vendredi 31 janvier 2020

ANGE, 50ème anniversaire – Trianon de Paris – 31/01/2020

L'univers d'Ange a tardé à me séduire. Il ne s'agissait pas d'un rejet de ma part, puisque je n'avais jamais eu l'occasion d'écouter réellement ; c'était juste une question de circonstances non propices. Ma sœur, mon initiatrice à la base, écoutait beaucoup d'artistes durant les années 70, mais pas Ange. Mes amis durant les années 80, pas davantage. Submergé de découvertes au gré des courants musicaux au cours des décennies suivantes, j'ai oublié d'écouter Ange, à l'instar de bien d'autres artistes également. C'est regrettable, mais comme beaucoup de mélomanes français, je fais valoir des circonstances atténuantes ; nos médias dotés d'une ouverture d'esprit et d'une curiosité musicale légendaires n'ont franchement pas contribué à ma Culture musicale. J'étais pourtant enclin à soutenir nos artistes français puisque j'ai tout de même assisté notamment aux concerts de Jean-Michel Jarre dès juillet 1979, de Téléphone dès février 1981, de Trust dès novembre 1981. Par ailleurs, mon premier concert de rock progressif fut Asia en octobre 1982. Pourtant, je me souviens qu'ANGE a été évoqué dans nos discussions au lycée notamment, mais ce n'était probablement pas en des termes assez enthousiastes pour que j'y prête une attention suffisante…
Tant et si mal que je ne les ai vus pour la première fois que le 4 juin 2018, au Café de la Danse. Eh oui. C'est donc avec un surcroît d'humilité que j'évoque ici mes modestes impressions issues de ce quatrième concert auquel j'ai la chance d'assister ce soir. Ma précédente participation à leur prestation remonte au festival Night of the Prog le 15 juillet 2018, alors qu'Ange était dans sa tournée pour la promotion de l'album "Heureux" paru cette année-là.
J'ai réservé nos tickets dès le 30 avril 2019 ; je ne pouvais pas manquer le cinquantième anniversaire surtout dans cet auditorium que j'affectionne tout particulièrement, le Trianon.
Le concert de ce soir affiche complet ; une journée supplémentaire a été ajoutée pour le lendemain. La file d'attente est logiquement impressionnante mais, une fois dans le hall d'entrée, les auditeurs sont accueillis par un comité qui distribue un sac de tissus estampillé au thème de la soirée. Il contient une photo du groupe, un stylo et un très joli porte-clés. Ce n'est que la première belle surprise !
Tristan DECAMPS [19h-19h30]
J'ai déjà eu l'occasion d'écouter Tristan Décamps, le fils de Christian Décamps, à l'occasion de son concert le 6 aout 2017, alors qu'il était à l'affiche du festival Rock au Château. Si j'avais beaucoup apprécié son magnifique timbre de voix, en revanche je confesse ne pas avoir été complètement séduit. J'avais davantage en tête d'autres artistes inscrits sur l'affiche (LAZULI, MAGMA, CARAVAN, notamment). Cependant, avec le recul je suis content de le réentendre ce soir car, outre ses qualités que je lui avais déjà reconnues, je me suis depuis familiarisé avec la planète Ange et ses satellites.
Il aborde la soirée avec humour et dérision, faisant entendre au micro une conversation téléphonique avec son père simulant son impossibilité de participer à la soirée.
Tout de blanc vêtu, seul avec son micro et son clavier, il s'exprime avec une sonorisation parfaitement limpide. Un éclairage basique et l'absence d'effets spéciaux rendent la prestation captivante ; le personnage exprime avec talent et éloquence son chant à la fois passionné et mélodique. Cette fois encore le timbre de sa voix m'impressionne et sa tessiture s'étale avec puissance et justesse. Les textes francophones sont beaux.
Bref, un programme court mais dense en émotions provoque une ovation méritée pour l'artiste qui aura ainsi opportunément chauffé sa voix pour le reste de la soirée.

PROGRAMME
La Tisane de Verlaine
Botticelli Sérénade
Le bal des Laze (reprise de Michel Polnareff).


ANGE [19h50-22h40]. Depuis 1969, grâce à la volonté de Christian Décamps (73 ans), ANGE perdure dont son univers à part, poétique et inclassable. Ce groupe a connu un notable succès dans la France des 70's, puis nos "très perspicaces" média sont vite passés à autre chose et l'ont oublié. Il convient de souligner que les nombreux claquements de portes n'ont rien arrangé pour leur notoriété.
Mais cependant l'effectif semble enfin se stabiliser depuis une bonne quinzaine d'année, puisqu'il se compose de Christian Décamps (chant, claviers depuis 1970, seul membre fondateur donc), Tristan Décamps (47 ans, claviers, voix depuis 1997 et fils du premier), Hassan Hajdi (54 ans, guitare depuis 1997), Thierry Sidhoum (basse depuis 1997), et Benoît Cazzulini (batterie depuis 2003, neuvième titulaire du poste, quand même !).
Bon an, mal an, Christian Décamps peut se permettre de commémorer les cinquante années d'existence du groupe.
Dans un Trianon dont l'acoustique m'a toujours semblé excellente, la sonorisation m'a paru très bonne ; aucune protection auditive ne me paraîtra nécessaire.
Avec un éclairage satisfaisant à la fois pour les yeux et pour les objectifs, la scène fut sobre, dépourvue de superflu, afin d'accueillir le grand nombre d'invités qui était prévu. En fond de scène, un écran diffusait alternativement des images suivant la chronologie du groupe et des dessins de Phil Umbdenstock.
Moi qui me plains souvent de la quasi disparition des interventions d'invités sur les scènes de concerts, (d'autant plus déplorables lors de festivals), je ne puis que me réjouir de cette somptueuse soirée durant laquelle huit anciens membres sont revenus partager de bons moments avec le groupe et son public.
La présence la plus appréciée fut sans aucun doute celle de Francis Décamps aux claviers ; le quasi cofondateur du groupe, et frère de Christian, avait malheureusement quitté le navire dès 1995 en raison de fâcheuses querelles. Le revoir aux côtés de son frère et de son neveu pendant la quasi-totalité de la soirée a entretenu une atmosphère émotive non négligeable ! Nous assisterons aussi à la participation du bassiste Daniel Haas, du guitariste Serge Cuénot, du bassiste Laurent Sigrist, du batteur Fabrice Bony, du batteur Hervé Rouyer, du batteur Jean-Claude Potin et de la chanteuse Caroline Crozat !
La programmation eut le bon gout de respecter l'évolution chronologique du groupe franc-comtois, accordant ainsi une cohérence à l'événement ainsi qu'une grande satisfaction aux plus fidèles admirateurs. Deux titres représentaient chacun des albums les plus anciens mais, très étonnamment, le célèbre "Le Cimetière Des Arlequins" (1973) me semble avoir été oublié, même si la reprise de Jacques Brel qui y figure. Cela aura bien été la seule fausse note de la soirée… Ce sont donc vingt-trois titres (hormis la bande son en intro) qui furent interprétés pour un public ravi pendant plus de deux heures cinquante !
Parmi les nombreux grands moments je pourrais citer tout particulièrement les soli somptueux d'Hassan Hajdi, le talent vocal, la bonne humeur de Caroline Crozat ou encore la polyphonie Cœur de Chauffe venue de la Creuse pour chanter a capella une belle version de "Les longues nuits d'Isaac".

