jeudi 28 avril 2022

ANAÏD – Péniche Antipode (Paris 19e) – JEUDI 28 AVRIL 2022

Cette péniche fut construite en 1942 dans les chantiers Boom en Belgique. Après soixante années de bons et loyaux services, c'est une compagnie théâtrale qui la récupère et l'amarre face au 55 quai de la Seine, dans le bassin de La Villette, à Paris (19ème). Son accès est ainsi très aisé car notamment très proche du métro, station Riquet. Petite précision géographique, ce bassin est le plus grand plan d’eau artificiel de Paris ; il permet de relier le canal de l’Ourcq au canal Saint-Martin.

L'espace spectacle de ce chaland peut accueillir quatre-vingt personnes en configuration concert ; ce soir j'estime que nous en occupions probablement la moitié. Dotée d'une cabine régie, et du matériel de sonorisation, son espace scénique modulable est d'une profondeur de 5,00 m, et son plateau légèrement surélevé permet une bonne visibilité.

Un bel écrin, idéal pour les groupes de faible notoriété comme ANAÏD. J'avais récemment appris que KARFAGEN s'y était produit, le mercredi 6 avril 2016. Hélas, je ne connaissais ni le groupe, ni le lieu !

Entre souvenirs et perspectives, les débats vont bon train sur la terrasse du pont supérieur, autour d'un verre ou d'une collation. Ces retrouvailles printanières au bord bassin de la Villette fleurent bon le retour des beaux jours. Et cela fait du bien par les temps qui courent. La pandémie n'est pas encore terminée, mais l'air de rien, je réalise que c'est déjà mon neuvième concert en six soirées. (Pour l'anecdote, sur toute l'année 2021 j'avais assisté à neuf concerts en sept soirées).

ANAÏD n'étant pas davantage valorisés que beaucoup d'autres de notre progosphère, on peut toujours se renseigner directement sur leur site pour mieux cerner leur univers. On peut y apprendre notamment qu' "Anaïd est un groupe créé dans le Nord de la France en 1981 par Jean-Max Delva, Emmanuelle Lionet et Christophe Delvallé (piano, claviers)." Mais aussi "Anaïd, c'est une alchimie familiale. (…) Tout est composition (…) l'improvisation joue son rôle à travers un langage inventé". Ils sont désormais installés à Annepont (17). (source : https://anaidgroup.wixsite.com/anaid/historique)

Leur discographie montre un premier essai de six titres paru en 1986, intitulé "Vêtue De Noir". Puis l'album "Belladonna", comprenant huit titres, parait en 1989. Pour ponctuer une première époque que se termine, une compilation intitulée "Four Years" parait en 1991. Il faudra attendre le 24 juillet 2016 pour la parution de "Libertad", suivi par la parution de "I Have a Dream" au printemps 2019". Enfin, un enregistrement du concert du 22 février 2020 au Triton, Les Lilas (93), intitulé "Live Ïn Parïs" parait en octobre de la même année.

Je n'avais pas su participer à cette soirée-là, mais je les avais vus le samedi 20 aout 2016 lors du festival Crescendo à Saint-Palais sur Mer (17). Plus récemment, le 22 aout 2021, encore à Saint-Palais, nous avions pu simplement vérifier l'amabilité d'Emmanuelle et Jean-Max à l'occasion d'un délicieux moment de convivialité.

Voilà les présentations étant faites, c'est donc entouré d'une tribu d'amis éclairés que nous prenons place, avec ma p'tite Fée, au ras de la Seine, assis confortablement dans des banquettes. Au troisième rang donc relativement proche de la scène.

A 21h00 le concert débute. Le quintet apparait sous les encouragements ; Jean-Max Delva (batterie vibraphone, claviers), Emmanuelle Lionet (chant), Alexis Delva (guitare, claviers), Enguerrand Dufour (basse, trompette) et Teo Ferrari (saxophones, claviers).

La scène est peu profonde mais les musiciens semblent ne pas souffrir de cet espace relativement restreint. Jean-Max est positionné dans le coin au fond à droite, au fond à gauche stationne Téo. Les trois autres se partagent le devant ; Alexis à gauche, Enguerrand à droite et Emmanuelle au centre. Toutefois, leurs compétences multiples justifieront quelques séquences de chaises musicales, histoire de se dégourdir quelque peu les jambes.

Très vite l'acoustique m'a paru très bonne, ainsi que le dispositif d'éclairage qui me semble être en place pour tous les spectacles qui s'y produisent. Pas de fond de scène particulier, seul la décoration de la grosse caisse de la batterie dénonce l'identité du groupe.

La prestation commence avec "Migration" qui me permet d'accrocher immédiatement à l'univers si particulier d'ANAÏD. On est moins dans les atmosphères rock-progressif que jazz-rock débridé. A l'instar de MAGMA, dont l'univers n'est pas éloigné, ANAÏD mélange des genres constamment.

La puissance de la voix d'Emmanuelle est saisissante ; son timbre laisse percevoir l'émotion, parfois accentués de vibratos opportuns. Après l'avoir lu quelque part, je constate en effet que cette expressivité pourrait rappeler celle de Tarja Turunen ; son phrasé est plus original, mais il est aussi lyrique, presque théâtral.

Je suis rapidement subjugué par le talent d'Alexis qui excelle à la guitare. Il me semble qu'il a progressé depuis sa dernière prestation en ma présence (2016) mais peut-être que ma mémoire me fait défaut. En tout cas, cette maitrise des arpèges et des harmonies, tout en nuances, est simplement époustouflante. Le papa et la maman peuvent être fiers de leur rejeton !

Quant à son père, Jean-Max, en maître du jeu, il gère le tout, tel un métronome implacable, tout en nuances là aussi, mais efficace pour cadrer les complices. Toutefois, le Multi-instrumentiste se lève tantôt pour frapper le vibraphone, tantôt pour caresser le clavier.

En alternance fréquente entre le pupitre du saxophone (ou autre bois) et celui du clavier, Téo s'avère émouvant dans ses interventions et contribue ainsi fortement aux harmonies jazzy. Autre soutien notable, Enguerrand est également omniprésent dans le traitement de fond des univers développés, son tricot de basses génère des sensations appuyées qui ont souvent justifié mon intérêt. En outre, il alterne son talent avec celui de trompettiste. De sa trompette de poche (une version compacte de la trompette standard en Si Bémol), il exprime des sonorités éclatantes et travaillées, grâce à une colonne d'air dûment maitrisée. Avec dextérité, il manipule agilement la mécanique des pistons laissant ainsi courir les notes les plus jazzy.

Le tout ravi le public qui ne manque de montrer sa satisfaction, notamment en rappelant le quintet après un premier salut. Le rappel transporte l'auditoire en 1986, ce qui ravit les plus anciens. Puis arrive 23h15, l'heure du salut final dans une communion de remerciements et de sourires.

Ce voyage nous aura permis de ne pas voir passer deux heures et quart, en écoutant quatorze de leurs titres issus de trois albums mais aussi issus d'un autre en cours.

PROGRAMME
Migration (I Have a Dream, 2019)
Libertad (Libertad, 2016)
White Nature (I Have a Dream, 2019)
I have a Dream (I Have a Dream, 2019)
Sweet Memories (I Have a Dream, 2019)
Ikebana (Belladonna, 1989 et I Have a Dream, 2019)
Sophia
Happy
Mister Hopper (Libertad, 2016)
Blue Moon
Kate (Libertad, 2016)
Imbahe (I Have a Dream, 2019)
Papaye (I Have a Dream, 2019).

RAPPEL :
Vêtue de Noir (Vêtue de Noir, 1986).





lundi 25 avril 2022

DREAM THEATER – Palais des Sports (Paris 15ème) – lundi 25 avril 2022.

