Les deux concerts auxquels nous avions assisté, nous
avaient subjugués. Un goût persistant de "reviens-y" maintenait notre
soif de les revoir au plus vite.
Heureusement, le dévouement de l'association Arpégia, a incité AMAROK à inclure une
étape Chez Paulette dans sa tournée automnale.
Hélas, on déplore encore une fois la faible affluence,
surtout pour un samedi. Surtout pour une unique date en France de ces polonais,
qui mériteraient une bien plus forte notoriété (tout au plusune centaine de
mélomanes éclairés ont fait le déplacement, il en eut fallu le double pour la
rentabilité de l'opération). Quelques bienheureux demeurent dans les
environs, mais le site est, pour beaucoup d'entre nous, trop éloigné. En ce qui
nous concerne, nous avons parcouru trois heures quarante sous une
pluie constante durant les 290 km par la N4, bravant pas moins de vingt-un radars, très souvent vicieux.
Mais l'effort en valait la peine. Notre démarche est à la fois passionnée,
militante et affective. Car si la musique d'AMAROK est addictive, ses musiciens
n'en sont pas moins humainement attachants. De surcroit, c'était une belle
occasion de soutenir l'Organisation et de retrouver une bonne part des plus
valeureux de notre microcosme. Et puis on pourra toujours nous opposer que le
trajet des Polonais était bien supérieur au nôtre.
Au final, cela nous aura permis de saisir sans
difficulté une belle place au premier rang juste en face du pupitre de Marta.
PLUS 33 [20:30-21:20] https://plus33.bandcamp.com/album/i-want
La redoutable fonction de chauffer la salle incombe au
groupe strasbourgeois, mené par le claviériste Didier Grillot. Le quintuor rassemble sur cette scèneCoralie Vuillemin
(claviers, chœur), Didier Strub (batterie),
Stéphane Bonacci (basse, ex-Cock
Robin) et Philippe Rau (guitare).
Leur album "Open
Window" est paru le 21 juin
2020. Un autre album "I Want"
est paru ce 17 novembre 2023. Ce
soir, nous avons pu entendre notamment "To Have", "To Be".
La sonorisation m'a semblé correcte même si notre emplacement
nous imposait fatalement le son de la grosse caisse. Il n'y a guère que le pupitre
de la guitare qui m'a semblé difficilement perceptible. Mais de mauvaises
langues m'ont dit que je n'avais rien perdu…
Leur musique essentiellement instrumentale, ponctuée
de quelques interventions vocales cristallines, exprimées par Coralie
(notamment sur "To Be"), cherche
un équilibre entre des atmosphères rock ou jazzy.
Personnellement, j'ai bien perçu quelques séquences
intéressantes, surtout de la part de Didier Grillot. Mais, l'ensemble ne m'a
pas semblé suffisamment harmonieux et cohérent pour emporter vraiment mon
enthousiasme. Peut-être le symptôme d'un manque d'expérience scénique ? Le
public progueux légendairement poli leur accorde volontiers des
applaudissements. Nonobstant, après échanges d'impressions, quelques errances
ont pu laisser perplexes quelques-uns d'entre nous.
Même si je n'ai donc pas adhéré pleinement, je pense
que cette formation mérite d'être écoutée…D'ailleurs, ce que j'écoute a
posteriori sur leur site "bandcamp"
me séduit bien davantage !
Ce concept dit "art-rock" a été fondé en 1999 par le guitariste,
multi-instrumentiste et chanteur Michał Wojtas
et le guitariste Bartosz Jackowski, mais le premier album éponyme paraitra
en 2001.
A l'occasion de la parution du quatrième album, "Hunt", le 23 juin 2017, les conversations sur le forum Chemical
Harvest avait attiré mon attention, et j'ai été immédiatement séduit. Il faut
savoir que cet opus marquait la sortie d'une pause de douze années (2005-17) durant
lesquelles Michał Wojtas avait perdu ses repères. Cette réussite fut acquise
notamment grâce au soutien de sa femme Marta
Wojtas, qui a écrit les paroles, et qui a également rejoint la composition
du groupe de façon permanente. Grâce aussi à la participation d'invités
spéciaux Colin Bass (CAMEL) et Mariusz Duda (RIVERSIDE).
Le sixième
album d'AMAROK, "Hero", est
paru le 15 octobre 2021. C'est dans
le cadre de sa promotion que nous avons enfin pu voir le groupe une première
fois, le lundi 22 aout 2022, lors du
festival Crescendo de Saint-Palais-sur Mer (17). Puis une deuxième fois, lejeudi 19 janvier 2023, au Spirit of 66 de Verviers (Belgique). Ils reviennent dans
le cadre d'une tournée d'une quinzaine de dates. Elle a débuté par un premier
volet de quelques concerts en Pologne, puis ponctuée par une prestation au
festival Crescendo en Guyane, avant de revenir pour quatre prestations en
Allemagne et deux aux Pays-Bas… Estimons-nous heureux de les choper ainsi au
passage !
LE
CONCERT [22:00-23:20].
Nous retrouvons ce soir le quatuor polonais toujours
composé de Michał Wojtas (guitares,
harmonium, claviers, thérémine), Marta Wojtas
(chœur, percussions), Kornel Popławski
(basse, claviers, violon), et Konrad Zieliński
(batterie, depuis 2021).
La sonorisation m'a paru souvent mal équilibrée, ce
qui peut être préjudiciable pour une musique aux harmonies si subtiles. Hélas,
la guitare de Michał et la voix de Marta furent parfois difficilement
perceptibles. En ce qui me concerne, rien de grave car mon oreille se chargeait
de remplacer le son défaillant.Mais j'imagine
que cet écueil n'était pas de nature à séduire le non-initié. Cela dit, il faut
reconnaitre que notre obstination à occuper les premiers rangs aboutit assez
fatalement à nous prendre la batterie de plein fouet (cela m'a rappelé le bienfait d'entourer la batterie d'un isolant
phonique, comme le fait Marillion). Heureusement, cela semble ne pas avoir
altéré le plaisir de l'auditoire, dont les ovations n'ont jamais faibli !
La similitude du programme de ce soir avec celui de
janvier dernier m'autorise à reprendre quelques termes de mon récit précédent. Cette
succession d'atmosphères, tantôt subtiles et éthérées, tantôt dansantes, nous a
entrainés irrésistiblement vers les méandres mélancoliques du Créateur. Michał et Kornel sont de remarquables multi-instrumentistes qui maitrisent
toutes les harmonies avec virtuosité. Pas de bande-son, seulement la pleine
exploitation de leurs instruments. Les deux musiciens échangent leur pupitre
avec aisance… Kornel, investi et
expressif, alterne les bidouillages sur son pupitre électro, avec ses accords
de basse mais aussi de violon sans omettre sa participation aux chœurs. Michał nous enivre aux sonorités de l'harmonium
indien, effleure avec délicatesse et expressivité le thérémine, soutient les
mélodies aux claviers, ou fait vibrer sa guitare avec sensibilité, sans oublier
bien sûr sa voix douce et mélancolique. Marta
est aussi une composante essentielle avec quelques interventions vocales mais
surtout son usage enthousiaste des éléments de percussions tel que son gong, son
bâton de pluie, son triangle, son djembé (et
pourtant ce dernier outil a habituellement le don de m'agacer ; mais pas là,
car Marta l'exploite avec subtilité)… Les frappes de Konrad, délicates ou fracassantes, accentuent les cadences requises
avec une grande efficience.
L'esprit de l'auditeur chancelle et voyage au gré de
lointaines évocations que l'oreille avisée peut assimiler à Dire Strait, Jean-Michel
Jarre, Mike Oldfield ou Camel. … Michał est parvenu à fusionner ses influences
musicales avec éclectisme et élégance. On se balance doucement, on médite sur
des airs tels que "The Orb",
ou encore "What You Sow" durant
lequel Marta exprime une élégante chorégraphie avec un ruban, histoire
d'accentuer encore l'impression onirique de l'instant. … D'autres morceaux tels
que "The Dark Parade" et "Hail ! Hail ! Al", nous invitent crescendo
dans un irrésistible maelström sur une rythmique tribale, avec laquel on
trépigne jusqu'à l'exaltation puis l'euphorie.
Les sourires des spectateurs se conjuguent avec ceux
des artistes qui sont manifestement heureux de partager cette soirée avec nous.
L'ovation finale perdure, les applaudissements sont réciproques ; le bonheur
est là.
