samedi 25 janvier 2025

MIDWINTER festival 2025 – TivoliVredenburg Grote Zaal, Utrecht, Pays-Bas - 25 janvier 2025.

 

Le 3 février 2024, la première édition de ce festival hivernal nous avait ravis, par son affiche ainsi que par son cadre, dans un auditorium confortable en tous points. Ce nouveau festival compensait ainsi la fin de deux autres (Loreley et Prog en Beauce). Nous nous sommes procurés nos tickets le 25 septembre 2024, compte tenu du prix modique (identique à l'an dernier !) et de l'affiche encore attrayante.

Ouverture des portes à 13h00. Nous arrivons vers 13h30, mais néanmoins nous parvenons à prendre place avec un très bon point de vue et d'écoute. L'organisateur laisse le placement libre ; les premiers arrivés sont ainsi légitimement les mieux placés. Nous retrouvons donc ce bel espace, configuré en demi-cercle pour l'évènement. La salle propose 1 717 places assises, disposées en gradin. Avec la fosse, sa capacité d'accueil peut atteindre 2 000 personnes. La déclivité abrupte des gradins permet une hauteur entre chaque rangée qui est mesurée de manière à ce qu'aucun auditeur ne gêne celui qui est placé devant ou derrière. Petits et grands sont ainsi à la même enseigne. La salle est bien remplie.

De leur côté, les artistes me semblent bénéficier d'un espace scénique confortable. La procédure de transfert de matériel entre les artistes est suffisamment astucieuse pour qu'aucun ne gêne l'autre. Le dispositif d'éclairage et de sonorisation m'a paru globalement équitable durant toute la session.

A l'échoppe, je me procure le t-shirt officiel du festival (25€).


LESOIR [13h45-14h45]. https://lesoirmusic.com/

Ce quintet néerlandais (limbourgeois) a été fondé en 2009 par Maartje MEESSEN (claviers, flûte, voix) et Ingo DASSEN (guitares). Il définit sa musique en tant que "artrock". Les musiciens ne cachent pas leurs influences ; Gazpacho, The Pineapple Thief, Anathema, Steven Wilson, Porcupine Tree, Pain of Salvation. Leur premier album éponyme est sorti en 2011.

J'ai pu apprécier leur prestation du 16 octobre 2023, alors invités par RIVERSIDE à l'Alhambra de Paris.

Le sixième album, "Push Back The Horizon" est paru le 20 Septembre 2024.

LESOIR est actuellement composé de Maartje Meessen (voix, piano, flûte), Ingo Dassen (guitare, synthé, Co-Fondateur du Midsummer Prog Festival), Eleën Bartholomeus (guitare, chœurs), Ingo Jetten (basse, chœurs), et Bob Van Heumen (batterie et percussions, chœurs). Sept autres musiciens sont invités, spécialement pour le MidWinter Prog, afin de pouvoir interpréter leur morceau épique d'une vingtaine de minutes, "Babel" ; le lot supplémentaire est constitué d'un quatuor de cordes, d'un percussionniste et d'une chanteuse, ainsi que de Kristoffer Gildenlow.

LESOIR a choisi pour sa prestation sept titres parmi deux albums, dont six issus de "Push Back The Horizon". A l'instar de mes impressions précédentes, ce groupe est agréable à entendre, les musiciens s'appliquent à produire une musique harmonieuse avec des segments enthousiasmants. Personnellement, j'ai été davantage emporté par le morceau final "Babel", audacieux dans sa conception, mais efficace.

Le groupe local est chaudement acclamé par le public majoritairement batave.

PROGRAMME

  1. Aeon (Push Back The Horizon, 2024)
  2. You Are the World (Push Back The Horizon, 2024)
  3. The Drawer (Push Back The Horizon, 2024)
  4. Dystopia (Mosaic, 2020)
  5. Under the Stars (Push Back The Horizon, 2024)
  6. Push Back the Horizon (Push Back The Horizon, 2024)
  7. Babel (Push Back The Horizon, 2024).


Une séance de dédicaces a été proposée avec THE FLOWER KINGS à 14h45.


AVKRVST [15h30-16h30]. https://www.avkrvst.com/

AVKRVST (prononcer Aukrust, ou phonétiquement "Owkreust" ; remplacer les V par des U) est un quintuor norvégien récemment fondé par Martin UTBY et Simon BERGSETH ; on nous rapporte qu'ils auraient fait un pacte à l'âge de sept ans pour former un groupe. Ces deux gamins avaient donc de la suite dans les idées…

Leur album "The Approbation" est paru le 16 Juin 2023. L'opus, décrit comme " conceptuel ", a été enregistré dans une petite cabane dans la forêt norvégienne d'Alvdal. Il exprime des atmosphères qui ne sont pas sans rappeler celles de Porcupine Tree, ou Opeth. Ces joyeux lurons chantent sur "une âme sombre qui est laissée à ses propres pensées, vivant à l'intérieur d'une cabane, seule et isolée, s'éloignant de la civilisation et acceptant la mort". Le visionnage de la vidéo promotionnelle " The Pale Moon " illustre avec de bien belles images, un progmetal que j'estime assez convaincant, ma foi.  Il leur reste à confirmer sur scène cette impression favorable …

AVKRVST est actuellement composé de Simon Bergseth (basse, guitares, chant), Martin Utby (batterie, synthétiseurs), Oystein Aadland (basse, claviers), Edvard Seim (guitares), et Auver Gaaren (claviers).

Leur prestation  me semble conforme à ce qui était pressenti. Cette musique ne prête guère aux réjouissances, et ces jeunes artistes manquent encore d'un peu de charisme. Cependant, les segments semi acoustiques et accords plus lourds alternent avec une belle fluidité mélodique. On perçoit bien leurs influences assumées qui nous rappellent bigrement Opeth et/ou Porcupine Tree, avec un zeste de King Crimson. Le chant est le plus souvent clair, mais de courtes incursions à une voix gutturale peuvent surprendre l'auditeur non averti.

Une bonne partie du public acclame cette prestation relativement prometteuse. Pour convaincre davantage, ils devront s'émanciper de leurs honorables inspirations.

AVKRVST a choisi pour sa prestation six titres issus de "The Approbation".

PROGRAMME

  1. The Pale Moon (The Approbation, 2023)
  2. Isolation (The Approbation, 2023)
  3. The Great White River (The Approbation, 2023)
  4. Arcane Clouds (The Approbation, 2023)
  5. Anodyne (The Approbation, 2023)
  6. The Approbation (The Approbation, 2023).


Une séance de dédicaces a été proposée avec RIVERSIDE à 16h30.


RENDEZVOUS POINT [17h15-18h30]. https://rendezvouspointband.com/

Ce quintuor norvégien fut fondé à Kristiansand, en 2010. Les musiciens se sont rencontrés lorsqu'ils étudiaient la musique rythmique à l'université d'Agder.