Point d'orgue à cette magnifique soirée, le rappel permettra à tous les musiciens présents ce soir de venir interpréter ensemble un fort à propos "Hymne à la vie".
Le public était certes de toutes façons conquis d'avance, mais les ovations successives aux titres, puis celle après le final ont montré un réel plaisir partagé par tous !
Ce concert aura encore accentué mon intérêt pour ce groupe injustement oublié dans l'Histoire du rock français. Sans me revendiquer en tant qu'admirateur inconditionnel, je pense cependant déjà à leur prochaine prestation dans mon rayon d'action. Tiens, ça tombe bien ; dès ce 2 aout je compte bien les voir dans leur fief à Villersexel à l'occasion du festival Rock au Château ! (et hop !)
PROGRAMME
Caricatures (a cappella hors scène par Francis Décamps) [Caricatures, 1972]
Le chien, la poubelle et la rose (avec Francis Décamps) (Thème final) [Tome VI, 1977]
Dignité (avec Francis Décamps aux claviers et Tristan Décamps au chant) [Caricatures, 1972]
Le soir du diable (avec Francis Décamps, claviers et Daniel Haas, basse [1971-1977, 1988-1995]) [Caricatures, 1972]
Fils de Lumière (avec Francis Décamps, claviers et Daniel Haas, basse) [Au-delà du délire, 1974]
Les longues nuits d'Isaac (chanté par le chœur Cœur de Chauffe) [Au-delà du délire, 1974]
Sur la trace des fées (avec Francis Décamps, claviers et Daniel Haas, basse) [Emile Jacotey, 1975]
Ode à Émile (avec Francis Décamps, claviers et Daniel Haas, basse) [Emile Jacotey, 1975]
Réveille-toi (avec Francis Décamps, claviers et Daniel Haas, basse et Tristan Décamps au chant) [Guet-apens, 1978]
Capitaine cœur de miel (avec Francis Décamps, claviers et Daniel Haas puis Thierry Sidhoum, basse) [Guet-apens, 1978]
Vu d'un chien (Avec Serge Cuénot guitare [1982-1987, 1990], Laurent Sigrist, basse [1982-1987], Fabrice Bony, batterie [1993] et Hervé Rouyer, batterie, percussions [1995, 1997-2002]) [Vu d'un chien, 1980]
La gare de Troyes (avec Francis Décamps, claviers, Serge Cuénot, Laurent Sigrist et Jean-Claude Potin, batterie [1982-1986]) [La gare de Troyes, 1983]
Là pour personne (avec Francis Décamps aux claviers, Serge Cuénot, Laurent Sigrist & Jean-Claude Potin) [Fou !, 1984]
Fou (Duo avec Caroline Crozat, chant, chœurs [2001-2010] et Francis Décamps à l'accordéon) [Fou !, 1984]
Crever d'amour (Duo avec Caroline Crozat et Tristan Décamps) [Fou !, 1984]
Le ballon de Billy (avec Francis Décamps, claviers et Daniel Haas, basse et Fabrice Bony) [Les Larmes du Dalaï Lama, 1992]
Quasimodo (Avec Hervé Rouyer aux percussions) [Rêves-parties, 2000]
Le rêve est à rêver (avec Hervé Rouyer) [La Voiture à eau, 1999]
Les collines roses (avec Caroline Crozat et Hervé Rouyer) [Le bois travaille, même le dimanche, 2009]
À l'ombre des pictogrammes [Le bois travaille, même le dimanche, 2009]
La colère des dieux (Apocalypso) (Avec Fabrice Bony) [Emile Jacotey résurrection Live, 2015]
L'autre est plus précieux que le temps [Heureux !, 2018]
Ces gens-là (reprise de Jacques Brel).
RAPPEL :
Hymne à la vie (Avec tous les invités de la soirée) [Par les fils de Mandrin, 1976].

dimanche 26 janvier 2020

DREAM THEATER – La Seine musicale – 26/01/2020


Plus que jamais, de nos jours les artistes ont besoin de la scène pour exister. Certes, la scène fut et restera le plus souvent une raison d'être pour la plupart des musiciens, mais l'évolution du marché du disque et la très faible ouverture d'esprit des média français rend cet exercice désormais quasi vital pour survivre. Je me permets donc de me montrer perplexe sur la répétition du concept "une soirée avec …" auquel beaucoup d'artistes semblent désormais attachés. Moi-même au début je trouvais enivrant d'assister durant toute une soirée à un concert de Steven Wilson, d'Anathema ou de Dream Theater… Mais avec le recul je me dis aussi que bon nombre d'artistes seraient ravis de bénéficier d'une invitation à se faire connaitre…
Sur les douze concerts précédents auxquels j'ai pu assister, seuls quatre m'ont permis de voir d'autres groupes invités ; la découverte de Spock's Beard (07/04/2000), puis de Pain of Salvation (07/02/2002), et Periphery (03/02/2012) et, dans le cadre de ProgNation (04/10/2009), Unexpect, Bigelf, et Opeth.
Me voilà donc de nouveau taraudé par un sentiment partagé ; une belle et longue soirée s'annonce avec Dream Theater, sans la pollution d'un groupe d'ouverture qui aurait pu être mal choisi, mais aussi sans une potentielle découverte musicale ...
Bon, c'est un débat. Un de plus dans notre microcosme de passionnés … Mais ce n'est pas cette question qui pourrait parvenir à ternir ma bonne humeur à l'ouverture des portes de La Seine Musicale à 17h30. Quelques cinq mille personnes s'engouffrent avec nous dans le superbe auditorium…
DREAM THEATER [acte I : 19h00-19h55 / acte II : 20h15-21h45].

