Peu de groupes enivrent nos sens comme GAZPACHO. Pourtant, je dois honnêtement confesser que cet intérêt a mûri de longues années, avant de céder totalement à son charme. Mais désormais, avec ma P'tite Fée nous sommes prêt à tous les excès (enfin presque !).
POUR MEMOIRE.
GAZPACHO, fondé en 1996 à Oslo,
termine ce soir la promotion de son douzième
album, "Magic 8-Ball"
qui est paru le 31 octobre 2025. Le
trio fondateur maintient une honorable stabilité. Autour de Jan-Henrik Ohme (chant, depuis 1996), Jon-Arne Vilbo (guitares, depuis 1996), et
Thomas Andersen (claviers, depuis
1996), les autres démontrent une honorable fidélité ; Mikael Krømer (violon, guitares, mandoline,
depuis 2001), Kristian Torp (basse,
depuis 2005), ainsi que Robert Johansen
(batterie, de 2004 à 2009, et depuis 2017).
Depuis le 7 février 2026, nous participons au parcours
du sextuor norvégien qui assure la promotion de son récent album "Magic 8-Ball". Notre musico-tourisme nous a ainsi menés aux
Pays-Bas (à deux reprises), en
Belgique et en France. Dans notre grande sagesse, ces quatre prestations nous
ont convaincu d'assister à la dixième et ultime étape de cette tournée européenne. Assister à sa prestation
devant son public, ne pouvait que générer une déraisonnable pulsion. Dans
l'absence totale de mûre réflexion, dès le 2 avril, nous nous sommes engagés avec
d'autant plus d'entrain que le cout du ticket de concert est modique (36,45 €).
Ce soir à Oslo, nous assistons ainsi à notre cinquième concert de cette série
d'évènements itinérants, soit une bonne moitié des dates inscrites au dos de
notre t-shirt. Nous n'en avions pas fait autant pour LAZULI, ni pour Steven
WILSON (et pourtant...) !
Si l'actualité internationale quelque peu agitée (…)
n'est pas étrangère à notre envie d'évasion, elle a également perturbé notre
attente avec un risque non négligeable d'annulation de notre vol. Après
quelques semaines de suspense, lorsque nous posons enfin nos pieds sur le sol
norvégien pour la quatrième fois, nous sommes particulièrement ravis, et
soulagés !
De surcroit, après la canicule française, nous nous
attendions à une météo maussade annoncée ; mais en fait, le climat s'est montré
clément, un temps très agréable (21°) et très ensoleillé. Tout va bien !
La salle de concert John Dee, d'une capacité de
500 personnes, située au sous-sol du Rockefeller Center, en plein cœur
d'Oslo, a ouvert ses portes en 1997.
Elle partage ses murs avec le Rockefeller Center (capacité 1300), qui est gérée
avec une autre salle, le Sentrum Scene (capacité 1750), située juste en face
dans la rue.
Nous trouvons sans trop de peine le bâtiment "Rockfeller" qui abrite la salle John Dee. L'entrée semble d'autant plus
insignifiante que lorsque nous arrivons vers 18h personne n'attend !
On en profite pour s'attabler à la terrasse du bistrot d'en face, sous un
radieux soleil, et déguster une "Aass",
une désaltérante bière locale. Les musiciens de GAZPACHO passent sur le
trottoir d'en face et nous saluent poliment avec une sobriété norvégienne que
nous respectons.
A l'ouverture des portes, à 19 heures, nous sommes
dans une maigre file d'attente. J'imagine que compte du tenu du climat local,
les Norvégiens ne sont pas naturellement enclins à attendre longtemps dehors ;
et de fait, il s'avèrera que la salle se remplira quelques minutes avant le
concert… Nous n'avons donc aucune difficulté à nous positionner à la barrière,
au pied de la scène, en son centre gauche en la regardant. A côté de nous, un
couple est venu d'Autriche aussi pour ce concert (plus tard, j'apprendrais
qu'un Brésilien présent postule également au titre des mélophiles-voyageurs les
plus passionnés).
La configuration de la salle surprend ; elle est en
largeur. La fosse est surmontée d'un trottoir de quelques centimètres, le bar
est sur le côté droit en entrant, alors que l'échoppe occupe un coin, au fond
de la salle. Quant à la scène, sa largeur se conjugue avec sa profondeur pour
laisser un très bel espace aux six musiciens.
Il n'y pas d'artiste invité, pour ouvrir la soirée.
LE
CONCERT [20h30-22h30]
Très vite, nous retrouvons cette atmosphère si
délicieuse qui anime notre flamme, grâce à une acoustique excellente, et une
sonorisation parfaitement maitrisée. Même si notre emplacement nous impose le
son de la batterie située en face de nous. Le dispositif d'éclairage est
relativement sobre mais varié et il met parfaitement en valeur les musiciens,
dans une ambiance aux couleurs douces et apaisées.
Notre emplacement nous permet d'observer de près et d'admirer
tout particulièrement le jeu de Mikael Krømer,
de Robert Johansen et bien sûr de
Jan-Henrik Ohme.
De Mikael
émane un personnage sensible, posé, et maitrisé. Il alterne les instruments,
violon et guitares, avec brio et délicatesse. Bien entendu, le mérite est moins
dans le respect de ses participations qu'il connait par cœur, que dans la
sensibilité de son expression musicale. Sa concentration pendant ses exercices
tranche avec ses larges sourires qu'il consent sous les ovations méritées.
Détail amusant, après chaque intervention il dépose son violon à
ses pieds avec un soin presque maniaque, obsessionnel, pour l'aligner à son
socle de commandes.
