dimanche 12 mai 2019

METALLICA /GHOST /BOKASSA – Stade de France – 12/05/2019



Lorsqu'un de mes groupes favoris annonce son concert au Stade de France, j'hésite toujours à engager ma participation. Comment ignorer l'événement, au prétexte de la démesure du lieu, sans risquer la frustration des émotions que peuvent procurer ces grand-messes qui s'y déroulent en présence de plus de  quatre-vingt mille adeptes ? Sempiternel dilemme.
Car je n'ai pas de réel préjugé définitif sur la question. Si je conserve une petite préférence pour les auditoriums de taille modeste, en revanche j'apprécie aussi les vastes sites qui ont au moins l'avantage de me rassurer sur l'état de notre microcosme de valeureux mélomanes français ! J'aime ressentir cette vaste communion d'un public atypique, uni dans une même transe !
Indépendamment de l'aspect strictement festif (quelques pompes à bières et quelques latrines suffisent à mon bonheur), ce qui m'inquiète le plus, en tant que mélomane (relativement) exigeant, c'est la qualité acoustique du site accueillant le concert. En réalité, même si un stade (ou un site extérieur de festival) ne vaudra jamais un véritable auditorium, le confort acoustique dépend du placement mais aussi de la perspicacité de l'ingénieur du son. Et finalement, cette exigence de placement et d'expertise de la console me parait également applicable pour les salles.
Dans les gradins de ce stade, j'ai parfois été frustré, mais pas systématiquement. Pour assister au concert des Mets en 2012, j'avais bénéficié d'une très bonne acoustique en étant assis en gradin, face à la scène (donc tout au fond de l'incurvation). En revanche, pour d'autres concerts, sur les côtés j'ai souvent subi soit des réverbérations excessives, soit l'excès de basse/batterie, avec de surcroit un décalage entre le son et l'image sensée être diffusée en direct sur les écrans. (Argh !)
Selon le même principe, en fosse il vaut mieux être dans le secteur prolongeant la console centrale, soit devant elle soit derrière, mais dans son axe.
Ce soir, j'ai mené ma p'tite Fée et mon fils en pelouse "carré-or", placés entre la console et la scène, pour savourer un son puissant mais parfaitement audible ! A condition de mesurer au moins 1,80 mètres, cet emplacement s'est bel et bien avéré idéal et ce, pour les trois concerts.
En contrepartie, il a fallu me montrer vif et vigoureux pour nous maintenir dans la horde chahuteuse, qui s'est manifestée surtout au début du concert des Mets… Je me demande pendant combien d'années je vais pouvoir tenir dans ce genre de fosse … Lors des premières séquences du concert des Mets, j'ai laissé mon fils surexcité filer vers l'avant, pendant que je tentais de protéger ma p'tite Fée dans un joyeux chaos ! Toutefois, passé l'orage introductif, nous avons pu rester bien placés (pour ma taille) jusqu'au rappel. Afin de permettre à ma p'tite Fée de voir un peu la scène, nous nous sommes retirés sur le côté droit, pour bénéficier d'un point de vue davantage acceptable pour elle, mais d'une acoustique détériorée : trop de basse/batterie. Mais pas de quoi gâcher mon plaisir cependant ; il suffisait de revêtir les protections auditives ! 
Tous ces efforts sont assumés, car METALLICA et moi, c'est une longue histoire. Il m'est juste impossible de manquer leur unique passage de l'année en France. Les deux motifs principaux sont purement subjectifs :
  • Je suis natif de mars 1963, ils sont donc de ma génération : Lars Ulrich (batterie, percussion, depuis 1981) est né en décembre 1963, James Hetfield (chant, guitare rythmique depuis 1981), est né en aout 1963, Kirk Hammett (guitare, depuis 1983) est né en novembre 1962 et Robert Trujillo (basse, chœur, depuis 2003) est né en octobre 1964.
  • Leur opus "Kill'em All !" est paru le 25 juillet 1983 … Leur musique pulvérisait les styles connus ; les headbangers (en gros, les admirateurs de Motörhead) ont immédiatement accroché à ce nouveau concept dont on pressentait déjà l'avènement avec des groupes comme Anvil. Je fis donc partie de ceux qui ont mis les doigts dans la prise, mais timidement à l'époque. Il y a trente-cinq années, c'était le 9 février 1984 à l'Espace Balard (Paris 15ème), aujourd'hui disparu, METALLICA assurait la promotion de "Kill'em All", en invité de Venom. Certains commentateurs leur attribuaient une étiquette "trash", terme que je n'ai jamais trop validé en ce qui me concerne ; pour moi c'est avant tout du heavy metal et d'ailleurs la suite de leur carrière me donnera raison. Ce soir-là, en dépit d'une acoustique douloureuse, la décharge électrique fut fatale ; je ne m'en suis jamais réellement remis. Les neurones cramés, nous étions sortis de ce concert avec la quasi-certitude que ces mecs iraient loin. En tous cas plus loin que Venom car les Mets leur avait volé la vedette, en ce qui me concerne au moins ! De tournées en festivals, leurs prestations parfois hors de France (Angleterre, Belgique) ont entretenu ma passion. C'est ainsi, toujours insatiable, que je me rends pour la 18ème fois à leur concert. SEMPER FIDELIS !
En outre, ce sera l'occasion pour mon fils de découvrir ce groupe légendaire ! J'ai découvert les Mets alors que j'étais à peine plus âgé que lui. Et puis, cette date du 12mai est symbolique pour mon couple ; nous avions assisté au même concert il y a sept années sans nous rencontrer (…). Et enfin, retrouver des potes autour d'une mousse, ça fait toujours plaisir !
Voilà pour le contexte. De l'émotion, de la passion, de la convivialité … quoi demander d'autre !
J'ajoute que nous avons une chance inouïe avec la météo ; hier encore il pleuvait des hallebardes, alors qu'aujourd'hui c'est légèrement nuageux mais le soleil prédomine avec un petit vent frais. Juste excellent pour moi ; je n'apprécie que très modérément les grosses chaleurs !
La file d'attente se résorbe relativement rapidement. Nous ne tardons pas à nous faufiler afin de garantir une place la moins pénalisante possible ; je me rappelle avec envie de la poudre magique utilisée pour réduire les têtes, dans Beetljuice. Mais là je m'égare, j'en conviens…