Petit rappel de présentation de ce fabuleux groupe américain trop peu reconnu dans nos contrées : John Petrucci (guitares, chœurs), John Myung (basse, chapman stick), demeurent les deux membres fondateurs du groupe créé en 1985, puisque qu'un certain Mike Portnoy (batterie) a souhaité en 2010 partir butiner vers d'autres plantes aux saveurs plus métalliques…
James LaBrie (chant, percussions) est toujours là ; pourtant il venait de les rejoindre depuis 1991, lorsque son destin de chanteur a bien failli tourner court. Il convient de rappeler pour la compréhension du présent récit que lors de vacances à Cuba, le 29 décembre 1994, il fut intoxiqué par un plat de crevettes contaminées ; les vomissements successifs ont gravement abîmé ses cordes vocales. Ses capacités furent d'autant plus altérées qu'il ne suivit pas les conseils de son médecin et s'obstina l'année suivante à prendre la route pour la tournée "Awake"… Sans le soutien du reste du groupe, il aurait pu abandonner car les dix années suivantes nécessitèrent une patiente rééducation. La tessiture de sa voix ne sera cependant plus jamais aussi performante ; la bienveillance de ses compagnons et celle du fidèle public permettent de tolérer quelques limites ressenties ici et là.
C'est désormais, Jordan Rudess (claviers, depuis 1999) et Mike Mangini (batterie, depuis 2011) qui complètent cet ensemble.
Cette succincte énonciation serait incomplète sans un nouvel hommage à Atco Records, dirigé par un certain Derek Shulman ancien membre du groupe de rock progressif légendaire Gentle Giant, grâce auquel DT a pu attirer au moins l'attention d'un public de mélomanes avertis. Nonobstant cette relative confidentialité, DT semble se satisfaire de ne pas s'exprimer dans les stades. A vrai dire, nous aussi !
Par la grâce d'une âme éclairée, je fus un peu poussé à me rendre au Zénith (Paris 19) le 7 avril 2000, pour m'assurer de mes premières impressions ressenties à l'écoute de "Scenes from a Memory" qui était paru en novembre 1999. Je me souviens qu'à l'époque je m'accrochais davantage à Angra, un groupe brésilien également talentueux (mais dont la cohésion ne survécut pas aux prémices d'un succès pourtant dessiné).
Je ne m'attarderai pas sur la monumentale claque reçue ce soir-là. D'ailleurs, je m'en suis si peu remis que l'idée de fêter le 20ème anniversaire de "Metropolis Pt. 2: Scenes from a Memory" m'émeut tout particulièrement par avance ! C'était le début de la collaboration de Jordan Rudess derrière les claviers, qui est donc toujours là. Mais, pour que la fête fût humainement totale, au-delà des compétences honorables de Mike Mangini, Mike Portnoy sera le grand absent …
Comme tout ancien combattant, on aime bien commémorer les anniversaires même s'ils entretiennent aussi une certaine mélancolie au regard de ce temps qui passe et qui ne reviendra plus… La dernière prestation parisienne de Dream Theater, le 12/02/2017, fut l'occasion de fêter le 25ème anniversaire de leur second opus, "Images and Words". C'était déjà une légitime raison de convoquer les admirateurs. Mais cette fois, il s'agit de commémorer ni plus ni moins que LE chef d'œuvre du groupe. Selon mes capteurs réceptifs (oreille, peau, poils,..), il s'agit d'une œuvre intemporelle, magistrale, à la hauteur des plus grands opus conceptuels de l'histoire de la Musique. SFAM fait successivement pleurer, frémir, transpirer, sauter, hurler de plaisirs ; ces harmonies sublimes, ces ruptures rythmiques, ces atmosphères dépaysantes et contrastées, ces démonstrations de talents individuels au service d'une musique transcendante, tout porte cet opus au firmament des Œuvres musicales.
Ce récit a vocation de relater succinctement mes modestes impressions sur ce concert. Il ne prétend à aucune objectivité journalistique. Mais fort de mon intérêt pour leur dernier opus "Distance over Time" paru en mars 2019, et dudit anniversaire, j'admets volontiers qu'il eût fallu une grosse catastrophe pour que ces artistes me déçoivent vraiment.

