vendredi 15 décembre 2023

MOSTLY AUTUMN – Spirit of 66 (Verviers, Belgique) – vendredi 15 décembre 2023

Ce rendez-vous traditionnel fixé à chaque mi-décembre par MOSTLY AUTUMN au Spirit of 66, est désormais inscrit à notre calendrier, qu'il vente ou qu'il pleuve. Contrairement aux précédentes fois (pluie, neige, verglas), notamment à l'approche des Ardennes, les conditions météorologiques furent cette fois satisfaisantes.

Au-delà de ce motif musical, notre décision pour ce déplacement est facilitée par l'assurance d'un accueil confortable à l'hôtel des Ardennes où Maguy, la patronne, personnifie la convivialité belge par excellence. D'ailleurs, nous nous inquiétons désormais de la mise en vente de l'établissement ; l'avenir nous dira ce que deviendra l'accueil.

De surcroit, la Fringale est la friterie devenue incontournable, je dirais même rituelle pour nous restaurer dès notre arrivée à Verviers. Elle a ouvert ces portes fin 2022 et offre de succulentes spécialités belges ; des frites délicieuses, les viandes assorties de milles sauces possibles et surtout … des bières à la pression issues de la {C}, une brasserie locale, dont la plus récente est la Curtius, un régal aux saveurs florales étourdissantes !

Et puis surtout, le dévouement de Francis pour gérer cette salle, devenue mythique au fil du temps, est admirable. Une programmation éclectique tente d'attirer les mélomanes des pays environnants ; outre les Belges bien sûr, dans le public on a pu discerner aussi des Français, des Allemands, des Anglais, des Luxembourgeois, des Suisses, et des Néerlandais. Pourtant, ces derniers ne sont pas les plus à plaindre s'agissant des étapes de tournées…

Nombreux sont, comme nous, près à parcourir des centaines de kilomètres pour assister aux concerts de nos artistes favoris au Spirit of 66 ! En ce qui nous concerne, cela représente quatre cents kilomètres, heureusement desservis en grand partie par autoroutes, en un peu moins de quatre heures. Peu d'artistes sont de nature à nous faire déplacer ainsi ; STEVEN WILSON (& Co), CAMEL, LAZULI, THE WINDMILL sans doute. Mais aussi assurément MOSTLY AUTUMN, désormais.

En effet, même tardif, notre intérêt pour ces Anglais ne fait que croitre à chacune de leurs prestations. Ce jour, nous nous déplaçons pour la quatrième fois, et ce avec toujours le même engouement, jamais déçu.

Pour éventuellement comprendre notre passion, j'invite mon lecteur à se rapporter à mon précédent récit [ici] pour un reflet de leur biographie. Je rappelle simplement ici que ce groupe originaire de York, (North Yorkshire) s’est formé en 1995 autour de Bryan Josh, chanteur et guitariste et de la chanteuse Heather Findlay (qui mène maintenant une carrière solo depuis 2010).

A la base, leurs prestations consistaient principalement à rendre hommage aux Pink Floyd. Mais, au fil du temps et des changements d'effectifs, leur musique s'est forgé une identité, en fusionnant diverses influences, notamment Pink Floyd donc, mais aussi Fleetwood Mac, Jethro Tull ou Camel. Les ingrédients subtilement dosés se composent de superbes mélodies enveloppées de voix féminines sensuelles, envoutantes, et transcendées de superbes soli de guitares. Cet enchantement musical mêle brillamment du rock à la fois puissant et mélodique avec des thèmes folkloriques, traditionnels, celtiques. Avec ma p'tite Fée, on se surprend souvent à s'imaginer autour d'un feu de camp, en compagnie de ces saltimbanques pour chanter, boire et danser nuits et jours sous les cieux de l'Albion (ou ailleurs) …

Leur discographie est riche de compositions magnifiques. Mais s'il me fallait en désigner un, l'opus "White Rainbow", paru fin 2018 (ou le 1er mars 2019, selon les sources…) constitue selon moi leur chef d'œuvre ; cet album transpire une émotion tellement sincère qu'elle en est à la fois indescriptible et presque palpable. Un opus indispensable dans la discothèque de tout mélomane. Il rend un émouvant hommage à Liam Davison, longtemps guitariste de MA et ami d’enfance de Brian Josh, disparu brutalement fin 2017.

Toutefois, "Graveyard Star" le quatorzième album paru le 24 septembre 2021, est également somptueux, bourré de mélodies entêtantes et d'harmonie entre tous les pupitres.

Bref, en compagnie de nos amis helvètes, nous sommes de nouveau parmi les premiers à nous présenter à l'entrée de ladite salle, ce qui nous permet de bénéficier de notre emplacement favori, au premier rang (légèrement excentré sur la droite, face à Chris) pour mieux partager les émotions avec les sept musiciens.

Cet emplacement n'est pas vraiment le meilleur sur un plan acoustique, mais nous n'avons pas eu à en souffrir beaucoup. La voix, un peu en retrait au début, est rapidement devenue perceptible, comme les autres pupitres. Le dispositif d'éclairage m'a semblé un peu trop insistant sur les rouges et les bleus (ce qui est nuisible aux clichés depuis nos portables) mais sans altérer toutefois les atmosphères requises.

Ce soir, autour de Bryan Josh (chant et guitares, depuis 1995), et Iain Jennings (claviers, de 1995 à 2005, puis depuis 2010), nous retrouvons Olivia Sparnenn-Josh (chant principal depuis 2010, mais chœurs, percussions, flûte à bec, depuis 2004), Angela Gordon (flûtes, claviers, percussions, et chœurs, de 1999 à 2007, et depuis 2015), Chris Johnson (guitares rythmiques et acoustiques, chant, claviers, de 2006 à 2007, et depuis 2014), Andy Smith (basse, depuis 2000) et de Henry Rogers (batterie, depuis 2018).

LE CONCERT [20h30/21h20 – 21h45/23h30]

Pour décrire mes émotions dans mes récits, j'ai toujours des scrupules à user de superlatifs qui pourraient être de nature à décrédibiliser mes propos. Et pourtant. Il s'agit bien de magie. Du septuor se dégage un état d'esprit positif, collectif, généreux ; et ce, avant, pendant et après leurs concerts. Je l'ai déjà ainsi relaté et je le répète volontiers ; ces sept ne font qu'un sur scène. Aucun ne semble tirer les couvertures à lui, pas même Bryan dont les soli pourtant brillants semblent couler de source dans ce flot de mélodies. Personnellement, Bryan Josh m'émeut autant que David Gilmour, Andrew Latimer, Nick Barett, Steve Rothery ou John Mitchell (pour ne citer qu'eux…).

