samedi 10 décembre 2022

CLUTCH – Bataclan (Paris 11e) – Samedi 10 Décembre 2022 à 19h30

Voilà un de ces groupes que j'avais vaguement écouté au gré de signalements sur les réseaux sociaux. Mais, faute de temps, on passe à autre chose. Pourtant, ce rock puissant et énergique n'est pas sans me rappeler d'autres groupes déjà vus/écoutés au cours des quatre dernières décennies ; j'y retrouve des sonorités sudistes, mais aussi celles encore plus rugueuses exprimées par THE ALMIGHTY, BIOHAZARD durant les années 90, ou plus récemment MOLYBARON…

C'est l'évocation de leur dernier concert à Toulouse qui m'a remis la puce à l'oreille. Au point d'acquérir le sésame ce 3 décembre, alors que la mise en vente avait débuté le vendredi 25 mars 2022 à 10h. Et pourtant, il n'était pas évident de m'investir pour ce concert prévisiblement agité et prévu de surcroit le lendemain de celui de Saxon. Ma p'tite Fée n'a d'ailleurs pas eu l'énergie de me suivre, c'est donc mon fiston qui m'accompagnera.

Je n'étais pas retourné au Bataclan depuis le 8 novembre 2017, date où se tenait l'un des trois concerts parisiens de TRUST. Ce lieu est chargé d'émotions ; nous sommes nombreux à le rattacher désormais à la barbarie depuis novembre 2015, mais j'essaie cependant de maintenir le souvenir plus heureux de Grands concerts. A commencer par mon premier concert d'IRON MAIDEN le samedi 21 mars 1981. J'y ai ainsi assisté à trente-neuf concerts (21 soirées), en quarante-et-une années ! Petite salle sympathique dont l'acoustique était médiocre, sa réhabilitation en 2017 l'a transformée en un magnifique auditorium. On apprécierait davantage de programmations convergentes avec les goûts de notre microcosme … Mais bon.

Après une file d'attente étonnement courte, nous allons nous positionner très aisément au premier rang, face au centre de la scène, très légèrement sur sa gauche ; nous y resterons fermement ancrés pendant toute la soirée ! Nous sommes très surpris par le peu de monde une petite heure avant le début annoncé ; l'actualité sportive aura probablement contribué à cette lenteur. Le public ne viendra s'amasser que plus tard dans la soirée, jusqu'à remplir la salle heureusement.

TIGERCUB [19h15-19h45].

Ce trio venu de Brighton a été formé en 2011 par Jamie Stephen Hall et James Allix qui se sont rencontrés dans une université de Brighton. En 2012, Jimi Wheelwright les rejoint. Après avoir fait paraitre trois monoplages étendus, ils ont enregistrés deux albums ; "Abstract Figures in the Dark" (2016) et "As Blue as Indigo" (2021).

Le groupe se compose ainsi actuellement de Jamie Stephen Hall (chant, guitare), James Allix (batterie), Jimi Wheelwright, (basse). Leur second album "As Blue as Indigo" est paru chez Blame Recordings, le 18 juin 2021.

La sonorisation aurait pu être meilleure avec seulement trois pupitres à équilibrer ; le chant ne fut pas toujours très audible. Le son trop puissant nécessitait des protections auditives. Un éclairage minimaliste et blafard laissait toutefois l'auditoire observer ces jeunes loups à l'aspect atypique, assez british. Le chanteur/guitariste androgyne aux ongles vernis, vêtu d'un pardessus kitchissime, le batteur en marcel avec une coupe "à la Blade Runner" et le bassiste avec un bonnet à pompon. La partie avant de la scène qui leur est concédée est dépouillée de tout artifice. La batterie présente un aspect également atypique, elle est totalement transparente ; on peut ainsi notamment distinguer le mécanisme de la grosse caisse.

Leur concert débute devant un parterre encore clairsemé, mais bienveillant. Je ne relève pas d'intérêt particulier de cette prestation, sympathique pour chauffer la salle mais sans plus. Une découverte qui ne me laissera pas un souvenir impérissable.

Les anglais quittent la scène au bout d'une petite demi-heure, ovationnés poliment (Ils pourront ainsi assister à la défaite de leur équipe de football, hihi… mais là je m'égare).

Parmi les huit titres interprétés, quatre sont issus de "As Blue as Indigo" (2021).

PROGRAMME (photo de la liste)
Favourite Song (?, ?)
Sleepwalker (As Blue as Indigo, 2021)
Blue Mist in My Head (As Blue as Indigo, 2021)
Memory Glands (??, ??)
The Perfume of Decay (à paraitre, 2022)
Stop Beating on My Heart (Like a Bass Drum) (As Blue as Indigo, 2021)
Beauty (As Blue as Indigo, 2021)

GREEN LUNG [20h00-20h25]
https://greenlung.co.uk/

Dans le vaste éventail des styles de hard rock, j'affectionne particulièrement le "doom", qui décline à l'infini l'univers défini par BLACK SABBATH. A l'annonce de cette première partie, je fus donc satisfait et impatient de découvrir GREEN LUNG, dont je n'avais jamais entendu parler auparavant. Il faut reconnaitre que moult artistes se sont engouffrés avec plus ou moins de bonheur dans ce style sombre et enivrant. Fondé en 2017 à Londres (Angleterre) en quatuor, il se fit connaitre avec son rock influencé par les mouvements psychédéliques/stoner/doom. Il s'inspire de thèmes occultes et païens, ainsi que du folklore, des mythes et des légendes de Grande-Bretagne.

Tom "Templar" Killingbeck (34 ans, chant depuis 2017), Matt Wiseman (batterie depuis 2017), et Scott "Black" Masson (guitares depuis 2017), sont actuellement entourés de John Wright (claviers et percussions depuis 2018), Joe Murgatroyd, alias Joseph Ghast (basse et chœur depuis 2020), formant désormais un quintuor atypique pour un groupe de doom, genre peu enclin à la présence d'un clavier.

Après un premier album "Woodland Rites" paru le 20 mars 2019, leur second opus "Black Harvest" est paru chez le label Svart Records le 22 octobre 2021.

De chaque côté de la scène, deux tentures montrent chacune un bélier maléfique debout, en écho à la tête d'animal affichée sur la grosse caisse de la batterie. Aucun autre artifice ne sera déployé, sur cet espace qui s'est élargi avec le débarras du matériel précédent.


La sonorisation est puissante et il me semble prudent de garder les protections auditives. Cependant la musique est audible, malgré une balance qui m'a semblé parfois défavoriser le chant (depuis mon point d'écoute en tous cas). Rien de rédhibitoire puisque j'ai adoré ce son qui nous a ramené à l'âge d'or du rock sombre et lugubre des premières années du grand Sabbath. Les puissants accords de Scott "Black" Masson, chaloupés par les frappes redoutables de Matt Wiseman, soutenus des basses de Joe Murgatroyd, sont accompagnés d'un chant plaintif de Tom "Templar" Killingbeck qui nous rappelle plus souvent Ozzy Osbourne que R.J. Dio ou I. Gillan. Les lignes de clavier de John Wright ajoutent une très agréable touche 70's.

Bref, voilà encore un nouveau groupe à suivre ! Je suis conquis par cette prestation très convaincante qui m'a paru bien trop courte ; une petite demi-heure qui appelle un retour à Paris dans les meilleurs délais !

Le public s'est heureusement étoffé pour acclamer fortement cette révélation très, très prometteuse !

Parmi six titres, quatre sont issus de "Black Harvest" (2021), et deux de "Woodland Rites" (2019).

PROGRAMME (photo de la liste)
Woodland Rites (Woodland Rites, 2019)
Leaders of the Blind (Black Harvest, 2021)
Old Gods (Black Harvest, 2021)
Graveyard Sun (Black Harvest, 2021)
Reaper's Scythe (Black Harvest, 2021)
Let the Devil In (Woodland Rites, 2019).

CLUTCH [21h00-22h30]
https://www.pro-rock.com/

Fait notable dans le monde artistique ; depuis sa formation en 1991, à Germantown (Maryland/USA), le groupe a conservé une formation constante composée de Neil Fallon (voix principale, guitare rythmique, Thérémine), Tim Sult (guitare principale, chœurs), Dan Maines (basse, chœurs) et Jean-Paul Gaster (batterie, percussions).

Clutch s'est forgé le succès dans les années 2000 grâce à ses tournées incessantes démontrant sa réputation de groupe de rock surpuissant, mêlant blues, rock sudiste, et hardrock. Le monoplage "Passive Restraints", sorti sur le label Earache, a été la première sortie commerciale de CLUTCH, attirant l'attention d'autres labels. Leur premier album, "Transnational Speedway League", est paru le 17 aout 1993. Autre particularité, depuis 2008, le groupe est signé sur son propre label, Weathermaker Music.

