samedi 7 octobre 2023

STEVE ROTHERY BAND STOCKHOLM WEEKEND - Fryshuset Klubben (Stockholm, Suède) - 7 & 8 octobre 2023

LE CONTEXTE

Depuis bien longtemps déjà, la Suède était un de mes objectifs de voyage. Un prétexte musical était attendu avec impatience, lorsque nos amis picards, Xavier et Véronique, nous signalèrent fin mai, leur envie d'assister aux deux derniers concerts de la tournée d'automne du SRB. En janvier dernier le site officiel de Marillion annonçait huit étapes, dont cinq weekends et trois soirées ; une tournée qui débutait par un weekend préparatoire à Manchester le 9 juin, avant de reprendre en septembre pour se terminer donc ce 8 octobre à Stockholm. Entre-temps, une neuvième étape a été intercalée au De Bosuil, le 7 septembre (encart en fin de récit).

Steve Rothery amène son groupe à Stockholm pour la première fois, pour deux soirées durant lesquelles sont prévus deux programmes différents ; le samedi une interprétation complète de "Misplaced Childhood", le dimanche une interprétation complète de "Clutching at Straws". Les deux programmes étant étoffés de morceaux de "Script for a Jesters Tear", de "Fugazi" ainsi que de l'album solo "The Ghosts of Pripyat". Ce week-end s'annonce ainsi inoubliable avec une rétrospective des débuts de MARILLION qui célèbre par ailleurs ses 40 ans !

Avec ma p'tite Fée, nous n'avons pas longtemps hésité à saisir cette belle opportunité. D'autant moins que les frais se sont avérés relativement raisonnables. Le ticket d'entrée deux jours à moins de 91 €, le vol aller/retour revient à moins de 79 € chacun et les trois nuitées sur une péniche (le Red Boat) pour 116 € chacun.

Notre premier contact avec les transports suédois est séduisant : l'Arlanda Express est un train très confortable, silencieux et rapide. Sur un cadran visible pour tous les voyageurs, s'affiche la vitesse qui pointe à 188 km/h ! On est loin de l'offre de notre RER B ! Pour moins de 37 €, nous voilà propulsé dans le centre de la capitale. Une fois surmontés les aléas inhérents à la découverte d'un réseau étranger (…), nous découvrons des couloirs et des rames de métro offrant une propreté, un confort dont ferait bien de s'inspirer la RATP. L'application SL offre un forfait, valable 72 heures sur tout le réseau (métro, bus, tram et bateaux) pour moins de 29 €. En contrebas du Mariaberget, le bateau-hôtel qui nous attend à quai, flottant sur la mer Baltique, s'avère confortable et convivial. Le salon de détente et de restauration surplombe les chambres ; la nôtre offre une vue sur l'hôtel de ville de Stockholm dont nous sommes séparés par les flots de la mer Baltique. Sur notre gauche on peut voir la plus fameuse des quatorze îles de la cité, Gamla Stan. Que du bonheur ! Je ne m'attarderai pas ici sur nos sensations ressenties pour cette magnifique ville, ce serait hors sujet ; je dis juste qu'en ce qui me concerne la visite du musée ABBA s'imposait absolument.

En quittant Paris avec ses quelques vingt-six de degrés, nous pouvions nous attendre à devoir subir un choc thermique. Avec une dizaine de degrés, celui-ci aurait pu être moins brutal sans le vent particulièrement cinglant qui accentue terriblement la sensation de froid. Mais n'en voulons pas à Eole qui nous a permis en contrepartie de flâner entre terre et mer, sous un ciel bleu limpide pendant tout le séjour ! Et puis il cessa de souffler lundi, notre dernier jour au cours duquel nous pûmes admirer les sites et paysages en toute décontraction.

LES CONCERTS

Le Klubben (https://fryshuset.se/konserter/) est une salle célèbre à Stockholm pour de nombreux concerts ainsi que des événements sociaux et d'entreprise. Situé à Mårtensdalsgatan 2-8, son accès est à un petit quart d'heure à pied de la T-station Gullmarsplan. Il affiche une capacité de 170 places assises et peut accueillir jusqu'à 800 personnes (ce dernier chiffre me semble surestimé, mais bon…). L'affluence ce soir est importante, néanmoins ce n'est pas annoncé complet.

LE SAMEDI 7 OCTOBRE - [19h15-21h20] -

Ouverture des portes à 18h00. L'accueil est courtois mais strict. On est prié de se dévêtir, le vestiaire est imposé moyennant 3,50 €. Mon air surpris et agacé n'a pas convenu à la Viking de service ; je ne la contrarie pas longtemps car elle m'indique le comptoir avec fermeté.

Après cet exercice imposé, nous parvenons toutefois tous les quatre à nous placer à la barrière, entre les pupitres de la basse et du chant.

Pour sa tournée, Steve Rothery (guitare), s'est entouré de bienveillance et de talents ; Dave Foster (notamment guitare de Big Big Train depuis 2020, de Mr. So & So (1989-2015), de Panic Room de 2015 à 2018), Yatim Halimi (basse de Panic Room de 2010 à 2018), Riccardo Romano (claviers de Ranestrane), Leon Parr (batterie, de Mr. So & So (1989-2015), de SRB, mais aussi de Marillion durant le Cruise To The Edge de 2014) et Martin Jakubski (chant de StillMarillion).

Tous, sont au service du Monsieur et de sa Musique, mais chacun pourra s'épanouir et montrer ses capacités, dans une bonne humeur visible et constructive. Loin de tout égocentrisme, Steve n'omettra pas de saluer ses compagnons de route après leurs interventions.

Le concert débute avec un quart d'heure de retard, mais sa durée n'en sera pas altérée. A tout seigneur, tout honneur ; la soirée s'engage avec trois des sept titres de son album "The Ghosts of Pripyat" paru le 21 septembre 2014. Une démonstration de toute la sensibilité et la technicité du Maître. Très vite, je réalise que le reste du groupe n'est pas un simple faire-valoir, mais un véritable support de qualité. Le duo de guitares entre Dave et Steve sur "Morpheus" est un pur régal !

L'acoustique de la salle est excellente et la sonorisation est juste assez puissante pour rester audible, sans protection auditive. Pas d'écran, mais un lumineux dispositif d'éclairage n'aura de cesse de mettre en valeur tous les musiciens. Ce qui me permettra notamment de saisir quelques belles images.

Fidèle à son attitude humaine déjà reconnue, Steve rend hommage à un admirateur de longue date, connu de beaucoup en fosse ; Norbert Stefani décédé récemment. Pour ma part, j'avais juste échangé quelques mots avec lui lors des conventions, et je l'avais encore aperçu lors du dernier NOTP au pied de la Loreley. Steve choisit de lui dédier "Summer's end".