A l'instar du concert du début d'année, Michał a
choisi d'interpréter presqu'uniquement des titres des trois derniers albums
parus. Parmi les quatorze titres, on
aura écouté l'intégrale (les sept) de
"Hero", cinq issus de "Hunt", un de "The Storm".
Pour terminer en beauté, un inédit, "Hope is", laisse présager de belles
émotions à venir avec le prochain album à paraitre l'année prochaine !
S'il manque des auditeurs, il manque aussi des
photographes… Michał fait appel à un volontaire pour immortaliser ce moment,
avant qu'il ne se dissipe dans la mémoire collective. Je regarde autour de moi,
personne ne se lance. Je me propose donc, et monte avec une certaine fébrilité
sur scène pour me positionner derrière la batterie. Je mesure le poids de ma
responsabilité pour bien cadrer l'objet, sans manquer l'essentiel. Bref, mon
cliché amateur semble avoir suffi à leur bonheur puisqu'il fut posté le soir
même sur leur mur Facebook ! ouf !
PROGRAMME
Anonymous (Hunt, 2017)
Distorted Soul
(Hunt, 2017)
Idyll (Hunt, 2017)
Winding Stairs
(Hunt, 2017)
Nuke (Hunt, 2017)
The Storm (The Storm, 2019)
It's Not the
End (Hero, 2021)
Surreal (Hero, 2021)
Hail! Hail! AI
(Hero, 2021)
The Orb (Hero, 2021)
Hero (Hero, 2021)
The Dark
Parade (Hero, 2021)
What You Sow (Hero, 2021).
RAPPEL :
Hope is (à
paraitre en 2024).
On retrouve le quatuor à l'échoppe pour les remercier.
Les portraits s'imposaient pour se souvenir de cette si belle soirée ! Michał semble
confiant sur son retour en France en 2024… On verra bien. D'ici là, nous serons
tout ouïe pour leur prestation lors de l'ultime Night of the Prog Festival, au
pied de la Loreley en juillet 2024 !
Dès le
lendemain matin de ce concert, nous apprenions une bien triste nouvelle.
Alors que nos
musiciens favoris disparaissent inexorablement, les uns après les autres, notre
microcosme de mélomanes passionnés n'imagine même pas que la Faucheuse puisse
également s'attaquer à nous...
Dans mon
précédent récit (PeB) j'évoquais le combat de Thierry de Haro contre ce redoutable prédateur, que nous connaissons
tous plus ou moins intimement. Mes doigts peinent à inscrire mon chagrin
d'avoir perdu un membre de notre chère communauté.
Repose en
paix, l'ami ; nous n'en sommes plus à une futilité près ; feignons d'être
convaincu que tu continueras d'assister avec nous aux concerts à venir, en plus
de ceux que pourraient accorder les artistes partis avant toi.
Quant à
nous, plus que jamais, la locution latine carpe
diem s'impose …
L'année 2023 aura été riche en émotions musicales.
MARILLION y avait déjà fortement contribué avec sa convention biennale de
Port-Zeland (Pays-Bas). Et pourtant, leur annonce d'une tournée intitulée
"A Tour before it's Christmas" ne pouvait qu'enthousiasmer
les admirateurs. Il est des plaisirs dont on ne se lasse pas… Leur étape
parisienne leur permet de revenir, plus de dix années après le vendredi 18
janvier 2013, au Trianon de Paris. Ma p'tite Fée, elle aussi enrôlée dans notre
communauté depuis 2013, nous avait procuré nos tickets d'entrée depuis le 9 aout
dernier. Depuis, de nombreuses autres émotions ont détourné notre attention,
mais ces derniers jours l'impatience grandit ! Le concert est annoncé complet, mon
fils a pu in extremis obtenir son ticket et beaucoup de nos amis viennent ; la
fête se présente bien !
Nous sommes toujours émerveillés par ce petit théâtre
parisien bâti en 1894, au 80 boulevard Rochechouart dans le 18ème arrondissement
de Paris, au pied de la butte Montmartre. Complètement restauré en 2009, et
rouvert au public en 2010, il est doté d'une capacité théorique de 1 091 spectateurs,
qui peuvent se répartir entre la fosse et les deux étages de balcons. Son
espace salon est particulièrement apprécié pour les après-concerts.
Avec ma p'tite Fée nous parvenons à nous placer à
proximité de la scène, face au pied de micro du chanteur.
Je suis ravi de retrouver ce duo, russe mais
anglophone, qui tente depuis 2010 d'emmener son auditeur dans ses volutes
harmoniques de ce que certains osent nommer "prog de chambre". Leur musique douce, voire éthérée, m'a
séduit une première fois le vendredi 1er juillet 2016, lors du Be Prog, My Friend Festival à Barcelone.
Les deux fois suivantes (Convention
Marillion de 2017) m'ont confirmé leur talent, impressionné par les accords
virevoltant du pianiste virtuose Gleb Kolyadin,
mais aussi par la voix fluette et enivrante de la chanteuse Marjana Semkina.
Un quatrième album "The Bell" est paru le 2 août 2019. Bien que sincèrement séduit
par leurs concerts, je n'ai acheté aucun de leurs quatre albums, excepté celui
en solo de son clavier, paru le 1er septembre 2018 et que j'écoute
occasionnellement avec plaisir.
Le décor pour le duo est sobre ; à gauche pour le
public, le piano électrique de Gleb Kolyadin fait face à Marjana Semkina dont
le pied de micro est garni de torsades de feuilles de fougères et de fleurs.
Toute la superficie du fond de scène montre une illustration évocatrice du
groupe ; un piano enveloppé de vagues sous une voute étoilée. La sonorisation
fut parfaitement équilibrée pour percevoir le frêle timbre de la chanteuse
accompagné des sonorités classiques du piano.
Comme pour rassurer son auditoire et coller à
l'actualité, Marjana ponctue la fin du premier titre par un message visant à
préciser que leur identité russe ne les assimile pas à leur gouvernement. Je ne
suis pas sûr d'avoir tout compris, mais il semble qu'elle soit soulagée de
demeurer en Angleterre ce qui leur évite la prison (sous réserve de ma traduction).
Je retrouve avec bonheur mes sensations antérieures en
assistant à leur prestation. Certes, l'attitude très juvénile de Marjana peut
agacer les plus endurcis. Mais c'est son personnage, et elle joue cette carte à
fond avec conviction et légèreté. Pieds nus, et drapée de noir, elle confesse
elle-même abuser de sujets morbides. Mais cet aspect gothique n'est pas pour me
déplaire. Toutefois, pour le seul titre un peu plus guilleret du répertoire, elle
parvient avec charisme à se faire accompagner du public, qui est invité à
battre des mains à son rythme. Et puis, elle n'est pas laide ce qui ne gâche
rien. Cependant, comme d'habitude en ce qui me concerne, c'est le pupitre de
Gleb qui me sidère toujours autant. Modeste, il laisse Marjana s'exprimer et
pourtant son seul talent pourrait me suffire.
Le public leur accorde de belles ovations admiratives,
sans excès mais suffisamment sincères pour satisfaire le couple qui quitte la
scène avec le sourire.
Les disciples de MARILLION contribuent tout
particulièrement aux ambiances réussies de leurs concerts. Ce soir encore
personne ne ressort insensible de cette messe émouvante en tous points.
Il convient de préciser que les fidèles se trouvent autant
sur la scène que dans son auditoire. MARILLION, qui a débuté à Aylesbury,
Royaume-Uni, brille en effet par sa stabilité ; Steve Rothery (guitares depuis 1979),
Pete Trewavas (basse, depuis 1981),
Mark Kelly (claviers, depuis 1981),
Ian Mosley (batterie, depuis 1984)
et Steve Hogarth (chant, depuis 1989).
Notons que le percussionniste Luis Jardim
semble s'installer durablement au sein du groupe sur scène. Quant aux
auditeurs, il suffit de les entendre chanter les paroles pour comprendre leur
ardeur à suivre ce groupe britannique si attachant.
Leur vingtième album "An Hour Before It's Dark" est paru le 4 mars 2022 ; il avait déjà justifié une tournée l'an dernier, dont
un concert au Zénith le dimanche 23 octobre 2022.
Comme pour leur concert du samedi 10 décembre 2016 à
l'Elysée Montmartre, celui-ci débute par la diffusion sur l'écran du visage
tourmenté de Steve H, prélude à l'interprétation de "The Invisible Man". L'enchainement avec "Easter" nous a convaincu d'un
excellent concert en cours !... Le public participe, chante à gorge déployée, …
l'émotion est là !
