jeudi 28 avril 2022

ANAÏD – Péniche Antipode (Paris 19e) – JEUDI 28 AVRIL 2022

Cette péniche fut construite en 1942 dans les chantiers Boom en Belgique. Après soixante années de bons et loyaux services, c'est une compagnie théâtrale qui la récupère et l'amarre face au 55 quai de la Seine, dans le bassin de La Villette, à Paris (19ème). Son accès est ainsi très aisé car notamment très proche du métro, station Riquet. Petite précision géographique, ce bassin est le plus grand plan d’eau artificiel de Paris ; il permet de relier le canal de l’Ourcq au canal Saint-Martin.

L'espace spectacle de ce chaland peut accueillir quatre-vingt personnes en configuration concert ; ce soir j'estime que nous en occupions probablement la moitié. Dotée d'une cabine régie, et du matériel de sonorisation, son espace scénique modulable est d'une profondeur de 5,00 m, et son plateau légèrement surélevé permet une bonne visibilité.

Un bel écrin, idéal pour les groupes de faible notoriété comme ANAÏD. J'avais récemment appris que KARFAGEN s'y était produit, le mercredi 6 avril 2016. Hélas, je ne connaissais ni le groupe, ni le lieu !

Entre souvenirs et perspectives, les débats vont bon train sur la terrasse du pont supérieur, autour d'un verre ou d'une collation. Ces retrouvailles printanières au bord bassin de la Villette fleurent bon le retour des beaux jours. Et cela fait du bien par les temps qui courent. La pandémie n'est pas encore terminée, mais l'air de rien, je réalise que c'est déjà mon neuvième concert en six soirées. (Pour l'anecdote, sur toute l'année 2021 j'avais assisté à neuf concerts en sept soirées).

ANAÏD n'étant pas davantage valorisés que beaucoup d'autres de notre progosphère, on peut toujours se renseigner directement sur leur site pour mieux cerner leur univers. On peut y apprendre notamment qu' "Anaïd est un groupe créé dans le Nord de la France en 1981 par Jean-Max Delva, Emmanuelle Lionet et Christophe Delvallé (piano, claviers)." Mais aussi "Anaïd, c'est une alchimie familiale. (…) Tout est composition (…) l'improvisation joue son rôle à travers un langage inventé". Ils sont désormais installés à Annepont (17). (source : https://anaidgroup.wixsite.com/anaid/historique)

Leur discographie montre un premier essai de six titres paru en 1986, intitulé "Vêtue De Noir". Puis l'album "Belladonna", comprenant huit titres, parait en 1989. Pour ponctuer une première époque que se termine, une compilation intitulée "Four Years" parait en 1991. Il faudra attendre le 24 juillet 2016 pour la parution de "Libertad", suivi par la parution de "I Have a Dream" au printemps 2019". Enfin, un enregistrement du concert du 22 février 2020 au Triton, Les Lilas (93), intitulé "Live Ïn Parïs" parait en octobre de la même année.

Je n'avais pas su participer à cette soirée-là, mais je les avais vus le samedi 20 aout 2016 lors du festival Crescendo à Saint-Palais sur Mer (17). Plus récemment, le 22 aout 2021, encore à Saint-Palais, nous avions pu simplement vérifier l'amabilité d'Emmanuelle et Jean-Max à l'occasion d'un délicieux moment de convivialité.

Voilà les présentations étant faites, c'est donc entouré d'une tribu d'amis éclairés que nous prenons place, avec ma p'tite Fée, au ras de la Seine, assis confortablement dans des banquettes. Au troisième rang donc relativement proche de la scène.

A 21h00 le concert débute. Le quintet apparait sous les encouragements ; Jean-Max Delva (batterie vibraphone, claviers), Emmanuelle Lionet (chant), Alexis Delva (guitare, claviers), Enguerrand Dufour (basse, trompette) et Teo Ferrari (saxophones, claviers).

La scène est peu profonde mais les musiciens semblent ne pas souffrir de cet espace relativement restreint. Jean-Max est positionné dans le coin au fond à droite, au fond à gauche stationne Téo. Les trois autres se partagent le devant ; Alexis à gauche, Enguerrand à droite et Emmanuelle au centre. Toutefois, leurs compétences multiples justifieront quelques séquences de chaises musicales, histoire de se dégourdir quelque peu les jambes.

Très vite l'acoustique m'a paru très bonne, ainsi que le dispositif d'éclairage qui me semble être en place pour tous les spectacles qui s'y produisent. Pas de fond de scène particulier, seul la décoration de la grosse caisse de la batterie dénonce l'identité du groupe.

La prestation commence avec "Migration" qui me permet d'accrocher immédiatement à l'univers si particulier d'ANAÏD. On est moins dans les atmosphères rock-progressif que jazz-rock débridé. A l'instar de MAGMA, dont l'univers n'est pas éloigné, ANAÏD mélange des genres constamment.

La puissance de la voix d'Emmanuelle est saisissante ; son timbre laisse percevoir l'émotion, parfois accentués de vibratos opportuns. Après l'avoir lu quelque part, je constate en effet que cette expressivité pourrait rappeler celle de Tarja Turunen ; son phrasé est plus original, mais il est aussi lyrique, presque théâtral.

Je suis rapidement subjugué par le talent d'Alexis qui excelle à la guitare. Il me semble qu'il a progressé depuis sa dernière prestation en ma présence (2016) mais peut-être que ma mémoire me fait défaut. En tout cas, cette maitrise des arpèges et des harmonies, tout en nuances, est simplement époustouflante. Le papa et la maman peuvent être fiers de leur rejeton !

Quant à son père, Jean-Max, en maître du jeu, il gère le tout, tel un métronome implacable, tout en nuances là aussi, mais efficace pour cadrer les complices. Toutefois, le Multi-instrumentiste se lève tantôt pour frapper le vibraphone, tantôt pour caresser le clavier.

