samedi 31 janvier 2026

CACHEMIRE + HOWARD / La Cigale (Paris 18e) / le samedi 31 janvier 2026.

La période que certains s'amusent à nommer avec gourmandise "la trêve des confiseurs", s'apparente plutôt, pour le musicophile que je suis, à un jeûne, une diète, une privation de concerts, de musique vivante ! Ma musicothérapie est ainsi amputée d'un traitement de soutien essentiel. En ce 31 janvier, j'ai ainsi fiévreusement compté pas moins de cinquante-six jours, soit un mois et vingt-cinq jours sans concerts.

Bien que l'attractivité des sonorités raffinées du rock progressif m'ait quelque peu écarté du rock énervé ces dernières années, CACHEMIRE avait marqué mon répertoire musical de l'année 2024. Leur prestation lors du RAISMESFEST le dimanche 8 septembre 2024 avait totalement sidéré tous les festivaliers. Y compris ma P'tite Fée qui m'accompagne ce soir ! Cette prestation extérieure en appelait une autre, en salle ! Nous attendions donc une nouvelle tournée promotionnelle, et nous n'avons donc pas longtemps hésité à nous procurer nos tickets, dès le 15 juillet 2025.

En tout état de cause, la soirée est annoncée "complet", le 20 janvier !


LE SITE. Aaaah, enfin LA CIGALE ! " Viens ici, fout le camp ! "…

Bien que située, une fois de plus, au Nord de Paris, cette jolie salle de spectacles m'avait séduit, par son décor mais aussi et surtout par son acoustique. Mais je n'avais eu le plaisir de m'y rendre que pour seulement trois concerts, entre 1998 (Manowar) et 2007 (Pure Reason Revolution et Porcupine Tree). J'admets bien volontiers avoir probablement manqué quelques autres opportunités ; oui, je confesse avoir manqué notamment le concert de MARILLION qui y fut enregistré le 29 avril 1994. Mais de fait, il me semble cependant que la programmation particulièrement sélective (j'allais écrire intolérante) rend son accès particulièrement restreint, voire interdit à notre microcosme (progueux et metalleux inclus). Mes goûts sont pourtant éclectiques mais visiblement, la dogmatique programmation encore affichée à ce jour pour l'année à venir (https://lacigale.fr/programmation) continue d'accueillir des artistes probablement respectables (quoique…), mais en contribuant à ostraciser notre univers. Ah, je relève toutefois la prévision de The Aristocrats, le 1er juin 2026.

LA CIGALE est entourée de voisins bien plus accueillants et bien plus éclectiques ; tels que Le Trianon, l'Elysée Montmartre. Avec une certaine arrogance, son slogan a pourtant l'insolence de prétendre : " La Cigale, un véritable lieu d'échange, de partage et de découvertes aux pieds de Montmartre ; cent-trente-huit années de passion, de vibrations et d'émotions. Elle maintient son statut de salle iconique en accueillant la fine fleur de la scène française et internationale ". Donc, comprenons ici que pour être digne de ces oreilles-là, le rock doit démontrer des qualités horticoles, séduisantes et conformes aux standards élitistes tels que définis par un mystérieux oracle !

Mais que les gueux incultes soient enfin comblés et reconnaissants, sa Seigneurie a estimé qu'au regard de ses dix années CACHEMIRE serait digne de fouler l'auguste scène.

Allons, soyons magnanimes et laissons au gérant exposer l'histoire : "En 1887, à Pigalle, La Cigale entonne son premier chant face à mille spectateurs. Elle agite l’éventail de ses spectacles : Sketchs, danse, musique. Comme son prestigieux voisin Le Moulin Rouge, elle accueille de célèbres danseuses de Cancan : La Goulue, Rigolboche etc… Les opérettes et vaudevilles se succèdent jusqu’en 1927 avec Mistinguett, Maurice Chevalier et Arletty pour ne citer qu’eux. Depuis 1887, La Cigale n’a jamais fermé ses portes et s’est perpétuellement transformée, au gré des travaux d’embellissement et renouvelé au travers des grandes avancées de son temps. D’abord café-concert puis music-hall, elle devient "La Cigale-Cinéma" pendant 60 ans… avant de devenir, en 1987, la salle de concert que nous connaissons aujourd’hui." Ses murs englobent LA BOULE NOIRE, autre lieu de notre mémoire (…).

Compte tenu de sa capacité d'accueil de 1 472 personnes debout, j'imagine que beaucoup de nos groupes favoris s'y rendrait volontiers…


LA SOIREE. Nous arrivons vers 17h30 pour nous insérer dans une file d'attente encore à son amorce, mais qui ne tarde pas à s'agrandir derrière nous ! Nous pourrons ainsi entrer paisiblement pour choisir un emplacement à notre guise, situé en balcon sur la gauche en regardant la scène. En effet, il convient de souligner avec satisfaction que le placement est libre, à l'ancienne. Ce qui avantage les plus passionnés et courageux, ayant bravé l'attente hivernale. Seules deux rangées de fauteuils de balcon, soit une vingtaine face à la scène, étaient réservés, ce qui laissait un beau choix à tous les autres spectateurs.