Chacun des pupitres conserve cependant l'opportunité de s'exprimer et de s'épanouir à tour de rôle, tout en étant complémentaires. Tout est dans le collectif. Chris vient en support de Bryan dans les soli. Angela vient en support d'Olivia dans ses chants. Ils sont visiblement heureux et contribuent ainsi à nous envelopper dans une bulle de bonheur. Ils assument leur rôle de troubadours des temps modernes. Leur Musique parle à notre âme avec poésie et lyrisme.

Je serais d'une mauvaise foi si je n'avouais pas mon admiration béate pour Olivia qui continue d'irradier la scène de son charisme, de son charme, de sa vivacité et de sa voix. Son timbre limpide, harmonieux et puissant est un surcroit indéniable de qualité pour ce groupe, qui n'en manque pourtant pas ! Je ne peux pas m'empêcher de me réjouir de la complémentarité du couple qu'elle forme avec Bryan. On les sent complices, sans exubérances mais avec des regards et des signes qui ne trompent pas l'observateur.

Discret, concentré et appliqué Iain permet d'accentuer toute la sensibilité musicale des morceaux ; les accords riches et puissants de son synthétiseur ont souvent détourné mon attention.

Autre duo dont la complicité est au service du groupe, celui que forment Chris et Angela habitués à jouer ensemble aux seins d'autres formations folkloriques du Yorkshire. Ce sont deux remarquables multi-instrumentistes qui alternent leurs talents aux flûtes et au clavier (Angela), aux guitares et au clavier (Chris) ou encore au chant (pour les deux). Leur expérience et leur complémentarité constitue un apport incontestablement de nature à magnifier les compositions. Je suis particulièrement sensible à la voix douce et expressive de Chris, notamment lorsque qu'il chante "Changing Lives" et "Silver Glass".

Andy lève rarement les yeux au-dessus de sa basse mais dispute souvent l'espace d'Olivia, avec vivacité. Ses lignes de basse sont expressives et puissantes. Avec la batterie d'Henry, ils constituent un plateau puissant et rythmé qui contribue largement à remuer les corps et les esprits !

Cette soirée en deux actes n'a jamais baissé en intensité d'émotions, alternant des morceaux plus folk, d'autres plus bluesy, ou plus rock. Le public ne peut qu'être pleinement emporté dans ce flot d'harmonies. Je pourrais citer tel ou tel titre particulièrement touchants mais il me semble vain vouloir distinguer la qualité dans la qualité ! Comme d'habitude, le mélomane présent pourrait être animé d'une frustration à l'égard de tel titre qui n'aura pas été interprété, mais franchement ce sentiment ne se ressent pas durant le concert ; chaque séquence étant un émerveillement auditif.

C'est maintenant un rituel, en clôture de soirée, les membres de MOSTLY AUTUMN se parent des couvre-chefs adéquats pour nous accorder un rappel en rapport avec l'esprit de Noël.

Dans un louable souci de renouveler leur programme, davantage de titres anciens ont été joués ce soir. Huit titres diffèrent ainsi de l'an dernier. Nous avons voyagé sur vingt-deux titres, dont deux de leur superbe premier opus "For All We Shared..." (1998), un de "The Spirit of Autumn Past" (1999), un titre de "The Last Bright Light" (2001), un titre de "Passengers" (2003), un titre de "Storms over Still Water" (2005), un titre de "Heart Full of Sky" (2006), un titre de "Dressed in Voices" (2014), trois de "Sight of Day" (2017), trois de issus de "White Rainbow" (2019), quatre du dernier opus "Graveyard Star" (2021), ainsi qu'une reprise issu de l'album de Josh & Co. Limited "Transylvania - Part 1 - The Count Demands It "(2016). Le final étant composé de trois reprises spéciales pour fêter Noël.

PROGRAMME
ACTE 1:

  1. In for the Bite (Limited, Transylvania - Part 1 - The Count Demands It, reprise de Josh & Co, 2016)
  2. Into the Stars (White Rainbow, 2019)
  3. Spirit of Mankind (Graveyard Star, 2021)
  4. Western Skies (White Rainbow, 2019)
  5. Skin of Mankind (Graveyard Star, 2021)
  6. Passengers (Passengers , 2003)
  7. Heart, Body and Soul (Sight of Day, 2017)
  8. Silver Glass (Heart Full of Sky, 2006)
  9. The Night Sky (For All We Shared…, 1998).

ACTE 2:

  1. Tomorrow Dies (Sight of Day, 2017)
  2. Winter Mountain (The Spirit of Autumn Past, 1999)
  3. Broken Glass (Storms over Still Water, 2005)
  4. Changing Lives (Sight of Day, 2017)
  5. Half the Mountain (The Last Bright Light, 2001)
  6. Dressed in Voices (Dressed in Voices, 2014)
  7. This Endless War (Graveyard Star, 2021)
  8. Back in These Arms (Graveyard Star, 2021)
  9. White Rainbow (White Rainbow, 2019).

RAPPEL

  1. Heroes Never Die (For All We Shared…, 1998)
  2. I Believe in Father Christmas (reprise de Greg Lake)
  3. A Spaceman Came Travelling (reprise de Chris de Burgh)
  4. Fairytale of New York (reprise de The Pogues).

Comme à leur habitude, les musiciens descendent parmi nous pour discuter, partager, échanger. Bryan toujours aussi modeste, sympathique et chaleureux a pris ma P'tite Fée dans ses bras. Puis il m'a confié que la réédition des premiers albums était bien prévue, mais sans préciser toutefois les délais … Un nouvel album devrait paraitre d'ici l'été prochain. Nous avons pu également clamer à Olivia toute l'admiration que nous lui vouons. Le timide Ian a également pu écouter nos compliments. Tout ce beau monde a accepté volontiers les portraits visant à fixer ces mémorables moments. C'est compliqué de pouvoir discuter avec les sept ; j'ai renoncé à aborder Chris, et Angela avec lesquels j'avais déjà parlé les précédentes fois. Et j'ai dû abandonner mon objectif d'approcher Andy. Mais je ne doute pas y parvenir une prochaine fois.