Bien évidemment, le public accueille le second volet de la prestation avec l'exaltation inhérente à des admirateurs de l'ère "Fish" de Marillion ! L'intégrale de "Misplaced Childhood", paru le 17 juin 1985, nous enivre vite, à tel point que nous ne voyons pas le temps passer !

Un voyage dans le temps, bien évidemment maîtrisé par le Maître des lieux, mais tellement bien soutenu par ces excellents musiciens. Car certes, regards et auditions se portent en priorité sur Monsieur Rothery dont le talent et la sensibilité ne peuvent qu'émouvoir et ébahir. Mais la grandeur d'un Maitre c'est aussi de promouvoir ses disciples, ce qu'il concède avec une modestie qui l'honore. Les accords de basse de Yatim Halimi et de claviers de Ricardo Romano sont d'une fidélité et d'une qualité remarquable. Le plaisir de ces deux-là à interpréter ces chansons de légende est évident. Ricardo, expansif et sincère admirateur de Marillion depuis toujours, chante et danse dès qu'il en a l'occasion ! A son côté droit, les frappes de Leon Parr accentuent sans doute encore son enthousiasme.

Au chant, Martin Jakubski semble rêver les yeux ouverts. Il est imprégné du personnage, ce qui le rend tout simplement excellent ; ce monsieur réussit le redoutable exercice qui consiste à exprimer sa propre personnalité, son propre timbre, sans dénaturer les chansons, dans un respect total de l'esprit de tous les morceaux. Rappelons que Martin s'est forgé une belle expérience depuis 2008 avec StillMarillion et qu'il accompagne le SRB depuis le milieu des 2010's. Sa prestation lors du fameux "swap the band", l'après-midi du 24 mars 2019, pendant la Convention, avait marqué les esprits. Pour faire bonne mesure, il convient d'ajouter que ce passionné éclectique est aussi le chanteur de Maiden Scotland !

Yatim, Leon, Ricardo, Martin … De bien belles histoires. Mais, "last but not least" comme disent les anglais, nous avons tout particulièrement remarqué le talent immense de Dave Foster. Ce n'est pourtant pas la première fois que je le vois sur une scène (Panic Room le 24 mars 2017, Luna Rosa, le 25 mars 2017; Dave Foster Band le 18 mars 2023, Anneke Van Giersbergen le 14 juillet 2023). Mais là, j'ai vraiment réalisé sa sensibilité et sa technicité pour accompagner dignement le grand Steve. Plus qu'un soutien, il a réellement fait écho aux soli du Maître. Lui aussi, comme les autres complices de la scène, laisse paraitre un bonheur évident d'être là, son talent n'a d'égal que sa modestie sincère et émouvante. Ma p'tite Fée a ressenti la même admiration pour le Monsieur que nous ne regarderons plus jamais de la même manière désormais !

Cette intégrale de 1985 est suivie d'un retour dans les années 1982 à 1984 qui accentue encore le bonheur de l'auditoire ! Les inconditionnels s'unissent avec les convaincus par le spectacle dans une ovation particulièrement exubérante pour chaque titre ! Toujours un grand plaisir de partager l'enthousiasme de ce public si particulier qu'est celui de MARILLION ; beaucoup connaissent et chantent par cœur les chansons.

Franchement, je suis bouleversé et admiratif de cette prestation ; je m'attendais à de la qualité, mais pas à ce point. Je trouve là l'occasion de racheter mon mépris pour ce groupe à cette époque-là. Je me souviens amèrement avoir eu la main sur mon portefeuille pour acquérir le ticket d'entrée du concert que MARILLION donna à Bercy, le 14 décembre 1987. Je regrette encore aujourd'hui cette coupable mollesse, en punition une douloureuse amertume me torture après chaque Convention et après chaque concert du groupe.

Le programme n'était pas une surprise car Steve l'avait annoncé publiquement sur les réseaux sociaux, mais il n'en demeure pas moins que chaque annonce de titre ce soir a été bruyamment acclamée !

Le rappel achève de nous séduire avec deux titres emblématiques des années 80.

Ces plus de deux heures sont passées à une vitesse folle, mais ce n'est pas grave ; demain on aura droit à une seconde ration !

PROGRAMME

  1. Morpheus (The Ghosts of Pripyat, 2014)
  2. Old Man Of The Sea (The Ghosts of Pripyat, 2014)
  3. Summer's end (The Ghosts of Pripyat, 2014)
  4. Pseudo Silk Kimono  (Misplaced Childhood, 1985)
  5. Kayleigh  (Misplaced Childhood, 1985)
  6. Lavender  (Misplaced Childhood, 1985)
  7. Bitter Suite  (Misplaced Childhood, 1985)
  8. Heart Of Lothian  (Misplaced Childhood, 1985)
  9. Waterhole (Expresso Bongo) (Misplaced Childhood, 1985)
  10. Lords Of The Backstage  (Misplaced Childhood, 1985)
  11. Blind Curve  (Misplaced Childhood, 1985)
  12. Childhoods End ? (Misplaced Childhood, 1985)
  13. White Feather  (Misplaced Childhood, 1985)
  14. Assassing (Fugazi, 1984)
  15. Jigsaw (Fugazi, 1984)
  16. Freaks (face B du monoplage "Kayleigh", 1986, B'Sides Themselves, 1988)
  17. Incubus (Fugazi, 1984).

RAPPEL :

  1. Garden Party (Script for a Jester's Tear, 1983)
  2. Market Square Heroes (monoplage, 1982).

L'esprit enchanté, insensibles au froid baltique, nous ne tardons pas à rentrer dans notre foyer flottant,  pour mieux nous préparer aux autres émotions qui ne manqueront pas de nous bouleverser le lendemain.

LE DIMANCHE 8 OCTOBRE [19h05-21h05]

Ouverture des portes à 18h00. Cette fois je ne cherche pas à négocier le port de mon gilet dans la salle, ce serait peine perdue. Je préfère garantir ainsi notre place, encore à la barrière, mais cette fois en face des pupitres de Riccardo et de Dave…

Etonnamment, ce second concert débute aussi par "Morpheus" ; faut croire que Steve affectionne tout particulièrement ce titre. Ça tombe bien, car il est loin d'être lassant ! Et puis nuance ; hier placés au pied du bassiste, aujourd'hui nous assistons à l'interprétation au pied de Dave, ce qui me permet d'observer de plus près son excellent jeu et son enthousiasme.


Car l'enthousiasme n'est pas qu'en fosse ; tous ces musiciens arborent le sourire de compagnons d'une route qui s'achève ce soir. Steve répète, comme hier, qu'il demeure heureux de commémorer avec son public les quarante ans de Marillion en reprenant sa première ère.