Dans ce formidable écrin que constitue La Seine Musicale, la qualité de la sonorisation était entre les seuls doigts de l'ingénieur du jour… J'étais positionné dans les tout premiers rangs, légèrement excentrés sur la gauche, plutôt en face de Myung. De ce point d'écoute, j'ai ressenti quelques frayeurs auditives avec une batterie parfois excessive, mais heureusement cette impression se dissipa assez rapidement. Le son de la voix ne m'est pas toujours paru audible, mais les autres auditeurs semblent en avoir ressenti différemment ces effets. Toujours ce difficile choix de positionnement entre bien voir des premiers rangs ou mieux entendre au pied de la console de sons… Il n'est pas certain que le balcon fut l'idéal, même dans cet auditorium.
Un éclairage particulièrement lumineux et flamboyant permit aux yeux et aux objectifs de saisir de magnifiques effets scéniques. Le fond de scène était constitué d'un écran extra large sur lequel se sont succédés images et mini film bien entendu en rapport avec les thèmes futuristes de "Distance Over Time" durant l'acte I, puis en rapporte avec SFAM durant l'acte II.
La scène, assez classique est constituée d'un surplomb pour la batterie, entouré d'une passerelle à laquelle LaBrie accéda à volonté par deux rampes d'escaliers latéraux. Petrucci les empruntera uniquement de son côté, mais par contre il se déplacera souvent vers notre côté pour notre plus grand plaisir.
La mobilité de Rudess, avec son clavier inclinable et orientable à volonté ainsi que son clavier portable, est moins inhabituelle que celle du "joyeux-drille" Myung. Etant dans la perspective des deux musiciens, j'ai pu mesurer les contrastes de leurs attitudes ! Alors que l'exubérant claviériste ne manque pas une occasion de se dévisser de son piédestal, le bassiste demeure très concentré, "habité" par sa partition. Il reste dans un cercle imaginaire assez restreint, dont il ne sort que très rarement. Il se permit toutefois (ô étonnement) de basculer, à quelques reprises, son vénérable corps dans un geste périlleux allant de l'arrière vers l'avant avec une audace que nous ne lui connaissions pas. Je me moque de son humilité, de son austérité, je ne suis pas gentil, je le confesse. Qui aime bien châtie bien, dit-on ; j'admire pourtant beaucoup l'abnégation de Myung qui tricote sans cesse ses partitions dont l'ombre de celles de Petrucci. A l'excès diront certains, car avec une telle dextérité on l'écouterait volontiers s'exprimer davantage que durant les trop rares soli qui lui sont concédés …
Bien entendu au-delà des observations futiles portant sur l'attitude des musiciens, j'ai surtout pu confirmer toute la virtuosité de chacun de ces artistes. Les quelques limites vocales de LaBrie ne me paraissent pas de nature à nuire notablement à l'ensemble, d'autant moins qu'elles furent beaucoup moins pénalisante durant l'acte II. Fait notable, les chœurs étaient autrefois assurés par Mike Portnoy et par John Petrucci ; désormais ce dernier les assure seul. L'apport harmonique de Rudess est indéniable, il apporte un soutien appréciable à la rythmique de Myung et Mangini pour accompagner les prouesses admirables de John Petrucci.
Ce dernier rappelle avec brio aux jaloux que la virtuosité n'a jamais été dans l'Histoire de la Musique, et ne sera jamais l'ennemie de l'Harmonie avec un ensemble, ni de l'ennemie de la Mélodie. Dans Dream Theater, le talent est mis au service de l'émotion, mais avec une telle dose qu'elle peut incommoder les oreilles les plus délicates. A l'instar des différentes audiences dans la musique classique, où certains sont plus enclin à écouter de la musique de chambre et d'autres sont plus enclin à s'émouvoir avec des orchestres symphoniques au service d'un ou plusieurs soliste(s), il faut savoir apprécier ce déluge de notes avec lesquelles le bienheureux auditeur peut s'envoler ! Le public présent ce soir l'aura bien compris puisque les ovations déjà fortes durant l'acte I, sont devenues phénoménales durant l'acte II.
L'acte I fut composé de six titres, dont quatre issus de "Distance Over Time" ; (un cinquième sera interprété au rappel). L'exerce traditionnel de l'auditeur de base (que je suis) consistant à déplorer l'absence de tel ou tel titre ou de tel album pourrait me faire errer dans les méandres insondables, alors je me déclare relativement satisfait. Honneur à l'opus le plus récent, logique. Le superbe opus "Black Clouds" est évoqué avec un titre, c'est déjà très bien !
Et puis, très honnêtement, je dois avouer que j'attendais principalement l'acte II. Manifestement, je ne n'étais pas le seul dans cet état d'esprit ! En effet, c'est de nouveau une monumentale bouffée d'émotions qui envahit l'auditoire à chaque titre. Une démonstration d'une telle qualité que j'en oublie l'absence du batteur d'origine (et ce n'est pas rien de l'avouer !). Il serait vain pour ma modeste plume de vouloir détailler la multitude des impressions ressenties, il suffit au curieux d'écouter le CD ou, mieux, de visionner le film du concert enregistré à New York le 21 avril 2001 ! A cet égard, je me permettrais juste de déplorer l'absence d'un chœur gospel, qui aurait encore ajouté (si cela fut encore possible) un degré d'enthousiasme.
Je me permets juste de souligner les moments qui m'ont paru culminer cette seconde partie de soirée ; "Home" qui m'a fait oublier mon arthrose cervicale et a même bien failli me briser la nuque et "The Spirit Carries On" avec un public particulièrement participatif, chantant les paroles, les lampes de portables contribuant à une atmosphère féérique. J'en ressens encore les frissons.
PROGRAMME
Acte 1:
Untethered Angel (Distance Over Time 2019)
A Nightmare to Remember (Black Clouds & Silver Linings, 2009)
Paralyzed (Distance Over Time 2019)
Barstool Warrior (Distance Over Time 2019)
In the Presence of Enemies, Part I (Systematic Chaos, 2007)
Pale Blue Dot (Distance Over Time 2019).
Acte 2 (Metropolis, Part 2 : Scenes From a Memory) (1999) :
Act I: Scene One: Regression
Act I: Scene Two: I. Overture 1928
Act I: Scene Two: II. Strange Déjà Vu
Act I: Scene Three: I. Through My Words
Act I: Scene Three: II. Fatal Tragedy
Act I: Scene Four: Beyond This Life
Act I: Scene Five: Through Her Eyes
Act II: Scene Six: Home
Act II: Scene Seven: I. The Dance of Eternity
Act II: Scene Seven: II. One Last Time
Act II: Scene Eight: The Spirit Carries On
Act II: Scene Nine: Finally Free.
Rappel :
At Wit's End (Distance Over Time 2019).
A l'échoppe je n'aurai cédé à aucune tentation ; j'aurais bien pris celui à l'image de SFAM mais il n'avait pas les dates au verso.
Premier concert d'un calendrier 2020 qui s'annonce déjà dense, celui-ci constitue à n'en point douter une soirée particulièrement mémorable ! Je plains sincèrement ceux qui ne parviennent pas s'émouvoir avec une telle musique … En tout état de cause, le public qui m'entoure pour sortir de l'auditorium est heureux (certains diront béat), et c'est bien ce que nous sommes venus chercher par ces temps tourmentés…


lundi 9 décembre 2019

MARILLION – Salle Pleyel (Paris 08) – 09/12/2019.


Ces cinq musiciens font partie de ceux que j'admire au-delà de leur discographie ; leur attitude, leur conception des rapports avec leur public font de Marillion un cas à part. Beaucoup d'autres artistes m'incitent à être vigilant sur leurs tournées, mais celles de Marillion constituent une priorité d'autant plus aisée à respecter qu'ils ne manquent jamais de rendre visite à notre pauvre France (je parle de culture musicale).
Le 10 décembre 2018 en me procurant les tickets je n'imaginais pas les complications à subir en matière de transports pour s'y rendre. Par bonheur, nous avions exceptionnellement opté pour des places assises (en carré or, une fois n'est pas coutume), et puisqu'il s'agit de la salle Pleyel, l'accès est facilité par la ligne de métro M1 désormais automatisé. Les planètes étaient ainsi alignées pour nous faire passer une excellente soirée. Y'avait plus qu'à…