Je demeure impressionné par la stature de Robert, entouré de son dispositif de
percussions. Son allure de bucheron tranche avec la juste mesure de ses frappes,
et son calme apparent. Assis sur son tabouret, il semble répéter dans sa tête
l'expression de toutes les nuances attendues. Je l'ai observé plus souvent qu'à
son tour durant le concert. J'admire sa délicatesse avec laquelle il caresse
les toms et les cymbales, avec le bout de ses doigts ou les feutres de ses
mailloches. Les olives de ses baguettes frappent les caisses, tantôt en douceur
pour respecter la mélancolie, tantôt avec une violence saisissante pour
exprimer le désespoir et la révolte. Avec ses pédales qui actionnent sa grosse
caisse et son charleston; il achève d'amplifier un efficace kaléidoscope
d'émotions.
Le pilier Kristian,
discret et humble, positionné entre les pupitres de la batterie et des
claviers, est parfaitement synchronisé avec ses complices par son jeu très
délicat. Ses caresses sur les cordes expriment avec parcimonie les douces ambiances
; ses interventions ne sont jamais assourdissantes et sont pourtant
essentielles.
Je suis un peu frustré de ne pas pouvoir distinguer la
dextérité du clavier ; Thomas dont
le jeu accompagne les mélodies oniriques avec une faculté à émouvoir qui est particulièrement
éloquente.
La finesse et l'habileté des accords et soli de Jon-Arne accentuent encore la beauté
des chansons. Lui aussi très appliqué dans ses interventions, son sourire timide
dissimule son plaisir évident de contribuer aux ambiances.
J'aborde délibérément le cas de Jan-Henrik en dernier. Non pas par omission ou par mépris, mais au
contraire parce que sa présence, son chant, son expression, constituent un
enchantement constant, polarisant pendant tout le concert. J'admire beaucoup les
chanteurs qui allient leur talent vocal à leur charisme. Celui de Jan-Henrik
est particulièrement émouvant. Le geste est mesuré et sobre mais paradoxalement
il est puissamment expressif. Tout comme le timbre de sa voix dont les vibratos
développent une sensibilité bouleversante. Au début de la soirée il s'exprime
en norvégien, entretenant une agréable sensation dépaysante. Mais, détectant
des étrangers dans la fosse, il présente les chansons en anglais.
Nos précédentes expériences de communion avec le
public norvégien nous avaient un peu agacés. Mais pas ce soir. Aucun (ou peu de) bavardage dans l'assemblée.
Respect total. Durant le titre "Bravo",
le refrain fut même chanté.
Finalement, cette soirée constitue notre meilleur
souvenir des cinq concerts ! Ambiance, son, prestation, tout fut excellent.
Nous n'avions pas l'outrecuidance d'espérer un
programme différent du reste de la tournée. Mais, finalement nous avons été
gratifiés d'un titre supplémentaire ! La phase introductive est absente, et les
dix-sept titres ont permis de vivre intensément deux bonnes heures de musique.
A l'instar de Zoetermeer (mais aussi de Londres), la chanson "Bravo" est bien ajoutée au rappel.
La particularité de ce soir tient dans l'ajout de "Fireworker", inséré en milieu de soirée, et qui n'avait pas
été chantée sur les dates précédentes de cette année (nous avions entendu ce titre en 2022 au Petit-Bain et en 2023 au Prog
en Beauce).
Ce florilège de leur discographie pioche dans huit albums ; six titres sont issus
de "Tick Tock" (2009), cinq de "Magic 8-Ball" (2025), un de "Fireworker"
(2020), un de "March of Ghosts" (2012), un de "Missa Atropos" (2010), un de "Night" (2007), un de "Soyuz"
(2018), et un de "Bravo" (2003).
PROGRAMME
- We Are
Strangers (Magic 8-Ball, 2025)
- Soyuz One (Soyuz,
2018)
- Golem (March
of Ghosts, 2012)
- Gingerbread Men (Magic 8-Ball, 2025)
- 8-Ball (Magic
8-Ball, 2025)
- The Walk, Part 1 (Tick Tock, 2009)
- The Walk, Part 2 (Tick Tock, 2009)
- Fireworker
(Fireworker, 2020)
- Starling (Magic
8-Ball, 2025)
- Upside Down (Night,
2007)
- Sky King (Magic
8-Ball, 2025)
- Tick Tock, Part 1 (Tick Tock, 2009)
- Tick Tock, Part 2 (Tick Tock, 2009)
- Tick Tock, Part 3 (Tick Tock, 2009).
RAPPEL :
- Defense Mechanism (Missa Atropos, 2010)
- Winter Is Never (Tick Tock, 2009)
- Bravo (Bravo, 2003).
Un bilan de cette folle fantaisie … Non, je ne
regrette rien de cette déraison. Après tout, notre plaisir ne nuit à personne.
Cette tournée nous a permis de voyager au pays des Bataves et des Vikings, mais
aussi de parfaire encore notre connaissance de la discographie de GAZPACHO
("Bravo") et notre
admiration pour ces artistes et leurs chansons.
Toutes ces émotions donnent soif ; je déguste une
bonne bière Ringnes. Les musiciens
sont accessibles pour discuter ; nous saluons Jan-Henrik, Robert et Mikael qui
se montrent sensible à notre déplacement et nos félicitations. J'aimerais
pouvoir davantage leur exprimer notre admiration avec un meilleur anglais, mais
à quoi bon. Ils ont visiblement passé un bon moment. Nous aussi. Fin de
l'histoire…
Lorsque nous sortons de la salle, nous observons qu'il fait encore jour à 23 heures ; nous sommes en Scandinavie, un autre monde.






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