Je le sais et je l'assume. Ma santé mentale peut
inquiéter. Je me soigne par la musicothérapie, mais comme tout traitement, il
doit être savamment dosé. Pourtant, à mon corps défendant, le choix des promoteurs
musicaux impose parfois un calendrier susceptible de provoquer davantage de surdosage
que de plénitude.
Ce mois de mars s'annonce d'ores et déjà … agité. Deux
jours après le concert de MOUNDRAG au Petit Bain, nous retournons au Zénith,
pour un nouvel évènement… comment dire… quelque peu plus brutal.
Parmi les prescriptions médicinales AVATAR m'est indiqué dans des périodes
déprimantes et/ou révoltantes. Cela n'en fait pas un traitement continu, mais
globalement, ces Vikings assument leur rôle de ménestrel ; ils me divertissent.
Pourtant, j'aime, moi non plus. J'aime beaucoup les contrastes produits par
leur musique (subtile alternance d'agressivité et de mélodies), leurs talents
(instrumental et théâtral), et leur attitude (délicieusement démentielle et
drôle). Néanmoins, j'ai un peu plus de mal à écouter la voix, trop souvent
hurlée et/ou gutturale sans raison impérative, ce qui me semble nuire
inutilement à l'harmonie entre le chant et les instruments. Cependant, leur
évolution parait cibler un meilleur équilibre, sans renier leur identité. Bref,
AVATAR, c'est un peu une exception
qui confirme ma règle. Et puis, je dois le confesser, ma P'tite Fée me relance sur
le sujet dès que je m'en éloigne ; elle est une fervente admiratrice de ces
Vikings !
Avec ma p'tite Fée et mon fils, nous avons opté pour
un emplacement de la fosse pas très éloigné de la scène sur notre côté gauche, à nos risques et périls. Soyons
fous ! Mais, il fallait s'en douter, nous ne pourrons pas y demeurer toute la
soirée ; nous y tiendrons pourtant jusqu'au premier quart d'heure d'AVATAR,
quand même…
Le trio norvégien, fut fondé en 2022 à Oslo. Totalement
inconnu de mes répertoires, l'intitulé du groupe était déjà de nature à éveiller
des soupçons sur leur démarche, qui me semble tirer une fois de plus sur la
corde d'un satanisme Grand-Guignol, déjà maintes fois exploitée. Leur concept
repose, outre leur culte, sur une attitude intentionnellement outrancière,
théâtrale, très politisée et militante féministe. Le trio est exclusivement
féminin, avec Johanna Holt Kleive
(batterie, chant), Nikoline Spjelkavik
(guitare, chant), et Victoria Røising
(basse, chant).
Nous tenions à préserver notre emplacement en fosse, et
nous n'avions pas d'autre choix que d'assister à une démonstration affligeante
de la Bêtise. Un spectacle navrant de femmes d'autant plus pitoyables, que leur
posture nous semble desservir la cause qu'elles prétendent revendiquer, notamment
en cette veille de la journée de la femme
(8 mars). Une prestation sans intérêt musical ; les pupitres (une
guitare, une basse, une batterie, des micros) émettent des sons sans harmonie
aucune, juste du bruit délibérément violent et vociféré. Un surcroît de bandes-son
tente de masquer une pauvreté artistique évidente. Même sur le plan esthétique,
leur ridicule accoutrement serait risible si ces norvégiennes ne se prenaient
pas autant au sérieux. Coiffées de ce qui ressemblerait éventuellement à des
cornes, leur long vêtement blanc laisse délibérément sortir les seins. Le
naufrage touche le fond lorsqu'elles reviennent pour une deuxième partie, cette
fois complétement dévêtues et coiffées d'une perruque démesurée.
Depuis quelques décennies, je peux confesser avoir
assisté à moult spectacles à oublier, et
donc oubliés. Mais, je n'imaginais pas assister à une telle déchéance.
Cette demi-heure calamiteuse nous a paru interminable.