En alternance fréquente entre le pupitre du saxophone (ou autre bois) et celui du clavier, Téo s'avère émouvant dans ses interventions et contribue ainsi fortement aux harmonies jazzy. Autre soutien notable, Enguerrand est également omniprésent dans le traitement de fond des univers développés, son tricot de basses génère des sensations appuyées qui ont souvent justifié mon intérêt. En outre, il alterne son talent avec celui de trompettiste. De sa trompette de poche (une version compacte de la trompette standard en Si Bémol), il exprime des sonorités éclatantes et travaillées, grâce à une colonne d'air dûment maitrisée. Avec dextérité, il manipule agilement la mécanique des pistons laissant ainsi courir les notes les plus jazzy.

Le tout ravi le public qui ne manque de montrer sa satisfaction, notamment en rappelant le quintet après un premier salut. Le rappel transporte l'auditoire en 1986, ce qui ravit les plus anciens. Puis arrive 23h15, l'heure du salut final dans une communion de remerciements et de sourires.

Ce voyage nous aura permis de ne pas voir passer deux heures et quart, en écoutant quatorze de leurs titres issus de trois albums mais aussi issus d'un autre en cours.

PROGRAMME
Migration (I Have a Dream, 2019)
Libertad (Libertad, 2016)
White Nature (I Have a Dream, 2019)
I have a Dream (I Have a Dream, 2019)
Sweet Memories (I Have a Dream, 2019)
Ikebana (Belladonna, 1989 et I Have a Dream, 2019)
Sophia
Happy
Mister Hopper (Libertad, 2016)
Blue Moon
Kate (Libertad, 2016)
Imbahe (I Have a Dream, 2019)
Papaye (I Have a Dream, 2019).

RAPPEL :
Vêtue de Noir (Vêtue de Noir, 1986).





samedi 16 avril 2022

PURE REASON REVOLUTION + GAZPACHO – Petit Bain (Paris 13) – 16/04/2022.

Cet évènement est particulièrement symbolique des dégâts collatéraux de cette maudite pandémie ; il avait été prévu le 24 octobre 2020 puis reporté une première fois le 16 octobre  2021 puis de nouveau reporté à cette année. L'agenda 2022 se trouve ainsi encombré de concerts et festivals reportés qui viennent s'imposer parmi les autres tournées. Fort heureusement, cette case du 16 avril était restée vide. Pourtant, les autres dates sont trop proches, quand elles ne se superposent pas (Heat le 17 mai comme Scorpions, Iron Maiden ce printemps en même temps que Metallica, ou encore Arena-The Windmill cet automne en même temps que Uriah Heep !).

Ce début d'année fut plutôt calme puisque ce n'est que mon troisième concert en 2022, mais c'est le premier en milieu réduit.

Le Petit Bain est une salle de concert flottant sur la Seine (et club ou restaurant/bar à l'occasion) doté d'un toit-terrasse, situé 7 port de la Gare, à Paris 13ème. Sa capacité de 450 places permet d'assister à des concerts intimes.

Je ne m'y suis rendu que le 20 janvier 2018, pour voir d'autres norvégiens, AUDREY HORNE. C'est THE NEW ROSES qui ouvraient la soirée. Très bons souvenirs.

Je me place au second rang devant Jon. La scène n'est pas trop surélevée et permet une bonne proximité. Je resterai à cet emplacement stratégique toute la soirée. Mon fils et ma p'tite Fée m'entourent pour un partage de régal.

PURE REASON REVOLUTION [19h05-20h15].

Ces anglais, Jon et Andrew Courtney, Chloë Alper, Greg Jong et Jim Dobson se sont rencontrés à l'Université de Westminster et fondent PURE REASON REVOLUTION (PRR) en 2003. Après plusieurs changements de formation, PRR finit par se séparer en novembre 2011. Heureusement, entre temps, j'ai eu le l'occasion de repérer leur existence via les forums de l'époque.

Leur musique m'a rapidement séduit par ce mélange d'atmosphères planantes, mélodiques et doucement énergiques. Beaucoup de maitrise pour créer des harmonies enivrantes et rythmées, les mélanges de rock progressif et de sonorités électro. J'ai eu la chance de vérifier leur talent en concert, alors qu'ils étaient invités de BLACKFIELD 22 février 2007 au Café de la Danse, puis invités de PORCUPINE TREE le 3 juillet 2007 à la Cigale. Une trop longue période de disette s'était installée ensuite …

Puis une rumeur de reformation s'est concrétisée ; je me suis précipité aux Pays-Bas, au Midsummer festival le 22 juin 2019 à Valkenburg. A cette occasion, le public progueux avait fini debout, surexcité et applaudissant à tout rompre ; Jon Courtney, et Chloë Alper avaient tout simplement volé la vedette à IQ ! (Je me rappelle encore du visage de Peter Nicholls agacé, déjà habituellement peu enclin au sourire). Remotivé par ce succès, PRR se précipite en studio pour faire paraitre "Eupnea" le 3 avril 2020… en pleine pandémie et donc sans promotion.

La reformation semble durable puisque qu'une nouvelle tournée est mise en place pour promouvoir un nouvel opus "Above Cirrus" qui paraitra ce 6 mai 2022. Hélas, quelques jours avant ladite tournée, Chloë Alper (chant, basse, claviers) prétend être désolée de devoir assumer des dates avec JAMES, son autre groupe. Elle se fait remplacer par Annicke Shireen, (chant / claviers), recrutée dans la mouvance de HEILUNG. Chacun appréciera ses priorités. Nous serons nombreux à nous sentir quelque peu frustrés, tant la présence de la Belle fait partie d'un édifice étourdissant…

Bref, aujourd'hui nous verrons donc le duo historique Jon Courtney (guitare, chant, claviers, depuis 2003) et Greg Jong chant, guitare (2005-2011, 2022). Ils sont soutenus par Michael Lucas (batterie, pour la tournée).

La tournée "Eupnea" ayant avorté à cause de la pandémie, l'actualité théorique retombe sur "Above Cirrus" dont la parution est prévue le 3 mai 2022. Seuls deux titres ont été présentés sur YouTube à ce jour ; la musique demeure sur la ligne du précédent, toujours d'un bon niveau avec ces subtils mélanges de mélodies et de rythmes entrainants.

Le concert débute avec cinq minutes de retard, mais sans impacter la durée. La sonorisation est puissante mais audible après une courte période d'équilibrage entre les pupitres.

