mercredi 2 novembre 2022

PORCUPINE TREE – LE ZENITH DE PARIS – le mercredi 2 novembre 2022

https://porcupinetree.com/

ETATS D'ÂME

QUATRE MILLE QUATRE CENT DEUX jours que j'attendais ce moment ! 4402 jours depuis ce prestigieux concert du jeudi 14 octobre 2010 au Royal Albert Hall, à l'issue duquel je n'imaginais pas que ce devait être le dernier avant longtemps ! Attente interminable, attente désespérée d'un mélomane passionné par ce groupe devenu légendaire, reconnu comme une référence par beaucoup d'artistes.

J'exempte d'intervention ceux de mes amis qui moqueront mon engouement tardif pour PORCUPINE TREE, même si en effet je confesse volontiers avoir attendu le samedi 30 avril 2005 pour assister à un premier concert ! Je m'en veux tellement d'avoir ignoré son existence au moins dès le 24 avril 1998, date où le groupe était en concert à deux pas de chez moi au Théâtre Dunois dans le XIIIème arrondissement de Paris. D'avoir ignoré aussi son passage au Divan du Monde (12/6/99), au Trabendo (11/3/03) ou encore à la Maroquinerie (29/11/03) ! C'est une faute d'autant plus impardonnable, que si je n'avais pas méprisé à cette époque deux autres vecteurs de curiosités, à savoir Marillion et Dream Theater, j'aurais pu/dû découvrir Steven Wilson bien avant 2003 !!! bouhouhouhou… je me hais ! Cela étant le Môssieur est tellement actif, qu'il ne nous laisse que peu de temps aux lamentations ; en comptant ses prestations avec PORCUPINE TREE, BLACKFIELD, et son propre groupe, je pourrais me satisfaire de l'avoir vu, jusqu'à ce jour, vingt-cinq fois, dont neuf avec PORCUPINE TREE. Ma seule lacune au tableau est de ne pas avoir encore pu assister à un concert de NO-MAN.

BREF HISTORIQUE

Créant seul le concept PORCUPINE TREE dès 1987, Steven Wilson ne s'est entouré d'un vrai groupe qu'à la fin de l'année 1993 en faisant appel au claviériste Richard Barbieri, au bassiste Colin Edwin et au batteur Chris Maitland. Le groupe s'est d'abord ancré dans le sillage d'influences plutôt psychédéliques, rock spatial et rock expérimental. Puis il a évolué vers une direction davantage rock progressif, avec zeste de pop …parcours un peu similaire à celui de Pink Floyd. Il a ainsi peu à peu gagné en notoriété dans la sphère prog, notamment en Italie et aux Pays-Bas. Sa composition est restée stable jusqu'en février 2002, lors du départ de Chris, qui est remplacé par Gavin Harrison. Ce changement, concomitant aux expériences parallèles de Steven, marque une nouvelle évolution musicale vers des sonorités plus dure. L'album "In Absentia" (2002) en est une éblouissante démonstration. C'est précisément à cette époque que j'ai connu et admiré le groupe ; sa musique réunit tous les styles chers à mon âme, il crée une alchimie magique entre le metal, le prog, le folk, le spatial psyché, voire même le classique. Le titre "Gravity Eyelids" me semble une sublime synthèse.

Mais Steven est un personnage hyperactif, multiinstrumentiste, expert ès sons instruit depuis l'âge de 10 ans par son auguste papa. Il entretient plusieurs collaborations en parallèle, à commencer par NO-MAN (sa collaboration ambiante et hip-hop avec Tim Bowness), mais aussi IEM (un délire électro), Bass Communion (un délire expérimental, drone ambiant), BLACKFIELD (sa collaboration pop-rock avec Aviv Geffen), et STORM COROSION (sa collaboration ambiante lugubre avec Mike Äkerfeld). Sa compétence dans le domaine du son est reconnue à un tel point que les plus grands lui confient le remixage de leurs albums ; King Crimson, Yes, Jethro Tull, Caravan, notamment… Il accompagne des artistes dans leur production : MARILLION, OPETH, ANATHEMA, EPHRAT, Anja GARBAREK.

Infatigable et insatiable, Steven lance, dès 2008, un nouveau projet en solo avec la parution de son premier album "Insurgentes". Ses opus suivants accroissent constamment sa notoriété "Grace For Drowning" (2011), "The Raven that Refused To Sing" (2013), le chef d'œuvre "Hand. Cannot. Erase" (2015), "To the Bone" (2017) et "The Future Bites" (2021). En contrepartie de ce succès il abandonne, dès 2010, son beau jouet PORCUPINE TREE qui, à mon sens en tous cas, était pourtant en plein essor.

Au fil des entretiens avec les journalistes et des tournées triomphales, les admirateurs nostalgiques de l'Arbre au Porc-épic ont erré péniblement entre espoirs déçus et désespoir relatif. Nous étions nombreux, partagés entre la satisfaction de voir son talent reconnu et l'amertume de l'abandon de l'aventure PORCUPINE TREE. Mon espoir était cependant nourri par l'observation du nombre croissant de titres de PORCUPINE TREE que Steven reprenait au fil des tournées ; aucun en 2012, un en 2013, puis deux en 2015, puis quatre,… pour atteindre cinq titres durant les concerts des années 2016 à 2018 ! Preuve que cela devait le travailler quand même !!

Nonobstant ce bel élan, la Pandémie a contrarié la tournée promotionnelle de "The Future Bites", qui était prévue pour l'automne 2021 ; elle est reportée à …2024.

Puisque le Monsieur n'aime pas rester inactif, il a eu une la bonne idée de répondre ENFIN à ses admirateurs… Nous n'osions plus l'espérer, mais à la surprise générale, il a ressuscité notre Arbre favori et a annoncé dans la foulée un nouvel opus, suivi d'une tournée ! Hallelujah !!!

C'est ainsi qu'un onzième album studio "Closure/Continuation" est paru le 24 juin 2022. Encore une grosse réussite à mon sens, cet opus me semble se placer dans la continuité de son prédécesseur "The Incident". Les nostalgiques de la première période (1993/03) restent frustrés, mais en ce qui me concerne cette orientation me convient parfaitement.

Les tickets sont réservés dès le 2 novembre 2021. Je ne cache pas que mon impatience teinté d'inquiétude n'a cessé de croitre depuis cette date !!