Après une excellente interprétation de "White Pass", le SRB aborde le thème principal de ce soir; l'intégrale de "Clutching at Straws", paru le 22 juin 1987. L'ambiance monte immédiatement d'un cran, ce qui ne semble pas vexer Steve, sans doute habitué à cet engouement un peu plus ciblé. Son origine britannique lui confère ce flegme si caractéristique, jusque dans sa manière de s'exprimer. Artiste, certes, mais anglais !

Le son et l'éclairage étant du même acabit que la veille, l'auditoire va pouvoir de nouveau voyager aisément dans le passé, mais cette fois vers la fin d'une époque, l'année 1987. Sans doute parce que souvent entendu, "Warm wet Circles", "White Russian", "Incommunicado" et "Sugar Mice" auront été pour moi les sommets du plaisir sur cette séquence.

A l'instar de la veille, la fin du programme recadre le curseur sur les années 83 et 84 et permet au public d'exulter de plus belle. "Grendel" était peut-être le titre le plus attendu. Encore que… De toute façon, nous étions tous constamment à la fête ce soir.


Grendel

Mes observations de la veille sur la qualité des interprétations par les musiciens sont les mêmes, je ne me vautre donc pas dans la redondance. Pas de fioriture, pas d'oreillettes, pas de bidouilles, ni de piste préenregistrée ; bref, des musiciens, des instruments, qui produisent de la Musique dans la tradition de l'Art, avec toute sa complexité et sa beauté ; un concert comme je les aime.

PROGRAMME

  1. Morpheus (The Ghosts of Pripyat, 2014)
  2. White Pass (The Ghosts of Pripyat, 2014)
  3. Hotel Hobbies (Clutching at Straws, 1987)
  4. Warm wet Circles (Clutching at Straws, 1987)
  5. That time of the Night (Clutching at Straws, 1987)
  6. Going Under (Clutching at Straws, 1987)
  7. Just for the Record (Clutching at Straws, 1987)
  8. White Russian (Clutching at Straws, 1987)
  9. Incommunicado (Clutching at Straws, 1987)
  10. Torch Song (Clutching at Straws, 1987)
  11. Slainte Mhath (Clutching at Straws, 1987)
  12. Sugar Mice (Clutching at Straws, 1987)
  13. The Last Straw (Clutching at Straws, 1987)
  14. Cinderella Search (Fugazi, 1984)
  15. Script for a Jester's Tear (Script for a Jester's Tear, 1983).

RAPPEL :

  1. Grendel (1983, B'Sides Themselves, 1988)
  2. Fugazi (Fugazi, 1984).

Subjugué par tant d'émotions positives, je me rends à l'échoppe pour voir de plus près le t-shirt (300Kr) de la tournée, qui ne me séduit pas ; les dates sont bien au verso, mais il ne me semble ni joli, ni représentatif. Toutefois,  puisqu'il n'en restait plus qu'un à ma taille, je me décide à me le procurer. Je lorgne aussi sur le dvd… C'était omettre que nous sommes en Suède et la vendeuse ne prend ni ma carte visa, ni mes euros. Tant pis pour eux, tant mieux pour ma tirelire. Un peu frustré, à la fois par cette privation et par l'amertume inhérente aux fins de réjouissance.

Nos deux couples bravent les éléments scandinaves pour rentrer à notre antre maritime. Même le vent ne parvient pas à dissiper les étoiles qui constellent notre esprit enchanté par ces deux concerts mémorables en tous points ! Assurément, (puisque nos contrées sont moins propices à ce genre d'évènement) cette escapade nordique a un gout de reviens-y !!

TOURNEE 2023
Band on the Wall, MANCHESTER, UK, June 9-10th 2023
 
De Bosuil, Weert, NETHERLANDS, Sept 7th 2023
Poppodium Boerderij, Zoetermeer, NETHERLANDS, Sept 8-9th 2023
Amager Bio, København S, DENMARK, Sept 11th 2023
Musikens Hus, Gothenburg, SWEDEN, Sep 12th 2023
Cosmopolite, Oslo, NORWAY, Sept 13th 2023
Die Kantine, Koln, GERMANY, Sept 15-16th 2023
Progresja, Warsaw, POLAND, Sept 29-30th 2023
Fryshuset, Stockholm, SWEDEN, Oct 7-8th 2023

 

 


vendredi 15 septembre 2023

ROCK&PAULETTE FESTIVAL : ANGE et UNITOPIA fêtent les 100 de PAULETTE ! - 15 septembre 23

Paulette est une légende vivante construite au fil des décennies dans son cabaret, au profit de rockers de tous poils. A l'occasion de cet anniversaire, la page d'accueil du site officiel nous explique que "Ce centenaire a une double origine ; la première, bien entendu, ce sont les 100 ans de Paulette, née le 13 septembre 1923. Et la seconde, c’est l’achat du fond de commerce par ses parents, Marie et Claudius, la même année, juste avant la naissance de Paulette.

Au commencement, le commerce épicerie, bar, s’appelait Café National et était tenu par M. Didelon. Grâce au soutien de la brasserie de Vézelise, tenu par M. Tourtel, les parents de Paulette ont pu acquérir le café, rebaptisé pour l’occasion Café Du Commerce, par la maman de Paulette. Dans les années 50, le commerce est transmis à Paulette et porte maintenant son nom. Et c’est à partir des années 60, à la suite de la rencontre avec Yves Marchal (ah, le destin !), que le Rock & Roll fait son apparition Chez Paulette ! "

Je ne fréquente ce lieu mythique que depuis 2017. C'est toutefois la quatrième fois que je fais le déplacement (une pour Pendragon et deux pour Lazuli). L'idée de fêter son 100ème anniversaire, agrémenté de la participation d'ANGE et d'UNITOPIA (un groupe extrêmement rare dans nos contrées), constitue une double raison pour m'inciter à y revenir, même si cette fois l'évènement est à l'extérieur  ! De toute façon, j'ai prévu d'y retourner ce 18 novembre, pour revoir AMAROK.

ANGE parle de fin de parcours ; il ne faut donc plus mépriser les occasions de les revoir.

Quant à UNTOPIA, je ne connaissais pas vraiment. Tout juste avais-je été intéressé via les réseaux sociaux par le projet parallèle d'un de ses membres (j'y reviendrai plus loin). Toutefois, des échos persistant m'incitent à évaluer la chose. D'autant plus que ces Australiens entretiennent l'art de se faire désirer, et de surcroit ils ne sont venus en Europe que pour six dates ; dont une seule en France, après une première prestation le 3 septembre au festival 2Days Prog en Italie, puis le 7 au Z7 en Suisse, les 9 et 13 en Allemagne, et le 14 au mythique Boerderij aux Pays-Bas. J'ai quand même pris la précaution d'écouter leurs œuvres en préalable ; toutes m'ont semblé intéressantes mais et je dois dire que leur dernier opus qui vient juste de paraitre me semble particulièrement réussi !

