samedi 7 juillet 2018

STEVEN WILSON – Olympia, Paris - 07/07/2018



Cette troisième série de dates pour la tournée "To the Bone" a déjà permis à Steven de s'exprimer notamment devant le public du Hellfest (vendredi). Le choix fut difficile, mais je ne suis pas allé à ce rendez-vous. D'autres opportunités se sont offertes heureusement à moi ; d'abord assister à sa très bonne prestation au festival Retro-C-Trop dimanche dernier, puis d'assister à ce retour à l'Olympia. C'est ainsi que j'ai la chance d'assister une quatrième fois à la promotion de cet opus.
Je savais que le principe d'une "soirée avec Steven" en deux actes était maintenu, mais en revanche j'avais un doute sur sa volonté à proposer un programme différent du printemps dernier. Bien qu'admirateur absolu de l'œuvre du Monsieur, j'étais d'autant plus inquiet que son concert de mars avait privé le public parisien de "Song of Unborn", sublime titre du dernier opus auquel je tiens tout particulièrement. J'attendais donc au moins l'interprétation de ce titre, faute de quoi le Steven m'aurait vraiment déçu pour la première fois (Il en faut bien une me direz-vous…)
Il était par ailleurs assez intéressant de jauger l'évolution de la notoriété de Steve, en observant l'état de remplissage de la salle et la perception du public. Car l'auditoire est cette fois composé de quelques nouveaux venus qui avaient été séduits par la campagne de promotion, sans pouvoir accéder au concert de mars, qui affichait complet mais bien avant la promotion dans nos "augustes" médias…
Fort heureusement, pas de (mauvaise) surprise au niveau du groupe ; outre les fidèles Nick Beggs à la basse, et Adam Holzmann aux claviers, nous retrouvons Craig Blundell (batterie) et Alex Hutchings (guitare) qui entourent Steven dans la joie et la bonne humeur (enfin, à ce qu'il me semble bien sûr). Je ne m'étendrai pas sur les talents de ces musiciens que Steven a le bon goût de savoir recruter (mais pas toujours de savoir garder, hélas…). Ce concert ne pouvait que confirmer mes récentes observations.
Pour une fois, j'avais pris un siège situé plus en retrait sans être trop éloigné, face au milieu de la scène. Connaissant le principe d'une partie du spectacle, qui consiste à utiliser le rideau transparent pour y diffuser des images, je m'assurais ainsi d'avoir le recul nécessaire pour apprécier la globalité du spectacle et surtout apprécier davantage le son. En effet, à me précipiter trop systématiquement sur les premiers rangs tel un fan transi (et, disons-le franchement abruti), je me retrouvais trop souvent le nez sur le rideau et les oreilles à proximité des enceintes. Là, au moins je peux affirmer d'une part que la sonorisation, quoiqu'un peu surpuissante, fut excellente (d'autres auditeurs diront même, meilleure qu'en mars) et, d'autre part que les images illustrant les titres sur le rideau (notamment sur "Song of I") comme en fond de scène sont d'un esthétisme soigné.
A l'instar de trois précédents concerts, je revois le court-métrage introductif "Truth" qui (je le rappelle pour le nouveau lecteur) évoque les dangers de l'interprétation des images par des commentaires brefs et décalés.
Lors du premier acte, si Steven choisit de débuter avec trois titres issus de "To the Bone" (dont le titre éponyme qui avait été oublié lui aussi du concert de mars), en revanche il enchaine avec sept titres du précédent opus "Hand Cannot Erase". Beaucoup de plaisir donc, mais afin de ne pas être suspecté d'angélisme je ferai part de quelques observations. D'abord, toujours pas de Ninet Tayeb en personne pour interpréter "Pariah" ; la diva commence à m'agacer grave, le public doit se contenter d'une bande-son accompagnant son minois en gros plan sur le rideau. Perso, j'apprécie moyennement. Je ne comprends pas l'obstination de Steven, à moins qu'il ne soit fada de la dame… Ensuite, lors des soli, sur "Routine" et "Ancestral" notamment, je ne parviens pas à oublier la virtuosité, la finesse de jeu, la sensibilité de Guthrie Govan (le guitariste sur l'opus HCE et sa première partie de tournée). Cette légère obsession n'a pas vraiment gâché mon plaisir mais c'est juste que ma mémoire entend autre chose que ce que je vois interpréter. C'est tout le problème du luxe, quand on en est privé, on a du mal à s'en passer, on devient aigri. Mais bon, ne restons pas sur cette impression, Alex est aussi un très bon guitariste, c'est certain ; le groupe est parvenu à évoquer avec bonheur cet album d'anthologie.
Durant le second acte, Steven revient à "To the Bone" avec cinq titres. Cependant, le superbe "Don't Hate Me", dans sa version de "Stupid Dream", s'intercale d'autant plus judicieusement qu'il nous épargne les miaulements dispensables subit dans la reprise de "". Une fois de plus, nous aurons droit à son (trop) habituel "je suis désolé d'écrire des chansons tristes". Ça devient lourd. Vous me direz que je pourrais aussi m'abstenir de le voir quatre fois en une tournée, et vous n'auriez pas tort. Même laïus pour "s'excuser" de jouer un titre pop en référence à son adoration pour des groupes tels qu'ABBA… Mais, bon public, on rit puis on se détend sur "Permanating", titre qui me procure malgré tout un étrange malaise. Non pas que je n'aime pas cette chanson ; mais depuis quinze années à écouter du mélancolique, du déprimant avec lui, j'ai un peu de mal à sourire à la vie pendant ses concerts… Ça viendra peut-être mais là c'est un peu dur, quoi. Mais bon, fort heureusement, cet état d'âmes n'est que temporaire, cette deuxième partie est somptueuse également ! Elle se clôt en pure folie avec "Vermillioncore" et "Sleep Together".
En amont du présent récit j'évoquais un regard sur la salle et ses occupants. La salle est bien pleine, mais pas complète ; quelques sièges sont vacants ici et là mais sans toutefois ternir l'impression d'une belle occupation. En revanche, je me suis amusé à regarder du coin de l'œil et à écouter du coin de l'oreille, les auditeurs manifestement nouveaux, et curieux d'examiner la nature de ce mystérieux va-nu-pied ! J'ai bien perçu toute la fragilité de leur démarche dans les conversations pendant l'entracte. Fatalement, ils n'ont pas résisté à l'assaut final ; "Vermillioncore" les a traumatisés et "Sleep Together" les a fait fuir, profitant de l'obscurité ! Le nombre de fauteuil vacants fut (relativement) plus important lorsque l'éclairage fut rétabli ! Ah évidemment, mes p'tites cailles, ici on n'est pas chez Nagui, ni à RTL2 hein ! Sacré Steven, va !! Il va avoir encore du boulot s'il veut séduire les chastes oreilles franchouillardes ! hahahaha !
Lorsque nous réclamons un rappel, je réalise que je n'ai toujours pas obtenu MON TITRE, celui qui a été accordé à d'autres salles, pas la mienne. Je peste à l'idée qu'il me lèse à nouveau, …grrrr. Sous le coup de l'agacement sans doute, je trouve sa reprise de "Blackfield" un peu fade. "Postcard" à peine mieux, dans les deux cas je préfère nettement leur version d'origine (que j'ai déjà entendue en concerts, dans les deux cas). Mais "The Sound of Muzak", avec ses rythmes chaloupés, tempère ma mauvaise humeur ; j'adore chaque titre de "In Absentia" qui demeure mon opus favori, toute ère confondue de SW.
Lorsqu'enfin Steven daigne annoncer en dernier lieu "Song of Unborn" c'est avec un immense soulagement que je me cale profondément dans mon fauteuil pour déguster cette chanson aux mélodies parfaites et mélancoliques. Ce titre et "From 44 to 48" écrit pour Blackfield, sont ceux que je préfère parmi ses créations de ces deux dernières années (il ne faudrait pas remonter plus loin dans le temps, car cela deviendrait trop compliqué !).
Encore une superbe soirée en compagnie de Monsieur Steven WILSON, qui m'a fait vivre une nouvelle fois une bonne dose d'émotions.

