Fondé par les frères Jon et Criss Oliva en 1979
à Tarpon Springs, en Floride, le groupe s'appelait initialement AVATAR ! C'est
peu avant la sortie de son premier album, "Sirens" (paru le 11 avril 1983),
que ces Américains ont changé de nom pour SAVATAGE, Avatar étant déjà utilisé. Sa
notoriété au sein de la communauté heavy metal aux Etats-Unis s'accroit particulièrement
avec la parution de son quatrième album, "Hall of the Mountain King" (1987).
Le décès dans un accident de voiture de Criss Oliva
(guitares, chœurs de 1978-93), puis celui du producteur et co-compositeur Paul
O'Neill (1987-97), auraient pu clore l'aventure. D'autant plus que le groupe a
dû, comme tant d'autres, surmonter les conséquences d'humeurs individuelles et
de centres d'intérêts divergents. Entre périodes d'inactivité assumées
(2002–2014) et de hiatus (2015–2023), la créativité de la formation SAVATAGE
s'est mise en pause, chacun des musiciens errant à ses occupations…
Pour ma part, après quelques années d'écoutes aléatoires
et distanciées, je suis tombé sous le charme de SAVATAGE en 1997. Quatre pépites m'ont
particulièrement séduit : "Dead
Winter Dead" (1995), "The Wake of Magellan" (1997), "Gutter Ballet" (1989),
et "Edge of Thorn" (1993).
La parution du onzième album "Poets and Madmen", le 5 mars 2001
m'avait semblé moins inspiré. Mais j'ai tenu pourtant à me rendre au concert du
10 février 2002 à l'Elysée
Montmartre, en dépit de l'absence du chanteur Zachary Stevens. Cette
expérience-là ne m'avait pas laissé un souvenir inoubliable, et d'ailleurs
c'était déjà le début de la fin mais je l'ignorais. Depuis cette date, je me
contentais d'écouter les quatre albums suscités avec beaucoup de plaisir…
Honnêtement, je n'avais même pas prêté attention à la
reformation en 2023 ; je n'y croyais plus.
Ma présence a cet évènement est totalement inopinée. Depuis
l'automne dernier, avec des amis nous nous étions procuré nos tickets pour
assister au concert de MARILLION à l'amphithéâtre de Pompéï, qui s'est inscrit
dans le cadre du festival d'été BOP,
BEATS OF POMPEII. J'avais ensuite appris que la programmation s'étendait sur
plusieurs jours et que, parmi d'autres artistes, figurait également un concert d'OPETH
prévu le 10 juillet ; ce qui constitue déjà une frustration... Ce n'est
que quelques jours avant de prendre l'avion, que je réalise que le lendemain de
notre objectif initial, se produit également SAVATAGE ! Sans doute inspiré par
la proximité du Vésuve, mon cerveau s'est mis en ébullition. Contraint par les
impératifs de la collectivité, j'aurais attendu le matin même pour acquérir mon
ticket et celui de mon fils. Dans ces circonstances, j'ai évidemment dû me
contenter d'un emplacement résiduel. Mais ma place en fosse se révèlera agréable
; avec mon fils nous avons acquis les sièges 23 et 25, au rang 34. Un confort
visuel et acoustique qui va nous permettre de vivre un moment unique et mémorable.
Quelques sièges sont demeurés vacants derrières nous ; les absents avaient (une
fois de plus) tort...