La route est relativement longue, surtout sans ma P'tite Fée qui n'a pas daigné m'accompagner cette fois, mais j'accède ainsi au site vers 17h30, après avoir fait étape à mon hôtel à Toul.


Une prairie en bordure de Pagney a été aménagée pour l'évènement. Les réservataires avaient reçu un lien d'accès via Google Map pour accéder aisément à sa zone de stationnement. Je retrouve une partie de notre microcosme de mélomanes, souvent venus de loin aussi. L'entrée est bienveillante et nous découvrons un site fort bien aménagé ; des échoppes de restauration côtoient des échoppes de marchandises officielles, et le Paulette Museum, dans lequel sont exposés des objets et photos qui illustrent le parcours de la Dame ! Un portique rappelant celui du Hellfest précède un vaste chapiteau de plus de 600m², qui abrite une scène, la console de sonorisation et bien sûr la fosse du public. Quelques bancs sont disposés en épis sur le côté. Bref, l'ensemble est convivial, c'est pro, on s'y sent bien.

De surcroît la météo est agréable ; pas de pluie, ni de canicule. Le soleil est généreux mais sans les excès de cet été.

Un guitariste nous joue du blues pour chauffer la scène mais j'avoue ne pas y prêter attention ; je préfère aller saluer respectueusement Paulette, sagement assise, accueillante et souriante. Puis, les discussions entre amis vont bon train, et les boutiques m'inspirent. 

Je me procure le t-shirt de l'évènement, même si le modèle femme est plus attrayant avec les dates et artistes au dos, ce qui étonnamment n'est pas le cas du modèle homme… C'est parfaitement regrettable, mais je le prends quand même moyennant 25€. A l'échoppe d'UNITOPIA, je me procure deux CD moyennant vingt euros chacun ; "Seven Chambers" le dernier opus, paru ce 25 Aout, ainsi que le coffret "More than a Dream, the complete Dream", réédition parue le 23 octobre 2017, qui compile en trois CD des versions inédites autour dudit album.

LES CONCERTS

Si le cadre et le thème semblaient propices à passer un excellent moment entre mélomanes, il semble que l'évènement ait attiré aussi une population davantage inspirée par son aspect fête champêtre. Car hélas, je déplore l'attitude exaspérante d'une partie non négligeable de l'assemblée qui s'est montrée bruyante et désinvolte pendant toute la soirée. L'écoute du rock progressif impose un minimum de respect, en particulier durant les passages les plus calmes, tant pendant la prestation d'Ange que pendant celle d'Unitopia. Une hystérique s'est même mise à brailler pendant que Mark Trueack tentait de nous expliquer le sens de ses chansons… Un brouhaha digne d'une foire à la volaille a souvent pollué l'écoute des artistes qui, du coup, ont eu bien du mérite à continuer leur concert. J'en connais d'autres qui auraient posé leur instrument avant de quitte la scène. Voilà c'est dit, c'est mon coup de gueule.

ANGE [20h-21h15].
F  https://www.ange-updlm.com/le-groupe/

P'tite bio introductive : Christian DECAMPS est né à Héricourt (Haute Saône) le 11 août 1946. Très vite attiré par la musique et la scène, il fonde, fin 1969, le groupe ANGE en initiant la fusion de son orchestre de bal, LES ANGES, et du groupe de son frère Francis Décamps, ÉVOLUTION. Christian Décamps a déjà plusieurs années de pratique en tant que "groupe pop et de bal" et Francis tend plutôt vers le rock. Cette combinaison engendre une légende et va s’affirmer tout au long des années 70 comme étant le N°1 du rock français, avec 6 disques d’or et plus de 3 millions d’albums vendus. Sur scène, Christian DECAMPS propulse chaque titre du groupe en véritable pièce de théâtre, servie par sa puissance vocale et son coté gestuel très particulier. Le 31 janvier 1970, premier véritable concert du groupe avec un opéra-rock satirique "La fantastique épopée du Général Machin". Le 5 avril 70, c'est un premier passage au Golf Drouot, temple du rock parisien de l’époque. La longue épopée des Ange(s) est lancée… Le 26 août 1973, Ange joue notamment devant trente mille spectateurs au Reading Festival, au même programme que Genesis.

Ensuite, les égos et les choix artistiques, entre musiciens et frères, provoquent les "quasi" inévitables (?) claquements de portes et mouvements d'humeur. Francis Décamps quitte le navire à son tour en 1995. Mais ANGE a cependant trouvé une belle stabilité depuis vingt années, puisqu'à ce jour le groupe comprend, outre Christian Décamps bien sûr (chant, claviers, guitare acoustique, et accordéon, depuis 1970), Tristan Décamps, son fils (Claviers, chant et chœurs, depuis 1997), Hassan Hajdi (guitare, depuis 1997), Thierry Sidhoum (basse, depuis 1997) et Benoît Cazzulini (batterie, depuis 2003).

Ces musiciens français, et francophones de surcroit, auraient pu/dû me séduire bien plus tôt. Je confesse humblement avoir tardé à céder aux chants des anges. Ce n'est qu'après avoir vu Hassan Hajdi's BAND OF GYPSIES lors du Raismesfest le samedi 9 septembre 2017, que je me suis plus sérieusement penché sur la question ! Impressionné par le talent du guitariste, j'ai alors débuté un processus visant à comprendre la longévité de ce groupe, ainsi que l'intérêt que lui porte Steven Wilson. Car en effet, je me suis aperçu que Steven Wilson en est un des admirateurs de longue date ; le Monsieur m'avait pourtant ouvert les yeux et les oreilles sur bien d'autres artistes (tels que MAGMA, KING CRIMSON, CARAVAN, OPETH…), Mais dans ce cas-là, les circonstances ne s'y sont pas prêtées !

Bref, le 4 juin 2018, je les ai vus pour la première fois sur la scène du Café de la Danse (Paris 11ème), puis au festival Rétro C Trop (TILLOLOY, 80) le 1er juillet 2018, au festival Night of the Prog (Allemagne) le 15 juillet 2018 et enfin au Trianon le 31 janvier 2020 (Paris 18ème). Cette dernière prestation a d'ailleurs été filmée.

