dimanche 12 février 2023

LEPROUS – Salle Pleyel (Paris 08) – dimanche 12 février 2023.

Ces Vikings font désormais partie de ces groupes capables de nous faire bouger et bloquer une date à longue échéance. A l'annonce de cette tournée, nous avons décidé de prendre nos dispositions ; dès le 9 aout 2022 nous avons ainsi réservé nos places pour les revoir une ... onzième fois ! Nous avons d'autant moins hésité que le concert se passe à la salle Pleyel, auditorium par excellence. Je suis particulièrement heureux car nous y serons à quatre, avec ma p'tite Fée, et mes deux fils !

Beaucoup de dates de cette tournée affichent complet ; pas Paris. Nouvelle ingratitude bien française alors que le groupe a inscrit pas moins de sept étapes en France ! Seules deux villes affichent complet (à ce jour) : Nîmes et Toulouse. On retrouve ici le même dilemme qui se posait pour Marillion encore en octobre dernier : la demande de proximité des admirateurs est parfaitement légitime, et cependant si les artistes ne remplissent pas leur salle chèrement louée ils risquent de ne plus venir pour personne… Fort heureusement je ne suis qu'un modeste commentateur, il ne me revient pas d'arbitrer le débat.

Notre option pour des fauteuils numérotés n'était finalement pas une mauvaise idée compte tenu de notre concert la veille ! … Même si nôtre âge nous autorise encore à préférer vivre ces émotions debout dans la fosse.

Ce qui reste surprenant et agréable, c'est de pouvoir encore et toujours découvrir de nouveaux artistes lorsqu'ils sont invités sur des tournées ou lors des festivals. En l'occurrence, ce soir nous découvrirons KALANDRA et MONUMENTS.

KALANDRA [19h-19h30].
https://kalandra.bandcamp.com/ et www.kalandra.no

Peu de traces biographiques sur la Toile. Je finis par trouver quelques éléments, notamment sur le site Rockmeeting. KALANDRA est un trio norvégien fondé en 2012 à Olso, autour de Jogeir Daae Mæland (guitare), Katrine Ødegård Stenbekk (chant) et Florian Bernhard Döderlein Winter (guitare) auquel s'est ajouté Oskar Johnsen Rydh (batterie). Leur musique peut être apparentée à de la pop alternative nordique aux mélodies éthérées. Les influences revendiquées et ressenties sont des artistes connus tels que Pink Floyd, Tool, Mastodon, Radiohead, TesseracT, Wardruna, Gåte, IRAH et Sigur Rós, mais aussi des chanteuses folkloriques de Norvège, de Suède, d'Islande, des îles Féroé et du Danemark, expérimentant des techniques vocales du monde entier (y compris les cris de vache norvégiens comme le kauking, et les styles vocaux traditionnels mongols, arabes et indiens).

Un premier mini album, "Beneath The Breaking Waves" est paru le 27 mars 2017. Il y a trois ans, leur reprise de "Helvegen" (de Wardruna, donc) a été vue plus de quatre millions de fois sur YouTube ; cet intérêt leur a permis de signer avec le label By Norse Music.

Ils ont été remarqués dans nos contrées notamment en étant invités sur la tournée de WARDRUNA en mars 2022.

Leur premier album "The Line" est ainsi paru le 23 octobre 2020.

KALANDRA dispose d'un bel et vaste espace de scène, d'une très bonne sonorisation et d'un éclairage très correct. Ils ont ainsi bénéficié d'excellentes conditions pendant trente minutes pour séduire l'auditoire.

Instantanément c'est bien sûr la voix cristalline et envoutante de la très séduisante Katrine Ødegård Stenbekk qui attire l'oreille du mélomane. J'apprécie cette recherche mélodique aussi dans l'usage de sonorités traditionnelles et étranges. Leur prestation aurait pu emporter totalement mon enthousiasme sans l'apport que j'estime excessif de bandes préenregistrées. La Belle disposait bien d'un petit clavier ; mais elle ne s'en servait que pour des commandes qu'elle actionnait à sa volonté, selon les séquences désirées. On m'explique qu'elle peut aussi jouer des touches, parfois ... Au risque de paraitre intransigeant, je persiste à considérer que je paie un concert pour voir des artistes musiciens jouer d'un instrument ; pas pour assister à un usage de substituts. Pour écouter des enregistrements j'aime autant rester dans mon salon, sur mon canapé en sirotant une bonne bière.

Le public le moins exigeant ovationne bruyamment la prestation ; les autres comme moi applaudissent poliment avec un peu de frustration. Avec juste un pupitre clavier synthétiseur supplémentaire, cette prestation me séduisait sans retenue.

Leur concert m'a cependant assez intrigué pour conserver une impression plutôt positive. Une musique franchement originale et agréable à écouter.

Cette trop petite demi-heure Parmi sept titres, six sont issus de "The Line". Apparemment, nous avons eu droit à un inédit.

PROGRAMME
Borders (The Line, 2020)
Slow Motion (The Line, 2020)
Naive (The Line, 2020)
Virkelighetens Etterklang (The Line, 2020)
(à determiner) (nouvelle chanson, 2023)
Ensom (The Line, 2020)
Brave New World (The Line, 2020).


MONUMENTS [19h50-20h30].
https://www.thisismonuments.co/

A l'instar du groupe précédent, faute de connaitre ce groupe, je glane des informations sur la Toile, notamment au site Rockmeeting, pour connaitre quelques éléments biographiques. MONUMENTS est un groupe de metal britannique, originaire de Milton Keynes, en Angleterre. Il est formé en 2007 par les deux guitaristes John Browne (ex-Fellsilent) et Josh Travis (ex-The Tony Danza Tapdance Extravaganza). Le groupe joue alors sous le nom de Elements. En 2010, le groupe publie son premier EP intitulé We Are the Foundation.

Faisant suite à l'album "Phronesis" paru en 2018, le quatrième album "In Stasis" est paru le 15 avril 2022. C'est le premier album de MONUMENTS avec le chanteur Andy Cizek.

L'ensemble semble s'être stabilisé autour de John Browne (guitare, depuis 2007), avec Adam Swan (basse, depuis 2010), Andy Cizek (chant, depuis 2019), Mike Malyan (batterie, depuis 2019).

MONUMENTS prétend s'imposer comme un groupe "repoussant les limites du metal technique (? Ah parce que le metal peut être "technique" ! Heureusement, que cela est précisé je l'ignorais encore -je blague hein !-) pour les années à venir". Ambitieux programme, dites-moi ! …

En fond de scène, s'affiche l'impressionnant logotype du groupe. On s'attend à du lourd. Je me protège les oreilles, on ne sait jamais !

