme de leur musique profondément mélancolique, atmosphérique, cinématographique et mystérieuse. Ensuite, à l'instar de beaucoup de leurs morceaux, mon intérêt a évolué crescendo. A tel point, qu'ils sont entrés dans le cercle très restreint des groupes dont la Musique est capable de me faire pleurer (encore récemment à l'écoute du triptyque "Tick Tock").

A l'instar de Pendragon, GAZPACHO ne vit pas de sa musique. Ils sont soumis à leurs obligations professionnelles, et l'organisation de leurs tournées est un dilemme permanent. Leurs prestations sont donc relativement rares, surtout dans nos contrées malentendantes. Ce n'est ainsi que la quatrième fois que je les vois ce soir. Mais ce ne sera pas la dernière, car avec ma P'tite Fée, nous avons programmé de les suivre sur quelques dates ce printemps (le 29 mars à Zoetermeer, Pays-Bas, le 30 mars à Verviers, Belgique, et probablement le 3 avril à Paris) !

Leur douzième album, "Magic 8-Ball" est paru le 31 octobre 2025. Ceux qui s'intéressent aux textes anglophones nous rapportent qu'ils y explorent le thème du destin.

Mais pour ce soir, pas de chance, l'avion que devait emprunter  Kristian Torp fut bloqué à l'aéroport par un froid excessif. Il a dû renoncer à rejoindre ses camarades. In extremis, une bande-son de son pupitre a été élaborée pour cette prestation. Jan-Henrik raconte à l'auditoire ces mésaventures avant d'inviter Jon-Arne à brandir son portable, pour nous faire partager à distance le cri de désespoir de Kristian ! Comble de malchance, il nous relate que cet empêchement les a en outre privés d'oreillettes, avant qu'une âme bienveillante du festival leur en prête !!

Une absence qui nous rappelle celle du bassiste Nate Navarro, qui avait obligé Porcupine Tree à continuer sa tournée avec une bande-son ! Je n'apprécie guère écouter une musique préenregistrée lors d'un concert, mais c'est clair, je préfère encore cela à une annulation. Pour me rassurer, j'ai prêté une attention toute particulière à surveiller l'exécution des autres pupitres…

Quoi qu'il en soit, la sonorisation s'est avérée parfaitement adaptée aux atmosphères éthérées. Le dispositif d'éclairage fut, lui aussi, dosé délicatement. Sur le mur du fond de scène sont diffusées les images fixes et mouvantes illustrant les textes. Leur espace scénique est correct (surtout avec un bassiste en moins !) ; le clavier en retrait sur notre droite, Jon-Arne est posté devant lui, un peu décalé. La batterie est excentrée au fond à notre gauche, devant lui c'est Mikael.

Les gestes de Jan-Henrik Ohme trahissent une grande sensibilité, qui s'entend également dans le timbre de sa voix douce et émouvante. Elle maitrise les tonalités mineures qui expriment une profonde mélancolie. Son prompteur le rassure sans doute, mais de toute évidence il vit ses textes avec une ferveur mystique. Avez-vous déjà tenté de suivre la ligne mélodique du chant ? Elle est d'une très grande complexité, même si j'imagine que comprendre le sens des textes doit aider à l'expression des nuances.

L'autre pièce maitresse du groupe, Jon-Arne Vilbo pose ses accords avec une délicatesse saisissante. Quand d'autres guitaristes démontrent leur talent, tout aussi louable, dans la vélocité, lui il démontre sa maitrise dans la retenue et la recherche constante des nuances. C'est beau, c'est émouvant.

Davantage encore dans la sobriété, on observe et entend le claviériste Thomas Andersen, par qui arrivent de belles nappes oniriques et des accords qui accentuent les émotions. Ainsi que Mikael Krømer qui alterne ses accompagnements à la guitare, avec ses interventions au violon électrique. Le tout délicatement contrebalancé par les frappes précises de Robert Johansen.

Je ne serai pas assez insolent pour commenter la prestation irréprochable de Kristian "Fido" Torp !