La sonorisation s'avère rapidement parfaitement
équilibrée, dans ce théâtre dont l'acoustique est excellente. A cet effet,
notons que la batterie d'Ian Mosley placée au fond mais sur la gauche pour le
public, demeure protégée d'une cage transparente, ce qui atténue l'impact de
ses frappes sur les auditeurs des premiers rangs ! J'ai tout particulièrement apprécié
de pouvoir ainsi distinguer clairement les accords de basse de Pete durant
toute la prestation ! Cette notion d'équilibre est également entretenue par un
éclairage bien étudié pour soutenir les atmosphères des chansons. Des tubes
fluorescents et multicolores sont plantés à plusieurs endroits de la scène,
délivrant ainsi des lumières indirectes du plus bel effet. Le large écran de
fond de scène contribue aussi par ses illustrations à entretenir un sentiment
d'immersion.
Ce soir constitue leur deuxième date de la
mini-tournée. Les musiciens nous semblent heureux, détendus et au meilleur de
leur forme artistique.
A l'instar de la voix de Steve Hogarth qui n'a jamais
fait défaut. Il s'investit corps et âme dans chacune des chansons avec
l'éloquence des meilleurs comédiens, accoutré de plusieurs costumes au cours de
la soirée. Son charisme puissant accapare souvent l'attention de l'auditoire. Sa
sensibilité habituelle fut encore davantage ressentie et partagée lorsqu'il rendit
hommage à ce huitième triste anniversaire de l'attaque terroriste du Bataclan que
constitue malheureusement ce 13 novembre ; j'ai nettement distingué les larmes
dans ses yeux lors de cette évocation.
La guitare de Steve Rothery demeure une source
d'émerveillement pour tous les mélomanes. Là aussi, on peut parler de grande délicatesse
exprimée dans les accords si subtilement posés dans un tourbillon d'harmonies
enivrantes. Son faciès "so british",
laisse toutefois transparaitre ses émotions notamment comme pour accentuer
l'intensité de ses notes, ou encore pour esquisser un sourire complice et amusé
lorsque Mark Kelly derrière lui se trompe sur sa partition (une fois ce soir).
J'ignore si la modestie de Pete Trewavas qu'il affiche
est réelle, mais son talent n'en est que plus admirable. Ses interventions, au
sein de MARILLION mais aussi au sein de TRANSATLANTIC sont empreintes d'un
subtil mélange de finesse et de puissance à la basse, et de justesse aux chœurs.
Cette fois un peu éloigné de son pupitre, je n'ai cependant pas manqué de poser
mon regard sur son jeu.
De son socle surélevé, Mark Kelly délivre discrètement
mais efficacement toute l'étoffe mélodique requise. Juste un petit bémol
d'admiration ; à mon humble avis, compte tenu du matériel dont il dispose, j'estime
qu'il s'honorerait de remplacer quelques-unes des bandes sons préenregistrées par
ses propres interventions. Souvent souriant, et réceptif, il m'a parfois semblé
qu'il recherchait dans nos regards admiratifs de quoi entretenir son entrain.
Placé en bordure de scène et entouré de ses plaques
transparentes, Ian Mosley se distingue davantage qu'il ne se voit. Son style de
frappe est raffiné et nuancé ; juste ce qui est requis pour MARILLION. Il est
désormais soutenu par les nombreuses interventions de Lewis Jardine, placé au
centre du fond de scène, dont les percussions contribuent à enrichir encore la
rythmique déjà puissamment exprimée par Pete et Ian.
L'ensemble de ses talents réunis aura procuré à
l'auditoire sa dose de bonheur qu'il était venu chercher en ces
temps agités. Les
deux Steve furent éblouissants dans leurs interprétations, et plus globalement le
groupe retransmet avec précision et efficacité toutes les émotions intrinsèques
aux compositions.
L'opus "An
Hour Before It’s Dark" rend décidément aussi bien sur disque qu'en
concert. Pourtant, les bandes sons préenregistrées m'agacent toujours, malgré
tout ce qui pourrait en justifier l'usage. Lorsque je regarde le taux
d'occupation de Mark Kelly, sur ce passage (ainsi que sur le magnifique "The Crow and the Nightingale"), je
me dis qu'une nappe aux sonorités "chœur" serait la bienvenue. Mais
bon, je peux paraitre sans doute trop vieille école ; un musicien pour un
instrument, tout ça… Mais, j'estime que mon opinion ne vaut pas moins qu'une
autre, alors j'assume.
L'interprétation de titres rarement joués à Paris
ne pouvait que nous satisfaire ; "Lucky
Man" (depuis 2013 ?) "Beyond
You" (depuis 2019 ?) et "Quartz"
(depuis 2011 ?) ou encore le magnifique "Splintering Heart" (depuis2007 ?). Tous les titres m'ont ravi, mais "Neverland" en rappel fut un sommet !
Le public, exalté par ce programme magnifique n'aura
pas été parfaitement récompensé puisque le concert est hélas écouté de trois titres,
par rapport à la veille. Nous aurons été privés de "Living in F E
A R" "Hotel
Hobbies" et "Slàinte Mhath",
exclus soit disant pour ne pas déranger le voisinage … Mais sacré bon sang, sachant qu'il y aurait une heure butoir, pourquoi
ne pas avoir débuté la soirée plus tôt ? Je ne prétends pas avoir de
grandes compétences en matière d'organisation de concerts, m'enfin faut pas
être un grand stratège pour prévoir cela !! Très frustrant en tous cas, même si
le surlendemain (15) à Utrecht (PB) ce fut la même pénalité.
Disposant d'une discographie aussi fabuleuse, le choix
d'une programmation peut être frustrant pour une partie de l'auditoire. Sur
leurs vingt opus, sept ont donc été sélectionnés. Parmi douze titres, trois sont issus de An Hour Before It’s Dark, 2022, deux de Afraid of Sunlight, 1995, deux de Marbles, 2004, deux de Sounds
that Can't Be Made, 2012, un de Anoraknophobia,
2001, un de Holidays in Eden, 1991, et
un de Seasons End, 1989.
PROGRAMME 1.The Invisible Man (Marbles, 2004) 2.Easter (Seasons End, 1989) 3.Reprogram the Gene (I) Invincible (An Hour Before It’s Dark, 2022) Reprogram the Gene (II) Trouble-Free Life Reprogram the Gene (III) A Cure for Us? 4.Lucky Man (Sounds that Can't Be Made, 2012) 5.Beyond You (Afraid of Sunlight, 1995) 6.Sounds That Can't Be Made (Sounds that Can't Be Made, 2012) 7.Quartz (Anoraknophobia, 2001) 8.The Crow and the Nightingale (An Hour Before It’s Dark, 2022) 9.Care (I) Maintenance Drugs (An Hour Before It’s Dark, 2022) Care (II) An Hour Before It's Dark Care (III) Every Cell Care (IV) Angels on Earth. RAPPEL : 10.Splintering Heart (Holidays in Eden, 1991) 11.Neverland (Marbles, 2004). RAPPEL 2 : 12.King (Afraid of Sunlight, 1995).
Mon dix-neuvième concert de MARILLION entretient ainsi mon admiration et mon impatience d'assister à d'autres prestations. On pense déjà à la prochaine Convention en 2025. Gageons que d'ici là il y aura d'autres occasion de les revoir… Et pourquoi pas le prochain et ultime Loreley !? A ce jour, le programme laisse encore des options, même si le Steve Rothery Band y figure déjà…
ADDITIF SUPERFLU RESERVE AUX
NOSTALGIQUES
En marge de ce récit fraichement vécu,
je ne résiste pas à l'envie de me lamenter une nouvelle fois sur mes remords, au
risque de lasser mon lecteur qui pourra ainsi s'en exempter. Car mon parcours
d'admirateur de MARILLION aurait pu/dû débuter dès 1984.