PROGRAMME

ACTE 1: (20:00)
Introduction mini-film "Truth"
To the Bone (To the Bone, 2017)
Nowhere Now (To the Bone, 2017)
Pariah (To the Bone, 2017)
Home Invasion (Hand Cannot Erase, 2015)
Regret #9 (Hand Cannot Erase, 2015)
Routine (Hand Cannot Erase, 2015)
Hand Cannot Erase (Hand Cannot Erase, 2015)
Ancestral (Hand Cannot Erase, 2015)
Happy Returns (Hand Cannot Erase, 2015)
Ascendant Here On... (Hand Cannot Erase, 2015).
(pause : 21:10-21h30)
ACTE 2:
People Who Eat Darkness (To the Bone, 2017)
Don't Hate Me (Stupid Dream, Porcupine Tree, 1999)
Permanating (To the Bone, 2017)
Song of I (To the Bone, 2017)
Refuge (To the Bone, 2017)
The Same Asylum as Before (To the Bone, 2017)
Vermillioncore (4½, 2016)
Sleep Together (Fear of the Blank Planet, Porcupine Tree, 2007).

RAPPEL:
Blackfield en acoustique (Blackfield, 2004)
Postcard en acoustique (Grace for Drowning, 2011)
The Sound of Muzak (In Absentia, Porcupine Tree, 2002)
Song of Unborn (To the Bone, 2017).
(fin : 23:07)
Au moment où je rédige ce récit, j'apprends qu'une quatrième série de concerts pour cette tournée TTB est prévue début janvier, mais en province. J'incite les concernés à s'y rendre, pour ma part j'ai le sentiment d'avoir (pour l'instant) reçu ma dose avec ce que je voulais entendre. L'année 2019 commence déjà à se remplir par ailleurs…

jeudi 5 juillet 2018

IRON MAIDEN – POP BERCY - 05/07/2018



Déjà cinq années que IRON MAIDEN n'est plus revenu au POP de Bercy ! Il est vrai toutefois que depuis ils sont passés au Download Festival en 2016. Les revoilà donc pour deux soirées de suite (les 5 et 6 juillet) et ce, dix jours avec avoir rassemblé une foule immense au Hellfest de Clisson !! Compte tenu de mon calendrier déjà bien chargé (…), j'ai opté pour le premier soir.

19H30 : THE RAVEN AGE. Ce groupe heavy metal anglais s'est formé à Londres. Il est conduit par George Harris (guitares, depuis 2009), fils de Steve… Bon, ce n'est pas certes jamais facile d'être "fils de", en particulier dans le milieu artistique, alors on ne va pas l'accabler par des comparaisons inopportunes. Mais cette filiation explique tout de même sa présence ce soir en ouverture de soirée, à l'instar de celle de Rise To Remain en 2011…
Le groupe est par ailleurs composé de Matt Cox (basse, chœur, depuis 2012), Jai Patel (batterie, depuis 2013), Tony Maue (guitares, depuis 2017) et Matt James (chant, depuis 2018). Ils ont à leur actif un opus "Darkness Will Rise" paru en 2017, et un mini album "The Raven Age", paru en 2014.
The Raven Age nous aura produit une bonne prestation mais toutefois pas de nature à me laisser un souvenir impérissable… Je n'ai pas trouvé de motif d'enthousiasme particulier mais je veux bien admettre que mon impression fut fondée en rapport avec ma position inhabituelle au fond de cette arène. Ils ont bien chauffé la salle comme on dit …
PROGRAMME
Betrayal of the Mind
The Merciful One
Promised Land
The Death March
Salem's Fate
Surrogate
My Revenge
Angel in Disgrace.
A ce niveau, et indépendamment des qualités de ces invités au demeurant fort sympathiques, je ne peux pas m'empêcher de me rappeler que IRON MAIDEN nous avait habitué à des invités d'un autre calibre. Je me rappelle avec une vraie nostalgie de : BLACKFOOT en 1982, MSG en 1983, MOTLEY CRUE en 1984, ANTHRAX en 1990, HELLOWEEN en 1998, MEGADETH en 1999, SLAYER en 2000, ou encore AVENGED SEVENFOLD en 2008. Au risque de passer pour un vieux con, moi je l'assume et je le dis ; c'était mieux avant !

L’imminence de l'extinction des feux avant le concert de Maiden est, comme d'habitude, prévenue par le titre d'anthologie de U.F.O. “Doctor, Doctor" ; l'impatience du public est à son comble ! Dix jours après les avoir revus au Hellfest, mon envie est intacte ! Le Discours de Churchill dans le noir fait monter encore la pression… Un Spitfire surgit face à un auditoire en frénésie générale ! D'autant plus lorsque Bruce bondit sur la scène coiffé d'un casque d'aviateur d'époque et revêtu d'une veste adéquate !
21h : IRON MAIDEN. Après plus de trente-sept années de fidélité, je revois IRON MAIDEN pour leur vingt-deuxième concert, retrouvant ainsi Steve Harris (basse, chœur depuis 1975), Dave Murray (guitares, depuis 1976), et Adrian Smith (guitares, chœurs depuis 1980). Bruce Dickinson (chant depuis 1981), et Nicko McBrain (batterie, depuis 1982) qui ont rejoint le groupe dans les années 80 font désormais bien entendu pleinement partie de l'Histoire. Je vais peut-être saouler le lecteur de mes récits, mais je maintiens ma perplexité sur la présence de Janick Gers (guitares, depuis 1990). Voilà pour les présentations.