 

Le Palais des Sports de la Porte de Versailles, situé 34 Boulevard Victor à Paris (75015) est présenté comme ayant été conçu en 1960 par l'architecte Pierre Dufau sur un procédé inventé par Buckminster Fuller et pouvant accueillir jusqu'à 4 600 spectateurs, selon sa configuration.

Un nouveau très grand esprit, sans doute très éclairé, a décidé de débaptiser ce lieu emblématique ; le Palais des Sports est devenu "Dôme de Paris". Mais pour ma part, j'assume mon statut "vieux-con" : de la même manière que je revendique avoir vu Scorpions au Palais Omnisport de Bercy à son inauguration le 29 février 1984 (et non pas à l'Accord-Arena, pour ceux qui n'aurait pas suivi); je revendique avoir vu Téléphone au Palais des Sports le 17 février 1981. Je ne participerai pas à l'effacement de la mémoire ; énormément de concerts de Légende (je ne citerais que Genesis ce 11 juin 1977) se sont déroulés au PALAIS DES SPORTS, et non pas dans un simple dôme parisien. Leur nouveau blaze ne m'évoque rien du tout.

Ce n'est cependant que la huitième fois que je me rends au PALAIS DES SPORTS où j'ai assisté aux concerts de TELEPHONE mais aussi de SAGA (13/2/86), BLUE OYSTER CULT (13/2/89), WHITE LION (28/5/91), RINGO STARR (26/6/11), LYNYRD SKYNYRD (25/4/15) et plus récemment de VERONIQUE SANSON (24/4/19).

Les tickets étaient en prévente chez Gérard Drouot Productions dès le mercredi 1er septembre (à 10h) mais dans le contexte pandémique des reports et annulations, nous avons estimé plus sage d'attendre ce 10 mars pour nous procurer le précieux sésame.

Nous avons opté pour la fosse, donc nous tâchons d'anticiper l'ouverture des portes prévue à 19h, en arrivant vers 17h15. Ça tombe bien ; le site est à moins de dix minutes de mon lieu de travail ! Et puis c'est toujours sympa d'échanger des informations entre progueux dans la file d'attente…

Entrés dans les premiers, nous n'aurons aucun mal à nous placer devant, avec ma fée et mon fils, face aux pupitres de John Myung et de Jordan Rudess. Même la tempête Townsend n'aura pas eu raison de notre emplacement !

DEVIN TOWNSEND [19h40-20h40].

Ce canadien a chanté et joué de la guitare avec quelques artistes depuis 1993, avant de fonder, dès 1995, son premier groupe STRAPPING YOUNG LAD. Un disque échantillon promotionnel m'avait permis d'évaluer la bête. Aujourd'hui encore, je ne me suis toujours pas remis de ces vociférations d'une brutalité inouïe. Il a cependant perduré. Le monsieur étant un hyperactif, il s'est constitué une discographie conséquente emportant un auditoire croissant au fil des années. Il fonde DEVIN TOWNSEND PROJECT en 2009 avec lequel il semble séduire une frange metal-prog, puisqu'il se fait programmer à deux reprises au BeProg Festival à Barcelone. C'est à ces occasions que j'ai assisté à deux concerts, le 11 juillet 2015, puis le 1er juillet 2017. En dépit de cette expérience, en dépit des propos dithyrambiques exprimés par de nombreux amis et articles de presse, je n'arrive toujours pas à trouver la Porte. Je compte bien la trouver ce soir… Ne fût-ce que pour comprendre ce qui a pu séduire mon propre fils, qui m'accompagne ce soir !

Toujours en évolution, il semble désormais se produire sous son seul patronyme, si bien que j'ignore qui sont les musiciens que le soutiennent ce soir ...

Sa tournée aurait pu promouvoir deux opus, parus étonnamment à des dates rapprochées ; "The Puzzle" paru le 22 octobre 2021, et "Snuggles", paru le 3 décembre 2021. Mais cette musique expérimentale aussi planante que surprenante de sa part, qui ne m'a pas convaincu, a été d'ailleurs judicieusement écartée ce soir. 

La sonorisation m'a semblé aussi agressive que la musique qu'elle était censée mettre en valeur. Puissante et pas toujours perceptible pour une âme en mode "découverte".

Leur statut d'invité leur laisse un éclairage modeste et une scène dépouillée de décor, mais suffisante en espace pour lui et ses trois complices anonymes (batterie, basse, et guitare rythmique).

Sa prestation est exécutée avec énergie, conviction et une sincérité évidente. Son attitude est volontaire et expressive. C'est carré et puissant, certains titres ne sont pas sans rappeler les premiers Metallica. Je comprends l'enthousiasme de pour ceux qui aiment sa musique. Mais décidément je n'y arrive pas. Ca crie, ça hurle, ça vocifère franchement trop pour me séduire. Je ne comprends même pas pourquoi je m'émeus particulièrement de cette violence vocale, alors que je sais en apprécier d'autres par ailleurs (je pense notamment à Pogo Car Crash Control ; oui mais eux c'est en français !). Mais bon c'est comme ça, je fais un blocage sur lui, épicétou. Je n'étais pas ouvert à Barcelone, je ne le suis pas davantage ce soir.

Manifestement soutenu par une bonne partie d'un public dévoué, il recueille cependant un beau succès.

Il aura disposé d'une heure pour interpréter neuf titres issus de neuf albums parus entre 1997 et 2016.

PROGRAMME
Failure (titre de Devin Townsend Project – Transcendence, 2016)
Kingdom (Physicist, 2000)
By Your Command (Ziltoid the Omniscient, 2007)
Aftermath (titre de Strapping Young Lad – SYL, 2003)
Regulator (Ocean Machine : Biomech, 1997)
Deadhead (titre de The Devin Townsend Band - Accelerated Evolution, 2003)
Deep Peace (Terria, 2001)
March of the Poozers (titre de Devin Townsend Project - Dark Matters, 2014)
More! (titre de Devin Townsend Project – Epicloud, 2012).

 

DREAM THEATER [21h00-22h10]

La tournée intitulée “Top of the World Tour”, a vocation à promouvoir le quinzième album "A View From The Top Of The World" paru le 22 octobre 2021. Ce concert me permettra d'assister à un onzième concert de DREAM THEATER, depuis le 7 avril 2000. Pour l'anecdote, la dernière fois date du 26 janvier 2020 quelques semaines avant le confinement lié à la Pandémie.

Je retrouve le quintet dans la même composition. John Petrucci (guitares, chœurs), John Myung (basse), demeurent les deux membres fondateurs de ce groupe américain créé à Long Island dans l'état de New York en 1985, qui est aujourd'hui composé de James LaBrie (chant, depuis 1991), Jordan Rudess (claviers, depuis 1999) et Mike Mangini (batterie, depuis 2011).

Un concert de Dream Theater requiert, plus que tout autre, une sonorisation à la hauteur du talent de ces interprètes virtuoses. L'enchevêtrement des partitions est d'une telle densité qu'il serait insensé de confier la console du son à un incompétent. Les craintes sont infondées et se dissipent très vite ; le son se dévoile limpide, puissant et fidèle aux harmonies. Un pur régal auditif nous transportera toute la soirée !

De surcroit, l'éclairage est particulièrement lumineux et coloré. Impressions sans doute accentuées par la sobriété de la scène. La batterie surplombe un podium à trois niveaux, sur sa droite est posé le clavier et à sa gauche un espace sera occupé de temps à autres par John Petrucci pour quelques-uns de ses soli. Aucune fioriture, rien d'autre que les instruments et leur support. En revanche, en fond de scène sont alignées de très hautes bandes d'écrans qui ne cesseront de diffuser les images d'illustration.