Nous revenons au Zénith de Paris, dix jours après le concert de Marillion qui fut déjà un très Grand moment d'émotions. Nonobstant, je subodore que ce soir sera un cran encore au-dessus, ne fut-ce que pour l'aspect historique d'un retour inespéré ! De surcroit, je suis accompagné de mes deux fils, Samuel et Julien, et de ma p'tite Fée !!! Seul Samuel les a déjà vus, en 2009. Je me remémore avec une tendre nostalgie ces déplacements en voiture dès 2003, durant lesquels mes deux crapules étaient contraintes de subir mes écoutes répétées d'In Absentia ! Il faut croire que ce bourrage de crânes a dû les marquer durablement… père indigne (?). Mon aîné attendait l'ouverture des barrières dès 15h30, il est logiquement au premier rang en fosse, face à son idole. Son frère ne restera avec nous que durant le premier acte avant de mieux partager les émotions de la fosse ! Je ne peux pas lui en vouloir …

Trèves de discussions apéritives entre mélomanes passionnés, nous pénétrons l'auditorium pour nous asseoir à nos places réservées en carré or. Pour comprendre ce qui suit, je dois rappeler ma nostalgie d'une époque où les placements étaient libres, quelle que fut la salle. Pas de numéro, pas de carré or, pas de placeuses… Cette règle favorisait les mélomanes les plus passionnés ; ceux qui arrivaient le plus tôt étaient les mieux placés, épicétou. Mais ça, c'était avant. Depuis plusieurs années, c'est le règne du pognon. Les gueux au pigeonnier. Même la fosse est désormais parfois (pas aujourd'hui) subdivisée pour privilégier les plus fortunés. Un scandale, auquel certains s'opposent courageusement ; pour les concerts des Dropkick Murphys, le placement est libre.

A priori, je m'agace donc d'être accueilli par une armée de placeuses dont je pressens la main tendue, comme si le prix des places (et des consommations) n'étaient pas déjà assez chères ! Mais de surcroit, la demoiselle nous explique que nos trois places ont été réquisitionnées au profit de personnes handicapées. Mon sang commence à bouillir, mais c'est ma p'tite Fée qui se rebelle à juste titre. Non pas contre le principe de réserver un emplacement à cet effet, bien entendu, mais pour le simple principe du respect de notre contrat de réservation. En outre, un coup d'œil rapide et discret sur les bénéficiaires nous fait fortement douter du motif … De fait, après moult négociations et déplacement adéquates, (…) nous parvenons finalement à récupérer Nos trois sièges. (du reste nous observons que les occupants se sont levés sans aucune difficulté !). La pagaille de leur mercantile organisation a ainsi touché toute la rangée, d'autres spectateurs ont eu la même exigence que nous.

Notre combat légitime nous a permis de jouir d'un emplacement idéal pour lequel nous avions payé, premier rang du gradin central face à la scène, légèrement sur la gauche.

LE CONCERT [20:15-21:25 / 21:45-22:50 / 22:52-23:12]

Alors que les lumières de la salle sont encore allumées, nous percevons en bande son introductive la tonalité continue du thème d'Even Less. L'excitation est ainsi à son comble lorsque l'extinction des feux est immédiatement suivie de l'entrée des artistes qui attaquent sur l'énergique "Blackest Eyes" ! Je vous fais grâce du détail de mon excitation totale …

Steven WILSON (chant, guitare, de 1987 à 2010, puis depuis 2021) est entouré de Richard BARBIERI (claviers, de 1993 à 2010, puis depuis 2021), et de Gavin HARRISON (batterie, percussions, de 2002 à 2010, puis depuis 2021). Mais aussi de Randy McSTINE (guitare, pour la tournée actuelle) et Nate NAVARRO (bassiste, pour la tournée actuelle).

Dès les premières séquences on savoure la qualité inouïe de la sonorisation ! Le concert sera un pur régal auditif, tel que Steven est capable d'en fournir dans notre salon !

La scène est éclairée par un dispositif faussement discret ; un arc de projecteurs surplombe le tout. Il est lumineux, et contribuera merveilleusement par ses teintes et ses nuances, aux atmosphères requises.


En fond de scène, un écran géant diffuse les images et mini-films illustrant les thèmes abordés.

L'espace scénique est large et permet à chaque pupitre de disposer de son espace vital. Cela étant, le seul à bouger sera Steven.

Partant de ce cadre, on pourra toujours me soupçonner de subjectivité, mais le fait est que de l'avis général cette prestation s'avèrera vite être LE concert de l'année, tout simplement. La maitrise est totale de bout en bout, le visuel, le son, le choix des titres tout relève de la perfection. Et que l'on ne vienne pas m'opposer que seul Dieu serait parfait ; n'est-il pas là devant nous, sur la scène ?!

Sur l’écran, on voit s'animer, sous différentes formes et couleurs, le personnage de la couverture d'In Absentia. La suite ravit nos sens avec une succession de titres étourdissants principalement issus de "Closure / Continuation", produisant des émotions indescriptibles. Je souligne la version magnifique d'"Even Less" de 7 minutes version. "Last Chance to Evacuate Planet Earth Before It Is Recycled", dont les accords de banjo sont joués sur des guitares acoustiques. Steven soigne particulièrement le titre "Chimera's Wreck", dont l'intro lui permet de bidouiller le son de sa guitare comme il le faisait à ses débuts, et durant lequel l'alternance étourdissante des ambiances est magnifiée par un film d'illustration somptueux ! J'ai ainsi appris ici à apprécier ce titre, alors qu'il était loin d'être mon favori sur le CD ! Bref, le programme ne laisse aucun répit à nos esprits bousculés mais je souligne encore la puissance mélodique et émotionnelle de "Dignity".

Force est de constater que Steven est au sommet de son art, sa voix est posée et juste et je rassure les inquiets (sa récente orientation en solo in quiète certains observateurs) il sait toujours jouer de la guitare, et très bien ! Il semble détendu ; il dialogue avec son public, s'amuse des t-shirts qu'il remarque dans la fosse, s'excuse de nous avoir fait attendre tant d'années (il peut !…). Son épanouissement personnel (professionnel et sentimental) ne semble pas nuire à son talent, ni à son envie, ni à sa créativité. Richard reste le discret enchanteur créateur d'ambiances ; et que Gavin confirme une fois de plus son immense talent, sa force tranquille, sa haute technicité et sa sensibilité de frappes. Même si je déplore, par principe l'absence de Colin Edwin et celle de John Welsey, j'admets volontiers que Nate (moment de bravoure de la basse sur "Dignity") et Randy (ses soli et ses chœurs sont toujours opportuns et de qualité) les remplacent dignement.

Un p'tit entracte est bienvenu pour un premier partage d'émotions et pour se ressourcer avant de profiter d'un second acte qui nous fera grimper très, très haut !

Une bande son introductive évoquant le titre "Sentimental" annonce un bel hommage à l'album "Fear of a Blank Planet" qui sera effectivement dignement honoré durant l'acte II. Notons cependant le puissant "Herd Culling" couronné par un "Happy Birthday" entonné par les admirateurs les plus avertis, à l'attention de Steven né le 3 novembre 1967. L'époustouflant "Anesthetize" est joué dans son intégralité, avec des belles interventions de McStine. Et que dire du redoutable "Sleep Together" qui une fois de plus a littéralement désarticulé mon pauvre cou et dévasté ma crinière.


