La période que certains s'amusent à nommer avec gourmandise "la trêve des confiseurs", s'apparente plutôt, pour le musicophile que je suis, à un jeûne, une diète, une privation de concerts, de musique vivante ! Ma musicothérapie est ainsi amputée d'un traitement de soutien essentiel. En ce 31 janvier, j'ai ainsi fiévreusement compté pas moins de cinquante-six jours, soit un mois et vingt-cinq jours sans concerts.
Bien que l'attractivité des sonorités raffinées
du rock progressif m'ait quelque peu écarté du rock énervé ces dernières
années, CACHEMIRE avait marqué mon répertoire musical de l'année 2024. Leur
prestation lors du RAISMESFEST le dimanche 8 septembre 2024 avait totalement sidéré tous les
festivaliers. Y compris ma P'tite Fée qui m'accompagne ce soir ! Cette
prestation extérieure en appelait une autre, en salle ! Nous attendions donc une
nouvelle tournée promotionnelle, et nous n'avons donc pas longtemps hésité à
nous procurer nos tickets, dès le 15 juillet 2025.
En
tout état de cause, la soirée est annoncée "complet",
le 20 janvier !
LE SITE. Aaaah, enfin LA CIGALE ! " Viens ici, fout le camp ! "…
Bien que située, une fois de plus, au Nord de
Paris, cette jolie salle de spectacles m'avait séduit, par son décor mais aussi
et surtout par son acoustique. Mais je n'avais eu le plaisir de m'y rendre que
pour seulement trois concerts, entre 1998 (Manowar) et 2007 (Pure Reason
Revolution et Porcupine Tree). J'admets bien volontiers avoir probablement
manqué quelques autres opportunités ; oui, je confesse avoir manqué notamment le
concert de MARILLION qui y fut enregistré le 29 avril 1994. Mais de
fait, il me semble cependant que la programmation particulièrement sélective
(j'allais écrire intolérante)
rend son accès particulièrement restreint, voire interdit à notre microcosme (progueux
et metalleux inclus). Mes
goûts sont pourtant éclectiques mais visiblement, la dogmatique programmation
encore affichée à ce jour pour l'année à venir (https://lacigale.fr/programmation)
continue d'accueillir des artistes probablement respectables (quoique…), mais en contribuant à
ostraciser notre univers. Ah, je relève toutefois la prévision de The Aristocrats,
le 1er juin 2026.
LA CIGALE est entourée de voisins bien plus
accueillants et bien plus éclectiques ; tels que Le Trianon, l'Elysée
Montmartre. Avec une certaine arrogance, son slogan a pourtant l'insolence de prétendre
: " La Cigale, un véritable lieu
d'échange, de partage et de découvertes aux pieds de Montmartre ;
cent-trente-huit années de passion, de vibrations et d'émotions. Elle maintient
son statut de salle iconique en accueillant la fine fleur de la scène
française et internationale ". Donc, comprenons ici que pour être
digne de ces oreilles-là, le rock doit démontrer des qualités horticoles,
séduisantes et conformes aux standards élitistes tels que définis
par un mystérieux oracle !
Mais que les gueux incultes soient enfin comblés
et reconnaissants, sa Seigneurie a estimé qu'au regard de ses dix années CACHEMIRE
serait digne de fouler l'auguste scène.
Allons, soyons magnanimes et laissons au
gérant exposer l'histoire : "En 1887,
à Pigalle, La Cigale entonne son premier chant face à mille spectateurs. Elle
agite l’éventail de ses spectacles : Sketchs, danse, musique. Comme son
prestigieux voisin Le Moulin Rouge, elle accueille de célèbres danseuses de
Cancan : La Goulue, Rigolboche etc… Les opérettes et vaudevilles se succèdent
jusqu’en 1927 avec Mistinguett, Maurice Chevalier et Arletty pour ne citer
qu’eux. Depuis 1887, La Cigale n’a jamais fermé ses portes et s’est perpétuellement
transformée, au gré des travaux d’embellissement et renouvelé au travers des
grandes avancées de son temps. D’abord café-concert puis music-hall, elle
devient "La Cigale-Cinéma" pendant 60 ans… avant de devenir, en
1987, la salle de concert que nous connaissons aujourd’hui." Ses
murs englobent LA BOULE NOIRE, autre lieu de notre mémoire (…).