L'éclairage permet de ravir les yeux ainsi que les objectifs de chasseurs d'images. De belles couleurs chaudes sont diffusées, notamment avec une rampe posée au sol au fond de scène. Un écran diffuse parfois des vidéos illustrant quelques titres, parfois le simple logo du groupe.

La scène est forcément limitée par les lieux, rappelons que nous sommes sur une péniche. Mais l'espace est suffisant pour que le quatuor puisse s'exprimer. Les musiciens sont moins exubérants que scrupuleux bidouilleurs de sons à quatre pattes.

La question qui se posait à beaucoup d'auditeurs ce soir portait sur la compétence d'Annicke à assumer le remplacement improbable de Chloé. Certes, comme dirait La Palisse, l'une n'est pas l'autre et vice et versa. Nonobstant cette évidence, nos oreilles n'ont pas eu trop à souffrir de cette absence. Certes, Annicke n'a pas le timbre aussi doux que celui de Chloé mais les harmonies ne s'en trouvent pas altérées. Elle n'est pas bassiste, ce pupitre est donc noyé dans les parties jouées au clavier, sans trop d'impact sur l'impression ressentie en concert. On la voit souriante, impliquée efficace.

L'autre sujet était en outre le retour d'un ancien complice, Greg Jong semblait ravi de partager de nouveau la scène et gouter aux retours d'un public enthousiaste. Ses interventions de guitare et de chœurs apportent une densité notable.

Michael Lucas assure une redoutable frappe de bucheron qui ne laisse aucun répit à nos muscles chargés de suivre les rythmes plus souvent implacables que délicats.

Quant à Jon, le pilier du groupe bien sûr, est impeccable. Précis, consciencieux, efficace. Un chant toujours à la fois doux et mélodique qui accompagne aussi bien les rythmes les plus endiablés que ceux les plus délicats.

En réaction le public est évidemment enthousiaste, emporté par tant de plaisirs auditifs. Même si la constante quête de perfection de Jon ponctue parfois l'ambiance de silences surprenants entre les titres, celle-ci ne tarde jamais à remonter. Ces nuances, ces crescendo, ces explosions de sons sont imparables et emmènent l'auditoire dans des abimes insondables. Au lendemain de cette aventure musicale, ma nuque se rappelle tout particulièrement de "Bright Ambassadors", de "Deus Ex Machina" ou encore "AVO".

Bref, cette quatrième expérience en appelle une cinquième !

Etonnamment, sur neuf titres, un seul est issu du nouvel opus à paraitre "Above Cirrus" et seulement deux issus de "Eupnea", dont on aurait pu imaginer une meilleure promotion. Toutefois, j'ai apprécié l'introduction au concert avec "Silent Genesis". Le choix de programmation s'appuie sur leur succès historiques, quatre issus de "The Dark Third", deux issus de "Amor Vincit Omnia" et évince leur période purement électro (Hammer and Anvil).

PROGRAMME
Silent Genesis (Eupnea, 2020)
Phantoms (Above Cirrus, 2022)
Apprentice of the Universe (The Dark Third, 2006)
The Bright Ambassadors of Morning (The Dark Third, 2006)
Arrival / The Intention Craft (The Dark Third, 2006)
Bullitts Dominæ (The Dark Third, 2006)
Ghosts & Typhoons (Eupnea, 2020)
Deus Ex Machina (Amor Vincit Omnia, 2009).
RAPPEL :
AVO (Amor Vincit Omnia, 2009).


GAZPACHO [20h35-22h10]

C'est toujours très agréable d'être surpris par des artistes au cours d'un concert, de trouver une Porte jusque-là inexplorée. Habituellement, ce genre de retournement s'opère à l'occasion d'un festival, lieu idéal pour les découvertes. Cette fois, il aura suffi d'un concert soutenu par une première partie motivante… J'étais resté insensible à leurs ondes, je ne le suis plus.

Selon la perception des auditeurs, ces norvégiens sont réputés créer une musique rock expérimental ou rock progressif. Un microcosme d'admirateurs de Marillion, Porcupine Tree, The Pineapple Thief ou Radiohead apprécient particulièrement ces atmosphères plutôt éthérées.

Leur premier album est paru en 2003. Aux détours d'échanges sur les forums, j'ai perçu leur existence à la fin des années 2000 (époque "Tick Tock"), sans jamais être franchement séduit, en dépit des avis dithyrambiques. Ce n'était pas vraiment un rejet, plutôt une légère apathie. J'ai pu assister cependant à un concert le 30 juin 2018 à Barcelone lors du BeProg festival, durant lequel j'avais passé un bon moment sans toutefois avoir été enthousiasmé. Une musique, certes relativement émouvante mais créant un univers qui me semblait hermétique. Il y a des artistes qui me parlent moins que d'autres c'est ainsi, et d'ailleurs heureusement pour ma tirelire qui souffre déjà bien assez de mes passions. Cependant, j'ai toujours tenté de nouvelles approches, au fil des parutions, restant à l'écoute et ouvert à une hypothétique séduction. Ce que j'ai écouté de leur onzième opus, "Fireworker" m'a beaucoup plu.

De surcroit, l'histoire de ce groupe présente un aspect positif non négligeable ; sa stabilité. Le trio fondateur maintient le cap depuis le début. Autour de Jan-Henrik Ohme (chant, depuis 1996), Jon-arne Vilbo (guitares, depuis 1996), et Thomas Andersen (claviers, depuis 1996), se sont fidélisés Mikael Krømer (violon, guitares, mandoline, depuis 2001), Kristian Torp (basse, depuis 2005), ainsi que Robert Johansen (batterie, 2004–2009, et depuis 2017).

Comme pour beaucoup d'artistes, la promotion de "Fireworker", paru en pleine Pandémie le 18 septembre 2020, a été pénalisée, en dépit d'un bon accueil dans la presse spécialisée. Ce ne fut que partie remise ; leur tournée "Fireworking Europe tour 2022" leur permet enfin de défendre leur création.

Ce qui surprend en premier en accueillant ces Vikings, c'est leurs sourires. C'est un plaisir de lire sur leurs visages un flagrant bonheur d'être sur scène. Les deux guitaristes et le chanteur forment à cet égard un trio réjouissant. La fidèle présence du clavier, le retour du batteur prodigue, et le jour anniversaire du bassiste contribuent à entretenir une atmosphère apaisée, presque familiale. Leur bonté se vérifie jusqu'au partage des moyens mis à la disposition des deux groupes de la soirée.