L'ivresse du public est à son comble, bien évidemment.

L'attente pour le rappel est bien trop longue à mon goût. Dans ce cadre, l'éthéré "Collapse the Light Into Earth" vient calmer un peu les esprits ; seuls sont présents Steven et Richard. Magique !

Avant de clore cette soirée mémorable, Steven plaisante avec son public. Les plus anciens admirateurs auront au passage mesuré combien le monsieur a pris de l'assurance. Elle est loin l'époque où l'introverti se cachait derrière sa frange de cheveux longs ! Revendicatif, il annonce ; Oui, le titre de clôture sera un morceau emblématique de son choix, non soumis aux diktats médiatiques auxquels sont soumis tant d'autres artistes. Non, ce ne sera pas un "Free Bird". C'est "Trains" qui fait chavirer finalement un public absolument comblé. C'est au moins la septième fois qu'il me ressort ce titre en concert, mais je ne m'en lasse pas !

En un peu plus de deux heures et trente-cinq minutes, nous avons écouté vingt titres, dont les sept issus de Closure / Continuation (2022), cinq issus d'In Absentia (2002), quatre issus de Fear of a Blank Planet (2007), un issu de Deadwing (2005), un issu de Lightbulb Sun (2000), un issu de Recordings (2001) et un issu de Stupid Dream (1999). Monsieur "plus" aurait volontiers apprécié des titres plus anciens ; en plaçant le curseur sur les années 2000, Steven a oublié délibérément sa période la plus éthérée. Choix artistique, donc respectable.

PROGRAMME
ACTE 1
Bande son introductive : Tonalité longue tirée d'Even Less
Blackest Eyes (In Absentia, 2002)
Harridan (Closure / Continuation, 2022)
Of the New Day (Closure / Continuation, 2022)
Rats Return (Closure / Continuation, 2022)
Even Less (Stupid Dream, 1999)
Drown With Me (In Absentia, 2002)
Dignity (Closure / Continuation, 2022)
The Sound of Muzak (In Absentia, 2002)
Last Chance to Evacuate Planet Earth Before It Is Recycled (Lightbulb Sun, 2000)
Chimera's Wreck (Closure / Continuation, 2022).
Bande son finale : Turiya (Alice Coltrane).
ACTE 2
Bande son introductive : Sentimental
Fear of a Blank Planet (Fear of a Blank Planet, 2007)
Buying New Soul (Recordings, 2001)
Walk the Plank (Closure / Continuation, 2022)
Sentimental (Fear of a Blank Planet, 2007)
Herd Culling (Closure / Continuation, 2022)
Anesthetize (Fear of a Blank Planet, 2007)
Sleep Together (Fear of a Blank Planet, 2007).
RAPPEL :
Collapse the Light Into Earth (In Absentia, 2002)
Halo (Deadwing, 2005)
Trains (In Absentia, 2002).

Pour marquer l'évènement, un arrêt à l'échoppe s'impose. En ce qui me concerne se sera un nouveau t-shirt.

Le bonheur est dans la salle...          ©Marco

Je m'étais abstenu de boire quoique ce soit ce soir de peur de manquer un tant soit peu de ce concert, car je fais partie du redoutable GPV (Gang des P'tites Vessies). La soif m'emporte donc avec quelques autres à trainer dans un bar au-delà des horaires de circulation des métros… Heureusement, les Noctiliens roulent encore pour nous rapprocher au mieux de chez nous !

Que du bonheur on vous dit !...

Nous avons déjà des scrupules de ne pas avoir opté pour d'autres dates de la présentes tournée... Lors de la rédaction du présent récit, nous savons déjà qu'une première date de festival est fixée ; ce sera le Sounds of the City à Castlefield Bowl Manchester, (UK) le 29 juin 2023. … Ça cogite déjà … Et si PORCUPINE TREE venait au Night of the Prog de Loreley ? hein ? Hein ? 

samedi 15 octobre 2022

ARENA – THE WINDMILL – Cosmopolite Scene (Oslo, Norvège) – samedi 15 octobre 2022

Hiver 2019, Winfried Völklein annonce les premiers groupes prévus au festival Night of the Prog de Loreley. Parmi ceux-ci, un groupe norvégien : THE WINDMILL. Totalement inconnu de mon répertoire, je me suis donc tourné vers notre microcosme de mélomanes passionnés pour assouvir ma curiosité habituelle. Ces recherches aboutirent très rapidement à me convaincre de l'intérêt d'assister à leur concert en juillet. Celui-ci a confirmé tout leur talent ; moi et ma p'tite Fée avions été totalement subjugué (le mot n'est pas excessif !) par ces vikings romantiques.

Cette remarquable prestation nous avait laissé une envie irrépressible de les revoir en concert. Hélas, ils font partie de ces artistes talentueux qui peinent à se faire connaitre.

Autant dire que l'annonce d'un concert de ces norvégiens chez eux, à Oslo, a immédiatement réactivé notre désir latent de visiter la Scandinavie, destination de rêve pour nous. De surcroit, THE WINDMILL partage l'affiche avec les britanniques ARENA, que nous affectionnons fortement. Le doute n'était plus possible. En dépit de l'éloignement, en dépit de la réputation onéreuse du pays, nous nous engageâmes ainsi pour un court séjour au pays des Vikings !

Mais c'était sans compter avec cette maudite pandémie. D'abord prévue le 17 octobre 2020, la soirée fut reportée en octobre 2021, puis à ce samedi 15 octobre 2022. Passons sur les tracas logistiques engendrés par ces reports successifs (…), mais pour sa part THE WINDMILL a eu la courtoisie de nous renvoyer deux nouveaux tickets par courrier postal ; aucun des autres concerts reportés n'ont fait l'objet d'autant d'égard ! A défaut de les voir sur scène, nous avions pu les rencontrer en spectateurs lors du NOTP auquel ils sont régulièrement présents. Nouvelle occasion d'apprécier leur humilité, leur accessibilité, leur amabilité ; c'est un vrai bonheur de leur offrir notre admiration. Ces traits de caractère seront une nouvelle fois confirmés ce soir.