Elle aurait pu/dû se clore d'une désapprobation plus ou moins marquée du
public. Mais mon évaluation de la situation semble déconnectée d'une certaine
réalité. J'observe avec incompréhension qu'une part du public, parfois féminine
(!), montre une satisfaction sincère, avec sourire et applaudissements … Je
peine parfois (de plus en plus souvent) à comprendre mes semblables ; il
faut de tout pour faire un monde, dit-on… Je réfléchi à me retirer dans une
grotte, mais peut-être risquerais-je alors de ressembler à ces harpies…
Contrairement à mon fils, je n'avais encore jamais
entendu parler de ce groupe, qui pourtant semble avoir déjà marqué quelques
esprits au-delà de leur territoire, notamment en se produisant au Hellfest en
2019 et en 2024. A priori, au-delà d'un univers musical que je fréquente peu
désormais, j'aurais au moins une bonne raison de m'intéresser à ce phénomène
musical. En effet, au lieu de s'exprimer banalement en anglais, ils
revendiquent une réelle identité culturelle en chantant souvent dans la langue
emblématique de leur pays, le Maoris. Cette particularité alliée à un style
parfois similaire à celui de SEPUTLTURA, me rappelle la période "Roots" (1996) à laquelle je
confesse avoir prêté une attention, en son temps.
Mon enquête préalable relève que ALIEN WEAPONRY est un groupe Néo-Zélandais basé à Waipu, fondé
en 2010 à Auckland par deux frères ; le guitariste/chanteur
Lewis Raharuhi de Jong, et le batteur Henry Te Reiwhati de Jong,
alors âgés respectivement de 8 et 10 ans ! Leur père et leur grand-mère
paternelle sont Maoris, mais leur mère et leur grand-père paternel sont
d'origine néerlandaise. Notons que leur patronyme reflète l'origine européenne
de la mère, alors qu'ils tiennent un discours militant pour le respect de
ladite culture ancestrale… Le bassiste Tūranga Morgan-Edmonds les
rejoint en août 2020, après deux précédents musiciens moins motivés. Les trois membres peuvent revendiquer des
ancêtres Māori. Plusieurs textes sont ainsi écrits et interprétés légitimement
en langue maori. La musique exprime un style un thrash metal tribal et
alternatif.
A ce jour, le trio semble stabilisé avec Henry de Jong (batterie, chœurs, depuis
2010), Lewis de Jong (guitares, voix
principale, depuis 2010), Tūranga Morgan-Edmonds
(basse, chœurs, depuis 2020).
Leur troisième
album studio "Te rā"
est paru le 28 mars 2025.
Le trio peut bénéficier d'une scène ample, le mur de
fond est couvert d'un large drap avec leur logo, orné en son bas d'un rideau
rouge de théâtre. La sonorisation est puissante mais audible.
Au-delà de leur démarche intellectuelle respectable, la
prestation sur le plan musical ne m'a pas emballé outre mesure. Hormis quelques
segments prometteurs, je ne suis parvenu à percevoir un minimum d'harmonies ou
d'interventions vocales susceptibles de me séduire totalement.
Chacun son ressenti, une bonne part du public s'exalte.
Ce qui donne lieu aux exubérances habituelles dans cet univers. Les murs de
défis prennent ici d'amusants accents maoris, imitant plus ou moins les hakas.
On pardonnera à ces âmes égarées une appropriation quelque peu désinvolte… Les
cercles tribaux, joyeux et endiablés, se forment et se déforment dans un chaos
total ; j'y distingue cependant mon fils.
Bon, ce n'est pas mon genre favori, on l'aura compris
mais cependant le niveau est (facilement)
monté d'un cran avec cette prestation engagée et agitée.
Rū Ana Te Whenua (Tū, 2016)
Te Riri o Tāwhirimātea (Te rā, 2025)
Mau Moko (Te rā, 2025)
Taniwha (Te rā, 2025)
Kai Tangata (Tū, 2016).