Un émérite philosophe a dit : "Il est deux choses contre lesquelles on ne
peut trop se tenir en garde : l'obstination, si l'on se renferme dans sa sphère
; l'insuffisance, si l'on en sort". Cette citation me parait
parfaitement illustrer mon sentiment à l'égard de Marillion…
Au moins deux de mes amis proches de
l'époque me parlaient avec insistance de ces anglais prometteurs. Mais il y
avait deux approches possibles ; il y avait celle d'un vrai mélomane curieux (que j'étais déjà, mais manifestement pas
suffisamment consciencieux), et celle du gourmand insatiable qui, à
l'époque était surexcité par les nouveaux sons qui foisonnaient avec la NWOBHM. A l'issue d'écoutes sans doute
trop distraites, MARILLION m'avait semblé dispensable…
A cette époque, j'ai ainsi méprisé leurs
prestations. Ma consultation (un peu sado
j'en conviens) de l'historique de leurs tournées, rien que sur l'ère Fish,
a de quoi entretenir une certaine amertume. Je m'accorde des circonstances
atténuantes pendant ma période sous le drapeau (même si j'étais parvenu à assister à douze autres concerts) ; le 7
avril 1984 au printemps de Bourges, le 11 mai 1984 à l'Eldorado, et le 15
novembre 1984 à l'Espace Balard. En revanche, durant la période suivante, où je
n'hésitais pourtant pas à sortir, j'aurais pu certainement aller le 8 novembre
1985 au Zénith de Paris, le 14 juin 1986 à l'hippodrome de Vincennes, le 9 juillet
1987 au Zénith de Paris, le 14 décembre 1987 au Palais Omnisport de Bercy et
enfin le 4 avril 1988 au printemps de Bourges…
Bref, cette désinvolture aura au moins
eu le mérite de m'épargner ces luttes fratricides survenues après le départ de
Fish et l'arrivée de Steve Hogarth. J'avais déjà vécu cela avec le décès de Bon
Scott et l'arrivée de Brian Johnson, cela m'avait bien suffit ! Ensuite, je
confesse avoir délibérément ignoré le parcours du groupe jusqu'en … 2007 ! Eh
ouai… Il aura fallu mon engouement pour un certain Steven Wilson, et ma
participation à un Forum de discussions (Chemical Harvest, administré par
Christophe Demagny que je remercie au passage) pour m'apercevoir que j'avais dû
rater quelque chose… J'assistais d'abord en spectateur aux débats passionnés
qui ont suivi la parution de "Somewhere
Else" en 2007. Puis, l'enregistrement pirate d'un concert de cette
tournée a contribué à m'intriguer sans cesse davantage. Ainsi, mon premier mp3
sur mon portable ne fut pas un album, mais le pirate enregistré le 13 décembre
2007 à l'Elysée Montmartre !
Enfin, le divin Saint-Esprit m'a éclairé
jusqu'à la parution salvatrice, le 20 octobre 2008, de "Happiness Is The Road", composé de
deux volets ; "Essence" et
"The Hard Shoulder".
Hallelujah, j'avais enfin trouvé la Porte qui allait me permettre une remontée
dans le Temps ! Je sais bien que les avis diffèrent sur ce diptyque, pourtant
il a pour moi une importance capitale. D'abord musicalement je l'adore, bourré
de mélodies entêtantes ("This Train
Is My Life", "Wrapped Up In
Time", "Whatever Is Wrong
With You", "Real Tears For
Sale", entre autres..), mais aussi d'accords sublimes de Monsieur Steve et
de ses complices.
Ces qualités m'ont permis de renouer
avec ce groupe que j'avais tellement injustement dénigré depuis le début des
années 80, pour des prétextes spécieux que je regrette amèrement encore
aujourd'hui ... Mon obstination légendaire, encore elle... Bon sang, plus de
vingt années.
Depuis bien longtemps déjà, la Suède était un de mes
objectifs de voyage. Un prétexte musical était attendu avec impatience, lorsque
nos amis picards, Xavier et Véronique, nous signalèrent fin mai, leur envie
d'assister aux deux derniers concerts de la tournée d'automne du SRB. En
janvier dernier le site officiel de Marillion annonçait huit étapes, dont cinq weekends et trois soirées ; une tournée qui
débutait par un weekend préparatoire à Manchester le 9 juin, avant de
reprendre en septembre pour se terminer donc ce 8 octobre à Stockholm. Entre-temps,
une neuvième étape a été intercalée au De Bosuil, le 7 septembre (encart en fin de récit).
Steve Rothery amène son groupe à Stockholm pour la
première fois, pour deux soirées durant lesquelles sont prévus deux programmes
différents ; le samedi une interprétation complète de "Misplaced Childhood", le dimanche une
interprétation complète de "Clutching at Straws". Les deux programmes
étant étoffés de morceaux de "Script
for a Jesters Tear", de "Fugazi"
ainsi que de l'album solo "The
Ghosts of Pripyat". Ce week-end s'annonce ainsi inoubliable avec une rétrospective
des débuts de MARILLION qui célèbre par ailleurs ses 40 ans !
Avec ma p'tite Fée, nous n'avons pas longtemps hésité
à saisir cette belle opportunité. D'autant moins que les frais se sont avérés
relativement raisonnables. Le ticket d'entrée deux jours à moins de 91 €, le
vol aller/retour revient à moins de 79 € chacun et les trois nuitées sur une
péniche (le Red Boat) pour 116 € chacun.
Notre premier contact avec les transports suédois est
séduisant : l'Arlanda Express est un
train très confortable, silencieux et rapide. Sur un cadran visible pour tous
les voyageurs, s'affiche la vitesse qui pointe à 188 km/h ! On est loin de
l'offre de notre RER B ! Pour moins de 37 €, nous voilà propulsé dans le centre
de la capitale. Une fois surmontés les aléas inhérents à la découverte d'un
réseau étranger (…), nous découvrons des couloirs et des rames de métro offrant
une propreté, un confort dont ferait bien de s'inspirer la RATP. L'application
SL offre un forfait, valable 72 heures sur tout le réseau (métro, bus, tram et
bateaux) pour moins de 29 €. En contrebas du Mariaberget, le bateau-hôtel qui nous attend à quai, flottant sur
la mer Baltique, s'avère confortable et convivial. Le salon de détente et de
restauration surplombe les chambres ; la nôtre offre une vue sur l'hôtel de
ville de Stockholm dont nous sommes séparés par les flots de la mer Baltique.
Sur notre gauche on peut voir la plus fameuse des quatorze îles de la cité, Gamla Stan. Que du bonheur ! Je ne
m'attarderai pas ici sur nos sensations ressenties pour cette magnifique ville,
ce serait hors sujet ; je dis juste qu'en ce qui me concerne la visite du musée
ABBA s'imposait absolument.
En quittant Paris avec ses quelques vingt-six de
degrés, nous pouvions nous attendre à devoir subir un choc thermique. Avec une
dizaine de degrés, celui-ci aurait pu être moins brutal sans le vent
particulièrement cinglant qui accentue terriblement la sensation de froid. Mais
n'en voulons pas à Eole qui nous a permis en contrepartie de flâner entre terre
et mer, sous un ciel bleu limpide pendant tout le séjour ! Et puis il cessa de
souffler lundi, notre dernier jour au cours duquel nous pûmes admirer les sites
et paysages en toute décontraction.
LES CONCERTS
Le Klubben (https://fryshuset.se/konserter/)
est une salle célèbre à Stockholm pour de nombreux concerts ainsi que des
événements sociaux et d'entreprise. Situé à Mårtensdalsgatan 2-8, son accès est
à un petit quart d'heure à pied de la T-station Gullmarsplan. Il affiche une
capacité de 170 places assises et peut accueillir jusqu'à 800 personnes (ce dernier chiffre me semble surestimé, mais
bon…). L'affluence ce soir est importante, néanmoins ce n'est pas annoncé
complet.
LE SAMEDI
7 OCTOBRE - [19h15-21h20] -
Ouverture des portes à 18h00. L'accueil est courtois
mais strict. On est prié de se dévêtir, le vestiaire est imposé moyennant 3,50
€. Mon air surpris et agacé n'a pas convenu à la Viking de service ; je ne la contrarie
pas longtemps car elle m'indique le comptoir avec fermeté.
Après cet exercice imposé, nous parvenons toutefois
tous les quatre à nous placer à la barrière, entre les pupitres de la basse et
du chant.
Pour sa tournée, Steve Rothery (guitare), s'est entouré de bienveillance et de talents ; Dave
Foster (notamment guitare de Big Big
Train depuis 2020, de Mr. So & So (1989-2015), de Panic Room de 2015 à 2018),
Yatim Halimi (basse de Panic Room de
2010 à 2018), Riccardo Romano (claviers
de Ranestrane), Leon Parr (batterie,
de Mr. So & So (1989-2015), de SRB, mais aussi de Marillion durant le
Cruise To The Edge de 2014) et Martin Jakubski
(chant de StillMarillion).
