mardi 30 novembre 2021

STEVE HACKETT– Salle Pleyel (Paris 8e) – 30/11/2021.

Ce concert revêt une saveur particulière puisqu'il s'agit du premier ticket acheté avant la pandémie, dont l'évènement avait été maintenu mais reporté. Mon côté parano me portait à m'inquiéter de l'accès, mais finalement un simple passeport vaccinal devait accompagner le sésame désignant des sièges maintenus.

LE CADRE

C'est toujours une grande satisfaction de se rendre à la salle Pleyel, car ce véritable auditorium, est confortable, accueillant et surtout doté d'une acoustique irréprochable. Inaugurée en 1927, dans un style art déco, elle est située dans le 8e arrondissement de Paris, au 252 rue du Faubourg-Saint-Honoré. Plusieurs fois rénovée, elle est inscrite au titre des monuments historiques depuis le 3 septembre 2002. Depuis 2016, après onze mois de travaux, la salle Pleyel peut désormais accueillir deux mille personnes assises (voire cinq cents de plus en escamotant les sièges de sa fosse amovible).

L'ouverture des portes à 19h permet à la horde de laisser la fraicheur automnale à l'extérieur. Une moyenne d'âge élevée est trahie par beaucoup de calvities, de poils gris. Cet honorable entourage me rappelle d'ailleurs que je me raserais bien la barbe, histoire de dissiper cette fâcheuse marque du temps !

L'évènement est annoncé complet, mais les places sont numérotées donc aucun stress, nous pénétrons dans l'antre du bonheur, à la fois excités et calmes (si, c'est possible !). Nos sièges sont en fosse, à quelques rangs de la scène, excentrés sur notre droite, du côté de l'emplacement du bassiste. Donc relativement proches des enceintes acoustiques latérales, mais nos craintes à ce sujet seront vite dissipées.

Rappelons brièvement l'essentiel du parcours du Monsieur. En 1971, Steve Hackett remplace Anthony Phillips au sein de Genesis. Il accompagne alors l'âge d'or du groupe anglais. Cependant ses idées artistiques ne sont pas assez reconnues selon lui et les choix des autres l'agacent. Son premier album solo "Voyage of the Acolyte" paraît en 1975. Fin 1976, au terme de l'enregistrement de l'album "Wind and Wuthering" ses petits camarades s'opposent à y intégrer le titre "Inside and Out" qui sera relégué en face B du monoplage "Spot the Pigeon" (13:23) paru en mai 1977. La frustration de Steve s'accentue d'autant plus lorsque ce titre sera joué pendant la tournée suivante … et fera même l'objet d'un magnifique solo de Tony. Il finit par quitter Genesis au terme de la tournée de "Wind and Wuthering", alors que "Seconds Out", l'enregistrement du concert parisien, est en phase de mixage.

Il avait donc 27 ans, il en a maintenant 71 mais ne semble en souffrir en aucune manière. Nous, si. Je confesse ne pas avoir suivi cette carrière, mais j'observe que son 28ème opus, intitulé "Surrender of Silence", paru ce 10 septembre 2021, semble accueilli diversement par la Critique. Pour ma part, je n'ai écouté qu'un titre qui ne m'a pas emballé plus que cela… Mais bon, je ne pense pas être le seul ce soir à me déplacer pour le volet antérieur de sa carrière !

Après une vaine tentative de reformation de Genesis, avortée en 2007, il décide en octobre 2012 de réarranger quelques titres en faisant paraitre "Genesis Revisited II". Constatant le succès recueilli, il décide fort opportunément de continuer à rendre hommage à cette période sur les tournées suivantes. C'est ainsi que j'ai pu le voir en tête d'affiche du Be Prog My Friend festival le 30 juin 2018. Ses complices étaient déjà les même que ce soir, à l'exception du batteur Gary O'Toole.

LE CONCERT [21h10-23h].

Il a toujours su s'entourer de très bons (voire excellents) musiciens pour l'accompagner ; cinq d'entre eux sont avec nous ce soir sur scène : les deux Suédois Nad Sylvan (chant - Agent Of Mercy) et Jonas Reingold (basse – The Flower Kings) ainsi que Roger King (claviers - The Mute Gods), Rob Townsend (saxophone, clarinette, flute) et Craig Blundell (batterie - Steven Wilson, Pendragon, Frost…).

L'acoustique de la salle étant idéale, il restait à l'ingénieur du son à faire son boulot. Et sur ce point aussi la perfection fut au rendez-vous. La sonorisation fut parfaitement équilibrée. De notre place nous aurions pu souffrir du moindre excès, mais la puissance fut relative et chaque pupitre fut respecté.

Pas d'artifice particulier pour cette vaste scène ; aucun écran, ni fond de scène. Deux plateformes relèvent le pupitre des claviers à notre gauche et celui de la batterie à notre droite. L'éclairage m'a paru soigné, même s'il est clair que Steve ne peut rivaliser avec les moyens d'un groupe comme Genesis. En tous cas, il fut suffisant pour mettre en valeur ces artistes ainsi que toute la complexité des atmosphères.

Ce bel écrin nous a permis de participer pleinement à l'invitation aux voyages de ces musiciens talentueux. Steven entretient la communication avec son public ; parfois en français, plus souvent en franglais, ce dont il s'excuse volontiers. Personne ne lui en tiendra rigueur : les anglais faisant cet effort ne sont légions !

Durant une quarantaine de minutes, il nous interprète quelques titres choisis parmi ceux issus de son parcours solitaire. Choix qui écarte totalement quatre décennies (80's 90's 00's 10's). Je me régale sincèrement, même si je connais peu ces titres, exceptés l'immanquable, le sublime "Shadow of the Hierophant", dont il joue ici une version instrumentale et écourtée. L'effet crescendo du final est probablement astucieusement accentué par l’ingénieur de son, car les pédales de basses actionnées par Jonas nous fait vrombir les poumons ! Un pur bonheur auditif !!

On aurait apprécié une première partie de soirée un peu plus longue. Mais la frustration est tempérée par l'assurance d'une seconde partie plus dense encore.

Un entracte d'une demi-heure permet aux mélomanes d'échanger les premières impressions.

Ponctuel, les artistes reviennent pour la suite tant attendue.

Ce volet de la prestation de Monsieur Hackett était le plus attendu par l'auditoire. Et nous ne serons pas déçus. Quelle sensibilité émouvante (touchés mesurés, nuances et notes délicatement distillées), quelle technique remarquable ! On n'est pas dans la démonstration technique et pourtant le virtuose peut montrer toute l'étendue de son talent. Ses bases classiques se mêlent à ses influences de jazz et à ses humeurs éthérées. Evidemment, les mélomanes avertis observent les fameux tapotements -ou "taping" pour les anglicistes- exercice de jazz dont il peut légitiment revendiquer au moins la popularisation ! Un vrai régal pour nos sens … Pour le reste, quelles que soient les regrettables raisons de sa séparation du groupe légendaire, on peut apprécier la capacité de Steve Hackett à réarranger les titres qu'il a coécrits pour Genesis. De nombreux segments font l'objet d'improvisations admirables.

Mais le monsieur est suffisamment intelligent pour laisser ses complices scéniques s'exprimer dès que possible. A commencer par le plus exubérant Rob Townsend, dont les multiples compétences lui permettent d'alterner la clarinette soprano, le saxophone, les flûtes et parfois même des percussions. Ce multi-instrumentiste est issu de l'univers Jazz et cela s'entend. Nous aurons tout particulièrement apprécié le duo avec Steve Hackett lors de "Firth of Fifth".

L'autre duo notable avec Rob fut aussi celui avec le non moins talentueux Jonas Reingold. Ô bien sûr, on pourra prétendre que mon impression était causée par ma proximité visuelle, mais non. Honnêtement, ce son de basse, cette dextérité, cette complexité de jeu, se sont imposés à mes oreilles durant toute la soirée ! Parfois même au détriment du reste, je le confesse volontiers. Même en soutien six cordes, sa présence est perceptible. Impressionnant. Il fallait bien un tel niveau pour arriver au niveau de Mike Rutherford, titulaire du pupitre à la genèse de ces titres.