Les admirateurs de la Vierge de Fer sont encore gâtés pour cette tournée "Legacy of the Beast", car si la mise en scène est, comme d'habitude, très soignée, cette fois le surplomb de la scène par un Spitfire à 90% de sa taille réelle impressionne d'emblée l'auditoire. "Aces High" n'aura jamais été aussi bien illustré !!! Bien d'autres décors réussis alterneront avec notamment de nombreux effets pyrotechniques et, en fond de scène, des représentations empruntant souvent au style religieux, tels que des vitraux. Pour le reste, maintien des "classiques" ; Eddie intervient dans une simulation burlesque de combat au sabre contre Bruce, et la tête d'Eddie finit par émerger derrière les fût de Nicko. Bruce ayant affirmé que le spectacle aurait quelques ajouts par rapport à celui du Hellfest (auquel j'ai assisté, pour celui qui n'a pas tout suivi), je n'ai pas observé d'évolution notable… mais bon, peu importe car le tout apporte une réelle satisfaction.
Bien entendu et fort heureusement, l'intérêt du concert ne se limite pas aux effets spéciaux, même s'ils entretiennent l'impression d'un spectacle réussi. Du fond de l'ovale, en gradin où j'étais placé, la sonorisation m'a paru très bonne, après avoir été un peu brouillonne durant les toutes premières minutes ; mais ca c'est comme d'hab' …
Mes impressions ressenties le 24 juin dernier au sujet de la prestation de Bruce sont confortées. Il aura 60 ans le 7 aout ; sa prestance énergique est impressionnante, et sa voix semble encore s'améliorer (en dépit du cancer de sa langue, qu'il semble avoir surmonté). Je confesse l'avoir sous-estimé pendant les années 80 durant lesquels je nourrissais l'amertume du départ de son prédécesseur Paul Di'Anno. Mais avec le recul, je reconnais avoir été injuste ; l'attitude et la voix de Paul était parfait pour le style musical du groupe à l'époque mais Bruce a contribué à faire évoluer le concept voulu par Steve. Omnipotent, ces nombreuses compétences rendent parfois des services inattendus comme celui de pouvoir piloter leur avion de tournée ! Son caractère affirmé l'a certes amené à une infidélité au groupe (1993-1999), mais on lui pardonne au regard du regain de notoriété apporté par son retour. Pardonné d'autant plus facilement qu'il se montre encore ce soir francophile (bien qu'eurosceptique d'après ce que j'ai lu…) en tentant de parler quelques mots dans la langue de Molière lors de la présentation du titre "The Clansman" portant sur la Liberté.
Je conserve un peu le même scrupule à l'égard de Nicko McBrain (ex-batteur de Trust et de Pat Travers Band), qui a longtemps pâti de mon amertume du départ du précédent batteur Clive Burr. Il faut dire qu'à l'époque je n'aurais pas garantis la future la carrière du groupe ; le moindre changement d'effectif alimentait la crainte d'un arrêt définitif. Et pourtant, … là encore Steve avait vu juste car Nicko s'est avéré indispensable à la poursuite de l'aventure avec toutes ces tournées mondiales ! Il a eu 66 ans le 5 juin dernier ; sa bonne humeur, sa technique irréprochable et son énergie continuent à rythmer très efficacement les grand-messes comme celle d'aujourd'hui !
Les duos de guitares de Dave Murray et Adrian Smith, à la fois mélodiques et rageurs contribuent au son distinctif d'IRON MAIDEN et enivrent mes sens toujours de la même manière. La troisième guitare tenue par Janick Gers (véritable pantin désarticulé dont les gesticulations semblent vouloir démontrer la solidité de la sangle de sa guitare) me paraît toujours dispensable mais j'observe cependant qu'il assure désormais quelque soli réussis.
Et que dire de Steve Harris qui, a 62 ans, peut être fier de sa création. A ce jour, il parvenu à maintenir une cohésion satisfaisante. En bon père de famille, il a toujours su accepter (ou obtenir) le retour de ses enfants prodigues … Quant à son talent musical personnel, il suffit d'écouter son pupitre de basse pour jauger son degré de technicité et d'habileté ; ca tricote le manche avec virtuosité et constance, un vrai régal pour mélomane averti !
Le programme, à l'instar du spectacle, ne diffère pas de celui du Hellfest, mis à part l'inversion des titres en rappel… L'accent est mis sur l'album "Piece of Mind" avec quatre titres et sur "The Number of the Beast" avec trois titres ; ces opus sont effectivement honorables puisqu'ils ont assurément propulsé IRON MAIDEN au stade de groupe planétaire !
PROGRAMME
Aces High (Powerslave, 1984)
Where Eagles Dare (Piece of Mind, 1983)
2 Minutes to Midnight (Powerslave, 1984)
The Clansman (Virtual XI, 1998)
The Trooper (Piece of Mind, 1983)
Revelations (Piece of Mind, 1983)
For the Greater Good of God (A Matter of Life and Death, 2006)
The Wicker Man (Brave New World, 2000)
Sign of the Cross (The X Factor, 1995)
Flight of Icarus (Piece of Mind, 1983)
Fear of the Dark (Fear of the Dark, 1992)
The Number of the Beast (The Number of the Beast, 1982)
Iron Maiden (Iron Maiden, 1980)

Rappel:
Hallowed Be Thy Name (The Number of the Beast, 1982)
Run to the Hills (The Number of the Beast, 1982)
The Evil That Men Do (Seventh Son of a Seventh Son, 1988).


De façon aussi traditionnelle que l'introduction, la chanson “Always Look on the Bright Side of Life” met un terme à tout espoir de second rappel. Mais pas d'inquiétude, IRON MAIDEN n'est pas prêt d'arrêter, manifestement ils ont encore envie ; ça tombe bien, moi aussi !

dimanche 1 juillet 2018

RETRO C TROP FESTIVAL – LE 1er JUILLET 2018 – CHATEAU DE TILLOLOY (80)



Mon calendrier des événements étaient trop chargé pour que je puisse inscrire ce festival dans mes prévisions. J'avais donc renoncé, à mon grand désespoir, à revoir Steven à cette occasion.
Mais, foi de Bélier, une petite flamme veillait dans mon esprit ; la convergence de plusieurs facteurs favorables pouvaient me permettre in extremis de me rendre au moins à la seconde journée, celle où (ô, joie) Steven joue ! N'étant pas féru d'astrologie, je confesse avoir fortement espéré un alignement favorable de planètes et autres satellites…

Le premier facteur nécessaire s'est déroulé conformément à mes vœux ; le décollage à l'heure de mon avion de Barcelone, suivi d'un bus pas trop lent (quoique) pour rentrer sur Paris avant midi.
Un deuxième facteur restait à surmonter (mais je nourris volontiers quelques scrupules à m'en plaindre) ; une grosse fatigue causée par l'accumulation des derniers jours de travail avec les trois journées de festivals et un concert … pour surmonter cet écueil, il fallait toute ma passion de mélomane mais aussi l'envie de retrouver des amis qui avaient prévu de s'y rendre.
Alors hop ! Ce sera bien le premier ticket de festival que j'aurai acquis sur place !

Arrivé à 14h15, je me réjouis de pouvoir garer facilement ma voiture sous un temps ensoleillé et chaud, avec un petit vent agréable. Tout se déroule comme prévu !