Harry PANE [20h00-XXh00].
Il était déjà invité le dimanche 26 mars 2017 lors de la sixième convention Marillion à Port-Zeland. J'avais ainsi eu l'occasion d'assister à une prestation de ce musicien qui propose, seul sur scène, des titres plus ou moins captivants. A l'époque, Je concluais mon récit par un laconique "il ne nous laissera pas un souvenir impérissable".
Marillion s'obstine, Dieu sait pourquoi, à nous l'imposer… J'ai pourtant tenté de trouver une justification récente à cette nouvelle invitation ; en vain. D'ailleurs, parmi les cinq titres inscrits à son programme ce soir, dont trois avaient déjà interprétés en 2017 ! Mais bon, installons nous et patientons, ce sera toujours mieux qu'une mauvaise soupe radiophonique.
Dans cet écrin qu'est la salle Pleyel, sa seule guitare n'a pas eu de mal à être parfaitement perçue par l'auditoire. La sonorisation me parut même un peu puissante pour ce type de prestation, mais bon, il fallait bien occuper l'espace sonore et ce fut fait.
Pas de jeu de lumières particulier et pas de fond de scène, l'artiste s'exprime dans la sobriété.
Que dire de ce brave garçon ? En fait, ce qu'il joue n'est pas mauvais, c'est juste banal. Je me demandais si je lui aurais glissé la pièce en passant devant lui dans un couloir du métro. Ben non, même pas. Je pense que j'aurais juste passé mon chemin… C'est triste mais vrai.
Cinq titres dont "Big Love", une reprise de Fleetwood Mac. Personnellement, j'ai particulièrement apprécié le dernier titre "Mamma", non pas parce qu'il précéda son départ mais parce qu'enfin la musique bluesy me parla davantage.
PROGRAMME
Hiding Place
Big Love (reprise de Fleetwood Mac déjà jouée en 2017)
Fletcher Bay (déjà joué en 2017)
Beautiful Life
Mamma (déjà joué en 2017)
Une soirée comme celle-ci aurait mérité une autre introduction, mais le public de Marillion reste toujours aussi bienveillant, et applaudit poliment l'artiste. On dit "jamais deux sans trois !"? bof…