Le quintuor, fondé en 2001 par le guitariste
Jonas "Kungen" Jarlsby et le batteur John Alfredsson,
s'est stabilisé avec Johannes Eckerström
(chant, claviers et trombone, depuis 2002), Henrik Sandelin (basse, chœurs, depuis 2003) et Tim Öhrström (guitares, chœurs, depuis 2011).
Leur dixième
album studio "Don't Go In The Forest"
est paru le 31 octobre 2025. Celui-ci
m'a séduit immédiatement, bien davantage que les précédents. Les excès vocaux
sont moins fréquents, au profit des harmonies.
Je demeure impressionné par le rythme de leurs
tournées promotionnelles qui s'enchainent frénétiquement depuis quelques années
déjà. Johannes Eckerström aime prétendre "Nous sommes accros à la scène
!". Sur chacun des continents visités, les admirateurs en seront
certes satisfaits, mais je m'interroge sur la pérennité de leur activité à une
telle cadence… En tout état de cause, ce soir ils nous démontreront encore une
belle vigueur !
L'affluence est forte ce soir, seuls quelques sièges
des gradins les plus hautes sont vacants. Un public hétéroclite, grimé ou non,
est là visiblement pour faire la fête, et ce sera le cas ! La fosse est pleine
come un œuf. Lorsque l'obscurité annonce le début, nous sommes encore bien
placés.
La mise en scène introductive s'inspire de leur
dernière production. Originalité, le socle de batterie sépare le pupitre en
deux parties. Entre les deux, surgit un groupe d'ombres précédées d'une lampe
portée par Johannes. Peu à peu nous distinguons les musiciens dans une lueur bleutées.
C'est une allusion théâtrale au titre "Captain
Goat", qui introduit le concert
!
La sonorisation s'avère parfaitement équilibrée. Aucun
pupitre ne nuit à l'autre. Le décor de scène est assez sobre ; un gigantesque
tissu avec le logo drape le mur du fond et le rideau rouge déjà présent plus
tôt en soirée est ici entrouvert, montrant le logo d'Avatar en caractères
lumineux (rouge ou bleu alternés). Un très impressionnant dispositif de feux
d'artifices, constitué de gigantesques flammes et rideaux d'étincelles,
réchauffera le spectacle de manière conséquente ! Une odeur de poudre viendra
ainsi se mélanger à celle des corps suant. L'agencement d'éclairage me parait astucieusement
original ; des projecteurs de fond de scène sont installés sur un rail ce qui
les rend mobiles et multidirectionnels.
Ces soins apportés à la représentation accentuent
l'engouement pour une musique déjà très entrainante. Toutefois, le deuxième
titre achevé, le groupe se retire durant de longues minutes inquiétantes. Un
souci technique qui finalement n'aura pas pénalisé la prestation, outre le
désagrément de suspendre l'ambiance, qui reviendra facilement.
Comme d'habitude, le charisme de Johannes, artiste
complet à la fois chanteur et comédien, achève d'emporter l'enthousiasme ;
impossible de demeurer stoïque devant tant d'exubérance et de conviction. Il
joue à la perfection son personnage de clown démoniaque. Quant à sa voix, même
je goute peu aux excès gutturaux, je dois reconnaitre qu'il dispose d'une
tessiture impressionnante. L'ensemble du groupe contribue à assurer le
spectacle, chacun très impliqué à son poste et selon son tempérament, mais le
plus souvent avec des allusions aux attitudes théâtrales ou circassiennes. John
surplombe et supervise le tout de son regard troublant. Son allure
mi-burlesque, mi martiale exprime un humour que j'apprécie beaucoup ! Par
exemple, pendant le concert un technicien se rapproche de lui, coiffé d'un
casque surplombé d'une mini cymbale sur laquelle John frappe à son passage.
Autre exemple, la scène finale où ses baguettes semblent maitriser l'immobilité
de ses quatre complices, le temps de faire ovationner le public complice de ses
frasques.
Les duos de guitares sont magnifiques et les soli de
Jonas rappellent son excellence, ce qui accentue encore notre admiration. A cet
égard, le titre "Legend of the King"
lui confère un honneur justifié.