Quant à la lourde tâche de se substituer à Tony Banks aux claviers, elle incombe à ce brave Roger King qui ne démérite pas non plus. La multitude des accords, des mélodies est interprétée le plus souvent au plus près des originaux, même si quelques écarts n'ont pas échappé aux puristes. En tous cas, ma perception de relatif néophyte fut excellente.

Je revois aujourd'hui Craig Blundell pour la neuvième fois (sept fois au sein de Steven Wilson 2015-18, et une fois au sein de Pendragon, 2014). Il faut croire que son talent est reconnu, car ses recrutements ont toujours été motivés par le remplacement de hautes pointures ! Pourtant, son arrivée au sein de Pendragon avait peiné à me faire oublier la frappe de Scott Higham qui m'avait paru moins brutale et plus subtile. Son arrivée au sein du groupe de Steven Wilson avait peiné à me faire oublier la frappe de Marco Minnemann qui m'avait paru nettement plus inspirée, plus subtile et plus fouillée. Et, là pas d'bol, le voilà devant moi aujourd'hui une fois de plus en comparaison avec un autre illustre batteur, Phil Collins !! C'est franchement injuste, car il ne manque bien évidement pas de qualités à son pupitre ! A l'occasion de ses années Wilson, j'avais fini par l'admettre. Je lui dois donc bien des éloges pour sa prestation de ce soir. Car son style et sa technique semblent adaptés aux rythmes requis par Steve Hackett ; il a su me convaincre encore cette fois de son talent indéniable. Durant l'ensemble du concert il a parfaitement rythmé chacune des atmosphères voulues par le Patron, avec toute la rigueur et toutes les subtilités requises. Cette impression fut confirmée par un solo dantesque qui résuma toute l'étendue de son talent.

Quant à Nad Sylvan, à qui incombe la lourde responsabilité d'assumer les chants, succédant ainsi à Peter Gabriel et Phil Collins, il s'en sort plutôt bien. Son timbre colle parfaitement, en se situant entre les deux titulaires historiques. Cependant, sa tessiture me semble parfois relativement limitée, surtout dans les aigus. Habité par les textes, il est expressif. Mais campé dans sa zone, il me semble toutefois peu mobile et manquer de charisme ; il s'absente souvent pour laisser s'exprimer les segments instrumentaux.

Une belle complicité semble nouer les protagonistes, chacun peut s'épanouir dans son rôle, ce qui dégage une sensation de cohérence. Ce n'est pas une mince observation lorsqu'on mesure toute la densité harmonique des œuvres et son rendu sur scène !

Le public, manifestement constitué de connaisseurs, ne s'y est pas trompé ; les réactions furent à la fois enthousiastes et respectueuses. Les mines ravies des spectateurs répondent à celles des musiciens qui saluent longuement leur public. Indéniablement, nous venons de vivre une grande soirée musicale.

Le concert se sera donc déroulé en deux parties distinctes ; cinq titres tirés de ses opus hors Genesis, puis après l'entracte, les douze titres issus du mythique "Seconds Out" et un treizième inséré juste avant le rappel. Les puristes auront pu déplorer l'absence d'autres titres interprétés durant la tournée ; à l'instar de l'album, il manqua "One for the Vine", "Inside and Out", "In That Quiet Earth", "Eleventh Earl of Mar" et "Knife". Encore un choix artistique frustrant, mais bon, sachons raison garder, ce second acte aura tout de même duré 1h50 ! … et on n'a pas vu le temps passer !!

TITRES
ACTE 1 : hors Genesis.
Clocks - The Angel of Mons (Spectral Mornings, 1979)
Held in the Shadows (Surrender of Silence, 2021)
Every Day (Spectral Mornings, 1979)
The Devil's Cathedral (Surrender of Silence, 2021)
Shadow of the Hierophant (seulement la fin instrumentale, Voyage of the Acolyte, 1975).
ACTE 2 : Seconds Out.
Squonk (A Trick of the Tail, 1976)
The Carpet Crawlers (comprenant le premier couplet qui manquait sur, "Seconds Out") (The Lamb Lies Down on Broadway, 1975)
Robbery, Assault & Battery (A Trick of the Tail, 1976)
Afterglow (Wind and Wuthering, 1976)
Firth of Fifth (comprenant une intro piano, qui manquait sur "Seconds Out"; le pont à la flute traversière jouée au saxophone soprano) (Selling England by the Pound, 1973)
I Know What I Like (In Your Wardrobe)  (comprenant des solos et variations au saxophone, batterie et basse, avec une subtile allusion à "La Marseillaise" de Rouget de Lisle) (Selling England by the Pound, 1973)
The Lamb Lies Down on Broadway (Lamb Lies Down on Broadway, 1975)
The Musical Box (section finale debutant par "She's a Lady") (Nursery Cryme, 1971)
Supper's Ready (Foxtrot, 1972)
The Cinema Show (Selling England by the Pound, 1973)
Aisle of Plenty (Selling England by the Pound, 1973).
RAPPEL
Dance on a Volcano (A Trick of the Tail, 1976)
Solo de batterie de Craig
Los Endos / Slogans / Los Endos (A Trick of the Tail, 1976).

Les mélomanes passionnés s'attardent sur le trottoir, histoire d'atterrir en douceur par ce froid de canard. Allons, une petite descente de l'avenue des Champs Elysées illuminée nous aidera à entretenir une ambiance festive. Ma prochaine étape avec  ce maître de la guitare est déjà inscrite sur mon calendrier, ce sera au festival Night of the Prog de Loreley en juillet 2022. Si tout va bien.



dimanche 31 octobre 2021

LAZULI et MONNAIE DE SINGE – Chez Paulette (Pagney-derrière-Barrine 54) – 31/10/2021.

Dans notre communauté de progueux (mais pas seulement !), CHEZ PAULETTE est entourée de l'aura d'une salle mythique. Depuis sa création en 1969 par Yves et Paulette Marchal, ce lieu ne cesse d'évoluer pour accueillir tous les week-ends des artistes pour le plus grand plaisir des mélomanes et autres fêtards. Ce simple cabaret de village s'est petit à petit transformé en véritable auditorium pour atteindre, ces dernières années, un niveau de qualité et de confort reconnu. Il propose une programmation hétéroclite (rock, punk, jazz, blues, reggae, métal, etc.) ! Même si la part rock progressif peut paraitre marginale sur l'ensemble de l'année, elle nous suffit à nous réjouir d'y voir des artistes peu reconnus par les promoteurs soi-disant artistiques en FRANCE. Seul son éloignement pénalise son accès (à mon humble avis en tous cas), à 288 km, près de quatre heures de route nationale, de chez moi. A tel point qu'en dépit de nombreuses tentations, je ne m'y suis rendu qu'une seule fois ; c'était pour le concert de Pendragon, il y a déjà quatre ans, le 21 octobre 2017.

L'affiche de ce soir constitue un triple motif : découvrir MdS sur scène, soutenir LAZULI (en me faisant le plus grand bien au passage), et retrouver des mélomanes venus de l'Est !

Futés, avec ma p'tite Fée nous parvenons à nous placer à la barrière au bord de la scène, légèrement excentrés sur la gauche, donc juste aux pieds de l'emplacement de Claude avec sa Léode ! La scène n'est pas excessivement surélevée, donc c'est parfait ! La semaine dernière à Pierres nous étions plutôt du côté d'Arnaud. Nous aurons pu ainsi apprécier différents angles d'écoute !

MONNAIE DE SINGE [20h40-21h40].