Je ne m'étendrai pas ici sur le volet touristique du séjour, qui s'imposait de toute évidence. Je souligne juste la qualité de vie supérieure dans la capitale norvégienne, illustrée notamment par son réseau de transports en commun (RUTER) particulièrement pratique et fonctionnel. Avec un forfait journalier à 11,70 € (117 kr), nous avions accès à toutes les lignes de tramway, de bus et surtout de bateau-bus de la ville et du port ! Du jeudi 13 au dimanche 16 je n'ai observé aucun encombrement, ni de pollution ; la plupart des véhicules (bateaux, voitures, bus) sont à propulsion électrique. Je n'avais encore jamais vu autant de Tesla ! Même un mélomane américain (venu pour les mêmes raisons que nous) s'en est étonné ! Les rues sont calmes, rassurantes et propres à part quelques malheureux tags qui paraissent encore plus incongrus qu'ailleurs…

LE SITE

Après avoir déménagé entre plusieurs sites différents à Oslo, le choix de nouveaux locaux s'est porté depuis 2008 sur le vénérable cinéma de Soria Moria (construit en 1928), situé dans le quartier Torshov au Vogts gate, 64. Le bâtiment s'inscrit dans la plus pure tradition architecturale de la ville nordique avec sa façade relativement austère mais imposante. Ici, le Cosmopolite a eu l'opportunité de s'étendre sur trois étages et, après une période de rénovation, a rouvert le 24 octobre 2008. Depuis lors, plusieurs concerts sont organisés chaque semaine tant sur la grande scène du Cosmopolite, que sur la scène du club de Belleville.

L'accès au Cosmopolite Scene est d'autant plus aisé qu'il est situé à deux stations de tram et/ou de bus de notre lieu d'hébergement. Conforme à l'intitulé du lieu, les affiches lumineuse qui défilent sur l'écran publicitaire révèlent une programmation très … cosmopolite, voire exotique. Cette affichage délibérément orienté "multiculturel" m'aurait moins agacé sans l'absence de mention de NOTRE soirée … Ce n'est qu'en nous approchant, que nous remarquons une ridicule affichette, imprimée à la sauvette, scotchée sur la porte vitrée. Nul n'est prophète en son pays, pas même en Norvège ! Seule la présence du car de tournée d'ARENA trahit une présence réjouissante.

Au passage on aura noté une fois de plus le caractère pragmatique de l'organisation norvégienne ; un large espace de stationnement est réservé aux artistes. Clive Nolan aura pu comparer, non sans une certaine émotion, cet accessibilité à celle de La Maroquinerie (Cf. concert de Pendragon le 3 mars 2020)…

LE CONCERT

Arrivé avec une heure d'avance, nous ne sommes précédés que d'un mélomane. En l'abordant, je m'aperçois qu'il s'agit d'un plus gros malade que nous !! Certes, nous avons voyagé 1400 km pour assister à un concert de THE WINDMILL, mais lui c'est un américain qui vient de Chicago tout spécialement pour assister à la prestation de Damian Wilson ! Je suis toujours rassuré de trouver pire que moi dans la déraison ! Entre passionnés nous échangeons nos goûts ; il me conseille l'écoute de l'album récemment paru d'un groupe australien TOEHIDER, "I have little to no memory of these memories". (Enorme claque a posteriori).

Justement, voilà qu'apparait l'exubérant Damian Wilson, désireux d'ouvrir la porte vitrée qui nous sépare, pour venir discuter avec ses admirateurs. Particulièrement expansif, il réclame impatiemment la clé pour sortir et étreindre chaleureusement les volontaires. Une fois parmi nous, il se lâche en effusions et marques de gratitude puis il se lance dans un discours exalté démontrant son impatience de chanter ce soir.

La trentaine de spectateurs présents à ce moment-là s'amuse des facéties du personnage atypique, avant d'être autorisés à pénétrer dans le bâtiment. Dans le petit hall d'accueil sont installées les échoppes. Mais je m'y rendrai à la fin, nous ne tardons pas à nous engouffrer dans l'auditorium qui se révèle spacieux et doté d'un bar au fond, face à la scène. Après un petit doute sur le choix d'emplacement, nous optons pour la proximité avec les artistes, même si la console de sonorisation est peu éloignée de la scène. Nous n'avons aucun mal à nous positionner au premier rang, en plein centre. Pas de fosse aux photographes, nous sommes donc collés à la scène à hauteur de hanche. Juste parfait !

Lors des derniers préparatifs de la scène, Morten L. Clason et Arnfinn Isaksen nous repèrent et viennent immédiatement nous saluer chaleureusement ; notre dernière accolade remontait à juillet dernier au Loreley. Nous ne nous lassons pas de leur gentillesse.

THE WINDMILL [20h-21h].

The Windmill est un groupe norvégien apparenté à la catégorie rock progressif symphonique, créé à l'automne 2001. Leur Histoire raconte que le claviériste Jean Robert Viita en se promenant un jour en Allemagne dans les années 90, remarquait un parc éolien dont les rotors des moulins à vent semblaient tourner en cadence avec "Moonmadness" de Camel que diffusait son autoradio. C'est de là que serait née l'idée de baptiser son projet "THE WINDMILL". Projet occasionnel et marginal à la base, les premières années ont été caractérisées par des répétitions sporadiques, juste pour le plaisir. Mais, ses protagonistes, pourtant impliqués dans d'autres groupes à l'époque, ont fini par se convaincre de s'impliquer davantage … À l'automne 2005, il a été décidé de commencer l'enregistrement de ce qui allait devenir le premier album, délibérément intitulé "To be continued..." qui n'est paru qu'en… 2010. Les répétitions régulières se sont alors intensifiées, le groupe a commencé à prendre forme en tant que groupe à part entière. Un concert à Oslo en avril 2007, en première partie de Panzerpappa s'est avéré être un succès et a encouragé de nouveaux efforts, autant en salle de répétition et qu'en studio. L'Histoire était en route …

Le second opus "The Continuation" est paru le 3 mars 2013 ; très astucieusement le premier titre éponyme débute sur le même thème musical que le dernier titre "To be continued" de l'opus précédent. C'est ce qui s'appelle avoir de la suite dans les idées…

Un troisième album studio "Tribus" est paru le 15 novembre 2018. Acclamé par les chroniqueurs, cet opus permet au groupe de s'engager sur des concerts l'année suivante… Dont ce fameux festival Night of the Prog, Loreley, à Sankt Goarshausen en Allemagne, le dimanche 21 juillet 2019 à l'occasion duquel j'ai pu les voir pour la première fois. Ce fut une révélation, même si dès l'annonce de leur participation j'avais en préalable pris connaissance de leur discographie.

De nouvelles compositions sont en cours depuis début 2020 pour le quatrième album, mais la pandémie a pesé sur le processus.

THE WINDMILL se compose actuellement de Morten L. Clason (chant, flûtes, saxophones, guitare, claviers, depuis 2001), Jean Robert Viita (claviers, et chant, depuis 2001), Arnfinn Isaksen (basse, depuis 2001), Erik Borgen (chant, guitare, depuis 2003), Stig André Clason (guitare, depuis 2010) et Kristoffer Utby (batterie, percussions et choeur, depuis 2018).