Pour la petite histoire, avant de se fixer sur le nom CLUTCH, le groupe a utilisé les premiers noms GLUT TRIP et MORAL MINORITY. J'aurais bien aimé qu'ils gardent ce deuxième ! Le nom du groupe a finalement été choisi en raison de l'intérêt du groupe pour les voitures à l'époque, et du fait qu'il s'agit d'un nom à une syllabe comme beaucoup de groupes de l'époque, y compris Prong, dont le groupe était fan.

Le treizième album studio, "Sunrise on Slaughter Beach" est paru le 16 septembre 2022.

Le mur du fond de scène est entièrement couvert du tableau représentant le dernier opus. La batterie est traditionnellement installée au fond cernée des lignes d'amplificateurs (Orange et Marshall). Aucune autre fioriture pour exprimer un rock brut de décoffrage.

Très puissante mais audible, la sonorisation m'a toutefois semblé minorer un peu trop le chant. Mais cette impression est probablement causée par ma proximité des enceintes.

En tant que novice dans ce public-là, j'avais pris la précaution de visionner quelques vidéos de concerts en préalable, ce qui m'avait averti de la santé nécessaire pour demeurer dans la fosse… Solidement accroché à ma barrière, j'ai pu mesurer le poids d'une horde en folie harcelant mon pauvre dos de quinqua, durant quatre-vingt-dix minutes. Mais j'ai tenu, vaillamment. Et cela en valait la peine, pour observer l'éloquence de Neil Fallon, qui tranche avec la sobriété de ses comparses. Très expressif, il sillonne la scène pour raconter ses histoires à son auditoire, semblant persuadé que nous comprenons son américain accentué (ce qui n'est pas mon cas). Hormis le chant, il assume souvent la guitare rythmique, parfois l'harmonica ou des percussions durant "D.C. Sound Attack !" et même le Thérémine durant "Skeletons on Mars".

Tim Sult est très appliqué sur ses accords au point de rester planté toute la soirée à bidouiller son matériel, obsédé notamment par sa pédale wah-wah dont il use à volonté. Dan Maines assume efficacement toutes les lignes de basse, mais reste discrètement dans son coin au fond et n'en bouge que pour se rendre de temps à autre sur sa console de réglages. Jean-Paul Gaster est l'imperturbable métronome de service, dont j'ai cependant apprécié les frappes subtilement chaloupées et redoutables.

Je suis ainsi globalement emballé par cet univers torride et terriblement puissant. J'avais conservé un souvenir lointain de ces concerts musclés (THE ALMIGHTY le 22 aout 1992, ou BIOHAZARD le 4 juin 1994 par exemple) ; cette soirée aura au moins eu le mérite de décrasser les cages à miel !

Le souci pour continuer à assister à ce type de soirée, c'est qu'il faut conserver la forme de ses jeunes années, car si ne je n'avais pas eu cette opportune barrière devant moi, je n'aurais sans doute pas tenu longtemps dans ce bénitier endiablé ! Je me suis retourné deux ou trois fois pour observer la frénésie dont s'emparaient les fous furieux venus faire la fête ! Ça faisait quand même plaisir à voir. Tous les jeunes n'écoutent donc pas que de la mièvrerie médiatisée, fort heureusement ! Non, le rock n'est pas mort !!

C'est assez rare pour être souligné, durant sa tournée, le programme de CLUTCH diffère souvent d'un concert
à l'autre. Aujourd'hui, parmi les vingt titres, quatre sont issus de "Sunrise on Slaughter Beach" (2022), trois de "Blast Tyrant, 2004", trois de "Earth Rocker, 2013", trois de "Psychic Warfare, 2015", deux de "Clutch, 1995", un de "Book of Bad Decisions, 2018", un de "From Beale Street to Oblivion, 2007", un de "Robot Hive/Exodus, 2005", un de "Transnational Speedway League, 1993", et un de "Passive Restraints, 1992".

PROGRAMME (photo de la liste)
Passive Restraints (Passive Restraints, 1992)
The Mob Goes Wild (Blast Tyrant, 2004)
Earthrocker (Earth Rocker, 2013)
Red Alert (Boss Metal Zone) (Sunrise on Slaughter Beach, 2022)
Nosferatu Madre (Sunrise on Slaughter Beach, 2022)
Walking in the Great Shining Path of Monster Trucks (Transnational Speedway League, 1993)
(Notes from the Trial Of) La Curandera (Blast Tyrant, 2004)
The House That Peterbilt (Clutch, 1995)
Sucker for the Witch (Psychic Warfare, 2015)
Skeletons on Mars (Sunrise on Slaughter Beach, 2022)
X-Ray Visions (Psychic Warfare, 2015)
Firebirds! (Psychic Warfare, 2015)
Slaughter Beach (Sunrise on Slaughter Beach, 2022)
Burning Beard (Robot Hive/Exodus, 2005)
The Regulator (Blast Tyrant, 2004)
D.C. Sound Attack ! (Earth Rocker, 2013)
Spacegrass (Clutch, 1995).
RAPPEL :
Ghoul Wrangler (Book of Bad Decisions, 2018)
Electric Worry (From Beale Street to Oblivion, 2007)
The Face (Earth Rocker, 2013).

Je sors de la fosse épuisé mais content. Je regarde l'échoppe, sans être tenté outre mesure. Je reste sage pour ma dernière soirée metal de l'année 2022. On la terminera plus en douceur dans une semaine, au mythique Spirit of 66 …



 

vendredi 9 décembre 2022

SAXON – Le Trianon (Paris 18e) – le vendredi 9 décembre 2022 à 19h00.

Quelle nouvelle calamité pouvait encore contrarier nos esprits déjà tourmentés après deux années de Pandémie, après une guerre aux portes de l'Europe,  alors que le nombre d'imbéciles sur Terre semble s'accroitre à proportion de sa population, et que le dérèglement climatique semble hors de contrôle … Allons, toute proportion gardée, pourquoi pas une p'tite inondation, hein ?! Qu'à cela ne tienne, dans l'après-midi du dimanche 2 octobre 2022, à quelques heures du concert, nous sommes alertés par un communiqué, nous annonçant que le Trianon rencontre des soucis de plomberie !

Il faudra attendre quelque temps après pour être rassurés sur le report de la soirée ; Gérard Drouot Productions annonce : "Nous sommes heureux d’annoncer le report du concert de Saxon prévu le dimanche 2 octobre 2022, au vendredi 9 décembre 2022 dans la même salle. Nous invitons les spectateurs à conserver leurs billets, qui resteront valables pour cette nouvelle date. Les clients souhaitant se faire rembourser leurs billets peuvent s’adresser au point de vente où ils ont été achetés. Nous remercions les spectateurs de leur compréhension. L’équipe Gérard Drouot Productions".

Le calendrier de cette période était déjà bien chargé (après le concert de SOEN et avant celui de MAGMA et celui de THE WINDMILL), nous avons donc pris ce report avec soulagement et philosophie. SAXON se présente ainsi à Paris treize jours après la fin officielle de leur tournée européenne, alors que cette étape aurait dû en être la première. On peut donc leur savoir gré de cet effort respectueux de son fidèle public. Seul dégât collatéral, que nous n'apprenons que ce soir, DIAMOND HEAD est remplacé par VICTORY.

Déçu de ne pas revoir une troisième fois ceux qui ont marqués l'Histoire du metal (au point d'inspirer Metallica). D'autant plus qu'ils sont remplacés par un ensemble musical, "Victory" qui, à l'instar de Molly Hatchet, n'a pas eu l'honnêteté de changer de nom après le départ de leurs membres fondateurs. Ce soir, je vais pourtant leur accorder le bénéfice du doute.

C'est dans ces conditions que je me rends, avec ma p'tite Fée et mon rejeton, à une soirée qui me rappellera Mes années 80. Celles du Renouveau du hardrock, autrement appelé en son temps la "NWOBHM" (New Wave Of British Heavy Metal). Encore une occasion de réaliser que le temps s'écoule inexorablement ; plus de quarante années sont passées, mais il me plait de croire que je reste cet adulescent qui continue de s'émerveiller et de voyager dans l'espace et dans le temps.

SAXON a marqué fortement l'Epoque, sans toutefois avoir suivi l'ascension des meilleurs. Et pourtant, ils sont toujours là. Cette soirée est d'autant plus attrayante qu'elle se tient dans un des plus beaux auditoriums parisiens, le Trianon de Paris.