BOKASSA (18h15-18h40)
Trio norvégien fondé en 1994, mais dont j'ignorais l'existence, il est composé de Olav Dowkes (à la batterie), Jorn Kaarstad (au micro et la guitare) et Bard Linga (à la basse). Leur prestation promeut "Crimson Riders" paru récemment et propose un stoner plutôt efficace. Intéressante première partie, bien que je soupçonne une plus grande force de conviction dans un club ou en tous cas une petite salle. Je doute de conserver un souvenir impérissable de leur prestation mais je leur souhaite volontiers un succès que semble leur promettre une part du public bienveillant …

Programme : (à déterminer)

GHOST (19h15-20hxx).
Je me souviens qu'à l'origine je ne voulais pas entendre parler de ce groupe suédois qui sévit sournoisement depuis 2008. Son image, son univers ne m'intéressait pas, jusqu'à cette nuit fatidique du 10 juin 2016 où, par le bienfait (?) d'un festival, je fus heureusement tenté de rester pour les écouter. Pauvre de moi, pauvre de nous, le maléfice fatal a opéré sur mon frêle esprit ; j'ai succombé aux charmes envoutants de ces rythmes et de ces mélodies redoutablement efficaces. Je dois bien le confesser ; adepte asservi, voilà maintenant six fois que j'assiste à une messe de Ghost.
Une sonorisation impeccable et implacable a contribué à secouer les nuques, chauffant ainsi les muscles avant une soirée qui s'annonçait agitée. L'éclairage fut marginal, la nuit n'était pas encore tombée. Le décor était minimaliste mais astucieusement construit ; une sorte de portail en vitrail en guise de fond de scène. La largeur de la scène est très vaste et permet aux musiciens de bouger beaucoup.
Ce soir, sur un programme de douze titres, cinq sont tirés de leur quatrième opus, "Prequelle" qui est paru le 1er juin 2018. Etonnamment, ces chansons que je trouvais un peu trop pop passent très bien sur scène. En particulier "Miasma" titre instrumental au cours duquel la séquence au saxo laisse rêveur quant à un éventuel usage accru à l'avenir …
Pour le reste, c'est une succession de titres incontournables qui régalent le public dont une partie semble découvrir ces mécréants.


Programme :
Ashes (Prequelle, 2018)
Rats (Prequelle, 2018)
Absolution (Meliora, 2015)
Ritual (Opus Eponymous, 2010)
From the Pinnacle to the Pit (Meliora, 2018)
Faith (Prequelle, 2018)
Cirice (Meliora, 2015)
Miasma (Prequelle, 2018)
Year Zero (Infestissumam, 2013)
Mummy Dust (Meliora, 2015)
Dance Macabre (Prequelle, 2018)
Square Hammer (Popestar, 2016).


Objectivement, les rythmes me paraissent assez binaires, les soli plutôt courts, le chant d'une tessiture limitée et le timbre banal … Alors, par quel sortilège cette musique m'attire à ce point ? Il n'y a pas d'explication rationnelle ; le monsieur a juste un don de communication, un sens de la mélodie que beaucoup d'autres suédois cultivent (ABBA, A.C.T., Opeth, Pain of Salvation, Therion, Tiamat, …).
Honnêtement, je craignais que cette prestation se passe mal face à un public impatient et exigent, mais fort heureusement, GHOST a recueilli une ovation méritée.

METALLICA (21h-23h15).
L'extrait audio-vidéo du film culte de Sergio Leone produit toujours le même effet dans le public dont le chant fait vibrer les cœurs à l'unisson ! La surexcitation est (presque) à son comble, entre le recueillement pour un hymne et l'impatience d'en découdre…Normalement, le déchainement devrait intervenir à ce moment-là mais depuis peu les Mets ont pris l'habitude placer une autre bande-son reprenant le thème du premier titre… Personnellement, je trouve cela fâcheux, brisant une certaine spontanéité. Mais il s'agit heureusement d'un bref passage à vide et lorsque les musiciens prennent leur place respective et font exploser les décibels, c'est le chaos total dans la fosse ! Les diables sont dans le bénitier et les anges (comme moi bien sûr) font ce qu'ils peuvent pour rester connectés !
Très vite l'excellence de la qualité du son rassure l'auditoire ; pas besoin de protection auditive, c'est audible et puissant sans excès. L'éclairage est particulièrement lumineux. Sur le plan visuel, l'écran central est impressionnant par sa taille et la qualité de son image, en revanche les deux écrans latéraux me paraissent diffuser une image de moindre qualité. Mais, cela m'est égal de mon point de vue, car je me contente de l'écran central et de ce qui se passe en dessous.
Toutefois, la scène est extraordinairement large, et dessine une mini-arène au centre de laquelle quelques privilégiés béats se tiennent ainsi aux premières loges. Cette configuration permet aux musiciens de satisfaire la curiosité d'un plus grand nombre d'admirateurs !
Cette tournée prétend promouvoir le double album "Hardwired… to Self-Destruct" paru le 18 novembre 2016, mais seuls quatre titres en sont tirés, contre cinq par exemple pour le black album ... Je trouve cela dommage car ce double opus regorge de bien d'autres pépites à exploiter. Des titres d'anthologie en empêchent d'autres mais il en va ainsi pour la plupart des concerts de grands groupes ! Mais bon je ne vais pas faire la fine bouche car durant plus de deux heures et quart, les Mets vont nous faire voyager sur plus de trois décennies.

Le choix des titres m'a paru intelligent, alternant le vif et le plus calme, permettant aux musiciens ainsi qu'au public de souffler un peu …enfin, toutes proportions gardées, hein ! 
Fait notable dans la programmation, dans chaque ville/pays visitée, ils ont prévu de rendre hommage à un artiste local. Robert Trujillo chante, accompagné de Kirk. A Barcelone ce fut "El muerto vivo" de Peret (c'ki ?). En France, c'est "Ma gueule" de Johnny. Après un instant de stupéfaction, c'est un impressionnant chœur qui s'est fait entendre dans le stade ! Ce petit clin d'œil me semble très sympa, et d'ailleurs la réaction du public atteste d'une approbation générale.
Notons l'interprétation convaincante de "Frantic" issu d'un album décevant (St Anger) que je verrai bien remixé, mais cela n'engage que moi …
En tant que sélectionneur virtuel, j'ai particulièrement apprécié "For Whom the Bell Tolls" dont mon grand intérêt semble unanimement partagé, mais j'aurais volontiers entendu des titres comme "Wiplash" ou "Metal Milicia", au lieu d'un "Seek & Destroy" peut-être un peu trop rabâché. Bah on peut toujours espérer pour une prochaine fois.