J'ai déjà pu les apprécier à deux reprises en concert ; durant leur tournée "Solar Storm", le 5 octobre 2015 (ici) au feu Divan du Monde, invité de LEPROUS. Puis durant leur tournée "Universal Chaos", (ici) le 8 mars 2020 au Trianon, invité d'ANATHEMA.

Leur troisième album, "Dream Chaser" est paru le 21 juin 2024.

RENDEZVOUS POINT est actuellement composé de Petter Walter Hallaråker (guitar), Nicolay Tangen Svennæs (claviers), Gunn-Hilde Erstad Haugen (basse), Baard Hvesser Kolstad (batterie, LEPROUS) et Geirmund Hansen (chant).

Là encore, pas de surprise, je retrouve le groupe conforme à mes impressions antérieures. Ces Scandinaves jouent un métal progressif davantage énergique que mélodique, principalement influencé par leur très illustre compatriote LEPROUS. Mais il serait injuste de s'attarder à cette comparaison. Certes, les compositions ne me paraissent pas aussi mélodiques, et bien évidemment, le chant de Geirmund Hansen, quoique puissant, souffrirait de la comparaison avec celui d'Einar. En revanche, chaque musicien exprime sa partition avec talent et efficacité. Le prix du charisme étant bien sûr décerné à Baard Hvesser Kolstad qui s'implique autant qu'au sein de LEPROUS ; sa frappe dévastatrice procure au groupe une énergie impressionnante. Par ailleurs, je vous mentirais si je n'avouais pas avoir porté plus souvent qu'à mon tour un regard sur la très belle Gunn-Hilde… Détail notable, ils arboraient tous un ruban de couleur autour d'un bras ou d'une jambe ; allez savoir pourquoi…

La tension et l'attention montent indéniablement d'un cran avec cette prestation. L'auditoire, auquel je me joins avec enthousiasme, ovationne bruyamment.

RENDEZVOUS POINT a choisi pour sa prestation treize titres parmi trois albums, dont six issus de "Dream Chaser". Il semble que ces six titres sont interprétés pour la première fois en concert.

PROGRAMME

  1. Digital Waste (Universal Chaos, 2019)
  2. Utopia (Dream Chaser, 2024)
  3. Pressure (Universal Chaos, 2019)
  4. Para (Solar Storm, 2015)
  5. Oslo Syndrome (Dream Chaser, 2024)
  6. The Tormented (Dream Chaser, 2024)
  7. Universal Chaos (Universal Chaos, 2019)
  8. Presence (Dream Chaser, 2024)
  9. Still Water (Dream Chaser, 2024)
  10. Wasteland (Solar Storm, 2015)
  11. Don’t Look Up (Dream Chaser, 2024)
  12. Apollo (Universal Chaos, 2024)
  13. Mirrors (Solar Storm, 2015).

Je me rends à l'échoppe pour me procurer "Dream Chaser" (20€).


THE FLOWER KINGS [prévu 19h15, mais début 19h30-20h40]. https://www.roinestolt.com/

Ce quintet suédois perdure depuis sa création en 1994 à Uppsala, Suède, en dépit d'un hiatus de quatre années, entre 2008 et 2012. Roine Stolt (Ex-KAIPA) avait d'abord formé un trio, avec lui à la guitare et au chant, Jaime Salazar à la batterie et Hasse Bruniusson aux percussions, ex-SAMLA MAMMAS MANNA). Puis cette formation a travaillé avec Stolt sur son album solo "The Flower King", avec la participation de Hasse Fröberg (chant principal et chœurs) …qui est finalement resté avec eux. Bientôt, ils décident de former un groupe en utilisant le nom de l'album solo, THE FLOWER KINGS est ainsi né, ce nom est un hommage au botaniste suédois Carl Linnaeus (alias Carl von Linné), le père de la taxonomie moderne, qui est né non loin de l'endroit où Stolt a grandi. "C'est lui qui a donné des noms aux fleurs", a déclaré M. Stolt. Puis, le claviériste Tomas Bodin et le frère de Roine, Michael Stolt, à la basse, se joignent à eux et le groupe est officiellement au complet.

Leur premier album "Back in the World of Adventures" parait en septembre 1995. En 1999, Michael Stolt quitte le groupe et est remplacé par Jonas Reingold… Jusqu'au mouvement inverse en 2021. En 2001, après "The Rainmaker", c'est au tour de Jaime Salazar de quitter le groupe.

Leur seizième opus studio "Look at You Now" est paru le 8 septembre 2023. Mais, ce soir, les vétérans suédois du rock progressif THE FLOWER KINGS joueront un set spécial basé principalement sur leur troisième album studio "Stardust We Are" qui est paru en avril 1997.

Lors du Misummer festival en 2019, nous avons eu l'occasion d'assister à la prestation de THE FLOWER KINGS "REVISTED" (les pupitres du claviériste et du bassiste étaient en flottement). En revanche, la formation aujourd'hui est identique à celle que nous avons vue au festival NOTP, le 21 juillet 2023.

Nous retrouvons ainsi : Roine Stolt (chant et guitare solo, depuis 1994), Hasse Fröberg (chant et guitare, depuis 1994), Michael Stolt (basse et Moog, de 1994 à 1999, et depuis 2021), Mirko DeMaio (batterie et percussions, depuis 2018), Lalle Larsson (claviers, depuis 2023).

Cette prestation était d'autant plus attendue, que celle du Loreley a été malheureusement écourtée par des problèmes techniques. Hélas, ce soir encore, de nouveaux soucis semblent avoir perturbé l'ordonnancement de leur passage ; après quelques réglages, TFK débute avant un quart d'heure de retard ; celui-ci ne sera que très partiellement rattrapé en finissant cinq minutes plus tard…

Mais notre patience aura été récompensée par un concert fantastique. On retrouve toute la richesse de mélodies, les harmonies (vocales et instrumentales), les ruptures dynamiques… le tout, souvent comparable à l'univers de Yes. En se concentrant principalement sur l'album "Stardust We Are", cette belle formation de THE FLOWER KINGS s'est assurée de la satisfaction des progueux les plus anciens !

Bien évidemment le public est ravi et acclament haut et fort ces dignes représentants du rock progressif !

THE FLOWER KINGS a choisi pour sa prestation cinq titres parmi trois albums, dont trois issus de "Stardust We Are".

PROGRAMME

  1. Compassion (Stardust We Are, 1997)
  2. Church of Your Heart (Stardust We Are, 1997)
  3. Garden of Dreams (Flower Power, 1999)
  4. Big Puzzle (Back in the World of Adventures, 1995)
  5. Stardust We Are (Stardust We Are, 1997).