Le public participe, exulte, chante et manifeste
bruyamment sa satisfaction ; les cercles tribaux se forment et se déforment,
tournent dans un désordre désinvolte mais bienveillant, la moindre chute étant
relevée ou écartée. Néanmoins, par attrition cette agitation aboutit par nous
écarter définitivement de l'espace central de la fosse. En retrait, mais
apaisés, nous apprécions plus sereinement le concert. J'en profite d'ailleurs,
fait rare, pour errer d'un bout à l'autre de la salle pour tester différents
points d'observation. Vraiment la sono est parfaitement réglée, où que l'on
soit !
A l'image des confettis explosés en final,
l'atmosphère festive des concerts d'AVATAR ne s'est pas démentie.
AVATAR nous a proposé un florilège extrait de sept albums avec dix-sept titres,
dont six issus de "Don't Go
In The Forest", quatre de "Black Waltz", un de "Avatar Country", deux de "Hail the Apocalypse", deux de "Hunter Gatherer", un de
"Dance Devil Dance", un
de "Feathers & Flesh".
En privilégiant la promotion du récent album, je ne
pouvais qu'être ravi. Bien sûr, cette sélection a fatalement écarté d'autres
titres tels que "Tower" ou "Puppet Show" que j'apprécie
particulièrement. Mais bon, c'est le jeu.
En revanche, comme à son habitude Johannes feint
d'accorder au public une quelconque autorité sur la nature du rappel ; ça
commence à sentir le réchauffé, pour ceux qui suivent le groupe. Au bout d'un
moment, soit il faudra qu'il cède et joue les dix titres supplémentaires
demandés par le public jamais rassasié, soit il s'abstient de jouer les
commissaires-priseurs, et joue ce qui est prévu sur sa liste (qui au
demeurant est identique sur toutes les dates que j'ai consultées !) …
PROGRAMME
- Captain Goat (Don't Go In The Forest, 2025)
- Silence in the Age of
Apes (Hunter Gatherer, 2020)
Panne technique
- The Eagle Has Landed (Feathers and Flesh, 2016)
- In the Airwaves (Don't Go In The Forest, 2025)
- Bloody Angel (Hail the Apocalypse, 2014)
- Death and Glitz (Don't Go In The Forest, 2025)
- Blod (Black Waltz, 2012)
- The Dirt I'm Buried In (Dance Devil Dance, 2023)
- Colossus (Hunter Gatherer,
2020)
- Torn Apart (Black Waltz,
2012)
- Howling at the Waves (Don't Go In The Forest, 2025)
- Legend of the King (Avatar Country, 2018)
- Let It Burn (Black Waltz, 2012)
- Tonight We Must Be
Warriors (Don't Go In The Forest,
2025)
RAPPEL :
- Don’t Go in the Forest (Don't Go In The Forest, 2025)
- Smells Like a Freakshow (Black Waltz, 2012)
- Hail the Apocalypse (Hail the Apocalypse, 2014).
Johannes, toujours aussi bavard et flatteur, nous
laisse croire que le public parisien lui est particulièrement cher (on n'est
pas dupe, on lui pardonnera de
proclamer cela sans doute tous les soirs…). Comme à son habitude, il nous
invite à soin de nous et notre entourage. Mais cette fois, ce vœu résonne de
façon un peu particulière dans notre actualité inquiétante…
Alors que le groupe et l'auditoire échangent des
marques de sincère satisfaction, une bande son diffuse la traditionnelle
chanson de Vera Lynn "We'll Meet Again" ; oui très
probablement, nous nous reverrons !
En dépit d'une certaine tentation, nous nous abstenons
d'acquérir le t-shirt de la tournée (qui est pourtant attractif visuellement),
car pour 40€ il n'est pas proposé
dans une taille en-dessous du "L". Faute de prévoir une taille (et un
prix) plus modeste, ces gaillards vikings repartiront avec leurs modèles…
https://loudtv.net/interviews/avatar-interview-dont-go-in-the-forest/








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