Les files d'attentes et les entractes de concerts et de festivals permettent d'étendre sans cesse le réseau de notre microcosme de progueux, le plus souvent de manière durable. Cependant, certaines attitudes, certains sourires irradient davantage, intriguent et facilitent encore le contact. C'est ainsi que petit à petit j'ai sympathisé avec Eric Farges. Au fil des rencontres on discute, on échange, on partage. Ah, avec un tel accent tu n'es pas parisien(g) toi hein ! ah, tu es Cantalou !? et tu es batteur dans un groupe !? Ah mais oui, Monnaie de Singe, ca fait un bout de temps que j'en lis des échos ici et là, mais excuse mon inculture, je n'ai pas encore eu l'occasion de vous voir sur scène... Pas grave, toujours jovial, bienveillant et curieux de tout et du reste.

Puis le temps passe, en 2019 une échoppe à Prog en Beauce me permet d'acquérir deux albums " Error 404 " (2015) et " The Last Chance " (2018). Depuis, j'attendais de pouvoir vérifier leur interprétation sur scène. L'association Arpégia m'en donne enfin l'occasion.

Histoire de combler mes lacunes, j'ai pourtant cherché des infos sur la Toile. Pas facile, on connait la légendaire "curiosité" de nos "valeureux" médias français, hein ! Mais bon, je suis parvenu à capter que l'existence de ce groupe auvergnat remonte à … 1995 ! Plus d'un quart de siècle quand même !! Une première période, plutôt rock traditionnel, est illustrée par trois albums (" Inchivala ", " La vie de Rose " et " Saison 3 "). Vers 2015, leur évolution musicale les a amenés vers un rock progressif feutré. Ils ont fait le choix d'une voix féminine pour chanter des textes en langue anglaise. Leur deux opus suivants bénéficient ainsi d'accueils favorables et peuvent être promus lors de participation à des festivals hexagonaux tels que Crescendo, Prog en Beauce, et Quadrifonic.

Les membres fondateurs du groupe encore en place Jean-Philippe Moncanis (guitares), Christophe Laporte (guitares), et bien sûr d'Eric Farges (batterie) sont actuellement entourés d'Anne-Gaëlle Rumin-Montil (chant), Philippe Chavaroche (claviers), d'Eric Issertes (basse)

L'actualité du sextet, c'est la promotion d'un sixième opus intitulé "The Story of Rose Ola Seks". Il est acquis à l'échoppe à laquelle les musiciens s'adonnent volontiers à des dédicaces.

Le malheur des uns faisant toujours le bonheur des autres, le petit retard de Lazuli sur les routes permit à MdS de peaufiner une sonorisation adéquate dans l'après-midi. Les conditions pour présenter leur nouvel album sont donc optimales. Pas de fond de scène particulier mais un bel éclairage a facilité l'expression des atmosphères voulues.

La scène n'est réduite que de la place prise par la batterie de Lazuli masquée d'un drap noir.

La prestation  m'a paru conforme à ce que j'imaginais du groupe. Des atmosphères à la fois veloutées, chaloupées et puissantes, entretenues notamment par des nappes de claviers et par une voix claire et juste dont le timbre chaud pourrait être situé entre le mezzo et l'alto. Les guitares m'ont semblé relativement discrètes ponctuant les titres de quelques interventions mesurées mais opportunes ; les démonstrations flamboyantes ne sont pas le style de la maison. Mon attention est généralement très portée sur les bassistes, et ce soir je ne suis pas déçu par Eric Issertes dont le jeu m'a paru subtil. Eric Farges, pour sa part, n'a pas failli à sa fonction d'imperturbable métronome.

On sentait que les musiciens s'étaient mis la pression pour ce concert tant attendu, mais cela n'a pas nuit fondamentalement à la prestation qui a convaincu une bonne part du public. Il faut dire que la bonne humeur de la très bondissante et expressive Anne-Gaëlle a pu aider !

Les textes anglophones expriment habituellement une critique sociale par le biais de textes engagés. Ce soir, Jean-Philippe Moncanis s'est chargé de présenter principalement le concept du nouvel opus, en rapport avec l'évènement dramatique de l'île d'Utoya (Norvège) survenu le vendredi 22 juillet 2011.

L'échange avec le public est bien passé ; le sextet se retire avec les applaudissements qui récompensent une prestation réussie. Ça valait le déplacement !

MdS a choisi de nous proposer neuf titres ; quatre issus de " The Last Chance " suivi de quatre tirés du nouvel opus " The Story of Rose Ola Seks ", pour conclure sur un titre de" Error 404 ".

PROGRAMME
Earth (The Last Chance, 2018)
Emergency (The Last Chance, 2018)
The last Chance (The Last Chance, 2018)
Happy Birthday (The Last Chance, 2018)
Rose Ola Seks (The Story of Rose Ola Seks, 2021)
Darknet (The Story of Rose Ola Seks, 2021)
Three Days in Hell (The Story of Rose Ola Seks, 2021)
From Utoya (The Story of Rose Ola Seks, 2021)
See a Light (Error 404, 2015).



Les installations, les balances et réglages pour le concert de Lazuli sont réalisés avec une efficacité remarquable résultant d'un admirable  sens du collectif ! Et ce n'est pourtant pas une mince affaire que de connecter notamment les dispositifs si particuliers pour la Léode de Claude et le cor d'harmonie de Romain !

LAZULI [22h15-00h20]

La promotion de l'album "Le Fantastique Envol de Dieter Böhm" avait été suspendue par la Pandémie et le confinement, interrompant ainsi une tournée en Angleterre. Le départ de Géd a accentué encore un peu plus le sentiment de chaos. Dans ce contexte tourmenté, Lazuli décida d'enregistrer un album en acoustique intitulé astucieusement " Dénudé ", histoire de s'occuper et de resserrer les rangs autour du p'tit nouveau !

Avec la reprise des spectacles, Lazuli s'est remis sur les routes pour notre plus grand bonheur. Les lendemains restant incertains, avec ma p'tite Fée nous avons tenu à nous ruer vers Saint-Palais sur Mer (17) dès le 22 aout 2021 pour leur second concert avec Arnaud ! Toujours dans le même état d'esprit angoissé, nous avons tenu à nous rendre à Pierres (28) le 23 octobre 2021. Insatiables, nous voici à Pagney (54) pour clore leur tournée qui est passée par l'Allemagne, les Pays-Bas et la Belgique.

Je retrouve donc avec un vrai bonheur Dominique Leonetti (chant, guitare, depuis 1998), et Claude Leonetti (léode, depuis 1998), entourés de Vincent Barnavol (batterie, depuis 2010) Romain Thorel (claviers, cor d'harmonie, depuis 2010) et Arnaud Beyney (guitare, depuis 2020), afin de trouver une nouvelle bouteille jetée à la mer...

Etonnamment (en dépit d'une installation précipitée), la sonorisation s'avère juste excellente ! Pas de puissance démesurée, le son vient principalement de l'arrière de la salle ce qui est un réel soulagement lorsque l'auditeur est en bord de scène !! Chaque pupitre est parfaitement audible, un vrai régal auditif !!

Le fond de scène demeure bien entendu l'écran géant avec ses images magnifiques, crées avec tout le talent de Dominique. L'éclairage est parfait tant pour valoriser les atmosphères que pour permettre aux photographes de de capturer les meilleurs clichés.

La scène est un peu plus étroite qu'à Pierres et à Saint-Palais, mais toutefois suffisante pour laisser Dominique se dégourdir les jambes comme à son habitude !

Nous sommes tous conscients qu'il s'agit de la dernière date de la tournée. En dépit de la fatigue qui commence à se faire sentir, la prestation fut, en tous points, mémorable. Ma position d'auditeur très bien positionné me permet de confirmer la maitrise musicale et la cohésion du groupe. Les prérogatives légitimes des frères Léonetti ne nuisent absolument pas à l'épanouissement des autres musiciens. A tour de rôles, Vincent, Romain et Arnaud ont pu faire valoir leur talent. La complicité de tous les instants est remarquable.

La bienveillance d'un public conquis entretient une ambiance délicieuse. Celui-ci s'est montré un peu plus mou que d'habitude lorsqu'il s'est agi de chanter traditionnellement l'air de " Les Courants Ascendants " mais ce n'est pas bien grave, cela n'a pas empêché Romain et Vincent de produire leur attendue improvisation bien chaloupée.