RIVERSIDE [21h30-23h00]. https://riversideband.pl/en/

Ce quintet polonais créé à Varsovie fin 2001, s'est imposé comme un des groupes majeurs du rock progressif moderne, à force de talent et de persévérance. Après avoir surmonté son immense tristesse qui a suivi le brutal décès de leur guitariste Piotr Grudziński en 2016, RIVERSIDE parvient à perdurer et à rayonner sans cesse davantage, grâce à une discographie frisant l'excellence et des tournées triomphales.

En ce qui me concerne, c'est par le biais de réseaux sociaux que je me suis intéressé à eux vers la fin des années 2000, avant de pouvoir assister à un premier concert, à la Locomotive (ici) le samedi 14 novembre 2009, lors de leur tournée "Anno Domini High Definition" ; un événement dont je ne me suis toujours pas remis. Je les revois ce soir pour une douzième fois.

La formation actuelle comprend Mariusz Duda (chant, guitare basse, guitare acoustique, depuis 2001), Piotr Kozieradzki (batterie, percussions, depuis 2001), Michał Łapaj (claviers, chœurs, depuis 2003) et Maciej Meller (guitare solo, depuis 2017).

Leur huitième album studio, "ID.Entity" est paru le 20 janvier 2023. Ce énième succès a été entretenu par de longues tournées intercontinentales. On peut admettre que le groupe se sente assez cramé pour annoncer une pause pour l'année 2025 ! Mariusz a en effet déclaré que ce 25 janvier sera l'unique date européenne de l'année et que la Cruise sera leur seule autre prestation.

Déjà dans ce cadre, nous pouvons donc nous considérer comme privilégiés d'assister à cet évènement, de fait exceptionnel. Mais en outre RIVERSIDE présente un programme spécifique, composé de titres retravaillés et interprétés avec fantaisie et talent ! A tel point que, pour être honnête, je n'ai pas toujours pu reconnaitre les chansons ! Je ne pouvais qu'être ravi par cette démarche, moi qui me plains fréquemment du manque d'improvisations pendant les concerts de nos jours… Par confort ou par obligation, les spectacles me paraissent trop souvent formatés, minutés, sélectionnés, cadrés. Ce soir, pour cet ultime concert avant longtemps, les polonais se sont fait Plaisir, ils ont joué l'Audace et la Liberté ! Mariusz et Michał nageaient de toute évidence dans le bonheur, les mines réjouies, les corps dansants ! Piotr était trop concentré derrière son pupitre pour que nous distinguions un quelconque signe de plaisir, mais il est permis d'imaginer son régal de contrebalancer son registre traditionnel ! Quant à Maciej, il m'a semblé vraiment s'épanouir enfin dans son rôle ; le groupe lui laisse désormais de plus longs segments de jeu. Par exemple, "Hyperactive" a été introduite à la guitare au lieu du clavier.

Comble de fantaisie, pour terminer ce concert d'anthologie, les membres du groupes s'égrainent un à un pour sortir de scène ; d'abord Maciej puis Mariusz, puis Michał laissant seul Piotr clore le son dans l'obscurité tombée. Tout un symbole.

Le public ne s'y est pas trompé et a ovationné les artistes, comme ils le méritent ! Je me fiche pas mal de la médiocre qualité de mes images immortalisée pour l'occasion ; elles témoignent au moins d'un évènement qui m'aura marqué durablement.

RIVERSIDE a choisi pour sa prestation neuf titres parmi six albums, dont deux issus de "ID.Entity", deux de "Anno Domini High Definition", deux de "Out of Myself", un de "Second Life Syndrome", un de "Shrine of New Generation Slaves", un de "Wasteland". J'ai assisté, incrédule, à des interprétations originales de chansons ; les deux premières m'ont paru méconnaissables ! Certaines n'avaient plus été jouées depuis 2020 ("Out of Myself", "Wasteland", "Hyperactive"). Mon album préféré "Anno Domini" n'a pas été oublié, avec deux titres ! Débarrassée d'artifices sonores, "Big Tech Brother" n'a pas subi d'introduction parlée préenregistrée !!

Bref, que du Bonheur !

PROGRAMME

Bande son introductive : "I Don't Want to Set the World on Fire" (chanson de The Ink Spots, 1938)

  1. Second Life Syndrome (Second Life Syndrome, 2005)
  2. Out of Myself (Out of Myself, 2003)
  3. Big Tech Brother (ID.Entity, 2023)
  4. Wasteland (Wasteland, 2018)
  5. Hyperactive (Anno Domini High Definition, 2009)
  6. Friend or Foe? (ID.Entity, 2023)
  7. Egoist Hedonist (Anno Domini High Definition, 2009)
  8. Escalator Shrine (Shrine of New Generation Slaves, 2013).

RAPPEL :

  1. The Curtain Falls (Out of Myself, 2003).

Il m'a fallu toute la haute classe de ce concert mémorable pour me maintenir éveillé après une journée agitée (…) ; le déplacement vers l'hôtel s'effectue en mode zombie.



vendredi 17 janvier 2025

LEPROUS – Salle Pleyel (Paris 8e) – vendredi 17 janvier 2025.

Quarante-deux. Le hasard des calendriers a abouti à me faire patienter 42 jours avant assister à un concert (mis à part celui des miaulements quotidiens de mon chat) ! Mettons cela sur le compte du délai requis pour redescendre de la planète Gong (…). Pourtant, les tickets pour ce soir sont acquis depuis le 6 septembre dernier, et je ne cache pas que cette abstinence commençait à peser sur mon moral, en ces sombres jours d'hiver à l'actualité toujours aussi anxiogène … Un froid sec, mais somme toute de saison, aurait pu démotiver les moins passionnés. Mais avec le recul je mesure combien ce concert fut immanquable (désolé pour les absents, mais pour le coup cela me semble une réalité indiscutable).

Nous abordons la soirée sans avoir dissipé la confusion sur la programmation ; l'affiche annonce "an exclusive evening with Leprous" et pourtant le ticket indique "LEPROUS + GUETS". A l'aune du programme du précédent concert, hier à Madrid, il était toutefois permis d'imaginer que la soirée serait bel et bien exclusive…


BREF RAPPEL DE PRESENTATION A DESTINATION DES MALHEUREUX NON-INITIES. Ce groupe norvégien, originaire de Notodden, a été fondé en 2001 par Einar Solberg (chant, claviers depuis 2001) et Tor Oddmund Suhrke (guitares, chœurs depuis 2001).

Après deux enregistrements de démonstration ("Silent Waters" en 2004 et "Aeolia" en 2006), la composition du groupe s'est consolidée courant 2008 alors qu'ils enregistraient leur album officiel, "Tall Poppy Syndrome", qui est paru le 5 mai 2009. Ils ont d'abord assuré les premières parties de concert d'Ihsahn (le beau-frère d'Einar) qui, à son tour, a participé à plusieurs albums de LEPROUS en tant que chanteur invité ou producteur.