PROGRAMME :
Intro audio/video "The Ecstasy of Gold" (Ennio Morricone), puis bande-son intro sur le thème de Hardwired

Hardwired (Hardwired… to Self Destruct, 2016)
The Memory Remains (Reload, 1996)
Ride the Lightning (Ride the Lightning, 1984)
The God that Failed (black album, 1991)
The Unforgiven (black album, 1991)
Here Comes Revenge (Hardwired… to Self Destruct, 2016)
Moth Into Flame (Hardwired… to Self Destruct, 2016)
Sad but True (black album, 1991)
Welcome Home (Sanitarium) (Master of Puppets, 1986)
Ma gueule de Johnny (Rob au chant et basse, accompagné de Kirk à la guitare)
Frantic (St. Anger, 2003)
One (…and Justice for All, 1988)
Master of Puppets (Master of Puppets, 1986)
For Whom the Bell Tolls (Ride the Lightning, 1984)
Creeping Death (Ride the Lightning, 1984)
Seek & Destroy (Kill’em All, 1983).

Rappel
Spit Out the Bone (Hardwired… to Self Destruct, 2016)
Nothing Else Matters (black album, 1991)
Enter Sandman (black album, 1991).




Les quatre cavaliers se sont montrés convaincants et maitrisant parfaitement l'interprétation de leur répertoire pour le plus grand bonheur des puristes ! Enormissime !!
Le retour pour le rappel fut une apothéose avec les accords rageurs de "Spit Out the Bone", un des titres que j'attendais beaucoup ! Puis, suivent deux titres qui les ont rendus populaires pour clore le spectacle qui se conclue sur un p'tit feu d'artifices.
Les Mets cherchent manifestement à entretenir une belle relation avec leur public ; chacun des membres prend soin de venir nous remercier au micro avec quelques mots sympathiques. Lars, toujours aussi mal inspiré, lance des propos qui me semblent décalés. Ce soir ne fait pas exception, il semble s'adresser à un public qui découvre Metallica ; j'aimerais pouvoir lui signaler que je suis encore là après toutes ces années, de surcroît avec mon fils dont l'enthousiasme semble garantir la relève. 
Enfin, un diaporama de photos et films pris dans la journée, montre l'engouement de leurs admirateurs dans le stade et ses environs. Le tout finalement surchargé d'un énorme THANK YOU. Cette reconnaissance est de nature à rassurer un peu, quand même, à l'aune de leur choix managérial qui me semble les couper un peu trop de leur public, à mon gout. Prix de tickets échelonnés pour les approcher, loges VIP, marchandises tous azimuts. D'autres le font, je sais, même en pire. Mais c'est laid. En même temps, ils ont bien raison d'assurer leur retraite, hein… VIVE METALLICA !

mercredi 24 avril 2019

VERONIQUE SANSON au Dôme de Paris – 24 AVRIL 2019


Voilà plus de trente années que je n'étais pas retourné voir Véronique SANSON. C'était à l'Olympia le 28 février 1989 lors de sa tournée "Moi, le venin". Pas plus à cette époque que maintenant je ne fus un admirateur inconditionnel de la dame ; c'est indéniablement une bonne chanteuse et elle a surtout le mérite de composer tous ces titres et d'écrire seule de magnifiques textes, mais d'autres artistes sont plus ou moins dans ce cas sans pour autant valoir mon déplacement. En fait, à l'époque c'était dans une démarche militante que je m'étais décidé à assister à son concert.
Il faut se rappeler que sa chanson intitulée "Allah" avait offensé des oreilles paranoïaques et intolérantes. En dépit d'explications de texte, ce titre avait été censuré dans de nombreux médias et l'album fut même retiré de certains points de vente ! Cette atteinte à sa liberté d'expression fut de surcroît tolérée par quelques élites, ce qui me décida à la soutenir, espérant bien qu'elle maintiendrait son répertoire en concert. Hélas, j'avais été bien déçu par le retrait dudit titre.
Cependant, à l'occasion de ce concert, je m'étais aperçu que la dame savait bien s'entourer pour proposer un spectacle qui m'a semblé davantage rythmé par du rock que par une variété populaire dont on aurait pu a priori la soupçonner. Section de cuivres, choristes, guitaristes et percussionnistes de tous poils soutenaient la belle quadragénaire rentrée des Etats-Unis depuis quelques années. 

Voilà pour mes antécédents. Cette fois, ma p'tite Fée n'ayant pas encore eu l'occasion de voir cette artiste, j'ai saisi une opportunité d'acquérir des entrées à prix abordable. Or, sans l'avoir particulièrement ciblé, il se trouve que ce 24 avril constitue son soixante-dixième anniversaire. Ce sera une raison supplémentaire de s'émouvoir, d'autant plus que des soucis de santé ont bien failli interrompre définitivement sa carrière. Ce printemps lui permet de reprendre la tournée promotionnelle de son quinzième album "Dignes, Dingues, Donc" paru en 2016.
La soirée était annoncée "complet", toutefois nous n'avions pas de voisins à nos sièges qui, il est vrai, n'étaient pas très enviables. Puisque nous n'avions pas tenu à payer trop chère notre entrée, fatalement nous n'avons pas bénéficié du meilleur emplacement ! Excentrés en surplomb sur la gauche de la scène, on ne voyait pas le fond et donc les musiciens qui s'y trouvaient (le batteur, les deux choristes, et le quatuor de cordes). Néanmoins, le piano de la Dame était orienté en notre faveur, ce qui fut agréable, même si on était loin. Hormis notre position, la salle était bel et bien pleine comme un œuf, d'un auditoire conquis d'avance. La moyenne d'âge est relativement élevée, je dois représenter ce chiffre, très probablement …

L'éclairage fut correcte (rien d'extraordinaire) et la sonorisation fut très bonne, même si l'acoustique de la salle à cet endroit laissait percevoir un peu de réverbération. Mais les pupitres étaient parfaitement équilibrés autour de la voix principale. Cet équilibre sonore s'imposait car sur scène pouvaient participer une bonne douzaine de musiciens ; outre les sept précités, il y avait une section de cuivres (trombone, saxophone et trompette), un claviériste, un bassiste et un guitariste.

