En dépit d'un contexte caniculaire annonciateur de
lendemains inquiétants, je m'attarde sur quelques évanescences d'un passé
glorieux qui ressurgit par la grâce de valeureux héros obstinés. Pour notre
communauté de mélomanes, les années 80 auront été un tremplin extraordinaire,
dont certains vénérables acteurs entretiennent encore la Mémoire. En tout cas
la Nôtre, celles qui étaient et demeurent rebelles au dictat médiatique.
Après le retour d'IRON MAIDEN, voici donc celui de
SCORPIONS, une Légende vivante depuis 1965 ! J'ai bien failli manquer
l'accès à cette soirée, car le concert fut rapidement réputé complet. Cependant,
durant le mois de mai, j'ai réussi in
extremis à me saisir d'un des rares tickets inopinément remis en vente, pour
la fosse. Après cette fenêtre éphémère, le guichet s'est vite refermé.
Certains s'amusent à rappeler que SCORPIONS a maintes fois annoncé la fin de son existence. Mais tant
que les prestations me paraissent pertinentes, je maintiens mon estime pour ces
vénérables teutons. En partie parce que sa persistance m'entretient dans une
douce illusion d'un temps suspendu, mais aussi et surtout parce qu'il continue
à exprimer sa Musique avec conviction et talent, tout simplement. Eh oui, ces
papy-là font, eux aussi, de la résistance ! Ils sont acccro' et à crocs !!
EUX/EMOIS. La Musique de SCORPIONS, bourrée d'énergie
et de mélodies entêtantes, m'a incité à me rendre à un premier concert le samedi 6 mars 1982 (tournée Blackout), qui m'avait
durablement marqué (…). Ensuite, je confesse avoir un peu moins suivi car, en
découvrant à rebours la discographie, j'avais réalisé la perte que constituait le
regrettable départ d'Uli Jon Roth. Ainsi que le malheureux conflit fraternel
entre Rudolph et Mickael. Néanmoins, j'ai continué à surveiller avec
bienveillance leurs parutions et leurs apparitions ; ce soir, c'est ainsi mon douzième
concert des venimeux arachnides.
/!\ Mais l'Histoire doit surtout retenir que le mercredi 29 février 1984, le Palais Omnisport de Paris-Bercy
accueillait pour la première fois un mémorable concert de rock. MAMA's BOYS eut
le privilège de chauffer cette nouvelle salle pour accueillir SCORPIONS en tête d'affiche!... Et j'y
étais, bien sûr !
Hormis ses nombreuses contributions aux festivals, SCORPIONS a invité des artistes
notables, tels que MAMA's BOYS (1984) donc, mais aussi CINDERELLA (1988),
WINGER (1990), TESLA (1991), et EUROPE (2015) ! Plus anecdotiquement
BADGE (1982), GUANO APES (2011), et SLYDIGS (2018). Ce soir, ce
sera donc Adam "Bomb"
Brenner, un Américain inconnu de mon répertoire.
Mon fils aîné m'accompagne, conscient de l'aspect
historique de cette soirée, qui pourrait bien marquer l'ultime concert des
Allemands à Paris. Nous nous plaçons tranquillement sur la droite, relativement
près de la scène et de son avancée qui sépare la fosse en deux. Le public,
intergénérationnel et majoritairement féminin, se montrera enthousiaste mais
respectueux.
ADAM BOMB [19h50-20h25]. https://www.adambomb.com/
Adam "Bomb"
Brenner semble avoir marqué quelques
esprits, surtout outre-Atlantique, mais à mon insu. Né le 14 Août 1963 à Seattle,
il y montra un talent remarquable à la guitare, à l’âge de 16 ans. Remarqué, il
s'installa à New York ; ce qui lui permit d'accroitre, tout au long des années
1980, une certaine notoriété. Il a participé à des projets qui lui ont permis
de fouler des scènes américaines et européennes.
En 2026, il revient en Europe à l'occasion d'une tournée,
qu'il a intitulé "Bang Up Summer
Tour", dans le cadre de laquelle il a été invité à assurer la première
partie de Scorpions en France.
