vendredi 17 juillet 2026

SCORPIONS – Palais Omnisport de Bercy (Paris 12) – vendredi 17 juillet 2026.

En dépit d'un contexte caniculaire annonciateur de lendemains inquiétants, je m'attarde sur quelques évanescences d'un passé glorieux qui ressurgit par la grâce de valeureux héros obstinés. Pour notre communauté de mélomanes, les années 80 auront été un tremplin extraordinaire, dont certains vénérables acteurs entretiennent encore la Mémoire. En tout cas la Nôtre, celles qui étaient et demeurent rebelles au dictat médiatique.

Après le retour d'IRON MAIDEN, voici donc celui de SCORPIONS, une Légende vivante depuis 1965 ! J'ai bien failli manquer l'accès à cette soirée, car le concert fut rapidement réputé complet. Cependant, durant le mois de mai, j'ai réussi in extremis à me saisir d'un des rares tickets inopinément remis en vente, pour la fosse. Après cette fenêtre éphémère, le guichet s'est vite refermé.

Certains s'amusent à rappeler que SCORPIONS a maintes fois annoncé la fin de son existence. Mais tant que les prestations me paraissent pertinentes, je maintiens mon estime pour ces vénérables teutons. En partie parce que sa persistance m'entretient dans une douce illusion d'un temps suspendu, mais aussi et surtout parce qu'il continue à exprimer sa Musique avec conviction et talent, tout simplement. Eh oui, ces papy-là font, eux aussi, de la résistance ! Ils sont acccro' et à crocs !!

EUX/EMOIS. La Musique de SCORPIONS, bourrée d'énergie et de mélodies entêtantes, m'a incité à me rendre à un premier concert le samedi 6 mars 1982 (tournée Blackout), qui m'avait durablement marqué (…). Ensuite, je confesse avoir un peu moins suivi car, en découvrant à rebours la discographie, j'avais réalisé la perte que constituait le regrettable départ d'Uli Jon Roth. Ainsi que le malheureux conflit fraternel entre Rudolph et Mickael. Néanmoins, j'ai continué à surveiller avec bienveillance leurs parutions et leurs apparitions ; ce soir, c'est ainsi mon douzième concert des venimeux arachnides.

/!\ Mais l'Histoire doit surtout retenir que le mercredi 29 février 1984, le Palais Omnisport de Paris-Bercy accueillait pour la première fois un mémorable concert de rock. MAMA's BOYS eut le privilège de chauffer cette nouvelle salle pour accueillir SCORPIONS en tête d'affiche!... Et j'y étais, bien sûr !

Hormis ses nombreuses contributions aux festivals, SCORPIONS a invité des artistes notables, tels que MAMA's BOYS (1984) donc, mais aussi CINDERELLA (1988), WINGER (1990), TESLA (1991), et EUROPE (2015) ! Plus anecdotiquement BADGE (1982), GUANO APES (2011), et SLYDIGS (2018). Ce soir, ce sera donc Adam "Bomb" Brenner, un Américain inconnu de mon répertoire.


Mon fils aîné m'accompagne, conscient de l'aspect historique de cette soirée, qui pourrait bien marquer l'ultime concert des Allemands à Paris. Nous nous plaçons tranquillement sur la droite, relativement près de la scène et de son avancée qui sépare la fosse en deux. Le public, intergénérationnel et majoritairement féminin, se montrera enthousiaste mais respectueux.

ADAM BOMB [19h50-20h25]. https://www.adambomb.com/

Adam "Bomb" Brenner semble avoir marqué quelques esprits, surtout outre-Atlantique, mais à mon insu. Né le 14 Août 1963 à Seattle, il y montra un talent remarquable à la guitare, à l’âge de 16 ans. Remarqué, il s'installa à New York ; ce qui lui permit d'accroitre, tout au long des années 1980, une certaine notoriété. Il a participé à des projets qui lui ont permis de fouler des scènes américaines et européennes.

En 2026, il revient en Europe à l'occasion d'une tournée, qu'il a intitulé "Bang Up Summer Tour", dans le cadre de laquelle il a été invité à assurer la première partie de Scorpions en France.