18:30 Ouverture des portes.

Avec mon fils, nous nous plaçons en fosse, à deux rangs du centre de la scène. Ma p'tite fée a opté pour la mezzanine avec un pote ; nous aurons ainsi l'occasion de comparer nos impressions de deux points de vue/écoute.

VICTORY [19:00-19:45].

A l'instar de Molly Hatchet, Victory est désormais l'ombre de lui-même, il a été formé en 1984 par des musiciens allemands dont aucun ne subsiste à ce jour ; les derniers cofondateurs, le guitariste Tommy Newton et le bassiste Peter Knorn sont partis en 2011. Depuis 1994, les divergences nuisaient au groupe qui finit par se séparer après la promotion du dernier album "Voiceprint" paru en 1996. Une reformation partielle aboutit à un huitième album "Instinct" paru en 2003.

Le plus ancien membre est le guitariste Herman Frank recruté en 1986 mais qui avait abandonné le groupe durant dix années, entre 1995 et 2005. Je l'avais vu deux fois sur scène lors de son très bref premier passage au sein d'Accept en 1983. Curieusement, en parallèle à son retour au sein de Victory, Herman est revenu au sein d'Accept, de 2005 jusqu'à son nouveau départ le 28 décembre 2014 ; période durant laquelle je n'avais plus suivi ce groupe.

A l'issue de ce parcours chaotique, le quintet se compose actuellement d'Herman Frank (guitare 1986–1995, et depuis 2005), de Christos Mamalitsidis (guitare depuis 2013), Peter Pichl (basse, depuis 2013), Michael Wolpers (batterie depuis 2013) et Gianni Pontillo (chant, depuis 2019).

Un onzième album de ce pseudo-groupe, "Gods of Tomorrow", est paru le 26 novembre 2021.

Compte tenu de leur statut, les musiciens peuvent se déclarer satisfaits des moyens mis à leur disposition. Ils bénéficient d'une sonorisation correcte (je me protège les oreilles par précaution) pas de surpuissance et les pupitres sont audibles. L'éclairage est correcte également et la scène est sobre, pas de fond de scène ; seul la batterie montre le logotype du groupe.

Leur prestation fut convaincante. Les musiciens sont d'un bon niveau et ils interprètent les titres avec la même respectable fougue des groupes de reprise. Ils ont su enthousiasmer le public avec une grande efficacité toute germanique. Tous sont impliqués. Herman maintient manifestement l'intérêt du groupe avec des soli ciselés pour les mélodies. Mais physiquement il me fait de la peine ; je ne l'avais pas revu depuis plus de 39 années, quand même…il m'a semblé très marqué par ses années sur les planches.

Je les ovationne sincèrement pour avoir chauffé la salle avec ferveur et conviction. Mais il n'en demeure par moins que pour moi cette formation aurait dû se présenter sous le pseudonyme Victory II.

Parmi les titres interprétés, deux ont été reconnus mais il reste à définir les autres …

Are You Ready (Don't Get Mad... Get Even, xxx)
Take the Pace (Temples of Gold, xxx)
… (à déterminer)

Alors que la bande-son d'entracte diffuse une succession de titres phares des années 80, quelques parasites tentent de s'incruster dans nos premiers rangs ; ils n'assument pas leur arrivée tardive et s'imaginent qu'ils pourront me défaire de mon emplacement. C'est bien mal me connaitre. Après une brève mise au point je me fais comprendre, on ne viendra plus me casser les c….

SAXON [20:15-22:00]

Ce quintet anglais a été formé en 1977 à Barnsley, sous le nom "SON OF A BITCH", par Peter "Biff" Byford au chant, Paul Quinn (deux ex-membres du groupe COAST), rejoints par Graham Oliver aux guitares, Steve "Dobby" Dawson à la basse (deux ex-membres du groupe SOB), puis par Pete Gill à la batterie. En 1979, le groupe change son nom en SAXON et signe avec le label (français !) Carrere qui sort alors son premier album éponyme.

Alors que le heavy metal en était à ses balbutiements, mettant le hardrock en mutation, Saxon était un des fers de lance de la NWOBHM. Il faut se rappeler que dans les années 1980, huit albums étaient positionnés au Top 40 britannique, dont quatre albums du Top 10 et deux albums du Top 5. De nombreux monoplages se sont placés dans les meilleurs classements britanniques européens et japonais. Au cours des années 1980, Saxon a vendu plus de 13 millions d'albums dans le monde.

Voilà pour son pédigrée reconnu. Pour ma part, ce groupe m'a passionné peu après la parution de "Wheels of Steel" (paru le 5 mai 1980), puis encore davantage avec celle de "Strong Arm of the Law" (paru le 1er septembre 1980). J'ai continué à le suivre assidument jusque "Rock the Nations" (paru le 19 Septembre 1986). Mais, si j'apprécie toujours les ambiances festives de ses concerts, je confesse l'avoir peu à peu mis de côté, au profit d'artistes qui me parurent plus audacieux (Iron Maiden bien sûr, mais aussi Tyger of Pan-Tang, Def Leppard, Girlschool, Rock Goddess, Holocaust, Witchfinder General, Tokyo Blade, pour ne parler que de la NWOBHM…).

Ainsi, contrairement à d'autres groupes de cette mouvance, je ne l'ai vu que quatre fois ; une première le 22 novembre 1981 au Pavillon Baltard de Nogent sur Marne-94 (tournée Denim&Leather), puis le 11 octobre 1985 au Zénith de Paris (tournée Crusader), le 2 novembre 1986 au Zénith de Paris (tournée Rock the Nations) et enfin le 13 septembre 2008 au Raismesfest (tournée Into The Labyrinth).

Un concert de Saxon ne déçoit pas ; l'ambiance est garantie. Des rythmes relativement binaires, des accords mélodiques accrocheurs et saturés ... ces maudits anglais maîtrisent les ingrédients de base ! Il me plaisait de le répéter : "SAXON, c'est le secret des ambiances réussies !"

Il convient aussi de saluer la persévérance de Peter Rodney "Biff" Byford (71 ans, chant depuis 1977 - né le 15 janvier 1951), et de Paul Quinn (70 ans, guitares depuis 1977 - né le 26 décembre 1951) toujours aux commandes. Entourés de Nigel Glockler (69 ans, batterie depuis 1981, avec quelques interruptions – né le 24 janvier 1953), mais aussi de Nibbs Carter (56 ans, basse depuis 1988), et de Doug Scarratt (63 ans, guitares depuis 1995). On peut donc parler de relative stabilité depuis plus de vingt ans avec ce gang de papy dont la moyenne d'âge s'établit à 66 ans !

Voilà, pour toutes ces raisons, je tenais à emmener mon fils et ma P'tite Fée pour assister à un concert de ces authentiques vétérans !

Son vingt-troisième album studio, le bien nommé "Carpe Diem", est paru le 3 février 2022. C'est tout simplement un de mes préférés de l'année 2022 dans ma catégorie "metal" (en compétition avec le Magnum, le Rammstein et le Scorpions et, dans une moindre mesure, le Ghost). Leur tournée promotionnelle (17 dates prévues) intitulée "Seize the Day World Tour" devait débuter par Paris ; finalement elle s'y achèvera !

Une excellente sonorisation m'autorisera à ne pas protéger mes oreilles, même à proximité de la scène ; pas de surpuissance et la qualité rend audible tous les pupitres. (nota bene : Perception identique depuis la mezzanine) Un éclairage très colorés, et bien orienté permet aux yeux et aux objectifs de capter les plans de scène. Au mur est étendu le drap sur lequel est dessiné l'immuable logotype du groupe. Au centre, la batterie surplombe la scène sur un socle revêtu du thème du dernier opus. A chacun de ses côté sont alignés les amplificateurs estampillés du logo. Pour seuls effets spéciaux, quelques sobres jets de vapeurs, mais sinon pas d'extravagance, juste le rock'n'roll quoi !

Biff est vêtu de sa veste triplement boutonnée qui me paraitrait encombrante mais qui semble lui convenir, en tout cas il a toujours de l'allure avec ! Sa voix est intacte et nous laisse croire que le temps n'a que peu de prise sur lui. C'est agréable, et rassurant pour ceux de nous qui le suivent depuis quatre décennies… Eloquent, face à son ventilateur, il chante avec charisme et conviction un programme qui m'a semblé équilibré, même si j'aurais apprécié aussi davantage d'évocation de nos années 80.