Adam "Bomb"
Brenner (chant et guitare, depuis 1982) est entouré de Paul Del Bello (basse guitare, depuis 2006)
et Leo "Kid Leo" Cakolli (batterie, depuis 2019). Pour
l'anecdote, Adam raconte volontiers le recrutement de son batteur français :
"Son groupe de lycée a fait la
première partie de mon groupe à Lille en 2018. À l’été 2019, il a remplacé un autre
batteur français qui m’avait laissé tomber alors que j’avais une tournée
prévue, et Kid Leo est intervenu pour sauver la tournée. Peu après, il a
pratiquement rejoint mon groupe à plein temps". On imagine
l'invraisemblable aventure américaine vécue par le p'tit batteur ch'ti…
Bref, ce trio apparait sur une scène dont le décor
clinquant, limite kitch, m'évoque celui de Rocky
Horror Picture Show. Des enceintes constellées de pentagrammes lumineux, un
pied de micro enguirlandé de lumières et, de surcroit, la guitare dudit Bomb tapissée de diodes
électroluminescentes. Oulalaaah… Une attitude qui ne pouvait que générer une méfiance
préalable…
Mais finalement, le type s'en sort honorablement, aidé
d'une sonorisation bien équilibrée. Rien de très original, ni sidérant
musicalement, mais c'est bien fait et ma foi entrainant. Il use et abuse des postures
et clichés habituels du rock, mais chantés et joués avec la conviction d'un
adulescent … Un p'tit solo de guitare fait de brèves allusions à d'autres soli
emblématiques du rock ; on reconnait ceux d'Angus Young (Thunderstruck), d'Eddie Van Halen (Eruption) et de Jimi Hendrix (Star
Spangled Banner). L'hymne américain précède astucieusement l'hymne
français. Une démarche enjôleuse qui anime le public, d'autant plus lorsque le
trio reprend l'emblématique "Antisocial"
(TRUST), intégralement et en français ! Je salue ce choix honorable, car
ANTHRAX chante ce titre dans sa version en anglais (encore il y a deux semaines à Lyon).
Les Américains recueillent ce faisant une belle
ovation dont ils semblent se réjouir particulièrement. Ils saluent longuement
l'auditoire et distribuent à foison baguettes de batterie et plectres. J'en ai saisi
un, qui est tombé à mes pieds ; très joli, illustré double face !
Dans sa discographie, il pioché dans quatre albums parus entre 1985 et 2005,
pour présenter sept titres.
PROGRAMME
- SST (Fatal
Attraction, 1985)
- I Want My Heavy Metal (Fatal Attraction, 1985)
- Pure S.E.X. (Pure
S.E.X., 1989)
Solo de batterie
- Je t'aime bébé (Get Animal 2, 2000)
Solo de guitare (Adam)
- Antisocial (reprise
de TRUST)
- D.W.I On the Info-Superhighway (Get Animal 2, 2000)
- Rock Like Fuck (Rock Like Fuck, 2005).
Bon, honnêtement je ne conserverai pas un souvenir
impérissable du monsieur, et je ne me ruinerai pas dans sa discographie, mais
il a au moins le mérite notable de me paraitre sincère, et d'avoir animé une bonne
première partie de soirée. Ce qui lui était demandé.
SCORPIONS [21h-22h40]
https://www.the-scorpions.com/
La présente tournée est intitulée "Coming Home, over 60 years tour".
En effet, depuis l'an dernier on peut considérer que
le groupe a passé soixante ans, puisque Rudolf Schenker, alors jeune
guitariste âgé de 17 ans, forma à Hanovre, en 1965, un groupe amateur
qu'il a nommé THE SCORPIONS. Ce n'est qu'en 1969 qu'il
recrute l'actuel chanteur Klaus Meine. Dans la foulée, il engagea son p'tit frère Michael
Schenker, mais celui-ci quittera le navire dès la fin
1972 (pour UFO). Le groupe devint professionnel en 1971 et en profita pour
changer de nom, ce sera désormais laconiquement SCORPIONS. Un
premier album "Lonesome Crow" est paru le 9 février 1972.