Je devine déjà le lecteur doutant de mon objectivité sur mon évaluation, compte-tenu de ce qui précède. En effet, je confesse aborder la soirée avec un a priori favorable. Ces très talentueux musiciens n'ont pas une grande expérience de la scène et ils ne se cachent pas derrières des artifices sonores ou visuels ; pas de bande-sons, pas de fumigènes, pas de flammes infernales, juste des musiciens, leur(s) instrument(s) au service de la Musique. De ce fait, oui je leur accorde délibérément un droit à l'imperfection. Droit dont ils n'ont pas abusé, loin de là !

Mes récits demeurent purement subjectifs, ils n'ont jamais eu la prétention de faire une étude musicologique sur le niveau technique des artistes ; je me permets juste de souligner mon admiration pour tel ou tel, en fonction d'un talent qui me semble remarquable. Avec THE WINDMILL, je continue à me cadrer dans cet état d'esprit. Ces troubadours contemporains assument pleinement leur fonction de médecins de l'âme. Et Dieu sait combien la musicothérapie est plus que jamais nécessaire dans ce monde en folie ! Leur prestation nous a accordé la parenthèse poétique dont nous avions besoin. Nous retrouvons sur scène toutes les qualités mélodiques admirées sur les enregistrements, l'harmonie entre les pupitres, les accords de guitares, de basse, de claviers et les rythmes entrainants ; tout concorde pour emmener l'auditeur dans un monde enchanté. Comme me l'a récemment évoqué un ami, la formule de Beaudelaire "La musique creuse le ciel" a rarement été autant bien illustrée.

L'acoustique de la salle est excellente, et la sonorisation l'est tout autant. Les protections auditives ne sont pas vraiment nécessaires. L'éclairage est lumineux, excellent pour les prises de vues. Peu de nuances de couleurs ; elles seront davantage attribuées à ARENA. Un vaste écran fluorescent montre le logo THE WINDMILL. La scène reste relativement spacieuse pour le sextuor. Bref, les ingrédients matériels sont réunis pour passer une bonne soirée. Nous sommes confiants, mais impatients de vivre enfin l'événement tant attendu !!!

Le multi-instrumentiste Morten L. Clason a attiré tout particulièrement mon attention pour son aptitude à jouer de tant d'instruments avec sensibilité, émotion et talent ; flûtes, saxophones, guitares, sans omettre le chant pour suppléer Erik. Quant à Erik Borgen, avec son chant à la voix douce, chaude et calme, son jeu de guitare, il constitue un point d'ancrage essentiel du groupe. L'intonation de sa voix captive son auditeur, Erik nous raconte une histoire avec sensibilité. En alternance avec Erik, Stig André Clason intervient consciencieusement sur les soli, et les combinaisons d'accords de guitare. Positionné derrière lui, à la batterie, Kristoffer Utby (son complice au sein de The Infringement), martèle avec force et délicatesse les percussions et les rythmes balancés, tout en participant aux chœurs. L'imperturbable Arnfinn Isaksen assure solidement ses ostinatos et accords de basse avec la régularité et la justesse appropriée. Enfin et surtout, Jean Robert Viita en maître omniprésent de cérémonie, assure les bases mélodiques de l'ensemble, fort de nappes et d'accords aux sonorités 70's. L'ensemble produit un pur régal auditif.

THE WINDMILL aurait pu interpréter n'importe quels titres des trois opus parus à ce jour, cela nous aurait  ravis ; ils ont choisi de débuter avec deux titres issus de "The Continuation" ("Not Alone" et "The Masque"). Entre les deux, Jean-Robert a pris le temps de remercier le couple français venu les voir à Oslo. Cette marque d'empathie fait plaisir à entendre, quand même !

Puis à notre grande satisfaction, nous aurons eu le privilège de découvrir l'ébauche d'un nouveau titre d'une vingtaine de minutes. Intitulé "Fear", sa deuxième interprétation scénique reste en évolution mais est très prometteuse ; nous avons déjà hâte d'écouter sa version studio ! On y retrouve les ingrédients mélodiques et instrumentaux familiers, sans redondance.

Puis c'est le splendide "The Tree" la pièce maitresse issue de "Tribus". Un titre épique que j'affectionne particulièrement (je le porte en t-shirt ce soir !) car, à l'instar de "The Gamer", il me semble valoriser l'éclectisme musical de ce groupe lors de séquences jazzy et rock interprétées avec des interventions délicieuses aux saxophones, aux flûtes, notamment.

Bref, je pourrais me perdre dans de vaines descriptions de mon ressenti sans jamais convaincre, mais cette musique s'écoute, se perçoit, se vit. Ils auront ainsi opté pour des titres de longues durées, ce qui n'est pas pour me déplaire en tant qu'amateur de rock progressif…

Alors que se dessine la fin de cette première partie de soirée, avec seulement quatre titres, le concert nous a déjà paru bien trop court, et pourtant il aura duré une heure ! Quoiqu'il en soit, en dépit de notre vigoureuse et très enthousiaste acclamation, ils doivent céder la place aux anglais. Je réaliserai lors de la seconde partie de soirée qu'une grande partie du public était là pour ARENA. Mais la prestation de THE WINDMILL a cependant recueilli les belles ovations méritées.

Nous réalisons alors que nous devrons attendre longtemps avant de les revoir… Nous continuerons à mettre notre activisme au service de leur venue dans nos contrées, mais je nous sens prêt à bien d'autres excès pour aller les revoir ! En attendant, ils peuvent compter sur notre prosélytisme zélé, ce récit dithyrambique n'en est que le prolongement. Mes chers amis, vous n'avez pas fini de les entendre en notre compagnie ; dans notre voiture ou dans notre salon, vous n'y échapperez pas !

Les musiciens quittent la scène avec le sourire et le sentiment du devoir bien accompli.

PROGRAMME
Not Alone (The Continuation, 2013)
The Masque (The Continuation, 2013)
Fear (Opus en cours, 2023)
The Tree (Tribus, 2018).



ARENA [21h30-23h15]

Arena est un groupe de rock britannique apparenté au style néo-progressif. Il fut fondé en 1995 par le claviériste Clive Nolan (Pendragon, Shadowland), et le batteur Mick Pointer (Marillion de 1979 à 1983).

J'ai assisté à trois concert d'ARENA, durant l'ère du chanteur Paul Manzi ; le 24 avril 2015 au Divan du Monde (Paris 18), le 11 mai 2018 à La Maroquinerie (Paris 20), puis le 15 juillet 2018 au Loreley (Night of the Prog, Sankt Goarshausen, Allemagne). Manzi a estimé que ses projets personnels priment sur ceux d'ARENA et a donc annoncé son départ en pleine pandémie, le 13 juillet 2020, après dix années de collaboration. Dès le lendemain, son remplaçant était indiqué. Je ne connaissais Damian Wilson que vaguement, par ses participations au sein d'Ayreon.