A l'échoppe, nous nous procurons le DVD récemment paru ainsi que le CD "Live in Abbey Road's Studio 2" qui est paru ce 13 octobre 2023.

Quitter cette agréable compagnie est toujours difficile, mais il faut bien se ménager en vue de reprendre la route le lendemain. D'ailleurs, il en est de même pour eux qui rejouent aux Pays-Bas.

Nous les reverrons dans dix mois, ce sera pour l'apothéose du Prog en Beauce en octobre 2024.


dimanche 10 décembre 2023

THE LACHY DOLEY GROUP – New Morning (Paris 10) – dimanche 10 décembre 2023.

 

Une bonne part de notre microcosme musical s'émeut depuis quelques semestres des prestations de cet Australien. Je suis plutôt méfiant par nature de ce genre de phénomène qui m'apparait soudainement. Mais une fois consulté les vidéos j'ai rapidement été séduit. Par la suite, son concert du 19 décembre 2022 (récit ici) m'a confirmé la capacité du Monsieur à interpréter et promouvoir cette musique qui m'a toujours enthousiasmé. The Lachy Doley Group est un trio de musiciens manifestement heureux de jouer ensemble du blues, du rock, du funk jouissif à souhait !

Dès que j'ai su qu'il revenait dans les mêmes conditions (même salle, même période, et mêmes invités), j'ai acquis non pas un mais deux tickets ; il était hors de question que ma p'tite Fée manque encore une fois cette nouvelle prestation parisienne

Pour rappel, le New Morning est situé au 7-9 rue des Petites-Écuries, au cœur du 10ème arrondissement de Paris, dans les locaux de l'ancienne imprimerie du journal Le Parisien. Cette salle mythique ouvre très rarement ses portes à notre milieu progueux/metalleux. En fait, c'est un club dont la programmation est dédiée principalement au jazz. Il a été fondé en 1981 par Eglal Farhi, une franco-égyptienne, qui était journaliste enseignante, avant de prendre la direction du club. Depuis le décès de cette dernière en 2010, il est dirigé par sa fille Catherine Farhi. Des artistes de renom s'y sont produit tels que B.B. King, Prince, Didier Lockwood, Chet Baker, Pat Metheny, Dizzy Gillespie… Pour ma part, j'avais découvert ce bel auditorium le 14 mai 2014, à l'occasion du concert du groupe de hard rock (eh oui, une exception semble-t-il) espagnol ELDORADO. Cet établissement dispose d'une capacité de 500 places.

La configuration de l'auditorium offre de bonnes conditions d'écoute quel que soit le positionnement. Nous arrivons après l'ouverture des portes et pourtant nous nous positionnons sans difficulté au deuxième rang en fosse. Il faut dire que l'atmosphère de cette salle est conviviale ; la plupart de gens sont détendus, assis ou au bar.

Fait notable, cinq caméras de France-Télévision ont filmé toute la soirée…

ROSAWAY [19h45-20h35].

Je ne suis pas mécontent de retrouver ce duo, français mais anglophone, fondé en 2017. Ils ont enregistré trois monoplages, "Walk" (2019), "Midnight" (2021), "Freedom" (2018) et deux mini albums (4 titres) "Stranger" (2019) et "Dreamer" (2020). Ils maintiennent leur anonymat sous des pseudonymes ; "Rachel" (je suis tout de même parvenu à dénicher son nom, Rachel Ombredane) et "SteF".


Une bande son introductive me rappelle l'univers musical qui sera proposé. L'excellente sonorisation permettra de distinguer toutes les harmonies. Leur musique mélodique et très rythmée, qualifiée d'électro-pop-jazz, anime un irrésistible entrain. A l'instar de "Rhythm Of The Night", un titre qui m'avait déjà beaucoup plus l'an dernier.

Pourtant, leur choix d'interprétation me fait assez vite ressentir leurs limites, que j'évoquais déjà dans mon récit de leur précédente prestation. Avec un véritable groupe composé d'un guitariste, d'un bassiste et d'un clavier, je serais complétement séduit. Au lieu de cela, le batteur, au demeurant très efficace dans sa fonction, fait également office de disc-jockey ; il active des pistes préenregistrées, dont les sons répétitifs et astreignant finissent fatalement par me lasser. Dommage, car (la très jolie) Rachel excelle à son poste ; sa voix puissante et juste délivre un chant jazzy très agréable, et de surcroit elle maitrise la flute traversière et les percussions.

Le public s'enthousiasme volontiers et accorde de belles ovations. Quant à moi, j'applaudis poliment, au moins pour leur talent individuel indéniable. Je les reverrais bien volontiers dans un bar ou dans un cadre festivalier…

Titres du programme à déterminer.

J'ai distingué toutefois "Here Comes The Rain", "Rhythm Of The Night", "Walks" et "It's alright".

 


LACHY DOLEY [21h-22h40]

Bref rappel biographique : Lachlan R "Lachy" Doley est né le 21 avril 1978 et a grandi à Adélaïde. Chanteur et auteur-compositeur, il a débuté musicalement avec Clayton, son frère ainé qui se chargeait de l'orgue Hammond, pendant que lui se chargeait déjà du clavinet. Ils jouent longtemps ensemble, puis en 2011, Lachy se lance dans un parcours en solo. Il fonde ensuite The Lachy Doley Group en s'entourant d'un bassiste et d'un batteur, avec lequel il enregistre un album qui parait en septembre 2013 sous son propre label. Son album le plus récent est "Studios 301 Sessions", paru le 17 Septembre 2021. Un nouvel opus "A World Worth Fighting For" est paru le 9 juin 2023.


Je retrouve immédiatement les mêmes sensations que l'an dernier, grâce au trio toujours composé du batteur Jackie Barnes et du bassiste Joel Burton. Pour l'anecdote, soulignons que Jackie Barnes est le fils du chanteur austro-écossais Jimmy Barnes, qui a connu un certain succès durant les 80's/90's.

La sonorisation demeure impeccable, dans cet auditorium qui dispose d'une acoustique adéquate. L'éclairage est sobre mais efficace, y compris pour les chasseurs d'images.