Compte tenu de sa capacité d'accueil de 1 472 personnes
debout, j'imagine que beaucoup de nos groupes favoris s'y rendrait
volontiers…
LA
SOIREE. Nous arrivons vers 17h30 pour nous insérer dans une file d'attente
encore à son amorce, mais qui ne tarde pas à s'agrandir derrière nous ! Nous
pourrons ainsi entrer paisiblement pour choisir un emplacement à notre guise,
situé en balcon sur la gauche en regardant la scène. En effet, il convient de
souligner avec satisfaction que le
placement est libre, à l'ancienne. Ce qui avantage les
plus passionnés et courageux, ayant bravé l'attente hivernale. Seules deux
rangées de fauteuils de balcon, soit une vingtaine face à la scène, étaient
réservés, ce qui laissait un beau choix à tous les autres spectateurs.
HOWARD [19h50-20h30].
https://howardtheband.bandcamp.com/
Après
un premier album sorti le 15 juin 2018, quelques autres parutions précèdent
celle d' "Oscillations" du 28 mars 2025.
L'effectif
semble stable depuis le début avec Jean-Marie Canoville (chant guitare, et thérémine), Raphaël Jeandenand (claviers, thérémine), et
Tom Karren (batterie). Sur la gauche
de la scène se trouve le pupitre des claviers, sur la droite s'agite le
guitariste/chanteur, alors que le batteur est au centre légèrement en retrait.
La
sonorisation était parfaitement équilibrée pour laisser percevoir les accords
flamboyants des claviers, de deux thérémines et de guitares. L'éclairage accordé
pour cette première partie de soirée est certes limité, mais un projecteur
additif astucieusement ajouté sur le côté rend l'espace suffisamment lumineux
pour distinguer musiciens et instruments. Le mur du fond de scène est drapé
avec le logo du groupe.
Nous
avons été rapidement séduits par cette musique entrainante, festive et/ou
atmosphérique, mêlant électro et rock survitaminé. J'ai particulièrement
apprécié la maitrise de Raphaël Jeandenand
sur ses outils numériques et la thérémine placée de son côté. Ses mains
galopent et caressent les touches, sur les nombreuses options en face de lui. L'autre
thérémine étant utilisé une seule fois en complément par Jean-Marie Canoville, qui pour sa part, alternait
une guitare électrique habituelle avec une guitare basse étonnamment petite,
surtout sur le personnage d'une corpulence impressionnante ! L'ensemble étant
vaillamment cadré par les frappes redoutablement efficaces de Tom Karren.
Une
prestation qui aurait toutefois pu être davantage convaincante avec moins de
bavardages intermédiaires, qui ont un peu cassé le rythme. Bon, on aura compris
qu'ils semblaient sincèrement émus de leur présence sur cette scène. Le meneur
est pourtant charismatique même s'il peine à bien diriger le public ; par
exemple en s'inspirant des concerts metal, il scinde la foule en deux, mais
laisse les protagonistes égarés, sans top départ. Quelques maladresses qui ont
traduit un manque d'expérience de la scène, dommage.
Ce
fut cependant un agréable moment et le public acclament le trio qui peut être
content d'avoir emporté l'adhésion qui attendait pourtant avec impatience d'en
découdre avec Cachemire.
PROGRAMME
A déterminer
CACHEMIRE [21h00-22h25]
https://www.cachemiremusic.fr/
https://www.facebook.com/cachemiremusic/about?locale=fr_FR
https://www.youtube.com/@cachemirevideos/videos
Avant
leur remarquable prestation au RAISMESFEST, je ne connaissais pas vraiment CACHEMIRE, un
quintuor français et francophone, qui avait pourtant déjà conquis quelques
scènes ! Fort heureusement, à l'heure dite de leur prestation, j'étais
particulièrement réceptif car, intrigué par sa réputation, j'avais eu la
prudence de me renseigner sur la Bête. Sage précaution, quand on connait la vie
de festivalier, qui est parfois enclin à des discussions interminables au bar ou
dans les files d'attente de latrines !
Depuis
cette apparition, je ne pouvais que reprendre mon bâton de pèlerin prédicateur pour
soutenir ces vaillants adeptes du rock
francophone, dignes descendants d'illustres ainés ! A l'instar de LAZULI,
ils démontrent une fois de plus que notre langue n'est pas incompatible avec le
rock.
Contrairement
à mon habitude, cette fois je ne peux pas honorer les musiciens en les identifiant.
Ils font partie de ceux qui prétendent effacer leurs individualités au profit
de l'Art qu'ils sont censés nous faire partager.