Voilà pour le cadre. Après, c'est affaire de gout et de perceptions. On accroche ou pas, mais on ne peut pas rester indifférents aux rythmes assez variés. Véronique Sanson n'est pas particulièrement à l'aise pour parler à son public, elle l'avoue elle-même ; elle chante mieux qu'elle ne parle. Cela tombe bien, c'est ce que nous sommes venus écouter. Ses ennuis de santé n'ont fort heureusement pas altéré son timbre de voix, toutefois sa tessiture est désormais limitée ; je l'ai particulièrement remarqué sur des titres comme "Vancouver". Cela n'a cependant rien de rédhibitoire car elle parvient à adapter son chant à l'octave requis, voire laisser astucieusement chanter le public à sa place. La comparaison avec son concert d'il y a trente ans nécessite donc une légère indulgence qui me permet d'apprécier le talent de cette remarquable artiste.

Son fils, Chris Stills, a assuré la première partie de soirée au sein d'un trio. Du bon rock américain, efficace sans être renversant. Mais j'imagine l'émotion qui devait l'étreindre. D'autant plus lorsqu'il est revenu lors du rappel de sa maman pour interpréter avec elles "On m'attend là-bas" !
Habituellement, dans mes récits je tente toujours d'énumérer les musiciens ; mais si Véronique prend bien soin de les présenter et les remercier, en revanche je serai bien incapable de trouver un site pour trouver leurs noms. J'ai surtout remarqué le bassiste (un très fidèle collaborateur semble-t-il), mais aussi le trombone et le saxo. Ils ont eu la possibilité de s'exprimer assez librement surtout lors d'une impro bien jazzy aux cuivres. Autres interventions notables, (mais pas indispensable) celles de Christophe Maé et Vianney, chanteurs apparemment appréciés de Madame et d'une partie de son public (…). A mon humble avis, le mec au djembé aurait pu également s'abstenir, tout comme les deux individus (danseurs ?) venus s'agiter inutilement… M'enfin disons que la soirée s'est passée sans trop de fausses notes.

J'ignore si ce jour anniversaire aura justifié la longueur du concert, mais le fait est que de 21h40 jusqu'à minuit dix (et des poussières) nous eûmes droit à une large évocation de son répertoire avec vingt-trois chansons tirées de treize de ses quinze albums.
PROGRAMME :
Dignes, dingues, donc... (Dignes, Dingues, Donc..., 2016)
Radio Vipère (Moi, le venin, 1988)
Monsieur Dupont (Laisse-la vivre, 1981)
Marie (Moi, le venin, 1988)
Ces moments-là (Dignes, Dingues, Donc..., 2016)
Vols d'horizons (Plusieurs lunes, 2010)
Ainsi s'en va la vie (Véronique Sanson, l'Album blanc, 1985)
Je me suis tellement manquée (Indestructible, 1998)
Et je l'appelle encore (Dignes, Dingues, Donc..., 2016)
L'écume de ma mémoire (Dignes, Dingues, Donc..., 2016)
La loi des poules (Dignes, Dingues, Donc..., 2016)
Chanson sur ma drôle de vie (avec Vianney) (De l'autre côté de mon rêve, 1972)
Vancouver (Vancouver, 1976)
Amoureuse (Amoureuse, 1972)
Besoin de personne (avec Christophe Maé) (Amoureuse, 1972)
Rien que de l'eau (Sans regrets, 1992)
Et s'il était une fois (Dignes, Dingues, Donc..., 2016).
RAPPEL :
Bernard's Song (Il n'est de nulle part) (Hollywood, 1977)
On m'attend là-bas (avec Chris Stills) (Le Maudit, 1974)
Toute une vie sans te voir (7ème, 1979)
Ma révérence (7ème, 1979)
Visiteur et voyageur (Sans regrets, 1992)
Bahia (Amoureuse, 1972).

Très émouvant final durant lequel Véronique se confia avec quelques chansons intimes, seule avec son piano. On croit deviner l'artiste, mais aussi la femme, qui au fil de sa carrière et de sa vie, aura consommé sa vie pleinement mais ainsi accumulé sources de scrupules et de mélancolie. J'ai senti l'émotion étreindre sa gorge plus d'une fois et des frissons parcourir mon dos. Voici, pour mémoire quelques extraits de ses paroles finales qui en disent longs :

"Toute ma vie sans te voir
C'est ça qui me fait mal
C'est ça qui me fait vieillir
Et j'ai perdu mon âme
Quand j'ai perdu ton sourire"

"Oh, j’ai beaucoup voyagé
Je suis partie sans le vouloir
Mais j’ai comme des pierres dans ma mémoire
Je suis comme un pion qu’on peut pas jouer
Tout seul"

"Quand j'n'aurai plus le temps
De trouver tout l'temps du courage
Quand j'aurai mis vingt ans
A voir que tout était mirage
Alors j'entends au fond de moi
Une petite voix qui sourd et gronde
Que je suis seule au monde."

Bon, globalement ce fut une bonne soirée. Notre passion pour la richesse musicale qu'exprime le rock progressif explique probablement une certaine exigence qui nous gêne pour nous extasier comme le reste de l'auditoire de ce soir. Cependant je ne regrette pas le déplacement et je rends hommage à cette artiste qui sait raconter sa vie avec pudeur et poésie. Son talent me semble bien au-dessus du lot de ce que les médias français veulent bien nous délivrer …