Toujours marqué par ma découverte initiale, je me positionne face au pupitre d'Hassan, au troisième rang. Cet emplacement me permettra de constater une excellente sonorisation, de distinguer toutes les subtilités harmoniques exprimées par des musiciens manifestement heureux d'être là ! L'éclairage a révélé des belles ambiances et m'a permis quelques captures d'images. L'espace de scène est correct et a permis à chaque musicien de s'exprimer avec aisance. Mais de toute façon, ceux-ci ne sont pas particulièrement agités, et se satisfont volontiers de ce qui leur est concédé !


L'émotion est presque palpable ce soir, et il m'a souvent semblé voir les yeux de Christian bien humides. Il faut dire que les cent ans de Paulette doivent raviver quelques souvenirs, alors qu'Ange vient de fêter ses cinquante ans !

Nous ne nous lassons pas de l'interprétation éloquente et théâtrale de Christian, notamment durant "Capitaine Cœur de Miel" (vêtu en vieux marin désabusé) et de "A l'ombre des Pictogrammes" (enguirlandé). La base basse/batterie accompagne efficacement les ambiances, mais personnellement, je suis particulièrement impressionné par la voix de Tristan et par les soli d'Hassan.

Toutefois, le point culminant de ce concert, fut la visite très attendue de la Reine de la soirée ; Paulette, soutenue par ses proches apparait opportunément pendant l'interprétation du titre "Hymne à la Vie" ! Le temps est suspendu ; les regards émus se fixent sur la Dame acclamée, alors que très vite bien entendu la foule entonne un "joyeux anniversaire" de circonstance. Elle salue et sourit à son public avant d'être raccompagnée délicatement, au son de la musique d'Ange qui termine ainsi son concert.

Une très belle prestation, conforme aux attentes, sauf sur la durée ; le concert n'aura duré que soixante-quinze minutes. Un peu dommage quand même dans ce cadre pourtant particulièrement bienveillant a priori …

Mais le public a été ravi de pouvoir acclamer ces légendes du prog français !

Les neuf titres visitent le parcours d'Ange, plus axés sur les années soixante-dix.

PROGRAMME

  1. Chien, la Poubelle et la Rose (1977)
  2. Aujourd'hui c'est la Fête chez l'apprenti Sorcier (Le Cimetière des Arlequins, 1973)
  3. Le rêve est à rêver (La Voiture à Eau, 1999)
  4. Le Soir du Diable (Caricatures, 1972)
  5. Fou ! (Fou !, 1984)
  6. Capitaine Cœur de Miel (Guet-Apens, 1978)
  7. A l'ombre des Pictogrammes (2010) / La Colère des Dieux (1974)
  8. Ces gens-là (J. Brel, 1965).

RAPPEL :

  1. Hymne à la Vie (Par les Fils de Mandrin, 1976).

 

Dès la fin du précédent concert, les techniciens d'UNITOPIA se mettent à l'œuvre afin de monter les pupitres puis de procéder aux balances de la sonorisation. En effet, leur arrivée sur le site a été retardée par des soucis sur leur itinéraire routier. Le public est ainsi invité à patienter un peu plus que de coutume. Pour ma part, j'en profite pour assister à ces opérations et mesurer tout le travail minutieux, même dans l'urgence et dans le bruit ambiant. Toute cette agitation prendra tout de même quatre-vingt-dix minutes ! D'ores et déjà, à ce stade, il est permis d'imaginer que le concert en sera hélas d'autant plus écourté.


UNITOPIA [22h45-00h05]
https://unitopiamusic.net/home/

Afin de mieux cerner ce groupe australo-américain, je consulte leur biographie, et j'apprends ainsi qu'UNITOPIA, basé à Adélaïde, en Australie méridionale, a commencé lorsqu'un ami commun a présenté Mark Trueack à Sean Timms, après avoir réalisé que les deux avaient des goûts musicaux similaires. Fin 1996, le duo a commencé à travailler sur un morceau qui allait devenir "Take Good Care". Un partenariat d'écriture s'est développé et a conduit au premier album du groupe, "More Than a Dream" paru en octobre 2005, qui comprenait des contributions de Timothy Sexton (chef d'orchestre/arrangeur et de l'Adelaide Art Orchester), Pat Schirippa, Constantine Delo, Bradley Polain et Ian 'Polly' Politis. La musique d'UNITOPIA utilise des thèmes progressifs, mais intègre des éléments folkloriques, du classique, du jazz, et du heavy rock.

Leur site précise : "UNITOPIA (prononcez yu-nih-to-pi-E) : signifie vivre ensemble comme un seul homme dans un lieu de perfection idéale, notamment en termes de droit, de gouvernement et de conditions sociales." Un nom qui préfigure de ses textes "qui suscitent la réflexion, tels que la conscience environnementale, les bouleversements politiques et sociaux, le rythme effréné de la vie et les relations humaines, sous un jour positif et édifiant".

Au fil de trois albums, le groupe s'est construit une réputation grandissante. Mais, après la parution d'un quatrième album, constitué de reprises de rock progressif (MARILLION, GENESIS, YES, SUPERTRAMP, Alan PARSONS PROJECT), le duo se brouille, en 2014. Sean Timms fonde SOUTHERN EMPIRE, qui m'a beaucoup séduit avec son second album "Civilisation" (2018). De son côté, Mark Trueack crée UNITED PROGRESSIVE FRATERNITY (UPF).

Toutefois, leur collaboration n'ayant pas laissé que des mauvais souvenirs ; le duo s'est de nouveau réuni pour concevoir de nouvelles créations ensemble. Après de trop nombreuses années de suspension, UNITOPIA a ainsi enregistré un cinquième album intitulé "Seven Chambers" qui est paru le 25 août 2023. Notons au passage que, de son côté, SOUTHERN EMPIRE vient de publier "Another World" ce 4 septembre 2023. De son côté, UNITED PROGRESSIVE FRATERNITY vient de publier " Planetary Overload Part 2: Hope" ce 15 juillet 2023.

Sean Timms (claviers, guitares, mandoline, banjo, chœurs, chant de 1996 à 2014) et Mark Trueack (chant de 1996 à 2014), sont accompagnés sur cette scène par le Dr John Greenwood (d' UPF, guitares, chœurs, depuis 2020), Steve Unruh (d' UPF, violon, guitares et chœurs, depuis 2020), Chester Thompson (batterie, chœurs, depuis 2020), qui ont participé au nouvel opus qui vient de paraitre. L'ensemble est ici complété par Don Schiff (basse) qui remplace Alfonso Johnson (basse, chœurs depuis 2020), "en raison de circonstances imprévues" nous indique un message publié en juin dernier.