Tous, sont au service du Monsieur et de sa Musique,
mais chacun pourra s'épanouir et montrer ses capacités, dans une bonne humeur
visible et constructive. Loin de tout égocentrisme, Steve n'omettra pas de
saluer ses compagnons de route après leurs interventions.
Le concert débute avec un quart d'heure de retard,
mais sa durée n'en sera pas altérée. A tout seigneur, tout honneur ; la soirée
s'engage avec trois des sept titres de son album "The Ghosts of Pripyat" paru le 21 septembre 2014. Une
démonstration de toute la sensibilité et la technicité du Maître. Très vite, je
réalise que le reste du groupe n'est pas un simple faire-valoir, mais un
véritable support de qualité. Le duo de guitares entre Dave et Steve sur "Morpheus" est un pur régal !
L'acoustique de la salle est excellente et la sonorisation
est juste assez puissante pour rester audible, sans protection auditive. Pas
d'écran, mais un lumineux dispositif d'éclairage n'aura de cesse de mettre en
valeur tous les musiciens. Ce qui me permettra notamment de saisir quelques
belles images.
Fidèle à son attitude humaine déjà reconnue, Steve
rend hommage à un admirateur de longue date, connu de beaucoup en fosse ;Norbert Stefani décédé récemment. Pour ma part,
j'avais juste échangé quelques mots avec lui lors des conventions, et je
l'avais encore aperçu lors du dernier NOTP au pied de la Loreley. Steve choisit
de lui dédier "Summer's end".
Bien évidemment, le public accueille le second volet
de la prestation avec l'exaltation inhérente à des admirateurs de l'ère
"Fish" de Marillion ! L'intégrale de "Misplaced Childhood", paru le 17 juin 1985, nous enivre vite,
à tel point que nous ne voyons pas le temps passer !
Un voyage dans le temps, bien évidemment maîtrisé par
le Maître des lieux, mais tellement bien soutenu par ces excellents musiciens. Car
certes, regards et auditions se portent en priorité sur Monsieur Rothery dont
le talent et la sensibilité ne peuvent qu'émouvoir et ébahir. Mais la grandeur
d'un Maitre c'est aussi de promouvoir ses disciples, ce qu'il concède avec une
modestie qui l'honore. Les accords de basse de Yatim Halimi et de claviers de Ricardo Romano sont d'une fidélité et d'une qualité remarquable. Le plaisir
de ces deux-là à interpréter ces chansons de légende est évident. Ricardo, expansif
et sincère admirateur de Marillion depuis toujours, chante et danse dès qu'il
en a l'occasion ! A son côté droit, les frappes de Leon Parr accentuent sans doute encore son enthousiasme.
Au chant, Martin Jakubski
semble rêver les yeux ouverts. Il est imprégné du personnage, ce qui le rend
tout simplement excellent ; ce monsieur réussit le redoutable exercice qui
consiste à exprimer sa propre personnalité, son propre timbre, sans dénaturer les
chansons, dans un respect total de l'esprit de tous les morceaux. Rappelons que
Martin s'est forgé une belle expérience depuis 2008 avec StillMarillion et qu'il accompagne le SRB depuis le milieu des
2010's. Sa prestation lors du fameux "swap
the band", l'après-midi du 24 mars 2019, pendant la
Convention, avait marqué les esprits. Pour faire bonne mesure, il convient
d'ajouter que ce passionné éclectique est aussi le chanteur de Maiden Scotland !
Yatim, Leon, Ricardo, Martin … De bien belles histoires.
Mais, "last but not least"
comme disent les anglais, nous avons tout particulièrement remarqué le talent
immense de Dave Foster. Ce n'est
pourtant pas la première fois que je le vois sur une scène (Panic Room le 24 mars 2017, Luna Rosa, le 25
mars 2017; Dave Foster Band le 18 mars 2023, Anneke Van Giersbergen le 14
juillet 2023). Mais là, j'ai vraiment réalisé sa sensibilité et sa
technicité pour accompagner dignement le grand Steve. Plus qu'un soutien, il a
réellement fait écho aux soli du Maître. Lui aussi, comme les autres complices
de la scène, laisse paraitre un bonheur évident d'être là, son talent n'a
d'égal que sa modestie sincère et émouvante. Ma p'tite Fée a ressenti la même
admiration pour le Monsieur que nous ne regarderons plus jamais de la même
manière désormais !
Cette intégrale de 1985 est suivie d'un retour dans
les années 1982 à 1984 qui accentue encore le bonheur de l'auditoire ! Les
inconditionnels s'unissent avec les convaincus par le spectacle dans une ovation
particulièrement exubérante pour chaque titre ! Toujours un grand plaisir de
partager l'enthousiasme de ce public si particulier qu'est celui de MARILLION ;
beaucoup connaissent et chantent par cœur les chansons.
Franchement, je suis bouleversé et admiratif de cette
prestation ; je m'attendais à de la qualité, mais pas à ce point. Je trouve là
l'occasion de racheter mon mépris pour ce groupe à cette époque-là. Je me
souviens amèrement avoir eu la main sur mon portefeuille pour acquérir le
ticket d'entrée du concert que MARILLION donna à Bercy, le
14 décembre 1987. Je regrette encore aujourd'hui cette coupable mollesse,
en punition une douloureuse amertume me torture après chaque Convention et après
chaque concert du groupe.
Le programme n'était pas une surprise car Steve
l'avait annoncé publiquement sur les réseaux sociaux, mais il n'en demeure pas
moins que chaque annonce de titre ce soir a été bruyamment acclamée !
Le rappel achève de nous séduire avec deux titres
emblématiques des années 80.
Ces plus de deux heures sont passées à une vitesse
folle, mais ce n'est pas grave ; demain on aura droit à une seconde ration !
Lords Of The
Backstage (Misplaced Childhood, 1985)
Blind Curve (Misplaced
Childhood, 1985)
Childhoods End
? (Misplaced Childhood, 1985)
White Feather (Misplaced
Childhood, 1985)
Assassing (Fugazi, 1984)
Jigsaw (Fugazi, 1984)
Freaks (face B
du monoplage "Kayleigh", 1986, B'Sides Themselves, 1988)
Incubus (Fugazi, 1984).
RAPPEL :
Garden Party (Script for a Jester's Tear, 1983)
Market Square
Heroes (monoplage, 1982).
L'esprit
enchanté, insensibles au froid baltique, nous ne tardons pas à rentrer dans
notre foyer flottant, pour mieux nous
préparer aux autres émotions qui ne manqueront pas de nous bouleverser le
lendemain.
LE
DIMANCHE 8 OCTOBRE [19h05-21h05]
Ouverture des portes à 18h00. Cette fois je ne cherche
pas à négocier le port de mon gilet dans la salle, ce serait peine perdue. Je
préfère garantir ainsi notre place, encore à la barrière, mais cette fois en
face des pupitres de Riccardo et de Dave…
Etonnamment, ce second concert débute aussi par "Morpheus" ; faut croire que Steve
affectionne tout particulièrement ce titre. Ça tombe bien, car il est loin
d'être lassant ! Et puis nuance ; hier placés au pied du bassiste, aujourd'hui
nous assistons à l'interprétation au pied de Dave, ce qui me permet d'observer de
plus près son excellent jeu et son enthousiasme.
Car l'enthousiasme n'est pas qu'en fosse ; tous ces musiciens
arborent le sourire de compagnons d'une route qui s'achève ce soir. Steve
répète, comme hier, qu'il demeure heureux de commémorer avec son public les
quarante ans de Marillion en reprenant sa première ère.
Après une excellente interprétation de "White Pass", le SRB aborde le thème
principal de ce soir; l'intégrale de "Clutching
at Straws", paru le 22 juin 1987. L'ambiance monte immédiatement d'un
cran, ce qui ne semble pas vexer Steve, sans doute habitué à cet engouement un
peu plus ciblé. Son origine britannique lui confère ce flegme si
caractéristique, jusque dans sa manière de s'exprimer. Artiste, certes, mais
anglais !
Le son et l'éclairage étant du même acabit que la
veille, l'auditoire va pouvoir de nouveau voyager aisément dans le passé, mais
cette fois vers la fin d'une époque, l'année 1987. Sans doute parce que souvent
entendu, "Warm wet Circles",
"White Russian", "Incommunicado" et "Sugar Mice" auront été pour moi les
sommets du plaisir sur cette séquence.