Lachy demeure bien fidèle à sa réputation. Mis à part la longueur de ses cheveux (allongés), je retrouve le même personnage charismatique, extraverti et passionné par le blues. Il ne tient pas en place, rarement assis plus de cinq minutes, il vit sa musique et transmets du même coup son enthousiasme à son public. Il alterne les claviers de son orgue et son clavinet, avec lequel il exprime ces étonnantes sonorités guitaristiques. Je reste sidéré par la proximité sonore ; les yeux fermés je pourrai jurer entendre une guitare. Mais peut-être que la compétence aiguisée d'un aveugle serait plus perspicace que moi, j'en conviens. En tous cas, ce quatrième instrument tient toute sa place dans ce groupe dont les deux autres membres Jackie Barnes et Joel Burton partagent une vraie complicité. Les regards attentifs, bienveillants et souriants démontrent pleinement la cohésion du trio.

D'une énergie débordante et communicative, Lachy a bien évidemment emporté les ovations d'un public ravi.

Voodoo Child

Sur les douze titres interprétés ce soir cinq diffèrent du programme de l'an dernier. Trois nouveaux titres issus de "A World Worth Fighting For" (2023), deux titres issus de "Make or Break" (2019), deux de "Conviction" (2015), un de "Lovelight" (2017) et un de "S.O.S. (Singer Organ Soul" (2013). Mais aussi trois reprises des années 70.

PROGRAMME 2022

PROGRAMME 2023

1.   Stop Listening To The Blues (Conviction, 2015)

1.               Money (A World Worth Fighting For, 2023)

2.   Conviction (Conviction, 2015)

2.               A Woman (Make or Break, 2019)

3.   Voodoo Child (Slight Return) (J Hendrix, 1970)

3.               Conviction (Conviction, 2015)

4.   Give It (But You Just Can’t Take It) (Make or Break, 2019)

4.               I’m a Man (Spencer Davis Group, 1967).

5.   Only Cure for the blues is the blues (Lovelight, 2017)

5.               Get out your ears way (A World Worth Fighting For, 2023)

6.   Make It Up (Conviction, 2015)

6.               If Looks could kill (Singer Organ Soul, 2013)

7.   Use Me (Bill Withers) (Conviction, 2015)

7.               Frankly My Dear I Don’t Give A Damn (Conviction, 2015)

8.   Frankly My Dear I Don’t Give A Damn (Conviction, 2015)

8.               Only Cure for the blues is the blues (Lovelight, 2017)

9.   (enchainé avec) Just kissed my baby (the Meters, 1974)

9.               Voodoo Child (Slight Return) (J Hendrix, 1970)

10.A Woman (Make or Break, 2019)

10.            Gone (A World Worth Fighting For, 2023)

11.Still In Love (S.O.S. (Singer Organ Soul), 2013).

11.            Downtown Smalltown (Conviction, 2015)

RAPPEL :

 

12.I’m a Man (Spencer Davis Group, 1967).

12.            Give It (But You Just Can’t Take It) (Make or Break, 2019)

J'avais décidé d'être sage ce soir, et me suis privé de l'acquisition du récent opus. Je m'en veux un peu…


samedi 18 novembre 2023

AMAROK - Chez Paulette à Pagney-Derrière-Barine (54) – samedi 18 novembre 2023.

Les deux concerts auxquels nous avions assisté, nous avaient subjugués. Un goût persistant de "reviens-y" maintenait notre soif de les revoir au plus vite.

Heureusement, le dévouement de l'association Arpégia, a incité AMAROK à inclure une étape Chez Paulette dans sa tournée automnale.

Hélas, on déplore encore une fois la faible affluence, surtout pour un samedi. Surtout pour une unique date en France de ces polonais, qui mériteraient une bien plus forte notoriété (tout au plus une centaine de mélomanes éclairés ont fait le déplacement, il en eut fallu le double pour la rentabilité de l'opération). Quelques bienheureux demeurent dans les environs, mais le site est, pour beaucoup d'entre nous, trop éloigné. En ce qui nous concerne, nous avons parcouru trois heures quarante sous une pluie constante durant les 290 km par la N4, bravant pas moins de vingt-un radars, très souvent vicieux. Mais l'effort en valait la peine. Notre démarche est à la fois passionnée, militante et affective. Car si la musique d'AMAROK est addictive, ses musiciens n'en sont pas moins humainement attachants. De surcroit, c'était une belle occasion de soutenir l'Organisation et de retrouver une bonne part des plus valeureux de notre microcosme. Et puis on pourra toujours nous opposer que le trajet des Polonais était bien supérieur au nôtre.

Au final, cela nous aura permis de saisir sans difficulté une belle place au premier rang juste en face du pupitre de Marta.

PLUS 33 [20:30-21:20] https://plus33.bandcamp.com/album/i-want

La redoutable fonction de chauffer la salle incombe au groupe strasbourgeois, mené par le claviériste Didier Grillot. Le quintuor rassemble sur cette scène Coralie Vuillemin (claviers, chœur), Didier Strub (batterie), Stéphane Bonacci (basse, ex-Cock Robin) et Philippe Rau (guitare).

Leur album "Open Window" est paru le 21 juin 2020. Un autre album "I Want" est paru ce 17 novembre 2023. Ce soir, nous avons pu entendre notamment "To Have", "To Be".

La sonorisation m'a semblé correcte même si notre emplacement nous imposait fatalement le son de la grosse caisse. Il n'y a guère que le pupitre de la guitare qui m'a semblé difficilement perceptible. Mais de mauvaises langues m'ont dit que je n'avais rien perdu…



Leur musique essentiellement instrumentale, ponctuée de quelques interventions vocales cristallines, exprimées par Coralie (notamment sur "To Be"), cherche un équilibre entre des atmosphères rock ou jazzy.

Personnellement, j'ai bien perçu quelques séquences intéressantes, surtout de la part de Didier Grillot. Mais, l'ensemble ne m'a pas semblé suffisamment harmonieux et cohérent pour emporter vraiment mon enthousiasme. Peut-être le symptôme d'un manque d'expérience scénique ? Le public progueux légendairement poli leur accorde volontiers des applaudissements. Nonobstant, après échanges d'impressions, quelques errances ont pu laisser perplexes quelques-uns d'entre nous.

Même si je n'ai donc pas adhéré pleinement, je pense que cette formation mérite d'être écoutée…D'ailleurs, ce que j'écoute a posteriori sur leur site "bandcamp" me séduit bien davantage !