MARILLION [21h00-23h00]
A la terrasse du café jouxtant la salle Pleyel, alors que nous discutions autour d'une savoureuse Grimbergen avec un autre consommateur, nous nous aperçûmes de nouveau à quel point Marillion était hélas trop méconnu. En communiquant au sein de notre microcosme, on aurait trop tendance à oublier ce fait consternant. Les noms de Steve Rothery (guitares, depuis 1979), Pete Trewavas (basse, depuis 1981), Mark Kelly (claviers, depuis 1981), Ian Mosley (batterie, depuis 1984) et Steve Hogarth (chant, depuis 1988) sont autant d'inconnus pour ce que nos chers médias appellent "le grand public". Pourtant, alors que je ne les vois ce soir que pour la quatorzième fois, les admirateurs les plus fidèles les suivent maintenant depuis près de quarante années…
Lors de la sixième convention Marillion de Port-Zeland, un quatuor composé uniquement de cordes avait déjà enthousiasmé le public. Il s'agit d'un ensemble bruxellois appelé "IN PRAISE OF FOLLY STRING QUARTET", il est (à ce jour) composé de trois violonistes Margaret Hermant, Maia Frankowski, Nicole Miller, et d'une violoncelliste Annemie Osborne. Six mois plus tard, le 7 octobre 2017, à l'occasion du concert au Zénith, nous découvrions le quatuor complété par le corniste Sam Morris et la flûtiste Emma Halnan. C'est cette formation que nous retrouvons aujourd'hui.
Car cette expérience s'est révélée assez séduisante pour justifier une adaptation orchestrale de quelques titres qui ont été regroupés dans un album en studio. C'est ainsi qu'est paru "With Friends From The Orchestra", le 29 novembre 2019. Il aurait été regrettable de ne pas décliner une telle initiative par une tournée adéquate. Les moyens matériels et humains ont manifestement été réunis pour huit dates européennes dont deux en France, ce qui représente une proportion inhabituelle, preuve de la reconnaissance de MARILLION pour son fidèle public français !
Dans ce somptueux et véritable auditorium, il était impératif que l'ingénieur du son se montre à la hauteur des circonstances ; or, de mon point d'écoute, la sonorisation m'a semblé tout simplement parfaite. D'une amplitude confortable, pour profiter de tous les pupitres, en particulier celui de Steve Rothery dont la guitare à émis ses merveilles habituelles. D'une limpidité cruelle, dénonçant parfois quelques légères imperfections vocales de H. Un auditoire d'environ 2500 mélomanes aura ainsi pu s'émouvoir durant deux heures.
L'éclairage est lumineux et coloré mais pas extravagant, on peut comprendre que le budget visait d'autres priorités. Le fond de scène est occupé par un écran sur lequel sont diffusées les illustrations (films ou images fixes) des chansons.
Etonnement, cette fois Steve Rothery est revenu se placer à la droite de la scène (vu du public), au-dessous donc de Marc Kelly. La section rythmique est ainsi regroupée sur la gauche, avec Pete qui est surplombé par la batterie de Ian Mosley. Quant à H, il occupe toujours le centre (quand il n'est pas parti fanfaronner à un autre bout de la scène).
Globalement la prestation des cinq membres fut à la hauteur, même si Steve Hogarth nous a semblé un peu éméché ; sans doute trop content de revenir à Paris, qu'il semble affectionner particulièrement. Personnellement, je ne l'aurais pas trop remarqué (j'aime voir les gens gais) sans ses quelques échanges confus avec les musiciennes ou avec le public … Mais c'est un pro ; cet état ne l'a pas empêché de réciter ses textes sans lacune aucune, et avec son éloquence habituelle. Comme évoqué ci-haut, sa voix ne m'a pas toujours paru aussi calibrée qu'espéré, mais cela n'a pas été rédhibitoire puisqu'il s'est permis de rechanter le redoutable "the Space" qui nécessite une tessiture impressionnante.
Pour le reste du groupe rien à redire. Steve R exprime avec sa guitare une sensibilité gilmourienne toujours émouvante. Pete T est toujours aussi expressif, efficace dans ses accords de basse, et généreux aux chœurs pour soutenir H. Ian M exprime toujours avec finesse une frappe chaloupée et délicate qui trahit ses influences musicales. Enfin, Marc K qui est parvenu astucieusement à adapter son pupitre à la concurrence des cordes, en se concentrant davantage sur les sons de piano.
Quant au sextet, il s'est montré impliqué et expressif. Un état d'esprit qui logiquement transparaît dans leur interprétation. Manifestement, la musique de Marillion ne les indiffère pas ; conscients de leur privilège, ils partagent le même plaisir que nous ! Etant personnellement attaché aux sons cuivrés, j'ai vibré aux éclats sonores du cor d'harmonie et tout particulièrement durant "Seasons End" au moment du contre-chant en réponse au solo de guitare (aux alentours de 3'40").
Onze titres, issus de huit des dix-huit opus parus de 1989 à 2016, durant l'ère Hogarth, sont ainsi réadaptés avec une orchestration.
Sur l'album, neuf titres ont été révisés. Etonnamment, ce soir seuls quatre titres en sont extraits et répartis dans le programme ("Estonia", "Fantastic Place", "The Sky Above The Rain", "Seasons End") ; il est vrai que ce sont les quatre titres qui me semblent le mieux ressortir de l'ensemble… De fait, conformément à mon impression de salon, même sur scène l'orchestre apporte indéniablement une profondeur à ces chansons. (note a posteriori : le lendemain à Lyon, "the Strange Engine" et "Hollow Man" seront interprétés à la place de "the Space", ce qui du coup a rallongé le concert d'une demi-heure…)
Pour compléter le programme, sept autres titres ont été choisis pour être étoffés avec les sonorités du sextet. "Gaza" ne figurant pas sur l'album, je ne m'attendais pas à l'entendre ce soir, a fortiori en introduction du concert. "The New King" (en quatre acte) est magnifié tout comme "the Great Escape" qui conclut superbement la liste, avant la phase de rappel(s) attendue.
Après s'être fait désiré comme il se doit durant quelques instants, le rappel débute par "Afraid of Sunlight" suivi de l'énergique "Separated Out" durant lequel un clin d'œil à Kashmir de Led Zeppelin est joué debout par le sextet survolté. Mais, le public ne se doute pas encore que le septième ciel les attend pour un second rappel d'anthologie, un événement unique (au moins pour cette tournée) …
"The Space" est toujours de nature à faire frémir ma colonne vertébrale et à faire hérisser mes poils ; ce titre a d'ailleurs déjà été interprété dans cette configuration au concert du Zénith 2017. Mais cette fois ces sensations furent encore décuplées (si cela fut encore possible !). Pour expliquer la situation, il faut faire un p'tit retour en arrière ; lors de son récital parisien (Eglise Saint-Eustache) le 13 décembre 2018, H fut accompagné d'un chœur dont la qualité de la prestation avait permis d’accroître les émotions. Cette fois-ci, Gil Pinatel, par ailleurs grand admirateur du groupe Marillion et arrangeur, a suggéré et obtenu d'inviter le Chœur de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, ensemble vocal habituellement dirigé par Guilhem Terrail. Le concept orchestral de cette tournée offrait l'occasion d'accomplir son vœu. Il a donc écrit les arrangements pour chœurs et tout organisé afin de faire vivre un intense moment d'émotions à ses complices et à l'ensemble des participants. C'est ainsi qu'à la surprise générale, le public ébahi aperçut un chœur s'installer en fond de scène, durant la seconde partie de cette chanson déjà forte en intensité émotionnelle. Leur intervention ne pouvait que faire resplendir ce joyau, vibrer les tympans, éblouir les yeux bref, exploser les neurones sensitifs. Terrassés de bonheur, le public ne put faire autrement que de se lever et hurler à tout rompre (cordes vocales comprises). Sûrs de leur coup, les cinq salopards avaient sur leur visage les mêmes traits de satisfaction que lors du lever de rideau pour la troisième journée de la convention 2017 (où l'orchestre était vêtu luxueusement de tenues baroques).
Cette valeureuse chorale ne pouvait pas partir sans s'exprimer sur un second titre ; "Man with a thousand Faces" fut ainsi transcendé augmentant encore le plaisir d'un auditoire exultant et reconnaissant.
Le public est proche de la stupeur lorsque les lumières se rallument ; un concert dont nous nous souviendrons longtemps. Les frissons ont très souvent parcourus mon dos et mes bras ; les concerts de MARILLION sont habituellement chargés en émotions bien sûr mais là, dans un tel écrin ce fut absolument fantastique. Pour paraphraser un de leur titre ce soir : "A Fantastic Place" … J'imagine que ceux qui ont assisté à l'un de leur concert au Royal Albert Hall ont dû vivre des sensations similaires, oui mais cette fois c'était chez nous !
(ph. Samuel Couteau)
PROGRAMME
Gaza (Sounds That Can’t Be Made, 2012)
Seasons End (Seasons End, 1989)
Estonia (This Strange Engine, 1997)
Fantastic Place (Marbles, 2004)
The New Kings: I. Fuck Everyone and Run (Fuck Everyone and Run, 2016)
The New Kings: II. Russia's Locked Doors
The New Kings: III. A Scary Sky
The New Kings: IV. Why Is Nothing Ever True?
The Sky Above the Rain (Sounds That Can’t Be Made, 2012)
The Great Escape (Brave, 1994).
RAPPEL :
Afraid of Sunlight (Afraid of Sunlight, 1995)
Separated Out (comprenant un court extrait de "Kashmir" de Led Zeppelin) (Anoraknophobia, 2001).
RAPPEL 2 :
The Space (avec choeur) (Seasons End, 1989)
Man of a Thousand Faces (avec choeur) (This Strange Engine, 1997).
(ph. Samuel Couteau)

mardi 12 novembre 2019

LEPROUS Le Cabaret Sauvage le 12 novembre 2019.