Paul Quinn est là, c'est sûr. Mais sobrement. Il assure quelques soli efficaces, mais nettement il a passé le relais au plus flamboyant Doug Scarratt. En tous cas ces deux-là ont su faire résonner en nous les meilleurs souvenirs du parcours du groupe ! Nibbs Carter est le plus jeune et aussi le plus agité du groupe ! En même temps, on comprend qu'il ressente le besoin de se dégourdir car pour accompagner les rythmes relativement binaires martelés par Nigel Glockler, sa fonction est le plus souvent (mais pas toujours) d'assurer des ostinatos.

Bon voilà le tableau ; on n'est pas ici pour faire de la dentelle, juste pour écouter du heavy metal basique mais terriblement efficace. Mon exigence de mélomane aurait apprécié davantage de nuances sur certains titres emblématiques ; par exemple sur "Dallas 1 PM", la reprise après la brève bande son des coups de feu aurait pu s'amplifier avec un crescendo qui aurait sans doute emporté le public dans un pogo infernal. En revanche, l'enchainement avec "Heavy Metal Thunder" de Zeus fut très apprécié ! Depuis le début du concert un admirateur du premier rang brandissait un drapeau à l'image de "Wheels of Steel" ; manifestement cela n'avait pas échappé à Biff qui attendit son interprétation pour le réclamer et le poser sur le socle de batterie et le fixer solidement avec deux bouteilles d'eau ! Encore un beau geste de reconnaissance pour son fidèle auditoire, d'autant plus que Biff aura la précaution de lui restituer l'objet à la fin dudit titre ! Respect ! Peu de répit dans ce flux de metal incandescent, hormis peut-être le (relativement) calme "The Eagle Has Landed".

Le rappel est évidemment exigible et dûment exprimé ! Seul bémol durant celui-ci, à mon sens en tous cas, le titre légendaire "Strong Arm of the Law" est tronqué en le mixant avec "Solid Ball of Rock". Un peu dommage quand même… Mais bon, en poursuivant avec "747", puis le puissant "Denim and Leather" on leur pardonne volontiers ! Pour clore cette soirée festive, nous eûmes droit à un bondissant "Princess of the Night" qui me permis de clamer une nouvelle fois mon Amour pour ma Belle princesse dans sa mezzanine ! Romantique, moi ? bah oui, cela m'arrive …

Cette prestation ne pouvait pas me décevoir ; elle fut conforme à ce que je suis venu rechercher. Faire la teuf et la partager à mes êtres chers.

La réaction du public a logiquement répondu à l'attente du groupe qui semble avoir remarqué l'engouement du public parisien, en dépit de la barrière de la langue. J'ai connu des publics de Saxon bien plus agités que ce soir, mais cela m'arrangeait bien après une journée automnale de travail ! L'essentiel est que tout le monde avait le sourire en sortant !

Parmi les vingt titres interprétés, six sont issus de "Carpe Diem", (2022), quatre de "Denim and Leather", (1981), deux de "Strong Arm of the Law", (1980/09), deux de "Wheels of Steel", (1980/04), un de "Power and the Glory", (1983), un de "Unleash the Beast", (1997), un de "Metalhead", (1999), un de "The Inner Sanctum", (2007), un de "Sacrifice", (2013), une séquence a rendu hommage à deux opus (Strong Arm of the Law, 1980/09 / Solid Ball of Rock, 1990).

PROGRAMME
Carpe Diem (Seize the Day) (Carpe Diem, 2022)
Sacrifice (Sacrifice, 2013)
Age of Steam (Carpe Diem, 2022)
Never Surrender (Denim and Leather, 1981)
I've Got to Rock (To Stay Alive) (The Inner Sanctum, 2007)
Dambusters (Carpe Diem, 2022)
The Thin Red Line (Unleash the Beast, 1997)
Living on the Limit (Carpe Diem, 2022)
Dallas 1 PM (Strong Arm of the Law, 1980/09)
Heavy Metal Thunder (Strong Arm of the Law, 1980/09)
Metalhead (Metalhead, 1999)
The Eagle Has Landed (Power and the Glory, 1983)
Black Is the Night (Carpe Diem, 2022)
And the Bands Played On (Denim and Leather, 1981)
Wheels of Steel (Wheels of Steel, 1980/04).
RAPPEL :
The Pilgrimage (Carpe Diem, 2022)
Strong Arm of the Law / Solid Ball of Rock
(Strong Arm of the Law, 1980/09 / Solid Ball of Rock, 1990)
747 (Strangers in the Night) (Wheels of Steel, 1980/04)
Denim and Leather (Denim and Leather, 1981)
Princess of the Night (Denim and Leather, 1981).

En sortant je passe à l'échoppe, histoire de me laisser tenter. Il faut dire que je n'ai jamais acheté de t-shirt de SAXON à leurs concerts. Il me semblait que ce beau concert était l'occasion de rétablir cette injustice. Mais j'ai amèrement regretté de ne pas avoir saisi l'occasion au début de la soirée où le beau t-shirt rouge était encore disponible, avec ses dates au verso. Cette fois, tout était vendu ; logique en cette fin de tournée, j'en suis ravi pour eux, tant pis pour moi. Côté positif 35€ d'économisé !


 

mercredi 16 novembre 2022

OPETH – LA SALLE PLEYEL (Paris 8e) – le mercredi 16 novembre 2022.

Certains jours, surtout avec la survenue de l'automne, je me pose des questions existentielles. Alors que le monde part en vrilles, est-ce bien raisonnable de sillonner l'Europe pour assister à des concerts, d'idolâtrer des artistes, d'attendre impatiemment leur nouvelle création, leur nouvelle apparition ? Alors que beaucoup peinent à subvenir à leurs besoins essentiels, est-ce bien raisonnable de dépenser le peu que je gagne dans des albums, des concerts, des t-shirts ? Cette frivolité d'adulescents dans laquelle baigne notre microcosme de mélomanes n'est-elle pas indécente ? Certes, Antony Kalugin continue son œuvre avec estimable passion pendant que ses compatriotes ukrainiens souffrent, certes l'art et la Musique, ont souvent sauvé bien des malheureux du désespoir, certes mes enfants et ma p'tite Fée m'accompagnent sur ces chemins de perdition … Et pourtant les Autres, cette immense majorité qui ignore tout de nos plaisirs, n'ont-ils pas raison, finalement ? Alors je pose mon casque, je regarde, j'écoute et je tente de participer…

Mais je me lasse assez vite des conversations des collègues de travail, de covoyageurs dans les transports, qui tournent le plus souvent autour de leur Travail, de leur Famille, de leur Patrie (tiens, mais où ai-je donc bien pu entendre ce triptyque ?...). Leur confort professionnel, l'assurance que leurs enfants seront les meilleurs dans tout, la garantie que leur pays subviendra à leurs besoins… tout cela semble être le moteur de leur vie. Finalement, hormis ma bulle familiale, les endroits où je me sens le mieux (en dehors de chez moi bien sûr), ce sont les festivals, les files d'attentes de concert, et leur sortie, où notre microcosme protéiforme débat sur cette futilité indispensable qu'est notre musique favorite ! Homme ou femme, marié ou célibataire, jeune ou plus âgé, gauchiste ou nationaliste, croyant ou athée, que c'est agréable de partager ce sujet qui nous rassemble, la Musique. Alors oui, j'assume me soigner des maux de notre existence terrestre par prescriptions renouvelées dans le cadre d'une musicothérapie assidue.

Une journée chargée au travail se termine par une soirée pluvieuse d'automne. Les gens courent dans le métro, les uns pour retrouver leur bulle, les autres pour gagner de quoi l'entretenir… Moi, ce soir je vais dans les plus beaux quartiers de Paris, pour retrouver ma P'tite Fée et quelques-uns de nos amis qui partagent la même passion.

Encore une des conséquences de la Pandémie ; ce concert était initialement prévu le vendredi 15 octobre 2021 avant d'être reporté à ce mercredi 16 novembre 2022. Mais cette fois, j'avais attendu le 6 juin 2022 pour nous procurer le sésame. Nonobstant un calendrier d'automne déjà par ailleurs bien chargé, je vais pouvoir ainsi assister à mon onzième concert d'OPETH. Les Québécois VOIVOD sont invités à ouvrir la soirée.