AMAROK https://amarok.pl/ et https://amarokmusic.bandcamp.com/

Ce concept dit "art-rock" a été fondé en 1999 par le guitariste, multi-instrumentiste et chanteur Michał Wojtas et le guitariste Bartosz Jackowski, mais le premier album éponyme paraitra en 2001.

A l'occasion de la parution du quatrième album, "Hunt", le 23 juin 2017, les conversations sur le forum Chemical Harvest avait attiré mon attention, et j'ai été immédiatement séduit. Il faut savoir que cet opus marquait la sortie d'une pause de douze années (2005-17) durant lesquelles Michał Wojtas avait perdu ses repères. Cette réussite fut acquise notamment grâce au soutien de sa femme Marta Wojtas, qui a écrit les paroles, et qui a également rejoint la composition du groupe de façon permanente. Grâce aussi à la participation d'invités spéciaux Colin Bass (CAMEL) et Mariusz Duda (RIVERSIDE).

Le sixième album d'AMAROK, "Hero", est paru le 15 octobre 2021. C'est dans le cadre de sa promotion que nous avons enfin pu voir le groupe une première fois, le lundi 22 aout 2022, lors du festival Crescendo de Saint-Palais-sur Mer (17). Puis une deuxième fois, le jeudi 19 janvier 2023, au Spirit of 66 de Verviers (Belgique). Ils reviennent dans le cadre d'une tournée d'une quinzaine de dates. Elle a débuté par un premier volet de quelques concerts en Pologne, puis ponctuée par une prestation au festival Crescendo en Guyane, avant de revenir pour quatre prestations en Allemagne et deux aux Pays-Bas… Estimons-nous heureux de les choper ainsi au passage !

LE CONCERT [22:00-23:20].

Nous retrouvons ce soir le quatuor polonais toujours composé de Michał Wojtas (guitares, harmonium, claviers, thérémine), Marta Wojtas (chœur, percussions), Kornel Popławski (basse, claviers, violon), et Konrad Zieliński (batterie, depuis 2021).

La sonorisation m'a paru souvent mal équilibrée, ce qui peut être préjudiciable pour une musique aux harmonies si subtiles. Hélas, la guitare de Michał et la voix de Marta furent parfois difficilement perceptibles. En ce qui me concerne, rien de grave car mon oreille se chargeait de remplacer le son défaillant. Mais j'imagine que cet écueil n'était pas de nature à séduire le non-initié. Cela dit, il faut reconnaitre que notre obstination à occuper les premiers rangs aboutit assez fatalement à nous prendre la batterie de plein fouet (cela m'a rappelé le bienfait d'entourer la batterie d'un isolant phonique, comme le fait Marillion). Heureusement, cela semble ne pas avoir altéré le plaisir de l'auditoire, dont les ovations n'ont jamais faibli !

La similitude du programme de ce soir avec celui de janvier dernier m'autorise à reprendre quelques termes de mon récit précédent. Cette succession d'atmosphères, tantôt subtiles et éthérées, tantôt dansantes, nous a entrainés irrésistiblement vers les méandres mélancoliques du Créateur. Michał et Kornel sont de remarquables multi-instrumentistes qui maitrisent toutes les harmonies avec virtuosité. Pas de bande-son, seulement la pleine exploitation de leurs instruments. Les deux musiciens échangent leur pupitre avec aisance… Kornel, investi et expressif, alterne les bidouillages sur son pupitre électro, avec ses accords de basse mais aussi de violon sans omettre sa participation aux chœurs. Michał nous enivre aux sonorités de l'harmonium indien, effleure avec délicatesse et expressivité le thérémine, soutient les mélodies aux claviers, ou fait vibrer sa guitare avec sensibilité, sans oublier bien sûr sa voix douce et mélancolique. Marta est aussi une composante essentielle avec quelques interventions vocales mais surtout son usage enthousiaste des éléments de percussions tel que son gong, son bâton de pluie, son triangle, son djembé (et pourtant ce dernier outil a habituellement le don de m'agacer ; mais pas là, car Marta l'exploite avec subtilité)… Les frappes de Konrad, délicates ou fracassantes, accentuent les cadences requises avec une grande efficience.

L'esprit de l'auditeur chancelle et voyage au gré de lointaines évocations que l'oreille avisée peut assimiler à Dire Strait, Jean-Michel Jarre, Mike Oldfield ou Camel. … Michał est parvenu à fusionner ses influences musicales avec éclectisme et élégance. On se balance doucement, on médite sur des airs tels que "The Orb", ou encore "What You Sow" durant lequel Marta exprime une élégante chorégraphie avec un ruban, histoire d'accentuer encore l'impression onirique de l'instant. … D'autres morceaux tels que "The Dark Parade" et "Hail ! Hail ! Al", nous invitent crescendo dans un irrésistible maelström sur une rythmique tribale, avec laquel on trépigne jusqu'à l'exaltation puis l'euphorie.

Les sourires des spectateurs se conjuguent avec ceux des artistes qui sont manifestement heureux de partager cette soirée avec nous. L'ovation finale perdure, les applaudissements sont réciproques ; le bonheur est là.

A l'instar du concert du début d'année, Michał a choisi d'interpréter presqu'uniquement des titres des trois derniers albums parus. Parmi les quatorze titres, on aura écouté l'intégrale (les sept) de "Hero", cinq issus de "Hunt", un de "The Storm". Pour terminer en beauté, un inédit, "Hope is", laisse présager de belles émotions à venir avec le prochain album à paraitre l'année prochaine !

S'il manque des auditeurs, il manque aussi des photographes… Michał fait appel à un volontaire pour immortaliser ce moment, avant qu'il ne se dissipe dans la mémoire collective. Je regarde autour de moi, personne ne se lance. Je me propose donc, et monte avec une certaine fébrilité sur scène pour me positionner derrière la batterie. Je mesure le poids de ma responsabilité pour bien cadrer l'objet, sans manquer l'essentiel. Bref, mon cliché amateur semble avoir suffi à leur bonheur puisqu'il fut posté le soir même sur leur mur Facebook ! ouf !