A l'instar de la veille, la fin du programme recadre
le curseur sur les années 83 et 84 et permet au public d'exulter de plus belle.
"Grendel" était peut-être
le titre le plus attendu. Encore que… De toute façon, nous étions tous constamment
à la fête ce soir.
Grendel
Mes observations de la veille sur la qualité des
interprétations par les musiciens sont les mêmes, je ne me vautre donc pas dans
la redondance. Pas de fioriture, pas d'oreillettes, pas de bidouilles, ni de
piste préenregistrée ; bref, des musiciens, des instruments, qui produisent de
la Musique dans la tradition de l'Art, avec toute sa complexité et sa beauté ;
un concert comme je les aime.
PROGRAMME
Morpheus (The Ghosts of Pripyat, 2014)
White Pass (The Ghosts of Pripyat, 2014)
Hotel Hobbies
(Clutching at Straws, 1987)
Warm wet Circles (Clutching at Straws, 1987)
That time of the Night (Clutching at Straws, 1987)
Going Under (Clutching at Straws, 1987)
Just for the Record (Clutching at Straws, 1987)
White Russian (Clutching at Straws, 1987)
Incommunicado (Clutching at Straws, 1987)
Torch Song (Clutching at Straws, 1987)
Slainte Mhath (Clutching at Straws, 1987)
Sugar Mice (Clutching at Straws, 1987)
The Last Straw (Clutching at Straws, 1987)
Cinderella
Search (Fugazi, 1984)
Script for a Jester's
Tear (Script for a Jester's Tear,
1983).
RAPPEL :
Grendel (1983, B'Sides Themselves, 1988)
Fugazi (Fugazi, 1984).
Subjugué par tant d'émotions positives, je me rends à
l'échoppe pour voir de plus près le t-shirt (300Kr) de la tournée, qui ne me
séduit pas ; les dates sont bien au verso, mais il ne me semble ni joli, ni
représentatif. Toutefois, puisqu'il n'en
restait plus qu'un à ma taille, je me décide à me le procurer. Je lorgne aussi
sur le dvd… C'était omettre que nous sommes en Suède et la vendeuse ne prend ni
ma carte visa, ni mes euros. Tant pis pour eux, tant mieux pour ma tirelire. Un
peu frustré, à la fois par cette privation et par l'amertume inhérente aux fins
de réjouissance.
Nos deux couples bravent les éléments scandinaves pour
rentrer à notre antre maritime. Même le vent ne parvient pas à dissiper les
étoiles qui constellent notre esprit enchanté par ces deux concerts mémorables
en tous points ! Assurément, (puisque nos
contrées sont moins propices à ce genre d'évènement) cette escapade
nordique a un gout de reviens-y !!
TOURNEE 2023
Band on the Wall, MANCHESTER, UK, June 9-10th 2023 De Bosuil, Weert, NETHERLANDS, Sept 7th 2023 Poppodium
Boerderij, Zoetermeer, NETHERLANDS, Sept 8-9th 2023 Amager
Bio, København S, DENMARK, Sept 11th 2023 Musikens
Hus, Gothenburg, SWEDEN, Sep 12th 2023 Cosmopolite,
Oslo, NORWAY, Sept 13th 2023 Die
Kantine, Koln, GERMANY, Sept 15-16th 2023 Progresja,
Warsaw, POLAND, Sept 29-30th 2023 Fryshuset, Stockholm, SWEDEN, Oct 7-8th 2023
Paulette est une légende vivante construite au fil des
décennies dans son cabaret, au profit de rockers de tous poils. A l'occasion de
cet anniversaire, la page d'accueil du site officiel nous explique que "Ce centenaire a une double origine ; la
première, bien entendu, ce sont les 100 ans de Paulette, née le 13 septembre 1923. Et la seconde, c’est l’achat du
fond de commerce par ses parents, Marie et Claudius, la même année, juste avant
la naissance de Paulette.
Au
commencement, le commerce épicerie, bar, s’appelait Café National et était tenu
par M. Didelon. Grâce au soutien de la brasserie de Vézelise, tenu par M. Tourtel,
les parents de Paulette ont pu acquérir le café, rebaptisé pour l’occasion Café
Du Commerce, par la maman de Paulette. Dans les années 50, le commerce est
transmis à Paulette et porte maintenant son nom. Et c’est à partir des années
60, à la suite de la rencontre avec Yves Marchal (ah, le destin !),
que le Rock & Roll fait son apparition Chez Paulette ! "
Je ne fréquente ce lieu mythique que depuis 2017.
C'est toutefois la quatrième fois que je fais le déplacement (une pour
Pendragon et deux pour Lazuli). L'idée de fêter son 100ème anniversaire,
agrémenté de la participation d'ANGE
et d'UNITOPIA (un groupe extrêmement rare dans nos contrées), constitue une double
raison pour m'inciter à y revenir, même si cette fois l'évènement est à l'extérieur ! De
toute façon, j'ai prévu d'y retourner ce 18 novembre, pour revoir AMAROK.
ANGE parle de fin de parcours ; il ne faut donc plus
mépriser les occasions de les revoir.
Quant à UNTOPIA, je ne connaissais pas vraiment. Tout
juste avais-je été intéressé via les réseaux sociaux par le projet parallèle
d'un de ses membres (j'y reviendrai plus
loin). Toutefois, des échos persistant m'incitent à évaluer la chose. D'autant
plus que ces Australiens entretiennent l'art de se faire désirer, et de
surcroit ils ne sont venus en Europe que pour six dates ; dont une seule en France,
après une première prestation le 3 septembre au festival 2Days Prog en
Italie, puis le 7 au Z7 en Suisse, les 9 et 13 en Allemagne, et le 14 au
mythique Boerderij aux Pays-Bas. J'ai quand même pris la précaution d'écouter
leurs œuvres en préalable ; toutes m'ont semblé intéressantes mais et je dois
dire que leur dernier opus qui vient juste de paraitre me semble
particulièrement réussi !
La route est relativement longue, surtout sans ma
P'tite Fée qui n'a pas daigné m'accompagner cette fois, mais j'accède ainsi au
site vers 17h30, après avoir fait étape à mon hôtel à Toul.
Une prairie en bordure de Pagney a été aménagée pour
l'évènement. Les réservataires avaient reçu un lien d'accès via Google Map pour
accéder aisément à sa zone de stationnement. Je retrouve une partie de notre
microcosme de mélomanes, souvent venus de loin aussi. L'entrée est
bienveillante et nous découvrons un site fort bien aménagé ; des échoppes de
restauration côtoient des échoppes de marchandises officielles, et le Paulette Museum, dans lequel sont exposés des objets et
photos qui illustrent le parcours de la Dame ! Un portique rappelant celui du
Hellfest précède un vaste chapiteau de plus de 600m², qui abrite une scène, la
console de sonorisation et bien sûr la fosse du public. Quelques bancs sont
disposés en épis sur le côté. Bref, l'ensemble est convivial, c'est pro, on s'y
sent bien.
De surcroît la météo est agréable ; pas de pluie, ni
de canicule. Le soleil est généreux mais sans les excès de cet été.
Un guitariste nous joue du blues pour chauffer la
scène mais j'avoue ne pas y prêter attention ; je préfère aller saluer
respectueusement Paulette, sagement assise, accueillante et souriante. Puis, les
discussions entre amis vont bon train, et les boutiques m'inspirent.
Je me procure le t-shirt de l'évènement, même si le
modèle femme est plus attrayant avec les dates et artistes au dos, ce qui
étonnamment n'est pas le cas du modèle homme… C'est parfaitement regrettable, mais
je le prends quand même moyennant 25€. A l'échoppe d'UNITOPIA, je me procure
deux CD moyennant vingt euros chacun ; "Seven Chambers" le dernier opus, paru ce 25 Aout, ainsi que le
coffret "More than a Dream, the
complete Dream", réédition parue le 23 octobre 2017, qui compile en trois CD des
versions inédites autour dudit album.