dimanche 27 janvier 2019

JUDAS PRIEST – Zénith de Paris – 27/01/2019

En préambule à mes récits de concerts, il me semble souvent opportun de rappeler le contexte afin de mieux faire comprendre mes sensations. Le relevé d'impressions de cette soirée dantesque ne pourra pas faire exception car Judas Priest fait partie de ces quelques groupes qui m'ont rendu raide-dingue durant mon adolescence, et ce bien avant les Metallica et autres gamins qui ne faisaient que percer dans les années 80. Je ne relaterais ici que très succinctement les nuques endolories et les cordes vocales maltraitées qui résultaient inéluctablement de mes soirées à les écouter. A cet égard, il était d'ailleurs préférable d'avoir des voisins très compréhensifs, ce qui était très heureusement mon cas à cette époque bénie.
Jusqu'en 1991, après la parution de "Painkiller" (1990) suivie de sa tournée promotionnelle, je vénérais ces Dieux du Metal ; je considérais leur chanson "Metal Gods" comme une auto-proclamation. Judas Priest incarnait tout simplement le Heavy Metal tel que je le conçois ; des accords à la fois rageurs et mélodiques, souvent en duos, une base rythmique implacable et surtout une voix phénoménale. Je n'étais pas présent au concert légendaire d'AC/DC en 1979 et j'ai ainsi manqué une première occasion de les voir, mais j'ai toutefois ensuite eu la chance d'assister à cinq concerts d'anthologie, sur les tournées "Point of Entry" (07/12/1981, Pavillon Baltard), "Defender of the Faith" (11/02/1984, espace Balard), "Turbo" (20/10/1986, Zénith), "Ram it down" (16/05/1988, Zénith) et "Painkiller" (17/03/1991, Zénith).
Cependant, j'ai sans doute eu le tort de prendre à la lettre leur chanson "United" extraite du monumental opus "British Steel" (1980) ; si bien que lorsque Rob a quitté le navire pour des ambitions personnelles, je me suis senti trahi. J'ai alors classé l'affaire dans les dossiers archivés ; à mes oreilles intransigeantes, personne ne pouvait le remplacer. C'était juste une question de principe. Metallica leur a alors succédé au Panthéon des maîtres du metal en fusion. Mes goûts musicaux étaient par ailleurs déjà assez éclectiques pour ne pas m'attarder sur les états d'âmes de ces casseurs de rêves.
Rob est revenu en 2003, mais la viande était refroidie et je n'ai plus retrouvé la même faim.
A l'occasion de la tournée "Nostradamus", j'ai toutefois assisté à un sixième concert (21/03/2009, Zénith) que je n'ai pas trouvé assez convaincant pour me donner envie de les suivre avec autant de ferveur qu'auparavant. D'autant moins lorsqu'en 2010 ils annoncent une tournée d'adieu, annonce suivie de surcroit par le départ incompréhensible de K. K. Downing en 2011 qui avait décidé de monter un club de golf (nan, mais j'hallucine ?!!). Ca sentait la fin…
Nonobstant ces sujets d'inquiétudes, en 2015 leur prestation au Wacken Festival a fait l'objet d'un film édité en 2016 sur le DVD "Battle Cry". Richie Faulkner y supplée Glenn avec une telle efficacité que mon intérêt a commencé à se réactiver. Intrigué par cette renaissance inespérée, j'ai été subjugué par le nouvel album du groupe, "Firepower", sorti ce 9 mars 2018. Mais, nouveau coup dur, Glenn Tipton déclare être atteint par la maladie de Parkinson et annonce son retrait de la tournée, après avoir toutefois contribué à l'album. Ce coup du sort n'est pas sans me rappeler celui de Malcolm Young.
Ainsi, seul Ian Hill (basse, 68 ans) demeure membre fondateur, depuis 1970. Il est permis d'estimer toutefois que la légitimité de Judas Priest est partagée avec Rob Halford (chant, 67 ans) qui est toujours là depuis 1974, en dépit de son infidélité. Scott Travis (batterie, 57 ans) est là depuis 1989 mais, comme Rob, il est parti en 1993. Cependant, l'enfant prodigue est revenu dès 1996. Aux guitares nous trouvons donc désormais Richie Faulkner (guitare, 39 ans) qui accompagne donc Judas Priest depuis 2011. Andy Sneap (guitare, producteur du dernier album, 49 ans) remplace Glenn sur la tournée…
Les échos scéniques de cette formation étant plutôt positifs, je me suis résolu à emmener mon fils et ma Fée pour qu'ils assistent au moins une fois à ce qui reste de cette Légende du metal, pour qu'ils aient au moins une idée de ce qu'ils furent. Cette prestation montrera que Judas Priest n'est pas un groupe de "has‑been", force est de constater ce soir que le phénix est resplendissant ! "Some Heads are gonna roll" !

DISCONNECTED (19h-19h30). Ce récent quintet troyen, français quoiqu'anglophone, m'était parfaitement inconnu ; j'ignorais même qu'il ouvrait les hostilités ce soir. Il se compose d'Adrian Martinot (Guitare), Ivan Pavlakovic (voix), Romain Laure (basse), Florian Merindol (guitare), et de Jelly Cardarelli (batterie).
En dépit de ma bonne volonté de mélomane curieux, les rugissements du hurleur de service furent plutôt de nature à agresser mes pauvres tympans non-avertis. Que voulez-vous, depuis mon année passée en caserne, je n'apprécie guère que l'on vienne me brailler aux oreilles de manière intempestive… Quand je serai à l'hospice il faudra peut-être en revenir à cette extrémité, mais on n'en est pas encore là.
Cependant, passé un premier épisode agité, les propos humbles et reconnaissant du monsieur m'ont porté à la bienveillance. Son plaisir et son émotion à assurer la première partie des Maitres furent exprimés avec une sincérité touchante.
Il le reconnait lui-même, le style de Disconnected diffère de celui de Judas Priest. Néanmoins, son metal (qualifié de "modern", semble-t-il ?) passe plutôt bien et le public ovationne poliment ces valeureux combattants qui reviennent d'une tournée européenne visant à promouvoir leur premier opus "White Colossus", paru en mars 2018 ! La sonorisation est correcte et permet de percevoir les soli du guitariste qui parviennent à imposer une certaine fantaisie dans un bloc sonore qui m'a paru assez brutal.
Souhaitons-leur bon vent ; dans leur style, ils me semblent pouvoir aller loin.
PROGRAMME
Living Incomplete
Blind Faith
Losing Yourself Again
For All Our Sakes
White Colossus.