ARENA se compose donc désormais de Clive Nolan (claviers et chœurs, depuis 1995), Mick Pointer (batterie, depuis 1995), John Mitchell (guitares chœurs, depuis 1997), Kylan Amos (basse, depuis 2014), et Damian Wilson (chant, depuis 2020).

A peine recruté le nouveau chanteur est entrée en studio pour enregistrer "The Theory of Molecular Inheritance" dont la date officielle de parution est prévue le 21 octobre 2022, mais qui est déjà en prévente ce soir. Déjà écouté deux ou trois fois en préalable, il me semble très réussi.

A l'instar de la première partie de soirée, la sonorisation m'a semblé excellente. L'éclairage (à tout seigneur tout honneur) dispose de davantage de densité et de couleurs, et a permis de belles nuances d'atmosphères. De beaux clichés, aussi. En fond de scène, l'écran diffuse des images illustrant les différentes chansons. Le quintette prend moins de place que leur prédécesseur et la scène parait ainsi plus spacieuse ; ce qui n'est pas un détail pour l'itinérant Damian Wilson !

Le groupe semble décidément très attaché à son opus "The Visitor" paru en 1998, car une grande part des chansons en sont issues (à l'instar des concerts de 2015 et 2018). En comparaison, le dernier opus "The Theory of Molecular Inheritance" se contente de trois espaces, tout comme "The Seventh Degree of Separation". Le reste de la programmation est un subtil équilibre revisitant le parcours musical du groupe depuis ses débuts.

La prestation d'ARENA m'a semblé accroitre la ferveur du public. Décontractés devant la scène pour savourer THE WINDMILL, il aura fallu batailler dur pour y rester. Et croyez-moi, chez les Vikings ce ne sont pas forcément les mâles les plus agités !!! Il faut dire que le comportement du nouveau chanteur est de nature à exciter les esprits de féminins. Elles sont d'autant plus exaltées qu'il est démonstratif, expansif. Pendant le titre de rappel "Solomon", il fend la foule pour venir chanter au milieu. Damian s'est durant le titre suivant jeté sur la foule du haut de la scène mais … même les vikings n'ont pas pu le soutenir !! Mais son charisme ne se limite pas à la gestuelle, le monsieur est aussi doté d'un organe impressionnant (calmez-vous mesdames, je parle de la voix), émettant un chant au timbre puissant et émouvant.

Mais John Mitchell, (avec l'aval d'un hochement de tête de Clive Nolan) a su maitriser l'enthousiasme débordant de Damian qui s'engageait dans des bavardages estimés un peu longuets à son goût ; il lance ainsi "et si on chantait ?". Il faut dire que le John n'est pas du genre à rire aux éclats, toujours austère et concentré sur son (magnifique) jeu de guitare. Le plus souvent perchés dans les aigus, ses soli puissants constituent une des marques de fabrique des compositions depuis 1997. J'ai redécouvert le talent de Kylan Amos, dont le travail à la basse m'a paru excellent, alternant accords chaloupés, et tricots de notes courantes. Le bassiste, toujours souriant, semble constamment s'éclater ; impliqué et efficace il n'a d'ailleurs pas manqué d'attirer l'admiration d'Arnfinn qui était venu se glisser parmi nous. Ici aussi le maître de cérémonie est le claviériste ; avec l'autre cofondateur le batteur Mick Pointer, Clive Nolan dirige et surveille l'exécution, depuis le fond de la scène. Choriste intermittent, ses nappes et accords de synthé accompagnent et articulent magnifiquement les compositions sans défaillir. On ressent bien qu'ARENA c'est son groupe, alors que dans PENDRAGON il semble davantage au service du guitariste Nick Barrett.




Très bon concert donc. Nous avons hâte de les revoir au festival Prog en Beauce ce 22 octobre ; nous aurons sans doute l'esprit davantage disponible à leur attention que ce soir. A l'issue d'un vol en haute altitude, la Terre parait toujours un peu trop basse ! La charge émotionnelle procurée par les norvégiens fut telle que nous avons un peu tardé à nous investir dans la seconde partie de soirée ! Objectivement et avec le recul nous avons conscience d'avoir vécu deux excellents concerts.

ARENA a interprété dix-sept titres, dont quatre de The Visitor, (1998), trois de The Theory of Molecular Inheritance, (2022), trois de The Seventh Degree of Separation, (2011), un de Songs From the Lion’s Cage, (1995), un de Pride, (1996), un de Immortal ?, (2000), un de Contagion, (2003), un de Pepper's Ghost, (2005), un de The Unquiet Sky, (2015), un de Double Vision, (2018).

A la semaine prochaine, les gars ! Bravo !!

PROGRAMME
Enigma Variations: Nimrod (Edward Elgar song)
Time Capsule (The Theory of Molecular Inheritance, 2022)
Rapture (The Seventh Degree of Separation, 2011)
Bedlam Fayre (Pepper's Ghost, 2005)
How Did It Come to This? (The Unquiet Sky, 2015)
The Butterfly Man (Immortal ?, 2000)
Paradise of Thieves (Double Vision, 2018)
The Equation (The Science of Magic) (The Theory of Molecular Inheritance, 2022)
A Crack in the Ice (The Visitor, 1998)
Salamander (Contagion, 2003)
A State of Grace (The Visitor, 1998)
The Ghost Walks (The Seventh Degree of Separation, 2011) (Instrumental)
Life Goes On (The Theory of Molecular Inheritance, 2022)
(Don't Forget to) Breathe (The Visitor, 1998)
The Tinder Box (The Seventh Degree of Separation, 2011)
The Visitor (The Visitor, 1998).
RAPPEL :
Solomon (Songs From the Lion’s Cage, 1995)
Crying for Help VII (Pride, 1996).

Mais où est donc Sandrine ?


Les lumières se rallument, la soirée touche à sa fin. Nous sommes encore abasourdis par tant d'émotions, lorsqu' Arnfinn Isaksen s'approche de nous, avec gentillesse et modestie. Il tenait à nous remercier chaleureusement d'avoir fait le déplacement pour venir les soutenir. Il semblait réellement étonné de notre démarche. Cette empathie exprimée avant tant de sincérité nous touche profondément. Pendant de longues minutes, nous échangeons nos amabilités, tant bien que mal exprimées avec mon anglais approximatif. Mais l'émotion réciproque facilite la compréhension mutuelle.

Nous nous rendons ensuite à l'échoppe où je me procure le CD "The Theory of Molecular Inheritance" d'Arena avant de le faire dédicacer par Mick Pointer, John Mitchell et Damian Wilson. Les autres (Clive et Kylan) n'étant pas disponible à cet instant. Rien de nouveau à l'échoppe de THE WINDMILL, je possède déjà la discographie et le tshirt !

Nous rencontrons de nouveau Arnfinn, Morten et Kristoffer pour de nouvelles effusions et portraits. Hélas, nous souhaitions également saluer Jean-Robert, Stig-André et Erik, mais en vain.