Tous ces musiciens présentent un pedigree respectable, mais soulignons que Chester Thompson, né en 1948, est un batteur/percussionniste renommé, très apprécié pour sa capacité à évoluer dans plusieurs styles. Thompson est surtout connu pour son travail avec GENESIS et Phil COLLINS, avec qui il a partagé la scène mondiale ainsi que du temps en studio pendant plus de 30 ans. Il accompagna aussi Frank ZAPPA (1973-75), WEATHER REPORT (1975-76), SANTANA (1984). (A ne pas confondre donc avec son homonyme Chester Thompson, organiste américain que j'ai vu deux fois au sein de SANTANA.). On peut aussi souligner que le Dr John Greenwood est un médecin grand spécialiste en chirurgie plastique qui, après avoir pris sa retraite en octobre 2020, a fait valoir ses talents musicaux, d'abord au sein d'UPF.

Bref, avec un tel ensemble, on est en droit de s'attendre à du lourd.

Etant plutôt bien positionné, au deuxième rang, entre le pupitre guitare et celui de la batterie, j'ai pu apprécier une bonne sonorisation équilibrée et sans excès. Un écran de fond avait était envisagé lors du montage, mais j'ai observé un technicien démonter finalement la toile, renonçant ainsi à diffuser les images prévues.

L'éclairage me semble trop sombre, en particulier pour le clavier Sean Timms, dont on ne distingua que l'ombre bleutée, qui basculait tel un métronome… Seul le chanteur Mark Trueack bénéficiait d'un faisceau particulièrement lumineux et quasi constant.

Alors qu'en est-il de leur prestation tant attendue ? Cette découverte pour moi a été précédée de tant d'éloges que je comptais trouver une Porte d'extase rapide et radicale. Vêtu en préalable d'un t-shirt de mon concert de TRANSATLANTIC, je comptais bien retrouver des sensations similaires. Heureusement, porté par un a priori bienveillant, mes sens ont bel et bien capté des sources potentielles de plaisirs auditifs. Les messieurs maitrisent de toute évidence leur Art avec brio et je mesure pleinement leur concentration pour exprimer tout leur talent. Les sonorités sont particulièrement harmonieuses. La dextérité et l'adresse de Don Schiff, de Chester Thompson et de Steve Unruh m'ont particulièrement séduit. Tout cela est techniquement irréprochable.

Cependant, au-delà de quelques passages me laissant entrevoir un décollage émotionnel, je n'ai pu qu'assister, avec l'admiration et le respect requis, à un concert intéressant certes, mais pas franchement exaltant.


La mise en scène accentue fatalement notre attention sur Mark Trueack, figé sur son siège au milieu de la scène, engoncé dans une doudoune, et son regard fixé sur les paroles qui défilent à l'écran. Sa fatigue manifeste lui ôte malheureusement tout charisme. J'ai peiné à le voir se lever une unique fois pour faire participer la foule. Celle-ci s'est montrée heureusement réceptive en chantant le refrain. Pourtant sa voix m'a semblé juste, et claire. Et si son timbre m'a paru frêle, il n'en était pas moins émouvant.

Les accords de claviers sont perceptibles, savamment posés par Sean Timms, mais sa présence est discrète, en retrait, dans l'ombre. Son rôle de chef d'orchestre n'est pas évident, étonnamment.

Quant à Don Schiff, il a eu pour redoutable mission de remplacer in extremis Alfonso Johnson ; il doit donc suivre assidument ses partitions posées soigneusement sur son pupitre, ce qui lui ôte également le charisme qu'on pourrait observer chez d'autres bassistes. Cette attitude ne retire rien à son talent bien entendu ; il suffit de suivre ses doigts pour réaliser combien ses impressionnants accords sont d'une redoutable complexité.

Chester Thompson assure pourtant ses frappes avec un subtil équilibre de force et de légèreté requise. Sa notoriété n'est pas usurpée et on perçoit tout le poids d'une expérience entretenue ! Mais le personnage est modeste, introverti et se concentre sur son matériel.



En fait, avec le recul, les deux musiciens placés aux deux extrémités de la scène m'ont paru les plus détendus et démonstratifs. Le multi-instrumentiste Steve Unruh, a montré avec aisance ses talents au violon, aux flutes ainsi qu'à la guitare, ainsi qu'au chant. Bravo. J'ai beaucoup apprécié aussi le jeu du guitariste John Greenwood, dont les accords virevoltants peuvent a priori surprendre de la part d'un ex-chirurgien !

Les textes en anglais sont réputés être intéressants, ce que Mark Trueack a souvent expliqué entre les plages, mais sur ce point je ne m'exprimerais pas, faute d'avoir eu le temps, la capacité d'en comprendre le sens. J'ai pourtant tendu l'oreille pour tenter de capter les commentaires de Mark, mais il y avait tant de bavardages désinvoltes, impolis (pauvre, pôôôvre france !), derrière nous que j'ai vite renoncé…

En dépit de l'heure tardive, un public encore dense acclame les artistes comme il se doit. Les avis ne sont pas unanimes, en fosse. La majorité semble toutefois enthousiaste ; UNITOPIA semble mesurer la satisfaction de leur premier public français ; gageons qu'ils s'en souviennent pour un hypothétique retour…

Bon voilà, honnêtement, je suis donc plutôt resté sur ma faim. Quatre-vingt minutes c'est un peu court, surtout pour une dernière date européenne et pour un groupe que nous risquons de ne plus revoir avant un bout de temps. Je ne regrette pas de les avoir vus ; indéniablement ce sont de grands musiciens et d'excellents mélodistes, ils nous ont produit de magnifiques séquences, mais globalement cette prestation ne me laissera pas un souvenir impérissable …

Mania

Sur six titres, trois sont issus de "Seven Chambers" (2023), deux d' "Artificial" (2010) et un de "The Garden".

PROGRAMME

  1. The Garden (The Garden, 2008)
  2. Broken Heart (Seven Chambers, 2023)
  3. Stroke of Midnight (Seven Chambers, 2023)
  4. Mania (Seven Chambers, 2023)
  5. Tesla (Artificial, 2010)

RAPPEL :

  1. The Great Reward (Artificial, 2010).

 

Je m'attarde peu dans l'enclos avant finalement de renoncer à attendre une hypothétique visite des musiciens à leur échoppe.

samedi 22 juillet 2023

RAMMSTEIN – Stade de France – samedi 22 juillet 2023.

 

De cette tournée des stades débutée en 2019, leur seule date française en 2022 était le 8 juillet, à Décines-Charpieu (Lyon) ; nous y sommes allés, avec ma P'tite Fée et mon fils. Cette année, la seule date française est à St-Denis (Paris) ; j'y vais avec mon fils, ma p'tite Fée étant dégoutée des stades.