DREAM THEATER fait partie de ces groupes en quête perpétuelle de perfection. Ce qui agace ses détracteurs. Ce qui entretient en revanche mon admiration. La perfection absolue n'est point de ce monde, chacun le sait, tout auditeur objectif aura perçu telle ou telle défaillance. Mais ces artistes sont consciencieux, appliqués et soucieux de reproduire les harmonies qu'attendent leurs admirateurs. Ils ne me semblent pas abuser des astuces que je trouve toujours dispensables telles que des bandes sons ou autres supports. Notons juste l'introduction préenregistrée de "Bridges in the Sky", qui laisse entendre une voix gutturale tribale suivie d'un chœur.

Quel bonheur, quelle ineffable expérience auditive ! Un concert dont les cent-trente minutes sont passées à une allure imperceptible, tant les observations et les écoutes se succèdent sans répit. La technicité des cinq musiciens, sans jamais nuire à l'émotion, est simplement hallucinante. Positionné aux pieds de l'imperturbable John Myung, je me suis régalé de voir courir ses doigts inlassablement sur ses basses. Loin de s'aligner simplement sur la guitare ou sur le chant, il s'évertue à exécuter sa partition avec une virtuosité étourdissante. Il m'a semblé davantage mobile que d'habitude, en se rendant parfois aux côté de John, au centre de la scène, ou en posant aux côtés de John et Jordan pour accentuer encore leur complicité sur des segments les mettant en valeur. D'un naturel très fermé, on le sent particulièrement investi dans son univers. Ce n'est qu'au salut final que j'ai cru surprendre sur son austère visage l'esquisse d'un sourire.

Bien évidemment, je n'avais pas trop à me forcer pour admirer les fabuleux arpèges de John Petrucci toujours exceptionnels de grâce, de technicité et de sensibilité. Il serait dérisoire voire vain de vouloir distinguer des interventions particulières tant il est omniprésent. Ces soli sont toujours inspirés par les mélodies à la fois techniques et émouvantes. Allons, je me laisse aller à souligner ce segment central particulièrement délicat durant "The Count of Tuscany" où il fait pleurer sa guitare avec une finesse extraordinaire. Que ce soit pour des morceaux plus brutaux (Endless Sacrifice) ou plus subtils et chaloupés (The Ministry of Lost Souls, About to Crash), son talent éblouit l'âme et l'esprit de l'auditeur.

En face de moi, mais en retrait au fond de la scène, Jordan Rudess est également omniprésent, tantôt pour des nappes d'accompagnement tantôt, plus souvent, pour des galopades doublant de larges segments du pupitre de John Petrucci, soli compris. Il reste démonstratif avec son clavier amovible, même s'il me semble qu'il se montre plus discret qu'auparavant. Toutefois, il prend toujours un plaisir évident à enfiler son clavier portatif. Parmi ses envolées flamboyantes, notons ce passage de "" durant lequel je demandais en préalable comment il allait rendre le son d'un violoncelle. Et bien l'imitation fut parfaite avec la délicatesse de ses doigts caressant un clavier tactile. Sublime.

Nous sommes nombreux dans le public fidèle à nous rappeler que James Labrie a bien failli perdre l'usage de ses cordes vocales à l'issue d'une intoxication alimentaire en 1994. S'en était suivi une longue période délicate, jusqu'en 2002, visant à recouvrer ses capacités. Sans le soutien du groupe, il avait avoué songer à abandonner. C'eût été une grande perte à l'écoute de sa prestation de ce soir. Il sait rester dans sa tessiture de confort évitant de forcer inutilement son amplitude, et son timbre est parfaitement adapté aux tonalités des chansons, qu'elles soient mélodiques ou plus énergiques. Il sait moduler sa voix selon les émotions requises, manifestant la compassion, la rage, ou l'allégresse. Un vrai bonheur. Allons, pour atténuer mon enthousiasme, il m'a semblé entendre un passage plus faible sur un court segment de "The Count of Tuscany" ; mettons cela sur le compte de la fatigue au bout de deux heures. Et puis cela prouve l'authenticité de leur travail sur scène !

Quant à Mike Mangini, j'étais plutôt bien placé pour distinguer son jeu, ses grimaces et son plaisir évident de continuer l'aventure avec le groupe, dans lequel il officie avec brio maintenant depuis un peu plus d'une décennie. Remplacer le très légitime, talentueux et facétieux Mike Portnoy, cofondateur du groupe, n'était pas une mince affaire, et cependant il faut lui reconnaitre une belle efficacité. Sa frappe alternant délicatesse, et sauvagerie rythme sans jamais faillir les partitions tantôt chaloupées, tantôt apaisées, tantôt furieuses.

Bien évidement la réaction du public est perceptible en tous points de la salle. L'ambiance est chaude, le public exprime bruyamment sa reconnaissance envers ces américains venus nous faire chavirer de bonheur après trois années d'absence.

Le groupe salue chaleureusement et longuement le public en effervescence. John Petrucci lance des médiators, et l'un d'entre eux termine opportunément sa course dans la paume de ma p'tite Fée, surexcitée !

Lorsque le concert se termine, on se regarde, ébahis abasourdis par tant d'émotions ; "another perfect day" comme aurait dit Lemmy. Je me surprends alors à repenser aux pauvres âmes égarées de certains amis qui semblent demeurer insensibles à cet univers fantastique.

Depuis la genèse à l'université de musique de Berklee en septembre 1985, ils n'ont eu de cesse de s'améliorer techniquement. J'entends bien les arguments clivants, voire manichéens mais je les trouve parfaitement injustes. Bien sûr, à chacun sa perception des plaisirs auditifs, à chacun sa conception surprenante de la masturbation (si, si hélas propos déjà entendu à cet égard !) ; pour ma part je ne cacherai pas ma dévotion pour ces artistes que je considère comme virtuoses. Ils maitrisent leur art avec beaucoup de talent ; réduire leur musique à de la démonstration est réducteur et inexacte. Ils n'ont plus rien à prouver, leur talent est désormais évident. Ils nous divertissent avec des harmonies, certes d'une grande technicité, mais toujours au service de leurs mélodies. Ce qui correspond à ma définition de la Musique ; "une suite de sons produisant une impression harmonieuse". A mes oreilles, ils assument légitimement leur rôle, à l'instar de leurs lointains ancêtres, les ménestrels, troubadours et autres artistes remontant l'Antiquité. Je les paie pour cela, comme l'ont fait les mécènes de tous temps. En tout état de cause, je me réjouis qu'ils viennent d'être auréolés à leur tour du Grammy, dans la catégorie "Best Metal Performance".

Dix titres interprétés ; c'est à la fois peu et beaucoup. Soulignons que le concert aura duré pas moins de deux heures dix ! Je m'en réjouis car je préfère écouter peu de titres, mais entièrement interprétés ; en effet, je n'apprécie guère les frustrants et hasardeux mélanges d'extraits de partitions. Je sais bien que de grands artistes l'ont fait et que certains mélomanes peuvent l'apprécier, mais pas moi.

Seulement quatre chansons issues du dernier opus, oui mais comprenant le titre éponyme, pièce maitresse d'une vingtaine de minutes. Pour le reste, il fallait bien choisir parmi leur vaste répertoire de qualité. Une chanson tirée de six autres albums, s'étalant de 1994 à 2011, délaissant de fait les trois opus des années 2010, notamment… Mais un rappel étourdissant avec "The Count of Tuscany" qui est assurément un de leurs chefs d'œuvre, qui alterne les atmosphères recueillies, lyriques ou plus énergiques durant une vingtaine de minutes également.

PROGRAMME
The Alien (A View From The Top Of The World, 2021)
6:00 (Awake, 1994)
Awaken the Master (A View From The Top Of The World, 2021)
Endless Sacrifice (Train of Thought, 2003)
Bridges in the Sky (A Dramatic Turn of Events, 2011)
Invisible Monster (A View From The Top Of The World, 2021)
About to Crash (Six Degrees of Inner Turbulence, 2002)
The Ministry of Lost Souls (Systematic Chaos, 2007)
A View From the Top of the World (A View From The Top Of The World, 2021).
RAPPEL :
The Count of Tuscany (Black Clouds & Silver Linings, 2009).