Alors que je rédige ce petit relevé d'impressions, au lendemain de cette soirée dantesque, je suis encore sous le choc émotionnel avec le sentiment d'avoir assisté à un concert tout simplement exceptionnel et inoubliable.
Lorsque ce concert a été annoncé officiellement en mai 2019, je disposais d'un double motif d'engagement.
1°) Revoir un concert de LEPROUS me semble a priori un objectif quasi inévitable compte tenu de leur discographie qui est pour moi une source ininterrompue de plaisirs auditifs, mais aussi compte tenu de la haute qualité de tous les concerts auxquels j'avais déjà assisté.
2°) Mais tout bijou mérite son écrin ; retourner au Cabaret Sauvage entretient une motivation supplémentaire pour mon déplacement. Je n'y avais pas remis les pieds depuis 2014 ; c'était à l'occasion du concert de Guillaume Perret et son Electric Epic. C'est un très joli petit auditorium, situé en bord du Canal de l'Ourcq, qui affiche une capacité de 1 200 personnes. Cet espace douillet me fait davantage penser à un petit cirque car il offre la particularité d'être conçu selon un format à 360°. Dans sa configuration concert, une piste centrale accueille la fosse. Elle est entourée d'un cercle compartimenté et feutré pour accueillir des spectateurs, et entrecoupé d'un segment pour la scène. Cette particularité permet à une partie du public d'assister au concert depuis les côtés de la scène. Je m'étonne et déplore que sa programmation particulièrement hétéroclite soit trop rarement à mon goût pour y venir plus souvent. Mais outre la bonne visibilité, c'est surtout l'excellente acoustique qui en fait un véritable auditorium.
PORT NOIR [19h30-20h]
Port Noir est un groupe suédois de rock alternatif qui a commencé en 2011. Leur premier album, "Puls", est sorti à l'automne 2013. Il est actuellement composé de Love Andersson (basse, chant), Andreas Hollstrand (boite à sons, guitare) et Andreas Wiberg (batterie).
Leur nouvel album, "The New Routine" est paru le 10 mai 2019.
La sonorisation fut correcte, audible et équilibrée laissant entendre notamment les sonorités électroniques crées par Andreas Hollstrand sur son bidouilleur de sons sur pied.
Logiquement réduit vu le statut d'invité, l'éclairage fut toutefois plutôt clair et sans fumée. Pas de fond de scène mais, afin de s'identifier ostensiblement, deux bloc monolithiques noirs installés de chaque côté de la batterie montrait respectivement les mots "Port" et "Noir". Voilà qui a le mérite d'être clair !
Habituellement, je suis enclin à aimer les trios, car ils ont tendance à exprimer avec une guitare, une basse et une batterie, un rock épuré de toute fioriture inutile. Sur le papier, un trio avec un bassiste chanteur, cela aurait pu m'évoquer Mötorhead, mais ici on est bien loin du rock'n'roll pur et dur, plus proche du rock électro. D'ailleurs, la guitare de Hollstrand est juste un accessoire, peu mise en valeur, le plus souvent en bandoulière dans le dos. Le chant est juste, mais sans tessiture ni relief particulier. Les rythmes sont chaloupés et souvent entraînant, mais peu de mélodie susceptible de m’entraîner vers la satisfaction.

Heureusement pour ces scandinaves, une part du public semble apprécier plus que moi et leur accorde une ovation sans doute méritée dans leur genre…
Durant une demi-heure, ils ont pu chanter six titres.
PROGRAMME :
Young Bloods (The New Routine)
Flawless (The New Routine)
Blow (The New Routine)
Champagne (The New Routine)
Old Fashioned (The New Routine)
13 (The New Routine).

THE OCEAN [20h10-20h45]
Ce quintet allemand est supposé proposer au fil de ses créations du post-metal ou/et du metal progressif (personnellement je cherche encore l'aspect progeux...) Le groupe trouve ses origines à Berlin en 2001 sous l'impulsion du guitariste Robin Staps. Mais THE OCEAN se stabilise à partir de 2009. C'est ainsi qu'actuellement, autour de Robin Staps (guitare, depuis 2001) nous découvrons le français Loïc Rossetti (chant-ou plutôt hurlement-, depuis 2009), Damian Murdoch (guitare, depuis 2013), Paul Seidel (batterie, depuis 2013), Chris Breuer (basse, depuis 2013, membre de tournée et apparition sur l'album "Pelagial"). Il semblerait que le titulaire du pupitre de basse depuis 2008, Louis Jucker ait mis son activité en suspens pour suivre ses études…
Leur septième album, "Phanerozoic I: Palaeozoic" est paru le 2 novembre 2018. Il semble que ce soit le premier volet d'un diptyque dont la deuxième partie serait prévue pour 2020. J'ai déjà eu l'occasion d'assister à un de leurs concerts car, lors de leur tournée "Precambrian", ils furent invités par Opeth pour ouvrir leur soirée à l'Elysée Montmartre, le 27 novembre 2008. Je n'en avais conservé qu'un souvenir bruyant et désagréable.
L'ingénieur du son a su tirer profit de l'excellente acoustique de cet espace en produisant un son un peu trop puissant mais équilibré et audible.
Pas de fond de scène dans cet espace restreint. Quant à l'éclairage, il est logiquement minimaliste vu le statut d'invité, et plutôt sombre favorisant les couleurs vertes enveloppées de vapeurs épaisses. Un Mandrilloptère aurait sans doute été nécessaire pour distinguer autre chose que des ombres sur la scène, mais je suppose que l'effet était recherché…


 
Leur musique très metal aurait pu me paraître attractive s'il n'y avait pas ces hurlements du vociféraptor de service. Du coup, globalement THE OCEAN me parait toujours aussi répulsif, onze années après. Quant à leurs textes anglais, notoirement antithéistes, ils ne me touchent guère.
Une bonne part du public leur a accordé son soutien. Ils ont recueillis une belle ovation finale. On est content pour eux. Moi, je suis soulagé de passer à autre chose…
Durant une grosse demi-heure, six titres ont été interprétés.
PROGRAMME :
Permian: The Great Dying (Phanerozoic I: Palaeozoic)
Mesopelagic: Into the Uncanny (Pelagial)
Silurian: Age of Sea Scorpions (Phanerozoic I: Palaeozoic)
Bathyalpelagic II: The Wish in Dreams (Pelagial)
Devonian: Nascent (Phanerozoic I: Palaeozoic)
Firmament (Heliocentric).