Adam "Bomb" Brenner (chant et guitare, depuis 1982) est entouré de Paul Del Bello (basse guitare, depuis 2006) et Leo "Kid Leo" Cakolli (batterie, depuis 2019). Pour l'anecdote, Adam raconte volontiers le recrutement de son batteur français : "Son groupe de lycée a fait la première partie de mon groupe à Lille en 2018. À l’été 2019, il a remplacé un autre batteur français qui m’avait laissé tomber alors que j’avais une tournée prévue, et Kid Leo est intervenu pour sauver la tournée. Peu après, il a pratiquement rejoint mon groupe à plein temps". On imagine l'invraisemblable aventure américaine vécue par le p'tit batteur ch'ti…

Bref, ce trio apparait sur une scène dont le décor clinquant, limite kitch, m'évoque celui de Rocky Horror Picture Show. Des enceintes constellées de pentagrammes lumineux, un pied de micro enguirlandé de lumières et, de surcroit, la guitare dudit Bomb tapissée de diodes électroluminescentes. Oulalaaah… Une attitude qui ne pouvait que générer une méfiance préalable…

Mais finalement, le type s'en sort honorablement, aidé d'une sonorisation bien équilibrée. Rien de très original, ni sidérant musicalement, mais c'est bien fait et ma foi entrainant. Il use et abuse des postures et clichés habituels du rock, mais chantés et joués avec la conviction d'un adulescent … Un p'tit solo de guitare fait de brèves allusions à d'autres soli emblématiques du rock ; on reconnait ceux d'Angus Young (Thunderstruck), d'Eddie Van Halen (Eruption) et de Jimi Hendrix (Star Spangled Banner). L'hymne américain précède astucieusement l'hymne français. Une démarche enjôleuse qui anime le public, d'autant plus lorsque le trio reprend l'emblématique "Antisocial" (TRUST), intégralement et en français ! Je salue ce choix honorable, car ANTHRAX chante ce titre dans sa version en anglais (encore il y a deux semaines à Lyon).

Les Américains recueillent ce faisant une belle ovation dont ils semblent se réjouir particulièrement. Ils saluent longuement l'auditoire et distribuent à foison baguettes de batterie et plectres. J'en ai saisi un, qui est tombé à mes pieds ; très joli, illustré double face !

Dans sa discographie, il pioché dans quatre albums parus entre 1985 et 2005, pour présenter sept titres.

PROGRAMME

  1. SST (Fatal Attraction, 1985)
  2. I Want My Heavy Metal (Fatal Attraction, 1985)
  3. Pure S.E.X. (Pure S.E.X., 1989)

Solo de batterie

  1. Je t'aime bébé (Get Animal 2, 2000)

Solo de guitare (Adam)

  1. Antisocial (reprise de TRUST)
  2. D.W.I On the Info-Superhighway (Get Animal 2, 2000)
  3. Rock Like Fuck (Rock Like Fuck, 2005).

Bon, honnêtement je ne conserverai pas un souvenir impérissable du monsieur, et je ne me ruinerai pas dans sa discographie, mais il a au moins le mérite notable de me paraitre sincère, et d'avoir animé une bonne première partie de soirée. Ce qui lui était demandé.

SCORPIONS [21h-22h40] https://www.the-scorpions.com/

La présente tournée est intitulée "Coming Home, over 60 years tour".

En effet, depuis l'an dernier on peut considérer que le groupe a passé soixante ans, puisque Rudolf Schenker, alors jeune guitariste âgé de 17 ans, forma à Hanovre, en 1965, un groupe amateur qu'il a nommé THE SCORPIONS. Ce n'est qu'en 1969 qu'il recrute l'actuel chanteur Klaus Meine. Dans la foulée, il engagea son p'tit frère Michael Schenker, mais celui-ci quittera le navire dès la fin 1972 (pour UFO). Le groupe devint professionnel en 1971 et en profita pour changer de nom, ce sera désormais laconiquement SCORPIONS. Un premier album "Lonesome Crow" est paru le 9 février 1972.

Le groupe traversa, comme tant d'autres, les aléas de personnels instables. Mais le groupe DAWN ROAD accepta de se fondre dans SCORPIONS, ça tombait bien car son guitariste virtuose n'était autre que Ulrich Roth, alias Uli Jon Roth ! Entre 1973 et 1978 celui-ci contribuera grandement à l'essor du groupe. Son départ aurait pu être fatal, tant il marqua de son empreinte les quatre fabuleux albums studio de son ère. L'enregistrement en concert "Tokyo Tapes" clôt cette période fastueuse. Mais personne n’est indispensable visiblement, puisque surmontant ce nouvel écueil, le succès commercial n'a cessé de s'amplifier.