Pour ma part, je n'aurai pas été convaincu de cette prétention à l'issue de leur désespérante et très bruyante prestation, c'est un doux euphémisme ! Pourtant, l'espace scénique, la sonorisation et l'éclairage mis à leur disposition étaient de nature à séduire mes veilles oreilles de métallo endurci. Mais que nenni !

Je n'aurai retenu que vociférations, hurlements et étranglements divers. Les autres pupitres sont insipides. Pas d'originalité dans le genre ; ils ne me paraissent repousser aucune autre limite que celles de ma tolérance aux bruits inutiles. Bref, je n'ai pas su apprécier, voilà.

Question de génération, probablement ; une bonne part du public en fosse semble enthousiaste. J'en suis ravi pour lui, mais ce sera sans moi ; au suivant !

Durant une quarantaine de minutes, ils auront eu le temps de nous asséner huit titres, dont cinq issus de "In Stasis", un de "Gnosis", un de "Phronesis",  un de "The Amanuensis".

PROGRAMME
I, the Creator (The Amanuensis, 2014)
Opiate (In Stasis, 2022)
Leviathan (Phronesis, 2018)
Empty Vessels Make the Most Noise (Gnosis, 2012)
Cardinal Red (In Stasis, 2022)
False Providence (In Stasis, 2022)
Lavos (In Stasis, 2022)
The Cimmerian (In Stasis, 2022).


LEPROUS [21h-22h35]
https://www.leprous.net/

Ce groupe norvégien, de métal progressif originaire de Notodden, a été fondé en 2001 par Einar Solberg (chant, claviers depuis 2001) et Tor Oddmund Suhrke (guitares, chœurs depuis 2001). Ils demeurent à ce jour entourés de Baard Kolstad (batterie depuis 2014), Simen Børven (basse, chœurs depuis 2015), et Robin Ognedal (guitares, chœurs depuis 2017). Sur cette tournée Raphael Weinroth-Browne (violoncelle) est de nouveau présent ; à l'occasion du Midsummer il n'avait pas pu venir malheureusement.

Le groupe s'est consolidé courant 2008 alors qu'ils enregistraient leur album, "Tall Poppy Syndrome", paru le 5 mai 2009. Ils ont commencé à tourner en tant qu'invité de d'Ihsahn (le beau-frère de Solberg), qui, à son tour, a participé à plusieurs albums de LEPROUS en tant que chanteur invité ou producteur. C'est d'ailleurs à cette époque que j'entends parler d'eux avec insistance, sur les réseaux sociaux.  Dès les premières écoutes, je fus séduit !!! Le coup fatal, je l'ai reçu en assistant à leur concert du mercredi 3 novembre 2010 à l'Elysée Montmartre, alors qu'il était invité par THERION. Je fus subjugué par leur prestation phénoménale ; détail esthétique, c'est l'époque ou Einar était encore chevelu de dreadlocks et vêtu baroque, la clâââsse quoi ! A partir de ce moment, je ne manquerai plus une occasion de me déplacer pour les voir ; que ce fut à Paris, Barcelone, Raismes, Savigny, ou Valkenburg ! Je ne suis pas encore allé les voir jouer chez eux en Norvège, mais je n'en attends que l'occasion !

C'est avec leur album "Bilateral", très acclamé en 2011, que leur notoriété s'accroit. Mon admiration s'accentue encore lorsque LEPROUS expérimente de nouvelles sonorités avec le somptueux album "Pitfalls" paru le 25 octobre 2019.

Comme son nom l'indique, l'Aphelion European tour 2023 a vocation à promouvoir leur septième album "Aphelion" paru le 27 aout 2021. Sa promotion avait été reportée à la faveur d'une tournée du 20ème anniversaire ; dans la mesure où les deux se suivent mais ne s'annulent pas, qui s'en plaindrait ?

Que les âmes sensibles ne s'offusquent pas des lignes qui suivent : mes propos peuvent sembler dithyrambiques aux profanes ou à ceux qui n'ont pas vécu l'expérience. Mais ils me semblent cependant à la juste mesure de ce que nous avons vécu ce soir.

Dans cet écrin à l'acoustique absolument parfaite, la sonorisation était à la hauteur de l'événement. Je n'ai même pas ressenti le besoin de protéger mes oreilles. La puissance sonore fut juste excellemment dosée, laissant les pupitres s'exprimer de façon audible et opportune. Ajoutons à cela un dispositif d'éclairage saisissant et somptueux.

Comment relater la prestation de LEPROUS sans s'émerveiller d'abord de la qualité du timbre exceptionnel de la voix d'Einar. A la fois puissant, juste et émouvant, ce timbre développe en outre une tessiture impressionnante. Il a acquis une maitrise de ses cordes vocales qui expriment avec émotion toute les nuances de sa sensibilité. Combien sommes-nous à nous être hasardé à l'imiter (à risques et périls) dans notre salle de bain (le ridicule ne tue pas, parait-il !) ? Moi, je le confesse volontiers ; cela me permet toujours de mesurer ce qui me sépare du personnage.

Quant aux complices, coupables d'incitation à l'ivresse en public, ils valent autant de louanges, par leur capacité à distiller les notes avec une précision chirurgicale, cadencées par les rythmes fous et implacables d'un batteur à la frappe originale et énergique. J'adore ces rythmes syncopés qui signent une des particularités de la musique de LEPROUS. Ceux-ci sont encore alourdis par les accords de basse profonds et aiguisés d'autant plus perceptible que (je me répète, mais bon…) la sonorisation est parfaitement équilibrée. Autre talent de ces artistes ; leur omnipotence. Ils sont guitaristes, claviéristes et échangent tous leurs compétences au gré des mesures et des atmosphères requises. Ils n'abusent pas de bandes préenregistrées ; ils ont le potentiel pour assumer toutes les portées les plus denses.

Et que dire encore sur la présence du violoncelliste canadien Raphael Weinroth-Browne !? Rappelons qu'il participe désormais à la plupart des activités du groupe ; son intégration ne dépendrait que de son attachement géographique, ce qui est compréhensible. En tous cas ce soir encore, sa prestation est à mes oreilles aussi essentielles que celle du bassiste. Le son de ses cordes est incomparable avec celui d'un synthétiseur ; nos sens vibrent à chaque mouvement de l'archet ou chacun des pizzicati ! On comprend la nuance entre les deux instruments notamment lors du dantesque titre "The Sky Is Red" qui débute au synthé et finit au violoncelle. Son violoncelle accompagne quasiment tous les titres, il en introduit deux ; "Out of Here" et "Below". Mais, à l'instar des cinq autres musiciens, Raphaël n'hésite pas à poser son instrument pour prêter main forte aux claviers.