Je m'étais pourtant promis de résister aux pulsions d'achat de t-shirt de concert, au regard de ma déjà belle collection. Mais comment ne pas garder un souvenir palpable d'une si belle soirée ? Pour trente-cinq euros, je me paie un bel exemplaire de la tournée. Aucune date ne ponctue les villes prévues, la pandémie n'est pas terminée et justifie cette précaution…

samedi 16 avril 2022

PURE REASON REVOLUTION + GAZPACHO – Petit Bain (Paris 13) – 16/04/2022.

Cet évènement est particulièrement symbolique des dégâts collatéraux de cette maudite pandémie ; il avait été prévu le 24 octobre 2020 puis reporté une première fois le 16 octobre  2021 puis de nouveau reporté à cette année. L'agenda 2022 se trouve ainsi encombré de concerts et festivals reportés qui viennent s'imposer parmi les autres tournées. Fort heureusement, cette case du 16 avril était restée vide. Pourtant, les autres dates sont trop proches, quand elles ne se superposent pas (Heat le 17 mai comme Scorpions, Iron Maiden ce printemps en même temps que Metallica, ou encore Arena-The Windmill cet automne en même temps que Uriah Heep !).

Ce début d'année fut plutôt calme puisque ce n'est que mon troisième concert en 2022, mais c'est le premier en milieu réduit.

Le Petit Bain est une salle de concert flottant sur la Seine (et club ou restaurant/bar à l'occasion) doté d'un toit-terrasse, situé 7 port de la Gare, à Paris 13ème. Sa capacité de 450 places permet d'assister à des concerts intimes.

Je ne m'y suis rendu que le 20 janvier 2018, pour voir d'autres norvégiens, AUDREY HORNE. C'est THE NEW ROSES qui ouvraient la soirée. Très bons souvenirs.

Je me place au second rang devant Jon. La scène n'est pas trop surélevée et permet une bonne proximité. Je resterai à cet emplacement stratégique toute la soirée. Mon fils et ma p'tite Fée m'entourent pour un partage de régal.

PURE REASON REVOLUTION [19h05-20h15].

Ces anglais, Jon et Andrew Courtney, Chloë Alper, Greg Jong et Jim Dobson se sont rencontrés à l'Université de Westminster et fondent PURE REASON REVOLUTION (PRR) en 2003. Après plusieurs changements de formation, PRR finit par se séparer en novembre 2011. Heureusement, entre temps, j'ai eu le l'occasion de repérer leur existence via les forums de l'époque.

Leur musique m'a rapidement séduit par ce mélange d'atmosphères planantes, mélodiques et doucement énergiques. Beaucoup de maitrise pour créer des harmonies enivrantes et rythmées, les mélanges de rock progressif et de sonorités électro. J'ai eu la chance de vérifier leur talent en concert, alors qu'ils étaient invités de BLACKFIELD 22 février 2007 au Café de la Danse, puis invités de PORCUPINE TREE le 3 juillet 2007 à la Cigale. Une trop longue période de disette s'était installée ensuite …

Puis une rumeur de reformation s'est concrétisée ; je me suis précipité aux Pays-Bas, au Midsummer festival le 22 juin 2019 à Valkenburg. A cette occasion, le public progueux avait fini debout, surexcité et applaudissant à tout rompre ; Jon Courtney, et Chloë Alper avaient tout simplement volé la vedette à IQ ! (Je me rappelle encore du visage de Peter Nicholls agacé, déjà habituellement peu enclin au sourire). Remotivé par ce succès, PRR se précipite en studio pour faire paraitre "Eupnea" le 3 avril 2020… en pleine pandémie et donc sans promotion.

La reformation semble durable puisque qu'une nouvelle tournée est mise en place pour promouvoir un nouvel opus "Above Cirrus" qui paraitra ce 6 mai 2022. Hélas, quelques jours avant ladite tournée, Chloë Alper (chant, basse, claviers) prétend être désolée de devoir assumer des dates avec JAMES, son autre groupe. Elle se fait remplacer par Annicke Shireen, (chant / claviers), recrutée dans la mouvance de HEILUNG. Chacun appréciera ses priorités. Nous serons nombreux à nous sentir quelque peu frustrés, tant la présence de la Belle fait partie d'un édifice étourdissant…

Bref, aujourd'hui nous verrons donc le duo historique Jon Courtney (guitare, chant, claviers, depuis 2003) et Greg Jong chant, guitare (2005-2011, 2022). Ils sont soutenus par Michael Lucas (batterie, pour la tournée).

La tournée "Eupnea" ayant avorté à cause de la pandémie, l'actualité théorique retombe sur "Above Cirrus" dont la parution est prévue le 3 mai 2022. Seuls deux titres ont été présentés sur YouTube à ce jour ; la musique demeure sur la ligne du précédent, toujours d'un bon niveau avec ces subtils mélanges de mélodies et de rythmes entrainants.

Le concert débute avec cinq minutes de retard, mais sans impacter la durée. La sonorisation est puissante mais audible après une courte période d'équilibrage entre les pupitres.

L'éclairage permet de ravir les yeux ainsi que les objectifs de chasseurs d'images. De belles couleurs chaudes sont diffusées, notamment avec une rampe posée au sol au fond de scène. Un écran diffuse parfois des vidéos illustrant quelques titres, parfois le simple logo du groupe.

La scène est forcément limitée par les lieux, rappelons que nous sommes sur une péniche. Mais l'espace est suffisant pour que le quatuor puisse s'exprimer. Les musiciens sont moins exubérants que scrupuleux bidouilleurs de sons à quatre pattes.

La question qui se posait à beaucoup d'auditeurs ce soir portait sur la compétence d'Annicke à assumer le remplacement improbable de Chloé. Certes, comme dirait La Palisse, l'une n'est pas l'autre et vice et versa. Nonobstant cette évidence, nos oreilles n'ont pas eu trop à souffrir de cette absence. Certes, Annicke n'a pas le timbre aussi doux que celui de Chloé mais les harmonies ne s'en trouvent pas altérées. Elle n'est pas bassiste, ce pupitre est donc noyé dans les parties jouées au clavier, sans trop d'impact sur l'impression ressentie en concert. On la voit souriante, impliquée efficace.

L'autre sujet était en outre le retour d'un ancien complice, Greg Jong semblait ravi de partager de nouveau la scène et gouter aux retours d'un public enthousiaste. Ses interventions de guitare et de chœurs apportent une densité notable.

Michael Lucas assure une redoutable frappe de bucheron qui ne laisse aucun répit à nos muscles chargés de suivre les rythmes plus souvent implacables que délicats.

Quant à Jon, le pilier du groupe bien sûr, est impeccable. Précis, consciencieux, efficace. Un chant toujours à la fois doux et mélodique qui accompagne aussi bien les rythmes les plus endiablés que ceux les plus délicats.

En réaction le public est évidemment enthousiaste, emporté par tant de plaisirs auditifs. Même si la constante quête de perfection de Jon ponctue parfois l'ambiance de silences surprenants entre les titres, celle-ci ne tarde jamais à remonter. Ces nuances, ces crescendo, ces explosions de sons sont imparables et emmènent l'auditoire dans des abimes insondables. Au lendemain de cette aventure musicale, ma nuque se rappelle tout particulièrement de "Bright Ambassadors", de "Deus Ex Machina" ou encore "AVO".

Bref, cette quatrième expérience en appelle une cinquième !

Etonnamment, sur neuf titres, un seul est issu du nouvel opus à paraitre "Above Cirrus" et seulement deux issus de "Eupnea", dont on aurait pu imaginer une meilleure promotion. Toutefois, j'ai apprécié l'introduction au concert avec "Silent Genesis". Le choix de programmation s'appuie sur leur succès historiques, quatre issus de "The Dark Third", deux issus de "Amor Vincit Omnia" et évince leur période purement électro (Hammer and Anvil).