15h00 : ANGE. A cette heure de la journée, devant la scène il reste un petit angle à l'ombre ; j'arrive à temps pour m'y placer afin de me ménager après toutes ces émotions. Les conditions sont donc proches de l'idéal pour revoir ces musiciens français qui m'avaient déjà bien séduit le mois dernier au Café de la Danse.
Je retrouve donc Christian Décamps (chant, claviers depuis 1970, seul membre fondateur donc), Tristan Décamps (claviers, voix depuis 1997 et fils du premier), Hassan Hajdi (guitare depuis 1997), Thierry Sidhoum (basse depuis 1997), et Benoît Cazzulini (batterie depuis 2003).
Les textes en français sont indéniablement un point fort de ce groupe atypique. Les limites vocales de Christian sont négligeables si l'auditeur veut bien écouter les textes et des mélodies. De surcroît, Tristan (davantage discret qu'au café de la Danse) soutient son père avec une voix surprenante de volume, et de charge émotive.
Une très bonne section rythmique met en valeur la virtuosité d'Hassan qui exprime avec bonheur son influence notable de Jimi Hendrix.
Leur prestation en extérieur ne diffère pas de l'intérieur, et ne peut que confirmer mes premières impressions enthousiastes. D'ailleurs, le talent d'Hassan Hajdi m'était déjà apparu en extérieur aussi puisque c'était au RaismesFest (le 9 septembre 2017). J'ai déjà hâte de les revoir sur la scène du Loreley dans quinze jours, pour leur première prestation en Allemagne !


PROGRAMME
L'autre est plus précieux que le temps (Heureux !)
Aujourd'hui c'est la fête chez l'apprenti-sorcier (Le Cimetière des arlequins)
Jour de chance pour un poète en mal de rimes (Heureux !)
Quasimodo (Rêves-parties)
Vu d'un chien (Vu d'un chien)
Capitaine cœur de miel (Guet-apens)
Ces gens-là (reprise de Jacques Brel).


16h30 : THE SELECTER. Voilà un groupe britannique, survivant de l'époque où le ska faisait dandiner moult rocker en manque d'exotisme dans les années 80. Encore que, le mot "groupe" est exagéré puisque seule Pauline Black est là depuis le début, au chant. Il faut lui reconnaitre une sacrée volonté puisqu'en 2017, the Selecter sortait un dix-neuvième album, depuis 1980 !

La dame est entourée d'une respectable section de cuivres et de la section rythmique adéquate. Ces sonorités de reggae accéléré me rappellent mes propres souvenirs de l'époque et, au début je trouve cela plutôt sympa… mais ensuite, je finis par me lasser de ces rythmes un peu trop répétitifs.
Mes oreilles sont devenues trop exigeantes sans doute ; le prog' s'y est installé au détriment du reste …
Mais bon, ce désintérêt relatif me permet d'aller me mettre à l'ombre du petit bois dans lequel ont été installés astucieusement des fontaines et un coin toilette. Au travers des branchages, je continue à avoir un œil curieux sur la scène et sur le public qui se déhanche.


18H15 : BUZZCOCKS. Encore des survivants britanniques ! … mais cette fois-ci issus du front punk-rock. Pete Shelley (chant, guitare, depuis 1976), et Steve Diggle (guitare, chant, depuis 1977), sont désormais entourés de Chris Remington (basse, depuis 2008) et Danny Farrant (batterie, depuis 2006). En 2014, est paru "The Way" leur onzième album depuis 1977.
Voilà du rock qui agite les neurones en cette fin d'après-midi et cela fait du bien ! Ce rock abrupt n'est pas au gout de nombreux festivaliers qui du coup vont se mettre à l'ombre, à leur tour. Mais il reste suffisamment d'amateurs et de curieux pour ovationner comme il se doit ces authentiques rockers !
Honnêtement j'ignorais leur existence, n'ayant pas particulièrement baigné dans ce style musical, mais je suis admiratif de leur ténacité et leur démarche au fil des décennies.
Une belle ovation leur est accordée pour saluer leur départ.

Mon objectif de la soirée approche et irrésistiblement je me positionne au plus proche de la scène, dès la fin du concert des Buzzcocks ! Solidement ancré au deuxième rang au centre, légèrement sur la gauche j'attends patiemment l'arrivée du va-nu-pied.

20h00 : STEVEN WILSON. Le lecteur assidu de mes récits (si tant est qu'il y en eu un) le sait déjà, mon admiration pour Monsieur Steven Wilson ne faiblit pas au fil de ses tournées. Bien au contraire, son éclectisme parvient même toujours à remettre en question mes préférences musicales.
Sa collaboration avec Mickael Arkerfeld (Opeth, Storm Corrosion) m'a permis de comprendre et de savoir apprécier les couleurs sombres de ce death progressif suédois si particulier. Sa collaboration avec Aviv Geffen (Blackfield) ainsi que le port de son t-shirt au logo d'ABBA ont contribué à ne plus cacher mon même intérêt pour la bonne musique pop. Sa collaboration avec Tim Bowness (No-Man) m'a réconcilié avec la douceur musicale. Ce raisonnement éclectique est infini tant le monsieur se complait dans l'exploration de nombreux univers musicaux avec toutefois une vraie exigence de qualité.
La preuve en est une nouvelle fois donnée aujourd'hui, puisque quelques jours après avoir convaincu une bonne part du public franchement metal du Hellfest, Steven participe à ce jeune festival hétérogène qui se dit "rétro" !

Toutefois, son programme est audacieux ; il a heurté les oreilles les plus délicates des festivaliers de Tilloloy avec en introduction musclée "Home Invasion", titre que j'adore tout particulièrement. Il a encore traumatisé une bonne part de l'auditoire sur la fin avec un "Vermilloncore" survitaminé, et un "Sleep Together" totalement enivrant ! Je me suis beaucoup amusé à regarder du coin de l'œil les mines effarées et les âmes égarées autour de moi qui semblaient découvrir l'Animal ! La gestuelle de Steven a dû en dérouter plus d'un, aussi.
Steven pouvait bien s'excuser de ne jouer que des titres sombres ou mélancoliques, je en suis pas sûr qu'il ait convaincu beaucoup de nouveaux adeptes dans ce public ! Bien évidemment, on pouvait s'y attendre, c'est le titre "Permanating", arrivé en sixième position, qui a mis tout le monde (ou presque) d'accord !

Pour les admirateurs convaincus comme moi, et nous étions heureusement quelques-uns, aucun problème, que du bonheur. Chacun de nous aimerait être le sélectionneur et valoriser un autre opus. Néanmoins, il faut reconnaitre qu'il a su proposer, pour promouvoir son œuvre au sein de ce festival, un panel plutôt équilibré, mais fatalement très restreint, comprenant trois titres de 2017, quatre de 2015, un (seul) de 2013 et deux titres de l'époque Porcupine Tree.
Quant aux musiciens, on se régale toujours avec Nick Beggs à la basse, d'une élégance et d'une rigueur technique irréprochable. Adam Holzmann au clavier est aussi étourdissant dans les mélodies torturées que dans les passages nappés. Steven a eu le tort d'habituer mes oreilles au grand luxe en 2015 avec la paire Guthrie Govan/Marco Minnemann dont je ne parviens toujours pas à oublier l'absence, en dépit du talent d'Alex Hutchings (guitare) et Craig Blundell (batterie) qui font bien leur boulot.