PROGRAMME

  1. Anonymous (Hunt, 2017)
  2. Distorted Soul (Hunt, 2017)
  3. Idyll (Hunt, 2017)
  4. Winding Stairs (Hunt, 2017)
  5. Nuke (Hunt, 2017)
  6. The Storm (The Storm, 2019)
  7. It's Not the End (Hero, 2021)
  8. Surreal (Hero, 2021)
  9. Hail! Hail! AI (Hero, 2021)
  10. The Orb (Hero, 2021)
  11. Hero (Hero, 2021)
  12. The Dark Parade (Hero, 2021)
  13. What You Sow (Hero, 2021).

RAPPEL :

  1. Hope is (à paraitre en 2024).

On retrouve le quatuor à l'échoppe pour les remercier. Les portraits s'imposaient pour se souvenir de cette si belle soirée ! Michał semble confiant sur son retour en France en 2024… On verra bien. D'ici là, nous serons tout ouïe pour leur prestation lors de l'ultime Night of the Prog Festival, au pied de la Loreley en juillet 2024 !





lundi 13 novembre 2023

MARILLION – Le Trianon (Paris 18) - lundi 13 novembre 2023.

Dès le lendemain matin de ce concert, nous apprenions une bien triste nouvelle.

Alors que nos musiciens favoris disparaissent inexorablement, les uns après les autres, notre microcosme de mélomanes passionnés n'imagine même pas que la Faucheuse puisse également s'attaquer à nous...

Dans mon précédent récit (PeB) j'évoquais le combat de Thierry de Haro contre ce redoutable prédateur, que nous connaissons tous plus ou moins intimement. Mes doigts peinent à inscrire mon chagrin d'avoir perdu un membre de notre chère communauté.

Repose en paix, l'ami ; nous n'en sommes plus à une futilité près ; feignons d'être convaincu que tu continueras d'assister avec nous aux concerts à venir, en plus de ceux que pourraient accorder les artistes partis avant toi.

Quant à nous, plus que jamais, la locution latine carpe diem s'impose …


L'année 2023 aura été riche en émotions musicales. MARILLION y avait déjà fortement contribué avec sa convention biennale de Port-Zeland (Pays-Bas). Et pourtant, leur annonce d'une tournée intitulée "A Tour before it's Christmas" ne pouvait qu'enthousiasmer les admirateurs. Il est des plaisirs dont on ne se lasse pas… Leur étape parisienne leur permet de revenir, plus de dix années après le vendredi 18 janvier 2013, au Trianon de Paris. Ma p'tite Fée, elle aussi enrôlée dans notre communauté depuis 2013, nous avait procuré nos tickets d'entrée depuis le 9 aout dernier. Depuis, de nombreuses autres émotions ont détourné notre attention, mais ces derniers jours l'impatience grandit ! Le concert est annoncé complet, mon fils a pu in extremis obtenir son ticket et beaucoup de nos amis viennent ; la fête se présente bien !

Nous sommes toujours émerveillés par ce petit théâtre parisien bâti en 1894, au 80 boulevard Rochechouart dans le 18ème arrondissement de Paris, au pied de la butte Montmartre. Complètement restauré en 2009, et rouvert au public en 2010, il est doté d'une capacité théorique de 1 091 spectateurs, qui peuvent se répartir entre la fosse et les deux étages de balcons. Son espace salon est particulièrement apprécié pour les après-concerts.

Avec ma p'tite Fée nous parvenons à nous placer à proximité de la scène, face au pied de micro du chanteur.

IAMTHEMORNING [19h00-19h30]. https://kscopemusic.com/artists/iamthemorning/

Je suis ravi de retrouver ce duo, russe mais anglophone, qui tente depuis 2010 d'emmener son auditeur dans ses volutes harmoniques de ce que certains osent nommer "prog de chambre". Leur musique douce, voire éthérée, m'a séduit une première fois le vendredi 1er juillet 2016, lors du Be Prog, My Friend Festival à Barcelone. Les deux fois suivantes (Convention Marillion de 2017) m'ont confirmé leur talent, impressionné par les accords virevoltant du pianiste virtuose Gleb Kolyadin, mais aussi par la voix fluette et enivrante de la chanteuse Marjana Semkina.

Un quatrième album "The Bell" est paru le 2 août 2019. Bien que sincèrement séduit par leurs concerts, je n'ai acheté aucun de leurs quatre albums, excepté celui en solo de son clavier, paru le 1er septembre 2018 et que j'écoute occasionnellement avec plaisir.

Le décor pour le duo est sobre ; à gauche pour le public, le piano électrique de Gleb Kolyadin fait face à Marjana Semkina dont le pied de micro est garni de torsades de feuilles de fougères et de fleurs. Toute la superficie du fond de scène montre une illustration évocatrice du groupe ; un piano enveloppé de vagues sous une voute étoilée. La sonorisation fut parfaitement équilibrée pour percevoir le frêle timbre de la chanteuse accompagné des sonorités classiques du piano.

Comme pour rassurer son auditoire et coller à l'actualité, Marjana ponctue la fin du premier titre par un message visant à préciser que leur identité russe ne les assimile pas à leur gouvernement. Je ne suis pas sûr d'avoir tout compris, mais il semble qu'elle soit soulagée de demeurer en Angleterre ce qui leur évite la prison (sous réserve de ma traduction).

Je retrouve avec bonheur mes sensations antérieures en assistant à leur prestation. Certes, l'attitude très juvénile de Marjana peut agacer les plus endurcis. Mais c'est son personnage, et elle joue cette carte à fond avec conviction et légèreté. Pieds nus, et drapée de noir, elle confesse elle-même abuser de sujets morbides. Mais cet aspect gothique n'est pas pour me déplaire. Toutefois, pour le seul titre un peu plus guilleret du répertoire, elle parvient avec charisme à se faire accompagner du public, qui est invité à battre des mains à son rythme. Et puis, elle n'est pas laide ce qui ne gâche rien. Cependant, comme d'habitude en ce qui me concerne, c'est le pupitre de Gleb qui me sidère toujours autant. Modeste, il laisse Marjana s'exprimer et pourtant son seul talent pourrait me suffire.

Le public leur accorde de belles ovations admiratives, sans excès mais suffisamment sincères pour satisfaire le couple qui quitte la scène avec le sourire.

PROGRAMME
Titres à déterminer

MARILLION [20h20-22h20] https://www.marillion.com/

Les disciples de MARILLION contribuent tout particulièrement aux ambiances réussies de leurs concerts. Ce soir encore personne ne ressort insensible de cette messe émouvante en tous points.