LES CONCERTS
Si le cadre et le thème semblaient propices à passer
un excellent moment entre mélomanes, il semble que l'évènement ait attiré aussi
une population davantage inspirée par son aspect fête champêtre. Car hélas, je
déplore l'attitude exaspérante d'une
partie non négligeable de l'assemblée qui s'est montrée bruyante et
désinvolte pendant toute la soirée. L'écoute du rock progressif impose un
minimum de respect, en particulier durant les passages les plus calmes, tant
pendant la prestation d'Ange que pendant celle d'Unitopia. Une hystérique s'est
même mise à brailler pendant que Mark Trueack tentait de nous expliquer le sens
de ses chansons… Un brouhaha digne d'une foire à la volaille a souvent pollué
l'écoute des artistes qui, du coup, ont eu bien du mérite à continuer leur
concert. J'en connais d'autres qui auraient posé leur instrument avant de
quitte la scène. Voilà c'est dit, c'est mon coup de gueule.
P'tite bio
introductive : Christian DECAMPS est né à Héricourt (Haute Saône) le 11 août 1946. Très vite attiré par
la musique et la scène, il fonde, fin
1969, le groupe ANGE en initiant la fusion de son orchestre de bal, LES
ANGES, et du groupe de son frère Francis
Décamps, ÉVOLUTION. Christian Décamps a déjà plusieurs années de pratique
en tant que "groupe pop et de bal" et Francis tend plutôt vers le
rock. Cette combinaison engendre une légende et va s’affirmer tout au long des
années 70 comme étant le N°1 du rock français, avec 6 disques d’or et plus de 3
millions d’albums vendus. Sur scène, Christian DECAMPS propulse chaque titre du
groupe en véritable pièce de théâtre, servie par sa puissance vocale et son
coté gestuel très particulier. Le 31 janvier 1970, premier véritable concert du
groupe avec un opéra-rock satirique "La
fantastique épopée du Général Machin". Le 5 avril 70, c'est un premier
passage au Golf Drouot, temple du rock parisien de l’époque. La longue épopée
des Ange(s) est lancée… Le 26 août 1973, Ange joue notamment devant trente
mille spectateurs au Reading Festival, au même programme que Genesis.
Ensuite, les égos et les choix artistiques, entre
musiciens et frères, provoquent les "quasi" inévitables (?)
claquements de portes et mouvements d'humeur.Francis Décamps quitte le navire à son tour en 1995. Mais ANGE a
cependant trouvé une belle stabilité depuis vingt années, puisqu'à ce jour le
groupe comprend, outre Christian Décamps
bien sûr (chant, claviers, guitare acoustique, et accordéon, depuis 1970),
Tristan Décamps, son fils (Claviers,
chant et chœurs, depuis 1997), Hassan Hajdi (guitare,
depuis 1997), Thierry Sidhoum (basse,
depuis 1997) et Benoît Cazzulini (batterie,
depuis 2003).
Ces musiciens français, et francophones de surcroit,
auraient pu/dû me séduire bien plus tôt. Je confesse humblement avoir tardé à
céder aux chants des anges. Ce n'est qu'après avoir vu Hassan Hajdi's BAND OF GYPSIES lors du
Raismesfest le samedi 9 septembre 2017, que je me suis plus sérieusement penché
sur la question ! Impressionné par le talent du guitariste, j'ai alors débuté
un processus visant à comprendre la longévité de ce groupe, ainsi que l'intérêt
que lui porte Steven Wilson. Car en effet, je me suis aperçu que Steven Wilson en
est un des admirateurs de longue date ; le Monsieur m'avait pourtant ouvert les
yeux et les oreilles sur bien d'autres artistes (tels que MAGMA, KING CRIMSON, CARAVAN,
OPETH…), Mais dans ce cas-là, les circonstances ne s'y sont pas prêtées !
Bref, le 4 juin 2018, je les ai vus pour la première
fois sur la scène du Café de la Danse (Paris 11ème), puis au
festival Rétro C Trop (TILLOLOY, 80) le 1er juillet 2018, au
festival Night of the Prog (Allemagne) le 15 juillet 2018 et enfin au Trianon
le 31 janvier 2020 (Paris 18ème). Cette dernière prestation a
d'ailleurs été filmée.
Toujours marqué par ma découverte initiale, je me
positionne face au pupitre d'Hassan, au troisième rang. Cet emplacement me
permettra de constater une excellente sonorisation, de distinguer toutes les subtilités harmoniques exprimées par des musiciens manifestement heureux d'être
là ! L'éclairage a révélé des belles ambiances et m'a permis quelques captures
d'images. L'espace de scène est correct et a permis à chaque musicien de s'exprimer
avec aisance. Mais de toute façon, ceux-ci ne sont pas particulièrement agités,
et se satisfont volontiers de ce qui leur est concédé !
L'émotion est presque palpable ce soir, et il m'a
souvent semblé voir les yeux de Christian bien humides. Il faut dire que les
cent ans de Paulette doivent raviver quelques souvenirs, alors qu'Ange vient de
fêter ses cinquante ans !
Nous ne nous lassons pas de l'interprétation éloquente
et théâtrale de Christian, notamment durant "Capitaine Cœur de Miel" (vêtu en vieux marin désabusé) et de
"A l'ombre des Pictogrammes"
(enguirlandé). La base basse/batterie accompagne efficacement les ambiances, mais
personnellement, je suis particulièrement impressionné par la voix de Tristan
et par les soli d'Hassan.
Toutefois, le point culminant de ce concert, fut la
visite très attendue de la Reine de la soirée ; Paulette, soutenue par ses
proches apparait opportunément pendant l'interprétation du titre "Hymne à la Vie" ! Le temps est
suspendu ; les regards émus se fixent sur la Dame acclamée, alors que très vite
bien entendu la foule entonne un "joyeux
anniversaire" de circonstance. Elle salue et sourit à son public avant
d'être raccompagnée délicatement, au son de la musique d'Ange qui termine ainsi
son concert.
Une très belle prestation, conforme aux attentes, sauf
sur la durée ; le concert n'aura duré que soixante-quinze minutes. Un peu
dommage quand même dans ce cadre pourtant particulièrement bienveillant a
priori …
Mais le public a été ravi de pouvoir acclamer ces
légendes du prog français !
Les neuf titres
visitent le parcours d'Ange, plus axés sur les années soixante-dix.
PROGRAMME
Chien, la Poubelle et la Rose (1977)
Aujourd'hui c'est la Fête chez l'apprenti Sorcier
(Le Cimetière des Arlequins, 1973)
Le rêve est à rêver (La Voiture à Eau, 1999)
Le Soir du Diable (Caricatures, 1972)
Fou ! (Fou
!, 1984)
Capitaine Cœur de Miel (Guet-Apens, 1978)
A l'ombre des Pictogrammes (2010) / La Colère des Dieux (1974)
Ces gens-là (J.
Brel, 1965).
RAPPEL :
Hymne à la Vie (Par les Fils de Mandrin, 1976).
Dès la fin du précédent concert, les techniciens
d'UNITOPIA se mettent à l'œuvre afin de monter les pupitres puis de procéder
aux balances de la sonorisation. En effet, leur arrivée sur le site a été
retardée par des soucis sur leur itinéraire routier. Le public est ainsi invité
à patienter un peu plus que de coutume. Pour ma part, j'en profite pour
assister à ces opérations et mesurer tout le travail minutieux, même dans
l'urgence et dans le bruit ambiant. Toute cette agitation prendra tout de même
quatre-vingt-dix minutes ! D'ores et déjà, à ce stade, il est permis d'imaginer
que le concert en sera hélas d'autant plus écourté.
Afin de mieux cerner ce groupe australo-américain, je
consulte leur biographie, et j'apprends ainsi qu'UNITOPIA,basé à Adélaïde, en Australie méridionale, a commencé
lorsqu'un ami commun a présenté Mark Trueack
à Sean Timms, après avoir réalisé
que les deux avaient des goûts musicaux similaires. Fin 1996, le duo a commencé à travailler sur un morceau qui allait
devenir "Take Good Care". Un
partenariat d'écriture s'est développé et a conduit au premier album du groupe,
"More Than a Dream" paru en octobre 2005, qui
comprenait des contributions de Timothy Sexton (chef d'orchestre/arrangeur et
de l'Adelaide Art Orchester), Pat Schirippa, Constantine Delo, Bradley Polain
et Ian 'Polly' Politis. La musique d'UNITOPIA utilise des thèmes progressifs,
mais intègre des éléments folkloriques, du classique, du jazz, et du heavy
rock.
Leur site précise : "UNITOPIA (prononcez yu-nih-to-pi-E) : signifie vivre ensemble comme un
seul homme dans un lieu de perfection idéale, notamment en termes de droit, de
gouvernement et de conditions sociales." Un nom qui préfigure de ses
textes "qui suscitent la réflexion,
tels que la conscience environnementale, les bouleversements politiques et
sociaux, le rythme effréné de la vie et les relations humaines, sous un jour
positif et édifiant".