PROGRAMME
Silent Genesis (Eupnea, 2020)
Phantoms (Above Cirrus, 2022)
Apprentice of the Universe (The Dark Third, 2006)
The Bright Ambassadors of Morning (The Dark Third, 2006)
Arrival / The Intention Craft (The Dark Third, 2006)
Bullitts Dominæ (The Dark Third, 2006)
Ghosts & Typhoons (Eupnea, 2020)
Deus Ex Machina (Amor Vincit Omnia, 2009).
RAPPEL :
AVO (Amor Vincit Omnia, 2009).


GAZPACHO [20h35-22h10]

C'est toujours très agréable d'être surpris par des artistes au cours d'un concert, de trouver une Porte jusque-là inexplorée. Habituellement, ce genre de retournement s'opère à l'occasion d'un festival, lieu idéal pour les découvertes. Cette fois, il aura suffi d'un concert soutenu par une première partie motivante… J'étais resté insensible à leurs ondes, je ne le suis plus.

Selon la perception des auditeurs, ces norvégiens sont réputés créer une musique rock expérimental ou rock progressif. Un microcosme d'admirateurs de Marillion, Porcupine Tree, The Pineapple Thief ou Radiohead apprécient particulièrement ces atmosphères plutôt éthérées.

Leur premier album est paru en 2003. Aux détours d'échanges sur les forums, j'ai perçu leur existence à la fin des années 2000 (époque "Tick Tock"), sans jamais être franchement séduit, en dépit des avis dithyrambiques. Ce n'était pas vraiment un rejet, plutôt une légère apathie. J'ai pu assister cependant à un concert le 30 juin 2018 à Barcelone lors du BeProg festival, durant lequel j'avais passé un bon moment sans toutefois avoir été enthousiasmé. Une musique, certes relativement émouvante mais créant un univers qui me semblait hermétique. Il y a des artistes qui me parlent moins que d'autres c'est ainsi, et d'ailleurs heureusement pour ma tirelire qui souffre déjà bien assez de mes passions. Cependant, j'ai toujours tenté de nouvelles approches, au fil des parutions, restant à l'écoute et ouvert à une hypothétique séduction. Ce que j'ai écouté de leur onzième opus, "Fireworker" m'a beaucoup plu.

De surcroit, l'histoire de ce groupe présente un aspect positif non négligeable ; sa stabilité. Le trio fondateur maintient le cap depuis le début. Autour de Jan-Henrik Ohme (chant, depuis 1996), Jon-arne Vilbo (guitares, depuis 1996), et Thomas Andersen (claviers, depuis 1996), se sont fidélisés Mikael Krømer (violon, guitares, mandoline, depuis 2001), Kristian Torp (basse, depuis 2005), ainsi que Robert Johansen (batterie, 2004–2009, et depuis 2017).

Comme pour beaucoup d'artistes, la promotion de "Fireworker", paru en pleine Pandémie le 18 septembre 2020, a été pénalisée, en dépit d'un bon accueil dans la presse spécialisée. Ce ne fut que partie remise ; leur tournée "Fireworking Europe tour 2022" leur permet enfin de défendre leur création.

Ce qui surprend en premier en accueillant ces Vikings, c'est leurs sourires. C'est un plaisir de lire sur leurs visages un flagrant bonheur d'être sur scène. Les deux guitaristes et le chanteur forment à cet égard un trio réjouissant. La fidèle présence du clavier, le retour du batteur prodigue, et le jour anniversaire du bassiste contribuent à entretenir une atmosphère apaisée, presque familiale. Leur bonté se vérifie jusqu'au partage des moyens mis à la disposition des deux groupes de la soirée.

Mes oreilles ont mis un peu de temps à s'adapter à la sonorisation. Les redoutables frappes émanant de la batterie masquait la fluette voix de Jan-Henrik sur une première courte période, avant que les réglages appropriés améliorent la situation. Avec six musiciens sur scènes, on peut admettre la difficulté de l'ingénieur du son à gérer les équilibres entre les pupitres. Mais rien de rédhibitoire finalement.


Eclairé d'un dispositif semblable à la première partie de soirée, peut-être un peu plus lumineux, la scène était évidemment plus restreinte pour accueillir tout ce beau monde. Mais on n'a pas à faire à des agités et donc tout s'est bien passé en termes de complicité et de rapprochement entre les musiciens. En fond de scène, le même écran diffuse en alternance des vidéos et images.

En retrait, sont positionnés à droite le clavier, au centre la batterie et à gauche le bassiste. Les feux de la rampe favorisent donc le trio précité. Difficile pour les objectifs de capter les prouesses du bassiste, du batteur et les délicates interventions du clavier.

Au fil de la prestation, je me suis laissé bercer par ces mélodies doucement chaloupées. Au point de me séduire et de séduire ma p'tite Fée, à contrecourant de notre impression préalable. Ce que je n'étais pas parvenu à entrevoir à Barcelone m'est apparu ici comme une évidence.

Le chant qui me semblait jusqu'alors lancinant et monotone, m'a paru émouvant. La voix de Jan-Henrick brille moins par sa tessiture que par son timbre. Il exprime ses émotions avec un vibrato perceptible, ainsi qu'une gestuelle à la fois sobre, sensible et évocatrice. Ses aspects, alliés à son sourire quasi constant, lui confère un charisme touchant.

Les guitaristes sont, à l'instar du bassiste et du clavier, au service des sonorités qui contribuent aux atmosphères planantes ; aucune extravagance, juste une ambiance. Je sais pourtant apprécier les deux aspects musicaux, mais ce soir mon humeur semblait disposée.

La frappe du batteur est d'un raffinement exquis, alternant les périodes avec délicatesse et grande efficacité.

La réaction du public enthousiaste semble avoir ravi les artistes qui, il est vrai, n'attendait pas cela pour continuer à sourire à leur vie d'artistes. Ils sont heureux, ils nous ont transmis leur bonheur ; ça tombe bien on en avait besoin !

Sur douze titres, trois présentent leur dernier opus "Fireworker", mais trois autres marquent les dix ans de "March of Ghosts". En marge on aura écouté un seul titre de "Soyuz",

PROGRAMME
Fireworker (Fireworker, 2020)
Emperor Bespoke (Soyuz, 2018)
Golem (March of Ghosts, 2012)
I've Been Walking (Part 2) (Demon, 2014)
Clockwork (Fireworker, 2020)
Hell Freezes Over I (March of Ghosts, 2012)
Upside Down (Night, 2007)
Black Lily (March of Ghosts, 2012)
Tick Tock, Part 3 (Tick Tock, 2009)
Sapien (Fireworker, 2020).
RAPPEL :
Vera (Missa Atropos, 2010)
Winter Is Never (Tick Tock, 2009).


Une telle soirée devait se clore par une séance dédicace à laquelle s'est volontiers prêté GAZPACHO. Le dernier opus est acheté et signé, avant de poser pour quelques autoportraits (toujours aussi souriants). Siroter une p'tite tisane de houblon entre amis sur le toit-terrasse par une belle fin de soirée printanière, en conservant un regard sur le bus de la tournée… quoi d'autre, pour prolonger le plaisir !

Au moment de partir, nous avons la chance de trouver Jon Courtney, Greg Jong et Annicke prêts à embarquer dans leur bus… Discussion, échanges d'impressions et autoportraits viennent ainsi parfaire la soirée réussie en tous points !

 

mardi 5 avril 2022

HANS ZIMMER – Palais Omnisport Paris Bercy (Paris 12e) – 05/04/2022.

 

Lorsque je regarde un film, mon attention se porte fortement sur la musique, aussi ; je ne prétends pas qu'elle pourrait sauver un navet, mais une bonne orchestration, de belles mélodies, des envolées cuivrées contribuent le plus souvent à m'emporter au moins autant que la narration. La Musique m'accompagne depuis toujours dans toutes les étapes de ma vie ; celles des autres m'intéresseront d'autant mieux, contée en musique.