Le groupe traversa, comme tant d'autres, les aléas de
personnels instables. Mais le groupe DAWN ROAD accepta de se fondre dans SCORPIONS,
ça tombait bien car son guitariste virtuose n'était autre que Ulrich Roth,
alias Uli Jon Roth ! Entre 1973 et 1978 celui-ci contribuera grandement
à l'essor du groupe. Son départ aurait pu être fatal, tant il marqua de son
empreinte les quatre fabuleux albums studio de son ère. L'enregistrement
en concert "Tokyo Tapes" clôt cette période fastueuse. Mais
personne n’est indispensable visiblement, puisque surmontant ce nouvel écueil,
le succès commercial n'a cessé de s'amplifier.
Le dix-neuvième
album studio, "Rock Believer"
est paru le 22 février 2022.
Actuellement le quintuor est composé de Rudolf Schenker (guitare rythmique, chœurs, depuis
1965), Klaus Meine (chant principal,
depuis 1969), Matthias Jabs (guitare
solo, chœurs, depuis 1978), Paweł Mąciwoda
(basse, chœurs, depuis 2003), Micael Delaoglou, dit Mikkey Dee (batterie, depuis 2016).
Une scène lumineuse et vaste est surplombée d'un écran
géant sur lequel alterneront des images des musiciens et du public ou encore
d'illustrations thématiques. Deux autres écrans latéraux permettent aux auditeurs
les plus éloignés de bien voir les musiciens filmés. L'éclairage est
merveilleusement impressionnant avec des rampes orientables et multicolores de
part et d'autres. De mon point d'écoute, chaque pupitre m'a semblé constamment
perceptible, sans excès de puissance.
En venant à cette soirée, je connaissais d'avance le
programme, les forces et les faiblesses. Point besoin d'être devin pour
imaginer les titres jugés indispensables. Point besoin d'être docteur pour
déplorer les effets du temps qui passe sur leur corps, autant que sur le nôtre.
Je suis venu pour commémorer une Légende, et pour partager des émotions, avec
ce qui reste d'énergie à échanger de chaque côté de la barrière. Partant de ce
principe, j'ai ainsi passé une très bonne soirée à fredonner et acclamer. Et, critère
probant, mon fils également.
C'est une évidence, Rudolph fêtera ses soixante-dix-huit
ans le 31 aout ; il bouge toujours, mais nous ne le verrons plus jamais
contribuer à une pyramide humaine, c'est clair. Son agilité s'en est allée.
Pourtant, sa passion, son plaisir et son talent sont visiblement intacts ;
c'est toujours lui qui crie en chœur ("Blackout"). Il assume
sa part de soli avec vigueur et brio ! L'éternel adulescent se montre constamment
impliqué et charismatique ; il s'amuse toujours, notamment en équipant sa
guitare d'un dispositif fumigène (toujours
sur le même titre depuis quelques années).
L'air de rien Matthias a plus de soixante-dix
ans, désormais. Eh oui… Heureusement, il continue de maitriser son art ; ses soli
(Delicate Dance)
et accords restent flamboyants. Mais sa fougue d'antan n'est plus, les gestes
sont davantage mesurés. Pourtant, jouer de la guitare et recueillir les
ovations demeurent de toute évidence son grand plaisir.
Reste les deux gamins de la bande (oui, là
je flatte ma vanité, j'avoue !), les derniers arrivés, les plus jeunes.
Le Polonais Paweł Mąciwoda, né le 20 février 1967, semble un peu
la force tranquille ; sans exubérance, il assure son rôle de moteur vrombissant
avec une régularité imperturbable. Avec Mikkey Dee (New Vision), ils forment un duo
solide pour soutenir l'énergie requise notamment sur des titres comme "Blackout"
! Ses accords vigoureux le rendent essentiel aux sonorités du groupe depuis
2003.