Après l'avoir déjà relaté dans mes précédents récits sur les concerts d'OPETH, je passerai rapidement sur mon parcours initiatique vers leur univers qui me paraissait a priori rédhibitoire. Certes, mon cheminement vers La Porte avait débuté dès 1995 via l'écoute de TIAMAT (encore des suédois, tiens !). Alors que la voix gutturale continuait à agir comme un répulsif à mes oreilles de choriste, c'est l'intérêt montré par Monsieur Wilson (encore lui !!) qui m'a enclin à réellement apprécier toutes les subtilités harmoniques et techniques qui me paraissent désormais tellement évidentes. L'adaptation de mes paramètres d'audition m'a permis de réaliser que Mikael Åkerfeldt dispose non seulement d'un timbre travaillé alternant étonnamment le chant clair et le chant guttural, mais aussi d'un admirable talent de compositeur harmoniste et mélodiste. OPETH illustre parfaitement en fait ce que je recherche dans la musique ; un voyage surprenant au pays des émotions rythmées par des atmosphères alternant la violence à peine contenue, l'harmonie et la poésie.

Quant à VOIVOD, depuis quatre décennies ce nom revient fréquemment dans les discussions et sur les t-shirt, sans que j'aie eu l'occasion de me pencher vraiment sur le sujet. Les quelques séquences écoutées de leur musique ne m'ont jamais incité à aller plus loin. Je sais juste qu'après avoir quitté les Mets, le bassiste Jason Newsted a passé sept années en son sein. Je leur accorde donc le bénéfice du doute…

La Salle Pleyel, auditorium dont la capacité est de deux mille cinq cent places (deux mille personnes assises et cinq cent de plus grâce à sa fosse amovible), daigne ouvrir de nouveau ses prestigieuses portes à un de nos groupes favoris, et affiche complet ce soir ! Je suis ravi d'y revenir après y avoir assisté aux prestations de King Crimson, Marillion et Steve Hackett. Nous avons opté pour la catégorie 1, ce qui nous place assis en parterre haut impair ; nous surplombons ainsi légèrement la fosse. Un peu loin de la scène à mon gout, mais on s'en contentera…

VOIVOD [19h30-20h14].
https://www.voivod.com/

Ce groupe québécois a été formé en 1982 à Jonquière (aujourd'hui Saguenay). La formation originale était composée de Denis "Snake" Bélanger, Denis "Piggy" d'Amour, Michel "Away" Langevin et Jean-Yves "Blacky" Thériault. . Sa musique est influencée notamment par la nouvelle vague de heavy metal britannique, la scène punk hardcore et le rock progressif des années 1970... Il fait partie des rares groupes ayant survécu à quatre décennies. Leurs orientations musicales ont parfois dérouté les mélomanes de tous bords, ils revendiquent un anticonformisme depuis près de 40 ans, passant du speed metal, au thrash-metal, au prog-thrash-psychédéliques ; beaucoup d'autres que moi ne sont jamais parvenus à le suivre… Sorti en 2018, "The Wake" semble être le meilleur album de Voïvod depuis l'apogée du groupe à la fin des années 80. Cet opus lui a permis notamment d'être invité au Festival de Jazz de Montréal.

Actuellement, Michel "Away" Langevin (batterie depuis 1982), et Denis "Snake" Bélanger (chant de 1982 à 1994, puis depuis 2001), sont entourés de Daniel "Chewy" Mongrain (guitare, depuis 2008) et Dominic "Rocky" Laroche (basse (depuis 2014). Je ne suis pas enclin d'habitude à évoquer les passages des anciens membres mais je note quand même qu'un certain Jason "Jasonic" Newsted (bassiste de 2001 à 2008) y a passé sept années après avoir quitté les Mets. Notons également leur perte de Denis "Piggy" d'Amour (guitare, de 1982 à 2005, décédé d'un cancer du côlon à Montréal le 26 août 2005).

Leur quinzième album studio "Synchro Anarchy" est, sorti le 11 février 2022. C'est leur dixième passage à Paris depuis 1987. Curieusement, je n'ai jamais eu l'occasion d'assister à une de leurs prestations, ni en invité ni en festival…

Doté d'une excellente sonorisation et d'un éclairage correct et de leur logo en fond de scène, le quartet dispose de très bons moyens pour tenter de séduire le public de Pleyel. En outre, une vaste part de la scène leur est cédée.

J'aurais entendu ce concert dans les années 80, la prestation aurait peut-être pu me plaire. Ce metal brut, énergique, déjanté aux interventions agressives de guitare me rappelle bigrement ce que je pouvais écouter à l'époque ; Witchfinder General, Raven, Tank, Holocaust... Mais là, non. Je suis bon public et j'applaudis mais sans conviction. Le chanteur parle au public en français, ce qui me le rend sympathique. Nonobstant, son échelle musicale m'a semblé limitée. Quelques séquences (The Prow), quelques audaces rythmiques m'ont parfois entretenu dans l'espoir de trouver une originalité susceptible de m'emporter. Mais en vain. Le concert se clôt avec une audacieuse reprise de "Astronomy Domine", un titre de Pink Floyd. Les puristes du genre auront sans doute hurlé au sacrilège tant cette interprétation manque de subtilité et de sensibilité, mais pour ma part c'est sans doute le seul moment du concert où j'ai trouvé mon intérêt !

Heureusement pour les québécois, la réaction du public est polie. Une bonne partie ovationne ces pourvoyeurs en électricité.

En une demi-heure, le groupe nous aura proposé sept de ses titres, très axés sur leurs débuts puisqu'hormis trois issus titres de "Synchro Anarchy" (2022), on trouve un de "Dimension Hatröss" (1988), un de "Nothingface" (1989), un de "Angel Rat" (1991), et un de "The Outer Limits" (1993). Il finit par une reprise de Pink Floyd.

PROGRAMME
Experiment (Dimension Hatröss, 1988)
The Unknown Knows (Nothingface, 1989)
Synchro Anarchy (Synchro Anarchy, 2022)
Holographic Thinking (Synchro Anarchy, 2022)
The Prow (Angel Rat, 1991)
Planet Eaters (Synchro Anarchy (2022)
Fix My Heart (The Outer Limits, 1993)
Astronomy Domine (The Piper at the Gates of Dawn, Pink Floyd, 1967).


OPETH [20h45-23h]
http://opeth.com/

A Huddinge, une petite ville au sud de Stockholm, David Isberg (chant) et Mikael Åkerfeldt (guitares) ont fondé, en 1990, " le groupe le plus maléfique du monde". Pour donner corps à ce projet, le duo fait appel aux anciens membres du groupe Eruption d'Åkerfeldt, Anders Nordin (batterie) et Nick Döring (basse).

La consultation de leur biographie officielle nous apprend que peu de temps après, un deuxième guitariste, Andreas Dimeo, est ajouté à la formation, qui se présente ainsi désormais en quintuor. Mais après quelques concerts, le groupe se sépare, Dimeo et Döring quittant le groupe pour des raisons personnelles. Au cours des deux années suivantes, les membres partent aussi vite qu'ils arrivent, mais c'est avec l'arrivée de Peter Lindgren à la basse, puis à la guitare, que les choses deviennent sérieuses. Même le départ d'Isberg en 1992 n'a pas vraiment affecté le noyau nouvellement établi d'Åkerfeldt, Nordin et Lindgren. Ils ont juré de continuer en tant que trio et en tant qu'Opeth. Pendant les quelques années qui suivent, Opeth, qui en est encore à ses débuts, écrit et répète religieusement. L'arrivée du bassiste Johan De Farfalla qu'Opeth semble stabiliser l'effectif. Mais aujourd'hui, après treize albums et quelques changements, Mikael Åkerfeldt demeure le seul membre d'origine.

Le groupe a fait le tour du monde, vendu plus de deux millions de disques et contribué ainsi à donner des lettres de noblesse au progmetal. La plus récente parution "In Cauda Venenum" est un chef d'œuvre, mais on pourrait citer aussi "Heritage", "Watershed", "Blackwater Park"…

Actuellement, Mikael Åkerfeldt (guitare, depuis 1990, puis guitare et chant, depuis 1992) a su maintenir une relative stabilité depuis une dizaine d'année, puisqu'il est entouré désormais de Martín Méndez (guitare basse, depuis 1997), Fredrik Åkesson (guitare, chœurs, depuis 2007) Joakim Svalberg (clavier, synthétiseur, chœurs, percussions, depuis 2011). Waltteri Väyrynen (batterie, percussion, depuis 2022) vient de quitter Paradise Lost) pour remplacer Martin Axenrot.

Leur treizième album "In Cauda Venenum" (Poison dans la queue) est paru le 27 Septembre 2019 ; sa promotion fit l'objet du concert du lundi 11 novembre 2019 à l'Olympia. La nouvelle tournée commémore les trente années d'OPETH et s'intitule opportunément "Evolution XXX". J'apprécie cette démarche qui nous garantit une belle rétrospective de la carrière. Je me rappelle avec émotion de leur énorme et mémorable prestation au Bataclan le samedi 3 avril 2010 pour "Evolution XX". Après les avoir vus trois fois dans le cadre de festivals (ProgNation, BeProg My Friend, et Download), je souligne que tel un bijou, ce groupe a besoin d'un écrin pour exprimer pleinement sa valeur ; cela peut être notre salon, mais cela peut être aussi un auditorium. Tel que celui où nous sommes ce soir !