Certains compositeurs de musiques de film ont ce don de transcender une réalisation. Hans ZIMMER est de ceux-là ; en témoignent les nombreuses récompenses et nominations décernées depuis plusieurs décennies. Pourtant, au début des années 80, l'allemand a bien failli se limiter à la pop avec les Buggles. Si cette aventure avait perduré, il n'aurait sans doute jamais mis le pied à l'étrier en tant qu'assistant de compositeur, puis en tant que compositeur en titre. Naturalisé américain, son talent est assez vite reconnu. Ridley Scott, Tony Scott, Ron Howard, notamment, lui confient la musique de leur film. Son ascension aboutit au succès internationalement reconnu avec sa composition pour le "Roi Lion", commandée par les studios Disney en 1994.

Pour ma part, j'avais apprécié particulièrement les thèmes écrits pour "Thelma et Louise" (1991), "USS Alabama" (1995), "Armageddon" (1998), "La Ligne rouge" (1999), "Gladiator" (2000), "Pearl Harbor" (2001), "Interstellar" (2014), sans oublier les "Batman", "Iron Man" et bien d'autres encore… Il a composé deux cents partitions, en trente années à Hollywood !

Curieusement, je n'avais encore jamais osé me rendre dans un auditorium pour un concert en hommage ou dirigé par un compositeur de musique de film. Je me souviens avoir manqué celui d'Ennio Morricone par exemple. Je m'apprêtais également à manquer cet évènement-là ; omission due en partie au contexte des multiples spectacles annulés, reportés, incertains, …

Heureusement, mon fils aura profité de mon anniversaire pour m'offrir cette invitation inattendue. Je n'avais absolument pas noté cet événement et ce n'est qu'en pénétrant dans le POP Bercy que j'ai réalisé ma chance et la valeur de ce cadeau ! Oui, Hans ZIMMER sera là en personne pour diriger une trentaine de musiciens dont Guthrie GOVAN, l'ancien guitariste de Steven Wilson !! Rien que pour ce double motif je suis déjà ravi et excité ! Le p'tit malin nous a dégoté des places assises en orchestre, excentrées sur la droite, assez proches de la scène pour bien voir les artistes, et pas trop pour garder le recul nécessaire à ce spectacle qui s'avèrera grandiose. Guthrie Govan officiera de notre côté ; que demander d'autre ?!

Pendant que le public s'installe, une image filmée en direct le montre dans la salle, sur un écran géant étendu à toute la largeur de la scène, teinté aux couleurs de l'Ukraine durement martyrisée en ce moment.

[20h15/(entracte de 25 mn)/23h20].

Le compositeur n'a pas lésiné sur le recrutement. Une bonne trentaine de musiciens (difficile de tous les compter exactement). Sur la scène, les cuivres surplombent l'ensemble ; à gauche, au moins quatre cors d'harmonie, à droite, se trouvent une trompette, trois trombones à coulisses et une contrebasse. Au centre, à la même hauteur, trône un synthétiseur. Plus bas, toujours au centre sont positionnés deux batteries (occupées par Aicha DjidJelli et Holly Madge). Sur la gauche une section de six violons (tous ukrainiens, auxquels Hans n'a pas manqué de rendre hommage, bien sûr), sur la droite une section de cinq violoncelles. Puis disséminés au niveau de la scène, on trouve les percussionnistes particulièrement actifs sur les extraits trépidants tels que "Inception" (timbales, grosses caisses, djembés, …), mais aussi les nombreux solistes.

Je ne les citerai pas tous, mais ils sont tous dignes d'intérêt, et démontrant une solide expérience dans ce type de musique. Parmi ceux-ci, évidemment Guthrie Govan, longuement et chaleureusement présenté par Hans qui semble sincèrement subjugué par le talent du guitariste. Ils semblent avoir développé une réelle complicité, notamment durant la création de "Dune" (2021). Hans manifeste son admiration en soulignant la fantaisie dans ses soli. Pour l'avoir vu trois fois sur scène (2013-2015) je ne peux qu'applaudir ce compliment amplement justifié. Cette reconnaissance du Maître de cérémonie lui a permis de s'exprimer pleinement (guitare électrique/sèche, banjo), notamment sur deux soli particulièrement notables (durant "Dune" et un autre titre). Un autre guitariste, Nile Marr, assurait quelques parties en soutien.

Je dois souligner le talent de deux bassistes exceptionnels au pédigrée aussi éloquent que leur talentueuse prestation ce soir. Andy Pask a travaillé pour le cinéma, la télévision mais a aussi collaboré pour plusieurs artistes tels que Freddie Mercury, Madonna, Tom Jones, Debbie Harry, Véronique Sanson, … Il a aussi participé à trois tournées mondiales avec Hans Zimmer. Quant à Juan Garcia-Herreros, il collabore aux tournées de Hans depuis 2018, mais aussi lors de la création de la partition de "Dune" ; c'est un spécialiste colombien de la basse électrique, de renommée mondiale, sous le nom de scène "Snow Owl" (Je suggère de consulter ses vidéo).

Avec son violoncelle électrique Tina Guo démontre à la fois un talent et une énergie étonnante. Native de Shanghaï, naturalisée américaine, on peut constater son éclectisme dans son très long CV. Plusieurs fois impliquée dans les partitions de Hans, elle n'hésite pas à partager la scène aux côtés de Peter Gabriel, Steven Tyler, Steve Wonder, … mais aussi le groupe de power metal suédois SABATON au festival de Wacken en 2019 !

Aux flûtes, c'est le vénézuélien Pedro Eustache. Au chant, Loire Cotler, Lebohang “Lebo M” Morake, et sa fille Refilwe “Refi Sings” Morake. D'autres solistes aux violons, à l'accordéon, et des choristes permirent de magnifier encore ce bel ensemble.

Inspiré par l'exemple probant d'autres confrères, Hans s'est lancé à son tour dans une première tournée européenne au printemps 2016. C'est une réussite qui culmine avec l'enregistrement d'un DVD à Prague en novembre 2017. (Ce film, déjà offert en son temps par mon fils, m'avait déjà fait rêver d'assister à ce genre de spectacle !) Fort de ce succès, l'opération se renouvelle mondialement jusqu'à ce jour. La musique de Zimmer sera interprétée ici-même lors d'un autre concert en septembre mais sans son Maître.

La sonorisation est puissante, profonde et audible. En dépit d'une section percutions particulièrement fournie, les pupitres sont pour la plupart distinctement perçus. Les cuivres et les cordes se répondent d'une harmonie magnifique ! Un vrai régal auditif !

L'éclairage est tout simplement somptueux, constitué de plusieurs rampes mobiles pour éclairer une très large scène avec les nuances requises.

Hans Zimmer est charismatique, impliqué, enthousiaste souriant et chaleureux avec tous ses musiciens. Il ne tient en place que pour ces segments aux claviers (alternant piano ou synthétiseurs). Multi-instrumentiste, il est le troisième bassiste pour un trio de basses énorme. Il n'hésite pas à saisir une guitare ou un banjo pour partager des soli de guitare avec Guthrie. A 64 ans, sa bonne humeur et sa performance m'ont paru formidable. Pour l'anecdote, il ne renie pas son origine puisqu'il n'a pas hésité à se vêtir du costume traditionnel allemand pour interpréter un titre !

Le public m'a paru un peu trop poli, en tant qu'habitué des concerts rock, mais il n'a pas manqué de montrer sa satisfaction, notamment avec une ovation debout pour le salut final.

Dix-sept titres ont permis à l'auditoire de voyager dans le parcours cinématographique des vingt-deux dernières années du Maître. Seul le titre du Roi Lion a été déterré de la période antérieure. Ce qui pourrait être à déplorer mais pendant deux heures et demie nous n'avons pas ressenti le temps passer, et l'émerveillement est total ; merci Monsieur.