Finalement l'ovation finale est rassurante ; le courant est globalement bien passé ! Gageons que cette prestation au format festival aura donné envie à (au moins) quelques festivaliers de se rendre à l'Olympia ce 7 juillet pour assister à un vrai concert, une soirée avec Monsieur Steven Wilson.


PROGRAMME
Home Invasion (Hand Cannot Erase, 2015)
Regret #9 (Hand Cannot Erase, 2015)
Pariah (To the Bone, 2017)
The Sound of Muzak (Porcupine Tree, In Absentia, 2002)
Refuge (To the Bone, 2017)
Permanating (To the Bone, 2017)
Ancestral (Hand Cannot Erase, 2015)
Vermillioncore (4½, 2015)
Sleep Together (Porcupine Tree, Fear of a Blank Planet, 2007)
The Raven that refused to sing (TRTRTS, 2013).


22h00 : STING. L'annonce de cette tournée était sans équivoque mais je n'y avais bien sûr pas prêté attention ; on pouvait lire dans les médias "Sting & Shaggy : avis de brise jamaïcaine sur les festivals".
En fixant cet azimut, Sting était assuré de séduire la masse du public. Le pari était peu risqué et de fait une foule immense avait les yeux rivés sur la scène. Les amateurs du genre balançaient leurs hanches s'imaginant sans doute passer des vacances sous les tropiques.
En ce qui me concerne, mes craintes se sont vites avérées exactes ; les sonorités reggae et, disons-le, variété britannique, ont largement plombé le programme de l'ex-rockeur.
Si je suis resté trois quart d'heure, c'est par curiosité et un peu aussi par respect pour la carrière de Sting, avec l'espoir de ressentir ne fut-ce qu'un zeste de folie rock'n'roll. Mais au bout d'un moment, affligé, j'ai jeté l'éponge ; le corps n'étant plus soutenu par l'esprit, il était temps d'aller me reposer.

PROGRAMME
Englishman in New York
44/876
Morning Is Coming
Every Little Thing She Does Is Magic (reprise de The Police)
Oh Carolina / We'll Be Together (Shaggy / Sting)
If You Can’t Find Love
Love Is the Seventh Wave
To Love and Be Loved
Message in a Bottle (reprise de The Police)
Fields of Gold
Gotta Get Back My Baby
(…)

Mais il y a toujours un mal pour un bien, puisque sur le chemin d'accès à la zone de stationnement je rencontre Nick Beggs !! Très accessible et gentil, il a été capable de supporter le p'tit franchouillard ridicule, incapable de s'exprimer correctement en anglais. Ma fatigue et mon émotion de le rencontrer m'ont fait perdre le peu de capacité linguistique dont j'aurais pu/dû disposer… M'enfin il aura compris toute mon admiration, un p'tit portrait à deux et je le laisse aller se reposer, sachant que je ferais mieux d'en faire autant.
Je file à la voiture et rentre sans encombre sur Paris …

mardi 26 juin 2018

SCORPIONS / SLYDIGS – POP BERCY – 26/06/2018



20h : SLYDIGS. Ces britanniques se définissent comme un groupe de rock & roll ; cette définition minimaliste peut sembler prétentieuse sans les avoir entendus. Cependant, après coup je ne vois pas de raison de leur coller une autre étiquette ; c'est juste du rock'n'roll après tout en effet, comme disait une de leurs inspirations manifestes, les Rolling Stones.
Autant dans leur allure que dans leur musique on sent bien que ces musiciens ont été bercé aux sons des 70's.
Cette impression ne retire rien à leur talent et à leur état d'esprit. Ils sont enthousiasmants et leur énergie a su capter l'intérêt des quelque vingt mille paires d'oreilles présentes dans l'arène de Bercy.
Ce quatuor britannique est composé de Dean FAIRHURST (chant, guitare rythmique), Louis MENGUY (guitare solo, chœurs), Peter FLEMING (batterie) et Ben BRESLIN (basse, chœurs).
Le succès recueilli au terme de leur prestation et leur disponibilité à la fin de la soirée pour vendre et signer leurs mini-Cd's, augurent d'un engament et d'une carrière durable ; c'est tout ce que l'on peut souhaiter à ce groupe prometteur !

PROGRAMME (sous réserve)
How Animal Are You?
Light the Fuse
She's My Rattlesnake
Sleep in the Wind
To Catch a Fading Light
Give It Up, Brother
Electric Love
The Love That Keeps on Giving.


SCORPIONS. Comme Ozzy, en dépit d'une volonté prétendue, Scorpions ne se sent pas encore vraiment prêt à cesser de faire vibrer les salles. Et c'est tant mieux, tant que leurs prestations ne frôlent pas trop la parodie. Or, c'est loin d'être le cas !
Immanquablement, ce concert d'une légende vivante du hard rock teuton anime en moi un curieux mélange de mélancolie et d'excitation.
Scorpions fait partie de ces groupes qui flattent ma vanité car il me donne l'impression futile, mais ô combien agréable, que le temps ne nous affaiblit pas, ou pas trop… Enfin pas encore. Certes, les titres qui me rendaient dingues dans les 80's ("The Zoo", en particulier) sont maintenant interprétés sur un tempo plus … adapté aux capacités physiques quelque peu émoussées quoiqu'on en dise, mais sacré bon sang que ces musiciens sont jouissifs à entendre, à voir et à revoir ! Personnellement, je ne me lasse pas de participer à leurs fêtes depuis ce 6 mars 1982 (Hippodrome de Pantin-tournée Blackout) ; cette soirée aura été mon dixième concert.

Difficile d'imaginer que c'est depuis 1965 que Rudolf Schenker (bientôt 70 ans !) persiste à nous réjouir avec ses accords, ses refrains mélodiques et ses facéties juvéniles (guitare fumante, accoutrements improbables, …) !
Respect aussi pour Klaus Meine, le fidèle compagnon depuis 1969 ; un Bercy plein à craquer, toutes générations confondues, a chanté avec lui comme pour le soutenir, et surtout pour se souvenir. Qu'il est réjouissant d'entendre la voix si reconnaissable de ce septuagénaire, même si parfois il lui arrive de prendre l'octave en dessous par précaution (pas aussi souvent qu'Ozzy, toutefois !).
Matthias Jabs, qui avait eu la très lourde de tâche de remplacer l'irremplaçable virtuose Uli Jon Roth en 1979, a su s'imposer comme guitariste soliste. Par ailleurs toujours aussi beau gosse à 62 ans d'après ma p'tite Fée, ses soli sont abordés certes différemment de ceux d'Uli mais n'en sont pas moins à la fois mélodiques et techniques ! Preuve en démontrée une nouvelle fois avec ce magnifique solo qu'est "Delicate Dance" !
Hormis ce trio soudé ainsi depuis 1979, on retrouve le p'tit jeune, Paweł Mąciwoda (51 ans) qui assume depuis 2004 la partie de basse sans éclat mais sans faillir non plus.
Mais le nouvel arrivé, Mikky Dee (55 ans quand-même) apporte une énergie nouvelle au groupe ; non pas que James Kottak fut plus calme (loin de là !!), mais fatalement l'ancien batteur de Motörhead a une réputation à défendre et ne s'en prive pas ! D'ailleurs, fort élégamment Scorpions a accordé à son public une fulgurante reprise de "Overkill" donnant ainsi l'occasion à son batteur de présenter un solo édifiant ! Sa batterie tirée vers le haut par quatre filins, avec une propulsion imitée par jets de fumigènes vers le sol, lui a permis d'exprimer toute sa sauvagerie et d'instaurer une forme de dialogue avec le public.