Dans ce cadre idéal pour l'acoustique, l'ingénieur du son nous a livré ce soir une sonorisation parfaite. Les instruments et les micros furent tous audibles et équilibrés. A tel point que je n'ai pas jugé bon de porter mes protections auditives de la soirée ! J'ai ainsi pu percevoir encore davantage toutes les finesses et les subtilités du sujet !

L'éclairage s'est avéré somptueusement dense et astucieusement coloré. Ici la logique n'est pas l'éblouissement du spectateur, ni même la simple mise en valeur des musiciens, mais dans l'entretien d'un précieux univers.

Un écran géant couvre la totalité du fond de scène. Il diffusera de somptueuses images, la plupart dessinées, illustrant les thèmes évoqués, avec beaucoup de poésie.

La scène répartit les pupitres de manière originale ; le clavier surplombe ses complices au centre gauche, le batteur est légèrement en contrebas. Ils sont séparés par des écrans secondaires qui montrent des barrières ou la continuité des images de l'écran principal, ce qui accentue encore les effets visuels. Un décor absolument somptueux ! Les trois autres musiciens se tiennent devant le public ; Mikael Åkerfeldt et Fredrik Åkesson étant les plus mobiles.

Dans ces conditions, il restait plus à Mikael Åkerfeldt de démontrer son sens de la perfection. D'abord en étant accompagné de musiciens d'un niveau requis pour exprimer toute les richesses harmoniques. Leur grande maîtrise de la technique musicale est nécessaire pour exprimer toute les nuances du répertoire d'Opeth. L'auditeur passe du metal progressif, au death mélodique avec des subtiles teintes jazzy et bluesy. Si on tente de distinguer les influences de cette musique, elle peut évoquer notamment Black Sabbath (souvent), Deep Purple (parfois). Mais le fait est qu'Opeth délivre une musique atypique et originale, même si on ressent que son auteur puise son inspiration dans la littérature fantastique et la musique rock progressif, metal et classique.

Je reste impressionné par la capacité de Mikael à alterner avec une telle aisance sa voix claire et sa voix gutturale. Il y parvient sans obérer l'une ou l'autre des expressions. Sa voix claire est douce et expressive, dotée d'une belle tessiture. Sa voix gutturale est brutale, rauque et profonde ; son timbre évoque immanquablement la mort ou la terreur absolue. Cette dualité permet aux textes d'évoquer la beauté et la souffrance avec encore plus de pertinence ! J'aimerais bien connaitre la technique, en attendant j'en suis réduit à imiter les figurants de Walking Dead.

Loin de se limiter à ce talent, Mikael Åkerfeldt ne se contente pas de suppléer à Fredrik Åkesson, son guitariste soliste. Il intervient constamment aux guitares avec grande technicité et sensibilité. Rappelons de manière plus anecdotique que l'humour de Mikael est sans doute plus compréhensible pour les anglophones ; il a souvent interpellé son public, les rires francs furent le privilège de ceux-ci.

Quant à Fredrik Åkesson, ses soli sont simplement excellents et opportuns pour sublimer les harmonies. Je n'ai pas connu son prédécesseur (avant 2007 si vous avez bien suivi), mais en tous cas il assume parfaitement sa fonction et y excelle pour le plus grand bonheur des mélomanes ! Cette complicité entre les deux guitaristes permet des duos absolument magnifiques qui ne sont pas sans rappeler Michael Schenker. Il assume également quelques chœurs, même si cette fonction est principalement assumée par le claviériste Joakim Svalberg. Encore un personnage essentiel aux sublimes ambiances lugubres, éthérées ou psychédéliques avec ses nappes et ses accords aux sonorités de piano, synthé, mellotron et orgue. Je me remémore encore sa prestation notamment sur "Burden" avec un passage purplien. Le bassiste uruguyen, Martín Méndez, est plus statique que ces complices mais n'en demeure pas moins d'une redoutable efficacité. J'ai pris beaucoup de plaisir à le regarder jouer, dans tous les sens du terme, de son instrument. Ça tapote, ça caresse, ça glisse, ça frappe. Quant au p'tit nouveau, le batteur Waltteri Väyrynen, âgé de 28 ans, sa capacité à reproduire toute la complexité des frappes avec la même technicité de son prédécesseur m'a impressionné. Je lisais dans un entretien que Mikael avait été frappé par son aisance à interpréter des titres pourtant parfois écrits à sa naissance ("Il est né la même année où nous avons enregistré notre premier album, "Orchid" ! ").

Cette rétrospective m'a par ailleurs permis de découvrir des titres que je ne connaissais pas (encore). J'ai particulièrement apprécié/découvert "Black Rose Immortal" (Morningrise, 1996), qui pendant plus de vingt minutes nous emmène en voyage dans un univers toujours aussi surprenant, avec ses multiples ruptures d'atmosphères ; c'est encore un album à me procurer !!

Au passage j'en profite pour souligner une nouvelle fois la qualité du son sans laquelle je n'aurais pas su évaluer la qualité des nouveaux titres

Voilà, en résumé, je connais des absents qui avaient, une fois de plus, bien torts de ne pas être là !

Est-ce la configuration de la salle, avec sa fosse de petite taille, alors qu'une grande partie est constellée de fauteuils, mais il m'a semblé que la réaction du public a tardé à se montrer aussi exubérante que d'habitude. Mais mon impression est toute relative ; les titres les plus anciens rivalisaient d'ambiance avec les plus récents, difficile de discerner ceux qui eurent la préférence de l'auditoire ! En tout état de cause, il me semble que d'asseoir le public d'Opeth n'est pas de nature à entretenir la plus folle ambiance. Moi-même je piaffais d'envie de me lever et d'aller en fosse. "Deliverance" fut en tous cas une apothéose, tout le monde est debout pour une ovation débridée !

Deux heures et quart de concert auront permis d'évoquer chacun des treize opus studios d'Opeth avec un titre : un de "Orchid (1995)", un de "Morningrise (1996)", un de "My Arms, Your Hearse (1998)", un de "Still Life (1999)", un de "Blackwater Park (2001)", un de "Deliverance (2002)", un de "Damnation (2003)", un de "Ghost Reveries (2005)", un de "Watershed (2008)", un de "Heritage (2011)", un de "Pale Communion (2014)", un de "Sorceress (2016)", un de " In Cauda Venenum (2019)". Je ne compte évidemment pas la plaisanterie de Mikael ("You Suffer").

PROGRAMME
Ghost of Perdition (Ghost Reveries, 2005)
Demon of the Fall (My Arms, Your Hearse, 1998)
Eternal Rains Will Come (Pale Communion, 2014)
Under the Weeping Moon (Orchid, 1995)
Windowpane (Damnation, 2003)
Harvest (Blackwater Park, 2001)
Black Rose Immortal (Morningrise, 1996)
Burden (Watershed, 2008)
The Moor (Still Life, 1999)
The Devil's Orchard (Heritage, 2011)
Allting tar slut (In Cauda Venenum, 2019)
RAPPEL : (pas vraiment d'attente, juste une extinction temporaire des feux)
Sorceress (Sorceress, 2016)
You Suffer (Napalm Death cover)
Deliverance (Deliverance, 2002).

Le passage à l'échoppe m'impose un choix entre plusieurs modèles de t-shirts plutôt jolis, mais je reste dans mon principe en me procurant, pour 30€, l'officiel de la tournée "Evolution XXX", qui montre devant la couverture du dernier opus et derrière les fameuses dates des villes européennes visitées. Je le trouve magnifique.

Le calendrier d'automne nous aura finalement procuré énormément de plaisir avec SOEN, MAGMA, THE WINDMILL, ARENA, MARILLION, BLUE ÖYSTER CULT, PORCUPINE TREE et ce soir OPETH !…

Le lendemain JETHRO TULL me tentait bien, ainsi que HEILUNG le surlendemain, nous renonçons. On va cibler le 16 décembre au Spirit of 66 pour revoir d'autres pourvoyeurs de rêves, MOSTLY AUTUMN.





mercredi 2 novembre 2022

PORCUPINE TREE – LE ZENITH DE PARIS – le mercredi 2 novembre 2022

https://porcupinetree.com/

ETATS D'ÂME

QUATRE MILLE QUATRE CENT DEUX jours que j'attendais ce moment ! 4402 jours depuis ce prestigieux concert du jeudi 14 octobre 2010 au Royal Albert Hall, à l'issue duquel je n'imaginais pas que ce devait être le dernier avant longtemps ! Attente interminable, attente désespérée d'un mélomane passionné par ce groupe devenu légendaire, reconnu comme une référence par beaucoup d'artistes.