ACTE 1 :
House Atreides (“Dune” -2021)
Mombasa (“Inception” -2010)
Themyscira / Games / Open Road (“Wonder Woman 1984” -2020)
What Are You Going to Do When You Are Not Saving the World? / If You Love These People (Man of Steel-2013)
Duduk of the North / The Battle / Earth / Honor Him / Now We Are Free (extraits de “Gladiator”-2000)
Jack Sparrow / Davy Jones / At Wit's End / He's a Pirate (extraits de “Pirates Of The Caribbean”-2003)
ACTE 2 :
Rango Suite (“Rango”-2011)
Discombobulate (“Sherlock Holmes”-2011)
A Way of Life (“The Last Samurai”-2003)
I'm Not a Hero / Like a Dog Chasing Cars / Why So Serious? (extraits de “The Dark Knight” -2008)
X-MDP (“X-Men: Dark Phoenix”-2019)
Supermarine (extraits de“Dunkirk”-2017)
Paul's Dream (“Dune”-2021)
Dust / Detach / Coward / Stay (extraits de “Interstellar”-2014)
Circle of Life / He Lives in You / This Land / King of Pride Rock (extraits de “The Lion King”-1994).

RAPPEL :
Gun Barrel / Cuba Chase / Back to MI6 (extraits de “No Time To Die”-2021)
Time (“Inception” -2010).


mercredi 16 mars 2022

GENESIS – Paris La Défense Arena le 16 mars 2022.

Ce que je recherche avant tout dans la Musique, c'est l'émotion. Certes, elle permet aussi de s'amuser, de picoler, de bavarder entre amis, ou encore de faire le ménage, pousser un panier de supermarché, courir en forêt, ou pisser dans les toilettes publiques. Moi, j'y vois l'occasion de m'émouvoir, de m'évader du monde réel, d'oublier les râleurs, les rabat-joie, et de partager des instants de grâce avec les musiciens et des mélomanes. Ce soir, j'ai été servi.

CONTEXTE.

L'arène de La Défense, située sur le territoire de Nanterre (contrairement à ce que prétend son intitulé), peut accueillir jusque 40 000 personnes en configuration concert, depuis octobre 2017. Un précédent concert dans cette salle ne m'avait pas laissé un bon souvenir. Etait-ce dû à l'acoustique inadaptée, était-ce dû à la sonorisation inadéquate ; toujours est-il que je n'avais guère apprécié le son. De surcroit, en étant placé en balcon opposé à la scène, l'éloignement était tel que j'en étais réduit à souvent regarder les écrans. Au point de me demander si je n'aurais pas mieux fait d'attendre une parution DVD pour la savourer dans mon canapé. En fin de cette soirée, je m'étais promis de ne plus revenir…

Mais évidemment il y a toujours un fait contrariant à toute intention, qu'elle soit bonne ou mauvaise. Les promoteurs ont décrété que GENESIS devait s'y produire. S'agissant sans doute de la dernière occasion de revoir cette vénérable institution du rock progressif britannique, je m'interdis de mépriser ce rendez-vous, en dépit de l'inquiétant état de santé de Phil Collins. En dépit aussi des prix exorbitants et inadmissibles des places qui semblent s'adresser à une élite de quinquagénaires assez mélancoliques et fortunés pour s'offrir les meilleurs emplacements.

Selon sa génération, selon ses émotions, ses coups et ses douleurs ressentis au fil de la carrière de ces artistes britanniques atypiques, chaque admirateur aura sa période préférée. Pour ma part, comme beaucoup, je considère que l'âge d'Or se situe entre 1971 et 1977, lorsque le trio actuellement en place était accompagné de Peter Gabriel (1967–1975) et de Steve Hackett (1971–1977). Je pourrais même débuter ladite période à octobre 70 avec "Tresspass" qui constituait déjà la genèse (désolé, je n'ai pas résisté !) de leur succès. Cependant, j'apprécie globalement l'ensemble de l'œuvre de ces pionniers du rock progressif.

Mais, hélas je n'ai pas été sensibilisé à leur talent avant le début des années 80, durant lesquelles les radios émettaient inlassablement "That's All" et "Mama". Ce n'est que le 3 juin 1987 que j'ai pu voir Genesis sur la scène de l'Hippodrome de Vincennes à PARIS (12ème) moyennant la somme (déjà considérable à l'époque) de 150 francs. Aux pupitres claviers, basse, percussions, chant et guitare c'était le même quatuor qu'aujourd'hui qui promouvait "Invisible Touch" (1986), leur treizième album depuis dix-huit années.

La discographie de Genesis présente désormais quinze albums studio enregistrés entre 1969 et 1997. Ce concert ne s'inscrit donc pas dans une tournée promotionnelle ; aucun nouvel album n'est paru depuis des décennies. Il s'agit plutôt de l'émouvant adieu de ces musiciens légendaires à son public qui attendait ce retour depuis trop longtemps. Je ne les aurai vus que deux fois en cinquante-cinq années, mais j'ai pu emmener ma compagne et mon fils pour qu'ils réalisent ce qu'est le talent maitrisé. Voilà qui est fait, amen.

Je me rends ainsi à ce concert comme à un complément de celui de Steve Hackett, leur ancien comparse, auquel j'ai assisté à la salle Pleyel à l'automne dernier.

Pour l''accès à cette grosse baleine qu'est l'arène, il faut beaucoup marcher, beaucoup patienter pour les fouilles, un peu moins pour valider les codes-barres, mais surtout avoir une forme athlétique pour accéder aux balcons. Car les gueux pas assez aisés pour bénéficier de places assises en fosses, quel que soit leur âge, doivent affronter quatre séries d'escaliers, sans doute pour les inciter, une fois parvenu au pigeonnier, à payer une boisson à la première échoppe venue… Ces enfoirés n'ont pas eu ce plaisir en ce qui me concerne. Non mais dites donc …

Je dois cependant confesser avoir céder à la tentation d'un 90ème t-shirt pour ma collection. Le montant (40 €) pouvait pourtant paraitre rédhibitoire, mais l'évènement ultime me semble pouvoir justifier ce nouvel écart de conduite.

GENESIS [20h00-22h30].

Aujourd'hui, nous retrouvons ainsi deux membres fondateurs Tony Banks (claviers, guitare-12-cordes, chœurs ; 1967–2000, 2006–2007, et depuis 2020), et Mike Rutherford (basses, guitare, chœurs ; 1967–2000, 2006–2007, et depuis 2020). Monsieur Phil Collins (batteur de 1970 à 1996 et de 2006 à 2007) est présent aussi, mais diminué physiquement au point qu'il a dû renoncer aux fûts depuis 2007. Sa participation se limitera donc au chant (1975–1996, 2006–2007, et depuis 2020), assis sur un tabouret.

Deux musiciens, pas tout à fait étrangers au trio légendaire, apportent leur précieux soutien à l'occasion de la tournée actuelle, "The Last Domino ?". Daryl Stuermer (guitare, basse, chœurs ; 1977/8–1992, 2006–2007, et depuis 2020), et le fils à son papa, Nic Collins (drums, percussion ; depuis 2020). Il a été jugé opportun (…) de soutenir les parties vocales avec Daniel Pearce (chœurs ; depuis 2020), Patrick Smyth (chœurs ; depuis 2020).

Immanquablement, je me doutais bien que j'allais assister à une soirée chargée en émotions. Le handicap de Phil Collins s'est avéré d'autant plus émouvant qu'il nous renvoie en pleine figure la dure réalité du temps qui passe inexorablement. Il convient de rappeler qu'il a été diminué par une pancréatite, par deux opérations du dos, en 2009 et en 2015, ainsi que par son diabète ; tout cela laisse forcément des traces.