HOWARD [19h50-20h30].
https://howardtheband.bandcamp.com/

Ne connaissant pas le groupe, je me renseigne en préalable : "Entre le rock organique des aînés et les résonances électroniques actuelles, le trio Howard trace son chemin en puisant dans ses émotions les plus sombres comme les plus porteuses d’espoir pour offrir un véritable ouragan rock confinant à la transe." Ce que j'entends sur son site Bandcamp me semble intéressant, en tous cas a priori cohérent avec son hôte… Je relève qu'il est passé sur la scène du Hellfest le 21 juin 2025 et du Grand Rex le 9 novembre 2024.

Après un premier album sorti le 15 juin 2018, quelques autres parutions précèdent celle d' "Oscillations" du 28 mars 2025.

L'effectif semble stable depuis le début avec Jean-Marie Canoville (chant guitare, et thérémine), Raphaël Jeandenand (claviers, thérémine), et Tom Karren (batterie). Sur la gauche de la scène se trouve le pupitre des claviers, sur la droite s'agite le guitariste/chanteur, alors que le batteur est au centre légèrement en retrait.

La sonorisation était parfaitement équilibrée pour laisser percevoir les accords flamboyants des claviers, de deux thérémines et de guitares. L'éclairage accordé pour cette première partie de soirée est certes limité, mais un projecteur additif astucieusement ajouté sur le côté rend l'espace suffisamment lumineux pour distinguer musiciens et instruments. Le mur du fond de scène est drapé avec le logo du groupe.

Nous avons été rapidement séduits par cette musique entrainante, festive et/ou atmosphérique, mêlant électro et rock survitaminé. J'ai particulièrement apprécié la maitrise de Raphaël Jeandenand sur ses outils numériques et la thérémine placée de son côté. Ses mains galopent et caressent les touches, sur les nombreuses options en face de lui. L'autre thérémine étant utilisé une seule fois en complément par Jean-Marie Canoville, qui pour sa part, alternait une guitare électrique habituelle avec une guitare basse étonnamment petite, surtout sur le personnage d'une corpulence impressionnante ! L'ensemble étant vaillamment cadré par les frappes redoutablement efficaces de Tom Karren.

Une prestation qui aurait toutefois pu être davantage convaincante avec moins de bavardages intermédiaires, qui ont un peu cassé le rythme. Bon, on aura compris qu'ils semblaient sincèrement émus de leur présence sur cette scène. Le meneur est pourtant charismatique même s'il peine à bien diriger le public ; par exemple en s'inspirant des concerts metal, il scinde la foule en deux, mais laisse les protagonistes égarés, sans top départ. Quelques maladresses qui ont traduit un manque d'expérience de la scène, dommage.

Ce fut cependant un agréable moment et le public acclament le trio qui peut être content d'avoir emporté l'adhésion qui attendait pourtant avec impatience d'en découdre avec Cachemire.

PROGRAMME
A déterminer


CACHEMIRE [21h00-22h25]
https://www.cachemiremusic.fr/
https://www.facebook.com/cachemiremusic/about?locale=fr_FR
https://www.youtube.com/@cachemirevideos/videos

Avant leur remarquable prestation au RAISMESFEST, je ne connaissais pas vraiment CACHEMIRE, un quintuor français et francophone, qui avait pourtant déjà conquis quelques scènes ! Fort heureusement, à l'heure dite de leur prestation, j'étais particulièrement réceptif car, intrigué par sa réputation, j'avais eu la prudence de me renseigner sur la Bête. Sage précaution, quand on connait la vie de festivalier, qui est parfois enclin à des discussions interminables au bar ou dans les files d'attente de latrines !

Depuis cette apparition, je ne pouvais que reprendre mon bâton de pèlerin prédicateur pour soutenir ces vaillants adeptes du rock francophone, dignes descendants d'illustres ainés ! A l'instar de LAZULI, ils démontrent une fois de plus que notre langue n'est pas incompatible avec le rock.

Contrairement à mon habitude, cette fois je ne peux pas honorer les musiciens en les identifiant. Ils font partie de ceux qui prétendent effacer leurs individualités au profit de l'Art qu'ils sont censés nous faire partager.