J'exempte d'intervention ceux de mes amis qui moqueront mon engouement tardif pour PORCUPINE TREE, même si en effet je confesse volontiers avoir attendu le samedi 30 avril 2005 pour assister à un premier concert ! Je m'en veux tellement d'avoir ignoré son existence au moins dès le 24 avril 1998, date où le groupe était en concert à deux pas de chez moi au Théâtre Dunois dans le XIIIème arrondissement de Paris. D'avoir ignoré aussi son passage au Divan du Monde (12/6/99), au Trabendo (11/3/03) ou encore à la Maroquinerie (29/11/03) ! C'est une faute d'autant plus impardonnable, que si je n'avais pas méprisé à cette époque deux autres vecteurs de curiosités, à savoir Marillion et Dream Theater, j'aurais pu/dû découvrir Steven Wilson bien avant 2003 !!! bouhouhouhou… je me hais ! Cela étant le Môssieur est tellement actif, qu'il ne nous laisse que peu de temps aux lamentations ; en comptant ses prestations avec PORCUPINE TREE, BLACKFIELD, et son propre groupe, je pourrais me satisfaire de l'avoir vu, jusqu'à ce jour, vingt-cinq fois, dont neuf avec PORCUPINE TREE. Ma seule lacune au tableau est de ne pas avoir encore pu assister à un concert de NO-MAN.

BREF HISTORIQUE

Créant seul le concept PORCUPINE TREE dès 1987, Steven Wilson ne s'est entouré d'un vrai groupe qu'à la fin de l'année 1993 en faisant appel au claviériste Richard Barbieri, au bassiste Colin Edwin et au batteur Chris Maitland. Le groupe s'est d'abord ancré dans le sillage d'influences plutôt psychédéliques, rock spatial et rock expérimental. Puis il a évolué vers une direction davantage rock progressif, avec zeste de pop …parcours un peu similaire à celui de Pink Floyd. Il a ainsi peu à peu gagné en notoriété dans la sphère prog, notamment en Italie et aux Pays-Bas. Sa composition est restée stable jusqu'en février 2002, lors du départ de Chris, qui est remplacé par Gavin Harrison. Ce changement, concomitant aux expériences parallèles de Steven, marque une nouvelle évolution musicale vers des sonorités plus dure. L'album "In Absentia" (2002) en est une éblouissante démonstration. C'est précisément à cette époque que j'ai connu et admiré le groupe ; sa musique réunit tous les styles chers à mon âme, il crée une alchimie magique entre le metal, le prog, le folk, le spatial psyché, voire même le classique. Le titre "Gravity Eyelids" me semble une sublime synthèse.

Mais Steven est un personnage hyperactif, multiinstrumentiste, expert ès sons instruit depuis l'âge de 10 ans par son auguste papa. Il entretient plusieurs collaborations en parallèle, à commencer par NO-MAN (sa collaboration ambiante et hip-hop avec Tim Bowness), mais aussi IEM (un délire électro), Bass Communion (un délire expérimental, drone ambiant), BLACKFIELD (sa collaboration pop-rock avec Aviv Geffen), et STORM COROSION (sa collaboration ambiante lugubre avec Mike Äkerfeld). Sa compétence dans le domaine du son est reconnue à un tel point que les plus grands lui confient le remixage de leurs albums ; King Crimson, Yes, Jethro Tull, Caravan, notamment… Il accompagne des artistes dans leur production : MARILLION, OPETH, ANATHEMA, EPHRAT, Anja GARBAREK.

Infatigable et insatiable, Steven lance, dès 2008, un nouveau projet en solo avec la parution de son premier album "Insurgentes". Ses opus suivants accroissent constamment sa notoriété "Grace For Drowning" (2011), "The Raven that Refused To Sing" (2013), le chef d'œuvre "Hand. Cannot. Erase" (2015), "To the Bone" (2017) et "The Future Bites" (2021). En contrepartie de ce succès il abandonne, dès 2010, son beau jouet PORCUPINE TREE qui, à mon sens en tous cas, était pourtant en plein essor.

Au fil des entretiens avec les journalistes et des tournées triomphales, les admirateurs nostalgiques de l'Arbre au Porc-épic ont erré péniblement entre espoirs déçus et désespoir relatif. Nous étions nombreux, partagés entre la satisfaction de voir son talent reconnu et l'amertume de l'abandon de l'aventure PORCUPINE TREE. Mon espoir était cependant nourri par l'observation du nombre croissant de titres de PORCUPINE TREE que Steven reprenait au fil des tournées ; aucun en 2012, un en 2013, puis deux en 2015, puis quatre,… pour atteindre cinq titres durant les concerts des années 2016 à 2018 ! Preuve que cela devait le travailler quand même !!

Nonobstant ce bel élan, la Pandémie a contrarié la tournée promotionnelle de "The Future Bites", qui était prévue pour l'automne 2021 ; elle est reportée à …2024.

Puisque le Monsieur n'aime pas rester inactif, il a eu une la bonne idée de répondre ENFIN à ses admirateurs… Nous n'osions plus l'espérer, mais à la surprise générale, il a ressuscité notre Arbre favori et a annoncé dans la foulée un nouvel opus, suivi d'une tournée ! Hallelujah !!!

C'est ainsi qu'un onzième album studio "Closure/Continuation" est paru le 24 juin 2022. Encore une grosse réussite à mon sens, cet opus me semble se placer dans la continuité de son prédécesseur "The Incident". Les nostalgiques de la première période (1993/03) restent frustrés, mais en ce qui me concerne cette orientation me convient parfaitement.

Les tickets sont réservés dès le 2 novembre 2021. Je ne cache pas que mon impatience teinté d'inquiétude n'a cessé de croitre depuis cette date !!

Nous revenons au Zénith de Paris, dix jours après le concert de Marillion qui fut déjà un très Grand moment d'émotions. Nonobstant, je subodore que ce soir sera un cran encore au-dessus, ne fut-ce que pour l'aspect historique d'un retour inespéré ! De surcroit, je suis accompagné de mes deux fils, Samuel et Julien, et de ma p'tite Fée !!! Seul Samuel les a déjà vus, en 2009. Je me remémore avec une tendre nostalgie ces déplacements en voiture dès 2003, durant lesquels mes deux crapules étaient contraintes de subir mes écoutes répétées d'In Absentia ! Il faut croire que ce bourrage de crânes a dû les marquer durablement… père indigne (?). Mon aîné attendait l'ouverture des barrières dès 15h30, il est logiquement au premier rang en fosse, face à son idole. Son frère ne restera avec nous que durant le premier acte avant de mieux partager les émotions de la fosse ! Je ne peux pas lui en vouloir …

Trèves de discussions apéritives entre mélomanes passionnés, nous pénétrons l'auditorium pour nous asseoir à nos places réservées en carré or. Pour comprendre ce qui suit, je dois rappeler ma nostalgie d'une époque où les placements étaient libres, quelle que fut la salle. Pas de numéro, pas de carré or, pas de placeuses… Cette règle favorisait les mélomanes les plus passionnés ; ceux qui arrivaient le plus tôt étaient les mieux placés, épicétou. Mais ça, c'était avant. Depuis plusieurs années, c'est le règne du pognon. Les gueux au pigeonnier. Même la fosse est désormais parfois (pas aujourd'hui) subdivisée pour privilégier les plus fortunés. Un scandale, auquel certains s'opposent courageusement ; pour les concerts des Dropkick Murphys, le placement est libre.

A priori, je m'agace donc d'être accueilli par une armée de placeuses dont je pressens la main tendue, comme si le prix des places (et des consommations) n'étaient pas déjà assez chères ! Mais de surcroit, la demoiselle nous explique que nos trois places ont été réquisitionnées au profit de personnes handicapées. Mon sang commence à bouillir, mais c'est ma p'tite Fée qui se rebelle à juste titre. Non pas contre le principe de réserver un emplacement à cet effet, bien entendu, mais pour le simple principe du respect de notre contrat de réservation. En outre, un coup d'œil rapide et discret sur les bénéficiaires nous fait fortement douter du motif … De fait, après moult négociations et déplacement adéquates, (…) nous parvenons finalement à récupérer Nos trois sièges. (du reste nous observons que les occupants se sont levés sans aucune difficulté !). La pagaille de leur mercantile organisation a ainsi touché toute la rangée, d'autres spectateurs ont eu la même exigence que nous.