Cette prestation de GAZPACHO rappelle avec brio la vocation prétendue pour ce festival de rock revendiqué progressif. Le reste erre davantage dans les sphères métalliques ou électro. A ce titre, le concert de GAZPACHO nous a accordé un havre de paix et de pur bonheur bienvenu.

Dans la fosse, j'étais bien entouré, avec des Mélophiles qui connaissaient les paroles, ou écoutaient religieusement la Musique. Ce cocon douillet a cependant tranché avec la ferveur des acclamations qui visiblement ont ému les musiciens avant de quitter la scène…

Le programme évoque cinq albums, dont sont extraits : les quatre titres issus de "Magic 8-Ball" sont interprétés pour la première fois sur une scène. Nous avons eu la très bonne surprise d'entendre les trois volets du titres éponyme de "Tick Tock ", un de "Soyuz", un de "Night", un de "March of Ghosts". Je note a posteriori que le merveilleux "Winter Is Never" a malheureusement été retiré du programme en raison de "contraintes de temps" ?!

PROGRAMME

  1. We Are Strangers (Magic 8-Ball, 2025)  
  2. Soyuz One (Soyuz, 2018)
  3. Golem (March of Ghosts, 2012)
  4. Gingerbread Men  (Magic 8-Ball, 2025)  
  5. 8-Ball  (Magic 8-Ball, 2025)  
  6. Upside Down (Night, 2007)
  7. Sky King  (Magic 8-Ball, 2025)  
  8. Tick Tock, Part 1 (Tick Tock, 2009)
  9. Tick Tock, Part 2 (Tick Tock, 2009)
  10. Tick Tock, Part 3 (Tick Tock, 2009).

 

Là encore, cette surdose émotionnelle m'a bouleversé au point de peiner à reprendre mes esprits ; oui je sais je suis un grand émotif, que voulez-vous… Pendant l'entracte, je ne me suis pas inséré dans la file de la séance de dédicaces avec Pure Reason Revolution (20h30-21h10). Je n'avais rien à leur faire signer, et puis franchement je n'avais pas trop envie de discuter avec Chloë sur son choix (parfaitement respectable, mais décevant) de quitter le groupe ; j'aurais pu être désagréable… Je préfère siroter une mousse, au calme.

Pour le concert suivant, les coursives et les bars se vident mystérieusement. Je réalise alors que bien avant l'heure dite, la fosse est pleine comme un œuf, et les escaliers encombrés de divers parasites et crustacés. Dans l'obscurité, je parviens à fendre les masses, au prix de quelques giclées de bières, et à retrouver ma place en gradin, juste avant le début du concert ; ouf !


LEPROUS [21h10- 22h55].
https://leprous.net/

LEPROUS, originaire de Notodden, a été fondé en 2001 par Einar Solberg (chant, claviers depuis 2001) et Tor Oddmund Suhrke (guitares, chœurs depuis 2001), alors âgés respectivement de 16 et 15 ans. Les deux fondateurs demeurent à ce jour entourés de Baard Kolstad (batterie depuis 2014), Simen Børven (basse, chœurs depuis 2015), et Robin Ognedal (guitares, chœurs depuis 2017).

Ces Vikings sont, pour moi, un des groupes les plus intéressants de la scène actuelle. Autant sur le plan vocal qu'instrumental, ils excellent dans l'audace, et la maitrise absolue de leur art d'alterner les atmosphères éthérées ou tourmentées. Depuis 25 ans, le groupe norvégien virevolte avec virtuosité sur la frontière entre le métal progressif et le rock progressif. Leur évolution les a menés d'un métal puissant et intense, vers un son plus ample, subtil et mélodique, sans renier leurs origines. Et pourtant leur musique est reconnaissable rapidement ; des rythmes syncopés et des mélodies teintées de mélancolie ou de colère contenue. Je suis ravi et impatient de les revoir une quatorzième fois, depuis le 3 novembre 2010, alors qu'ils étaient invités de THERION, à l'Elysée Montmartre !

L'album, "Melodies Of Atonement" paru le 30 aout 2024 est réputé constituer leur huitième, mais c'est sans compter "Aeolia", considéré comme un album de démonstration paru le 2 avril 2006. Pourtant, s'il est certes atypique, il contient déjà les ingrédients d'une musique reconnaissable, ce qui en fait un album à part entière selon moi.