JUDAS PRIEST (20h-21h40). Je ne le cache plus après coup, mais mon anxiété fut à son paroxysme jusqu'aux premières minutes du concert ! Je craignais une prestation décevante, pas à la hauteur de leur réputation. J'ai tenu cependant à me donner toute les chances d'apprécier. Placés en fosse, mais pas trop loin, face au milieu de scène, nous étions en tout état de cause idéalement placés pour l'acoustique. Bien sûr, comme d'habitude, il fallait toutefois bénéficier d'une taille respectable, ce qui n'est pas le cas de ma p'tite Fée qui parviendra cependant à percevoir l'essentiel.
Un rideau aux couleurs flamboyantes, arborant le symbole du groupe, est comme gobé dès l'entrée en scène des anglais et… le tourbillon de bonheurs ne tarde pas m'enivrer les sens ! En effet, la sonorisation est juste parfaite, une puissance maîtrisée et audible ; je n'ai même pas besoin de protections auditives, je suis comme dans mon salon !!
Mon enthousiasme s'accroit encore lorsque les titres d'anthologie et inespérés se succèdent, ceux du dernier excellent opus n'étant pas oubliés ! Après l'introduction sur "Firepower", nous avons droit à un pur régal inouï avec la succession de "Running Wild", "Grinder", "Sinner" et "The Ripper" ! Peu de répit, car Rob échange avec son public mais sans discours qu'il estime sans doute superflu. Il est vrai que l'auditoire ravi ne demandait pas mieux que de savourer le plus intensément possible cette grand'messe ! Des titres comme "Green Manalishi" ou "the Ripper" furent de purs moments de bonheur ! Cerise sur le gâteau, nous eûmes même droit au rare "Killing Machine" (plus interprété depuis … 1978) ! Seul manqua "Victim of Changes" (qui aurait été de circonstance avec la malheur qui accable Glenn), mais j'imagine que la partie vocale doit désormais effrayer Rob. Pourtant, sur des titres comme "Sinner", "Freewheel burning", ou encore ce "Painkiller" de folie, il n'a rien perdu de son efficacité ! Moment d'émotion durant ce titre, des images de Glenn, le grand absent, permettent d'imaginer sa présence sur la scène. La discographie est ainsi largement passée en revue, avec dix opus évoqués (sans compter le "Unleashed", bien sûr) ; petite pointe d'émotion particulière pour moi lorsque "Desert Plains" issu de "Point of Entry" fut interprété, me ramenant ainsi à mon premier concert de JP, 38 années en arrière ! (gasp !)…
Au fil de la soirée, une douce folie m'emporte ; je peine à croire mes oreilles et mes yeux devant l'excellence des interprétations. Rob doit certes composer avec ses années mais il n'en demeure pas moins performant sur le plan vocal. Certaines astuces lui permettent parfois de masquer les notes les plus élevées, cependant la prestation reste sidérante ; Rob is God ! Coquetterie du Maître, il changera plusieurs fois de vêtements, qui ne vaudront jamais ceux qu'il montrait dans les années 70's ! La base batterie/basse assure un train d'enfer ; Ian toujours très discret au fond de la scène et Scott toujours carré et imperturbable. Les deux guitaristes tentent de faire oublier leur prédécesseur ; si Andy assume modestement son pupitre, en revanche Richie se montre excellent lors des soli qu'il assume en quasi-totalité !
L'éclairage est très lumineux (idéal pour les photographes) et les fonds de scène sur écrans alternent illustrations et films en adéquation avec les titres, comme par exemple durant "The Ripper" avec des images rappelant les événements de Whitechapel. Le plus souvent c'est le thème du feu (ou de la puissance de feu) qui logiquement était évoqué, compte tenu de la tournée actuelle. Tout est parfait pour entretenir la fête du Metal ! Le public ne s'y trompe pas, les plus jeunes (dont mon fils) "pogotent" allègrement dans leur secteur, sans empêcher les plus anciens (dont je suis) de savourer leur nostalgie.
Pas le temps de souffler, les titres s’enchaînent à en perdre haleine ! Le moteur de la moto annonce la traditionnelle arrivée pétaradante de Rob sur scène enfourchant une rutilante Harley, avant de lâcher la vapeur sur "Hell bent for Leather". Scott harangue ensuite la foule avant de lancer la machine infernale sur "Painkiller" qui clôt le concert… avant le rappel bien sûr !
Le temps de rappel est à peine perceptible, mais dans la logique de la soirée ; tout est balancé à la gueule d'un public affamé et ravi ! Après dix-sept premiers titres, nous sommes comblés de quatre titres pour conclure un concert d'une heure quarante (21 titres, donc !) qui restera gravé dans nos mémoires ! Tradition oblige la moto trône au pied de la batterie jusqu'à la fin du concert. La communion fut parfaite, la messe est dite, ses prêtres n'ont pas trahi !
Un message s'affiche en grandes lettres sur fond de scène : "THE PRIEST WILL BE BACK". Comme pour rassurer un public légitiment inquiet, tant les ravages du temps qui passe ont de quoi entretenir le doute sur les chances de les revoir… Glenn est cramé par la maladie, KK est banni par sa connerie… Alors certes, cette formation reste crédible et semble pouvoir tenir la route… On verra bien.
PROGRAMME
Firepower (Firepower, 2018)
Running Wild (Killing Machine, 1978)
Grinder (British Steel, 1980)
Sinner (Sin After Sin, 1977)
The Ripper (Sad Wings of Destiny, 1976)
Lightning Strike (Firepower, 2018)
Desert Plains (Point of Entry, 1981)
No Surrender (Firepower, 2018)
Turbo Lover (Turbo, 1986)
Killing Machine (Killing Machine, 1978) (première interpretation scénique depuis le 24 novembre 1978)
The Green Manalishi (With the Two Prong Crown) (reprise de Fleetwood Mac)
Night Comes Down (Defenders of the Faith, 1984)
Rising From Ruins (Firepower, 2018)
Freewheel Burning (Defenders of the Faith, 1984)
You've Got Another Thing Comin' (Screaming for Vengeance, 1982)
Hell Bent for Leather (Killing Machine, 1978)
Painkiller (Painkiller, 1990).
RAPPEL :
The Hellion/Electric Eye (Screaming for Vengeance, 1982)
Metal Gods (British Steel, 1980)
Breaking the Law (British Steel, 1980)
Living After Midnight (British Steel, 1980).


Fabuleux programme donc, mais trois opus "oubliés" auraient pu/dû aussi être évoqués : Rocka Rolla (74), Stained Class (78), et Ram It Down (88). Ce sera pour une prochaine fois ?








jeudi 20 décembre 2018

Uli Jon ROTH au Trabendo - 20/12/2018.