L'ensemble de ces talents individuels produit un sentiment de puissance maitrisée et de cohésion. Ces redoutables Vikings ont une nouvelle fois remporté une belle victoire ; leur Musique a contribué à détourner nos esprit des problèmes qui nous préoccupent tous au quotidien. Einar n'a cependant pas manqué de dédier un de leurs titres, "Castaway Angels", aux valeureux combattants ukrainiens. 

Le public, quel que soit son âge et son statut, est aux anges. L'ovation debout est bruyante, exaltée et longue ; personne ne veut quitter son siège. A l'issue de quatre-vingt-quinze minutes de bonheur pur, tout le monde en redemande. A la sortie, des couloirs au trottoir, tous les commentaires convergent, quel que soit le positionnement de l'auditeur, l'Expérience restera dans les mémoires !

Sans aucune prétention, j'ai envie d'adapter la définition encyclopédique à mon compte : Ce n'était pas l'aphélie mais plutôt le périhélie ; nous étions aujourd'hui à l'opposé de ce point de l'orbite où la distance de nos corps au Soleil est maximale.

Parmi quatorze titres, six sont issus de "Aphelion", trois de "Pitfalls", deux de "Malina", deux de "The Congregation", et un de "Coal". Nous sommes loin de l'exhaustivité du programme de leur tournée du 20ème anniversaire ; la période ici évoquée porte davantage sur la dernière décennie. Mais je ne m'en plaindrai pas car les six plages dédiées aux deux derniers opus me semblent indispensables. Le programme diffère tous les jours (au regard des publications sur setlist.fm) ; du coup on peut se réjouir par exemple d'avoir eu droit à "Alleviate" quand d'autres villes ont eu la chance de "Distant Bells". On ne peut pas tout avoir hein …

PROGRAMME
Have You Ever? (Aphelion, 2021)
The Price (The Congregation, 2015)
Illuminate (Malina, 2017)
Running Low (Aphelion, 2021)
On Hold (Aphelion, 2021)
Castaway Angels (Aphelion, 2021)
From the Flame (Malina, 2017)
Alleviate (Pitfalls, 2019)
Out of Here (intro au violoncelle) (Aphelion, 2021)
Slave (The Congregation, 2015)
The Cloak (Coal, 2013)
Below (intro au violoncelle) (Pitfalls, 2019)
Nighttime Disguise (Aphelion, 2021).
RAPPEL :
The Sky Is Red (Pitfalls, 2019).

Un concert d'une telle intensité ne pouvait pas rester sans souvenir matériel. Je ne peux que me ranger dans la file d'attente pour l'échoppe et me procurer trois exemplaires du t-shirt de la tournée ; un pour moi et mes deux fils, qui sont aussi ravis que moi ! A 30€ l'unité, ça pique un peu, mais quand on aime …








samedi 11 février 2023

KLONE - THE OLD DEAD TREE – PATRÓN / Le Trabendo (Paris 19) – samedi 11 Février 2023 - 19h.

 

Le contexte de ce concert n'était pourtant pas propice à notre déplacement.

En effet, dès le 9 aout 2022, nous avions réservé nos entrées pour le concert de LEPROUS prévu ce dimanche 12 février à la salle Pleyel, soit le lendemain du présent concert. Et de surcroît, un autre groupe qui nous est cher, les DROPKICKS MURPHYS ont ajouté à notre frustration en s'inscrivant pour deux concerts les 10 et 11 février ! L'arbitrage était trop pénible ; j'avais finalement décidé de me concentrer sur LEPROUS. Ma sagesse légendaire (…) me rappelait que j'avais déjà eu l'occasion de faire deux fois la fête avec les irlando-américains, et trois fois avec les poitevins.

Mais c'était sans compter ma p'tite Fée, dont l'expérience prouve qu'elle n'a pas précisément vocation à calmer mes (h)ardeur ! Pourtant autant attachée que moi aux festivités celtes, elle assuma à contrecœur le choix pénible mais nécessaire ; nous irons donc voir les poitevins !

C'est ainsi qu'en dépit d'une journée d'action sociale mettant en péril notre parcours, (13 km/51 mn) nous risquons l'Aventure avec les transports en commun. En fait, tout roule et nous parvenons sans difficulté avant 19h pour l'ouverture des portes du Trabendo, où je n'étais plus revenu depuis le 16 septembre 2020, à l'occasion du concert de POGO CAR CRASH CONTROL (qui s'était tenu à l'extérieur de la salle, en pleine Pandémie, rappelons-le). Etant dans la file d'attente, je remarque une petite nouveauté (en tous cas je ne l'avais pas remarqué jusqu'à présent) : un panneau affiche les groupes du jour, sur un fond blanc lumineux. 

Nous nous plaçons sans aucune difficulté en second rang au bord de la scène, derrière Christiane une de nos photographes favoris, avec ma p'tite Fée et mon fils aîné. Nous persistons ainsi à risquer des conditions acoustiques pas vraiment idéales mais bon…

PATRÓN [19h30-20h]
https://patronofficial.bandcamp.com/releases


En première partie de soirée, on nous annonçait deux groupes ; si je connais THE OLD DEAD TREE, en revanche je n'avais pas encore entendu parler de PATRÓN. Il m'a semblé percevoir dans l'assemblée que certains avaient manifestement déjà été sensibilisés au phénomène. L'ambiance s'en est d'autant plus vite enflammée !

Intrigué par cette prestation qui se sera avérée plus que convaincante, j’apprends que PATRÓN est le projet parallèle de Suave Chavez, alias "Lo Patrón", meneur du groupe de rock stoner LOADING DATA, depuis 1999. J'ignore dans quelle mesure Lo a conservé tout ou partie de ses complices de studio ; mais en tous cas c'est un quatuor qui s'est présenté à nous ce soir. Je ne suis pas en mesure, au moment où j'écris ces lignes, de prétendre énoncer les noms des complices…

Ce qui frappe d'emblée l'auditeur, c'est le timbre de la voix baryton, chaude et profonde qui de toute évidence ne laisse pas la gente féminine indifférente ! Cette particularité vocale est de surcroit soutenue par une sonorisation excellente, entretenant une ambiance rappelant celle des années cinquante. Le rock est entêtant, bondissant, chaloupant et entrainant à souhait. Reposant sur une ligne rythmique imparable, les accords des deux guitaristes font jaillir des sonorités rappelant alternativement celles des années 50, 80 ou 90.

Sans doute moins sensible au charme masculin que certaines autour de moi (…), il n'en demeure pas moins que ce rock à la fois hypnotique accrocheur, dansants, aux mélodies entêtantes, ne m'a pas laissé insensible.

La réaction du public est très positive, le courant est passé. Sur scène comme en fosse, tout le monde en redemanderait volontiers.

L'album éponyme, humblement intitulé "Patrón", contenant onze pistes, est paru le 29 mai 2020, sous le label: Klonosphere. Il semble avoir été bien accueilli par les media spécialisés.