Quant à Mikkey Dee, je me garderai bien de narguer son âge,
puisque c'est le mien ! Le Suédois, né le 31 octobre 1963, m'avait démontré sa force de frappe impressionnante lorsqu'il jouait au
sein de MOTÖRHEAD (de 1992 à 2015). Autant dire que l'arrivée de ce Viking au
sein de SCORPIONS ne pouvait qu'entretenir une certaine énergie. Le fait
est que sa fougue est intacte et qu'il assume parfaitement son rôle de
métronome. Posté sur son socle surélevé, sa démonstration en solo (durant
lequel l'écran montrait un jackpot à la recherche du gain, avec un clin d'œil à
Motörhead, avant de fixer le gain avec l'alignement d'icônes du scorpion) a
mis tout le monde d'accord !
Enfin, pour clore le concert
en beauté, une énorme structure gonflable à l'effigie d'un scorpion surplombe
toute la scène.
Voilà de quoi ravir et
galvaniser un public totalement conquis. Je retiendrai longtemps tous ces visages
d'auditeurs filmés dans les premiers rangs ; tous genres et toutes générations
confondus, communiant dans une même parenthèse de bonheur délibérément
amnésique de l'actualité.
Le programme est donc sans surprise, le groupe (lui aussi) s'inscrit désormais dans
une routine. Les plus fervents admirateurs de SCORPIONS, les "Crazy Corps" ne semblent plus rechercher
l'audace, mais évoquer et rendre hommage à un passé commun. Pour ma part, je
n'apprécie guère les titres hachés, passés à la moulinette d'une fusion qui n'a
pas d'autre sens que l'évocation ; "Top
of the Bill", "Steamrock
Fever", "Speedy's Coming",
et "Catch Your Train", des
titres emblématiques de leur glorieuse période des années 70, sont ainsi gâchés.
Un florilège de seize
titres (! en considérant que leur amalgame des 70's constituerait un
seul morceau…) ont été choisis parmi six
albums studio. A part le seul
titre de l'album le plus récent "Rock
Believer", SCORPIONS ignore ses productions des années 2000, qui me
semblent pourtant honorables. L'album "Love
at First Sting", paru en 1984,
a retenu davantage leur attention puisqu'il est représenté avec six
titres.
PROGRAMME
Bande-son introductive et diaporama
- Coming Home (Love at First
Sting, 1984)
- Gas in the Tank (Rock
Believer, 2022)
- Make It Real (Animal
Magnetism, 1980)
- The Zoo (Animal Magnetism,
1980)
- Coast to Coast (Lovedrive,
1979)
- Top of the Bill /
Steamrock Fever / Speedy's Coming / Catch Your Train (amalgame des 70's)
- Bad Boys Running Wild (Love
at First Sting, 1984)
Delicate Dance (solo de Matthias)
- Send Me an Angel (Crazy
World, 1990)
- Wind of Change (Crazy World,
1990)
- Loving You Sunday Morning (Lovedrive,
1979)
- I'm Leaving You (Love at
First Sting, 1984)
New Vision (solo de Pawel – puis solo de Mikkey)
- Tease Me Please Me (Crazy
World, 1990)
- Big City Nights (Love at
First Sting, 1984)
- Still Loving You (Love at
First Sting, 1984).
RAPPEL :
- Blackout (Blackout, 1982)
- Rock You Like a Hurricane (Love
at First Sting, 1984).
Un bilan de soirée relativement positif, en dépit d'un
programme peu audacieux, parfois même méprisant pour leur époque que je préfère
(70's). Nonobstant, leur sincérité
alliée à leur talent a produit une
très bonne prestation. Je leur maintiens toujours ma bienveillance et mon respect,
eu égard à leur biographie et leur apport dans mon quotidien durant toutes ces
décennies.
A mon grand regret, à l'instar d'IRON MAIDEN et de
JUDAS PRIEST, je n'ai jamais pu approcher physiquement SCORPIONS afin de leur
exprimer ma gratitude pour ces décennies musicales qui ont bercé mes étapes de
vie. Sans doute ai-je manqué de pugnacité dans les années 80, à une époque où
c'était encore envisageable…







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