Avec LEPROUS nous ne sommes jamais déçus, c'est ascenseur émotionnel garanti. Dès que leur Musique parvient dans nos cages à miel, on a le sentiment de mettre les deux doigts dans la prise, on sait que cela va secouer les crinières, les neurones, et les muscles.

Sur le mur de fond de scène ; pas d'autre image que celle de leur album le plus récent.

Un éclairage très dense, très lumineux et trépident contribue à envouter l'auditoire dont distingue les corps et les têtes se balancer aux rythmes impitoyablement frappés par ce fou furieux Baard Kolstad ! Doté d'une sonorisation époustouflante, à la fois puissante et limpide, les musiciens expriment leur art avec une énergie dantesque et désarticulée.

La batterie et les claviers se partagent le fond de la scène. Les cordes occupent le devant et doivent partager l'espace avec Einar pour leurs gesticulations légendaires !

Avec ma P'tite Fée, nous nous rappelons avec émotion combien ces valeureux Vikings avaient dû souffrir sur le minuscule espace du kiosque qui leur avait été magnanimement concédé au BeProg de Barcelone, le 11 juillet 2015 !!! Eux aussi, ils ont galéré… Leur succès est désormais amplement mérité, mais je ne souhaite pas pour autant les voir dans une arène ou un stade (argh !).

Le programme me semble être un florilège de leur discographie, une succession de titres inespérés et toujours aussi renversants. J'évite de citer les titres qui m'ont ému car de fait, il n'y avait rien à écarter !!

Toutefois, je me dois honnêtement de citer deux moments particulièrement intenses.

Pour le premier, on doit remonter à quelques mois en arrière. Leprous n'est pas coutumier des reprises. Cependant, ils ont été conviés à un défi télévisé par Musora, qui a été filmé et publié en aout 2025. Il s'agissait de les enfermer dans un studio et de leur faire écouter un titre d'une chanson qu'ils étaient tenus d'adapter à leur manière. Ils écoutent ainsi "Take on Me" de Aha. En un quart d'heure, on assiste à leur travail, à leur capacité d'analyse et d'adaptation. De cet évènement a été extraite la chanson dans sa version finale. Je n'imaginais même pas une interprétation sur scène, jusqu'à ces derniers jours, où j'ai remarqué cette reprise sur quelques dates de la tournée… Mais pas toutes ! Autant dire que leur choix de ce soir a fait monter la pression encore au-delà ;  le public jubile et chante à poitrine déployée ! Quelle ambiance !!!

Le deuxième moment hors norme, j'ai eu la sensation de me mettre vraiment en danger, au-delà du raisonnable ; c'est durant le crescendo final de "Distant Bells". Ce titre démoniaque a le don de nous rendre dingue moi et ma P'tite Fée. Le calme du départ, la retenue, la mélancolie, suivis de la rage absolue chantée de façon déchirante par Einar au sommet de son talent ; tout cela a gravement endolori nos nuques et traumatisé mes cordes vocales…

Impossible de suivre Einar Solberg, dans sa tessiture hallucinante. On peut juste l'imiter, changer d'octave … ou rester bouche bée. Impressionnant par les talents multiinstrumentistes, le charisme, la voix et la carrure, ce chanteur est pour moi le meilleur du circuit actuel, tout simplement !

Quant à ses complices multiinstrumentistes, ils maitrisent à la perfection leur partition, pourtant très technique et gavée de contretemps. Leur chorégraphie, que l'on sent sincère et sans retenue, impressionne !

Allez, je me laisse aller à évoquer un autre titre étourdissant lui aussi, "Like a Sunken Ship", dont l'intro original m'a un peu perdu au début, pour ensuite m'emporter dans l'ivresse du navire. Ensuite, Einar a fait mine de faire voter le public pour les dixième et onzième titre ; peu importe la sincérité du procédé, de toutes façons, tout ce qui était soumis au choix était validé pour moi : en extrait de "Bilateral","Forced Entry" a été choisi au dépend de "Acquired Taste", "Mb. Indifferentia" et "Restless". Puis, en extrait de "The Congregation", "Slave" a éliminé "Rewind" "The Flood" et "Third Law". Il n'y a pas mauvais morceau. Epicétou.