Article de presse intéressant pour en savoir davantage : https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/cholet-49300/cachemire-du-rock-francais-qui-demange-5742996

J'espère ne pas brusquer leur modestie en relatant cependant qu'après cinq années passées dans le groupe MOBSOFA, "Seb" et "Freddy" avaient décidé de repartir à l’aventure début 2012, avec deux nouveaux compères. CACHEMIRE voit ainsi le jour mi-2012, composé de quatre musiciens des Pays de Loire. Plus exactement, ils viennent des Mauges, de Vendée et de Nantes. Puis le quatuor est devenu un quintuor. Nous écoutons donc les pseudonymés "Fred Bastar" au chant, "Seb" à la basse (+chœurs), "Farid" à la batterie, et "Ron" à la guitare. Quant au guitariste "Sven" Kaballero, il vient de céder son pupitre à "Alice Animal".

Un premier album "Qui est la Punk ?" est paru le 4 mai 2018. Un deuxième album studio "Photochope-moi" est paru le 13 mars 2015, puis un troisième "Dernier Essai" est paru le 25 février 2022.

Leur quatrième album studio "Suffit Juste d'Une Seconde" est paru le 10 octobre 2025.

Le quintuor, conformément à leur campagne promotionnelle, est vêtu de blanc. En jupe (avec panty, en dessous quand même hein ; 'faut pas déconner !) pour les hommes et en short pour la dame. Même les instruments, guitares et batterie) sont blancs ! Sur notre gauche de l'espace on distingue le quatuor de cordes (trois violons et un violoncelle, compagnons depuis 2018). Le bassiste est devant eux. Des invités participeront en alternance ; le claviériste Corentin Pujol, a impressionné avec ses accords joués au clavinet, puis le guitariste Stanislas " Yarol " Poupaud fut également remarquable de talent et de charisme, ainsi que Tanguy " Teka " Kerleroux. L'apport de ces trois larrons fut remarquable, étoffant les harmonies de soli opportuns !

Dans ce cadre acoustique excellent, la sonorisation fut parfaitement équilibrée ; elle a permis de percevoir les pupitres avec clarté et puissance. En revanche, l'éclairage m'a semblé insuffisant ; juste quelques projecteurs placés en plafond et en fond de scène, finalement peu efficients. Heureusement, une imposante structure triangulaire permet de maintenir une relative luminosité. Le mur du fond de la scène est peu utilisé, juste éclairé ponctuellement de la diapo du dernier album.

Nous pouvions nous en douter, l'ambiance fut très électrique, réactive, bouillante. C'est bel et bien du rock brut de décoffrage, puissant, percutant, simple mais efficace. Ledit Fred Bastar avoue volontiers, dans ses entretiens, une influence de TELEPHONE, mais je ressens aussi du NOIR DESIR et même du SUPERBUS. Le charisme de Fred Bastar pourrait réveiller n'importe quel désabusé, la foule répond à ses moindres désirs ; ça s'assoit, ça saute, ça danse, ça chante et ça acclame bruyamment. Vu du balcon, on ne peut qu'être impressionné par la puissance dégagée. Bref, on voulait s'encanailler, on n'est pas déçu. On est bien loin des subtilités harmoniques du rock progressif, mais on assume.

Bon, s'il fallait poser un bémol sur cette harmonieuse portée musicale, les textes en français effleurent parfois une démagogie rampante. Mais qui est inhérente au genre. La plupart de leurs ainés ont également dénoncé et revendiqué avec plus ou moins de subtilité, sur des sujets sociétaux ; une forme de politiquement correct dans un milieu rock réputé alternatif. Personnellement, cet aspect ne me dérange pas trop, je fais mon marché. Je prends en priorité cette énergie salvatrice.

Le concert aura duré moins de quatre-vingt-dix minutes, et sans rappel. Une fin un peu brutale donc. Les lumières du palais sont rallumées lorsqu'une bande son amplifie "Hey Jude" des Beatles, et que Fred Bastar se laisse porter par la foule en délire, pour un aller/retour vers la console du fond !

Sur les quatorze titres, neuf sont issus de "Suffit Juste d'Une Seconde". L'album précédent "Dernier Essai" est oublié.

PROGRAMME

  1. Moi Etre Roi (Qui est la Punk, 2018)
  2. Ma gueule (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025)
  3. A l'ancienne (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025)
  4. Sexy beat (Qui est la Punk, 2018)
  5. Suis-Moi Baby ! (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025)
  6. Mouscash (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025)
  7. La Nuit je mens (reprise d'Alain Bashung, 1998)
  8. Adam (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025)
  9. Ces Voix (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025)
  10. Seul (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025)
  11. La Veste (Qui est la Punk, 2018)
  12. Pied Au Plancher (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025)
  13. L'Animal (Photochope-moi, 2015)
  14. Chanson pour sépultures (Suffit Juste d'Une Seconde, 2025).

Conforme à ma prévision, cette soirée de remise en forme fut très agitée, et revigorante. Nous aspirons désormais à notre prochaine étape, davantage conforme à nos centres d'intérêts musicaux désormais ; ce sera dès samedi prochain, pour le MidWinter Festival, à Utrecht !