Notre combat légitime nous a permis de jouir d'un emplacement idéal pour lequel nous avions payé, premier rang du gradin central face à la scène, légèrement sur la gauche.

LE CONCERT [20:15-21:25 / 21:45-22:50 / 22:52-23:12]

Alors que les lumières de la salle sont encore allumées, nous percevons en bande son introductive la tonalité continue du thème d'Even Less. L'excitation est ainsi à son comble lorsque l'extinction des feux est immédiatement suivie de l'entrée des artistes qui attaquent sur l'énergique "Blackest Eyes" ! Je vous fais grâce du détail de mon excitation totale …

Steven WILSON (chant, guitare, de 1987 à 2010, puis depuis 2021) est entouré de Richard BARBIERI (claviers, de 1993 à 2010, puis depuis 2021), et de Gavin HARRISON (batterie, percussions, de 2002 à 2010, puis depuis 2021). Mais aussi de Randy McSTINE (guitare, pour la tournée actuelle) et Nate NAVARRO (bassiste, pour la tournée actuelle).

Dès les premières séquences on savoure la qualité inouïe de la sonorisation ! Le concert sera un pur régal auditif, tel que Steven est capable d'en fournir dans notre salon !

La scène est éclairée par un dispositif faussement discret ; un arc de projecteurs surplombe le tout. Il est lumineux, et contribuera merveilleusement par ses teintes et ses nuances, aux atmosphères requises.


En fond de scène, un écran géant diffuse les images et mini-films illustrant les thèmes abordés.

L'espace scénique est large et permet à chaque pupitre de disposer de son espace vital. Cela étant, le seul à bouger sera Steven.

Partant de ce cadre, on pourra toujours me soupçonner de subjectivité, mais le fait est que de l'avis général cette prestation s'avèrera vite être LE concert de l'année, tout simplement. La maitrise est totale de bout en bout, le visuel, le son, le choix des titres tout relève de la perfection. Et que l'on ne vienne pas m'opposer que seul Dieu serait parfait ; n'est-il pas là devant nous, sur la scène ?!

Sur l’écran, on voit s'animer, sous différentes formes et couleurs, le personnage de la couverture d'In Absentia. La suite ravit nos sens avec une succession de titres étourdissants principalement issus de "Closure / Continuation", produisant des émotions indescriptibles. Je souligne la version magnifique d'"Even Less" de 7 minutes version. "Last Chance to Evacuate Planet Earth Before It Is Recycled", dont les accords de banjo sont joués sur des guitares acoustiques. Steven soigne particulièrement le titre "Chimera's Wreck", dont l'intro lui permet de bidouiller le son de sa guitare comme il le faisait à ses débuts, et durant lequel l'alternance étourdissante des ambiances est magnifiée par un film d'illustration somptueux ! J'ai ainsi appris ici à apprécier ce titre, alors qu'il était loin d'être mon favori sur le CD ! Bref, le programme ne laisse aucun répit à nos esprits bousculés mais je souligne encore la puissance mélodique et émotionnelle de "Dignity".

Force est de constater que Steven est au sommet de son art, sa voix est posée et juste et je rassure les inquiets (sa récente orientation en solo in quiète certains observateurs) il sait toujours jouer de la guitare, et très bien ! Il semble détendu ; il dialogue avec son public, s'amuse des t-shirts qu'il remarque dans la fosse, s'excuse de nous avoir fait attendre tant d'années (il peut !…). Son épanouissement personnel (professionnel et sentimental) ne semble pas nuire à son talent, ni à son envie, ni à sa créativité. Richard reste le discret enchanteur créateur d'ambiances ; et que Gavin confirme une fois de plus son immense talent, sa force tranquille, sa haute technicité et sa sensibilité de frappes. Même si je déplore, par principe l'absence de Colin Edwin et celle de John Welsey, j'admets volontiers que Nate (moment de bravoure de la basse sur "Dignity") et Randy (ses soli et ses chœurs sont toujours opportuns et de qualité) les remplacent dignement.

Un p'tit entracte est bienvenu pour un premier partage d'émotions et pour se ressourcer avant de profiter d'un second acte qui nous fera grimper très, très haut !

Une bande son introductive évoquant le titre "Sentimental" annonce un bel hommage à l'album "Fear of a Blank Planet" qui sera effectivement dignement honoré durant l'acte II. Notons cependant le puissant "Herd Culling" couronné par un "Happy Birthday" entonné par les admirateurs les plus avertis, à l'attention de Steven né le 3 novembre 1967. L'époustouflant "Anesthetize" est joué dans son intégralité, avec des belles interventions de McStine. Et que dire du redoutable "Sleep Together" qui une fois de plus a littéralement désarticulé mon pauvre cou et dévasté ma crinière.


L'ivresse du public est à son comble, bien évidemment.

L'attente pour le rappel est bien trop longue à mon goût. Dans ce cadre, l'éthéré "Collapse the Light Into Earth" vient calmer un peu les esprits ; seuls sont présents Steven et Richard. Magique !

Avant de clore cette soirée mémorable, Steven plaisante avec son public. Les plus anciens admirateurs auront au passage mesuré combien le monsieur a pris de l'assurance. Elle est loin l'époque où l'introverti se cachait derrière sa frange de cheveux longs ! Revendicatif, il annonce ; Oui, le titre de clôture sera un morceau emblématique de son choix, non soumis aux diktats médiatiques auxquels sont soumis tant d'autres artistes. Non, ce ne sera pas un "Free Bird". C'est "Trains" qui fait chavirer finalement un public absolument comblé. C'est au moins la septième fois qu'il me ressort ce titre en concert, mais je ne m'en lasse pas !

En un peu plus de deux heures et trente-cinq minutes, nous avons écouté vingt titres, dont les sept issus de Closure / Continuation (2022), cinq issus d'In Absentia (2002), quatre issus de Fear of a Blank Planet (2007), un issu de Deadwing (2005), un issu de Lightbulb Sun (2000), un issu de Recordings (2001) et un issu de Stupid Dream (1999). Monsieur "plus" aurait volontiers apprécié des titres plus anciens ; en plaçant le curseur sur les années 2000, Steven a oublié délibérément sa période la plus éthérée. Choix artistique, donc respectable.

PROGRAMME
ACTE 1
Bande son introductive : Tonalité longue tirée d'Even Less
Blackest Eyes (In Absentia, 2002)
Harridan (Closure / Continuation, 2022)
Of the New Day (Closure / Continuation, 2022)
Rats Return (Closure / Continuation, 2022)
Even Less (Stupid Dream, 1999)
Drown With Me (In Absentia, 2002)
Dignity (Closure / Continuation, 2022)
The Sound of Muzak (In Absentia, 2002)
Last Chance to Evacuate Planet Earth Before It Is Recycled (Lightbulb Sun, 2000)
Chimera's Wreck (Closure / Continuation, 2022).
Bande son finale : Turiya (Alice Coltrane).
ACTE 2
Bande son introductive : Sentimental
Fear of a Blank Planet (Fear of a Blank Planet, 2007)
Buying New Soul (Recordings, 2001)
Walk the Plank (Closure / Continuation, 2022)
Sentimental (Fear of a Blank Planet, 2007)
Herd Culling (Closure / Continuation, 2022)
Anesthetize (Fear of a Blank Planet, 2007)
Sleep Together (Fear of a Blank Planet, 2007).
RAPPEL :
Collapse the Light Into Earth (In Absentia, 2002)
Halo (Deadwing, 2005)
Trains (In Absentia, 2002).

Pour marquer l'évènement, un arrêt à l'échoppe s'impose. En ce qui me concerne se sera un nouveau t-shirt.

Le bonheur est dans la salle...          ©Marco

Je m'étais abstenu de boire quoique ce soit ce soir de peur de manquer un tant soit peu de ce concert, car je fais partie du redoutable GPV (Gang des P'tites Vessies). La soif m'emporte donc avec quelques autres à trainer dans un bar au-delà des horaires de circulation des métros… Heureusement, les Noctiliens roulent encore pour nous rapprocher au mieux de chez nous !

Que du bonheur on vous dit !...

Nous avons déjà des scrupules de ne pas avoir opté pour d'autres dates de la présentes tournée... Lors de la rédaction du présent récit, nous savons déjà qu'une première date de festival est fixée ; ce sera le Sounds of the City à Castlefield Bowl Manchester, (UK) le 29 juin 2023. … Ça cogite déjà … Et si PORCUPINE TREE venait au Night of the Prog de Loreley ? hein ? Hein ?