Mes oreilles ont mis un peu de temps à s'adapter à la sonorisation. Les redoutables frappes émanant de la batterie masquait la fluette voix de Jan-Henrik sur une première courte période, avant que les réglages appropriés améliorent la situation. Avec six musiciens sur scènes, on peut admettre la difficulté de l'ingénieur du son à gérer les équilibres entre les pupitres. Mais rien de rédhibitoire finalement.


Eclairé d'un dispositif semblable à la première partie de soirée, peut-être un peu plus lumineux, la scène était évidemment plus restreinte pour accueillir tout ce beau monde. Mais on n'a pas à faire à des agités et donc tout s'est bien passé en termes de complicité et de rapprochement entre les musiciens. En fond de scène, le même écran diffuse en alternance des vidéos et images.

En retrait, sont positionnés à droite le clavier, au centre la batterie et à gauche le bassiste. Les feux de la rampe favorisent donc le trio précité. Difficile pour les objectifs de capter les prouesses du bassiste, du batteur et les délicates interventions du clavier.

Au fil de la prestation, je me suis laissé bercer par ces mélodies doucement chaloupées. Au point de me séduire et de séduire ma p'tite Fée, à contrecourant de notre impression préalable. Ce que je n'étais pas parvenu à entrevoir à Barcelone m'est apparu ici comme une évidence.

Le chant qui me semblait jusqu'alors lancinant et monotone, m'a paru émouvant. La voix de Jan-Henrick brille moins par sa tessiture que par son timbre. Il exprime ses émotions avec un vibrato perceptible, ainsi qu'une gestuelle à la fois sobre, sensible et évocatrice. Ses aspects, alliés à son sourire quasi constant, lui confère un charisme touchant.

Les guitaristes sont, à l'instar du bassiste et du clavier, au service des sonorités qui contribuent aux atmosphères planantes ; aucune extravagance, juste une ambiance. Je sais pourtant apprécier les deux aspects musicaux, mais ce soir mon humeur semblait disposée.

La frappe du batteur est d'un raffinement exquis, alternant les périodes avec délicatesse et grande efficacité.

La réaction du public enthousiaste semble avoir ravi les artistes qui, il est vrai, n'attendait pas cela pour continuer à sourire à leur vie d'artistes. Ils sont heureux, ils nous ont transmis leur bonheur ; ça tombe bien on en avait besoin !

Sur douze titres, trois présentent leur dernier opus "Fireworker", mais trois autres marquent les dix ans de "March of Ghosts". En marge on aura écouté un seul titre de "Soyuz",

PROGRAMME
Fireworker (Fireworker, 2020)
Emperor Bespoke (Soyuz, 2018)
Golem (March of Ghosts, 2012)
I've Been Walking (Part 2) (Demon, 2014)
Clockwork (Fireworker, 2020)
Hell Freezes Over I (March of Ghosts, 2012)
Upside Down (Night, 2007)
Black Lily (March of Ghosts, 2012)
Tick Tock, Part 3 (Tick Tock, 2009)
Sapien (Fireworker, 2020).
RAPPEL :
Vera (Missa Atropos, 2010)
Winter Is Never (Tick Tock, 2009).


Une telle soirée devait se clore par une séance dédicace à laquelle s'est volontiers prêté GAZPACHO. Le dernier opus est acheté et signé, avant de poser pour quelques autoportraits (toujours aussi souriants). Siroter une p'tite tisane de houblon entre amis sur le toit-terrasse par une belle fin de soirée printanière, en conservant un regard sur le bus de la tournée… quoi d'autre, pour prolonger le plaisir !

Au moment de partir, nous avons la chance de trouver Jon Courtney, Greg Jong et Annicke prêts à embarquer dans leur bus… Discussion, échanges d'impressions et autoportraits viennent ainsi parfaire la soirée réussie en tous points !

 

mardi 5 avril 2022

HANS ZIMMER – Palais Omnisport Paris Bercy (Paris 12e) – 05/04/2022.

 

Lorsque je regarde un film, mon attention se porte fortement sur la musique, aussi ; je ne prétends pas qu'elle pourrait sauver un navet, mais une bonne orchestration, de belles mélodies, des envolées cuivrées contribuent le plus souvent à m'emporter au moins autant que la narration. La Musique m'accompagne depuis toujours dans toutes les étapes de ma vie ; celles des autres m'intéresseront d'autant mieux, contée en musique.

Certains compositeurs de musiques de film ont ce don de transcender une réalisation. Hans ZIMMER est de ceux-là ; en témoignent les nombreuses récompenses et nominations décernées depuis plusieurs décennies. Pourtant, au début des années 80, l'allemand a bien failli se limiter à la pop avec les Buggles. Si cette aventure avait perduré, il n'aurait sans doute jamais mis le pied à l'étrier en tant qu'assistant de compositeur, puis en tant que compositeur en titre. Naturalisé américain, son talent est assez vite reconnu. Ridley Scott, Tony Scott, Ron Howard, notamment, lui confient la musique de leur film. Son ascension aboutit au succès internationalement reconnu avec sa composition pour le "Roi Lion", commandée par les studios Disney en 1994.

Pour ma part, j'avais apprécié particulièrement les thèmes écrits pour "Thelma et Louise" (1991), "USS Alabama" (1995), "Armageddon" (1998), "La Ligne rouge" (1999), "Gladiator" (2000), "Pearl Harbor" (2001), "Interstellar" (2014), sans oublier les "Batman", "Iron Man" et bien d'autres encore… Il a composé deux cents partitions, en trente années à Hollywood !