Il convient de préciser que les fidèles se trouvent autant sur la scène que dans son auditoire. MARILLION, qui a débuté à Aylesbury, Royaume-Uni, brille en effet par sa stabilité ; Steve Rothery (guitares depuis 1979), Pete Trewavas (basse, depuis 1981), Mark Kelly (claviers, depuis 1981), Ian Mosley (batterie, depuis 1984) et Steve Hogarth (chant, depuis 1989). Notons que le percussionniste Luis Jardim semble s'installer durablement au sein du groupe sur scène. Quant aux auditeurs, il suffit de les entendre chanter les paroles pour comprendre leur ardeur à suivre ce groupe britannique si attachant.

Leur vingtième album "An Hour Before It's Dark" est paru le 4 mars 2022 ; il avait déjà justifié une tournée l'an dernier, dont un concert au Zénith le dimanche 23 octobre 2022.

Comme pour leur concert du samedi 10 décembre 2016 à l'Elysée Montmartre, celui-ci débute par la diffusion sur l'écran du visage tourmenté de Steve H, prélude à l'interprétation de "The Invisible Man". L'enchainement avec "Easter" nous a convaincu d'un excellent concert en cours !... Le public participe, chante à gorge déployée, … l'émotion est là !

La sonorisation s'avère rapidement parfaitement équilibrée, dans ce théâtre dont l'acoustique est excellente. A cet effet, notons que la batterie d'Ian Mosley placée au fond mais sur la gauche pour le public, demeure protégée d'une cage transparente, ce qui atténue l'impact de ses frappes sur les auditeurs des premiers rangs ! J'ai tout particulièrement apprécié de pouvoir ainsi distinguer clairement les accords de basse de Pete durant toute la prestation ! Cette notion d'équilibre est également entretenue par un éclairage bien étudié pour soutenir les atmosphères des chansons. Des tubes fluorescents et multicolores sont plantés à plusieurs endroits de la scène, délivrant ainsi des lumières indirectes du plus bel effet. Le large écran de fond de scène contribue aussi par ses illustrations à entretenir un sentiment d'immersion.

Ce soir constitue leur deuxième date de la mini-tournée. Les musiciens nous semblent heureux, détendus et au meilleur de leur forme artistique.


A l'instar de la voix de Steve Hogarth qui n'a jamais fait défaut. Il s'investit corps et âme dans chacune des chansons avec l'éloquence des meilleurs comédiens, accoutré de plusieurs costumes au cours de la soirée. Son charisme puissant accapare souvent l'attention de l'auditoire. Sa sensibilité habituelle fut encore davantage ressentie et partagée lorsqu'il rendit hommage à ce huitième triste anniversaire de l'attaque terroriste du Bataclan que constitue malheureusement ce 13 novembre ; j'ai nettement distingué les larmes dans ses yeux lors de cette évocation. 

La guitare de Steve Rothery demeure une source d'émerveillement pour tous les mélomanes. Là aussi, on peut parler de grande délicatesse exprimée dans les accords si subtilement posés dans un tourbillon d'harmonies enivrantes. Son faciès "so british", laisse toutefois transparaitre ses émotions notamment comme pour accentuer l'intensité de ses notes, ou encore pour esquisser un sourire complice et amusé lorsque Mark Kelly derrière lui se trompe sur sa partition (une fois ce soir).

J'ignore si la modestie de Pete Trewavas qu'il affiche est réelle, mais son talent n'en est que plus admirable. Ses interventions, au sein de MARILLION mais aussi au sein de TRANSATLANTIC sont empreintes d'un subtil mélange de finesse et de puissance à la basse, et de justesse aux chœurs. Cette fois un peu éloigné de son pupitre, je n'ai cependant pas manqué de poser mon regard sur son jeu.

De son socle surélevé, Mark Kelly délivre discrètement mais efficacement toute l'étoffe mélodique requise. Juste un petit bémol d'admiration ; à mon humble avis, compte tenu du matériel dont il dispose, j'estime qu'il s'honorerait de remplacer quelques-unes des bandes sons préenregistrées par ses propres interventions. Souvent souriant, et réceptif, il m'a parfois semblé qu'il recherchait dans nos regards admiratifs de quoi entretenir son entrain.

Placé en bordure de scène et entouré de ses plaques transparentes, Ian Mosley se distingue davantage qu'il ne se voit. Son style de frappe est raffiné et nuancé ; juste ce qui est requis pour MARILLION. Il est désormais soutenu par les nombreuses interventions de Lewis Jardine, placé au centre du fond de scène, dont les percussions contribuent à enrichir encore la rythmique déjà puissamment exprimée par Pete et Ian.

L'ensemble de ses talents réunis aura procuré à l'auditoire sa dose de bonheur qu'il était venu chercher en ces


temps agités. Les deux Steve furent éblouissants dans leurs interprétations, et plus globalement le groupe retransmet avec précision et efficacité toutes les émotions intrinsèques aux compositions.

L'opus "An Hour Before It’s Dark" rend décidément aussi bien sur disque qu'en concert. Pourtant, les bandes sons préenregistrées m'agacent toujours, malgré tout ce qui pourrait en justifier l'usage. Lorsque je regarde le taux d'occupation de Mark Kelly, sur ce passage (ainsi que sur le magnifique "The Crow and the Nightingale"), je me dis qu'une nappe aux sonorités "chœur" serait la bienvenue. Mais bon, je peux paraitre sans doute trop vieille école ; un musicien pour un instrument, tout ça… Mais, j'estime que mon opinion ne vaut pas moins qu'une autre, alors j'assume.

L'interprétation de titres rarement joués à Paris ne pouvait que nous satisfaire ; "Lucky Man" (depuis 2013 ?) "Beyond You" (depuis 2019 ?) et "Quartz" (depuis 2011 ?) ou encore le magnifique "Splintering Heart" (depuis  2007 ?). Tous les titres m'ont ravi, mais "Neverland" en rappel fut un sommet !

Le public, exalté par ce programme magnifique n'aura pas été parfaitement récompensé puisque le concert est hélas écouté de trois titres, par rapport à la veille. Nous aurons été privés de "Living in F E A R"  "Hotel Hobbies" et "Slàinte Mhath", exclus soit disant pour ne pas déranger le voisinage … Mais sacré bon sang, sachant qu'il y aurait une heure butoir, pourquoi ne pas avoir débuté la soirée plus tôt ? Je ne prétends pas avoir de grandes compétences en matière d'organisation de concerts, m'enfin faut pas être un grand stratège pour prévoir cela !! Très frustrant en tous cas, même si le surlendemain (15) à Utrecht (PB) ce fut la même pénalité.