C'est d'ailleurs à cette époque que j'entends parler d'eux avec insistance, sur les réseaux sociaux. Dès les premières écoutes, l'originalité et la complexité de leur musique, la virtuosité des musiciens et leur audace m'ont irrémédiablement séduit !!! LEPROUS était invité par THERION, (ici) le mercredi 3 novembre 2010 à l'Elysée Montmartre ; cette prestation phénoménale fut en fait le réel début de mon admiration sans cesse croissante pour ces Vikings ! Détail esthétique, à l'époque ou Einar était encore chevelu de dreadlocks et vêtu en style baroque, la clâââsse quoi ! Au fil des concerts suivants, cette admiration a continué croitre ; je ne manquerai plus une occasion de sillonner l'Europe pour les voir, de Valkenburg à Barcelone, en passant par Raismes, Paris ou Savigny ! J'attends l'occasion d'assister à leur prestation sur leurs terres en Norvège ! J'ai ainsi l'impatience de revoir LEPROUS une treizième fois, de surcroit une deuxième fois dans ce prestigieux auditorium.

Les deux fondateurs demeurent à ce jour entourés de Baard Kolstad (batterie depuis 2014), Simen Børven (basse, chœurs depuis 2015), et Robin Ognedal (guitares, chœurs depuis 2017). Le violoncelliste canadien Raphael Weinroth-Browne, qui était encore là, à Pleyel le 12 février 2023, ne semble plus en mesure de participer aux tournées, c'est dommage mais nous devrons nous en passer... Le 16 juillet 2023 au NOTP de Loreley, LEPROUS étaient ainsi revenu au statut de quintuor, sans altérer la qualité des interprétations. Néanmoins, sans doute pour permettre à Einar de se concentrer sur son chant, le claviériste Harrison White est désormais ponctuellement le sixième membre du groupe.

Leur huitième album "Melodies Of Atonement" est paru le 30 août 2024. Cet opus est encore une fois un pur régal, surprenant, déconcertant et intrépide. Les mélodies pénètrent le crâne pour s'y incruster définitivement. Il donne l'occasion au groupe de se lancer sur une petite tournée européenne de sept dates entre le 16 janvier (à Madrid) et le 15 février 2025 (à Oslo). A partir du 4 mars, ils seront aux Amériques jusqu'au 13 mai. Puis, ce sera leur passage au Hellfest le 21 juin.


LE CONCERT [20h10/21h10-21h30/22h50] https://www.leprous.net/

Avec ma p'tite Fée et mon fils, nous parvenons sans difficulté à nous placer au troisième rang en fosse, face au pupitre d'Einar. C'est bien la première fois que j'assisterai à un concert en fosse dans cet écrin. Et je ne le regretterai pas ; l'acoustique s'avèrera évidemment parfaite, et la sonorisation immédiatement excellente. Audible, puissante mais sans excès, tous les pupitres furent perceptibles. Je n'aurai même pas ressenti le besoin de protéger mes oreilles.

Dans ces conditions idéales, nous ne tardons pas à être emporté par le maelström scandinave. L'excellence de l'interprétation nous sidère de chansons en chansons. Le choix des titres est savamment dosé, impossible de reposer le corps et l'esprit. Entouré d'un public bienveillant et en extase, nous baignons dans un bonheur absolument jouissif et sans faille. Il faut souligner que le dispositif d'éclairage accentue les sensations. De surcroit, pour la première fois des effets pyrotechniques enflamment la scène pour accroitre encore l'exaltation. Je ne réalise qu'a posteriori qu'aucun écran n'a usurpé le spectacle. La batterie est posée au fond à droite. Sur la gauche une structure pour les claviers surplombe un autre clavier, disposé plus proche de la fosse, qui permettra aux multi-instrumentistes d'étoffer les ambiances.

film de Hervé "Not Only Prog

Aucun titre de leur répertoire ne pourrait me décevoir, mais l'absence de certains m'aurait déçu assurément. Je ne cache pas mon bonheur d'avoir assisté à nouveau à l'interprétation de titres tels que "Illuminate", "Nighttime Disguise", "Castaway Angels", "On Hold", avec une mention toute particulière pour l'étourdissant "Distant Bells" qui a le don de me rendre incontrôlable sur son crescendo final ! Les titres de "Melodies Of Atonement", déjà superbes, sont encore magnifiés en concert, notamment "Like a Sunken Ship" qui me fait chavirer de plaisir !

Bref, je pourrai relater, sur des lignes entières, ce feu d'artifice émotionnel et incandescent, sans pouvoir faire imaginer à autrui l'intensité du vécu…

Charismatiques et impliqués, les musiciens sont au sommet de leur art. D'une énergie folle, leur présence turbulente sur scène est presque chorégraphique ; les gestes ardents et désarticulés d'Einar, les déplacements fougueux des guitaristes, et la puissance des frappes du batteur, toute cette agitation contribue à l'atmosphère délicieusement étourdissante ! En regardant ce soir ces gaillards Vikings s'agiter sur cette vaste scène où ils peuvent exprimer tout leur talent, je me rappelle les avoir vus jouer sur un petit kiosque en marge du festival BeProg à Barcelone en 2015 ; j'imagine leur frustration à l'époque !!

Ce concert magistral a démontré une fois de plus toute la maîtrise de ces Norvégiens qui ont su développer leur identité atypique. Du metal progressif certes, mais avec une originalité flagrante. Les rythmes sont délicieusement syncopés, les ruptures harmoniques déstabilisent constamment l'auditeur. Le batteur Baard Kolstad n'est pas innocent, coupable d'irrépressibles rythmes nuancés. Tous les instruments sont exploités avec finesse et sensibilité ; un exemple évident me revient en mémoire, avec le souvenir du magnifique "Unfree My Soul" dont l'introduction à la guitare exprime un son similaire à celui d'une harpe dont les cordes sont retenues, presque étouffées. En arpèges ou en accords ébouriffés et ciselés, les harmonies sont entêtantes. Pièce maitresse du Groupe, le chant aigu, alternativement rageur, désespéré, en falsetto plaintif et/ou émouvant d'Einar, captive le public avant de l'ensorceler puissamment. A 39 ans, ce chanteur absolument exceptionnel est doté d'un timbre identifiable, d'une tessiture impressionnante, il alterne sans difficulté sa voix claire avec quelques grognements. Ses cordes vocales expriment avec émotion toutes les nuances de sa sensibilité que l'on devine aisément authentique. Comme beaucoup d'entre nous sans doute, je me suis souvent vainement hasardé à suivre la ligne de chant… Difficile de qualifier ou même de comparer cette voix atypique ; ce n'est pas celle d'une femme, ni celle d'un enfant. Celle d'un homme assurément, mais plus proche de celle d'un contre-ténor ou un haute-contre d'opéra, que d'un ténor. Ajoutons à cela une totale cohésion de groupe ; les guitaristes et Einar préfèrent l'usage des claviers, plutôt que celui des sons préenregistrées (un son fugace de violoncelle a pu être perçu). Des premiers rangs, pendant les morceaux on peut lire sur les visages une complicité, une application de chaque instant, une rigueur tout scandinave. Ce qui tranche avec les faciès réjouis une fois leur mission accomplie. Bref, ces talentueux Vikings disposent d'un répertoire d'une richesse musicale inouïe, qu'ils n'ont eu aucune difficulté à nous démontrer !