Le programme demeure inchangé sur la tournée, nous avons pu réentendre les dix-neuf habituelles invitations au voyage. Je rappelle donc qu'outre les neuf titres issus de "Le Fantastique Envol de Dieter Böhm" paru en 2020, la sélection a permis d'entendre notamment trois titres issus de "Tant que l’herbe est grasse" paru en 2014, trois titres issus de "Nos âmes saoules" paru en 2016, deux titres issus de "4603 battements" paru en 2011 et un seul titre issu du pourtant excellent "Saison 8" paru en 2018. L'interprétation de 15h40 est en version acoustique, tirée de leur dernière parution en date, "Dénudé".

Habituelle clôture de soirée également, les cinq musiciens déplacent un marimba au centre de la scène et l'entourent, toujours avec une authentique gourmandise démontrées par leurs facéties. Leur air favori "Neuf mains autour d'un marimba", reste suivi de l'hommage à Police, "Every Little Thing She Does Is Magic".

PROGRAMME
Sol (Le Fantastique Envol de Dieter Böhm, 2020)
Les Chansons Sont Des Bouteilles À La Mer (Le Fantastique Envol de Dieter Böhm, 2020)
Mers Lacrymales (Le Fantastique Envol de Dieter Böhm, 2020)
Dieter Böhm (Le Fantastique Envol de Dieter Böhm, 2020)
Baume (Le Fantastique Envol de Dieter Böhm, 2020)
Un Visage Lunaire (Le Fantastique Envol de Dieter Böhm, 2020)
L'envol (Le Fantastique Envol de Dieter Böhm, 2020)
L'homme Volant (Le Fantastique Envol de Dieter Böhm, 2020)
Dans Les Mains De Dieter (Le Fantastique Envol de Dieter Böhm, 2020).
Déraille (Tant que l’herbe est grasse, 2014)
Le Lierre (Nos âmes saoules, 2016)
Le Miroir aux Alouettes (4603 battements, 2011)
15h40 (4603 battements, 2011, version Dénudé, 2021)
Les Sutures (Nos âmes saoules, 2016)
Homo Sapiens (Tant que l’herbe est grasse, 2014)
Les Courants Ascendants (Tant que l’herbe est grasse, 2014)
J'attends un Printemps (Saison 8, 2018).
RAPPEL :
Nos Ames saoules (Nos Ames saoules, 2016)
Neuf mains autour d'un marimba + variation sur "Every Little Thing She Does Is Magic" de Police.

A l'instar de chaque fin de soirée, les musiciens ne manquent pas de venir à la rencontre des admirateurs afin de recueillir leurs impressions, mais aussi pour répondre à leurs questions. Pour partager, continuer à s'émouvoir mutuellement. Je m'étonne toujours de leur disponibilité sincère et de leur écoute. Cette fois, nous étions quatre autour de Claude, en toute simplicité, pour tenter de mieux le connaitre encore… A peine avions-nous fini, que Dominique vient de lui-même prendre des nouvelles. Puis Arnaud. Bref, un authentique moment de partage entre mélomanes. Je n'ose plus demander de portrait, il me semble que ce serait abuser d'eux. Même s'ils savent l'infortune de ma p'tite Fée qui était mal positionnée sur celui de Pierres ! Il se fait tard, il y a une fin à tout, alors nous quittons les lieux, les laissant travailler à remballer le matériel avant de reprendre la route.

Voilà, cette fois, c'est bel et bien fini. Cette folle série de trois concerts de Lazuli en deux mois est terminée avec cette dernière date de la tournée. Cela fait six fois que je les vois sur scène et je ne suis toujours pas déçu. Nous avions prévu deux dates de plus ; La Ferté (77) mais les circonstances n'étaient pas favorables et Raismes (59) qui a dû être reporté malheureusement.

La poussière retombe doucement, les étoiles dans la tête brillent encore, mais pour combien de temps.

Une certaine mélancolie s'installe, après la fatigue, comme après chaque grand événement. Avec celle-ci, des questions, des scrupules me viennent à l'esprit. N'avons-nous pas abusé de leur amabilité ? Je dis "nous" car je m'inclus dans le lot. Avec le recul, je réalise que des questions sur leur intimité artistique, des remarques formulées sur leurs choix, peuvent parfois paraitre intrusives ou déplacées et en tous cas mal interprétées, sortie de leur contexte. Je veux croire que leur légendaire gentillesse les protège des indélicatesses et de toute rancune. Je ne dénoncerai rien de particulier ni personne d'autre que moi, mais certains comportements d'admirateurs un peu trop enthousiastes m'ont un peu gêné pour eux… Si j'évoque ce point, c'est parce que je voudrais que Lazuli préserve son admirable état d'esprit, malgré tout.

Rendez-vous est fixé au 10 septembre 2022 pour leur présence au Raismesfest ! D'ici là il est permis d'espérer un nouvel album… et donc une nouvelle tournée ! Entre admirateurs, nous nous prenons à rêver d'un premier passage enfin dans une salle parisienne, et pourquoi pas en première partie de Marillion en octobre 22 ? Chiche !

samedi 23 octobre 2021

SOIREE ROCK PROG FRANÇAIS (Évènement de Prog en Beauce) – 23/10/2021.

Le festival Prog en Beauce est devenu au fil des années un traditionnel rendez-vous d'automne, motivé par des affiches attrayantes. Sa 7ème édition remonte au 26 octobre 2019 et attend toujours la fin de la Pandémie avant d'en proposer une huitième. Mais plutôt que de risquer un nouveau report après celui de 2020, l'Organisation a préféré proposer aux mélomanes impatients une soirée spécialement réservée à des artistes de l'Hexagone.

Ce choix m'a séduit immédiatement au regard de la tête de cette affiche. LAZULI m'aurait même suffit à me déplacer ! Toutefois, découvrir JPL et OUT5IDE constituent des raisons supplémentaires. A l'origine, je me réjouissais aussi de voir enfin Weend'Ô, mais les circonstances n'étaient pas propices, ce sera pour une autre fois.

A une centaine de kilomètres de mon domicile, soit quatre-vingt-dix minutes de trajet, il serait bien dommage de ne pas faire le déplacement. Belle occasion de soutenir les valeureux et tenaces organisateurs mais aussi de retrouver une bonne partie de notre communauté de progueux, avides de mélodies et d'atmosphères si particulières à notre style favori. 

La salle municipale Maurice LEBLOND fait correctement office d'auditorium ; la sonorisation est le plus souvent bien adaptée, en fonction de l'intensité des prestations des artistes. Une fosse sépare la scène du pôle technique et, sur les côtés, des sièges permettent aux spectateurs qui le souhaitent d'apprécier les concerts en étant assis. 

 OUT5IDE (16h55-18h00)

Ce quintet alsacien est originaire de Schaeffersheim (67) au sud de Strasbourg. OUT5IDE se définit comme un  groupe de rock "à fleur de peau" ou "Skin-Deep" (!? style dont j'avoue ignorer l'existence jusqu'à ce jour…) et a choisi de chanter des textes en anglais. Il est composé de Philippe RAU (Guitares, chœur), Matthieu HEISE (Basse), Olivier SAPTE (Batterie), Olivier SCHAAL (claviers chœur), et Laurent HANTZ (chant, guitare rythmique).
(à consulter : https://managementout5ide.wixsite.com/out5ide)

Depuis 1998, le groupe bas-rhinois a publié cinq albums, dont le dernier, "Tumbleweeds" est paru, contre vents et pandémie, le 25 septembre 2020.
(à lire : https://rockmetalmag.fr/out5ide-tumbleweeds-mo-music/)

Les cinq musiciens disposent de toute la scène (elle n'est encombrée d'aucun autre objet que leur propre dispositif), d'une sonorisation correcte et d'un éclairage tendant le plus souvent vers sur le rouge sombre. En fond de scène s'étend le logo de leur dernier opus.