LEPROUS [21h45-23h10]
Ce groupe norvégiens a été fondé en 2001 par le chanteur et claviériste Einar Solberg et le guitariste Tor Oddmund Suhrke.
Après quelques tâtonnements et changements, Einar Solberg (chant, claviers, depuis 2001) et Tor Oddmund Suhrke (guitares, chœur, depuis 2001), ont finalement été rejoints par Baard Kolstad (batterie, depuis 2014), Simen Børven (basse, chœur, claviers occasionnel, depuis 2015) et Robin Ognedal (guitares, chœur, depuis 2017).
Cette tournée, débutée avec l'arrivée de l'automne, se cadre dans la promotion de leur sixième album "Pitfalls" paru le 25 Octobre 2019. Déjà avec l'opus "Melina" paru en 2017, on pressentait un virage vers un horizon moins agressif, plus éthéré. Les soli de guitares, leurs accords agressifs et les grognements ayant disparu. En effet, après la parution du dvd "Live at Rockefeller Music Hall"  (2016), il est probable qu'Einar aura voulu tourner une page. Au désarroi de certains admirateurs des débuts, ce "Pitfalls" confirme et accentue magnifiquement cette orientation. Ce splendide opus transpire l'état psychologique difficile et finalement salvateur que vient de traverser Einar. Il restait à vérifier la transposition de cette création sur les scènes de la tournée…
Avant de me rendre au concert de THERION ce 3 novembre 2010, à l'Elysée Montmartre, j'avais été prévenu d'une probable transmission d'un virus imparable durant la première partie de soirée. LEPROUS était à cette époque en tournée pour promouvoir "Tall Poppy Syndrome". A l'écoute de leur musique à la fois très énergique et mélodique, et de la voix incroyable d'Einar, la contagion fut en effet inévitable. Je ne pouvais que subir l'évolution de la fièvre en attendant fébrilement les parutions successives d'opus-remèdes pour calmer les accès. A l'occasion des tournées que s'en suivirent, j'ai eu ainsi la chance d'assister aux concerts du 20 octobre 2012 au Divan du Monde (tournée Bilateral), du 11 juillet 2015 au Poble Espagnol/BeProg My Friend (tournée The Congregation), du 05 octobre 2015 au Divan du Monde (tournée The Congregation), du 01 juillet 2017 au Poble Espagnol/BeProg My Friend (tournée Malina), et enfin du 15 septembre 2019 au Raismefest (tournée Pitfalls). Ce soir c'est donc la septième fois que j'ai le plaisir d'assister à un de leurs concerts.
Au fil des années, leur metal-progressif aux mélodies irrésistibles emportées par une puissance colossale s'est mué en rock de plus en plus éthéré, mélancolique mais paradoxalement toujours aussi puissant, atypique et toujours surprenant.
Je sais à quoi m'attendre musicalement ce soir, puisqu'il y a deux mois, je faisais partie des metallos du Raismesfest qui avaient la lourde tâche de soutenir ces valeureux vikings, parmi un public majoritairement sceptique. Mais j'ai hâte de communier avec le public de LEPROUS a priori plus réceptif. Je m'incruste dans les premiers rangs, histoire de capter l'émotion au plus près.
S'agissant de la sonorisation, il est rare de bénéficier d'un tel faisceau d'opportunités : le plus souvent soit l'acoustique de la salle est mauvaise, soit l'ingénieur du son est plus ou moins incompétent, ou/et désinvolte. Cette fois, tout est parfait, et ce du début à la fin du concert ! Il ne me fut même pas nécessaire de garder mes protections auditives, ce qui a encore accru la finesse de ma perception de tous les sons. Dès les premières notes la pureté sonore a permis aux auditeurs de percevoir toute la sensibilité, tout le talent exprimé par les artistes, et Dieu sait qu'ils en ont !
Alors que l'éclairage m'avait semblé sombre et lugubre au Raismesfest, cette fois il m'a paru plus lumineux offrant davantage de visibilité aux auditeurs et aux chasseurs d'images. Les couleurs rouges et bleues sont toujours favorites, mais les projecteurs blancs me paraissent plus présents qu'auparavant, c'est en tous cas mon ressenti de photographe amateurs. En fond de scène, malgré l'exiguïté du lieu on distingue l'image de la couverture du dernier album.
La scène est étroite, et pourtant non seulement LEPROUS est parvenu à caser un espace pour chacun des cinq membres du groupe (pourtant très expansifs et agités !), et un espace pour un clavier occasionnel en plus du clavier central, mais de surcroît ils accueillent à leurs côtés Raphael Weinroth-Brown, un violoncelliste canadien déjà connu pour avoir collaboré avec Steven Wilson et Mikael Åkerfeldt. Ce virtuose se révèle aussi expressif sur scène que pouvaient le laisser imaginer ses vidéos.
Dans ce contexte, cette soirée ne pouvait être que grandiose. Einar, d'une main de maître est parvenu à adapter parfaitement ses chansons à la fois somptueuses et complexes pour la scène et à les faire apprécier de son public. Voilà un artiste qui prend des risques et les assume. Cela passe ou cela casse, mais en l'occurrence, LEPROUS parvient à obliger son auditoire à adapter son logiciel d'écoute pour le suivre dans des aventures qui débordent largement du metal et même du rock progressif. Il nous emmène aux confins d'une pop expérimentale.
Les conditions idéales d'écoute, et ma proximité avec les artistes m'ont permis de déceler moult subtilités que je n'avais pas encore eu le temps de capter sur l'album. Je souligne bien évidement la performance vocale de Einar qui, sur des titres comme "Below", ou "Alleviate" entre autres, montre le même timbre à la fois délicat et puissant, la même tessiture étourdissante qu'en studio. Il chante avec une telle facilité apparente que rien sur son visage ne montre d'autre marque que celle de sa conviction. Je souligne aussi en particulier la présence quasi permanente du violoncelliste, dont les accords en contre-chant subliment densément les mélodies. Je souligne encore l'abnégation des guitaristes (tous pupitres) qui font un travail remarquable techniquement sans pour autant démontrer de soli saillant. Ils contribuent ainsi à l'expression d'une musique fouillée mais pas fouillis, chacun à sa place mais tous ensemble. Je souligne de surcroît les talents de multi-instrumentistes qui alternent leur pupitre avec un clavier ou avec un micro pour les chœurs. D'ailleurs j'en profite pour ajouter une autre qualité à cette prestation, à part quelques rares séquences négligeables, tout était interprété par les musiciens : pas de bandes-son ! Les deux claviers et le violoncelle ont remplis à merveille les fonctions de jonctions harmoniques et d'ambiance. Que du bonheur je vous dis !
Le public ne pouvait que chavirer de bonheur. L'auditoire était certes conquis d'avance mais beaucoup comme moi ont eu le sentiment ce soir d'avoir assisté à un concert d'une rare perfection.
Durant près de deux heures et demie, nous aurons eu droit à quatorze titres, dont sept (des dix) titres extraits de Pitfalls. Je me permets de déplorer l'absence de "Golden Prayers", très beau titre paru en monoplage (mot québécois que je préfère à "single") le 1er juin 2018, et qui avait pourtant été chanté au Raismesfest … Mais par ailleurs l'ensemble du programme fut un pur régal ; de surcroit il m'a permis de redécouvrir  "Distant Bells" qui figure désormais dans mes favoris !
PROGRAMME :
Below (Pitfalls, 2019)
I Lose Hope (Pitfalls, 2019)
Illuminate (Malina, 2017)
Foe (Coal, 2013)
From the Flame (Malina, 2017)
Observe the Train (Pitfalls, 2019)
Alleviate (Pitfalls, 2019)
At the Bottom (Pitfalls, 2019)
The Cloak (Coal, 2013)
The Price (The Congregation, 2015)
Third Law (The Congregation, 2015)
Salt (Coal, 2013)
Distant Bells (Pitfalls, 2019).
RAPPEL
The Sky Is Red. (Pitfalls, 2019).