Comme pour ajouter de l'émotion à une soirée qui n'en manquait pas. Les parents de Baard sont présents dans la salle pour assister à la gloire de leur fils. On devine leur fierté, peu avant la fin de l'acte 1, juste avant de débuter "Foe", lorsque celui-ci les remercie publiquement pour lui avoir offert le creuset de son aventure. On apprend ainsi que sa maman déteste l'avion (tiens, une aviophobie qui me rappelle celle d'Agnetha Fältskog), ce qui rend sa présence d'autant plus remarquable.

L'autre moment d'émotion collective fut "Faceless", titre durant lequel un chœur de dix admirateurs très émus a été sélectionné pour le refrain final ; " Never go alone, never go alone, Never the unknown, never the unknown ". Chacun peut imaginer aisément que ce moment d'anthologie aura marqué l'esprit des élus.

Pour ma part d'émotion, je tenais tout particulièrement à réentendre "Distant Bells", dont nous avions été privés il y a deux ans ici. Je crois bien pouvoir affirmer que je ne fus pas le seul à m'émouvoir de ce titre, à l'aune de l'acclamation particulièrement intense qui a suivi ! J'ose imaginer/espérer, en voyant les mines réjouies des musiciens, que cette chanson devra être inscrite au programme des prochains concerts.

Cette sensation de bien-être est partagée dans le public comme sur scène. Quelques moment d'ambiance choisis : Einar feint des scrupules à se montrer bavard (ce qui ne me semble pas le cas du tout !), et invite le public français à lui hurler un "Ta gueule" ce qui provoque l'hilarité générale ; Tor reconnait ses limites dans la langue française mais se met à chanter "Sur le pont d'Avignon" ; Simen est tout content de montrer sa guitare miniature avec laquelle il introduit à la basse le titre suivant.

Les huit albums ont été évoqués, avec vingt-et-un titres, dont six issus de leur récent "Melodies Of Atonement", quatre de "Aphelion", quatre de "Pitfalls", deux de "Malina", deux de "The Congregation", un de "Bilateral", un de "Coal", un de "Tall Poppy Syndrome".

PROGRAMME

ACTE 1:

  1. Silently Walking Alone (Melodies Of Atonement, 2024)
  2. The Price (The Congregation, 2015)
  3. Illuminate (Malina, 2017)
  4. I Hear the Sirens (Melodies Of Atonement, 2024)
  5. Like a Sunken Ship (Melodies Of Atonement, 2024)
  6. Forced Entry (Bilateral, 2011)
  7. Out of Here (Aphelion, 2021)
  8. Alleviate (Pitfalls, 2019)
  9. Distant Bells (Pitfalls, 2019)
  10. Foe (Coal, 2013)
  11. Nighttime Disguise (Aphelion, 2021).

ACTE 2 : environ 20 minutes d'entracte

  1. Unfree My Soul (Melodies Of Atonement, 2024)
  2. On Hold (Aphelion, 2021)
  3. Below (Pitfalls, 2019)
  4. Passing (Tall Poppy Syndrome, 2009)
  5. Faceless (Melodies Of Atonement, 2024)
  6. Castaway Angels (Aphelion, 2021)
  7. From the Flame (Malina, 2017).

RAPPEL 1 :

  1. Slave (The Congregation, 2015).

RAPPEL 2 :

  1. Atonement (Melodies Of Atonement, 2024)
  2. The Sky Is Red (2ème partie uniquement) (Pitfalls, 2019).

 

En ce début d'année, j'avais pourtant formulé le pieux engagement de ne plus acheter de nouveaux t-shirt, car je ne dispose pas d'un espace insondable. D'autant moins que les prix s'envolent ; 40 € cette fois encore ! Néanmoins, au prétexte d'un concert absolument mémorable mentionné sur son dos, une fois encore je cède à la tentation d'un nouveau t-shirt de concert ; le troisième de LEPROUS (sans compter leur mention sur ceux des festivals).

Dans le public, novices comme admirateurs de longue date, ne tarissent pas d'éloges dithyrambiques. Pas un seul avis discordant parmi les commentaires entendu au sortir de l'auditorium.

Le lendemain, les muscles sont quelque peu endoloris (…) mais les airs envoûtants hantent inlassablement mon esprit encore émerveillé. Le lecteur l'aura (peut-être) compris, la Salle Pleyel était assurément l'endroit où tout mélomane se devait d'être ce soir-là…

vendredi 6 décembre 2024

GONG – Café de la Danse (Paris 11) – le vendredi 6 décembre 2024.

UN SITE. Le CAFÉ DE LA DANSE est situé au cœur du quartier de Bastille, au 5 Passage Louis-Philippe à Paris dans le 11ième. C'est un bel auditorium, qui accueille des spectacles, des concerts et des évènements depuis 1992, et qui fonctionne en partenariat avec la Mairie de Paris, la SACEM (Société des Auteurs, Compositeurs et Éditeurs de Musique) et la SCPP (Société Civile des Producteurs Phonographiques). La salle dispose de deux types de configurations : 250 places assises ou 500 places debout/assis.

UNE HISTOIRE. A l'instar de nombreux groupes de l'époque, le pedigree de GONG est compliqué à suivre, mais autant le dire toute de suite ; de la première formation de GONG, il ne reste personne. La survie du concept mérite donc un p'tit historique…
https://gongband.bandcamp.com/
https://www.gongband.com/

Communauté artistique hippie internationale et indéfinissable par excellence, on pourrait toutefois, sans outrager les protagonistes, les situer dans la catégorie du rock progressif, bien que ce cadre semble étroit pour les définir ! GONG est considéré comme l'un des groupes de rock les plus atypiques, novateurs et expérimentaux des années 70, en exprimant un mélange expérimental de space-rock, de jazz et de psychédélisme, avec des éléments de mysticisme et de surréalisme…

Daevid Allen, musicien australien, grand facteur de la fantaisie et de l'irrationnel, avait d'abord animé le DAEVID ALLEN TRIO en 1963 (formé de Hugh Hopper à la basse et Robert Wyatt à la batterie). Puis il mena SOFT MACHINE en 1966. Mais en 1967 ou en 68 (selon les sources confuses) il se fait refouler à la frontière anglaise après une tournée française. Le musicien australien n'a pas eu l'autorisation de regagner le Royaume-Uni, son visa ayant expiré ! Cet exil forcé en France, le contraint à s'installer à Paris. C'est à cette époque qu'il fonde GONG, en 1969 ; Il y avait alors Daevid Allen (chant, guitare), Gilli Smyth (chant, chœurs) et Didier Malherbe (flûte, saxophone) auquel s'ajoutait le batteur éphémère Rachid Houari, en 1969. Le guitariste Steve Hillage rejoindra la formation à géométrie variable, en 1972.