La prestation me semble relativement éloignée des atmosphères du rock progressif habituellement entendues dans ces lieux. Mais l'auditoire par nature curieux se montre respectueux et honore les titres par des acclamations, plus ou moins enthousiastes selon les titres. Pour ma part, je soulignerai tout particulièrement le talent du bassiste Matthieu HEISE, qui m'a semblé disposer d'une remarquable technicité.

Onze titres, dont sept du dernier album, ont été interprétés durant un peu plus d'une heure. 

PROGRAMME
Underground Railroad (Tumbleweed, 2020)
Kids of the Pack (Tumbleweed, 2020)
Immigrant Throng (Tumbleweed, 2020)
Ghosts in the Night
Ogre in the Desert
My Rage of Glory
The Limit
The Kitchen (Tumbleweed, 2020)
Tumbleweed (Tumbleweed, 2020)
Fair and Square (Tumbleweed, 2020)
9 AM  (Tumbleweed, 2020).


 

JPL (18h35-20h05)

JPL est le sigle des différentes formations réunies par le guitariste Jean-Pierre LOUVETON, originaire du Puy-en-Velay (43). Aujourd'hui, il a décidé de former un quartet en s'entourant de Guillaume FONTAINE (claviers, chœurs, flûte) déjà présent dans plusieurs albums, accompagné cette fois par Florent VILLE (batterie) et Didier VERNET (Basse).

Je dois reconnaitre humblement que j'ignorais totalement l'existence de ce musicien pourtant remarquable, en dépit de sept opus (hormis les récapitulatifs) inscrits à son actif, mais aussi en dépit de son parcours antérieur. Le premier album, " Bienvenue sur la terre ", est paru en 2002. Depuis 2020, il a entrepris de composer une trilogie intitulée " Sapiens " ; deux volets, " Exordium " et " Deus Ex Machina " sont déjà parus, un troisième est en cours.

Sur une scène relativement spacieuse pour chacun des pupitres, JPL dispose d'une sonorisation audible ainsi que d'un éclairage focalisé sur Jean-Pierre et relativement tamisé sur le reste du groupe, mais suffisamment lumineux pour les objectifs de chasseurs d'images. Pas de fond de scène particulier.

Je n'avais pas pris la précaution d'écouter la musique de JPL auparavant. C'est donc sans a priori que j'ai pu découvrir cet artiste français sur scène. J'aime être surpris et séduit à l'occasion d'une première partie de spectacle ou lors d'un festival. Même si, comme à cette occasion, cela dénonce les limites de mes connaissances, et même si cela aboutit à aggraver le poids de ma discothèque…

Première qualité immédiatement identifiée, ce groupe auvergnat est francophone. De surcroît les textes sont sagaces. Je suis toujours sensible à cette vertu, dans un univers médiatico-artistique où il est de bon ton de prétendre à une notoriété internationale au détriment de notre belle langue. Je sais, je radote, mais c'est une conviction qu'il me plait de réitérer tant qu'elle ne sera pas communément admise.

Deuxième qualité, Jean-Pierre démontre une belle maitrise de son instrument, sa sensibilité et sa technique attirent souvent l'attention du mélomane exigeant. Il a su en outre s'accompagner de musiciens compétents et impliqués, notamment de Guillaume, son fidèle clavier et flutiste dont les interventions m'ont semblé séduisantes, sensiblement exécutées. Etant placé juste en face de Didier, j'ai pu mesurer l'implication et l'efficacité de la section rythmique. Quant à la voix de Jean-Pierre, elle me rappelle le phrasé, les intonations entendues dans d'autres groupes français des années 70. Je pense notamment à Ange, mais aussi Atoll. Cela ne fait pas de lui un grand chanteur, mais la justesse du timbre et des textes rendent la partition intéressante.

Troisième qualité, les compositions me paraissent dignes de figurer aux références typiques du rock progressif français. De belles lignes mélodiques, des atmosphères contrastées et enivrantes, des pupitres soignés font de la musique de JPL un univers envoûtant dont je ne suis pas sorti indemne. 

La réaction du public démontre (si besoin était) que je ne suis pas seul à ressentir ces impressions. A l'issue d'une prestation probante, les acclamations méritées récompensent JPL qui semble ému et soulagé par ce chaleureux retour. L'échoppe est assaillie, les disques compacts se vendent bien. Pour ma part, je choisis d'acquérir quatre albums (sur les conseils avisés de Jean-Michel et de Thomas) ; les deux derniers (parus en 2020 et 2021), ainsi que ceux parus en 2014 et 2017.

Et ces emplettes m'amènent à souligner une quatrième qualité, l'accessibilité, la simplicité de Jean-Pierre auprès de son public. Discussion et dédicaces ont été un moment de convivialité agréable.

Durant une heure et demie, le programme choisi a permis de présenter dix titres dont cinq tirés du triptyque en cours. Choix qui s'est avéré astucieusement équilibré au regard de la réaction de l'auditoire. On aurait apprécié que, sur le " Le Dernier Souffle de Vent " Dominique Leonetti viennent chanter le duo avec Jean-Pierre, à l'instar de la version studio ; dommage, je suis friand des partages de scènes entre artistes complices… 

PROGRAMME

Intro / Homo sapiens (Sapiens chapitre 1/3 : Exordium, 2020)
Jehanne (le Livre Blanc, 2017)
A condition (Sapiens chapitre 1/3 : Exordium, 2020)
St Petrole (Cannibales, 2005)
Le dernier souffle de vent (MMXIV, 2014)
La Machine (Sapiens Chapitre 2/3 : Deus Ex Machina, 2021)
Une pièce pour les gouverner tous (Sapiens Chapitre 2 / 3: Deus ex Machina, 2021)
La peste et le choléra (le Livre Blanc, 2017)
Encore humains (Sapiens Chapitre 2/3 : Deus Ex Machina, 2021)
MMXIV (MMXIV, 2014).


LAZULI (20h45-22h55). https://lazuli-music.com/

Frustré par le nouveau report du Raismesfest en septembre dernier, auquel devait participer nos valeureux occitans, c'est avec une excitation mal contenue que j'aborde cette cinquième occasion de les revoir. Pâle impatience en comparaison de celle ressentie par ma p'tite Fée qui les avait vus pour la première fois ici-même, au PEB, le 29 octobre 2017 !

Le présent récit ne s'attardera pas à rappeler l'historique du groupe, je considère que les récits de mes émotions antérieures l'ont déjà fait. Mais mon exaspération reste hélas toujours vivace à l'encontre de la sphère artistique française qui entretient un vulgum pecus dans l'absence d'une curiosité minimum, qui aboutit à la scandaleuse faible notoriété de Lazuli dans notre douce France … L'éclectisme de nos cousins anglo-saxons, teutons et bataves me laisse rêveur.

En revanche, "à tout Seigneur, tout honneur", je ne ferai pas l'économie de les présenter à nouveau : Dominique Leonetti (chant, guitare, depuis 1998), et Claude Leonetti (léode, depuis 1998), demeurent entourés de Vincent Barnavol (batterie, depuis 2010) Romain Thorel (claviers, cor d'harmonie, depuis 2010) et Arnaud Beyney (guitare, depuis 2020).

A l'instar de leur prestation au Crescendo, il y a deux mois, Domi annonce que le concert se composera de l'intégralité de l'album "Le Fantastique Envol de Dieter Böhm", suivi d'une sélection de titres emblématiques.

La sonorisation s'avère un peu trop puissante à mes oreilles, mais de bonnes protections auditives, me permettront de jauger une excellente balance sonore. Chacun des pupitres est audible, y compris la voix cristalline de Dominique. Seul incident notable, l'enceinte à droite de la scène (là où je suis positionné, pas le bol !) s'est éteinte à deux reprises, suspendant ainsi le rayonnement acoustique requis pour atteindre le nirvana. Mais rien d'irrémédiable fort heureusement, tout est vite rentré dans l'Ordre.