Sur le plan spectacle, la scène est toujours très colorée ; éclairage lumineux, écrans géants en fond de scène qui diffusent des images reflétant les textes ou les périodes (telles que les images psyché lors de l'enchaînement de plusieurs extraits de chansons diverses des 70's).

De la fosse où j'étais positionné, sur le côté droit de l'avancée de scène, la sonorisation m'a paru impeccable, puissante mais audible.
L'ambiance fut enthousiaste et le public admiratif mais respectueux ; pas de bousculade et franchement, à peine remis du Hellfest, je ne me plaindrai pas de ce calme relatif ! Ma p'tite Fée non plus. Quant à mon fougueux fils, s'il est toujours prêt et prompt à se lancer dans la moindre mêlée, il a quand même su apprécier l'univers musical des allemands. Pour lui ce fut une découverte, et pour moi un bonheur partagé !


Danke shön messieurs, et revenez quand vous voulez !
PROGRAMME
Going Out With a Bang (Return to Forever)
Make It Real (Animal Magnetism)
Is There Anybody There ? (Lovedrive)
The Zoo (Animal Magnetism)
Coast to Coast (Lovedrive)
Top of the Bill / Steamrock Fever / Speedy's Coming / Catch Your Train (succession d'extraits 70's)
We Built This House (Return to Forever)
Delicate Dance (avec Ingo Powitzer - MTV unplugged, live in Athens)
Follow Your Heart / Eye of the Storm / Send Me an Angel (succession d'extraits en acoustique)
Wind of Change (Crazy World)
Tease Me Please Me (Crazy World)
Overkill (reprise de Motörhead suivie d'un solo de Mikkey Dee)
Blackout (Blackout)
Big City Nights (Love at First Sting).
Rappel :
Still Loving You (suivi par un extrait a capella de "Holiday") (Love at First Sting)
Rock You Like a Hurricane (Love at First Sting).

lundi 4 juin 2018

ANGE – Café de la Danse – 04/06/2018


Légendaire groupe français de rock progressif, ANGE perdure depuis 1969 grâce à la volonté de Christian Décamps. Il a connu un notable succès dans la France des 70's mais nos "très perspicaces" média sont vite passés à autre chose.
Certes, le microcosme français du rock progressif ne les a pas oubliés, mais hélas il semble que trop de querelles (familiales ou musicales, ou les deux, allez savoir ...) ont achevé de nuire à leur prometteuse notoriété. Heureusement, des albums intéressants ont maintenu l'intérêt des admirateurs et l'espoir de les revoir sur de grandes tournées…
Depuis 1972 (année où j'ai mis les doigts dans la prise), certains groupes m'ont séduit moins que d'autres. Non pas qu'ils m'aient paru mauvais, mais juste parce que mon humeur fut plus métal ou plus prog selon les époques ; à ce petit jeu-là, fatalement il y a des oublis fâcheux… Ange en fait partie (eh oui, j'en connais qui doivent s'étrangler d'effroi, mais ainsi c'est construite ma culture musicale !).

Les chemins de ma culture musicale sont relativement sinueux et variés mais ceux qui m'ont conduit vers Ange résultent en fait de concours de circonstances. A défaut d'avoir été séduit par ce que j'avais entendu du groupe sur les réseaux, j'ai pu me familiariser peu à peu avec cet univers en découvrant certains de ses membres éparpillés. Il m'a ensuite suffi de rassembler le puzzle. Explications.

- Première vraie alerte (tardive, j'en conviens volontiers) ; le 13 octobre 2009, lorsque je me trouve assis au deuxième rang de la mezzanine de l'Olympia pour assister à ce qui devait s'avérer être le dernier concert parisien de PORCUPINE TREE, je réalise que juste devant moi sont assis les membres d'Ange (aux côtés de la famille de Steven). Etonné de cette présence, j'apprendrai ensuite qu'en fait STEVEN WILSON vénère Ange depuis toujours ! Je me dis alors que j'ai dû louper non pas un wagon mais plutôt un train !! Nonobstant, le rythme de mes découvertes musicales dans les années 2010 est tel que les quelques écoutes du groupe ne parviennent pas à m'accrocher …

- Deuxième alerte (encore plus tardive) ; été 2017, lorsque j'assiste au festival Rock au Château de Villersexel (leur région d'origine). Célébrités locales oblige, Gens de la Lune me permit agréablement d'imaginer ce que représentait Ange sur scène durant les 70's car Francis Décamps (clavier, chœurs) était notamment accompagné de Gérard Jelsch (batterie) ; ils avaient tous deux quitté le groupe mythique en 1995. Malgré de gros soucis techniques du synthétiseur qui ont passablement nui à la prestation au point de l'écourter, j'entrevoyais déjà un intérêt certain !
Sur la même scène, le même jour, je restais cependant perplexe, peu convaincu, en écoutant le fils de Christian, Tristan Décamps (clavier, chœurs d'Ange depuis 1997) qui chanta valeureusement seul ce jour-là. Sa voix était certes admirable mais le répertoire beaucoup moins. En tous cas, je n'avais pas trouvé la Porte d'accès, on va dire.

- Troisième alerte, le 9 septembre 2017, lorsque j'assiste au festival RaismesFest, je me suis alors régalé en découvrant sur scène le talent d'Hassan Hajdi (guitare d'Ange depuis 1997) qui, accompagné de Benoît Cazzulini dans son "Band of Gypsies", rendait un hommage exclusif et très convaincant à son maître Jimmy Hendrix !

Enfin, pour achever de me décider à assister au moins une fois à un concert d'Ange, des amis bien intentionnés (merci, Thierry et Christian !) me préviennent quelques semaines avant cet événement prévu au Café de la Danse, salle que j'affectionne tout particulièrement par ailleurs !