Curieusement, je n'avais encore jamais osé me rendre dans un auditorium pour un concert en hommage ou dirigé par un compositeur de musique de film. Je me souviens avoir manqué celui d'Ennio Morricone par exemple. Je m'apprêtais également à manquer cet évènement-là ; omission due en partie au contexte des multiples spectacles annulés, reportés, incertains, …

Heureusement, mon fils aura profité de mon anniversaire pour m'offrir cette invitation inattendue. Je n'avais absolument pas noté cet événement et ce n'est qu'en pénétrant dans le POP Bercy que j'ai réalisé ma chance et la valeur de ce cadeau ! Oui, Hans ZIMMER sera là en personne pour diriger une trentaine de musiciens dont Guthrie GOVAN, l'ancien guitariste de Steven Wilson !! Rien que pour ce double motif je suis déjà ravi et excité ! Le p'tit malin nous a dégoté des places assises en orchestre, excentrées sur la droite, assez proches de la scène pour bien voir les artistes, et pas trop pour garder le recul nécessaire à ce spectacle qui s'avèrera grandiose. Guthrie Govan officiera de notre côté ; que demander d'autre ?!

Pendant que le public s'installe, une image filmée en direct le montre dans la salle, sur un écran géant étendu à toute la largeur de la scène, teinté aux couleurs de l'Ukraine durement martyrisée en ce moment.

[20h15/(entracte de 25 mn)/23h20].

Le compositeur n'a pas lésiné sur le recrutement. Une bonne trentaine de musiciens (difficile de tous les compter exactement). Sur la scène, les cuivres surplombent l'ensemble ; à gauche, au moins quatre cors d'harmonie, à droite, se trouvent une trompette, trois trombones à coulisses et une contrebasse. Au centre, à la même hauteur, trône un synthétiseur. Plus bas, toujours au centre sont positionnés deux batteries (occupées par Aicha DjidJelli et Holly Madge). Sur la gauche une section de six violons (tous ukrainiens, auxquels Hans n'a pas manqué de rendre hommage, bien sûr), sur la droite une section de cinq violoncelles. Puis disséminés au niveau de la scène, on trouve les percussionnistes particulièrement actifs sur les extraits trépidants tels que "Inception" (timbales, grosses caisses, djembés, …), mais aussi les nombreux solistes.

Je ne les citerai pas tous, mais ils sont tous dignes d'intérêt, et démontrant une solide expérience dans ce type de musique. Parmi ceux-ci, évidemment Guthrie Govan, longuement et chaleureusement présenté par Hans qui semble sincèrement subjugué par le talent du guitariste. Ils semblent avoir développé une réelle complicité, notamment durant la création de "Dune" (2021). Hans manifeste son admiration en soulignant la fantaisie dans ses soli. Pour l'avoir vu trois fois sur scène (2013-2015) je ne peux qu'applaudir ce compliment amplement justifié. Cette reconnaissance du Maître de cérémonie lui a permis de s'exprimer pleinement (guitare électrique/sèche, banjo), notamment sur deux soli particulièrement notables (durant "Dune" et un autre titre). Un autre guitariste, Nile Marr, assurait quelques parties en soutien.

Je dois souligner le talent de deux bassistes exceptionnels au pédigrée aussi éloquent que leur talentueuse prestation ce soir. Andy Pask a travaillé pour le cinéma, la télévision mais a aussi collaboré pour plusieurs artistes tels que Freddie Mercury, Madonna, Tom Jones, Debbie Harry, Véronique Sanson, … Il a aussi participé à trois tournées mondiales avec Hans Zimmer. Quant à Juan Garcia-Herreros, il collabore aux tournées de Hans depuis 2018, mais aussi lors de la création de la partition de "Dune" ; c'est un spécialiste colombien de la basse électrique, de renommée mondiale, sous le nom de scène "Snow Owl" (Je suggère de consulter ses vidéo).

Avec son violoncelle électrique Tina Guo démontre à la fois un talent et une énergie étonnante. Native de Shanghaï, naturalisée américaine, on peut constater son éclectisme dans son très long CV. Plusieurs fois impliquée dans les partitions de Hans, elle n'hésite pas à partager la scène aux côtés de Peter Gabriel, Steven Tyler, Steve Wonder, … mais aussi le groupe de power metal suédois SABATON au festival de Wacken en 2019 !

Aux flûtes, c'est le vénézuélien Pedro Eustache. Au chant, Loire Cotler, Lebohang “Lebo M” Morake, et sa fille Refilwe “Refi Sings” Morake. D'autres solistes aux violons, à l'accordéon, et des choristes permirent de magnifier encore ce bel ensemble.

Inspiré par l'exemple probant d'autres confrères, Hans s'est lancé à son tour dans une première tournée européenne au printemps 2016. C'est une réussite qui culmine avec l'enregistrement d'un DVD à Prague en novembre 2017. (Ce film, déjà offert en son temps par mon fils, m'avait déjà fait rêver d'assister à ce genre de spectacle !) Fort de ce succès, l'opération se renouvelle mondialement jusqu'à ce jour. La musique de Zimmer sera interprétée ici-même lors d'un autre concert en septembre mais sans son Maître.

La sonorisation est puissante, profonde et audible. En dépit d'une section percutions particulièrement fournie, les pupitres sont pour la plupart distinctement perçus. Les cuivres et les cordes se répondent d'une harmonie magnifique ! Un vrai régal auditif !

L'éclairage est tout simplement somptueux, constitué de plusieurs rampes mobiles pour éclairer une très large scène avec les nuances requises.

Hans Zimmer est charismatique, impliqué, enthousiaste souriant et chaleureux avec tous ses musiciens. Il ne tient en place que pour ces segments aux claviers (alternant piano ou synthétiseurs). Multi-instrumentiste, il est le troisième bassiste pour un trio de basses énorme. Il n'hésite pas à saisir une guitare ou un banjo pour partager des soli de guitare avec Guthrie. A 64 ans, sa bonne humeur et sa performance m'ont paru formidable. Pour l'anecdote, il ne renie pas son origine puisqu'il n'a pas hésité à se vêtir du costume traditionnel allemand pour interpréter un titre !

Le public m'a paru un peu trop poli, en tant qu'habitué des concerts rock, mais il n'a pas manqué de montrer sa satisfaction, notamment avec une ovation debout pour le salut final.

Dix-sept titres ont permis à l'auditoire de voyager dans le parcours cinématographique des vingt-deux dernières années du Maître. Seul le titre du Roi Lion a été déterré de la période antérieure. Ce qui pourrait être à déplorer mais pendant deux heures et demie nous n'avons pas ressenti le temps passer, et l'émerveillement est total ; merci Monsieur.