Le dispositif d'éclairages me semble parfait, toutes les palettes possibles sont exploitées pour mettre en valeur les tableaux si bien évoqués par le groupe gardois. Les photographes ont pu en tirer les plus belles images !

Le fond de scène s'est nettement amélioré. Un écran géant diffuse les images et les textes à taille lisible/visible. 

L'éventail des pupitres (La léode, les guitares, le clavier, le cor d'harmonie et ses accessoires, la batterie, les percussions,…)  est conséquent et occupe toute la scène dont l'espace permet cependant à chacun de se déplacer à volonté. Cette disponibilité est particulièrement utile à Dominique qui, comme doté de ressorts sous les pieds, ne cessera de sautiller comme un cabri une bonne partie du concert ! Quelle santé !!

La prestation du groupe est similaire à celle du Crescendo que j'ai décrit il y a deux mois. Je ne puis que réitérer mon admiration absolue pour ces sonorités atypiques ; bien sûr celles de la Léode de Claude, mais aussi celles de la voix si particulière de Dominique, ou encore celles du cor bidouillé et du clavier torturé par Romain. Sans oublier la frappe implacable de Vincent. Leur talent s'exprime toujours avec la sensibilité, la générosité, la fougue, l'enthousiasme et le talent qui provoque immanquablement l'exaltation d'un public conquis.

Il me semble toutefois opportun de souligner particulièrement l'aisance croissante d'Arnaud au sein du groupe ; au Crescendo, c'était son deuxième concert. Depuis, il a acquis une belle assurance, perceptible dans ces pitreries, ses sourires et ses soli bouleversants de sensibilité et de technicité ! Une belle nouvelle complicité semble s'instaurer, pour le plus grand plaisir de notre microcosme !

Pour sa part, l'auditoire a pris son Envol, exulte et exprime son bonheur à pleins poumons en chaque titre ! Quelques temps (plus) forts peuvent cependant être relevés. Le rituel chant final après "Les courants ascendants", ce que les talentueux et inspirés Romain et Vincent ne manquent pas d'accompagner par une séquence improvisée de haut niveau ! Ce titre avait été dédié à la mère des frangins et à Eliott le fils de Domi, tous deux présents dans la salle, dont ce 23 octobre est leur anniversaire ! Même Mireille, le chat d'Arnaud était motif à chanter un joyeux anniversaire par le public bon-enfant ! Emotion également lorsque Dominique salue la présence au premier rang du cadet de l'assemblée, âgé de 7 ans ! Autre moment fort de communion, "Le Miroir aux Alouettes" avec ses sonorités comme sorties du quartier Barbès, qui secouent irrésistiblement nuques et jambes, même au terme d'une longue soirée pleine d'émotions ! J'observe d'ailleurs que certains voudraient, avec ce titre, caser le groupe dans un style dit "world-music" ; Je ne suis pas d'accord. Les évocations orientales ou exotiques pimentent le rock, en particulier le rock progressif, depuis bien longtemps. Lazuli, comme d'autres, opère un emprunt musical ponctuel, et reste à mon sens dans le cadre progressif avec sa touche d'originalité qui entretient notre passion.

A l'instar de leur prestation au Crescendo, nous avons pu réentendre dix-neuf invitations au voyage. Même programme, mais on ne  saurait s'en lasser ! Outre les neuf titres issus de "Le Fantastique Envol de Dieter Böhm" paru en 2020, la sélection a permis d'entendre notamment trois titres issus de "Tant que l’herbe est grasse" paru en 2014, trois titres issus de "Nos âmes saoules" paru en 2016, deux titres issus de "4603 battements" paru en 2011 et un seul titre issu du pourtant excellent "Saison 8" paru en 2018. A cette nuance près que l'interprétation de 15h40 est en version acoustique, tirée de leur dernière parution en date, "Dénudé".

Traditionnelle clôture de soirée, les cinq musiciens déplacent un marimba au centre de la scène et l'entourent avec une gourmandise évidente. Leurs pitreries démontrent une nouvelle fois leur complicité et leur joie de jouer ensemble. Après leur air favori "Neuf mains autour d'un marimba", ils exécutent un hommage à Police, "Every Little Thing She Does Is Magic".

Le concert est fini, les acclamations méritées remercient les artistes pour le bienfait qu'ils viennent d'apporter à des progueux ravis et émerveillés ! Les lumières rallumées montrent les visages radieux de gens heureux. Les cinq artistes toujours aussi souriants, disponibles et accessibles ne tardent pas à revenir parmi leurs admirateurs pour échanger les impressions ressenties, poser volontiers pour des portraits, signer des dédicaces. Paradoxalement, on en viendrait presque à souhaiter égoïstement qu'ils ne restent connus que de nous seuls, de notre microcosme. Epicétou. Mais ce serait injuste.

PROGRAMME

Sol (Le Fantastique Envol de Dieter Böhm, 2020)
Les Chansons Sont Des Bouteilles À La Mer (Le Fantastique Envol de Dieter Böhm, 2020)
Mers Lacrymales (Le Fantastique Envol de Dieter Böhm, 2020)
Dieter Böhm (Le Fantastique Envol de Dieter Böhm, 2020)
Baume (Le Fantastique Envol de Dieter Böhm, 2020)
Un Visage Lunaire (Le Fantastique Envol de Dieter Böhm, 2020)
L'envol (Le Fantastique Envol de Dieter Böhm, 2020)
L'homme Volant (Le Fantastique Envol de Dieter Böhm, 2020)
Dans Les Mains De Dieter (Le Fantastique Envol de Dieter Böhm, 2020).
Déraille (Tant que l’herbe est grasse, 2014)
Le Lierre (Nos âmes saoules, 2016)
Le Miroir aux Alouettes (4603 battements, 2011)
15h40 (4603 battements, 2011, version Dénudé, 2021)
Les Sutures (Nos âmes saoules, 2016)
Homo Sapiens (Tant que l’herbe est grasse, 2014)
Les Courants Ascendants (Tant que l’herbe est grasse, 2014)
J'attends un Printemps (Saison 8, 2018).

RAPPEL :
Nos Ames saoules (Nos Ames saoules, 2016)
Neuf mains autour d'un marimba + variation sur "Every Little Thing She Does Is Magic" de Police

Le prochain rendez-vous est déjà fixé : Chez Paulette ce 31 octobre à Pagney-Derrière-Barine (54). Quatre heures de routes, parce que LAZULI les vaut bien !

 


dimanche 22 août 2021

LAZULI DE RETOUR SUR LES ROUTES (22/8/21) !

Esplanade du Concié à Saint-Palais-sur-Mer – 22/08/2021.

Quelles sont les principales vertus et bienfaits du Lapis Lazuli ? Je lis qu'il aide à réduire le stress, atténue les migraines, allège les problèmes d’insomnie, contribue à débloquer la parole en cas de colère ou frustration, apaise les symptômes d’allergies, notamment respiratoires. Il me plait à croire qu'en choisissant ce nom les frères Leonetti avaient pour vocation de nous soulager des tourments du quotidien.

En cette période de disette musicale, l'annonce de ce concert en bord d'Océan nous a paru comme une véritable thérapie à appliquer sans hésiter, en dépit de la distance à parcourir (depuis Ivry) ! Une pré-inscription préalable pouvait nourrir une relative inquiétude quant au maintien de l'événement, alors que les annulations continuent de se succéder. Nous avions affronté le sort en réservant une chambre dans un centre hippique, à une douzaine de kilomètres, à Les Mathes. Jusqu'à la dernière semaine nous contenions notre enthousiasme, de peur d'être de nouveau déçu. Je fanfaronnais dans mon entourage sur l'objectif, mais dans le fond j'angoissais gravement.

L'obstination des organisateurs du Crescendo fut récompensée par l'engagement à venir, exprimé par quelque trois cents mélomanes. Et davantage furent finalement présent dans l'enclos du Concié. Le concert fut finalement maintenu. La fête s'annonce belle et pleine de sourires échangés entre les artistes et leurs admirateurs.