Deux longues files d'attentes s'imposent à nous en
arrivant ; La soirée a débuté avec quelques minutes de retard mais
cependant l'introduction orchestrale avait débuté lorsque nous nous asseyons…
J'observe rapidement que l'évènement est filmé (louma,
et caméras fixes et mobiles ont œuvré) et que nous pouvons raisonnablement
espérer voir ce concert immortalisé par un DVD…
LE CONCERT [21h10-23h15]. En effet, un orchestre
symphonique débute la soirée en interprétant, pour la première fois depuis 1996,
l'ouverture grandiose de "Dead
Winter Dead", enchainé avec l'introduction instrumentale de "Morphine
Child". Cet apéritif promet un grand moment, d'autant plus que, dans ce
site d'une acoustique parfaite, la sonorisation est excellente. Puis apparaissent
les membres de SAVATAGE : Jon Oliva (guitare,
chœurs depuis 1978), Johnny Lee Middleton (basse, chœurs, depuis 1986), Chris Caffery (guitare, claviers chœurs, depuis 1987), Zachary Stevens (chant
de 1992 à 2000, de 2014 à 2015, et depuis
2023), Jeff Plate (batterie depuis 1994), et Al Pitrelli (guitare, chœurs depuis 1995). Pour la tournée, Paulo Cuevas (claviers et chœurs depuis 2023)
et Shawn McNair (claviers et chœurs depuis 2023) contribuent
aux harmonies.
La probabilité que je puisse revoir SAVATAGE était
faible, et je n'avais donc plus écouté les albums depuis un certain temps ;
cependant je n'ai pas tardé à reconnaitre les titres qui me paraissaient essentiels.
Mon souhait converge avec le programme. Pour mon plus grand bonheur, mes deux albums
favoris furent abondamment évoqués ; "Dead
Winter Dead" (1995) avec cinq
titres, "The Wake of Magellan"
(1997) avec quatre titres. De
surcroit, j'ai été transporté par les deux titres issus de "Gutter Ballet" et trois de "Edge of Thorn" !
J'aurai ainsi attendu trois décennies pour voir enfin
SAVATAGE dans des conditions idéales (leur
prestation de 2002 m'ayant semblé anecdotique). Non seulement le groupe est
au complet, mais de surcroit l'orchestre étoffe des compositions qui sont déjà
de nature à emporter les esprits dans des contrées oniriques. Je suis
absolument sidéré par la qualité d'interprétation de l'orchestre symphonique (Christmas Eve, notamment), mais aussi
celle du septuor américain, pour la plupart multi-instrumentistes. Je retrouve
ainsi toutes mes émotions ressenties auparavant dans mes salons.
La voix de Zachary Stevens est puissante, son timbre est juste et nuancé. Des séquences
a capella absolument splendides ont démontré son talent indéniable. Seul durant
"Not What You See", son
chant accompagné par l'orchestre fut un summum ! Je mesure à ces instants ce
qui m'avait manqué lors du concert de 2002. En outre, les chœurs complices valorisent
les mélodies avec des polyphonies
étourdissantes (notamment "The
Wake of Magellan", "The
Hourglass").
Les guitares rivalisent de soli magnifiques (The Storm, notamment), toujours au profit
de mélodies chantantes et entêtantes. La batterie, la basse et les claviers
achèvent d'accentuer les sensations. Les poils sur les avant-bras sont fréquemment
hérissés. Durant des titres comme "This
Is the Time" les parties puissamment mélodiques des chants et des
guitares m'ont détaché de l'enveloppe corporelle. Je vis alors pleinement ce
que je viens chercher aux concerts. La beauté musicale à l'état pure est
exprimée ici à la perfection. Les larmes étaient au bord des yeux ! Enorme.
Conscient de l'importance de l'évènement, le groupe n'a
pas manqué d'interpréter des morceaux symphoniques, qui s'imposaient en ces
circonstances et qui n'avaient plus été joués depuis longtemps ("Christmas Eve", depuis 2015 et "Not What You See" depuis 1999).
Dans ce site extraordinaire, les mélomanes exultent d'un
bonheur absolu et expriment évidemment leur joie par des ovations appuyées.
Ce concert nous a accordé de très grands moments.
L'hommage à Criss Oliva fut particulièrement émouvant ; sa voix enregistrée résonne
sur "Believe" accompagné au
piano par son frère Jon Oliva, avant que le reste du groupe rejoigne ensuite la
scène. Autre séquence émotion, l'interprétation de l'Adagio en sol mineur, un
morceau emblématique la musique néo-baroque italienne, joué par Johnny Lee
Middleton avec l'orchestre.