Je n'ai pas tenté de contrarier la volonté de ma Belle qui prétendait aller acheter le disque à l'échoppe, même si en fait je n'étais pas dupe ; il s'agissait (aussi) d'approcher la Bête de scène. Il faut bien que je lâche un peu de lest de temps en temps.

Les cinq titres interprétés ce soir ont légitiment vocation à promouvoir son album ……….

PROGRAMME
Room with a view (Patrón, 2020)
Jump in a fire (Patrón, 2020)
Who do you dance for (Patrón, 2020)
Very bad boy (Patrón, 2020)
Next stop (Patrón, 2020).


THE OLD DEAD TREE [20h20-21h00].
https://theolddeadtree.bandcamp.com/

Lorsque j'ai découvert et apprécié TODT le samedi 21 juin 2008, à Clisson (44), l'occasion de leur prestation du Hellfest, le groupe avait déjà une longue et mouvementée histoire derrière lui. Il assurait alors la promotion de "The Water Fields" paru le lundi 17 septembre 2007. L'album m'avait autant séduit que leur concert. Cependant leur collectif ne fut hélas pas assez solide pour poursuivre sereinement leur carrière ensemble. Difficile de trouver une biographie de ce groupe au parcours chaotique relativement fantomatique… D'ailleurs, notons pour l'anecdote que leur label est "Season of Mist" (La saison des brumes) ; cela ne s'invente pas !...

Toutefois, sur le site Metalorgie je lis notamment : "The Old Dead Tree est un groupe fondé le 18 février 1997 à Paris. La composition initiale comprend Frédéric Guillemot à la batterie, Vincent Danhier à la basse, Manuel Munoz à la guitare et au chant, puis Nicolas Chevrollier à la guitare. Frédéric se suicide le 2 août 1999, et est remplacé par Franck Métayer. Leur premier album, "The Nameless Disease", parait en 2003, dans lequel tous les morceaux sont dédiés à Frédéric. Puis Franck quitte le groupe en 2004, remplacé par Foued Moukid. Leur second album, "The Perpetual Motion", sort en 2005 et étend encore le spectre musical du groupe. Nicolas quitte le groupe en 2006 pour se consacrer à sa vie privée alors remplacé par Gilles Moinet. Le groupe pose une dernière brique discographique en 2007 avec "The Water Fields", mais Foued part peu de temps après s'occuper de son autre projet Arkan. Raphaël Antheaume reprend le poste de batteur, mais le groupe se dissout fin 2009 à cause de tensions internes notamment sur l'orientation musicale d'un quatrième album qui ne verra jamais le jour. Début 2013, The Old Dead Tree se réunit afin de fêter les dix ans de "The Nameless Disease" avec notamment un passage au Hellfest 2013".

Pas de chance, décidément, c'est peu avant la Pandémie qu'un digipak est paru le 6 décembre 2019. Il contient un CD avec 5 titres inédits "The End" et un DVD "The Final Curtain" montrant un documentaire sur la carrière de THE OLD DEAD TREE du début à la fin, limité à 1 000 exemplaires dans le monde. Ces cinq titres furent composés en 2008 lors des sessions d'écriture du 4ème album, et un fut en partie composé en 1999, peu avant la mort du batteur Frédéric Guillemot.

TODT est actuellement dans une série de concerts étalés entre 2022 et 2023. Depuis le 15 décembre 2022, The Old Dead Tree est annoncé à l'édition 2023 du Hellfest.

Une histoire sans fin ?

Le groupe semble être actuellement composé de Manuel Munoz (chant et guitares), Gilles Moinet (guitare), et Raphael Antheaume (batterie). Les autres sont probablement Vincent Danhier (basse), et Nicolas Cornolo (guitariste ex-Dustbowl).

L'organisation impeccable pour la soirée nous laisse peu de répit ; la nouvelle mise en scène à peine installée les franciliens entrent en scène dans une ambiance gothique. Pour accentuer leur singularité, les supports de micro et des pieds de lampes étaient constitués de branchages. Malheureusement, très rapidement l'auditeur peine à distinguer les pupitres ; dans les premiers rangs en tout cas, la sonorisation ne nous semble pas équilibrée. Un surplus de basse rendait le reste peu perceptible. Les chasseurs d'images ne sont pas davantage à la fête avec un éclairage particulièrement minimaliste.

Cela étant, le quintuor montre un certain talent pour exprimer leurs ambiances à la fois mélodiques, lourdes et puissantes. Je reste peu sensible aux voix hurlées et gutturales mais cependant je suis assez ouvert d'esprit pour apprécier l'ensemble. Je ne retrouve pas mon enthousiasme ressenti en 2008, sans doute en raison de sono médiocre, mais cependant je perçois dans la qualité des compositions de bonnes raisons pour le groupe de continuer leur carrière malgré tout. Des belles alternances d'atmosphères ont entretenu mon attention bienveillante. J'ai apprécié tout particulièrement les séquences en mode acoustique, qui m'ont semblé mettre tout particulièrement en évidence leur potentiel. En particulier celui du chanteur dont le timbre m'a paru autrement plus convaincant qu'en mode "vociféraptor".

La prestation a cependant convaincu une bonne part de l'auditoire qui leur accorde une ovation méritée. Le groupe donne rendez-vous à ses admirateurs au Hellfest festival, où ils sont prévus sous le chapiteau Temple le dimanche 18 juin 2023.

Parmi dix titres, quatre sont issus de "The Perpetual Motion", trois de "The Nameless Disease", deux de "The End", et un de "The Water Fields".

PROGRAMME
Sorry (The End, 2015)
Out of Breath (The Perpetual Motion, 2005)
Regarding Kate (The Water Fields, 2007)
Unrelenting (The Perpetual Motion, 2005)
What Else Could We've Said? (The Perpetual Motion, 2005)
The End... Again (The End, 2015)
Even If (The Perpetual Motion, 2005)
We Cry as One (The Nameless Disease, 2003)
It Can't Be! (The Nameless Disease, 2003)
The Bathroom Monologue (The Nameless Disease, 2003).

 

KLONE [21h25-22h40]
https://www.klonosphere.com/

Mon histoire avec KLONE avait mal débuté ! Je les ai découverts sur la scène du Divan du Monde alors qu'ils étaient invités par ORPHANED LAND, le jeudi 7 novembre 2013 ; or, je n'avais pas apprécié … mais alors pas du tout. Surtout rebuté par la voix du chanteur qui, à l'époque, s'exprimait davantage dans un registre trop guttural, et en anglais de surcroit !! Il aurait été hors de question que je me déplace pour les revoir.