Ce début d'été musical est décidément bien agité. J'avoue que cette date figurait à mon calendrier depuis longtemps, mais l'évènement fut réputé complet dès l'ouverture des ventes de tickets. J'étais donc prêt à renoncer, surtout au regard du dispositif de revente mis en place par le Stade de France. Les tickets à prix coutant sont augmentés de frais de réservation … de +26 € ! J'ai tout de même cédé à la tentation, l'après-midi même, en me procurant le Sésame pour la pelouse, malgré tout. Mais c'est un ticket virtuel non imprimable, dispositif mis en place par le Stade de France pour lutter contre les fraudes ; frustrant pour mon recueil de tickets. Mes deux fils, eux seront en "Feuerzone".

Et puis honnêtement, mon esprit insolent et rebelle attisait l'envie de soutenir le groupe. J'évite d'aborder les sujets qui fâchent ou divisent (religion, politique, faits de société) dans mes récits. Mais là, j'estime que c'est différent ; RAMMSTEIN est confronté à ce que je considère comme un procès d'inquisition médiatique contre l'attitude de Till, qui aurait manqué de respect à une admiratrice sans doute un peu trop naïve. Il faut bien méconnaitre le personnage pour ne pas se méfier de ses invitations ! Et quand bien même il aurait effectivement "tenté sa chance" ; franchement, depuis les années 70, qui n'a pas entendu parler des excès réputés rock'n'roll après les concerts ? On pourrait citer moult rockers qui en ont profité. Ce "wokisme" puritain tous azimuts me gonfle, car il piétine et rogne petit à petit toutes les libertés acquises qui ne doivent s'arrêter qu'à la nuisance d'autrui. Et j'ajoute que je préfère accorder à Till la présomption d'innocence, dans un contexte pourri par les avocats plus motivés par l'appât du gain que par la morale. S'il s'avère qu'il a effectivement usé de stratagèmes peu recommandables et objectivement condamnables, il sera toujours temps de réagir. Ou pas. Y'en a marre !

Et du reste, j'observe que cette agitation médiatique est loin d'avoir effrayé la gent féminine dont la proportion est, ce soir encore, proche des 50% du public.

J'arrive en pelouse vers 18h et parviens à me placer au centre, un peu avant l'axe des deux premiers derricks latéraux ; mon point de vue et d'écoute est relativement acceptable, pour un stade. Je suis entouré d'une part non négligeable de spectateurs étrangers, surtout allemands.

DUO ABELARD [20h-20h30]
https://www.francetvinfo.fr/culture/musique/rock/duo-abelard-les-pianistes-francaises-qui-enchantent-les-premieres-parties-de-rammstein_5267980.html

C'est à nouveau le duo de lyonnaises ABELARD, Héloïse Hervouët et Katherine Nikitine, qui assure les premières parties de soirée des allemands sur cette nouvelle tournée des stades.

Elles sont appréciées d'une bonne partie du public, et de moi en particulier. Leur interprétation démontre que la musique de Rammstein est certes puissante et flamboyante, mais est aussi mélodieuse. Un peu de poésie dans un monde de brutes, en somme. Peu de changement par rapport à leur prestation de Lyon. Leur honorable courage est récompensé par une écoute respectueuse d'un public a priori peu enclin à cette approche musicale.

PROGRAMME

  1. Rammlied
  2. Mein Herz brennt
  3. Mutter
  4. Engel
  5. Du riechst so gut
  6. Zeit
  7. Frühling in Paris
  8. Sonne
  9. Deutschland
  10. Du hast.

Le public des gradins lance une belle Ola qui fait quelques tours avant de s'évanouir dans l'impatience.

RAMMSTEIN [21h10+-23h25]

Formé en 1994 à Berlin, le groupe demeure composé de ses six membres originaires d'Allemagne de l'Est ; Till Lindemann (chant), Richard Zven Kruspe (guitare, chœurs), Paul H. Landers (guitare, chœurs), Oliver Riedel (basse), Doktor Christian "Flake" Lorenz, claviers, Christoph "Doom" Schneider (batterie).

La scénographie est identique à celle de l'an dernier ; une structure monumentale, un décor industriel, grandiose et massif. Nous retrouvons la large tour centrale sur laquelle apparaitra un dispositif ascensionnel ; elle est elle-même surmontée d'une sorte de vasque olympique qui s'enflammera durant le concert. Le reste de cette colossale construction est constellé de projecteurs et d'enceintes prêts à déverser feux et décibels. A chaque extrémité latérale sont dressés des grands écrans pour les spectateurs sur les côtés et un écran plus petit est posé sur l'ascenseur central de la structure, pour le public de face. Mais ce dispositif n'est pas réellement de nature à satisfaire les spectateurs installés en fond du stade. Dans la fosse, une scène secondaire a été installée sur notre côté gauche. La pelouse du stade est encadrée de quatre derricks métalliques prêts à cracher les énormes jets de flammes !

Le sigle de RAMMSTEIN s'élève sur l'écran central, signe que les hostilités ont commencé ! Till descend sur scène depuis un ascenseur, coiffé d'une crête iroquoise blonde (qui ne résistera pas longtemps !). Sa voix caverneuse de baryton résonne dans le stade et se distingue des instruments.

Je suis ainsi très vite rassuré sur l'acoustique. On est loin de l'idéale, mais elle s'avèrera bien meilleure que celle ressentie dans les gradins du stade de Lyon, l'an dernier. Ses réverbérations sont inhérentes au site, il faut l'accepter et franchement, j'ai connu bien pire. Les chansons sont reconnaissables, les pupitres sont audibles ; guitares, clavier, chant. Pour davantage de subtilités, je dispose de mon salon, épicétou. N'oublions pas que nous sommes là surtout pour la teuf, pas pour boire le thé avec le petit doigt levé.

Sur le plan musical, j'ai peu apprécié la séquence électro, devenue semble-t-il rituelle, avant "Deutschland" sur laquelle les musiciens vêtus de diodes électroluminescentes produisent une chorégraphie, rythmée par Richard Z. Kruspe qui officie en "DJ" sur son balcon surplombant la scène. Mouai… Heureusement que la version plus académique de "Deutschland" s'enchaine derrière, remettant ainsi les pendules à l'heure. En revanche, j'ai beaucoup apprécié la séquence plus calme durant laquelle le clavier, un guitariste et le batteur nous ont bercés d'une mélodie apaisante. D'une façon générale, j'ai apprécié la présence et la maitrise de chacun, ainsi que l'usage très limité de bandes-sons ; en effet Christian "Flake" Lorenz assume parfaitement ses accords, mais aussi les moments de transitions. Son statut de souffre-douleur (Mein Teil) aurait tendance à stimuler notre compassion, mais en fait c'est la tête pensante du groupe, et son pupitre tient une place qui me semble prépondérante.