En préalable à cette soirée, avec une quinzaine d'autres amis nous nous sommes attablés pour déjeuner dans un resto de L'Éguille, un village au confluent de la Seudre et du Liman, suffisamment proche de l'Océan pour percevoir la montée de la marée dans son charmant petit port. Nous avons ainsi pu déguster notamment une éclade, préparation de moules caractéristique de la cuisine charentaise. Bières et vins accentuèrent notre ivresse des retrouvailles, la plupart des convives ne s'étant pas vus depuis de nombreux mois. Pour ma part, j'ai eu le plaisir de m'asseoir aux côtés de Jean-Max Delva qui m'a parlé de son parcours musical et de son groupe (trop méconnu) Anaïd, que j'avais pu apprécier lors de l'édition 2016 du Crescendo.

Après notre longue route et ces premières émotions, un p'tit répit s'est imposé avant d'atteindre la soirée que nous débutions par un apéro abreuvé notamment de vins cuits faits-maison.

C'est donc bien guillerets que nous présentons volontiers notre passe sanitaire pour pénétrer dans l'enceinte dans laquelle j'étais déjà venu en 2016 et 2017.

Un film rétrospectif du festival Crescendo créé en 1999, est montré au public. Le documentaire montre l'organisation, les émotions, les efforts, et les visages souvent connus des artistes, des protagonistes, simples mélomanes, programmateurs ou animateurs. Difficile de résumer tant d'années de labeur et de passion mais ce film a retenu l'attention et réveillé bien des souvenirs !

EUX ET MOI

Mes précédents récits de leurs prestations l'ont déjà exprimé, mais il me plait de le répéter ; ce groupe FRANÇAIS et FRANCOPHONE est scandaleusement ignoré par la bulle médiatique et pseudo-artistique française, incapable de curiosité musicale. Où sont les journalistes d'investigation, où sont les promoteurs audacieux, où sont les mélomanes curieux ? Heureusement quelques trop rares illuminés les ont reconnus à leur juste valeur. On trouve ces étonnants spécimens le plus souvent en Allemagne, au Royaume-Uni et aux Pays-Bas ; ils démontrent dans les faits que la langue de Molière n'est absolument pas un obstacle à la notoriété internationale. En France, quelques organisateurs sagaces et passionnés ont permis à Lazuli de se produire au Crescendo (2007), au Prog en Beauce (2013, 2014, 2017), Rock au Château (2017) mais aussi à Prog'Sud (2011 et 2018).

Pour ma part, ce n'est que par la grâce des réseaux sociaux que j'ai découvert le groupe gardois, petit à petit au début des années 2010 ; la parution de "Tant que l’herbe est grasse" (2014) motiva mon premier achat. Les occasions de les découvrir sur scènes étant inexistantes à Paris, ce n'est que lors de leur tournée " Nos âmes saoules" que j'ai pu enfin tomber dans la Marmite. Une première fois, le 05 aout 2017 à VILLERSEXEL (70), lors du festival Rock au Château. Puis une deuxième fois, le 29 octobre 2017 à PIERRES (28), lors du Prog en Beauce et enfin une troisième fois le 20 juillet 2019, à St GOARSHAUSEN lors du Loreley, Night of the Prog.

J'avais coché cinq dates dans les prochaines semaines. Ce 22 aout à St-Palais (17), le 11 septembre au Raismesfest (59), le 18 septembre à La-Ferté-Sous-Jouarre (77), le 23 octobre à Pierres (28) et le 31 octobre à Pagney-Derrière-Barine (54). Mais la pandémie continue de sévir, le Raismesfest est contraint de lâcher l'affaire… Je vais me contenter des deux dates d'octobre.

Si ces véritables artistes se distinguent par la qualité des textes, leurs talents de musiciens et leur innovation (Rappelons que la léode est leur invention), il faut aussi voir LAZULI sur scène pour comprendre toute l'essence de leur âme. Dans mon salon, je cultivais une admiration croissante. Devant leur scène, celle-ci fut transcendée en passion. Je frémis encore aujourd'hui en me souvenant de leur prestation étourdissante en Allemagne, devant un public international debout et enthousiaste !

LE CONCERT [21h55-00h05].

La pandémie, le départ de Ged et l'arrive d'Arnaud furent autant de motivation pour retourner au studio et concevoir un album atypique, astucieusement intitulé "Dénudé" qui est paru le 16 mars 2021. Lazuli a choisi de réviser certains titres de son répertoire, dans une version acoustique. L'album me semble magnifier encore les mélodies et les sons, même si je préfère quand même leur version plus électrique.

Aujourd'hui, les deux frangins Dominique Leonetti (chant, guitare, depuis 1998), et Claude Leonetti (léode, depuis 1998), restent entourés de Vincent Barnavol (batterie, depuis 2010) et Romain Thorel (claviers, cor d'harmonie, depuis 2010). Arnaud Beyney (guitare, depuis 2020) s'est produit une première fois avec Lazuli sur scène ce 20 aout à Reichenbach (Allemagne) ; ce soir sera ainsi son deuxième concert.

L'auditoire se réjouit d'entendre Domi qui annonce que le concert se composera de l'intégralité de l'album "Le Fantastique Envol de Dieter Böhm", suivi d'une sélection de titres emblématiques. Le tout étant prévu sur une durée de deux heures. Il s'agira ainsi de mon premier vrai concert et non d'un passage (toujours trop bref) en festival. C'est aussi ma première occasion d'entendre les titres de ce formidable album qui est déjà passé plus souvent qu'à son tour entre mes oreilles.

Rapidement, je constate une très bonne sonorisation, tout avait bien été préparé dans l'après-midi. L'éclairage, sans artifice superflu, s'est avéré adéquat, notamment pour les chasseurs d'images. En fond de scène, un écran a valeureusement diffusé quelques images, avant de rendre l'âme, une demi-heure avant la fin.

Positionné face à Claude, j'étais idéalement placé pour voir et entendre ses nombreux soli de léode, dont les sons si singuliers constituent la principale originalité du groupe. Sa place prépondérante sur la plupart des titres est rapidement montrées avec "Les Chansons Sont Des Bouteilles À La Mer". Je continue à admirer ce troublant instrument novateur et celui qui est capable de le maîtriser. Il est ainsi capable d'imiter des sonorités aussi diverses que la guitare, le clavier, ou la voix. Pendant le concert, il enivre mes sens et je n'y pense pas, mais avec le recul comment ne pas se réjouir du chemin parcouru depuis ce malheureux accident de moto qui aurait pu priver Claude de sa passion musicale ! Sa ténacité et la solidarité de son entourage aboutissent maintenant à produire un groupe atypique dans le paysage musical.

La voix si limpide et si juste de Domi fait partie aussi des éléments qui rendent la musique de Lazuli si singulière et émouvante. Sa tessiture élevée se marie à merveille pour exprimer les émotions. Quel plaisir que de pouvoir comprendre enfin des chansons lorsqu'elles racontent avec sincérité des rencontres (Dieter), et davantage encore la désillusion, la tristesse, la révolte. Je n'avais plus ressenti une telle conviction, une telle pertinence, alliée à une musique qui me convient, depuis les quatre premier opus de Trust ou les trois premiers de Téléphone. Il suffit de regarder Domi chanter, jouer de sa guitare, taper sur une caisse claire, un marimba, ou danser comme un lutin endiablé pour se convaincre de son authenticité, sa bonté d'âme.

Etant moi-même cornettiste de formation, je ne puis qu'être sensible aux apports cuivrés dans le rock. C'est notamment ce qu'apporte le multi-instrumentiste Romain. Si son pupitre principal reste le clavier qu'il maitrise parfaitement (soli improvisés notables), il prend souvent son cor d'harmonie avec lequel il contribue encore davantage aux sonorités Lazulienne. A cet égard, on aura notamment remarqué son solo durant "Les Sutures". Ce touche-à-tout participe aux percussions ou à la batterie, par exemple "Le Miroir aux Alouettes".