Entre 1974 et 1979, mon attrait pourtant déjà bien affirmé pour les sonorités les plus métalliques fut bien malencontreusement mis en veilleuse. Erreur de jeunesse, alors que tant d'événements importants de déroulaient sur les scènes de l'époque. La collaboration avec SCORPIONS de Monsieur Ulrich ROTH de 1974 à 1977, pour quatre opus d'anthologie, fut sans doute l'un d'entre eux.
Je n'ai donc jamais eu la chance d'assister à un concert de SCORPIONS dans cette configuration, pas même lors des trop rares réunions scéniques ultérieures. Uli Jon ROTH a souhaité évoluer seul afin d'exprimer sa virtuosité dans un univers mystique et davantage ancré dans les sons proches de ceux de Jimi Hendrix et de Cream. Il fonda ainsi dès 1978 son propre groupe, Electric Sun avec lequel il réalisa trois excellents albums jusqu'en 1985. Fort heureusement, le 18 mars 1985, j'ai pu assister à son concert à l'Eldorado (10ème arrondissement de Paris).
Au début des années 1980, il développa une guitare de six octaves appelée Sky Guitar, qui lui permit de jouer des pièces de violon dans le registre original. Il est ainsi le premier guitariste à interpréter les "Quatre saisons" de Vivaldi avec un orchestre. Uli a ensuite continué sous son propre nom ; ce que je déplore personnellement car il me semble que ses créations, oscillant entre le rock le plus dur et la classique tantôt éthérée tantôt grandiloquente, furent d'inégales qualités, indépendamment bien sûr de son talent de guitariste !
Cette soirée me permettra cependant d'assister à son 5ème concert depuis 1985 après ceux des tournées "Beyond the astrial Skies" (1985), "Metamorphosis" (2004), "Under a Dark Sky" (2008), "Scorpions Revisited Tour / 40ème  anniversaire" (2014), et donc ce "50ème anniversaire" (2018).
Ce cinquantenaire commémore ainsi décembre 1968 durant lequel, à l'âge de 13 ans, ce surdoué se produisait sur scène !
Sur cette tournée, ses compagnons de scène sont David Klosinsky (guitare), Corvin Bahn (claviers, chœurs), Niklas Turmann (guitare, chant), déjà présents depuis quelques années.
Il semble qu'ils soient accompagnés ce soir par Michael O'Reily (batterie) et Simon Foster (basse, chœurs) ; à vérifier. (Petit commentaire personnel, j'aurais apprécié revoir au chant Nathan James, qui était sur la précédente tournée, mais il est désormais impliqué au sein de Inglorious. Il faudra donc me contenter des images du film).
Bien que le Trabendo dispose d'une acoustique irréprochable, la sonorisation m'a semblé déséquilibrée ; heureusement la guitare du Maître fut préservée, mais les micros ne furent pas toujours audibles, à l'instar du clavier. Trop de puissance accordée à la basse et de batterie, surtout durant la première partie, qui aurait dû favoriser les atmosphères planantes.
L'éclairage aurait pu être un peu plus vif pour garantir de meilleures photos, mais il faut reconnaitre que les rouges, les verts et les bleus convenaient aux atmosphères requises.
Pendant plus de deux heures, (deux parties de plus d'une heure chacune, scindées par un entracte de dix minutes) Uli nous fait revisiter à la fois ses créations (1975-2000), mais aussi ses sources d'inspiration (1960 et 67) sans omettre deux titres (1986) en hommage appuyé à Zeno, son frère décédé l'année dernière.
La première partie de soirée fut principalement axée sur son parcours solo. Mais si son œuvre personnelle fut écoutée avec respect et admiration, en revanche la période Scorpions fut acclamée avec encore davantage de ferveur dans une ambiance survoltée. J'imagine qu'il prend cette part de succès avec une certaine philosophie, du moins je lui souhaite !














En introduction de la seconde partie, Uli nous présenta la seule nouveauté, crée cet été, "Passage to India", long titre interprété en acoustique, seul, assis. Gageons que ce soit l'amorce d'un futur album. Ensuite, il se leva pour prendre une guitare qui, nous dit-il, était restée au placard durant les quelques décennies qui ont précédé cette tournée. C'est avec elle qu'il interprète "Apache", une reprise des Shadows, un groupe qui a sans doute contribué à le motiver dans sa démarche artistique ! Après une longue séquence de reprise de SCORPIONS, il ne peut pas clore cet hommage à sa carrière sans évoquer son Maître, le Grand Jimi avec deux titres très emblématiques.





Uli Jon ROTH nous a encore démontré qu'il demeure un exceptionnel musicien, hors du commun tant par sa virtuosité, sa sensibilité, que par sa démarche artistique totalement assumée. N'oublions pas qu'en demeurant au sein de Scorpions, il aurait pu connaitre la gloire et la notoriété. Mais ce pionnier du metal néo-classique a préféré rester honnête avec lui-même, et donc avec ses admirateurs. Ainsi soit-il !
PROGRAMME :
partie 1
Sky Overture (Transcendental Sky Guitar, 2000)
Indian Dawn (titre de Electric Sun, Fire Wind, 1981)
Electric Sun (titre de Electric Sun, Earthquake (1979)
Sun in My Hand (titre de Scorpions, In Trance, 1975)
Why? (titre de Electric Sun, Beyond the Astral Skies, 1985)
Don't Tell the Wind (reprise de Zeno, 1986)
Eastern Sun (reprise de Zeno, 1986)
Starlight (reprise de Sky of Avalon, 1996)
Enola Gay (Hiroshima Today) (titre de Electric Sun, Fire Wind, 1981)
The Sails of Charon (titre de Scorpions, Taken by Force, 1977).
partie 2
Passage to India (inédit créé cet été 2018)
Apache (reprise de The Shadows, 1960)
We'll Burn the Sky (titre de Scorpions, Taken by Force, 1977)
In Trance (titre de Scorpions, In Trance, 1975)
Pictured Life (titre de Scorpions, Virgin Killer, 1976)
Catch Your Train (titre de Scorpions, Virgin Killer, 1976)
Yellow Raven (titre de Scorpions, Virgin Killer, 1976)
All Along the Watchtower (reprise de Bob Dylan, 1967)
Little Wing (reprise de The Jimi Hendrix Experience, 1967).
Je me suis précipité à l'échoppe afin de me procurer le blu-ray de la tournée précédente, ainsi que le très beau t-shirt. La vendeuse m'assure qu'Uli passera pour rencontrer ses admirateurs. Et en effet, il ne tarde pas à se présenter, calme et particulièrement disponible et souriant. En bon allemand, il organise avec méthode mais courtoisement la séance ; les dédicaces d'abord, les portraits ensuite ! Lorsque mon tour vient, il me toise et me lance "tu as une allure d'artiste toi, t'es un artiste ?" Je n'ai jamais eu de répartie, ce soir moins encore qu'à l'accoutumée, tu juste ai-je pu lui retourner combien de l'admire… (le gars comprend le français, à tel point que je n'ai pas eu lui épelé mon prénom, pourtant atypique !) La pose pour le portrait s'en trouve d'autant plus souriante ! Reviens quand tu veux, Uli !