Sur le plan visuel, comme d'habitude c'est la maitrise totale. La mise en scène est imposante et mise en valeur par un éclairage soigné. Bien entendu des effets pyrotechniques ne cèdent aucune place à l’improvisation, tout est prévu avec une rigueur germanique. Il s'agit d'éviter les erreurs, quand on joue avec le feu, elles peuvent être fatales ! Il faut vivre ces moments incandescent pour comprendre la puissance de feu dégagée par ce spectacle de fous.

D'abord sur scène, avec "Puppe" durant laquelle le landau brûle avant d'expulser des milliers de confettis noirs sur tout le stade. Mais aussi avec "Mein Teil", le martyre traditionnel de Flake qui amuse toujours autant ; le pauvre doit se cacher dans sa marmite et subir le feu craché depuis des lance-flammes de toutes tailles, parfaitement maîtrisés par Till, à l'acmé de son art pyrotechnique.

Puis, dans l'enceinte, avec le diptyque infernal "Du hast"/"Sonne", durant lequel le feu se déchaine. Till actionne l'arbalète provoquant un aller-retour d'effets pyrotechniques entre la scène et le milieu du stade. Le feu passe de la scène aux derricks avant d'enflammer le stade d'une luminosité incandescente ! Je l'avais vécu auparavant depuis les gradins, c'était déjà très chaud. Mais en fosse, j'ai eu l'impression d'être dans une rôtissoire !

Après les fortes émotions ressenties durant "Sonne", les cinq membres groupe reviennent pour un rappel sur la scène annexe dont ils occupent le périmètre, entourant ainsi les deux pianistes. "Engel" est interprété en acoustique accompagné du duo ABELARD. Magnifiques instants de grâce, et de communion puisque les paroles s'affichent sur l'écran central, invitant ainsi le public à participer à un gigantesque karaoké ! Puis ils quittent cette mini-scène à bord de trois bateaux gonflables qu'ils font porter par une foule bienveillante vers la scène principale, sur l'air de "Engel". Ce relativement court moment de répit est balayé par les très festifs "Ausländer" et "Du riechst so gut".

L'humour des cadreurs d'images de la soirée n'est pas en reste. Comme d'habitude les caméras chassent les personnages atypiques dans la foule, susceptibles de recueillir une ovation particulière. Cette fois, le public choisi un couple d'hommes déguisés en nonne pour redoubler d'acclamation à chaque fois que l'objectif se pose sur les deux mecs, à la mine évidemment réjouie ! 

Je n'ai pas vu le temps passer, on approche déjà de la fin alors que le second rappel mettra un terme à ce concert torride !

La chanson "Adieu" clôt avec émotion un concert chaud, trèès très chaud ! Des milliers de confettis, blancs cette fois, inondent de nouveau tout le stade, alors que les derricks continuaient à cracher des flammes ; j'imagine que quelques confettis n'y aurons pas survécu !

Le programme s'est déroulé avec peu de modification par rapport à l'an dernier. L'admirateur astucieux aura juste noté que, sans doute à cause du contexte que traverse Till, la chanson "Pussy" est pudiquement remplacée au profit de "Ohne dich". Le titre intro de 2022, "Armee der Tristen" est remplacé par "Rammlied", qui n'avait pas été joué depuis longtemps. Les titres "Zick Zack", "Zeig dich", "Heirate mich" sont également passés à la trappe, au profit de "Angst" "Bestrafe mich" et "Giftig". Les deux rappels sont identiques, hormis Pussy donc.

Près de deux heures et quart pour 21 titres dont quatre titres issus de "Rammstein" (2019), quatre de "Mutter" (2001), quatre de "Zeit" (2022), deux de "Herzeleid" (1995), quatre de "Sehnsucht" (1997), deux de "Reise, Reise" (2004) et un de "Liebe ist für alle da" (2009).

PROGRAMME

  1. Rammlied (Liebe ist für alle da, 2009)
  2. Links 2-3-4 (Mutter, 2001)
  3. Bestrafe mich (Sehnsucht, 1997)
  4. Giftig (Zeit, 2022)
  5. Sehnsucht (Sehnsucht, 1997)
  6. Mein Herz brennt (Mutter, 2001)
  7. Puppe (Rammstein, 2019)
  8. Angst (Zeit, 2022)
  9. Zeit (Zeit, 2022)

Intro électro : Deutschland (Remix by Richard Z. Kruspe)

  1. Deutschland (Rammstein, 2019)
  2. Radio (Rammstein, 2019)
  3. Mein Teil (Reise, Reise, 2004)
  4. Du hast (Sehnsucht, 1997)
  5. Sonne (Mutter, 2001)

RAPPEL :

  1. Engel (en acoustique avec le Duo Abélard a piano, sur la scène annexe) (Sehnsucht, 1997)
  2. Ausländer (Rammstein, 2019)
  3. Du riechst so gut (Herzeleid, 1995)
  4. Ohne dich (Reise, Reise, 2004)

RAPPEL : 2:

  1. Rammstein (Herzeleid, 1995)
  2. Ich will (Mutter, 2001)
  3. Adieu (Zeit, 2022).

Bande-sons : Sonne (Piano-Version), Haifisch, (Haiswing Remix by Olsen Involtini), Lügen.

Les cinq membres du groupe saluent longuement le public, avant de rejoindre l'élévateur central qui les mène vers le sommet où ils disparaissent dans une dernière explosion de feux d'artifices. Grandiose !

Voilà c'est fini. Je suis ravi de mettre fin à une série de deux concerts décevant à Nanterre et à Lyon ; celui-ci rejoint (sans toutefois le dépasser) mon souvenir de Bercy (qui a fait l'objet du DVD). Après tant d'efficacité, on pourrait pourtant déplorer un manque d'imagination pour faire évoluer leur spectacle ; on retrouve depuis un bout de temps les mêmes recettes, la marmite, le landau, les canots, les derricks (…) qui certes sont légitimement attendues mais pourraient être modifiées, voire remplacées (argh !). Mais bon, je chipote et je ne regrette en fait qu'une chose, c'est le prix prohibitif des tickets.

Quelque peu fourbu par près de six heures debout, je me rue sur une bière. Je me fixe un objectif de sagesse, pas de t-shirt aujourd'hui ; il faut dire qu'à 40€ pièce, je peux me contenter de celui de l'an dernier, qui lui est semblable. Mes fils me rejoignent, les mines ravies. Nous sommes heureux, mais nous devons traverser tout Paris pour retrouver nos foyers, mais c'est une autre histoire (…)