Le dix-neuvième album studio, "Rock Believer" est paru le 22 février 2022.

Actuellement le quintuor est composé de Rudolf Schenker (guitare rythmique, chœurs, depuis 1965), Klaus Meine (chant principal, depuis 1969), Matthias Jabs (guitare solo, chœurs, depuis 1978), Paweł Mąciwoda (basse, chœurs, depuis 2003), Micael Delaoglou, dit Mikkey Dee (batterie, depuis 2016).

Une scène lumineuse et vaste est surplombée d'un écran géant sur lequel alterneront des images des musiciens et du public ou encore d'illustrations thématiques. Deux autres écrans latéraux permettent aux auditeurs les plus éloignés de bien voir les musiciens filmés. L'éclairage est merveilleusement impressionnant avec des rampes orientables et multicolores de part et d'autres. De mon point d'écoute, chaque pupitre m'a semblé constamment perceptible, sans excès de puissance.

En venant à cette soirée, je connaissais d'avance le programme, les forces et les faiblesses. Point besoin d'être devin pour imaginer les titres jugés indispensables. Point besoin d'être docteur pour déplorer les effets du temps qui passe sur leur corps, autant que sur le nôtre. Je suis venu pour commémorer une Légende, et pour partager des émotions, avec ce qui reste d'énergie à échanger de chaque côté de la barrière. Partant de ce principe, j'ai ainsi passé une très bonne soirée à fredonner et acclamer. Et, critère probant, mon fils également.

C'est une évidence, Rudolph fêtera ses soixante-dix-huit ans le 31 aout ; il bouge toujours, mais nous ne le verrons plus jamais contribuer à une pyramide humaine, c'est clair. Son agilité s'en est allée. Pourtant, sa passion, son plaisir et son talent sont visiblement intacts ; c'est toujours lui qui crie en chœur ("Blackout"). Il assume sa part de soli avec vigueur et brio ! L'éternel adulescent se montre constamment impliqué et charismatique ; il s'amuse toujours, notamment en équipant sa guitare d'un dispositif fumigène (toujours sur le même titre depuis quelques années).

C'est une évidence, Klaus vient de fêter ses soixante-dix-huit ans le 25 mai ; cette réalité s'impose dès qu'on observe sa démarche. Ses gestes sont pesants et ralentis. Ses articulations semblent se rigidifier. Sur le plan vocal, il n'a plus la tessiture qui le distinguait autrefois, mais son timbre, même moins puissant, reste immédiatement reconnaissable. D'ailleurs, il ménage ses cordes avec quelques pauses astucieusement réparties dans le programme ("Make It Real", "Delicate Dance", "New Vision"). Tempérons notre amertume en nous rappelant que dès les années 80, Klaus avait dû suspendre son activité pour soigner ses cordes vocales. Et puis, ses limites ne sont pas préjudiciables ; il joue avec les tonalités, il change d'octave si nécessaire. Mais c'est clair, il est désormais plus à l'aise sur les balades, là où il peut poser sa voix avec plus d'assurance. Le bougre sait toujours siffler ("Wind of Changes"), sourire et s'émouvoir de la réaction affectueuse du public. Ce type est attachant, car on devine un sentimental, cela s'entend et cela se ressent ; cette particularité lui garantit une expression sincère et émouvante. Qualité essentiel pour un musicien.

L'air de rien Matthias a plus de soixante-dix ans, désormais. Eh oui… Heureusement, il continue de maitriser son art ; ses soli (Delicate Dance) et accords restent flamboyants. Mais sa fougue d'antan n'est plus, les gestes sont davantage mesurés. Pourtant, jouer de la guitare et recueillir les ovations demeurent de toute évidence son grand plaisir.

Reste les deux gamins de la bande (oui, là je flatte ma vanité, j'avoue !), les derniers arrivés, les plus jeunes.

Le Polonais Paweł Mąciwoda, né le 20 février 1967, semble un peu la force tranquille ; sans exubérance, il assure son rôle de moteur vrombissant avec une régularité imperturbable. Avec Mikkey Dee (New Vision), ils forment un duo solide pour soutenir l'énergie requise notamment sur des titres comme "Blackout" ! Ses accords vigoureux le rendent essentiel aux sonorités du groupe depuis 2003.