Disposant d'une discographie aussi fabuleuse, le choix d'une programmation peut être frustrant pour une partie de l'auditoire. Sur leurs vingt opus, sept ont donc été sélectionnés. Parmi douze titres, trois sont issus de An Hour Before It’s Dark, 2022, deux de Afraid of Sunlight, 1995, deux de Marbles, 2004, deux de Sounds that Can't Be Made, 2012, un de Anoraknophobia, 2001, un de Holidays in Eden, 1991, et un de Seasons End, 1989.

PROGRAMME 
1. The Invisible Man (Marbles, 2004)
2. Easter (Seasons End, 1989)
3. Reprogram the Gene (I) Invincible (An Hour Before It’s Dark, 2022)
        Reprogram the Gene (II) Trouble-Free Life
        Reprogram the Gene (III) A Cure for Us?
4. Lucky Man (Sounds that Can't Be Made, 2012)
5. Beyond You (Afraid of Sunlight, 1995)
6. Sounds That Can't Be Made (Sounds that Can't Be Made, 2012)
7. Quartz (Anoraknophobia, 2001)
8. The Crow and the Nightingale (An Hour Before It’s Dark, 2022)
9. Care (I) Maintenance Drugs (An Hour Before It’s Dark, 2022)
        Care (II) An Hour Before It's Dark
        Care (III) Every Cell
        Care (IV) Angels on Earth.
RAPPEL :
10. Splintering Heart (Holidays in Eden, 1991)
11. Neverland (Marbles, 2004).
RAPPEL 2 :
12. King (Afraid of Sunlight, 1995).

Mon dix-neuvième concert de MARILLION entretient ainsi mon admiration et mon impatience d'assister à d'autres prestations. On pense déjà à la prochaine Convention en 2025. Gageons que d'ici là il y aura d'autres occasion de les revoir… Et pourquoi pas le prochain et ultime Loreley !? A ce jour, le programme laisse encore des options, même si le Steve Rothery Band y figure déjà…

 


ADDITIF SUPERFLU RESERVE AUX NOSTALGIQUES

En marge de ce récit fraichement vécu, je ne résiste pas à l'envie de me lamenter une nouvelle fois sur mes remords, au risque de lasser mon lecteur qui pourra ainsi s'en exempter. Car mon parcours d'admirateur de MARILLION aurait pu/dû débuter dès 1984.

Un émérite philosophe a dit : "Il est deux choses contre lesquelles on ne peut trop se tenir en garde : l'obstination, si l'on se renferme dans sa sphère ; l'insuffisance, si l'on en sort". Cette citation me parait parfaitement illustrer mon sentiment à l'égard de Marillion…

Au moins deux de mes amis proches de l'époque me parlaient avec insistance de ces anglais prometteurs. Mais il y avait deux approches possibles ; il y avait celle d'un vrai mélomane curieux (que j'étais déjà, mais manifestement pas suffisamment consciencieux), et celle du gourmand insatiable qui, à l'époque était surexcité par les nouveaux sons qui foisonnaient avec la NWOBHM. A l'issue d'écoutes sans doute trop distraites, MARILLION m'avait semblé dispensable

A cette époque, j'ai ainsi méprisé leurs prestations. Ma consultation (un peu sado j'en conviens) de l'historique de leurs tournées, rien que sur l'ère Fish, a de quoi entretenir une certaine amertume. Je m'accorde des circonstances atténuantes pendant ma période sous le drapeau (même si j'étais parvenu à assister à douze autres concerts) ; le 7 avril 1984 au printemps de Bourges, le 11 mai 1984 à l'Eldorado, et le 15 novembre 1984 à l'Espace Balard. En revanche, durant la période suivante, où je n'hésitais pourtant pas à sortir, j'aurais pu certainement aller le 8 novembre 1985 au Zénith de Paris, le 14 juin 1986 à l'hippodrome de Vincennes, le 9 juillet 1987 au Zénith de Paris, le 14 décembre 1987 au Palais Omnisport de Bercy et enfin le 4 avril 1988 au printemps de Bourges…

Bref, cette désinvolture aura au moins eu le mérite de m'épargner ces luttes fratricides survenues après le départ de Fish et l'arrivée de Steve Hogarth. J'avais déjà vécu cela avec le décès de Bon Scott et l'arrivée de Brian Johnson, cela m'avait bien suffit ! Ensuite, je confesse avoir délibérément ignoré le parcours du groupe jusqu'en … 2007 ! Eh ouai… Il aura fallu mon engouement pour un certain Steven Wilson, et ma participation à un Forum de discussions (Chemical Harvest, administré par Christophe Demagny que je remercie au passage) pour m'apercevoir que j'avais dû rater quelque chose… J'assistais d'abord en spectateur aux débats passionnés qui ont suivi la parution de "Somewhere Else" en 2007. Puis, l'enregistrement pirate d'un concert de cette tournée a contribué à m'intriguer sans cesse davantage. Ainsi, mon premier mp3 sur mon portable ne fut pas un album, mais le pirate enregistré le 13 décembre 2007 à l'Elysée Montmartre !

Enfin, le divin Saint-Esprit m'a éclairé jusqu'à la parution salvatrice, le 20 octobre 2008, de "Happiness Is The Road", composé de deux volets ; "Essence" et "The Hard Shoulder". Hallelujah, j'avais enfin trouvé la Porte qui allait me permettre une remontée dans le Temps ! Je sais bien que les avis diffèrent sur ce diptyque, pourtant il a pour moi une importance capitale. D'abord musicalement je l'adore, bourré de mélodies entêtantes ("This Train Is My Life", "Wrapped Up In Time", "Whatever Is Wrong With You", "Real Tears For Sale", entre autres..), mais aussi d'accords sublimes de Monsieur Steve et de ses complices.

Ces qualités m'ont permis de renouer avec ce groupe que j'avais tellement injustement dénigré depuis le début des années 80, pour des prétextes spécieux que je regrette amèrement encore aujourd'hui ... Mon obstination légendaire, encore elle... Bon sang, plus de vingt années.