ACTE 1 :
House Atreides (“Dune” -2021)
Mombasa (“Inception” -2010)
Themyscira / Games / Open Road (“Wonder Woman 1984” -2020)
What Are You Going to Do When You Are Not Saving the World? / If You Love These People (Man of Steel-2013)
Duduk of the North / The Battle / Earth / Honor Him / Now We Are Free (extraits de “Gladiator”-2000)
Jack Sparrow / Davy Jones / At Wit's End / He's a Pirate (extraits de “Pirates Of The Caribbean”-2003)
ACTE 2 :
Rango Suite (“Rango”-2011)
Discombobulate (“Sherlock Holmes”-2011)
A Way of Life (“The Last Samurai”-2003)
I'm Not a Hero / Like a Dog Chasing Cars / Why So Serious? (extraits de “The Dark Knight” -2008)
X-MDP (“X-Men: Dark Phoenix”-2019)
Supermarine (extraits de“Dunkirk”-2017)
Paul's Dream (“Dune”-2021)
Dust / Detach / Coward / Stay (extraits de “Interstellar”-2014)
Circle of Life / He Lives in You / This Land / King of Pride Rock (extraits de “The Lion King”-1994).

RAPPEL :
Gun Barrel / Cuba Chase / Back to MI6 (extraits de “No Time To Die”-2021)
Time (“Inception” -2010).


samedi 23 octobre 2021

SOIREE ROCK PROG FRANÇAIS (Évènement de Prog en Beauce) – 23/10/2021.

Le festival Prog en Beauce est devenu au fil des années un traditionnel rendez-vous d'automne, motivé par des affiches attrayantes. Sa 7ème édition remonte au 26 octobre 2019 et attend toujours la fin de la Pandémie avant d'en proposer une huitième. Mais plutôt que de risquer un nouveau report après celui de 2020, l'Organisation a préféré proposer aux mélomanes impatients une soirée spécialement réservée à des artistes de l'Hexagone.

Ce choix m'a séduit immédiatement au regard de la tête de cette affiche. LAZULI m'aurait même suffit à me déplacer ! Toutefois, découvrir JPL et OUT5IDE constituent des raisons supplémentaires. A l'origine, je me réjouissais aussi de voir enfin Weend'Ô, mais les circonstances n'étaient pas propices, ce sera pour une autre fois.

A une centaine de kilomètres de mon domicile, soit quatre-vingt-dix minutes de trajet, il serait bien dommage de ne pas faire le déplacement. Belle occasion de soutenir les valeureux et tenaces organisateurs mais aussi de retrouver une bonne partie de notre communauté de progueux, avides de mélodies et d'atmosphères si particulières à notre style favori. 

La salle municipale Maurice LEBLOND fait correctement office d'auditorium ; la sonorisation est le plus souvent bien adaptée, en fonction de l'intensité des prestations des artistes. Une fosse sépare la scène du pôle technique et, sur les côtés, des sièges permettent aux spectateurs qui le souhaitent d'apprécier les concerts en étant assis. 

 OUT5IDE (16h55-18h00)

Ce quintet alsacien est originaire de Schaeffersheim (67) au sud de Strasbourg. OUT5IDE se définit comme un  groupe de rock "à fleur de peau" ou "Skin-Deep" (!? style dont j'avoue ignorer l'existence jusqu'à ce jour…) et a choisi de chanter des textes en anglais. Il est composé de Philippe RAU (Guitares, chœur), Matthieu HEISE (Basse), Olivier SAPTE (Batterie), Olivier SCHAAL (claviers chœur), et Laurent HANTZ (chant, guitare rythmique).
(à consulter : https://managementout5ide.wixsite.com/out5ide)

Depuis 1998, le groupe bas-rhinois a publié cinq albums, dont le dernier, "Tumbleweeds" est paru, contre vents et pandémie, le 25 septembre 2020.
(à lire : https://rockmetalmag.fr/out5ide-tumbleweeds-mo-music/)

Les cinq musiciens disposent de toute la scène (elle n'est encombrée d'aucun autre objet que leur propre dispositif), d'une sonorisation correcte et d'un éclairage tendant le plus souvent vers sur le rouge sombre. En fond de scène s'étend le logo de leur dernier opus.

La prestation me semble relativement éloignée des atmosphères du rock progressif habituellement entendues dans ces lieux. Mais l'auditoire par nature curieux se montre respectueux et honore les titres par des acclamations, plus ou moins enthousiastes selon les titres. Pour ma part, je soulignerai tout particulièrement le talent du bassiste Matthieu HEISE, qui m'a semblé disposer d'une remarquable technicité.

Onze titres, dont sept du dernier album, ont été interprétés durant un peu plus d'une heure. 

PROGRAMME
Underground Railroad (Tumbleweed, 2020)
Kids of the Pack (Tumbleweed, 2020)
Immigrant Throng (Tumbleweed, 2020)
Ghosts in the Night
Ogre in the Desert
My Rage of Glory
The Limit
The Kitchen (Tumbleweed, 2020)
Tumbleweed (Tumbleweed, 2020)
Fair and Square (Tumbleweed, 2020)
9 AM  (Tumbleweed, 2020).


 

JPL (18h35-20h05)

JPL est le sigle des différentes formations réunies par le guitariste Jean-Pierre LOUVETON, originaire du Puy-en-Velay (43). Aujourd'hui, il a décidé de former un quartet en s'entourant de Guillaume FONTAINE (claviers, chœurs, flûte) déjà présent dans plusieurs albums, accompagné cette fois par Florent VILLE (batterie) et Didier VERNET (Basse).

Je dois reconnaitre humblement que j'ignorais totalement l'existence de ce musicien pourtant remarquable, en dépit de sept opus (hormis les récapitulatifs) inscrits à son actif, mais aussi en dépit de son parcours antérieur. Le premier album, " Bienvenue sur la terre ", est paru en 2002. Depuis 2020, il a entrepris de composer une trilogie intitulée " Sapiens " ; deux volets, " Exordium " et " Deus Ex Machina " sont déjà parus, un troisième est en cours.