Oui, mais voilà, les circonstances en ont décidé autrement. Alors que depuis un certain temps, je lisais ici et là que KLONE aurait évolué, il se trouve que LEPROUS les invita sur la scène de l'Empreinte, le mardi 25 février 2020. Et là, ce fut une autre démonstration ! Leur promotion de l'album "Le Grand Voyage" sorti le 20 septembre 2019 via Kscope, les montrait sous un jour autrement plus intéressant ! Leur prestation lors du festival Midsummer le 25 juin 2022, nous a encore un peu plus séduits.

Les voilà sur une tournée qui a démarré le 28 janvier 2023 prévue jusqu'au 15 avril, avant sans doute quelques festivals d'été ; aujourd'hui, ils sont en tête d'affiche.

Pour rappel, KLONE est un groupe français, mais anglophone, originaire de Poitiers dans le département de la Vienne. Le groupe est initialement formé en 1995 sous le nom de SOWAT. En 1999, SOWAT se renomme KLONE. Leur style me semble plus proche de PARADISE LOST que de Genesis, ce qui autorise leur classement dans le metal gothique, même s'ils évoluent souvent sur les scènes de rock progressif.

Le quintuor sur la scène est actuellement composé de Guillaume Bernard (guitare, depuis 1995), Yann Ligner (chant, depuis 2004), Morgan Berthet (batterie, d'abord en alternance puis officiellement intégré depuis début 2022), Aldrick Guadagnino (guitare, depuis 2012). Enzo Alfano (basse, depuis 2020).

Leur septième album, "Meanwhile", parait ce 10 février 2023. Maintenant que je le découvre a posteriori, il me séduit, mais me semble un zeste en dessous du précédent qui, il est vrai était juste excellent. Il était difficile de faire mieux, sauf peut-être à chanter en français. Mais ce nouvel opus, que je ne manquerai pas de réécouter, n'en demeure pas moins une confirmation et un nouveau tremplin.

Je loue souvent le Trabendo pour ses qualités acoustiques, mais c'est sans compter sur les compétences des ingénieurs du son qui y officient. Une fois n'est pas coutume, l'écrin n'aura pas suffi ; la sonorisation nous a paru mal équilibrée, accordant bien trop de puissance aux sons de basse/batterie. La voix et les guitares restaient cependant perceptibles, mais moins qu'à l'occasion de leur prestation du Midsummer festival, par exemple. En outre, l'éclairage m'a semblé médiocre et sombre ; le peu de lumière était le plus souvent dirigé pour éblouir le public et donc les objectifs de chasseurs d'images.


Mais cependant, les musiciens disposent désormais d'une maitrise qui leur permet de convaincre leur auditoire en dépit de cet effet pénalisant. C'est d'ailleurs avec un titre du nouvel opus que KLONE débute le concert, dont le reste du programme ne manquera pas de mettre nos nuques, jambes et hanches à rudes épreuves.

L'ambiance est chaude, le public acclame le quintuor, même si ce dernier gagnerait encore en communiquant davantage avec son public. A mon sens, les textes anglophones constituent un écueil ; il me semble donc que Yann (notamment) serait bien inspiré de parler en français (au moins) avec son public français. Faute de quoi je n'ai pas ressenti réellement d'interaction. Il ne s'agit pas de réclamer des bavardages inutiles, mais simplement de construire une complicité d'un soir.

Cela étant, j'apprécie suffisamment leur musique pour ne pas dépendre de ce trait de caractère et prendre plaisir à les écouter. Les titres choisis pour nous étourdir permettent astucieusement d'alterner les atmosphères. Tantôt gothiques avec notamment "Rocket Smoke" ou encore "Sealed", rappelant les plus belles portées de PARADISE LOST. Tantôt puissamment lourdes avec notamment "Night and Day" rappelant celles de BLACK SABATH. Tantôt chaloupées et doucement mélodiques avec notamment "Gone Up in Flames" rappelant celles de POLICE (eh oui !). Leur capacité d'enivrement est telle qu'ils m'ont fait oublier mon propre potentiel ; mon sac à poussière n'a plus la résistance d'antan et je confesse avoir perdu mon équilibre dans la fosse, comme un vieil ivrogne. Ma vanité de vieux métallo en a pris un coup, mais ce fut vite oublié dans la fièvre collective. Désormais, je devrai apprendre à calmer mes (h)ardeurs au l'aube de ma sixième décennie !

Le titre "Yonder" qui avait débuté leur prestation au Midsummer en juin dernier, est ici interprété en clôture.

Un peu frustré, je considère que leur répertoire aurait pu justifier un concert plus long (soixante-quinze minutes seulement) ; mais ils nous ont emmenés cependant dans une rétrospective ciblant la période de 2012 à  nos jours.

Parmi les treize titres interprétés ce soir, quatre sont issus de "Meanwhile" (2023), quatre de "Le grand voyage" (2019), trois de "Here Comes the Sun" (2015), un de "The Dreamer's Hideaway" (2012), et un de "Black Days" (2010).

PROGRAMME
Elusive (Meanwhile, 2023)
Rocket Smoke (The Dreamer's Hideaway, 2012)
Night and Day (Meanwhile, 2023)
Sealed (Le grand voyage, 2019)
Keystone (Le grand voyage, 2019)
Gone Up in Flames (Here Comes the Sun, 2015)
Within Reach (Meanwhile, 2023)
Bystander (Meanwhile, 2023)
Immersion (Here Comes the Sun, 2015)
Army of Me (Black Days, 2010) (reprise de Björk)
Nebulous (Here Comes the Sun, 2015)
Silver Gate (Le grand voyage, 2019).
RAPPEL :
Yonder (Le grand voyage, 2019).

©Nidhal Marzouk Pro

Je patiente volontiers à l'échoppe encombrée d'admirateurs, pour obtenir l'album paru hier. Guillaume se charge lui-même de me le servir. Nous ne tardons pas dans les parages que déjà se dessine une autre aventure musicale le lendemain…

samedi 28 janvier 2023

GALAAD + SYNAPSE – La Camillienne (Paris 12) – samedi 28 janvier 2023.

Il y a trois semaines, vous nous auriez demandé, à moi et ma p'tite Fée, où nous serions ce 28 janvier, nous aurions bien été incapables de prétendre être présents à cette soirée. GALAAD est certes un groupe dont le nom était cité parfois dans les discussions, mais pas suffisamment pour me convaincre d'y prêter davantage d'attention. Il faisait partie des nombreux artistes dont on remet l'étude aux calendes grecques, fautes de temps. Cependant, lors de la soirée Ennéades & Friends ce 14 janvier, des Helvètes bienveillants nous ont chaudement conseillé de nous pencher sur l'affaire, à l'occasion de cette proche prestation parisienne.