Article de presse intéressant pour en savoir
davantage : https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/cholet-49300/cachemire-du-rock-francais-qui-demange-5742996
J'espère ne pas brusquer leur modestie en relatant
cependant qu'après cinq années passées dans le groupe MOBSOFA, "Seb"
et "Freddy" avaient décidé de repartir à l’aventure début
2012, avec deux nouveaux compères. CACHEMIRE voit ainsi le jour mi-2012, composé de quatre musiciens
des Pays de Loire. Plus exactement, ils viennent des Mauges, de Vendée et de
Nantes. Puis le quatuor est devenu un quintuor. Nous écoutons donc les pseudonymés
"Fred Bastar" au chant,
"Seb" à la basse
(+chœurs), "Farid" à la
batterie, et "Ron" à la
guitare. Quant au guitariste "Sven"
Kaballero, il vient de céder son
pupitre à "Alice Animal".
Leur
quatrième album studio "Suffit Juste d'Une Seconde" est
paru le 10 octobre 2025.
Le
quintuor, conformément à leur campagne promotionnelle, est vêtu de blanc. En
jupe (avec panty, en dessous quand même
hein ; 'faut pas déconner !) pour les hommes et en short pour la dame. Même
les instruments, guitares et batterie) sont blancs ! Sur notre gauche de
l'espace on distingue le quatuor de cordes (trois violons et un violoncelle, compagnons
depuis 2018). Le bassiste est devant eux. Des invités participeront en
alternance ; le claviériste Corentin Pujol,
a impressionné avec ses accords joués au clavinet, puis le guitariste Stanislas
" Yarol " Poupaud fut
également remarquable de talent et de charisme, ainsi que Tanguy " Teka
" Kerleroux. L'apport de ces trois larrons fut remarquable, étoffant les
harmonies de soli opportuns !
Dans
ce cadre acoustique excellent, la sonorisation fut parfaitement équilibrée ;
elle a permis de percevoir les pupitres avec clarté et puissance. En revanche,
l'éclairage m'a semblé insuffisant ; juste quelques projecteurs placés en plafond
et en fond de scène, finalement peu efficients. Heureusement, une imposante structure
triangulaire permet de maintenir une relative luminosité. Le mur du fond de la
scène est peu utilisé, juste éclairé ponctuellement de la diapo du dernier
album.
Nous
pouvions nous en douter, l'ambiance fut très électrique, réactive, bouillante.
C'est bel et bien du rock brut de décoffrage, puissant, percutant, simple mais
efficace. Ledit Fred Bastar avoue volontiers, dans ses entretiens, une
influence de TELEPHONE, mais je ressens aussi du NOIR DESIR et même du
SUPERBUS. Le charisme de Fred Bastar pourrait réveiller n'importe quel
désabusé, la foule répond à ses moindres désirs ; ça s'assoit, ça saute, ça
danse, ça chante et ça acclame bruyamment. Vu du balcon, on ne peut qu'être impressionné
par la puissance dégagée. Bref, on voulait s'encanailler, on n'est pas déçu. On
est bien loin des subtilités harmoniques du rock progressif, mais on assume.
Bon,
s'il fallait poser un bémol sur cette harmonieuse portée musicale, les textes
en français effleurent parfois une démagogie rampante. Mais qui est inhérente
au genre. La plupart de leurs ainés ont également dénoncé et revendiqué avec
plus ou moins de subtilité, sur des sujets sociétaux ; une forme de politiquement
correct dans un milieu rock réputé alternatif. Personnellement, cet aspect ne
me dérange pas trop, je fais mon marché. Je prends en priorité cette énergie
salvatrice.
Le
concert aura duré moins de quatre-vingt-dix minutes, et sans rappel. Une fin un
peu brutale donc. Les lumières du palais sont rallumées lorsqu'une bande son
amplifie "Hey Jude" des
Beatles, et que Fred Bastar se laisse porter par la foule en délire, pour un
aller/retour vers la console du fond !
Sur
les quatorze titres, neuf sont issus de "Suffit Juste d'Une Seconde".
L'album précédent "Dernier Essai"
est oublié.
PROGRAMME
- Moi Etre Roi (Qui est la Punk, 2018)
- Ma gueule (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025)
- A l'ancienne (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025)
- Sexy beat (Qui est la Punk, 2018)
- Suis-Moi Baby ! (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025)
- Mouscash (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025)
- La Nuit je mens (reprise
d'Alain Bashung, 1998)
- Adam (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025)
- Ces Voix (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025)
- Seul (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025)
- La Veste (Qui est la Punk, 2018)
- Pied Au Plancher (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025)
- L'Animal (Photochope-moi, 2015)
- Chanson pour sépultures (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025).
Conforme à ma
prévision, cette soirée de remise en forme fut très agitée, et revigorante.
Nous aspirons désormais à notre prochaine étape, davantage conforme à nos
centres d'intérêts musicaux désormais ; ce sera dès samedi prochain, pour le MidWinter Festival, à Utrecht !








.jpg)








.jpg)