Lui qui était si dynamique et puissant, il nous est apparu avec une canne pour accéder à son fauteuil, dont il n'a plus bougé. Mais passé cette douloureuse étape, le concert fut un éblouissement permanent ; les musiciens demeurent talentueux, l'éclairage fut somptueux, la sonorisation puissante et audible a permis de savourer les musiques pleines d’harmonie, de poésie et d'énergie. Les années 80, largement représentées, auraient pu nous frustrer en tant que progueux axés sur les 70's, mais j'ai pris un immense plaisir immersif. Durant près de deux heures et demie, (20h30-22h55) nous avons voyagé dans le temps avec cette vénérable institution du rock progressif britannique qui rentre désormais dans la légende.

L'amplification sonore est astucieusement répartie dans l'espace et l'ingénieur a su doser la puissance et la qualité pour le plaisir des auditeurs quelle que soit son emplacement. Même si la frappe du p'tit Nic m'a parfois paru un peu surexposée, sans jamais être nuisible au reste.

L'éclairage constitué de cinq blocs mobiles de quatre rampes de projecteurs multicolores surplombe la scène et un dispositif au-dessus de la fosse vient parfaire les ambiances lumineuses. Le tout crée des atmosphères extraordinaires de subtilités et de nuances de couleurs.

En fond de scène, plusieurs panneaux écrans verticaux peuvent selon l'ambiance créer des images multiples ou constituer un écran géant. Ce jeu d'images montre en alternance les artistes sur scène et ou des illustrations de titres. De chaque côté de la scène, un écran intermédiaire et un écran plus grand permet au public éloigné de profiter de plans rapprochés. Ces cinq écrans sont les bienvenus dans cette immense salle.

Quant à la scène elle-même, pas de décor particulier. Chaque pupitre jouit bien évidemment de tout l'espace requis. Vu mon emplacement, je ne suis pas en mesure de détailler le matériel déployé, mais à quoi bon chacun peut aisément imaginer que Monsieur Tony Banks ne se contente pas de matériel Bontempi.

Dès les premières minutes de cette "Turn It On Again", des frissons m'ont envahi depuis la colonne vertébrale jusqu'à mes bras, des larmes d'émotions ont embués ma vue. Je sais, je suis un grand émotif et je ne m'en soigne même pas. Quel doux sentiment que de pouvoir s'abandonner à un tel enivrement, sans retenue ! Une spirale de sensations visuelles et sonores m'emporte dans un espace intemporel ; elles sont à la fois délicieuses et douloureuses. Certes le Phil a pris un sacré coup de vieux et ça fait mal. Mais son obstination à vouloir communier une dernière fois avec son fidèle public impose notre respect et relève de l'abnégation. Car il l'a dit lui-même, il n'a plus besoin de cette tournée pour subvenir à ses besoins, il le fait pour nous faire plaisir une dernière fois, tout simplement. J'aurais aimé un tel volontarisme de la part de Peter et de Steve, mais bon c'est comme ça épicétou.

Ma crainte en venant ce soir portait légitiment sur la crédibilité de la prestation de Phil. Sa voix n'a certes plus la prestance, ni la justesse, ni la tessiture assurée des 80's, mais elle reste identifiable et satisfaisante. En tout cas, sa prestation m'a paru honorable. Le soutien des choristes est le bienvenu, mais son rôle est juste de magnifier l'interprétation des titres emblématiques. Par ailleurs, il conserve son esprit espiègle et aime toujours communiquer, parfois avec un français hésitant, avec son public qui n'attend que cela.

Juste après "Duchess", il présente ses complices. Son émotion est visible lorsque Mike le présente à son tour et qu'il reçoit une ovation décuplée. En préambule à "Domino", il invite alternativement le public à sa gauche, à sa droite ou au centre, à répondre à ses invectives ! Une belle communion.

Mike et Tony ont pour leur part assuré leur pupitre à la fois stoïques et concentrés. Les images montraient parfois un rictus dénonçant un réel plaisir d'être là, mais pas d'exubérance ; ce n'est pas le genre de la maison. Leur talent est démontré sur toutes les séquences et c'est bien l'essentiel. Mike assure de bien belles partitions à la guitare ; je souligne tout particulièrement le final de "No Son of Mine".

Nic assure sa partie avec fougue et une redoutable efficacité qui peut rendre fier son papa.

Daryl n'a pas à rougir de sa prestation ; son style est certes différent de Steve mais à mon sens il mérite son pupitre dans ce groupe. Personnellement, je déplore même ce strapontin dont il doit se contenter depuis maintenant plus de quarante-huit années. Ce statut me rappelle celui de John Wesley au sein de Porcupine Tree.

En deuxième acte, les musiciens se sont regroupés au-devant de la scène pour interpréter quelques titres en semi-acoustique. Magnifique moment également.

Dans un espace aussi vaste, il est souvent difficile de créer une atmosphère festive et fusionnelle, d'autant plus que la fosse était constituée de rangées de sièges destinés à des admirateurs au moins aussi âgés que les artistes sur scène. La réaction du public fut à la fois chaleureuse et respectueuse. Les ovations n'étaient pas déchainées mais elles montraient cependant une réelle satisfaction de connaisseurs passionnés. L'auditoire n'a cessé de répondre aux incantations de Phil.

Quant au programme, comme d'habitude chacun pourra émettre un regret pour tel titre omis ou tel album insuffisamment visité, mais il faut reconnaitre que cent quarante-cinq minutes ont permis de sélectionner une belle brochette de titres magnifiques. Néanmoins, puisque c'est mon récit, je me permets de déplorer la surexposition de l'opus "We Can’t Dance" avec trois titres, alors que "Wind & Wuthering" mon opus favoris n'aura été évoqué qu'une seule fois. Plus globalement, les 70's n'ont été évoqué que sept fois.

Vingt-trois titres interprétés plus ou moins complètement ; cinq titres de "Invisible Touch" (1986), quatre titres issus de  "Genesis" (1983), quatre titres issus de  "Selling England by the Pound" (1973), trois titres issus de  Duke (1980), trois titres issus de  "We Can’t Dance" (1991), deux titres issus de  "The Lamb Lies Down on Broadway" (1974), un titre issu de  "And Then There Were Three…" (1978), un titre issu de "Wind & Wuthering" (1976).

PROGRAMME
Intro : Dead Already (titre de Tom Newman)
Behind the Lines / Duke's End (Duke, 1980)
Turn It On Again (Duke, 1980)
Mama (Genesis, 1983)
Land of Confusion (Invisible Touch, 1986)
Home by the Sea (Genesis, 1983)
Second Home by the Sea (Genesis, 1983)
Fading Lights (deux premier couplets) (We Can’t Dance, 1991)
The Cinema Show (deuxième moitié ; avec extraits de "Riding The Scree" & "In That Quiet Earth") (Selling England by the Pound, 1973)
Afterglow (Wind & Wuthering, 1976)
Partie acoustique
That's All (Genesis, 1983)
The Lamb Lies Down on Broadway (The Lamb Lies Down on Broadway, 1974)
Follow You Follow Me (…And Then There Were Three…, 1978)
Duchess (Duke, 1980)
(présentation du groupe)
No Son of Mine (We Can’t Dance, 1991)
Firth of Fifth (extrait instrumental) (Selling England by the Pound, 1973)
I Know What I Like (In Your Wardrobe) (extrait "Stagnation") (Selling England by the Pound, 1973)
Domino (Invisible Touch, 1986)
Throwing It All Away (Invisible Touch, 1986)
Tonight, Tonight, Tonight (deux premier couplets) (Invisible Touch, 1986)
Invisible Touch (Invisible Touch, 1986)
RAPPEL :
I Can't Dance (We Can’t Dance, 1991)
Dancing With the Moonlit Knight (Selling England by the Pound, 1973) (intro & premier couplet seulement)
The Carpet Crawlers (The Lamb Lies Down on Broadway, 1974)

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