Bref, je ne regrette pas ma décision de revenir dans ce
lieu mythique, dès le lendemain d'un autre concert historique lui aussi, dans
un autre style. Il n'y a pas de comparaison possible mais les deux m'ont
apporté un bonheur total et un souvenir inoubliable. Je regrette seulement de
ne pas avoir été capable de convaincre ma P'tite Fée qui était épuisée par un
tourisme accablé par la canicule…
L'œuvre de SAVATAGE est évoquée avec dix albums (1983-2001) ; seul l'album "Fight for the Rock" (1986) est écarté.
Pendant plus de deux heures, vingt-cinq titres,
dont une reprise du répertoire classique, ont transporté un public comblé.
PROGRAMME
- Overture (Dead Winter Dead,
1995)
- Morphine Child (Introduction instrumentale) (Poets and Madmen, 2001)
- Dead Winter Dead (Dead
Winter Dead, 1995)
- Jesus Saves (Streets: A Rock
Opera, 1991)
- The Wake of Magellan (The
Wake of Magellan, 1997)
- Miles Away (Edge of Thorn,
1993)
- Sirens (Sirens, 1983)
- Another Way (The Wake of
Magellan, 1997)
- This Is the Time (1990) (Dead
Winter Dead, 1995)
- Unusual (Power of the Night,
1985)
- Chance (Handful of Rain,
1994)
- Adagio in G Minor (joué par Johnny Lee Middleton avec l'orchestre)
- The Storm (The Wake of
Magellan, 1997)
- Christmas Eve (Sarajevo 12/24) (Dead Winter Dead, 1995)
- Not What You See (Dead
Winter Dead, 1995)
- Handful of Rain (Handful of
Rain, 1994)
- Lights Out (Edge of Thorn,
1993)
- Tonight He Grins Again (Streets:
A Rock Opera, 1991)
- The Hourglass (The Wake of
Magellan, 1997)
- Believe (Streets: A Rock
Opera, 1991)
- Gutter Ballet (Gutter Ballet,
1989)
- Edge of Thorns (Edge of
Thorn, 1993).
RAPPEL :
- Temptation Revelation (Gutter
Ballet, 1989)
- Power of the Night (Power of
the Night, 1985)
- Hall of the Mountain King (Hall of the Mountain King, 1987).
Je relève parmi les avis postérieurs que le concert,
selon la liste de la scène, "Agony
and Ecstasy" (Streets: A Rock
Opera) devait être interprété sans l'orchestre après "The Storm", mais a finalement été
supprimé. On ne saura sans doute pas pourquoi. Petite frustration sur laquelle
il serait indécent que je m'attarde, compte tenu de l'abondance d'émotions
vécues ; j'ose toutefois espérer qu'il ne s'agissait pas de respecter un stupide
couvre-feu dans ce lieu isolé.
En tout état de cause, je mesure mon privilège et la
chance dont j'ai bénéficié en étant au bon endroit au bon moment ; j'ai bien
failli manquer un concert extraordinaire. Un faisceau de circonstances m'a
amené dans ce lieu improbable (un site
archéologique marqué par la souffrance de milliers de victimes de Dame Nature)
pour participer à un second évènement exceptionnel, après celui de la veille
avec MARILLION. En visionnant les deux DVD qui, je l'espère, ne manqueront pas
de paraitre je pourrai dire "nous y étions".
Pompéï constituait une des 19 étapes de la tournée
européenne de SAVATAGE, prévue entre le 4 juin et le 15 aout. Celle-ci
comprenait des prestations en festival ou en arènes. Mais ce soir était la
seule date avec un orchestre symphonique. Al Pitrelli et Jon Oliva
qui se sont chargés des transcriptions musicales et partitions pour les
pupitres !
En contrepartie il était impossible d'étendre un écran
comme sur certaines autres dates.





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