Le malheureux qui n'aurait pas encore trouvé la Porte, pourrait trouver mon propos excessivement laudatif et dithyrambique et pourtant ce que j'exprime ici est à peine représentatif de mes émotions, que j'assume totalement.

Le public exulte, mon microcosme familial aussi ; le rappel est réclamé à cor et à cri. C'est la Gloire pour LEPROUS !

Le programme évoque six albums, dont sont extraits : quatre titres issus de "Melodies Of Atonement" (2024), quatre de "Pitfalls", deux de "Malina", deux de "The Congregation", un de "Aphelion", un de "Bilateral", et une reprise.

PROGRAMME

  1. Silently Walking Alone (Melodies Of Atonement, 2024)
  2. Illuminate (Malina, 2017)
  3. Nighttime Disguise (Aphelion, 2021)
  4. My Specter (Melodies Of Atonement, 2024)
  5. Below (Pitfalls, 2019)
  6. Take On Me (reprise d' A-ha, 1985)
  7. Alleviate (Pitfalls, 2019)
  8. The Price (The Congregation, 2015)
  9. Like a Sunken Ship (Melodies Of Atonement, 2024)
  10. Forced Entry (Bilateral, 2011)
  11. Slave (The Congregation, 2015)
  12. Distant Bells (Pitfalls, 2019)
  13. From the Flame (Malina, 2017).

RAPPEL:

  1. Atonement (Melodies Of Atonement, 2024)
  2. The Sky Is Red (segment final seulement) (Pitfalls, 2019).

Bande-son finale : "Your Blood" de Nothing But Thieves

Encore sonné par tant d'émotions, nous devons admettre de fermer cette parenthèse. Les écrans nous indiquent déjà la prochaine édition ; elle se tiendra le samedi 30 janvier 2017. Je ne doute pas Rob Palmen saura nous concocter encore une belle affiche !

Le lendemain, dimanche on reprend la route sous un beau soleil, et peu de circulation, que demander d'autre, sinon y revenir.







samedi 31 janvier 2026

CACHEMIRE + HOWARD / La Cigale (Paris 18e) / le samedi 31 janvier 2026.

La période que certains s'amusent à nommer avec gourmandise "la trêve des confiseurs", s'apparente plutôt, pour le musicophile que je suis, à un jeûne, une diète, une privation de concerts, de musique vivante ! Ma musicothérapie est ainsi amputée d'un traitement de soutien essentiel. En ce 31 janvier, j'ai ainsi fiévreusement compté pas moins de cinquante-six jours, soit un mois et vingt-cinq jours sans concerts.

Bien que l'attractivité des sonorités raffinées du rock progressif m'ait quelque peu écarté du rock énervé ces dernières années, CACHEMIRE avait marqué mon répertoire musical de l'année 2024. Leur prestation lors du RAISMESFEST le dimanche 8 septembre 2024 avait totalement sidéré tous les festivaliers. Y compris ma P'tite Fée qui m'accompagne ce soir ! Cette prestation extérieure en appelait une autre, en salle ! Nous attendions donc une nouvelle tournée promotionnelle, et nous n'avons donc pas longtemps hésité à nous procurer nos tickets, dès le 15 juillet 2025.

En tout état de cause, la soirée est annoncée "complet", le 20 janvier !


LE SITE. Aaaah, enfin LA CIGALE ! " Viens ici, fout le camp ! "…

Bien que située, une fois de plus, au Nord de Paris, cette jolie salle de spectacles m'avait séduit, par son décor mais aussi et surtout par son acoustique. Mais je n'avais eu le plaisir de m'y rendre que pour seulement trois concerts, entre 1998 (Manowar) et 2007 (Pure Reason Revolution et Porcupine Tree). J'admets bien volontiers avoir probablement manqué quelques autres opportunités ; oui, je confesse avoir manqué notamment le concert de MARILLION qui y fut enregistré le 29 avril 1994. Mais de fait, il me semble cependant que la programmation particulièrement sélective (j'allais écrire intolérante) rend son accès particulièrement restreint, voire interdit à notre microcosme (progueux et metalleux inclus). Mes goûts sont pourtant éclectiques mais visiblement, la dogmatique programmation encore affichée à ce jour pour l'année à venir (https://lacigale.fr/programmation) continue d'accueillir des artistes probablement respectables (quoique…), mais en contribuant à ostraciser notre univers. Ah, je relève toutefois la prévision de The Aristocrats, le 1er juin 2026.