Sur une scène relativement spacieuse pour chacun des pupitres, JPL dispose d'une sonorisation audible ainsi que d'un éclairage focalisé sur Jean-Pierre et relativement tamisé sur le reste du groupe, mais suffisamment lumineux pour les objectifs de chasseurs d'images. Pas de fond de scène particulier.

Je n'avais pas pris la précaution d'écouter la musique de JPL auparavant. C'est donc sans a priori que j'ai pu découvrir cet artiste français sur scène. J'aime être surpris et séduit à l'occasion d'une première partie de spectacle ou lors d'un festival. Même si, comme à cette occasion, cela dénonce les limites de mes connaissances, et même si cela aboutit à aggraver le poids de ma discothèque…

Première qualité immédiatement identifiée, ce groupe auvergnat est francophone. De surcroît les textes sont sagaces. Je suis toujours sensible à cette vertu, dans un univers médiatico-artistique où il est de bon ton de prétendre à une notoriété internationale au détriment de notre belle langue. Je sais, je radote, mais c'est une conviction qu'il me plait de réitérer tant qu'elle ne sera pas communément admise.

Deuxième qualité, Jean-Pierre démontre une belle maitrise de son instrument, sa sensibilité et sa technique attirent souvent l'attention du mélomane exigeant. Il a su en outre s'accompagner de musiciens compétents et impliqués, notamment de Guillaume, son fidèle clavier et flutiste dont les interventions m'ont semblé séduisantes, sensiblement exécutées. Etant placé juste en face de Didier, j'ai pu mesurer l'implication et l'efficacité de la section rythmique. Quant à la voix de Jean-Pierre, elle me rappelle le phrasé, les intonations entendues dans d'autres groupes français des années 70. Je pense notamment à Ange, mais aussi Atoll. Cela ne fait pas de lui un grand chanteur, mais la justesse du timbre et des textes rendent la partition intéressante.

Troisième qualité, les compositions me paraissent dignes de figurer aux références typiques du rock progressif français. De belles lignes mélodiques, des atmosphères contrastées et enivrantes, des pupitres soignés font de la musique de JPL un univers envoûtant dont je ne suis pas sorti indemne. 

La réaction du public démontre (si besoin était) que je ne suis pas seul à ressentir ces impressions. A l'issue d'une prestation probante, les acclamations méritées récompensent JPL qui semble ému et soulagé par ce chaleureux retour. L'échoppe est assaillie, les disques compacts se vendent bien. Pour ma part, je choisis d'acquérir quatre albums (sur les conseils avisés de Jean-Michel et de Thomas) ; les deux derniers (parus en 2020 et 2021), ainsi que ceux parus en 2014 et 2017.

Et ces emplettes m'amènent à souligner une quatrième qualité, l'accessibilité, la simplicité de Jean-Pierre auprès de son public. Discussion et dédicaces ont été un moment de convivialité agréable.

Durant une heure et demie, le programme choisi a permis de présenter dix titres dont cinq tirés du triptyque en cours. Choix qui s'est avéré astucieusement équilibré au regard de la réaction de l'auditoire. On aurait apprécié que, sur le " Le Dernier Souffle de Vent " Dominique Leonetti viennent chanter le duo avec Jean-Pierre, à l'instar de la version studio ; dommage, je suis friand des partages de scènes entre artistes complices… 

PROGRAMME

Intro / Homo sapiens (Sapiens chapitre 1/3 : Exordium, 2020)
Jehanne (le Livre Blanc, 2017)
A condition (Sapiens chapitre 1/3 : Exordium, 2020)
St Petrole (Cannibales, 2005)
Le dernier souffle de vent (MMXIV, 2014)
La Machine (Sapiens Chapitre 2/3 : Deus Ex Machina, 2021)
Une pièce pour les gouverner tous (Sapiens Chapitre 2 / 3: Deus ex Machina, 2021)
La peste et le choléra (le Livre Blanc, 2017)
Encore humains (Sapiens Chapitre 2/3 : Deus Ex Machina, 2021)
MMXIV (MMXIV, 2014).


LAZULI (20h45-22h55). https://lazuli-music.com/

Frustré par le nouveau report du Raismesfest en septembre dernier, auquel devait participer nos valeureux occitans, c'est avec une excitation mal contenue que j'aborde cette cinquième occasion de les revoir. Pâle impatience en comparaison de celle ressentie par ma p'tite Fée qui les avait vus pour la première fois ici-même, au PEB, le 29 octobre 2017 !

Le présent récit ne s'attardera pas à rappeler l'historique du groupe, je considère que les récits de mes émotions antérieures l'ont déjà fait. Mais mon exaspération reste hélas toujours vivace à l'encontre de la sphère artistique française qui entretient un vulgum pecus dans l'absence d'une curiosité minimum, qui aboutit à la scandaleuse faible notoriété de Lazuli dans notre douce France … L'éclectisme de nos cousins anglo-saxons, teutons et bataves me laisse rêveur.

En revanche, "à tout Seigneur, tout honneur", je ne ferai pas l'économie de les présenter à nouveau : Dominique Leonetti (chant, guitare, depuis 1998), et Claude Leonetti (léode, depuis 1998), demeurent entourés de Vincent Barnavol (batterie, depuis 2010) Romain Thorel (claviers, cor d'harmonie, depuis 2010) et Arnaud Beyney (guitare, depuis 2020).

A l'instar de leur prestation au Crescendo, il y a deux mois, Domi annonce que le concert se composera de l'intégralité de l'album "Le Fantastique Envol de Dieter Böhm", suivi d'une sélection de titres emblématiques.

La sonorisation s'avère un peu trop puissante à mes oreilles, mais de bonnes protections auditives, me permettront de jauger une excellente balance sonore. Chacun des pupitres est audible, y compris la voix cristalline de Dominique. Seul incident notable, l'enceinte à droite de la scène (là où je suis positionné, pas le bol !) s'est éteinte à deux reprises, suspendant ainsi le rayonnement acoustique requis pour atteindre le nirvana. Mais rien d'irrémédiable fort heureusement, tout est vite rentré dans l'Ordre.

Le dispositif d'éclairages me semble parfait, toutes les palettes possibles sont exploitées pour mettre en valeur les tableaux si bien évoqués par le groupe gardois. Les photographes ont pu en tirer les plus belles images !