Voilà pour le contexte, c'est long pour le préambule d'un récit de concert j'en conviens, mais le cas est particulier … En clair, sans l'insistance amicale de deux esprits éclairés, j'aurais attendu le festival Loreley en Allemagne pour les écouter. Or, compte tenu de la qualité de l'affiche dudit festival et de la qualité de la bière allemande, le risque était grand de passer à côté d'une belle découverte ; car en effet ce soir dans ce bel auditorium, je suis tombé sous le charme…

La salle est bien pleine ; beaucoup de têtes chauves ou blanches, mais pas seulement.
La chaleur est étouffante or, en dépit de ses autres qualités, la salle ne semble pas disposer d'air conditionné…
C'est donc dans une étuve que nous assistons à une première partie sympathique mais soporifique animée par Eddy La Gooyatsh, deux braves types dotés chacun d'une guitare (sèche pour l'un, électrique pour l'autre). Leurs chansonnettes auraient probablement été adéquates dans un cabaret ou un resto branché. Mais en première partie d'ANGE, il me semble qu'il ne manque pas d'autres artistes qui eussent été honorés de prendre la place (je pense notamment à Nicolas Chapel avec son groupe Demians, qui avait assuré la première partie de Blackfield, le 24 janvier 2009 ici même). Bref, il nous aura fallu une bonne dose de tolérance entre 19h30 et 20h05 pour applaudir poliment ces troubadours de passage.

C'est encore une autre bonne dose de patience qui nous sera imposée jusque 20h30 avant d'assister à l'entrée des artistes en scène.
Après quelques turbulences dans l'effectif, le groupe semble avoir acquis une certaine stabilité depuis une quinzaine d'année, puisqu'il se compose de Christian Décamps (chant, claviers depuis 1970, seul membre fondateur donc), Tristan Décamps (claviers, voix depuis 1997 et fils du premier), Hassan Hajdi (guitare depuis 1997), Thierry Sidhoum (basse depuis 1997), et Benoît Cazzulini (batterie depuis 2003, neuvième titulaire du poste !).
La tournée promeut l'album "Heureux" paru cette année, dont cinq titres seront joués ce soir.


D'emblée le concert s'annonce bien, la sonorisation est très bonne ; tous les pupitres sont audibles et si je ne comprends pas tout ce que chante Christian, c'est sans doute dû à mon obstination de tenter de percevoir et découvrir toutes les subtilités musicales en même temps !
L'éclairage est modeste mais suffisant pour accompagner et mettre en valeur les artistes.
Le public est réactif, les textes sont souvent chantés par des admirateurs de longue date, selon toute vraisemblance !
En dépit d'une chaleur torride et de mon inculture je sens vite de bonnes sensations.
Hassan Hajdi m'était déjà apparu admirable lors de sa prestation très ciblée au Raismefest 2017, déjà en compagnie de son non moins talentueux bassiste. Ce soir, la virtuosité éblouissante d'Hassan apporte un avantage indéniable aux compostions d'Ange. Sa sensibilité et son sens des harmonies laissent apparaitre une nette influence d'Hendrix, sans pour autant se complaire dans le plagiat et cependant ses interventions sont d'autant plus saisissantes qu'il sait rester humblement en retrait lorsque Christian et son fils s'expriment.
Pour sa part, Tristan doit être la fierté de son père tant il le surpasse avec une voix exceptionnelle. Le titre "Harmonie", qu'il chanta seul avec son clavier, fut un moment émouvant. De surcroit, au clavier il accompagne merveilleusement les lignes mélodiques et parvient ainsi à créer des atmosphères que l'on aime retrouver dans les grandes évasions, par la grâce du rock progressif !
Thierry Sidhoum se tient discrètement en fond de scène dont il ressort parfois pour accentuer une folie rythmique ambiante, et cependant j'ai noté une remarquable sensibilité dans le jeu de basse.
Coté batterie la partie est assurée sobrement mais avec efficacité.
Christian, quant à lui, vit pleinement ses textes, par le mime ou le costume (sur ce point il n'est pas sans me rappeler un certain h !) ; on le devine aisément jouir de chaque instant aux côtés de ses désormais fidèles complices. Sur le plan vocal il est clair que son fils aurait tendance à lui faire de l'ombre, mais il chante toutefois juste et sa voix est portante. Son bonheur se lit sur son visage constamment ; le message délivré par son dernier opus n'est pas un vain mot !

D'ailleurs, les mots, il s'en amuse avec gourmandise, en multipliant des allusions malicieuses, des grivoiseries et autres contrepèteries. Je ne peux pas commenter les titres, bien évidemment, puisque je découvrais quasiment le groupe ce soir. Mais, à l'instar des Trust, Téléphone et autres Noirs Désirs, ANGE démontre une nouvelle fois que la langue française a toute sa place dans le rock ; je note avec admiration l'art d'en user et d'en abuser avec un vrai bonheur alors que trop souvent nos artistes nationaux y renoncent.
Le dernier titre "Capitaine cœur de miel" comme une apothéose permet d'accentuer encore davantage notre admiration pour chacun des musiciens qui peuvent d'exprimer avec tout leur talent.
Le rappel s'impose ; Ange nous propose "Ces gens-là" somptueuse reprise de Jacques Brel.


Je sors donc conquis de ce spectacle, alors que je m'y étais rendu davantage par curiosité que par conviction ; j'aime ce genre de bonne surprise musicale ! Hallelujah, Ange existe je l'ai vu !
Il reste à vérifier que ce divin attrait scénique se confirme à l'écoute d'un disque (je confirme, a posteriori avec mon achat du jour). Cette belle impression résistera-t-elle à l'écoute objective d'un salon ? et comment ressentirai-je leur prestation dans un théâtre antique en plein air (le 15 juillet) ? à suivre…

A l'échoppe, j'opte pour l'édition d'Émile Jacotey Résurrection (15€), parue en 2014, qui est en fait une réédition améliorée de l'opus de 1975 "Émile Jacotey" dont Christian s'est désormais libéré des contraintes de l'époque. Voilà qui me permettra d'entretenir la flamme jusqu'à leur prestation que j'espère aussi réussie dans le cadre du festival allemand !
PROGRAMME (20h25-22h05)
L'autre est plus précieux que le temps (Heureux !)
Aujourd'hui c'est la fête chez l'apprenti-sorcier (Le Cimetière des arlequins)
Jour de chance pour un poète en mal de rimes (Heureux !)
La Gare de Troyes (La Gare de Troyes)
Sens et jouissances (Heureux !)
Les Lorgnons (Vu d'un chien)
Quasimodo (Rêves-parties)
Heureux (Heureux !)
Chante n'importe quoi (Heureux !)
Harmonie (Fou !)
Ballade pour une orgie (Au-delà du délire)
Vu d'un chien (Vu d'un chien)
Capitaine cœur de miel (Guet-apens).

RAPPEL (jusque 22h15)

Ces gens-là (reprise de Jacques Brel).



vendredi 11 mai 2018

ARENA – La Maroquinerie – 11/05/2018



Il y a un peu plus de trois ans, le 24 avril 2015, j'avais tenté l'expérience ARENA, sans trop connaitre ; je m'étais rendu à leur concert sur le seul conseil insistant de plusieurs amis. J'étais sorti du Divan de Monde ravi et convaincu.
Depuis, j'ai pris le temps de m'intéresser un peu plus à ce groupe britannique qui nous propose un rock néo-progressif pure souche qui perdure depuis 1995, non sans bonnes raisons !