LA CIGALE est entourée de voisins bien plus accueillants et bien plus éclectiques ; tels que Le Trianon, l'Elysée Montmartre. Avec une certaine arrogance, son slogan a pourtant l'insolence de prétendre : " La Cigale, un véritable lieu d'échange, de partage et de découvertes aux pieds de Montmartre ; cent-trente-huit années de passion, de vibrations et d'émotions. Elle maintient son statut de salle iconique en accueillant la fine fleur de la scène française et internationale ". Donc, comprenons ici que pour être digne de ces oreilles-là, le rock doit démontrer des qualités horticoles, séduisantes et conformes aux standards élitistes tels que définis par un mystérieux oracle !

Mais que les gueux incultes soient enfin comblés et reconnaissants, sa Seigneurie a estimé qu'au regard de ses dix années CACHEMIRE serait digne de fouler l'auguste scène.

Allons, soyons magnanimes et laissons au gérant exposer l'histoire : "En 1887, à Pigalle, La Cigale entonne son premier chant face à mille spectateurs. Elle agite l’éventail de ses spectacles : Sketchs, danse, musique. Comme son prestigieux voisin Le Moulin Rouge, elle accueille de célèbres danseuses de Cancan : La Goulue, Rigolboche etc… Les opérettes et vaudevilles se succèdent jusqu’en 1927 avec Mistinguett, Maurice Chevalier et Arletty pour ne citer qu’eux. Depuis 1887, La Cigale n’a jamais fermé ses portes et s’est perpétuellement transformée, au gré des travaux d’embellissement et renouvelé au travers des grandes avancées de son temps. D’abord café-concert puis music-hall, elle devient "La Cigale-Cinéma" pendant 60 ans… avant de devenir, en 1987, la salle de concert que nous connaissons aujourd’hui." Ses murs englobent LA BOULE NOIRE, autre lieu de notre mémoire (…).

Compte tenu de sa capacité d'accueil de 1 472 personnes debout, j'imagine que beaucoup de nos groupes favoris s'y rendrait volontiers…


LA SOIREE. Nous arrivons vers 17h30 pour nous insérer dans une file d'attente encore à son amorce, mais qui ne tarde pas à s'agrandir derrière nous ! Nous pourrons ainsi entrer paisiblement pour choisir un emplacement à notre guise, situé en balcon sur la gauche en regardant la scène. En effet, il convient de souligner avec satisfaction que le placement est libre, à l'ancienne. Ce qui avantage les plus passionnés et courageux, ayant bravé l'attente hivernale. Seules deux rangées de fauteuils de balcon, soit une vingtaine face à la scène, étaient réservés, ce qui laissait un beau choix à tous les autres spectateurs.

HOWARD [19h50-20h30].
https://howardtheband.bandcamp.com/

Ne connaissant pas le groupe, je me renseigne en préalable : "Entre le rock organique des aînés et les résonances électroniques actuelles, le trio Howard trace son chemin en puisant dans ses émotions les plus sombres comme les plus porteuses d’espoir pour offrir un véritable ouragan rock confinant à la transe." Ce que j'entends sur son site Bandcamp me semble intéressant, en tous cas a priori cohérent avec son hôte… Je relève qu'il est passé sur la scène du Hellfest le 21 juin 2025 et du Grand Rex le 9 novembre 2024.

Après un premier album sorti le 15 juin 2018, quelques autres parutions précèdent celle d' "Oscillations" du 28 mars 2025.

L'effectif semble stable depuis le début avec Jean-Marie Canoville (chant guitare, et thérémine), Raphaël Jeandenand (claviers, thérémine), et Tom Karren (batterie). Sur la gauche de la scène se trouve le pupitre des claviers, sur la droite s'agite le guitariste/chanteur, alors que le batteur est au centre légèrement en retrait.