Le premier album, "Magick Brother", enregistré avec des musiciens de passage, se caractérise par un audacieux son pop psychédélique. Mais c'est en 1971, que parait l'emblématique album "Camembert électrique", qui va définir l'entité GONG par un son plus rock psychédélique/space-rock auquel il sera souvent associé par la suite. Gong a enchaîné d'autres albums restés célèbres comme "Flying Teapot" (1973), "Angel's Egg" (1973) et "You" (1974), qui constituent la fameuse trilogie Radio Gnome Invisible du groupe, qui relate les aventures facétieuses de Zero the Hero.

Je renonce à détailler les suites polycéphales, qui se sont nommées alternativement au gré des repreneurs ; Pierre Moerlen's Gong, Mother Gong, Planet Gong, New York Gong et Gongmaison. Bref, après un parcours farfelu, confus et nappé de parfums exotiques, en 1990 Daevid Allen reprend GONG, qu'il aura mené jusqu'à son décès d'un cancer, le 13 mars 2015.

C'est là où la formation actuelle débute, en fait ! Allen a incité ses acolytes à continuer l'aventure de GONG, sans lui. Le collectif accepte et décide donc de continuer conformément à ses vœux. Le nouveau GONG embauche Kavus Torabi (Guapo, Cardiacs) qui les avait déjà accompagnés en tournée comme guitariste les années précédentes. Le groupe se révèle ainsi à la fois dynamique, méditatif, puissant et explosif ; leur musique s’inspire du credo du GONG original tout en restant déterminé à entretenir une saine créativité, sans s’embarrasser de la nostalgie excessive : "Rejoice, I'm dead, At last I'm free!"…

C'est ainsi que débute leur période la plus stable finalement, depuis huit années ; nous retrouvons ce soir Fabio Golfetti (guitare, depuis 2012), Ian East (flûte, saxophone, depuis 2012), Dave Sturt (basse, depuis 2012), Cheb Nettles (batterie, depuis 2016), et donc Kavus Torabi (chant, guitare depuis 2016).

C'est cette formation qu'avec ma P'tite Fée nous sommes allés voir en concert en Ecosse, au Summerhall d'Édimbourg, le 23 mars 2024. (mon récit, ici) Cette soirée-là, qui s'inscrivait dans le cadre d'une tournée britannique commune avec OZRIC TENTACLES, était déjà l'occasion de promouvoir leur récent opus "Unending Ascending" paru le 3 novembre 2023. (D'ailleurs, une nouvelle édition spéciale de cet album parue ce 20 septembre 2024, comprend désormais un livret (huit pages), et surtout six titres bonus inédits enregistrés précisément lors de ce concert en 2024. Je ferai l'effort de ne pas le racheter.). Ils viennent à Paris dans le cadre de leur tournée européenne "Universal Ascension 24", qui comprend vingt-six dates, entre le 7 novembre et le 9 décembre.

Ouverture des portes 19h30. Avec mon fils ainé et ma P'tite Fée nous nous plaçons en fosse, non loin du bord de la scène.

UN CONCERT [20h15-20h50/21h10-22h25].

Cet auditorium étant doté d'une acoustique excellente, il revenait à l'ingénieur du son de garantir la bonne transmission. La sonorisation nous a paru parfaite ; tous les pupitres furent audibles, même si la batterie m'a semblé un peu trop exposée. Un éclairage très bien dosé selon les atmosphères ont permis de bien observer les interventions ; même si la Musique incite souvent l'auditeur à méditer en fermant les yeux ! Un vaste écran mural diffuse les images délicieusement psychédéliques. Le quintuor dispose d'une large scène, mais c'est le charismatique Kavus Torabi qui s'y déplace le plus ! 

Au risque de paraitre comme un rédacteur fainéant (mais je suis sûr que les connaisseurs me comprennent), un concert de GONG, sans doute davantage que celui de tout autre groupe d'artistes, se vit davantage qu'il ne se raconte. Il invite son public à un voyage cosmique, intemporel. Pour embarquer dans le vaisseau, il est essentiel d'ouvrir ses chakras et de se laisser porter par les sonorités hallucinatoires. On peut soit clore les paupières pour favoriser la captation sonore, soit ouvrir grand les yeux pour pénétrer l'univers visuel baigné par un spectacle de lumière kaléidoscopique inoubliable, diffusé opportunément par Fruit Salad Lights.

L'acte I nous a surpris par sa durée inhabituellement courte, alors que nous commencions tout juste à élever nos esprits, notamment après "Rejoice !" enivrant ! Mais c'était en fait pour mieux rebondir vers un espace intersidéral, contrairement à ce que laisserait entendre le titre de reprise "Tiny Galaxies" ! GONG nous aura bien hypnotisés durant deux heures intenses et extatiques.

Sur notre gauche, Ian East alterne son saxophone soprano et son saxophone ténor en si, pour pimenter d'un côté jazzy les errances cosmiques exprimées par le quintet. A son côté, le très charismatique Kavus Torabi, souriant et exubérant, les yeux souvent exorbités, s'éclate sur scène avec un plaisir communicatif ! Dave Sturt, plus discret mais tellement efficace, entraine l'ensemble en alternant des ostinatos ensorcelants et des subtils accords vrombissants. Quant à Fabio Golfetti, il honore la mémoire Daevid ALLEN, notamment en perpétuant son art d'extraire les sons "en glissando", en frottant une tige métallique. Efficace et puissant, Cheb Nettles garantit toutes les subtilités rythmiques exigées par ces compositions excentriques.

Le summum aura été l'enchaînement de "Ship of Ishtar" avec l'emblématique "Master Builder" dont on ne se lasse pas. Ce titre est précédé d'une longue phase introductive et introspective jouée, dans la pénombre bleutée, par les guitaristes qui font vibrer les cordes avec leur tige de manière à évoquer les méditations tibétaines. Pour peu que l'auditeur consente à suivre ce mouvement préalable, il aborde alors "Master Builder" dans un état de transe inouïe en marmonnant le "IAO ZA-I ZA-O, MA-I MA-O, TA-I TA-O NOW". Les pieds ne touchent plus le sol. Ce transport extrasensoriel imparable se renouvelle, à l'instar de nos expériences déjà vécue avec Steve Hillage lors du festival de Loreley le 21 juillet 2019, ainsi qu'à Edinburg le 23 mars dernier !