Autre particularité (décidément…), Lazuli ne comprend pas de guitare basse. Donc la rythmique repose fortement sur la batterie et donc sur la frappe à la fois chaloupée et puissante de Vincent. Sa technique irréprochable, les nuances qu'il sait porter sur les toms, caisses, et cymbales font de lui une pièce maitresse pour amplifier les rythmes si dansant de Lazuli. Tout cela ne l'empêche pas d'ajouter ses chœurs ou d'inter-changer son pupitre avec Romain dont il prend les percussions ("Le Miroir aux Alouettes").

Cette quatrième occasion qui m'est donnée d'assister à un concert de Lazuli présente la particularité de découvrir le nouveau guitariste depuis le départ de Gédéric Byar. On n'oubliera jamais Ged ; le remplacer n'est probablement pas une mince affaire, ni musicalement ni humainement, mais Arnaud semble bien intégré. Il assume son pupitre avec fougue et conviction, en démontrant sa propre sensibilité, notamment sur des soli qui m'ont paru plus bluesy.

Bref, chacune de ces pierres constituent un bien bel édifice ! D'ailleurs le public ne s'y est pas trompé ; il a logiquement chaviré de bonheur devant tant de générosité et de bonne humeur, il chante, danse et applaudit avec exaltation ! C'est comme un rituel désormais, une vraie complicité est une nouvelle fois démontrée à l'occasion de "Les courants ascendants" dont l'air est repris longuement à gorges déployées par des voix volontaires, les musiciens ne peuvent qu'accompagner l'ensemble vocal.

Le mélomane exigeant et passionné par le répertoire de l'artiste s'est encore (fatalement) senti frustré par l'absence de certains titres. Mais si j'étais raisonnable je serais ravi de souligner que nous avons eu la chance d'entendre dix-neuf invitations au voyage. Outre les neuf titres issus de "Le Fantastique Envol de Dieter Böhm" paru en 2020, la sélection a permis d'entendre notamment trois titres issus de "Tant que l’herbe est grasse" paru en 2014, trois titres issus de "Nos âmes saoules" paru en 2016, deux titres issus de "4603 battements" paru en 2011 et un seul titre issu du pourtant remarquable "Saison 8"  paru en 2018. A cette nuance près que l'interprétation de 15h40 est tirée de leur dernière parution en date "Dénudé".

Pour clore cette superbe prestation, Lazuli accorde au public averti un autre rituel très attendu, les cinq musiciens entourent un marimba sur lequel ils interprètent leur air favori "Neuf mains autour d'un marimba" suivi cette fois d'une allusion à Police (au dernier Loreley ce fut un hommage à Nick Mason qui les écoutait en coulisse !).


PROGRAMME

Sol (Le Fantastique Envol de Dieter Böhm, 2020)
Les Chansons Sont Des Bouteilles À La Mer (Le Fantastique Envol de Dieter Böhm, 2020)
Mers Lacrymales (Le Fantastique Envol de Dieter Böhm, 2020)
Dieter Böhm (Le Fantastique Envol de Dieter Böhm, 2020)
Baume (Le Fantastique Envol de Dieter Böhm, 2020)
Un Visage Lunaire (Le Fantastique Envol de Dieter Böhm, 2020)
L'envol (Le Fantastique Envol de Dieter Böhm, 2020)
L'homme Volant (Le Fantastique Envol de Dieter Böhm, 2020)
Dans Les Mains De Dieter (Le Fantastique Envol de Dieter Böhm, 2020).
Déraille (Tant que l’herbe est grasse, 2014)
Le Lierre (Nos âmes saoules, 2016)
Le Miroir aux Alouettes (4603 battements, 2011)
15h40 (4603 battements, 2011, version Dénudé, 2021)
Les Sutures (Nos âmes saoules, 2016)
Homo Sapiens (Tant que l’herbe est grasse, 2014)
Les Courants Ascendants (Tant que l’herbe est grasse, 2014)
J'attends un Printemps (Saison 8, 2018).
RAPPEL :
Nos Ames saoules (Nos Ames saoules, 2016)
Neuf mains autour d'un marimba + variation sur "Every Little Thing She Does Is Magic" de Police
A peine sortis de scène, les cinq membres de Lazuli viennent se mettre à la disposition de leurs admirateurs au kiosque qui leur est dévolu. Signatures, autoportraits, dialogues ; tout démontre une nouvelle fois leur disponibilité, leur gentillesse, leur simplicité, leur modestie. Il me plait d'imaginer qu'ils resteront dans cet état d'esprit  avec davantage de notoriété.

Il est tard, nous sommes passés largement au lendemain, il est temps de se quitter, plein d'étoiles dans la tête. On se quitte en se donnant rendez-vous à la prochaine occasion prévue ; le Raismesfest !

LE JOUR D'APRES (eh oui…)

Le lever du corps à une heure raisonnable, aussi regrettable fut-il, était nécessaire pour se mettre sur la longue route prévue vers l'Aveyron. D'autant plus qu'un détour dans les vignobles charentais s'imposait pour dégoter le meilleur Pineau. Pourquoi relater ce parcours d'une banalité affligeante ; quel rapport avec Lazuli ?

Bah justement, le Destin a prévu une autre surprise de taille. Inattendue, extraordinaire, incroyable. Pourquoi nous sommes-nous arrêtés aux alentours de midi justement sur cette aire de repos d'autoroute, quelque part après Bordeaux ? Il y a des moments dans la vie où on se demande si un ange gardien nous aide quelque part…

Toujours est-il qu'abrutis par la route une pose s'imposait à ce moment-là. Nous suspendons l'écoute des albums de Lazuli qui était en boucles depuis notre départ. Garé en épi au magasin de la station de carburants, nous commencions à nous détendre et à discuter encore et toujours de nos émotions vécues la veille. De notre passion pour Lazuli. Mais très rapidement ma p'tite Fée ouvre de grands yeux incrédules en direction de ce qui se passait derrière moi au niveau des pompes à essences …

Non ce n'était pas un hologramme, c'était bel et bien Claude qui venait de sortir de leur bahut. Puis Romain, puis Vincent… Domi en train de se charger de la logistique du véhicule utilitaire. Est-il utile de préciser l'état du palpitant à cet instant ? Nous les saluons à distance, chaleureusement mais assez respectueusement pour leur foutre la paix après les heures agitées qu'ils viennent aussi de vivre. Mais sans doute avions nous sous-estimé leur simplicité ; Claude s'approche volontiers et entame la conversation suspendue la veille. Vincent, puis Romain, puis Domi font de même. Nous nous trouvons ainsi en compagnie de nos idoles, à partager nos émotions plus calmement qu'hier soir sous le kiosque.

Une bonne demi-heure durant, nous pouvons leur dire toute notre admiration, régurgiter des questions que nous nous posions, sur eux, leur goûts, leur musique. Mais c'est bien mieux qu'un entretien à sens unique ; ils s'intéressent à nous, à nos impressions. Bref, ce fut un véritable échange qui accentue encore notre respect. Nous aurions bien prolongé ces instants magiques, presque irréels, mais nous avions notre route et eux la leur. Je précise que j'ai passé l'âge de jouer les "groupies", il s'agissait juste d'un immense plaisir de pouvoir échanger simplement aves des artistes. J'estime que ce genre de rencontre est de nature à nous rassurer sur l'état de notre humanité par les temps qui courent…

Confiant dans l'avenir, nous nous saluons et nous donnons rendez-vous pour le 11 septembre à l'occasion du Raismesfest. (Nous ne savions pas encore que cet événement, aussi, devait être malheureusement annulé…)

Je reprends le volant, encore abasourdi par l'événement extraordinaire que nous venions de vivre. Avec ma p'tite Fée nous peinions à réaliser la chance inouïe que nous avons eu ! Sur tout le reste de notre parcours, nous n'avons pas même songé à remettre la musique dans la voiture, tellement nous étions totalement bouleversés. Il a bien fallu reprendre nos esprits une fois arrivés à notre destination où il aurait été vain de vouloir faire partager l'intensité de notre joie d'adulescents.