Il est temps de partir. Dehors, il pleut, il fait froid, c'est la nuit. Tout un symbole. Après une météo clémente durant le séjour, elle nous rappelle à la dure réalité du temps qui passe inexorablement. L'objectif accompli, un étrange mélange de joie et de mélancolie nous étreint dans le tramway (30) qui nous remmène à l'appartement.

vendredi 3 juin 2022

MOSTLY AUTUMN – Spirit of 66 (Verviers, Belgique) – vendredi 3 juin 2022

LE SITE

Relativement éloignée de Paris (environ 400km/4heures de routes), sise dans la province belge de Liège, place du Martyr, 16 à Verviers (4800), cette salle attirait mon attention depuis quelques années déjà, souvent inscrite dans les programmes de tournées de mes artistes favoris. La ville est arrosée par la Vesdre, ce dont ce serait bien passé le Spirit of 66 en juillet 2021, lorsque des inondations monstrueuses ont tout dévasté. J'ai bien cru alors que mon objectif tomberait aux oubliettes ...

Une petite recherche historique m'apprend que depuis juin 1995, cet emplacement d'un ancien cinéma a dans un premier temps cherché sa vocation, d'abord simple salle de spectacles locaux. Petit à petit, grâce à Francis Geron, son rayonnement déborde largement de la région de Liège.

Le Spirit of 66, dont la décoration se réfère logiquement à la célèbre route américaine, organise entre 15 et 20 concerts par mois, ce qui fait de cette salle une des plus actives de Belgique. D'une capacité d'accueil de 350 personnes, elle peut légitimement s'enorgueillir d'avoir accueilli de nombreux artistes, tels que Camel, Caravan, Glenn Hughes, Uli Jon Roth, Uriah Heep, Porcupine Tree, Saga, Status Quo, Steve Hackett, Steve Howe, Ten Years After, Tony Levin, …

Il m'aura fallu attendre ce concert pour enfin mettre les pieds dans ce lieu devenu mythique ! L'extérieur ne paie vraiment pas de mine ; la façade ferait davantage penser à ce qu'il était à l'origine ; un p'tit cinéma de quartier aujourd'hui délabré…  Mais en s'approchant, on tombe sur les affiches de programmation avec envie et admiration. Une fois à l'intérieur nous tombons sous le charme. Le bar est magnifique, la salle est fort bien agencée surplombée d'une mezzanine accessible par un escalier latéral, en bois. A l'image de la taille de l'auditorium, la scène n'est pas bien grande mais sa profondeur permettra quand même d'accueillir les sept musiciens sans inconfort !

LE GROUPE

MOSTLY AUTUMN, originaire de York, (North Yorkshire) s'est formé au milieu des années 1990, alors que ses membres fondateurs reprenaient principalement des titres de Pink Floyd. Au fil du temps et des changements d'effectifs, leur musique s'est forgé une identité, semblant fusionner Pink Floyd et Fleetwood Mac, mêlant avec brio des thèmes folkloriques traditionnels celtiques, du rock puissant et mélodique.

Ce soir, autour des deux cofondateurs Bryan Josh (chant et guitares, depuis 1995), et Iain Jennings (claviers, de 1995 à 2005, puis depuis 2010), nous retrouvons Olivia Sparnenn-Josh (chant principal depuis 2010, mais chœurs, percussions, flûte à bec, depuis 2004), Angela Gordon (flûtes, claviers, percussions, et chœurs, de 1999 à 2007, et depuis 2015), Chris Johnson (guitares rythmiques et acoustiques, chant, claviers, de 2006 à 2007, et depuis 2014), Andy Smith (basse, depuis 2000) et de Henry Rogers (batterie, depuis 2018).

Depuis 1998, MOSTLY AUTUMN a produit quatorze albums, le dernier étant le superbe "Graveyard Star" paru le 24 septembre 2021.

Et pourtant, j'ai tardé à connaître leur talent. Je voyais leur nom apparaitre plus souvent qu'à leur tour dans les débats de mes amis mélomanes sur les réseaux sociaux. Impardonnable, en octobre 2018, je n'étais pas allé à la sixième édition du festival prog en Beauce … Bref, il aura fallu toute la bienveillante insistance de Pascal (Il se reconnaitra ; merci !) pour que je tombe enfin sous le charme avant de me décider de partir à l'Aventure, avec ma P'tite Fée elle aussi séduite !

LE CONCERT

Nous parvenons sans difficulté à nous positionner au premier rang, toujours confronté au même dilemme entre cette place de choix pour observer les musiciens de près, et une place à proximité de la console de sons qui garantirait une acoustique idéale… Mais bon, nous sommes en phase découverte et nous restons en compagnie de nos amis pour partager nos émotions au plus près de l'action !

MOSTLY AUTUMN [20h30-21h30 – 21h53 -- 23h14].

La sonorisation s'avère satisfaisante, en dépit de notre (relative) proximité avec la batterie ; la voix d'Olivia peine à être perceptible au début de la prestation mais cette impression s'estompera heureusement au fil du concert. A l'instar de chaque pupitre, d'ailleurs ; Un pur régal auditif à la hauteur de leur exigence portée sur la qualité de leurs harmonies.

L'éclairage n'est pas bien riche mais suffit cependant à mettre en valeur les artistes dans les atmosphères requises. Suffisant en tous cas pour assurer de beaux clichés aux chasseurs d'images. Pas d'écran, ni de fond de scène ; The Spirit of 66 s'inscrit fièrement sur le mur.

J'hésite à me lancer dans une description de leur prestation, comme souvent lorsqu'il s'agit d'évoquer une telle densité d'atmosphères exprimées avec tant de talent. Comme toujours, rien ne vaut le vécu ; mon modeste récit ne peut que soutenir la mémoire de ceux qui l'auront vécu réellement, mais j'ambitionne qu'il donne envie aux curieux d'en savoir davantage sur ces anglais. Car leur faible notoriété à ce stade de leur existence est tout simplement scandaleuse.

Dès l'entrainant titre d'introduction (Tomorrow Dies), l'auditeur comprend que la voix d' Olivia Sparnenn tient une place prépondérante dans la sidération pour la musique du groupe. Quel timbre magnifique ! Quelle éloquence dans l'expression du chant, dans les nuances et vibratos émouvants !! Une puissance vocale maitrisée à merveille qui me surprend au regard de la femme que je n'imaginais pas aussi fine et frêle avant de l'avoir devant mes yeux. Sa beauté naturelle est pourtant peu mise en valeur ; sa séduction dépasse largement l'esthétique. Sa voix somptueuse ne faiblira jamais durant les deux heures vingt du concert. Il faut préciser qu'elle est admirablement suppléée par les voix d' Angela Gordon, de Bryan Josh et de Chris Johnson, qui interviennent alternativement ou en duo, ou ensemble. Pour moi qui attache une importance particulière aux voix, je suis aux anges !