Je retrouve ainsi Clive Nolan (claviers et chœurs, cofondateur), Mick Pointer (batterie et chœurs, cofondateur), John Mitchell (guitares, depuis 1997), Paul Manzi (chant, depuis 2010) et Kylan Amos (basse, depuis 2014). Le groupe semble donc enfin se stabiliser après avoir changé, en vingt années et huit opus, trois fois de chanteur, deux fois de bassiste, et une fois de guitariste.

La tournée prévoit actuellement vingt-deux dates, dont dix-sept dates quotidiennes entre les 4 et 20 mai ! Quelle santé ! Cependant, au lendemain de leur prestation dans la belle Z7 suisse, leur arrivée à la Maroquinerie aura probablement de nouveau dû leur suggérer une amertume à propos du désintérêt (relatif) du public parisien. Heureusement, l'ambiance que le public parisien leur réserve aura permis sans doute de relativiser cette fâcheuse impression.

La salle est bien remplie (sans être pleine, toutefois), on peut évaluer le public à quelque quatre cents personnes…
L'éclairage est correct pour cette salle qui, de toute façon, ne pourrait pas accueillir un dispositif plus impressionnant.

Si le confort visuel de cette petite salle est excellent, en revanche son acoustique nous a souvent déçu ; ce n'est pas cette soirée qui nous aura fait changer d'avis. La sonorisation de s'avéra correcte mais, comme souvent, à la condition de se placer en retrait de la scène. Pour le début de la prestation, je m'étais positionné dans les premiers rangs avec ma petite Fée pour lui garantir un bon point de vue, mais il s'est vite avéré que ce n'était pas un bon point d'écoute ; les sons de la batterie et de la basse nous ont dissuadé d'y rester ! A distance respectable, les mélodies et les soli redevenaient reconnaissables.

Il eût été permis d'imaginer qu'ARENA soit reparti sur les routes pour promouvoir la parution de son neuvième album "Double Vision". En fait, étonnamment seuls deux titres sont inscrits au programme ("Poisoned" et "The Mirror lies") ; la tournée insiste davantage sur le 20ème anniversaire de l'album "The Visitor", qui est repris intégralement !
Si le concept de tournée pour l'anniversaire d'un évènement me séduit toujours lorsque les artistes ont décidé de faire une pause créative, en revanche, je me sens un peu frustré de ne pas entendre davantage de titres d'un opus qui vient de paraître. J'attendais tout particulièrement l'interprétation du magnifique titre de (plus de) vingt-deux minutes "The Legend of Elijah Shade". Mais bon, soyons optimiste et gageons que ce sera pour une prochaine fois, mais pas dans trois années !
Cette légère amertume n'était pas de nature à voiler le plaisir d'écouter "The Visitor", ce troisième opus (paru en 1998, donc, pour ceux qui n'auraient pas suivi !). L'ordre d'interprétation a été modifié, sans doute histoire d'exciter encore davantage l'intérêt de l'auditoire, tout acquis à leur cause de toute manière ! Néanmoins, c'est bel et bien le magnifique "A Crack in the Ice" qui ouvre la soirée ! Parmi les autres réjouissances, je souligne "The Hanging Tree" dont le solo de John Mitchell, en état de grâce, fut éblouissant. "State of Grace" est enchainé derrière, à point nommé ! La première heure ainsi consacrée à cette commémoration est passée très (trop) vite.
Bien d'autres titres auraient réjouis le public insatiable, mais "Jericho" aura satisfait tout particulièrement les admirateurs les plus anciens.
Pour clore la soirée, le programme avait prévu "Solomon" (source : affiche à leur pied !), mais "The Tinder Box" de leur septième opus sera le point d'orgue qui enchantera l'auditoire.
En rappel, "Ascension" issu du monumental opus "Contagion" m'occasionne une nouvelle (relative) frustration en imaginant les autres titres ! In fine, "Crying for help VII" permet au public de communier bruyamment en chantant le refrain.


En digne représentant du rock néo-progressif, le groupe délivre une somptueuse atmosphère musicale dans laquelle alternent la mélancolie et la révolte, grâce à une combinaison de mélodies et de technicités musicales.
Paul Manzi, qui aurait pu être gêné vocalement par la reprise de "The Visitor" auquel il n'avait pas contribué, continue d'être très convaincant grâce à la justesse de son chant et à son charisme. Il n'hésite pas à revêtir de sobres mais éloquents déguisements en rapport avec les chansons, pour contribuer à donner une réelle conviction à son interprétation.
Mick Pointer, qui a le mérite honorable d'avoir cofondé ARENA avec Clive Nolan (ainsi que de permettre sa survie en tenant à bout de bras sa société éditrice de disques), semble cependant parfois un peu fatigué musicalement. Un ou deux contretemps fâcheux mais pas excessivement perceptibles ont paru contrarier John Mitchell. Notez que ce dernier semble constamment contrarié, les épais sourcils froncés lui donnant une impression d'immuable concentration ! Le guitariste, qui conserve une démarche un peu pataude et une allure si ordinaire (sa dégaine me donne, comme en 2015, l'impression d'un simple employé consciencieux et effacé), nous délivre pourtant de superbes soli et partage des moments exquis avec ses partenaires, magnifiant ainsi les titres, même ceux de l'époque antérieure à son arrivée !
Kylan Amos, toujours le sourire aux lèvres, me parait épanoui au sein de ce groupe qui l'a accueilli il y a quatre ans.
Clive Nolan, qui ne s'est toujours pas engagé dans un programme de régime alimentaire (doux euphémisme), reste maître de son pupitre, du groupe et de son public avec lequel il échange d'ailleurs davantage que lorsqu'il officie au sein de Pendragon. La comparaison entre les deux groupes s'arrêtera là, car ma préférence pour Pendragon est purement affective et donc irrationnelle.
Globalement ARENA donne l'impression d'une bonne cohésion et d'une belle complicité (même si en authentiques britanniques ils n'en font pas de démonstration éclatante) qui laisse augurer de belles années à suivre. J'aspire donc à un retour rapide, ne fut-ce que pour nous interpréter le dernier opus !

Un passage à l'échoppe s'impose car ma discothèque présentait quelques lacunes… A noter que les CD sont vendus à des prix raisonnables ; 10€ l'unité, 15€ pour le dernier !
Les membres du groupe ajoutent à leur talent, celui de la convivialité ; après le concert ils viennent tous discuter avec leurs admirateurs. Portraits et dédicaces s'imposent naturellement.






PROGRAMME :
A Crack in the Ice (The Visitor)
Pins and Needles (The Visitor)
Double Vision (The Visitor)
Elea (The Visitor)
The Hanging Tree (The Visitor)
A state of Grace (The Visitor)
Blood red Doom (The Visitor)
In the blink of an Eye (The Visitor)
(Don't forget to) breathe (The Visitor)
Serenity (The Visitor)
Tears in the Rain (The Visitor)
Enemy without (The Visitor)
Running from Damascus (The Visitor)
The Visitor (The Visitor)
Poisoned (Double Vision)
Jericho (Songs from the Lion's Cage)
The mirror lies (Double Vision)
The tinder Box (The Seventh Degree of Separation).

RAPPEL :
Ascension (Contagion)
Crying for help VII (Pride).