Pendant l'apéritif à quelques heures dudit rendez-vous, après moult hésitations et écoutes sur les sites appropriés, nous avons fini par nous procurer nos Sésames, mettant ainsi fin à une trop longue procrastination ! Nous ne l'avons pas regretté.

LE SITE
https://www.lacamillienne.fr/reserver-une-salle/

Outre l'aspect "découverte musicale", pour ces deux groupes que nous ne connaissions pas encore, nous étions curieux aussi de découvrir par la même occasion cette salle de spectacle, proche de chez nous (enfin dans le Sud parisien !!), qui a la bonne idée d'ouvrir ses portes à notre passion musicale !!

La consultation de son historique nous apprend que La Camillienne fut d’abord un patronage. En 1894, l'Abbé Delamaire, Curé de Bercy, décide de créer une Maison afin d'y accueillir les jeunes gens de la Paroisse de Bercy pour y faire des activités. Après la guerre La Camillienne se constitue en association. Le théâtre de La Camillienne s'est mis, petit à petit, à disposition de spectacles, de conférences, de concerts, jusqu'à ce jour béni de prog ! Notons qu'il est équipé d'un écran rétractable et d'un rétroprojecteur, le théâtre peut servir de salle de projections, mais nos artistes n'ont pas opté pour cette option.

Située au sous-sol, la salle offre une capacité de 170 places. Dans la journée, nous apprenions que le taux de réservations s'élevait à 70% pour ce soir.

Après vingt-cinq minutes de transports en commun (quel bonheur cette proximité, pour une fois !) Nous nous présentons peu avant l'ouverture des portes prévue à 19h, et nous avons le plaisir d'y retrouver une part de notre microcosme de mélomanes passionnés. Le lieu est insignifiant de l'extérieur ; une simple porte métallique à deux battants. Une fois dans la cour intérieure, l'espace associatif me rappelle des souvenirs d'enfance. Après une petite attente, nous descendons nous placer très tranquillement dans la fosse, aux abords de la scène.

LE CONCERT

SYNAPSE [19:55-20:45].
https://synapsefrance.bandcamp.com/
https://linktr.ee/Synapse.band

Avant ce plongeon dans l'inconnu, j'ai ressenti le besoin de prospecter afin d'assouplir mes outils réceptifs. La consultation de la biographie du groupe d'ouverture et la lecture des entretiens m'apprend ainsi que SYNAPSE est un groupe de rock progressif, parisien mais anglophone, fondé par d'Alex Sacleux (guitariste) et Carlos Bardonnet (batterie) en avril 2016. Sacha Le Roy (bassiste) les a vite rejoints. Le poste de chant fut compliqué à stabiliser mais finalement c'est Thomas Valentin qui les rejoints en 2019 ; peu avant la parution de leur mini-album "Impulse" paru le 16 septembre 2019, à ce jour épuisé (l'album, pas Thomas !). Thomas et Sacha continuent cependant leurs autres projets en parallèle.

Le groupe, comme souvent, a débuté en tant que groupe de reprises. A l'écoute de leur musique, je perçois des influences qui me séduisent telles que Dream Theater ou Haken. Les autres influences affichées (du Yes, du Genesis, du jazz) me conviennent aussi a priori. Je lis que les compositions se veulent une "invitation au voyage rock/prog aux sonorités résolument métal entremêlées de refrain mélodiques" et de passages instrumentaux intenses, "avec un soupçon de couleurs jazz", voire un soupçon de salsa (notable sur "Brand New Sky"). Bandcamp et Youtube contribuent à allumer une petite veilleuse en moi.

Le deuxième album "Singularities" est paru le 18 novembre 2021, enregistré au studio Axone et produit par Pierre Danel, du groupe Kadinja.

Voilà, les présentations étant faites, il me restait à évaluer leur potentiel de séduction sur scène.

La scène sans décor offre un espace suffisant et correctement éclairé.

La sonorisation me semble ma foi correcte, même si certains autres auditeurs auraient préférer minorer la part du bassiste ; ce qui n'est pas mon cas, car la mise en valeur du talent de Sacha m'a paru justifiée. Il n'était pas là pour nous assourdir de banals ostinatos ; ses accords, son doigté et sa sensibilité ont eu le don de souvent fixer mon attention sur sa partition. Certes, le son de la guitare d'Alex fut peut-être un peu moins perceptible, mais sans toutefois le léser. A mon sens, les interventions des deux pupitres à cordes m'ont paru remarquables par leurs virtuosités et leur sensibilité. Ces deux performances ont à elles seules finalement emporté mon enthousiasme. Par ailleurs, la batterie et son titulaire ont su marquer les rythmes avec efficacité sans compromettre la perception du reste.

Toutefois, cette quête d'équilibre du son des pupitres m'a semblé pénaliser un peu plus le chanteur… à moins que ce ne fût son propre timbre. Thomas raconte qu'à la base son chant s'est formé aux sonorités "surtout punk et death métal", avant que ses nouveaux complices "l'initie au prog". Personnellement, ce parcours me gêne moins que l'option du groupe pour un chant anglophone ; je rappelle que sur mon blog je ne manque jamais de revendiquer mon militantisme pour la francophonie dans le rock. Il parait que les textes de SYNAPSE causent de "la place de l’individu dans la société et l’influence de la société sur l’individu". Soit, je n'irai pas vérifier. A mon humble avis, ce choix linguistique leur ôte une chance de se distinguer davantage de la concurrence. Néanmoins, à l'invitation valeureuse de Thomas, il m'a bien fallu me plier à la majorité pour yaourter quelques mots comme "sunlight" et "sunrise", pendant "3000".

Mais fort heureusement, tout le monde n'est pas aussi obtus que moi sur l'aspect linguistique et la réaction du public est franchement positive ; SYNAPSE quitte la scène avec une belle et méritée ovation !

Ce concert nous a permis de découvrir un groupe qui me parait prometteur. Nous étions nombreux en fosse à méconnaitre ces parisiens. Comme d'habitude, chacun a évalué la prestation à l'aune de sa propre sensibilité mais en ce qui me concerne, celle-ci m'a suffisamment convaincu pour me procurer leur opus que j'ai pu leur faire dédicacer.

Parmi les sept titres, cinq sont issus de leur nouvel album, un de leur premier essai et un morceau encore inédit.

PROGRAMME
Lost by design (Singularities, 2021)
Rage (Singularities, 2021)
The Stream (Impulse, 2021)
Brand New Sky (Singularities, 2021)
Lies (morceau inédit)
3000 (Singularities, 2021)
It’s Only Cries (Singularities, 2021).