Comme pour nous maintenir en apesanteur, GONG nous assène "Insert Yr Own Prophecy", puis "You Can't Kill Me". Ce dernier titre évoquant la toute première époque du groupe légendaire.

Kavus Torabi, soulignant que GONG n'était pas revenu dans Paris depuis dix années (en effet, la dernière remontait au 15 octobre 2014 au Trabendo), prétend qu'un retour est escompté sous peu, ce dont le public prend acte avec un enthousiasme bruyant. Cette réponse semble avoir convaincu les musiciens ; nous verrons bien …

Avec douze titres, cinq albums sont évoqués : cinq titres issus de "Unending Ascending" (2023), quatre de "Rejoice ! I’m Dead !" (2016), un de "Camembert électrique" (1971), un de "The Universe Also Collapses" (2019), et un de "You" (1974).

PROGRAMME
ACTE 1:

  1. My Guitar Is a Spaceship (Unending Ascending, 2023)
  2. Kapital (Rejoice ! I’m Dead !, 2016)
  3. All Clocks Reset (Unending Ascending, 2023)
  4. Rejoice! (Rejoice! I’m Dead !, 2016)
  5. Choose Your Goddess (Unending Ascending, 2023)

ACTE 2:

  1. Tiny Galaxies (Unending Ascending, 2023)
  2. My Sawtooth Wake (The Universe Also Collapses, 2019)
  3. Through Restless Seas I Come (Rejoice ! I’m Dead !, 2016)
  4. Ship of Ishtar (Unending Ascending, 2023)
  5. Master Builder (You, 1974).

RAPPEL :

  1. Insert Yr Own Prophecy (Rejoice ! I’m Dead !, 2016).

RAPPEL :

  1. You Can't Kill Me (Camembert électrique, 1971).

On ne sort pas indemne d'un tel voyage. Le bonheur se lit sur les visages des auditeurs. Un choix restreint dans les tailles de t-shirt nous permet de demeurer raisonnables. Une petite halte désaltérante dans un bar de la Bastille nous remettra les idées en place, pour un atterrissage en douceur ! IAO ZA-I ZA-O, MA-I MA-O, TA-I TA-O NOW…

 




jeudi 5 décembre 2024

MOSTLY AUTUMN – Spirit of 66 (Verviers, Belgique) – le jeudi 05 décembre 2024.

 

LE CONTEXTE. Chaque année à la même époque, MOSTLY AUTUMN vient de York pour jouer quelques concerts dans le Benelux, et célébrer ainsi avec un peu d'avance les fêtes de fin d'année. Avec ma p'tite Fée, nous y participons pour notre troisième fois consécutive ce soir, dans cette salle mythique. Nous assistons ainsi à notre sixième concert de ces Anglais, que nous écoutons inlassablement.

Pourtant, des gens raisonnables se seraient abstenus ; le lendemain nous irons célébrer la perpétuation de la Légende de GONG au Café de la Danse, alors que nous venons de revoir MOSTLY AUTUMN le 26 octobre dernier, mais quand on aime on ne compte pas, parait-il. Ewé….

Autant dissiper tout malentendu en préalable à la lecture de mon récit ; comme ma p'tite Fée, je suis un admirateur assumé, quoique relativement tardif. Voilà qui est dit. Et il faut l'être pour se lancer sur quatre cents kilomètres de routes sous une pluie incessante. Plus de quatre heures et demie, soit une demie heure de plus que prévu… 

Cela ne nous empêche pas de respecter notre petit rituel gastronomique ; nous nous restaurons à la Fringale, une petite friterie bien sympathique, où l'excellente bière locale nous est servie à la pression. Puis Maguy nous accueille dans son douillet hôtel des Ardennes où nous nous accordons une phase de repos bien mérité avant de nous rendre au Spirit.

LE GROUPE. Pourquoi particulièrement MOSTLY AUTUMN parmi la multitude d'artistes que nous avons la chance d'admirer par ailleurs ? En tant que mélomane et ex-musicien, j'admire les belles voix, les chants et les chœurs, magnifiés par un ensemble instrumental exécutés par d'excellents musiciens. Toutes les compositions offrent à l'auditeur un véritable maelström harmonique savamment constitué d'accords mélodiques et sensibles de guitares, de claviers, et de flutes, transcendés par une base rythmique à la fois puissante et mesurée. Leur musique exprime avec finesse et nuances, un univers onirique, parfois mélancolique, ou tout simplement très émouvant ; n'est-ce pas ce qui est attendu de la Musique !?

Petit rappel biographique, nécessaire pour éclairer leur musique actuelle : MOSTLY AUTUMN a été formé au milieu des années 1990. Les membres fondateurs sont issus d'un groupe hommage à PINK FLOYD et aux années 1970, nommé ONE STONED SNOWMAN. La formation fondatrice du groupe était composée notamment de Bryan Josh (chant et guitares), et d'Iain Jennings (claviers). Les premiers concerts de MOSTLY AUTUMN étaient soutenus par ONE STONED SNOWMAN ou vice versa ; d'ailleurs, le dernier concert d' ONE STONED SNOWMAN fut un spectacle d'adieu en décembre 1995 et était effectivement soutenu par MOSTLY AUTUMN.

Ce soir, autour de Bryan Josh (chant et guitares, depuis 1995), et Iain Jennings (claviers, de 1995 à 2005, puis depuis 2010), nous retrouvons Olivia Sparnenn-Josh (chant principal depuis 2010, mais chœurs, percussions, flûte à bec, depuis 2004), Angela Gordon (flûtes, claviers, percussions, et chœurs, de 1999 à 2007, et depuis 2015), Chris Johnson (guitares rythmiques et acoustiques, chant, claviers, de 2006 à 2007, et depuis 2014), Andy Smith (basse, depuis 2000) et de Henry Rogers (batterie, depuis 2018).

Un prochain album, déjà intitulé "Sea Water" est prévu au premier semestre 2025. Je l'ai précommandé afin de garantir la version spéciale avec son bonus ; je précise que les deux derniers opus comprenaient chacun un disque bonus dont les compositions nous semblent aussi magnifiques que celle retenues pour le disque officiel !!

Arrivés sous le porche de l'établissement vers 18h40, des mélomanes plus fêlés que nous attendent déjà l'ouverture des portes. Lorsque nous entrons, nous pouvons toutefois sans difficulté nous positionner au bord de la scène, positionnés entre les pupitres d'Olivia et de Bryan.