Quant à Mikkey Dee, je me garderai bien de narguer son âge, puisque c'est le mien ! Le Suédois, né le 31 octobre 1963, m'avait démontré sa force de frappe impressionnante lorsqu'il jouait au sein de MOTÖRHEAD (de 1992 à 2015). Autant dire que l'arrivée de ce Viking au sein de SCORPIONS ne pouvait qu'entretenir une certaine énergie. Le fait est que sa fougue est intacte et qu'il assume parfaitement son rôle de métronome. Posté sur son socle surélevé, sa démonstration en solo (durant lequel l'écran montrait un jackpot à la recherche du gain, avec un clin d'œil à Motörhead, avant de fixer le gain avec l'alignement d'icônes du scorpion) a mis tout le monde d'accord !

Enfin, pour clore le concert en beauté, une énorme structure gonflable à l'effigie d'un scorpion surplombe toute la scène.

Voilà de quoi ravir et galvaniser un public totalement conquis. Je retiendrai longtemps tous ces visages d'auditeurs filmés dans les premiers rangs ; tous genres et toutes générations confondus, communiant dans une même parenthèse de bonheur délibérément amnésique de l'actualité.

Le programme est donc sans surprise, le groupe (lui aussi) s'inscrit désormais dans une routine. Les plus fervents admirateurs de SCORPIONS, les "Crazy Corps" ne semblent plus rechercher l'audace, mais évoquer et rendre hommage à un passé commun. Pour ma part, je n'apprécie guère les titres hachés, passés à la moulinette d'une fusion qui n'a pas d'autre sens que l'évocation ; "Top of the Bill", "Steamrock Fever", "Speedy's Coming", et "Catch Your Train", des titres emblématiques de leur glorieuse période des années 70, sont ainsi gâchés.

Un florilège de seize titres (! en considérant que leur amalgame des 70's constituerait un seul morceau…) ont été choisis parmi six albums studio. A part le seul titre de l'album le plus récent "Rock Believer", SCORPIONS ignore ses productions des années 2000, qui me semblent pourtant honorables. L'album "Love at First Sting", paru en 1984, a retenu davantage leur attention puisqu'il est représenté avec six titres.

PROGRAMME
Bande-son introductive et diaporama

  1. Coming Home (Love at First Sting, 1984)
  2. Gas in the Tank (Rock Believer, 2022)
  3. Make It Real (Animal Magnetism, 1980)
  4. The Zoo (Animal Magnetism, 1980)
  5. Coast to Coast (Lovedrive, 1979)
  6. Top of the Bill / Steamrock Fever / Speedy's Coming / Catch Your Train (amalgame des 70's)
  7. Bad Boys Running Wild (Love at First Sting, 1984)

Delicate Dance (solo de Matthias)

  1. Send Me an Angel (Crazy World, 1990)
  2. Wind of Change (Crazy World, 1990)
  3. Loving You Sunday Morning (Lovedrive, 1979)
  4. I'm Leaving You (Love at First Sting, 1984)

New Vision (solo de Pawel – puis solo de Mikkey)

  1. Tease Me Please Me (Crazy World, 1990)
  2. Big City Nights (Love at First Sting, 1984)
  3. Still Loving You (Love at First Sting, 1984).

RAPPEL :

  1. Blackout (Blackout, 1982)
  2. Rock You Like a Hurricane (Love at First Sting, 1984).

Un bilan de soirée relativement positif, en dépit d'un programme peu audacieux, parfois même méprisant pour leur époque que je préfère (70's). Nonobstant, leur sincérité alliée à leur talent a produit une très bonne prestation. Je leur maintiens toujours ma bienveillance et mon respect, eu égard à leur biographie et leur apport dans mon quotidien durant toutes ces décennies.

A mon grand regret, à l'instar d'IRON MAIDEN et de JUDAS PRIEST, je n'ai jamais pu approcher physiquement SCORPIONS afin de leur exprimer ma gratitude pour ces décennies musicales qui ont bercé mes étapes de vie. Sans doute ai-je manqué de pugnacité dans les années 80, à une époque où c'était encore envisageable…