GALAAD [21:10-22:45]
F https://www.galaad-music.ch/

Ainsi donc m'est-il permit enfin de faire connaissance avec ces braves Helvètes, trente-cinq années après leur création, mieux vaut tard que jamais, hein ! Car GALAAD a été fondé en 1988 à Moutier, dans le Jura suisse. Deux albums avaient pourtant montré un début prometteur ; "Premier Février" paru en 1992 et surtout "Vae Victis" paru en 1996. Mais, à ma décharge, leur collaboration s'était alors éteinte…

Comme le relate leur biographie officielle, "Sorti d'un coma de vingt ans et d'une mort donnée pour sûre, Galaad a repris vie en 2016". Pour que cette résurrection s'opère, il fallait de bons ingrédients de base ;"c’est d’abord une histoire de potes d'enfance transformée en aventure musicale et humaine. Autodidactes à leur début, les musiciens s'associent autour du désir de jouer leur propre répertoire". Même si leurs influences sont perceptibles, ils parviennent à se distinguer par leur talent créatif mais aussi "le chant en français, poétique et axé sur les sonorités, rock voir metal, pop, tendance fusion".

GALAAD se reforme donc dans sa version originelle, avec Gianni Giardiello (claviers, depuis 1988), Laurent Petermann (batterie, depuis 1988), Pierre-Yves Theurillat (chant, depuis 1988), Sébastien Froidevaux (guitares, chœurs, depuis 1988), Gérard Zuber (basse, 1988-1992, depuis 2016).

Un troisième album "Frat3r" est ainsi paru 15 mai 2019. Il ne faudra attendre que deux années pour voir paraitre un quatrième opus "Paradis Posthumes" le 23 avril 2021. Des chroniques spécialisées sont dithyrambiques sur la qualité de ce retour.

Ces premières impressions lues et écoutées ici et là me placent dans de bonnes dispositions pour aborder ce premier concert. Et je ne serai pas déçu, mais alors pas du tout, bien au contraire très enthousiasmé par un univers qui me semble familier. Notamment par l'influence de Marillion qui me semble évidente à bien des égards, mais pas que. Une musique basée sur un chant francophone exprimé avec conviction et charisme, et sur des atmosphères alternant les rythmes complexes, surplombés par de magnifiques soli de guitare et, de somptueuses nappes de claviers.

Nous retrouvons un espace de scène (toujours dénué de décor) et un bel éclairage, équivalents à la précédente prestation. Avec un clavier en plus, l'espace du bassiste est toutefois un peu plus réduit.

La sonorisation m'a paru très bien équilibrée, laissant exprimer toutes les sensibilités des cordes ; Sébastien n'a pas à rougir de la comparaison avec ses influences, le son et la sensibilité sont là et nous font vibrer ; Gérard sans exubérance nous assure une bas(s)e solide, alors que le manche de son instrument (fret inclinés) en surprend plus d'un. La batterie est subtilement et opportunément présente mais pas assourdissante, ce qui entretien un confort d'écoute appréciable. Aucune protection auditive ne me parait nécessaire.

Encore néophyte, je ne me sens pas encore habilité à détailler leurs prestations individuelles, à commencer par les textes qui a priori me semblent vraiment intéressants. Pierre-Yves m'a semblé vraiment habité par ce qu'il relate, son charisme est saisissant, son regard hypnotisant. J'ai hâte d'étudier ces paroles. Les autres musiciens montrent une belle cohésion, une belle complicité ; les sourires et les regards en disent long ! J'ai particulièrement admiré le jeu de guitare de Sébastien qui, sous son air de faux Rudolf Schenker, nous sort des soli aux sonorités dignes de comparaison avec ceux d'un certain Steve Rothery. La conjugaison du puissant tricot de Gérard et des frappes délicates et chaloupées de Laurent, contribue à balancer les esprits, déjà emportés par les accords magnifiquement synthétisés par Gianni.

Une bonne partie du public était manifestement conquise d'avance, mais l'autre a forcément apporté son renfort pour ovationner bruyamment ! Encore un groupe qui mériterait une bien meilleure notoriété …

Parmi les onze titres, quatre sont issus de "Paradis posthumes" (2021), quatre de "Frat3r" (2019), et trois de "Vae Victis" (1996).

PROGRAMME
Paradis posthumes (Paradis posthumes, 2021)
L'Apocalypse (Paradis posthumes, 2021)
La Machine (Frat3r, 2019)
Le Feu et l'Eau (Vae Victis, 1996)
Kim (Frat3r, 2019)
Stone (Frat3r, 2019)
Jour sidéral (Paradis posthumes, 2021)
La Loi de Brenn (Vae Victis, 1996)
L'instinct, l'instant (Paradis posthumes, 2021)
Merci [pur] (Frat3r, 2019).
RAPPEL :
L'épistolier (Vae Victis, 1996).

Convaincu par cette magnifique prestation, je me procure les deux derniers opus (15€ chaque) et parviens à les faire dédicacer de Pierre-Yves et de Sébastien. Les autres musiciens ayant trop tardé à se montrer, j'ai lâché l'affaire. Ce sera pour la prochaine … bientôt, j'espère !

jeudi 19 janvier 2023

AMAROK - Spirit of 66 (Verviers, Belgique) - jeudi 19 janvier 2023.

 

C'est en 2017 que je remarque l'émotion suscitée par la parution de "Hunt", grâce aux discussions sur les réseaux sociaux. Immédiatement séduit, il me faudra cependant attendre ce 22 aout 2022 pour pouvoir enfin les voir sur une scène française, lors du festival Crescendo. Subjugué par leur prestation et par leur amabilité hors scène, ce concert fut l'un des moments les plus intenses de l'année.

Je craignais attendre une éternité avant de pouvoir revoir AMAROK. Et puis, à l'occasion du concert de Mostly Autumn le 16 décembre au Spirit of 66, nous avons remarqué que les polonais y étaient prévus ce 19 janvier. En dépit des prévisibles intempéries hivernales, et de la date fixée en semaine, nous nous étions engagés à venir. Néanmoins, ces deux écueils semblent avoir été rédhibitoires pour beaucoup, car cette salle de concert d'une capacité de 350 personnes n'en contenait qu'à peine une quarantaine.

Cette faible affluence est bien regrettable, car l'adage s'est de nouveau confirmé ; les absents ont toujours tort. Cette splendide soirée aura marqué nos mémoires ; tant par la qualité du concert, son atmosphère magique, son rarissime confort d'audition (vu l'espace, j'ai pu me déplacer à volonté en conservant mon point fixe au bord de la scène !) que par la disponibilité des artistes en fin de soirée.

BIOGRAPHIE
https://amarokmusic.bandcamp.com/  et https://amarok.pl/

Ces polonais méritent une bien plus grande notoriété ; je me permets de tenter humblement de l'amplifier en rappelant ici leur parcours. AMAROK est actuellement composé de Michał Wojtas (guitares, harmonium, claviers, thérémine), Marta Wojtas (chœur, percussions), Konrad Zieliński (batterie) et Kornel Popławski (basse, claviers, violon).