La sonorisation était parfaitement équilibrée pour laisser percevoir les accords flamboyants des claviers, de deux thérémines et de guitares. L'éclairage accordé pour cette première partie de soirée est certes limité, mais un projecteur additif astucieusement ajouté sur le côté rend l'espace suffisamment lumineux pour distinguer musiciens et instruments. Le mur du fond de scène est drapé avec le logo du groupe.

Nous avons été rapidement séduits par cette musique entrainante, festive et/ou atmosphérique, mêlant électro et rock survitaminé. J'ai particulièrement apprécié la maitrise de Raphaël Jeandenand sur ses outils numériques et la thérémine placée de son côté. Ses mains galopent et caressent les touches, sur les nombreuses options en face de lui. L'autre thérémine étant utilisé une seule fois en complément par Jean-Marie Canoville, qui pour sa part, alternait une guitare électrique habituelle avec une guitare basse étonnamment petite, surtout sur le personnage d'une corpulence impressionnante ! L'ensemble étant vaillamment cadré par les frappes redoutablement efficaces de Tom Karren.

Une prestation qui aurait toutefois pu être davantage convaincante avec moins de bavardages intermédiaires, qui ont un peu cassé le rythme. Bon, on aura compris qu'ils semblaient sincèrement émus de leur présence sur cette scène. Le meneur est pourtant charismatique même s'il peine à bien diriger le public ; par exemple en s'inspirant des concerts metal, il scinde la foule en deux, mais laisse les protagonistes égarés, sans top départ. Quelques maladresses qui ont traduit un manque d'expérience de la scène, dommage.

Ce fut cependant un agréable moment et le public acclament le trio qui peut être content d'avoir emporté l'adhésion qui attendait pourtant avec impatience d'en découdre avec Cachemire.

PROGRAMME
A déterminer


CACHEMIRE [21h00-22h25]
https://www.cachemiremusic.fr/
https://www.facebook.com/cachemiremusic/about?locale=fr_FR
https://www.youtube.com/@cachemirevideos/videos

Avant leur remarquable prestation au RAISMESFEST, je ne connaissais pas vraiment CACHEMIRE, un quintuor français et francophone, qui avait pourtant déjà conquis quelques scènes ! Fort heureusement, à l'heure dite de leur prestation, j'étais particulièrement réceptif car, intrigué par sa réputation, j'avais eu la prudence de me renseigner sur la Bête. Sage précaution, quand on connait la vie de festivalier, qui est parfois enclin à des discussions interminables au bar ou dans les files d'attente de latrines !

Depuis cette apparition, je ne pouvais que reprendre mon bâton de pèlerin prédicateur pour soutenir ces vaillants adeptes du rock francophone, dignes descendants d'illustres ainés ! A l'instar de LAZULI, ils démontrent une fois de plus que notre langue n'est pas incompatible avec le rock.

Contrairement à mon habitude, cette fois je ne peux pas honorer les musiciens en les identifiant. Ils font partie de ceux qui prétendent effacer leurs individualités au profit de l'Art qu'ils sont censés nous faire partager.

Article de presse intéressant pour en savoir davantage : https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/cholet-49300/cachemire-du-rock-francais-qui-demange-5742996

J'espère ne pas brusquer leur modestie en relatant cependant qu'après cinq années passées dans le groupe MOBSOFA, "Seb" et "Freddy" avaient décidé de repartir à l’aventure début 2012, avec deux nouveaux compères. CACHEMIRE voit ainsi le jour mi-2012, composé de quatre musiciens des Pays de Loire. Plus exactement, ils viennent des Mauges, de Vendée et de Nantes. Puis le quatuor est devenu un quintuor. Nous écoutons donc les pseudonymés "Fred Bastar" au chant, "Seb" à la basse (+chœurs), "Farid" à la batterie, et "Ron" à la guitare. Quant au guitariste "Sven" Kaballero, il vient de céder son pupitre à "Alice Animal".

Un premier album "Qui est la Punk ?" est paru le 4 mai 2018. Un deuxième album studio "Photochope-moi" est paru le 13 mars 2015, puis un troisième "Dernier Essai" est paru le 25 février 2022.