Au fil de trois albums, le groupe s'est construit une
réputation grandissante. Mais, après la parution d'un quatrième album, constitué
de reprises de rock progressif
(MARILLION, GENESIS, YES, SUPERTRAMP, Alan PARSONS PROJECT), le duo se
brouille, en 2014. Sean Timms fonde SOUTHERN
EMPIRE, qui m'a beaucoup séduit avec son second album "Civilisation" (2018). De son côté, Mark
Trueack crée UNITED PROGRESSIVE FRATERNITY (UPF).
Toutefois, leur collaboration n'ayant pas laissé que
des mauvais souvenirs ; le duo s'est de nouveau réuni pour concevoir de
nouvelles créations ensemble. Après de trop nombreuses années de suspension, UNITOPIA a ainsi enregistré un cinquième album intitulé "Seven Chambers" qui est paru le 25 août 2023. Notons au passage que, de
son côté, SOUTHERN EMPIRE vient de publier "Another World" ce 4 septembre 2023. De son côté, UNITED
PROGRESSIVE FRATERNITY vient de publier "Planetary Overload Part 2: Hope" ce 15 juillet 2023.
Sean Timms
(claviers, guitares, mandoline, banjo, chœurs, chant de 1996 à 2014) et Mark Trueack (chant de 1996 à 2014), sont
accompagnés sur cette scène par le Dr John Greenwood
(d' UPF, guitares, chœurs, depuis 2020), Steve Unruh (d' UPF, violon, guitares et chœurs, depuis 2020), Chester Thompson (batterie, chœurs, depuis 2020),
qui ont participé au nouvel opus qui vient de paraitre. L'ensemble est ici
complété par Don Schiff (basse) qui
remplace Alfonso Johnson (basse, chœurs depuis 2020), "en raison de circonstances imprévues"
nous indique un message publié en juin dernier.
Tous ces musiciens présentent un pedigree respectable,
mais soulignons que Chester Thompson,
né en 1948, est un batteur/percussionniste renommé, très apprécié pour sa
capacité à évoluer dans plusieurs styles. Thompson est surtout connu pour son
travail avec GENESIS et Phil COLLINS, avec qui il a partagé la scène mondiale ainsi
que du temps en studio pendant plus de 30 ans. Il accompagna aussi Frank ZAPPA
(1973-75), WEATHER REPORT (1975-76), SANTANA (1984). (A ne pas confondre donc avec son homonyme Chester Thompson, organiste
américain que j'ai vu deux fois au sein de SANTANA.). On peut aussi
souligner que le Dr John Greenwood est
un médecin grand spécialiste en chirurgie plastique qui, après avoir pris sa
retraite en octobre 2020, a fait valoir ses talents musicaux, d'abord au sein
d'UPF.
Bref, avec un tel ensemble, on est en droit de
s'attendre à du lourd.
Etant plutôt bien positionné, au deuxième rang, entre
le pupitre guitare et celui de la batterie, j'ai pu apprécier une bonne sonorisation
équilibrée et sans excès. Un écran de fond avait était envisagé lors du
montage, mais j'ai observé un technicien démonter finalement la toile,
renonçant ainsi à diffuser les images prévues.
L'éclairage me semble trop sombre, en particulier pour
le clavier Sean Timms, dont on ne distingua que l'ombre bleutée, qui basculait tel
un métronome… Seul le chanteur Mark Trueack bénéficiait d'un faisceau particulièrement
lumineux et quasi constant.
Alors qu'en est-il de leur prestation tant attendue ?
Cette découverte pour moi a été précédée de tant d'éloges que je comptais trouver
une Porte d'extase rapide et radicale. Vêtu en préalable d'un t-shirt de mon
concert de TRANSATLANTIC, je comptais bien retrouver des sensations similaires.
Heureusement, porté par un a priori bienveillant, mes sens ont bel et bien
capté des sources potentielles de plaisirs auditifs. Les messieurs maitrisent de
toute évidence leur Art avec brio et je mesure pleinement leur concentration
pour exprimer tout leur talent. Les sonorités sont particulièrement harmonieuses.
La dextérité et l'adresse de Don Schiff,
de Chester Thompson et de Steve Unruh m'ont particulièrement
séduit. Tout cela est techniquement irréprochable.
Cependant, au-delà de quelques passages me laissant
entrevoir un décollage émotionnel, je n'ai pu qu'assister, avec l'admiration et
le respect requis, à un concert intéressant certes, mais pas franchement exaltant.
La mise en scène accentue fatalement notre attention
sur Mark Trueack, figé sur son siège
au milieu de la scène, engoncé dans une
doudoune, et son regard fixé sur les paroles qui défilent à l'écran. Sa fatigue
manifeste lui ôte malheureusement tout charisme. J'ai peiné à le voir se lever
une unique fois pour faire participer la foule. Celle-ci s'est montrée
heureusement réceptive en chantant le refrain. Pourtant sa voix m'a semblé
juste, et claire. Et si son timbre m'a paru frêle, il n'en était pas moins
émouvant.
Les accords de claviers sont perceptibles, savamment
posés par Sean Timms, mais sa
présence est discrète, en retrait, dans l'ombre. Son rôle de chef d'orchestre
n'est pas évident, étonnamment.
Quant à Don
Schiff, il a eu pour redoutable mission de remplacer in extremis Alfonso
Johnson ; il doit donc suivre assidument ses partitions posées soigneusement
sur son pupitre, ce qui lui ôte également le charisme qu'on pourrait observer
chez d'autres bassistes. Cette attitude ne retire rien à son talent bien
entendu ; il suffit de suivre ses doigts pour réaliser combien ses impressionnants accords sont d'une redoutable complexité.
Chester Thompson assure pourtant ses frappes avec un
subtil équilibre de force et de légèreté requise. Sa notoriété n'est pas
usurpée et on perçoit tout le poids d'une expérience entretenue ! Mais le
personnage est modeste, introverti et se concentre sur son matériel.
En fait, avec le recul, les deux musiciens placés aux
deux extrémités de la scène m'ont paru les plus détendus et démonstratifs. Le
multi-instrumentiste Steve Unruh, a
montré avec aisance ses talents au violon, aux flutes ainsi qu'à la guitare, ainsi
qu'au chant. Bravo. J'ai beaucoup apprécié aussi le jeu du guitariste John Greenwood, dont les accords
virevoltants peuvent a priori surprendre de la part d'un ex-chirurgien !
Les textes en anglais sont réputés être intéressants,
ce que Mark Trueack a souvent expliqué entre les plages, mais sur ce point je
ne m'exprimerais pas, faute d'avoir eu le temps, la capacité d'en comprendre le
sens. J'ai pourtant tendu l'oreille pour tenter de capter les commentaires de
Mark, mais il y avait tant de bavardages désinvoltes, impolis (pauvre, pôôôvre france !), derrière nous
que j'ai vite renoncé…
En dépit de l'heure tardive, un public encore dense
acclame les artistes comme il se doit. Les avis ne sont pas unanimes, en fosse.
La majorité semble toutefois enthousiaste ; UNITOPIA semble mesurer la
satisfaction de leur premier public français ; gageons qu'ils s'en souviennent
pour un hypothétique retour…
Bon voilà, honnêtement, je suis donc plutôt resté sur
ma faim. Quatre-vingt minutes c'est un peu court, surtout pour une dernière
date européenne et pour un groupe que nous risquons de ne plus revoir avant un
bout de temps. Je ne regrette pas de les avoir vus ; indéniablement ce sont de
grands musiciens et d'excellents mélodistes, ils nous ont produit de
magnifiques séquences, mais globalement cette prestation ne me laissera pas un
souvenir impérissable …
Mania
Sur six titres,
trois sont issus de "Seven
Chambers" (2023), deux d' "Artificial" (2010) et un
de "The Garden".
PROGRAMME
The Garden (The Garden, 2008)
Broken Heart (Seven Chambers, 2023)
Stroke of Midnight (Seven Chambers, 2023)
Mania (Seven Chambers, 2023)
Tesla (Artificial, 2010)
RAPPEL :
The Great Reward (Artificial, 2010).
Je m'attarde peu dans l'enclos avant finalement de renoncer à attendre une hypothétique visite des musiciens à leur échoppe.