Nous percevons dans la foulée toute la cohérence harmonique des sept musiciens, l'apport de chaque pupitre est savamment dosé sous l'autorité vigilante d' Iain Jennings qui semble surveiller chaque intervention d'un regard et d'une oreille implacable. Chaque musiciens aura suscité mon admiration à tour de rôles ; même le bassiste et le batteur à qui incombent le rôle ingrat mais essentiel d'assurer les rythmes tantôt chaloupés tantôt magiquement délicats. Angela Gordon, outre son soutien vocal, démontre également un admirable talent aux flutes (traversière, à bec, …) et aux claviers additionnels. Pieds nus, elle sort fréquemment de son retrait en fond de scène pour mettre légitimement en valeur ses interventions. Bien sûr, je ne peux pas minorer les splendides soli de Bryan Josh dont la sensibilité rappelle immanquablement celle de nos héros favoris tels que David Gilmour, Andy Latimer, Steve Rothery, Nick Barrett. Je ne peux minorer davantage le pupitre rythmique de Chris Johnson qui, outre ses interventions délicatement chantées, alterne sa guitare sèche (dont le coffre est troué par l'usure du passage énergique de son médiator !) et sa guitare électrique pour accompagner efficacement les titres. Ce personnage m'a particulièrement touché par la sensibilité exprimée dans son chant ; jamais exubérant mais toujours juste et essentiel.

Je pourrais décrire chaque titre et chaque musicien mais je crains de pouvoir communiquer toute l'émotion et l'admiration que suscitent ces maudits anglais, qui décidément maitrisent franchement notre art musical favori. Leur sens des harmonies font d'eux réellement les maîtres du rock progressif en général et, en l'occurrence, du néo-prog, quoiqu'il soit bien difficile de caser MOSTLY AUTUMN dans un style particulier. Car leur rayonnement déborde sur des horizons folkloriques, souvent celtiques, parfois à la limite de la country (Skin of Mankind). Leur musique produit d'infinies combinaisons de motifs auditifs qui emmènent l'auditeur dans des voyages étourdissants !

Bien évidement dans une telle vague d'émotions, la réaction du public ne peut qu'être enthousiaste. Les acclamations semblent toucher les artistes, nous sommes en communion. Plutôt modestes, ils ne saluent pas particulièrement le public en quittant la scène. Nous aurions sans doute pu leur accorder une longue ovation s'ils étaient restés un peu devant nous pour partager cet instant de bonheur. Mais bon, cette modestie est à leur honneur.

Vingt et un titres, dont cinq (sur les douze) du dernier opus "Graveyard Star" (2021), trois de issus de "White Rainbow" (2019), quatre issus de "Sight of Day" (2017), trois issus de leur superbe premier opus "For All We Shared..." (1998), deux issus de "Heart Full of Sky" (2006), un titre issu de "Passengers" (2003), un titre issu de "The Last Bright Light", un titre issu de "The Spirit of Autumn Past" (1999) et une reprise issu de l'album de Josh & Co. Limited "Transylvania - Part 1 - The Count Demands It "(2016).

PROGRAMME
 
ACTE 1:
Tomorrow Dies (Sight of Day, 2017)
Spirit of Mankind (Graveyard Star, 2021)
The Spirit of Autumn Past, Part 2 (The Spirit of Autumn Past, 1999)
The Last Climb (For All We Shared…, 1998)
Gaze (Heart Full of Sky, 2006)
This Endless War (Graveyard Star, 2021)
Back in These Arms (Graveyard Star, 2021)
Passengers (Passengers, 2003)
Mother Nature (The Last Bright Light, 2001)
ACTE 2:
In for the Bite (reprise de Josh & Co. Limited) (Transylvania - Part 1 - The Count Demands It, 2016)
Into the Stars (White Rainbow, 2019)
Western Skies (White Rainbow, 2019)
Skin of Mankind (Graveyard Star, 2021)
Nowhere to Hide (Close My Eyes) (For All We Shared…, 1998)
Changing Lives (Sight of Day, 2017)   Chris Johnson
Silver Glass (Heart Full of Sky, 2006)
Heart, Body and Soul (Sight of Day, 2017)
White Rainbow (White Rainbow, 2019)
RAPPEL :
The Harder That You Hurt (Graveyard Star, 2021)
Heroes Never Die (For All We Shared…, 1998)
Forever and Beyond (Sight of Day, 2017).

A leur échoppe je demande au vendeur si, à tout hasard, il ne disposerait pas d'un exemplaire de l'édition limitée de "Graveyard Star" que je n'avais pas su saisir avant son épuisement sur leur site. Il se penche sur moi, pour me chuchoter qu'il lui en resterait bien un exemplaire … il se retourne et me ressort une enveloppe contenant le précieux reliquat !!! Dans la série "qui ne demande rien, n'a rien …", voilà une regrettable lacune comblée pour 30 € (oui, quand même mais bon …) ! J'acquiers également l'avant dernier opus "White Rainbow" pour 15 €. Je m'abstiens de prendre le t-shirt qui ne montre malheureusement pas les dates de cette tournée.

Muni de l'objet convoité, je me suis mis en quête des musiciens pour leur faire dédicacer. Exercice auquel ils se sont volontiers prêtés après une petite attente après le concert. Adorables, tous sont venus discuter avec leurs admirateurs, excepté Bryan Josh qui a fait savoir qu'il se sentait souffrant (ce que personne n'avait remarqué durant la soirée). Tous furent affables et souriants, y compris Olivia, qui m'accorda un portrait avec ma  P'tite Fée. Angela, qui m'a semblée particulièrement simple et gentille, se chargea même de porter mon livret à Bryan pour lui faire dédicacer en arrière scène. J'ai pu vérifier l'amabilité de Chris en lui faisant part de mon intrique pour l'état de sa guitare !

Bref, le lecteur de ce p'tit récit l'aura compris, ces gens-là m'ont séduit, définitivement !

Une si belle soirée en ce royaume de Belgique ne pouvait pas s'arrêter là ; nous tombons dans une embuscade improbable ; "Le Chapuis", bistrot jouxtant la salle et tenu par un très exubérant Salah. Tel un Marius tunisien tout droit sorti d'un Pagnol, nous a retenus jusque bien au-delà de l'heure légale de fermeture ! Assis en terrasse par cette belle soirée printanière, nous (ma p'tite Fée, Marc et Michel) avons commencé à la bière avant de finir au rhum sorti d'on ne sait où ! La convivialité du monsieur finissait même par attirer tous les bois-sans-soif des environs, frustrés par les autres fermetures… Lorsque nous sommes rentrés à notre point de chute, l'hôtel des Ardennes il était plus de trois heures du matin… Le lever du corps sera pénible. C'est aussi cela, la Belgique !