Leur quatrième album studio "Suffit Juste d'Une Seconde" est paru le 10 octobre 2025.

Le quintuor, conformément à leur campagne promotionnelle, est vêtu de blanc. En jupe (avec panty, en dessous quand même hein ; 'faut pas déconner !) pour les hommes et en short pour la dame. Même les instruments, guitares et batterie) sont blancs ! Sur notre gauche de l'espace on distingue le quatuor de cordes (trois violons et un violoncelle, compagnons depuis 2018). Le bassiste est devant eux. Des invités participeront en alternance ; le claviériste Corentin Pujol, a impressionné avec ses accords joués au clavinet, puis le guitariste Stanislas " Yarol " Poupaud fut également remarquable de talent et de charisme, ainsi que Tanguy " Teka " Kerleroux. L'apport de ces trois larrons fut remarquable, étoffant les harmonies de soli opportuns !

Dans ce cadre acoustique excellent, la sonorisation fut parfaitement équilibrée ; elle a permis de percevoir les pupitres avec clarté et puissance. En revanche, l'éclairage m'a semblé insuffisant ; juste quelques projecteurs placés en plafond et en fond de scène, finalement peu efficients. Heureusement, une imposante structure triangulaire permet de maintenir une relative luminosité. Le mur du fond de la scène est peu utilisé, juste éclairé ponctuellement de la diapo du dernier album.

Nous pouvions nous en douter, l'ambiance fut très électrique, réactive, bouillante. C'est bel et bien du rock brut de décoffrage, puissant, percutant, simple mais efficace. Ledit Fred Bastar avoue volontiers, dans ses entretiens, une influence de TELEPHONE, mais je ressens aussi du NOIR DESIR et même du SUPERBUS. Le charisme de Fred Bastar pourrait réveiller n'importe quel désabusé, la foule répond à ses moindres désirs ; ça s'assoit, ça saute, ça danse, ça chante et ça acclame bruyamment. Vu du balcon, on ne peut qu'être impressionné par la puissance dégagée. Bref, on voulait s'encanailler, on n'est pas déçu. On est bien loin des subtilités harmoniques du rock progressif, mais on assume.

Bon, s'il fallait poser un bémol sur cette harmonieuse portée musicale, les textes en français effleurent parfois une démagogie rampante. Mais qui est inhérente au genre. La plupart de leurs ainés ont également dénoncé et revendiqué avec plus ou moins de subtilité, sur des sujets sociétaux ; une forme de politiquement correct dans un milieu rock réputé alternatif. Personnellement, cet aspect ne me dérange pas trop, je fais mon marché. Je prends en priorité cette énergie salvatrice.

Le concert aura duré moins de quatre-vingt-dix minutes, et sans rappel. Une fin un peu brutale donc. Les lumières du palais sont rallumées lorsqu'une bande son amplifie "Hey Jude" des Beatles, et que Fred Bastar se laisse porter par la foule en délire, pour un aller/retour vers la console du fond !

Sur les quatorze titres, neuf sont issus de "Suffit Juste d'Une Seconde". L'album précédent "Dernier Essai" est oublié.

PROGRAMME

  1. Moi Etre Roi (Qui est la Punk, 2018)
  2. Ma gueule (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025)
  3. A l'ancienne (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025)
  4. Sexy beat (Qui est la Punk, 2018)
  5. Suis-Moi Baby ! (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025)
  6. Mouscash (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025)
  7. La Nuit je mens (reprise d'Alain Bashung, 1998)
  8. Adam (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025)
  9. Ces Voix (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025)
  10. Seul (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025)
  11. La Veste (Qui est la Punk, 2018)
  12. Pied Au Plancher (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025)
  13. L'Animal (Photochope-moi, 2015)
  14. Chanson pour sépultures (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025).

Conforme à ma prévision, cette soirée de remise en forme fut très agitée, et revigorante. Nous aspirons désormais à notre prochaine étape, davantage conforme à nos centres d'intérêts musicaux désormais ; ce sera dès samedi prochain, pour le MidWinter Festival, à Utrecht !