Michał Wojtas (né le 23 décembre 1977 à Kielce, Pologne) est un multi-instrumentiste qui a commencé au piano, très jeune, vite inspiré par la musique de J. M. JARRE. Il est curieux et s'initie aux guitares, ou aux instruments de percussion ethniques, au sein d'institutions musicales. En 1993, il est influencé par Mike OLDFIELD et PINK FLOYD. Dans les années 1996-97, il coopère avec Bartosz Jackowski, guitariste dont les inspirations lui paraissent similaires, pour des premiers enregistrements encourageants, avant de passer à d'autres participations.

Fasciné par l'album "Amarok" (1990) de Mike OLDFIELD, il fonde à Varsovie, en 1999, avec le guitariste Bartosz Jackowski, son nouveau projet musical qu'il baptise AMAROK et qui aboutira à un premier album éponyme en 2001. Sa musique peut être définie dans le style art-rock / rock progressif.

Entre 2001 et 2004, AMAROK a sorti trois albums. Depuis 2003, la formation s'est transformée en projet solo de Michał. Son parcours initiatique lui a permis de nouvelles inspirations avec notamment Mark KNOPFLER et Jeff BECK, avant de collaborer en studio avec des artistes tels que Colin Bass (Camel), Mariusz Duda (Riverside, Lunatic Soul) entre autres. Au cours de ses prestations, AMAROK a eu l'occasion de jouer sur la même scène que Nick Mason (Pink Floyd), Gazpacho, Bjørn Riis, Riverside et d'autres groupes.

Cependant, ce n'est qu'après une pause de douze années, que le quatrième album d'Amarok, "Hunt", est paru le 23 juin 2017. Les invités spéciaux étaient à nouveau Colin Bass et Mariusz Duda. Marta Wojtas, qui a écrit les paroles, a également rejoint la composition du groupe de façon permanente. C'est avec cet admirable opus, que j'ai acquis dès le 28 aout de la même année, qu'AMAROK me séduit.

En 2019, Michal a collaboré avec le chorégraphe britannique James Wilton ; ce qui a donné lieu au cinquième album "The Storm", paru le 24 mai 2019, pour le spectacle du même nom.

À partir de 2021, AMAROK a élargi la composition du groupe en intégrant deux musiciens supplémentaires Konrad Zielinski et le multi-instrumentiste Kornel Poplawski.

Le sixième album d'AMAROK, "Hero", paru le 15 octobre 2021.

LE CONCERT [20:30-22:27]

L'acoustique de cette salle mythique n'est plus à démontrer, et la sonorisation fut parfaitement maîtrisée ; ce qui aboutit à un concert absolument fantastique. L'espace n'offre pas de grande possibilité d'éclairage ni de mise en scène, mais la luminosité me parut parfaitement adaptée au besoin de la prestation. Mes prises d'images peuvent en témoigner.

Le premier volet de la soirée porte sur la période "Hunt", qui nous permet de retrouver aisément les sensations similaires à celles vécues lors leur concert à Saint-Palais. Michal et Kornel sont de remarquables multi-instrumentistes qui savent faire valoir toutes les harmonies avec virtuosité. Marta, avec une bienveillante attention, garantit l'alternance des atmosphères tantôt subtiles, tantôt dansantes, en complicité avec les frappes délicates ou fracassantes de Konrad

Comme une articulation, le titre "The Storm" précède le second volet qui promeut le dernier opus "Hero", paru déjà depuis dix-huit mois.  

Assister à l'interprétation fidèle de ces merveilleux titres sur scène, constitue un pur régal auditif et visuel. Je ressens peut-être encore davantage cette belle fusion de ses influences de Marc Knopfer pour la guitare, et de Jean-Michel Jarre pour les claviers. L'usage de l'harmonium, du thérémine, et (dans une moindre mesure) des percussions (gong, bâtons de pluie) de Marta et du violon, est assez peu courant pour attirer mon attention  admirative. Pas de bande-son, seulement la pleine exploitation de leurs instruments ; l'échange de pupitres notamment lorsque Kornel se substitue à Michal au clavier en est un bel exemple.

L'effleurement du thérémine par Michal, ou du gong par Marta, ou les accords de violon de Kornel et ceux de Michal à la guitare, les frappes délicatement mesurées de Konrad constituent des sonorités particulièrement délicates qui contribuent à faire chanceler les esprits. Les deux moments que j'attendais le plus n'ont pas manqué de me réjouir au plus haut point ; "Hail ! Hail ! Al" et surtout "The Dark Parade" qui nous entrainent dans un crescendo vers un irrésistible maelström avec une rythmique tribale. Et cependant, je n'ai pas boudé mon plaisir lors de titres plus calmes et atmosphériques, tel que " The Orb" ou encore "What You Sow" durant lequel Marta montre une chorégraphie élégante avec un ruban, histoire d'accentuer encore l'impression onirique. La répartition astucieuse de ces titres nous ont fait oublier que le temps passe ; ces deux heures sont passées bien trop vite !

L'auditoire est évidemment ravi et le fait entendre par une ovation enthousiaste et bruyante, malgré le faible effectif. Les sourires des artistes montrent qu'ils sont heureux d'avoir partagé cette soirée avec nous. Ce que me confirmera Michal à l'échoppe ; peu importe le nombre, pourvu qu'il y ait communion de bonheur.

Leur prestations de ce soir est comparable à celle du Crescendo mais comprend toutefois deux titres supplémentaires "Idyll" et "The Song of All Those Distant". Parmi les quinze titres interprétés ce soir, on aura écouté l'intégrale (les sept) de "Hero", cinq issus de "Hunt", deux de "The Storm" et un de "Metanoia".

PROGRAMME
Anonymous (Hunt, 2017)
Distorted Soul (Hunt, 2017)
Idyll (Hunt, 2017)
Winding Stairs (Hunt, 2017)
Nuke (Hunt, 2017)
The Storm (The Storm, 2019)
It's Not the End (Hero, 2021)
Surreal (Hero, 2021)
Hail! Hail! AI (Hero, 2021)
The Orb (Hero, 2021)
Hero (Hero, 2021)
The Dark Parade (Hero, 2021)
What You Sow (Hero, 2021).
RAPPEL :
The Song of All Those Distant (The Storm, 2019)
Metanoia (Metanoia, 2004).

On se retrouve à leur échoppe pour échanger nos impressions. Je me procure un CD (The Storm) qui me manquait encore et un t-shirt (même s'il n'est pas daté au dos, pour une fois ; je tenais à leur montrer mon soutien !). Les portraits s'imposaient pour se souvenir de cette si belle soirée ! Surtout qu'en leur rappelant l'attente d'une date parisienne, je n'y crois pas trop en réalité…