lundi 17 septembre 2018

CAMEL au Royal Albert Hall, le lundi 17 septembre 2018



CAMEL – Royal Albert Hall, London - 17/09/2018

Depuis 1971, Andrew Latimer a surmonté moult écueils pour que son groupe Camel parvienne à réaliser quatorze albums studio. Le compteur a bien failli s'arrêter définitivement en 2002 suite à de graves problèmes de santé qui ont fait craindre la fin. Mais le chameau avait encore des ressources ; après une longue traversée d'un désert angoissant, il est réapparu et ce n'était pas un Mirage. 
A défaut d'un nouvel opus que nous attendons toujours, Camel s'est remis en scène(s) pour rendre hommage aux albums qui ont fait sa gloire. Sa prestation en tête d'affiche du Be Prog Festival de Barcelone en 2015 m'a rassuré sur le potentiel. Depuis, il semble se complaire dans son " Moonmadness Tour" puisque cet été encore, à l'occasion du Night Of The Prog festival de Loreley, j'ai eu la chance d'assister à un excellent concert incluant l'intégralité l'album. Mais même si Camel était en tête d'affiche dans les festivals, il me restait un objectif : assister à un vrai concert de Camel. Ce concert dans le plus prestigieux auditorium anglais, le Royal Albert Hall, me donnait enfin l'espoir de vivre un moment exceptionnel en compagnie du père Andy.
Cette salle de concerts m'accueille pour la cinquième fois, mais c'est la première fois que j'ai commis l'erreur de me montrer mesquin sur la dépense. En optant pour les places en galerie (deuxième étage) afin de payer quelques euros de moins, je pressentais ne pas avoir fait le meilleur des choix. En effet, si le fauteuil en bord rampe me permis d'avoir une belle vue plongeante, quoique relativement lointaine, sur la scène, en revanche une légère réverbération nuisait un peu au confort auditif. Mais bon, pas de quoi troubler la sensation d'assister à un grand événement ! Andy a maintenant 69 ans, il est clair qu'il convient de ne pas bouder son plaisir de l'acclamer.
Andrew Latimer (guitare, chant, flute, depuis 1971) est fidèlement accompagné par le bien-nommé Colin Bass (basse, choeurs, entre 1979 et 1981, et depuis 1984), et par Denis Clement (batterie depuis 2000). Une divine inspiration permit au chameau de recruter l'admirable multi-instrumentiste Pete Jones (claviers, saxophone et chant) en 2016 ! Dans l'amphithéâtre de Loreley, j'avais déjà eu l'occasion de me réjouir de ce nouvel apport (voir mon récit du 14 juillet NOTP 2018 )
La soirée est consacrée au groupe ; il n'y a donc pas de première partie, mais ce sera un concert en deux actes. J'ai rapidement constaté la présence de trois caméras qui trahissent la volonté de filmer la soirée !
Le DVD me permettra de conserver un vrai souvenir, alors que j'avais misé vainement sur l'acquisition d'un t-shirt qui aurait été spécialement floqué pour l’événement. Ce genre de petite gâterie matérialiste semble passer largement au-dessus de la tête de papy Andy ; ses t-shirts ne m'ont jamais attiré au point d'en acheter un, néanmoins j'imaginais bien naïvement qu'un effort aurait été fait pour ce Royal rendez-vous. Que Nenni ! Bah, après tout je me dis qu'à défaut de porter Camel sur mon dos, je le porterai dans mon cœur !
Lorsque les lumières s'éteignent et que l'introductif "Aristillus" résonne, je pressens un risque que je refuse d'imaginer réellement. Non, il ne peut pas rester juste dans l'excellence, je me persuade que je m'apprête à vivre un de ses moments sublimes dont on se souvient longtemps. Le premier acte était prévisible ; une fidèle et excellente reprise dudit opus de 1976. Somptueuses sensations garanties, de mon poste d'observation je peux me régaler à observer et écouter Pete que je surplombe, mais aussi à admirer la subtile dextérité de Denis ! Colin, toujours aussi posé, calme et efficace à la basse contribue à entretenir la base rythmique nécessaire à la mise en valeur des sons du Maître. A la différence de cet été, Andy peut désormais se tenir debout pour exprimer son immense talent. Ces sons de guitare si particuliers, bourré d'émotions et de virtuosité, sont toujours un réel plaisir à entendre, la magie opère systématiquement.
A l'entracte, j'étais ravi de cette première partie, même si j'avais déjà entendu ce concert à Loreley (ainsi qu'à Barcelone, d'ailleurs), mais j'étais gourmand d'un second acte que j'imaginais plein de surprises et, qui sait, avec d'heureux invités prestigieux…
Mais les minutes s'écoulent et les titres se succèdent avec une satisfaction teintée de déjà-entendu qui aurait pu me suffire pour une date parisienne, mais là dans cet écrin merveilleux l'auditoire pouvait légitiment prétendre à une fantaisie, un p'tit supplément. A titre personnel, j'attendais "For Today" mais peu importe. Pas de surprise, pas d'invité, un programme pratiquement identique à celui de Loreley, à l'exception d'un dix-septième titre, "End of the Line". J'ai des scrupules à me plaindre alors que j'ai bien conscience d'avoir vécu un événement privilégié et envié. Mais je maintiens cependant que cette délicieuse soirée aurait pu/dû être l'occasion d'assister à un bouquet final pour ceux qui ont fait le déplacement… Une soirée qui aurait dû être exceptionnelle, de surcroît filmée, restera juste comme un excellent concert de plus, ni plus ni moins. Ainsi soit la volonté du père Andy…


A prestation similaire, je conserverai un meilleur souvenir du concert estival de Loreley ; Andy était encore figé sur son siège mais sans altérer son talent, et au moins nous étions dans le cadre idyllique des rives du Rhin, dans un grand confort visuel et auditif.