LE CONCERT [20h30/21h20 – 21h45/23h30] : Une fois passées quelques minutes d'équilibrage des pupitres, la sonorisation s'avèrera très bonne, si bien qu'aucune protection auditive ne s'avère indispensable. L'éclairage scénique est proportionnel à cette petite salle, on le sait et l'auditoire adapte sa vue aux couleurs choisies, souvent un peu sombres.

Par la force des choses, vu la configuration du groupe sur scène, le regard se porte irrésistiblement sur la prestation d'Olivia qui continue d'irradier de son charisme, de son charme, de sa vivacité et de sa voix. Même les segments compliqués à chanter, sur "White Rainbow" ou "Broken Glass", sont exprimés avec une grâce qui excuse toutes les imperfections scéniques. Son timbre limpide, harmonieux et puissant, est un surcroit indéniable de qualité pour ce groupe, qui n'en manque pourtant pas par ailleurs ! Je ne peux pas m'empêcher de me réjouir de la complémentarité du couple qu'elle forme avec Bryan. On les sent complices, sans exubérances mais avec des regards et des signes qui ne trompent pas l'observateur.

Toutefois le chant est partagé heureusement avec les voix d'Angela, de Chris et de Bryan. Tous contribuent à soutenir la qualité des compositions dans une merveilleuse combinaison des sons, une véritable eurythmie. Cette complicité musicale est particulièrement flagrante entre les deux multi-instrumentistes Angela et Chris qui alternent leurs talents aux flûtes et au clavier (Angela), aux guitares et au clavier (Chris) ou encore au chant (pour les deux). Ceci explique sans doute cela, ils jouent tous deux par ailleurs dans des formations "folk", leur expérience et leur complémentarité constitue un apport incontestable. La voix douce et expressive de Chris m'émeut, notamment lorsque qu'il chante ses compositions "Changing Lives" et "Silver Glass".

Enclaver derrière son pupitre, Iain le fidèle complice, semble souffrir de la chaleur produite par les proches rampes d'éclairage mais cela ne perturbe pas son application pour sublimer avec une grande sensibilité les compositions par des accords, des touches subtiles, des nappes de sonorités puissantes ou délicates selon les séquences.

Personne ne peut ignorer la qualité de jeu de Bryan, dont l'influence majeure de David Gilmour est souvent trahie. Ses accords m'émeuvent autant que ceux d'Andrew Latimer, Nick Barett, Steve Rothery (pour ne citer qu'eux).

Voilà c'est dit (ou presque) sur ces musiciens ; je ne parle pas de niveau de technicité, ni d'expérience musicale, je parle de sensibilité et d'aisance à partager des émotions. Tous leurs titres sont de nature à m'émouvoir, mais je me réjouis d'avoir de nouveau entendu "Mother Nature", "White Rainbow" et "Western Skies", dont la richesse harmonique est à la fois subtile et somptueuse.

Pour clore traditionnellement ce concert de fin d'année, quelques accoutrements de circonstances achèvent d'entretenir une humeur festive. Bryan n'a aucun mal à nous faire chanter des chansons inscrites dans la tradition britannique de Noël, dans une atmosphère particulièrement bienveillante. Les sourires sont épanouis, les corps se balancent ; on se sent bien, tout simplement. Dans l'humeur grivoise de la reprise finale des Pogues, Bryan euphorique tire du pied sa dernière canette en direction de ses complices à l'autre bout de la scène. L'objet est évité avec les sourires complices mais soulagés !

Le public ne s'y trompe pas et ovationne à tout rompre l'ensemble de la prestation sublime, comme d'habitude.  

Cette prestation comporte vingt-et-un titres, dont quatre issus de "For All We Shared" (1998), trois de "Sight of Day" (2017), trois de "White Rainbow" (2019), deux de "Graveyard Star" (2021), un de "Heart Full of Sky" (2006), un de "Storms over Still Water" (2005), un de "Passengers" (2003), un de "The Last Bright Light" (2001), un de "The Spirit of Autumn Past" (1999).

PROGRAMME

ACTE 1:

  1. In for the Bite (Limited, Transylvania - Part 1 - The Count Demands It, reprise de Josh & Co, 2016)
  2. Into the Stars (White Rainbow, 2019)
  3. Winter Mountain (The Spirit of Autumn Past, 1999)
  4. Western Skies (White Rainbow, 2019)
  5. The Last Climb (For All We Shared…, 1998)
  6. Passengers (Passengers, 2003)
  7. Back in These Arms (Graveyard Star, 2021)
  8. Silver Glass (Heart Full of Sky, 2006)
  9. The Night Sky (For All We Shared…, 1998).

ACTE 2:

  1. Tomorrow Dies (Sight of Day, 2017)
  2. Nowhere to Hide (Close My Eyes) (For All We Shared…, 1998)
  3. Broken Glass (Storms over Still Water, 2005)
  4. Changing Lives (Sight of Day, 2017)
  5. This Endless War (Graveyard Star, 2021)
  6. Heart, Body and Soul (Sight of Day, 2017)
  7. Mother Nature (The Last Bright Light, 2001).
  8. White Rainbow (White Rainbow, 2019).

RAPPEL :

  1. Heroes Never Die (For All We Shared…, 1998)
  2. I Believe in Father Christmas (reprise de Greg Lake)
  3. A Spaceman Came Travelling (reprise de Chris de Burgh)
  4. Fairytale of New York (reprise de The Pogues).

MOSTLY AUTUMN s'est ainsi brillamment acquitté de sa fonction troubadour, par ses temps troublés. Nous avons tardé délibérément dans la salle, après le concert pour leur exprimer toute notre gratitude et notre admiration. Comme de coutume ils se sont tous montrés disponibles et reconnaissants de notre attention. Nous leur avons fait signer des portraits de précédentes rencontres. Les informations sur la période de parution du prochain album demeurent évasives, mais on peut l'estimer à la fin du premier trimestre probablement. En tout état de cause, nous les reverrons très certainement chez Paulette, le 28 mars 2025. 

L'échoppe nous donne l'occasion de soutenir ces authentiques et attachants artistes ; je me procure un DVD et ma p'tite Fée opte pour un bonnet magnifiquement brodé. De quoi tenter un prosélytisme amplement justifié…

Cette évènement nous aura une nouvelle fois permis de rencontrer des gens passionnés comme nous, venus de loin eux aussi ; des Anglais, des Allemands et des Belges bien sûr. Sans oublier des Français venus de Normandie et de Lyon auprès desquels nous avons promus la valeur de LAZULI. Sans doute de futures adeptes eux aussi à en croire leur première réaction !

Un p'tit déj' aux produits du Terroir servis par Maguy nous permet de reprendre la route malgré un temps encore pluvieux. Nous retrouverons le soleil une fois en France; mais en fait, celui-ci n'avait jamais quitté notre esprit ravi, ces dernières heures...