Le fond de scène s'est nettement amélioré. Un écran géant diffuse les images et les textes à taille lisible/visible. 

L'éventail des pupitres (La léode, les guitares, le clavier, le cor d'harmonie et ses accessoires, la batterie, les percussions,…)  est conséquent et occupe toute la scène dont l'espace permet cependant à chacun de se déplacer à volonté. Cette disponibilité est particulièrement utile à Dominique qui, comme doté de ressorts sous les pieds, ne cessera de sautiller comme un cabri une bonne partie du concert ! Quelle santé !!

La prestation du groupe est similaire à celle du Crescendo que j'ai décrit il y a deux mois. Je ne puis que réitérer mon admiration absolue pour ces sonorités atypiques ; bien sûr celles de la Léode de Claude, mais aussi celles de la voix si particulière de Dominique, ou encore celles du cor bidouillé et du clavier torturé par Romain. Sans oublier la frappe implacable de Vincent. Leur talent s'exprime toujours avec la sensibilité, la générosité, la fougue, l'enthousiasme et le talent qui provoque immanquablement l'exaltation d'un public conquis.

Il me semble toutefois opportun de souligner particulièrement l'aisance croissante d'Arnaud au sein du groupe ; au Crescendo, c'était son deuxième concert. Depuis, il a acquis une belle assurance, perceptible dans ces pitreries, ses sourires et ses soli bouleversants de sensibilité et de technicité ! Une belle nouvelle complicité semble s'instaurer, pour le plus grand plaisir de notre microcosme !

Pour sa part, l'auditoire a pris son Envol, exulte et exprime son bonheur à pleins poumons en chaque titre ! Quelques temps (plus) forts peuvent cependant être relevés. Le rituel chant final après "Les courants ascendants", ce que les talentueux et inspirés Romain et Vincent ne manquent pas d'accompagner par une séquence improvisée de haut niveau ! Ce titre avait été dédié à la mère des frangins et à Eliott le fils de Domi, tous deux présents dans la salle, dont ce 23 octobre est leur anniversaire ! Même Mireille, le chat d'Arnaud était motif à chanter un joyeux anniversaire par le public bon-enfant ! Emotion également lorsque Dominique salue la présence au premier rang du cadet de l'assemblée, âgé de 7 ans ! Autre moment fort de communion, "Le Miroir aux Alouettes" avec ses sonorités comme sorties du quartier Barbès, qui secouent irrésistiblement nuques et jambes, même au terme d'une longue soirée pleine d'émotions ! J'observe d'ailleurs que certains voudraient, avec ce titre, caser le groupe dans un style dit "world-music" ; Je ne suis pas d'accord. Les évocations orientales ou exotiques pimentent le rock, en particulier le rock progressif, depuis bien longtemps. Lazuli, comme d'autres, opère un emprunt musical ponctuel, et reste à mon sens dans le cadre progressif avec sa touche d'originalité qui entretient notre passion.

A l'instar de leur prestation au Crescendo, nous avons pu réentendre dix-neuf invitations au voyage. Même programme, mais on ne  saurait s'en lasser ! Outre les neuf titres issus de "Le Fantastique Envol de Dieter Böhm" paru en 2020, la sélection a permis d'entendre notamment trois titres issus de "Tant que l’herbe est grasse" paru en 2014, trois titres issus de "Nos âmes saoules" paru en 2016, deux titres issus de "4603 battements" paru en 2011 et un seul titre issu du pourtant excellent "Saison 8" paru en 2018. A cette nuance près que l'interprétation de 15h40 est en version acoustique, tirée de leur dernière parution en date, "Dénudé".

Traditionnelle clôture de soirée, les cinq musiciens déplacent un marimba au centre de la scène et l'entourent avec une gourmandise évidente. Leurs pitreries démontrent une nouvelle fois leur complicité et leur joie de jouer ensemble. Après leur air favori "Neuf mains autour d'un marimba", ils exécutent un hommage à Police, "Every Little Thing She Does Is Magic".

Le concert est fini, les acclamations méritées remercient les artistes pour le bienfait qu'ils viennent d'apporter à des progueux ravis et émerveillés ! Les lumières rallumées montrent les visages radieux de gens heureux. Les cinq artistes toujours aussi souriants, disponibles et accessibles ne tardent pas à revenir parmi leurs admirateurs pour échanger les impressions ressenties, poser volontiers pour des portraits, signer des dédicaces. Paradoxalement, on en viendrait presque à souhaiter égoïstement qu'ils ne restent connus que de nous seuls, de notre microcosme. Epicétou. Mais ce serait injuste.

PROGRAMME

Sol (Le Fantastique Envol de Dieter Böhm, 2020)
Les Chansons Sont Des Bouteilles À La Mer (Le Fantastique Envol de Dieter Böhm, 2020)
Mers Lacrymales (Le Fantastique Envol de Dieter Böhm, 2020)
Dieter Böhm (Le Fantastique Envol de Dieter Böhm, 2020)
Baume (Le Fantastique Envol de Dieter Böhm, 2020)
Un Visage Lunaire (Le Fantastique Envol de Dieter Böhm, 2020)
L'envol (Le Fantastique Envol de Dieter Böhm, 2020)
L'homme Volant (Le Fantastique Envol de Dieter Böhm, 2020)
Dans Les Mains De Dieter (Le Fantastique Envol de Dieter Böhm, 2020).
Déraille (Tant que l’herbe est grasse, 2014)
Le Lierre (Nos âmes saoules, 2016)
Le Miroir aux Alouettes (4603 battements, 2011)
15h40 (4603 battements, 2011, version Dénudé, 2021)
Les Sutures (Nos âmes saoules, 2016)
Homo Sapiens (Tant que l’herbe est grasse, 2014)
Les Courants Ascendants (Tant que l’herbe est grasse, 2014)
J'attends un Printemps (Saison 8, 2018).

RAPPEL :
Nos Ames saoules (Nos Ames saoules, 2016)
Neuf mains autour d'un marimba + variation sur "Every Little Thing She Does Is Magic" de Police

Le prochain rendez-vous est déjà fixé : Chez Paulette ce 31 octobre à Pagney-Derrière-Barine (54). Quatre heures de routes, parce que LAZULI les vaut bien !